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Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /2010 10:18

La dernière édition de l'Eurobaromètre, sondage représentatif de l'état de "l'opinion européenne", vient de sortir.

Il en ressort que seuls 42% des sondés ont confiance dans l'Union européenne, au lieu de 48% au semestre précédent.

  A peine 49% des sondés estiment que l'appartenance de leur pays à l'Union européenne est une chose positive.

Ces résultats deviennent comiques quand on prend connaissance de la réaction d'un porte-parole de la Commission : ces données montrent que les citoyens européens veulent "plus d'Europe". Viviane Reding, commissaire en charge de la propagande communication a déduit de ce sondage que l'Union européenne "est vue par les citoyens comme un élément essentiel dans la résolution de la crise".

 

Que vous votiez oui ou non à l'Europe, de toute façon c'est oui, personne ne doit s'étonner que lorsque les sondés répondent non, c'est encore oui. L'Union européenne ne peut, de toute façon, fonctionner qu'en acceptant une vision orwellienne de la politique.

 

Source : Euractiv

 

 

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Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /2010 10:07

Un site boursier allemand, Börsennews, vient de faire parler de lui en offrant à ses utilisateurs la possibilité de consulter les cotations en Deutschemark.

Il ne s'agit pas d'un simple coup marketing permettant à ceux qui pensent encore en Deutschemark de suivre ce qui se passe. De la part du site, c'est une véritable déclaration de défiance à l'égard de l'euro.

Comme ils l'écrivent sur leur site, dans une page en français :

 

"Même un des défenseurs les plus acharnés de l'euro comme Hans Olaf Henkel, ancien chef du syndicat patronal allemand (Bundesverbandes der Deutschen Industrie) s'exprimait pour l'arrêt de l'euro et la réintégration du D-Mark. La raison avancée est que le plan de sauvetage de 750 milliards d'euros a fait de la zone euro une simple zone de transfert de capital. Le directeur du centre de recherche économique IFO, Hans-Werner Sinn voit le plan de sauvetage comme un risque incalculable pour l'Allemagne.

De telles critiques sérieuses contre l'euro rendent compréhensibles les angoisses de beaucoup d'allemands. En réintégrant symboliquement le D-Mark, börsennews.de ne souhaite pas participer à l'abolition de l'euro mais veut seulement accompagner le souhait de beaucoup de citoyens allemands qui s'inquiètent pour leur sécurité économique. Une chose est sûre : le D-Mark est le symbole d'une allemande forte et saine économiquement. L'euro représente aujourd'hui dans le monde, en Europe mais avant tout pour les allemands, un système économique qui rencontre de graves difficultés."

 

 

 

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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /2010 22:25

« Lune des variantes de lerreur de Descartes est de ne pas voir que lesprit humain est incorporé dans un organisme biologiquement complexe, mais unique en son genre, fini et fragile ; elle empêche donc de voir la tragédie que représente la prise de conscience de cette fragilité, cette finitude et cette unicité. Et lorsque les êtres humains sont incapables dapercevoir la tragédie fondamentale de lexistence consciente, ils sont moins enclins à chercher à ladoucir, et peuvent, de ce fait, avoir moins de respect pour la valeur de la vie. [] La chose la plus indispensable, en tant quêtres humains, que nous puissions faire, chaque jour dans notre vie, est de nous rappeler et de rappeler aux autres notre complexité, notre fragilité, notre finitude et notre unicité. Et la difficulté, cest, bien sûr, ceci : faire passer lesprit de sa position élevée dans l « éther » à celle dune localisation matérielle, tout en lui conservant une grande considération ; reconnaître son origine humble et sa vulnérabilité, et cependant continuer à lui attribuer un rôle de direction. »

in Antonio Damasio, L'erreur de Descartes : la raison des émotions
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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /2010 01:07

L'ambiguïté du terme va bien à cette traduction approchée du titre d'un article récent de Paul Krugman - America goes Dark.

Il revient sur les coupes budgétaires annoncées en Amérique (un tiers de l'éclairage de Colorado Springs éteint, des routes détruites faute d'argent pour les entretenir, les horaires des classes réduits...)

Tout cela parce qu'Obama n'arrive même pas à faire passer des lois abolissant les cadeaux fiscaux faits aux très riches par Bush.

Comme dans l'Union européenne, on a ainsi l'impression d'une impossible alternance.

Pour des raisons très différentes, l'alternance droite gauche n'a qu'un impact limité en France, dans l'Union européenne et aux Etats-Unis.

Aux USA, parce que le Congrès est peuplé en grande partie d'élus sans cesse réélus et financés par divers lobbyes. Dans l'Union européenne parce que les équilibres du pouvoir sont biaisés en faveur d'une Commission non élue et que, de toute façon, les politiques néolibérales sont inscrites dans la constitution même de l'Union. En France, parce que quelle que soit la couleur du gouvernement c'est Bruxelles qui décide des grands équilibres. Il y a fort à parier qu'un PS revenu au pouvoir (ou n'importe quel mouvement de gauche ou de droite qui ne rejetterait pas l'Union européenne, ce qui inclut le NPA aussi bien que le FN ou le Parti de gauche...) se heurterait immédiatement aux mêmes oukazes budgétaires de la part de la Commission que Nicolas Sarkozy.

Rien de réjouissant à ce constat. Krugman conclut : America is now on the unlit, unpaved road to nowhere ; l'Amérique est sur une route défoncée et assombrie, en direction de nulle part...

 

 

 

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Mercredi 4 août 2010 3 04 /08 /2010 11:43

Blog en repos jusqu'au 23 août. A bientôt !

 

plongeon.jpg

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Mardi 27 juillet 2010 2 27 /07 /2010 01:22

Oui c'est une blague. Mais pas complètement.

Notre bon président a en effet chargé Lionel Stoleru, en juin dernier,  d'une mission de réflexion sur les déséquilibres du commerce international.

Lionel Stoleru, rappelons-le, souligne depuis un moment les limites du libre-échangisme actuel (cf. mon commentaire sur un article qu'il signait en juin 2009).

Le mois dernier, l'ancien ministre récidivait dans un article publié par le Monde, où il écrivait ceci :

"L'Europe va-t-elle enfin reconnaître que ses problèmes viennent plus de la Chine que de la Grèce ? L'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a eu la sagesse d'accueillir la Chine en 2001, est-elle capable d'engager avec elle un dialogue constructif ? Le prochain G20 de Séoul voudra-t-il bien y consacrer plus que cette seule et unique ligne du précédent G20 de Pittsburgh refusant le protectionnisme ? Le temps passe, le chômage augmente en France, en Europe, en Occident, et ce n'est plus la faute des subprimes."

C'est donc à ce Lionel Stoleru que notre président a demandé d'éclairer la préparation de la position de la France au prochain G20.

Dans la lettre de mission de Lionel Stoleru je vois une ruse et une bêtise. Voilà le passage en question :

"Comme il est évident que des déséquilibres de grande ampleur ne peuvent se résoudre, ni par des changements de parités monétaires, ni par des normes sociales ou environnementales, ni a fortiori par un retour en arrière au protectionnisme, il y a place pour l'établissement en commun d'un diagnostic partagé sur l'évolution des échanges Orient-Occident, et pour la recherche de solutions ou de régulations définies d'un commun accord dans une conception de développement mondial équilibré à moyen terme."

 

Le lecteur pressé peut se dire que voilà M. Stoleru bien entravé : la première moitié de la phrase semble indiquer qu'il n'a pas le droit de réfléchir à des ajustements de parités (pour lesquels Stoleru plaidait en juin 2009) ni à des normes sociales. En réalité, en ajoutant "ni a fortiori par un retour au protectionnisme", l'Elysée a l'air de suggérer qu'il faudra bien imposer à nos interlocuteurs de choisir le moindre des deux maux, et ainsi d'accepter des normes sociales, ou environnementales, ou des ajustements de parités.

Voilà à mon sens pour la ruse.

La bêtise, elle, est dans la stratégie d'affrontement Orient-Occident clairement désignée par l'Elysée.

Il faut en effet rappeler que le yuan chinois n'est pas sous-évalué parce que le chinois est vil. Le yuan est dévalué parce qu'il est lié au dollar.

Pourquoi donc devrions-nous accepter d'être inclus dans le camp américain alors même qu'une bonne partie de nos problèmes économiques viennent de l'incurie de la gestion américaine, rendue possible par le privilège de la monnaie de réserve internationale ?

On peut donc atendre, pour le G20, quelques propositions intelligentes et originales de notre bon président, via Lionel Stoleru. Elles seront limitées au sens où elles ne remettront pas en question la gestion américaine de la crise. Mais ça pourrait être suffisant pour repositionner Sarko face à DSK dans le domaine économique, en occupant le terrain de la défense de l'emploi, que la gauche lui a laissé. Pardon, que la gauche a laissé aux espoirs d'une Europe sociale non définie...

 

Post scriptum :  A l'heure actuelle j'envisage plus facilement de me couper un bras que de voter Sarkozy. Ca ne m'empêche pas de reconnaître que l'homme est un animal politique fort habile, qui est très capable, avec quelques propositions du type de celle que j'évoque ici, de faire oublier son absence quasi-totale de bilan. Au passage je souligne la nullité absolue de l'opposition de gauche, bien incapable de faire valoir une quelconque alternative.

 

 

 

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Samedi 24 juillet 2010 6 24 /07 /2010 17:34

Reçu récemment d'Olyvier, commentateur épisodique de ce blog (il voyage beaucoup), un lien vers une vidéo YouTube. Olyvier me présente cette vidéo ainsi :

[...] J'avais vu un film que je trouvais à la fois bien fait, correct, et très émouvant, sur Al Jazeera quand j'étais en voyage. J'en avais oublié le titre et j'ai eu quelques difficultés à le retrouver, l'actualité l'ayant mis au rencart des "ranks" google ou youtube. Il s'agit de "Gaza, we are coming" - l'histoire d'une petite expédition qui a vaincu le blocus il y a deux ans.
Sur youtube le film est divisé en quatre. Si tu n'as que peu de temps à consacrer à cela, reporte toi directement à la quatrième partie, très émouvante. [...]

Si tu peux prendre les dix minutes que ça demande, et peut-être les relayer sur ton blog. Je te précise que l'homme grec est un militant de gauche, universitaire, et l'américain un ancien soldat US. Et les enfants, et les jeunes, et les hommes de Gaza... si tu voyais cela ! Le peuple de Gaza se massant sur les berges, ou prenant toutes ses barques pour aller à la rencontre du bateau grec, les gosse sautant dans l'eau... Et quand l'ancien soldat dit "everything that I have done... It's enough..." Ca me tire à chaque fois des larmes d'émotion.
Pardon d'insister, pardon de "pousser".
(et je crois que ce n'est pas pour rien que ce film n'est pas connu en France, et même dans les milieux palestiniens)
tu me diras.

 

J'ai donc vu les vidéos en question (ci-dessous). Elles valent vraiment la peine d'être vues, je crois qu'elle dénouent quelque chose dans la vision que l'on peut avoir du conflit israélo-palestinien.

 

L'expédition a eu lieu en août 2008, où deux petits bateaux grecs embarquant 44 activistes de 17 pays ont réussi à aborder à Gaza malgré les difficultés - première arrivée d'un bateau à Gaza depuis 1967.

Pour le spectateur occidental, on voit des gens "normaux", occidentaux, américain, grec, irlandais, israélien, visiblement éduqués, embarqués pour un bateau sur Gaza et arrivant à forcer le blocus.

Les activistes ont tellement été assimilés à des terroristes, à des islamistes fanatisés qu'on est étonné de se retrouver comme en famille, avec des gens insistant simplement sur leur proximité avec ceux de Gaza.

Ces militants racontent, simplement, leur volonté de ne pas oublier les gens de Gaza, de ne pas les abandonner à leur sort. La façon dont différents militants racontent les raisons de leur choix moral est émouvante de simplicité.

 

pipe.jpg

 

Et l'on voit les gens de Gaza, les enfants, sauter dans l'eau pour accueillir joyeusement leurs visiteurs - qui n'apportent rien, que de la considération.

Très peu de mention d'Israël, pas d'ennemi jeté en pâture à la détestation (juste, fugitivement, une roquette tombant dans la nuit, pour rappeler le contexte).

Le spectacle d'une humanité réunie est, à soi seul, un message (peut-être est-ce là la raison de la faible notoriété du film mentionnée par Olyvier au sein des milieux palestiniens : le film n'est pas militant. Il n'en est que plus fort.)

Comme le dit un moment un ancien président de l'assemblée nationale de Chypre, Vassos Lissaridis, qui a aidé au départ des bateaux vers Gaza depuis Chypre : "Bien souvent l'histoire est écrite par ceux que les sages et les prudents appellent "irréalistes". Les irréalistes sont ceux qui font l'histoire."

 

unreal.jpg

Vassos Lissaridis

 

 C'est sous-titré en anglais. Je confirme le message d'Olyvier : ça vaut la peine d'être vu (et effectivement, la quatrieme partie est la plus importante et se suffit à elle-même). 

Faites passer !

 

 

 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /2010 21:44

supiot.jpg Un article d'Alain Supiot, professeur de droit, sur l'économie communiste de marché dans laquelle nous vivons m'avait bien plu.

Il décrivait cette notion ainsi : "ce système hybride emprunte au marché la compétition de tous contre tous, le libre-échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme la "démocratie limitée", l'instrumentalisation du droit, l'obsession de la quantification et la déconnection totale du sort des dirigeants et des dirigés".

 

J'ai donc acquis son dernier ouvrage sans hésitation et n'ai pas été déçu. Son introduction est de très bonne facture et se place à un niveau quasi philosophique.

 Pour lui, nous revenons actuellement à la sauvagerie des deux guerres mondiales et de la période intermédiaire, dont la caractéristique est d'appliquer aux hommes "les mêmes calculs d'utilité et les mêmes méthodes industrielles qu'à l'exploitation des ressources naturelles".

  Deux rappels sur la dureté des années 30 : "Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture du déchet humain." (Hitler). Cette citation n'étonne pas. Ce deuxième rappel est moins attendu : "Dans les années 1930, la biologie et l'anthropologie raciale avaient partout pignon sur rue et, à la notable exception du Royaume-Uni (où le Parlement résista à la propagande scientiste), tous les pays protestants adoptèrent des lois eugéniques".

Supiot défend ensuite le droit, comme instrument garantissant les libertés : ni l'état nazi ni le régime soviétique n'étaient des états de droit.

C'est d'ailleurs en partie pour cela qu'au sortir de la deuxième guerre mondiale plusieurs textes essayèrent de donner une base juridique à des principes humanitaires - déclaration universelle des droits de l'homme au premier chef, déclaration de Philadelphie en matière sociale.

La déclaration de Philadelphie faisait notamment de la justice sociale "le but central de toute politique nationale et internationale". L'ouvrage s'attache à montrer à quel point cet objectif est oublié.

 

 *

Le premier motif cité par l'auteur pour expliquer  la prime actuelle au profit, en tout cas en Europe, est l'élargissement de l'Union intervenu après 1989. Au lieu d'investir pour remettre à niveau les pays de l'est, on a laissé faire le marché en ouvrant une formidable usine à dumping social à l'échelle européenne.

Comme juriste, Supiot donne un éclairage supplémentaire : les juristes et hauts fonctionnaires de l'est, qui ont présidé à l'élargissement, étaient habitués à voir dans le droit un simple instrument. Ils n'ont donc eu qu'à remplacer la finalité (la conversion libérale à la place de l'édification du communisme) et à continuer à procéder avec une indifférence absolue à l'égard des populations.

De fait, les pays de l'est ont pu aller encore plus loin que l'ouest dans la construction de ce que Supiot appelle une république des affaires (traduction qu'il propose pour le terme de corporate republic forgé par Galbraith).

  Il n'a pas fallu attendre longtemps pour que cette primauté de la loi du profit s'acclimate en France : depuis 2007 selon Supiot, les avocats d'affaires y ont remplacé les énarques au gouvernement (on notera que dans le même temps un énarque, promu en quelque sorte au rang de sous-avocat d'affaires, a remplacé un médecin à la tête de l'Assistance Publique-Hopitaux de Paris).

 L'auter souligne enfin que l'Union européenne, avec à sa tête de nombreux dirigeants ex-maoistes (à commencer par Barroso), a une grande facilité pour se passer de l'avis des masses qu'elle entend bien éclairer, fut-ce contre leur gré.

   *

  Au chapitre suivant, découvre comment le droit social qu'entendait fonder la déclaration de Philadelphie a été déconstruit philosophiquement avent de l'être en pratique. Il fait un parallèle (trop rapide malheureusement) entre la déconstruction derridienne, qui entend tout ramener à des désirs individuels, et la déconstruction du droit social. Le droit social en effet n'accordait aucun crédit au consentement donné par le salarié à un patron en position de force. La justice sociale déconstruite ne voit dans la relation patron/salarié, de façon illusoire, qu'une simple relation entre deux individus égaux.

 

  Tout droit collectif se voit ainsi déconstruit en droits individuels :

 

- le droit du logement devient droit opposable (par un individu) au logement ;

  - les prélèvements obligatoires, au profit d'un collectif public sont intolérables mais les prélèvements privés au titre de la protection intellectuelle sont devenus sacrés ;

- le travail du dimanche et le travail de nuit des femmes cassent la vie familiale mais les parents deviennent individuellement responsables de leurs enfants, à peine de suppression des allocations ;

  - le travail se précarise à grande vitesse mais les lois protégeant la discrimination se multiplient : ce qui touche l'ensemble des individus, même pour le pire, est légitime, mais pas ce qui risquerait de singulariser/stigmatiser le moindre des individus.

 

Dans le même temps, les institutions considérées autrefois comme égalitaires sont privatisées au profit des élites (les hôpitaux publics ferment dans les campagnes mais Paris conserve ses grands hôpitaux publics de prestige ; même chose pour les lycées).

 

*

 La machine. Dans son troisième chapitre, Supiot montre comment l'humain s'est transformé de fin en moyen - y compris juridiquement. Plus de notion de dignité ou de liberté dans le préambule des accords de Marrakech créant l'OMC, contrairement aux valeurs qu'affirmait la charte de Philadelphie.

A l'échelle internationale, la course est à l'efficacité de court terme maximale, mesurée en termes monétaires.

Et cette course a sa traduction dans des instruments tels que les indicateurs Doing Business de la Banque Mondiale, qui donnent des bons points aux pays qui réduisent le plus leur couverture sociale et réduisent au minimum les "charges sociales".

  L'Union européenne contribue (bien entendu) à cette spirale destructrice (cf. cette citation sur l'Europe hayekienne). L'auteur donne des exemples de jurisprudence mais renvoie aussi à la méthode ouverte de coordination, qui permet à l'Union européenne de préselectionner les lois les plus antisociales dans l'éventail juridique de chacun des pays membres.

 

*

 

   Le chapitre quatrième montre en quoi le monde souffre d'une maladie qui transforme lieux, hommes et choses en items quantifiables (on cherche ainsi à quantifier "l'attractivité" d'une ville par le nombre de ses jardins publics/cliniques/bancs/maison de retraite etc.) Dans des développements passionnants, où l'on retrouve l'Union européenne à la pointe du combat pour la déshumanisation du monde, à grand coup de méthode ouverte de coordination, Alain Supiot cite Alexandre Zinoviev. On découvre qu'il est parfois bon d'écouter les anciens de l'Europe de l'est qui expliquent que l'Union européenne a repris certains des travers les plus insupportables de l'ex-URSS.

 

 

 

 *

  Après le diagnostic, Alain Supiot en vient aux remèdes. Une courte introduction de sa deuxième partie donne une clé : il faut en finir avec l'idée d'une régulation, qui revient à laisser la main aux marchés pour qu'ils s'organisent, et reparler de réglementation. La loi qui s'impose aux marchés est forcément contestée par les marchés car elle refuse leur logique : il n'y a pas à attendre une reconnaissance des marchés pour légiférer.

 

  De façon plus générale, il faut renouer avec l'idée que la loi s'oppose aux volontés, que la loi est une institution, pas un objet de désir. L'auteur cite un bref passage d'une décision de la Cour de justice des Communautés européennes (Christine Goodwin c/ Royaume-Uni), dans laquelle les juges proclament "le droit pour chacun d'établir les détails de son identité d'être humain". Autant écrire qu'il n'y a plus d'identité. Supiot cite Pierre Legendre : "Infliger au sujet d'être pour lui-même le Tiers, c'est non pas le libérer, mais l'écraser, transformer politiquement les relations sociales en foire d'empoigne, sous le masque d'un discours de séduction généralisé".

 

  Supiot ne cite pas Zygmunt Bauman mais l'esprit y est. Dans un monde qui veut tout fluidifier, on édifie de lourds paravents derrière lesquels on cache ceux qui auraient bien besoin de stabilité (en Union européenne, Frontex est l'institution méconnue chargée de policer les sauvages, extérieurs à notre paradis sans frontières internes).

 

Cet état de fluidification du monde n'est pas moderne, en réalité il est fortement régressif. Alain Supiot montre bien que dans le cadre d'un état souverain, la loi vaut pour tous, également.

 

(sur le rôle protecteur de l'état souverain, lire sa définition de la souveraineté).

 

Dans l'état gazeux actuel, où tout est mou, chacun tente, pour son propre compte, de se rattacher à un point, à une ancre, à une sorte de suzerain féodal (citation de Jean-François Lemarignier, médiéviste : "tant que le souverain est titulaire d'un pouvoir suprême, qui peut s'exercer directement sur tous ses sujets, le suzerain n'a de prise directe que sur ses propres vassaux et non pas sur les vassaux de ses propres vassaux").

 

Le droit des affaires aujourd'hui s'occupe beaucoup de régir un nombre croissant de liens d'allégeances entre filiales, sous-traitants, prestataires, etc. On s'affaire de plus en plus à chercher un responsable insaisissable.

 

    Supiot suggère plusieurs méthodes pour reconstruire un monde habitable parce que stable et régi : limiter le libre échange, pour favoriser ce qu'il appelle la concurrence des entreprises, non celle des systèmes juridiques (où gagne systématiquement le moins-disant, lire sa description du darwinisme normatif). Encourager les actionnaires de long terme d'une entreprise, ceux qui accompagnent sa stratégie, pas les prédateurs de court terme qui vendent à la moindre inflexion des résultats trimestriels.

    Enfin, au sein de l'Union européenne, il faut que les cours constitutionnelles européennes sachent renvoyer la Commission dans ses cordes. Supiot rappelle cet arrêt, trop passé sous silence, de la Cour constitutionnelle allemande invitant l'Union, affligée d'un "déficit structurel de démocratie" à ne pas "outrepasser les compétences qui lui ont été octroyées".

 

*

 

 Dans un chapitre sur les dangers de la quantification, un exemple retient l'attention : en imposant indistinctement le taux de scolarisation des enfants comme un indicateur de développement, les indicateurs du développement humain ont conduit à ce que des enfants, qui apprenaient à travailler aux côtés de leurs parents, se sont retrouvés entassés dans des hangars surpeuplés où un enseignant fait de la figuration. Les références à d'autres ouvrages ont l'air fort intéressantes.

*

 Plus loin, des développements juridiques essaient de trouver dans la notion de capacité juridique un instrument de rééquilibrage dans les relations employeurs/employés. Un contrat n'est viable que si les deux parties sont en capacité d'en comprendre les implications et libres de l'accepter. Un contrat de travail aux conditions lamentables imposé par la pression de la pénurie d'emplois préserve-t-il la capacité des contractants ? On est là dans des débats qui deviennent techniques, avec une distinction abordée entre capacité et capability anglo-saxonne dont la portée n'apparaît pas immédiatement.

Il faut en passer par exemple par la notion de capacité collective : là où les salariés seuls sont fragilisés face à leurs employeurs, ils retrouvent une marge de négociation dans le cadre de négociations collectives.

Malheureusement ces cadres collectifs aujourd'hui disparaissent et les salariés sont isolés face à des employeurs de plus en plus fuyants et difficiles à identifier : donneurs d'ordre lointains, maison-mère éloignée etc.

Une notion de capacité en tout cas bien plus prometteuse que celle, en vogue aujourd'hui dans les institutions européennes, d'employabilité. On voit bien toute la différence entre la capacité et cette dernière notion où le travailleur n'est que chair à canon.

 

 *

  L'isolement des salariés est lié à l'irresponsabilité croissante des entreprises. Les grands groupes s'organisent en effet pour n'être engagés en rien vis-à-vis de personne, en filialisant et délocalisant à tour de bras (Supiot donne l'exemple des naufrages de navire pétroliers, où l'on s'aperçoit généralement que les seuls responsables identifiables sont des intermédiaires sans poids véritable).

  Les seules responsabilités que les grands groupes acceptent sont celles qu'ils choisissent et mettent en valeur à travers la notion publicitaire et mensongère de responsabilité sociale de l'entreprise.

Pour limiter cette politique d'organisation de leur irresponsabilité, l'auteur suggère de réintroduire de la solidarité au sens juridique du terme : tous les intermédiaires de la chaîne de vente d'un produit devraient être indifféremment et solidairement responsables du bon respect d'obligations sociales minimales. De la même façon que les Etats-Unis ont su imposer, dans le cadre du naufrage de l'Exxon-Valdez, que la responsabilité de l'opérateur, du propriétaire du navire et de l'affréteur soient engagées, la responsabilité du vendeur d'un produit devrait impliquer qu'il rende compte aussi des conditions de fabrication de ce produit.

Dans une comparaison brillante, l'auteur montre que le système de marché sait parfaitement s'intéresser aux conditions de production d'un produit lorsqu'il s'agit de protéger des droits de propriété intellectuelle. Il devrait en être de même avec la défense des droits sociaux !

    L'auteur fragilise sa position, ou introduit un élément de réalisme, lorsqu'il cite plusieurs arrêts de la Cour de Justice des Communautés européennes, de 1993, 1995 et 1996 qui semblent reconnaître une valeur juridique à la notion de solidarité. On peine évidemment à en voir les effets, et le lecteur se demande alors si le Droit seul peut permettre d'obtenir des conquêtes sociales. Sans le soutien d'une volonté politique forte, quelques affirmations de principe ne peuvent que rester lettre morte.

*

 Un dernier chapitre évoque les moyens d'organiser la solidarité. De façon interne, Supiot prône une mutualisation totale du financement - prélèvements par l'Etat, et des dépenses assurées par des mutuelles. Les mutuelles sont recommandées au terme d'une réflexion sur le fait que l'Etat est éloigné alors que les mutuelles sont plus souples et plus proches - remarque plus juste sans doute que bien des développements vaseux sur le care. Dans l'ordre international, il serait nécessaire de cesser de faire jouer une concurrence à la baisse des systèmes de protection sociale, y compris à l'échelle européenne - lire cette citation sur la concurrence fiscale encouragée par l'Union.

 

  *

   En conclusion, que retenir de cet ouvrage ? D'abord il est riche et passionnant. Il montre qu'une pensée moderne et actuelle de la solidarité est possible, conduisant à un ensemble cohérent de règles et de dispositifs dans des domaines tels que le droit du travail ou le commerce international. Par constraste avec le paysage qu'il dessine, la réalité n'en apparaît que plus brutale. On manque aujourd'hui des moyens, des leviers, nécessaires à un retour à cet Esprit de Philadelphie qui avait tenté de mettre le droit au service des plus fragiles... Alain Supiot suggère qu'une Europe bismarckienne pourrait jouer ce rôle. Je n'attends évidemment rien de tel. Je crois plus probable que la Chine mette en place une protection sociale correcte, en attendant que la France puisse reconstruire la sienne.

Mais ceci est une autre histoire, qui n'était pas l'objet de ce livre dense et utile, ni de ce résumé.

 

 

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Mercredi 7 juillet 2010 3 07 /07 /2010 22:27

La figure cartésienne de l'individu libre de toute attache n'a pu se développer que sous l'égide d'un état souverain (le cogito de Descartes vient quarante ans après que Bodin a fait la théorie de la souveraineté). Elle ne peut prospérer en effet que si la condition des personnes relève de lois générales et abstraites, uniformément applicables à tous. Dès lors que la condition de chacun se met à dépendre de sa position dans un réseau plus ou moins dense de liens contractuels, l'autonomie de la volonté individuelle ne peut que décliner. Là où l'Etat disparaît ou se corrompt, l'illusion de la souveraineté individuelle se dissipe : il faut faire allégeance à plus puissant que soi pour accéder à un minimum de sécurité ou de liberté. Réapparaît alors une situation bien connue des sociétés traditionnelles, dans laquelle l'importance de chacun se mesure au nombre de ceux sur qui il peut compter.

 

Alain Supiot, L'Esprit de Philadelphie

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Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /2010 21:08

"...les indicateurs de politique publique procèdent de la même démarche dogmatique que celle des indicateurs de la planification soviétique et sont gros des mêmes effets : orienter l'action vers la satisfaction des objectifs quantitatifs plutôt que vers des résultats concrets et masquer la situation réelle de l'économie et de la société à une classe dirigeante déconnectée de ceux qu'elle dirige.

La représentation chiffrée du monde qui gouverne aujourd'hui la gstion des affaires publiques et privées enferme les organisations internationales, les Etats et les entreprises dans un autisme de la quantification qui les coupe de plus en plus de la réalité de la vie des peuples"

 

Alain Supiot, l'Esprit de Philadelphie

 

Juin 2010  : le gouvernement français annonce la fermeture des services de chirurgie qui réalisent moins de 1500 actes par an. Cette décision chiffrée permettra à la France de rentrer dans les critères dits de Maastricht, jugés imbéciles par certains européens des plus fervent (Mario Monti). C'est indispensable pour calmer les marchés financiers qui exigent le respect des équilibres financiers (et ils s'y connaissent en matière d'équilibre).

Les habitants des campagnes qui vivent loin d'un hôpital pourront toujours pleurer sur un temps où la France avait encore une notion de l'aménagement de son territoire...

 

 

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Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /2010 23:01

"Sur ce marché total, le Droit (tout comme la religion, les idées ou les arts1) est considéré comme un produit en compétition à l'échelle du monde, où s'opèrerait la sélection naturelle des ordres juridiques les mieux adaptés à à l'exigence de rendement financier. Au lieu que la libre concurrence soit fondée sur le Droit, c'est le Droit qui devrait être fondé sur la libre concurrence. Ce darwinisme normatif avait déjà été théorisé par Hayek. Ne croyant pas à "l'acteur rationnel" en économie, il se fiait à la sélection naturelle des systèmes normatifs, par la mise en concurrence des droits et des cultures à l'échelle internationale.

[...] En Europe, cette orientation est activement promue par la Cour de justice des communautés européenne qui a consacré le droit pour une entreprise d'éluder les règles de l'Etat où elle exerce toutes ses activités en s'immatriculant dans un autre Etat dont les règles sont moins contraignantes2."

"

 

 1. Cf. Coase, "the market for goods and the market for ideas", American Economic review, vol. 64, 1974.

2. CJCE, 9 mars 1999, Centros 

 

Alain Supiot, l'Esprit de Philadelphie

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Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /2010 22:30

"Un autre aspect de la  prédation des services publics réside dans la dégénérescence corporative de la fonction publique. Dans une société comme la France, suspendue à un Etat centralisé, le sentiment de justice dépend de la vertu des grands corps qui l'administrent. Leur dévouement et leur sens l'intérêt général sont censés irradier de proche en proche tous les rouages de l'Etat, jusqu'au plus humble de ses serviteurs. Ce sont les devoirs attachés à une charge publique (ce que les médiévaux appelaient l'officium) qui justifient les avantages concédés à son titulaire (le beneficium). Cet esprit de service public a été mis à mal par la conversion des dirigeants aux valeurs du secteur marchand (théorisée récemment sous le nom de new public management) et par la pratique du pantouflage, qui leur permet de conserver le bénéfice sans avoir la charge. Dès lors que les dirigeants ne sont plus l'image de la vertu, mais celle du cynisme et de la cupidité, ceux qui cumulent tous les avantages prêchent en vain l'ascèse à ceux qui subissent les rigueurs du temps."

 

Alain Supiot, l'esprit de Philadelphie

 

Pour un cas de pantouflage que j'avais trouvé particulièrement scandaleux, voir ce passage d'une ex du cabinet Aubry chez un groupe de santé privé, et le genre de confusion mentale que cela peut entraîner.

Je suis évidemment favorable à l'interdiction totale du pantouflage : un fonctionnaire travaillant dans un groupe privé doit avoir démissionné préalablement de la fonction publique. Il n'y a aucune justification à la situation actuelle.

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Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /2010 22:14

"...la mise en concurrence des législations fiscales et sociales [...] a engagé tous les pays dans une course à la baisse des prélèvements obligatoires sur les plus fortunés. Ces derniers peuvent percevoir leurs revenus là où les prélèvements obligatoires sont faibles ou inexistants, et bénéficier des services publics et de la sécurité sociale là où ils sont les plus efficaces. Depuis une quinzaine d'années, la Cour de justice des communautés européennes (CJCE), bien qu'elle n'ait en principe pas compétence en matière de fiscalité directe, s'est fondée sur les libertés économiques garanties par le Traité pour désarmer les Etats membres face à ces stratégies d'évasion fiscale1".

 

1. Voir notamment ses arrêts Bachmann, de Lasteyrie du Saillant, Laboratoires Fournier, Manninen. Les arrêts les plus récents semblent mettre un frein à cette politique de désarmement fiscal des états (Krankenheim Ruhesitz).

 

Alain Supiot, L'esprit de Philadelphie

 

 

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Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /2010 21:52

"L'Union européenne est ainsi devenue un modèle accompli de cette "démocratie limitée" que Hayek appelait de ses voeux. L'absence de véritable scrutin à l'échelle communautaire a permis d'écraser les résistances électorales lorsqu'elles s'expriment dans des référendums nationaux. Les dirigeants des pays de l'Union européenne sont parvenus à contourner successivement le rejet du traité de Maastricht par les électeurs danois, du traité de Nice par les irlandais, du Traité constitutionnel par les électeurs français, hollandais et irlandais. L'habitude se prend de considérer que les résultats d'un scrutin ne s'imposent que s'ils répondent aux voeux des dirigeants qui l'organisent."

 

Alain Supiot, in L'esprit de Philadelphie, la justice sociale face au marché total.

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Jeudi 1 juillet 2010 4 01 /07 /2010 00:36

Il y a des situations qui ne changent pas. C'était déjà le cas il y a 15 ans, c'est encore vrai en 2010 : le système de santé américain, très largement privatisé, est à la fois le plus couteux et le moins performant.

 

En tout cas parmi les sept pays étudiés par le Commonwealth Fund, une fondation américaine consacrée aux problèmes de santé (voir leur étude et leur tableau synthétique). La France ne figure pas dans le classement car certaines données n'étaient pas disponibles.

 

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Les Etats-Unis ont donc sur tous les indicateurs, sauf un, le plus mauvais rang et ceci pour un coût annuel par habitant qui est presque le double du deuxième pays le plus cher après eux.

 

Pourquoi ? Pour faire vite, parce que l'assurance n'est pas obligatoire et qu'elle est chère (il faut nourrir à la fois le personnel administratif des assureurs mis en concurrence et leurs actionnaires).

 

*

Pendant ce temps, en France, la fédération des hôpitaux privés fait une campagne de publicité  démagogique nommée "mission sauver la sécu !" On sait qu'il s'agit en effet certainement du souci prioritaire des cliniques et hôpitaux privés.

 

affiche-sauvons-SSA1-1-.jpg

 

Ils mettent en avant un coût de prestations moins élevé dans l'hôpital privé que dans l'hôpital public. Forts de cette "performance", ils réclament d'être mieux payés.

 

Le blog du personnel de l'hôpital de Tarare réplique à ces calculs... d'apothicaires :


"La Fédération hospitalière de France (FHF) s’emploie dans un communiqué à battre en brèche « les contrevérités » et rappelle en particulier que « l’hôpital public ne sélectionne pas ses patients », que « les coûts des cliniques commerciales sont sous-évalués » (notamment parce qu’ils n’incluent pas les dépassements d’honoraires des médecins plus de 2 milliards d’euros en 2008(2)) et qu’« hôpitaux et cliniques n’ont ni les mêmes contraintes, ni les mêmes missions(3) ».

In cauda venenum, la FHF finit sa démonstration en faisant valoir que « contrairement à l’idée trop souvent véhiculée, la part des dépenses d’assurance-maladie consacrée à l’hôpital n’a fait que baisser depuis 20 ans, passant de 42 à 34 %, alors que la dérive des dépenses d’assurance-maladie a eu lieu en ville en l’absence de tout mécanisme de régulation ».

Ce qui n’est pas dit non plus c’est que les cliniques ne s’installent que là où il y a suffisamment de monde pour mettre en place une organisation rentable : alors oui aux cliniques mais bonjour au déserts sanitaires.
"

 

 

 

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Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /2010 11:13

Un article de Naomi Klein sur son site (via le très bon Reader supported news, qui sélectionne des articles intéressants et gauchistes).

 

Elle évoque les criminels qui s'enfuient dans la nuit après avoir commis leur crime. Non, pas des voyoux de banlieue cassant des vitres, mais les chefs d'état du G20 qui viennent de faire payer les méfaits des banques par les classes laborieuses.

 

Elle rappelle le coût social énorme des réductions des budgets publics approuvées par le G20. Elle rappelle que le G20 n'a aucune légitimité et a été créé en tête-à-tête par le ministre américain des finances Lawrence Summers et son homologue canadien de l'époque, Paul Martin, en 1999.

 

   Elle écrit bien, frappe juste et droit à l'essentiel. Et en plus elle a un écho médiatique important. Comment se fait-il que nous n'ayons pas d'équivalent ? José Bové était plus connu pour ses happening que pour ses réflexions écrites, et il a été depuis acheté par Europe écologie. Je ne vois pas d'équivalent français à cette canadienne douée, et c'est bien dommage.

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Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /2010 21:15

Juste un petit extrait d'une note de Natixis titrée "Que serait-il arrivé à la Grèce, à l’Espagne, à l’Irlande, au Portugal en dehors de la zone euro ? "

Les imbéciles et les partisans les moins imaginatifs de l'Union européenne diront que sans l'euro, et le soutien de la BCE, ils auraient fait faillite.  Patrick Artus précise : "il faut se rappeler que s’ils [ces pays] n’avaient pas été dans l’euro, leurs politiques monétaires auraient été beaucoup plus restrictives dans le passé ; et ils ne seraient pas en crise aujourd’hui."

Ben oui. L'euro ne sert qu'à cacher la poussière sous le tapis, il ne règle rien. Pire, le prix à payer après intervention du couple Union européenne/FMI est probablement pire que celui d'une politique monétaire prudente qu'auraient dû adopter Grèce, Portugal, Espagne et alii, sans l'euro. Sortons-en, vite.

 

La note intégrale en français.

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Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /2010 20:15

"Aux préfets de Charles X comme aux lecteurs du Figaro d'aujourd'hui, la grève apparaît comme un défi aux prescriptions de la raison moralisée : faire grève, c'est se "moquer du monde", c'est-à-dire enfreindre moins une légalité civique qu'une légalité "naturelle", attenter au fondement philosophique de la société bourgeoise, ce mixte de morale et de logique qu'est le bon sens.

Car ceci, le scandale, vient d'un illogisme : la grève est scandaleuse parec qu'elle gêne précisément ceux qu'elle ne concerne pas. C'est la raison qui souffre et se révolte : la causalité directe, mécanique, computable, pourrait-on dire, qui nous est déjà apparue comme le fondement de la logique petite-bourgeoise dans les discours de M. Poujade, cette causalité-là est troublée : l'effet se disperse incompréhensiblement loin de la cause, il lui échappe, et c'est là ce qui lui est intolérable, choquant.

Contairement à ce que l'on pourrait croire des rêves petit-bourgeois, cette classe a une idée tyrannique, infiniment susceptible de la causalité : le fondement de sa morale n'est nullement magique, mais rationnel. Seulement, il s'agit d'une rationalité linéaire étroite, fondée sur une correspondance pour ainsi dire numérique des causes et des effets. Ce qui manque à cette rationalité-là, c'est évidemment l'idée des fonctions complexes, l'imagination d'un étalement lointain des déterminismes, d'une solidarité des événements, que la tradition matérialiste a systématisée sous le nom de totalité".

 

Roland Barthes, L'usager de la grève, in Mythologies, 1957

 

Demain y'a grève. Les protestations me font rire d'avance. Ceci dit, Barthes pourrait écrire, en 2010, la même chose des syndicats qui ont voté oui à Lisbonne et manifesteront demain. Il leur manque l'idée des fonctions complexes...

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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /2010 20:17

"S'il n'est de style, suivant Buffon, que par l'ordre et le mouvement, c'est aussi vrai de la politique. Le vent du changement souffle en rafales sur la France libérée. Mais la règle doit s'y imposer, sous peine que rien ne vaille rien. Or, si graves sont les blessures subies par notre pays, si pénibles les conditions de vie dans lesquelles le maintiennent les destructions et la guerre, si grand le bouleversement de ce qui était établi : Etat, hiérarchies, familles, traditions, qu'il est plongé dans une crise à la fois diffuse et générale. La joie de la libération a pu momentanément dissimuler aux français le véritable état des choses. A présent, les réalités n'en paraissent que plus amères. Pour moi, quand je regarde au loin, j'aperçois bien l'azur du ciel. Mais, de près, voyant bouillir d'affreux éléments de trouble dans le creuset des affaires publiques, je me fais l'effet de Macbeth devant la marmite des sorcières.

[...]

A mes yeux, il est clair que l'enjeu du conflit c'est non seulement le sort des nations et des Etats, mais aussi la condition humaine. Il n'y a là, d'ailleurs, rien que de très naturel. Toujours, la guerre, sous son aspect technique, est un mouvement des sociétés. Les passions qui l'animent et les prétextes qu'elle invoque ne manquent jamais d'enrober une querelle concernant la destinée matérielle et spirituelle des hommes. Les victoires d'Alexandre étaient celles d'une civilisation. C'est le désir tremblant du barbare qui fit crouler l'empire de Rome. Point d'invasions arabes sans le Coran. Point de croisades sans l'Evangile. L'Europe de l'Ancien régime se dressa contre la France, quand l'Assemblée proclama : "les hommes naissent libres et égaux en droit".


Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, tome III, Le Salut. 

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Mercredi 16 juin 2010 3 16 /06 /2010 21:17

Jean-Pierre Jouyet ce matin dans Libération : "certains Diafoirus préconisent le repli national, ressassant sous le manteau "la terre, elle, ne ment pas" pour condamner l'Europe en soi".

De la m... dans un bas de soie.

 

 

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