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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 21:27
Une brève pour signaler un article d'Aude Lancelin qui relève la dernière bourde de BHL. Sans doute conscient de la vacuité de son oeuvre, BHL dans son dernier ouvrage s'en prend à Marx, Hegel et Kant. Manque de bol, il cite en référence contre Kant un ouvrage satirique de Jean-François Botul, pseudonyme de Frédéric Pagès, du Canard Enchaîné...

extrait : "A la page 122, [BHL] dégaine l’arme fatale. Les recherches sur Kant d’un certain Jean-Baptiste Botul, qui aurait définitivement démontré « au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néokantiens du Paraguay, que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence ». Et BHL de poursuivre son implacable diatribe contre l’auteur de « La Critique de la raison pure », « le philosophe sans corps et sans vie par excellence ».
Il en sait des choses, Bernard-Henri Lévy. Le néo-kantisme d’après-guerre. La vie culturelle paraguayenne. Seul problème, Jean-Baptiste Botul n’a jamais existé. Pas plus que ses conférences dans la pampa, auxquelles BHL se réfère avec l’autorité du cuistre.
"



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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 15:48
La communauté nationale ne pourra prendre tout son sens et toute sa portée qu’au sein d’une communauté de nations. Une communauté de nations sera l’ensemble de plusieurs nations formant un tout géographique continu et limité, ayant des qualités ethniques similaires et un patrimoine commun, historique et spirituel à défendre.

La communauté des nations aura pour fonctions d’assurer la sécurité, la prospérité et l’épanouissement du bien commun. Cette conception, qui semble plus naturelle que celle d’un universalisme abstrait, tend à une division du monde en zones d’influences économiques. Ces zones peuvent permettre, le cas échéant, aux nations en communautés de vivre en autarcie aussi complète que possible, chacune des zones étant ordonnée au bien commun de sa communauté de nations.

 L’Europe est un ensemble de nations qui pourraient réaliser une communauté qui n’est aujourd’hui que virtuelle. Nous voulons lui donner ses institutions et ses moyens d’existence. Toute communauté comporte un ensemble d’obligations réciproques. Aussi les institutions dont il s’agit ne sont-elles viables que si les États constituant la communauté délèguent volontairement une part de leur souveraineté – non pas à un État qui exercerait une hégémonie – mais au profit d’un ordre communautaire concrétisé par des institutions fédérales. Celles-ci auront pour attributions de gérer chacun des éléments constituant la part de souveraineté déléguée.

Extrait de Vers la Révolution Communautaire, Paris, 1943


Il s'agit des actes d'un séminaire de réflexion sur l'identité nationale un ordre communautaire, réuni par le régime de Vichy.

J'ai trouvé cet extrait fort intéressant dans le livre de Bernard Bruneteau, Histoire de l'idée européenne à travers les textes.

Pas mal de choses y sont : le patrimoine spirituel de l'Europe (en 1943 on ajoutait "spirituel et ethnique", c'était plus clair ; en 2010 on se contente de vouloir renvoyer aux racines chrétiennes et de rejeter la Turquie).

Le rejet d'un universalisme abstrait, qui permet notamment d'inscrire la subordination à l'OTAN dans le texte du Traité de Lisbonne (l'universalisme abstrait devrait conduire à rejeter cette prise en compte abrupte et veule de la réalité de la supériorité américaine).

L'organisation du monde en zones d'influences économiques ressemble au protectionnisme économique qui n'est pas non plus universaliste, juste le cache-misère d'un sauve-qui-peut réactif.

Irai-je jusqu'à dire que l'Europe est un projet pétainiste ? Peut-être pas. Mais dans sa version technocrate et anti-démocratique, elle en est tout cas parfaitement compatible avec les idées du Maréchal et de sa clique modernisatrice. Ironie de l'histoire, et trop vaste sujet : sans doute écoeurés par la collaboration français au pétainisme (Uriage etc...), certains français d'aujourd'hui estiment-ils que l'Europe permet de rompre avec cet héritage funeste. Pas de bol, les pétainistes les ont précédés sur ce chemin...

Voulant me renseigner ensuite sur les participants à ces journées, je suis tombé sur un papier d'Antonin Cohen, "Vers la révolution communautaire, rencontres de la troisième voie au temps de l'ordre nouveau".

En voici la conclusion :

"bien que la cohérence des différentes positions et prises de position qui ont été les leurs ne puisse être comprise qu’au prix de la réinscription chronologique de leurs différentes significations dans leurs époques différentes, on remarquera néanmoins l’avenir improbable du cercle choisi de cette avant-garde qui transportera avec elle l’idée d’une Europe «communautaire» et « fédérale» du Mont-Dore à La Haye. Bon nombre des hommes qui ont ainsi pu se trouver dans le cercle restreint de ces sociétés de pensée qui prendront part aux différentes mobilisations en faveur d’une révolution nationale «communautaire», à la recherche d’une troisième voie, pourront en effet se compter parmi les premiers à se mobiliser à nouveauen faveur d’une «communauté européenne» au lendemain de l’Occupation, et notamment dans  le sillage du mouvement fédéraliste français La Fédération ou dans l’entourage de Jean Monnet."




Food for thought...



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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 20:58

Philippe Delmas (je suppute qu'il s'agit de l'ancien vice-président d'Airbus) écrit dans le Nouvel économiste tout le bien qu'il pense de la politique industrielle et commerciale de la Commission Européenne.

Les curieux liront l'intégralité de l'article, mais je souligne quelques bons morceaux :


"les grands Etats industriels de l’Union sont [...] réduits au statut de contrebandier pour continuer vaille que vaille à soutenir leur industrie dans le monde étriqué de l’économie réelle."


"La question n’est pas de savoir si la Commission est capable de faire la police mais si elle capable de faire la guerre. Tout indique que non. Ainsi voit-on la commissaire à la Concurrence exiger que le bénéfice de 50 ans d’investissement d’EdF dans le nucléaire devienne accessible à tous ses concurrents au nom du libre accès aux marchés. Ainsi voit-on la commissaire au Commerce et son directeur général traiter le contentieux entre Airbus et Boeing comme une querelle de voisinage qui se réglera par les bons sentiments – nous sommes amis n’est-ce pas ? – et surtout en ne s’en occupant pas. L’OMC est là pour ça et c’est, elle aussi, une organisation idéale à l’abri de toute influence. Que les conclusions de Boeing accablant Airbus aient été déposées juste avant le début du marché du siècle pour le renouvellement des avions ravitailleurs américains et que celles d’Airbus contre Boeing soient repoussées juste après la conclusion de cet appel d’offre n’est que coïncidence."


"Que les banques régionales allemandes, la caisse italienne de l’industrie ou le fonds souverain français se mettent à vouloir parier sur le très long terme, que leurs critères s’éloignent de ceux d’un fonds d’investissement ou d’une banque – tous acteurs dont l’intérêt pour l’industrie et le long terme est notoire – et les voilà cloués au pilori en attendant d’être condamné pour le plus effroyable péché : l’aide d’Etat. Le mot seul fait frémir. Un Etat qui aide son industrie ! Abomination de la désolation ! Nulle caricature. Tous les industriels européens savent que telle est la réalité. Bruxelles vit dans le monde imaginaire des livres d’économie et nos concurrents dans le monde réel des parts de marché grignotées une à une."


Heureusement qu'unis dans l'Union européenne nous sommes plus forts...


Sont-il idiots à Bruxelles ? Certainement pas. Mais ils sont comme tous les fonctionnaires ou stratèges politiques : occupés à avancer leur pouvoir. Et le principal pouvoir que les traités leur donne c'est la politique de la concurrence et du règne du marché. Je ne doute pas que si l'Europe avait été fondée sur des bases sociales, ils se battraient tous les jours pour faire avancer la place de l'état.


Mais ce n'est pas le cas. Bruxelles s'acharne donc tous les jours à défaire ce que les politiques publiques ont bâti depuis l'après-guerre. On ne peut refaire l'histoire et ce qui constitue encore aujourd'hui le coeur inamovible des traités européens, c'est la libre concurrence.

Voilà pourquoi, tôt ou tard, et le plus tôt sera le mieux, l'Union européenne, nous devrons en sortir...


 




 

 

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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 20:08
Dans un billet doucement controversé et au titre épouvantablement vulgaire, j'avais noté une tribune de Marine le Pen dans Le Monde, fort complaisante.

Cet aprés-midi, les lecteurs de ce torchon  journal pouvaient "chatter" avec Marine le Pen.

Bientôt un DvD de Jean-Marie à tout nouvel abonné ?

En tout cas si le FN fait un mauvais score aux régionales, ce ne sera pas faute pour le Monde d'avoir essayé...


(non je ne suis pas obsédé par le FN, le temps me manque ces jours-ci pour écrire des choses plus construites...)



marine-le-pen.jpg
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 23:13

J'ai l'air ravi de taper sur l'Union européenne à longueur de temps mais ça me pompe. Je préfèrerais me soucier moins de ce trou noir et contribuer à des choses plus positives.

 

Je suis donc ravi, profondément, de lire un excellent article signé Aquilino Morelle dans Libération de ce jour (republié sur NonFiction). L'homme a été conseiller de Lionel Jospin, est professeur à Paris I, maître de conférences à Sciences Po, il a son rond de serviette chez Non-Fiction ; toutes les pelisses de la gauche parfois trop bien pensante. Il échappe pourtant en grande partie au conformisme.

 

Le coeur de son article :

 

"La vraie immoralité, pour la gauche toute entière, a été d’accepter la coupure avec les classes populaires. La « désinflation compétitive » qui provoqua la montée du chômage de masse, l’abdication de sa responsabilité- « contre le chômage, on a tout essayé »-, sa résignation devant l’explosion des inégalités sociales et sa faiblesse devant l’impudence de ceux qui tentaient de justifier l’injustifiable : telles furent les principales étapes de cette coupure.


Au cœur de ce mouvement historique : l’Europe. Face aux difficultés de l’action, une large part de la gauche a abandonné le socialisme pour lui substituer un credo européiste. Or, si le socialisme du XXIe siècle ne peut se définir et agir qu’au niveau de l’Europe, l’Europe telle qu’elle a été pensée et conçue dès le 1957 et telle qu’elle existe désormais est de nature libérale : son code génétique est inscrit dans le traité de Rome et il est libéral. L’« Europe sociale » n’est qu’un slogan de campagne et restera une illusion tant que les fondements politiques et juridiques actuels de l’Europe n’auront pas été changés.
"

 

Bon. Il ne reste à Aquilino Morelle qu'à admettre qu'il est impossible de changer les fondements politiques et juridiques de l'Europe actuelle (qui le veut parmi les 27 ?) pour conclure qu'il faut en sortir - ou réduire ce qui existe à un organe de coopération et de consultation, type Conseil de l'Europe.

 

C'est peut être l'affaire d'une dizaine d'années à peine. Verrions-nous le bout du tunnel ?

 

(c'est mon deuxième titre "gloire et honneur". Le précédent c'était pour Lionel Stoleru. A la relecture, aucun regret).

 

 

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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 12:19
Un ami euromorose me signale une interview décoiffante de Jean Quatremer, le journaliste de gauche Libération qui couvre les questions européennes.

Désolé pour les écolos-gentils et les doux rêveurs qui s'imaginent encore que l'Union européenne est un grand truc sympa où les jeunes se tendent les mains par delà les frontières.

Interrogé sur Copenhague, Jean Quatremer se réjouit que la peur du réchauffement climatique ait suscité un début de mobilisation européenne. il prolonge ainsi son raisonnement :

Sans cette peur immédiate, chaque Etat aurait fait prévaloir ses intérêts immédiats. On peut pousser ce raisonnement un peu plus loin : je pense que ce n’est que lorsqu’un conflit armé sera à nos portes ou qu’une menace directe contre l’Europe se manifestera que nous créerons une défense européenne commune, expression de la puissance européenne. La paix est en effet un moteur devenu insuffisant de l’intégration communautaire : elle l’a certes justifié à ses débuts, mais déjà la menace soviétique a servi d’aiguillon. Depuis la chute du communisme, il y a une véritable perte de sens que les référendums négatifs ont manifesté : « pourquoi faire l’Europe alors que la paix semble acquise ? » ont semblé se demander les citoyens. Je constate donc à regret que les conditions de formation d’un Etat-nation semblent indépassables : une identité commune ne semble pouvoir se forger que dans le fer, le feu et le sang, que dans l’opposition à l’autre.

Bientôt la gentille Union européenne qui nous rend si forts passera des appels d'offre pour chercher le meilleur ennemi commun : le russe ? Ennuyeux, ils ont des armes atomiques, ça pourrait mal tourner. Le chinois ? Pareil mais en pire, et en plus pour le moment le chinois tient la tutelle américaine entre ses mains, à travers un gros matelas de t-bonds. L'arabe et le musulman ? Parfait !

Dézinguer du bronzé, ça va nous faire de bons européens... A ce compte là, Eric Besson et Nicolas Sarkozy ne sont pas des épiphénomènes, ce sont juste des bastions avancés de la barbarie européenne qui vient... Et les scanners aux aéroports, les Hadopi et autres atteintes à la liberté ne sont que des zakouskys par rapport à ce qui nous attend - avec les compliments de Libération.

On peut balayer ces foutaise d'un revers de la main en retenant que Jean Quatremer n'engage que lui. Venant cependant d'un homme qui a reçu le prix Louise Weiss du journalisme européen en 2006 et le prix grec du journalisme européen en 2009, on peut tout à fait penser que ces avis barbares ne font que refléter l'opinion de la classe bruxelloise, avide de contrats de défense privatisés. Charmant.



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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 21:37
"si un écrivain habile, possédant une conscience claire et une connaissance parfaite de l’opinion orthodoxe et de toutes ses ramifications, contredit subrepticement, et pour ainsi dire en passant, l’une des présuppositions ou des conséquences nécessaires de l’orthodoxie, qu’il admet explicitement et maintient partout ailleurs, nous pouvons raisonnablement soupçonner qu’il s’opposait au système orthodoxe en tant que tel, et nous devons étudier de nouveau tout son livre avec beaucoup plus de soin et beaucoup moins de naïveté que nous ne l’avons fait auparavant."

Léo Strauss, La persécution ou l'art d'écrire



J'avais adoré ce livre de Strauss, comme son Droit naturel et histoire. J'ai cette citation en tête chaque fois que dans un journal conformiste je lis une phrase, une remarque, une affirmation qui détonne. Par exemple quand je lis Jean-Paul Fitoussi c'est typique : j'ai l'impression que l'homme ne dit que la moitié de ce qu'il pense - sur les questions européennes notamment. On peut prendre ses désirs pour ses réalités, avec de telles grilles de lecture ; on peut aussi se dire qu'il suffit d'un rien pour que les verrous sautent : ce qui est tabou aujourd'hui deviendra évident demain, non pas parce que les gens auront vu la lumière, mais parce qu'un seuil aura été passé, un palier atteint, où ce que la plupart s'attachaient à taire, ils le diront.


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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 18:45

La Banque Centrale Européenne publie sur son site un avis juridique consacré à la question de l'expulsion ou du retrait d'un pays membre de l'Union européenne et de la zone euro. Très délicatement, cette note est signée Phoebus Attanassiou, vraisemblablement grec (ou chypriote ?).


Télécharger la note, intitulée "Withdrawal and expulsion from the EU and EMU: some reflections" (note à M. Raffarin : tout le site de la BCE est en anglais).


Peu importe. Il s'agit dans cette note (que je n'ai parcourue qu'en diagonale, elle fait 50 pages denses), d'étudier ce qui se passe en cas de sortie de l'eurozone par un pays membre.


Quelques idées relevées dans ce papier :


1. Très clairement, d'après M. Attanassiou, donc d'après la BCE, un retrait de l'Union européenne avant le Traité de Lisbonne était impossible. L'Union européenne est un état, de facto, dont les régions que sont l'Allemagne, l'Italie, la France et autres survivances folkloriques ont perdu assez vite le droit de se retirer (the lack, until recently, of a formal exit clause in Community primary law must have been intentional, testifying to the Member States’ lasting commitment to the EU’s objectives and to the irreversibility of the European unification process, which is irreconcilable with a unilateral right of withdrawal).


Il ne s'agit pas d'une simple position de juriste international considérant qu'un état ne peut se dédire d'un traité. L'auteur assimile l'Union européenne à un état en devenir et démarque bien cette institution liberticide d'un simple traité (it would be to disregard the sui generis constitutional nature of the Community legal order and the ECJ’s well-established interpretation of the treaties as being permanently binding on the Member States.)

L'auteur renvoie ceux qui prétendraient que les états membres de l'union européenne ont conservé leur souveraineté à leur ringardise : "it would be to subscribe to an extreme and largely obsolete concept of sovereignty".

Comme le Traité de Lisbonne prévoit une clause de retrait explicite - assimilée à une énorme faute de goût par M. Attanassiou (a recently enacted exit clause is, prima facie, not in harmony with the rationale of the European unification project and is otherwise problematic, mainly from a legal perspective), il faut se féliciter du passage en force du Traité de Lisbonne.


2. on trouve confirmation du fait qu'entre européens on ne mache pas ses mots. Alors que les européens nous rebattent les oreilles de la faiblesse de la pauvre Union européenne (on nous a refait le coup récemment avec Copenhague), notre juriste note que l'Union voit sans cesse s'accroître ses pouvoirs souverains, à mesure que les états en sont dépouillés (The Union’s slow but continuing progress towards a more advanced level of integration, involving closer political and economic ties between its Member States and the transfer of an ever-increasing share of their essential sovereignty to the supranational European institutions).


3. Pour la BCE, la sortie d'un membre de l'eurozone est une possibilité non nulle (however remote,  the risk of a non-compliant Member State being expelled from the EU or EMU is still conceivable).


4. Un état qui sortirait de la zone euro actuellement devrait également quitter l'Union européenne. Mais l'auteur ajoute qu'un état qui quitterait l'Union européenne pourrait continuer à utiliser l'euro.


5. Une province d'un état-membre qui déclarerait son indépendance n'aurait pas de droit automatique à une place dans l'Union européenne (the assumption that the EU would treat both the rump Member State and the seceding entity as Member States would not hold true, as the rump Member State could veto the accession of the seceding entity under Article 49 TEU [...]. Moreover, it cannot be in the EU’s interest to have an ever increasing number of veto-wielding members, as this would make its business more difficult to manage).


6. Question soulevée par Attanassiou : si, grâce au Traité de Lisbonne, les états disposent indéniablement d'un droit unilatéral de sortie de l'Union, ont-ils pour autant le droit de sortir de l'euro ? L'auteur conclut que ce n'est pas très clair en l'état du traité. Les états ayant le droit de sortir de l'Union doivent a fortiori avoir le droit de sortir de l'euro, mais autant la sortie de l'Union est organisée par les textes, autant il y a silence sur la sortie de l'euro - puisqu'au contraire l'entrée dans l'euro est explicitement désignée comme "irrévocable". L'auteur en conclut qu'il faudrait amender le traité de Lisbonne (good luck my dear fellow !)

 Il rappelle aussi que la politique peut faire des miracles : le Groenland a quitté l'Union européenne en 1982-1984, dans le silence des textes et contre l'interprétation des traités que défend l'auteur.


7. Non content de constater que la sortie unilatérale de l'euro sans quitter l'Union pose un cas juridique complexe, l'auteur se demande si, puisque les états peuvent sortir de l'Union, l'Union ne pourrait pas, réciproquement, en mettre quelques-uns dehors ? La question se pose d'ailleurs aussi bien pour l'Union que pour l'euro d'après lui. Pour mettre un état en dehors de l'Union, la question est complexe et juridiquement difficile. Mais son propos n'est pas l'Union en général, le représentant de la BCE s'intéresse plus particulièrement à une question : peut-on sortir un état de la zone euro ? L'auteur ne répond pas sur ce point, qu'il trouve juridiquement très peu justifiable, mais s'attarde longuement sur un fait : il serait possible que les états membres de l'Union ayant évacué un pays membre, concède à celui-ci la possibilité d'utiliser l'euro comme monnaie domestique (euroisation concédée). L'auteur cite San Marin, le Vatican et monaco comme exemples.


Que conclure de ce papier ?


1. Il est brillant et fort intéressant. Nul doute que l'auteur a traité le problème à tous les niveaux, depuis les principes du droit public jusqu'aux détails techniques.


2. On peut le lire comme un avertissement à la Grèce : la BCE et l'Union européenne se préparent à votre départ. Ce qui est envisagé c'est de vous mettre à la porte de l'euro et de l'Union (c'est indissociable pour l'auteur) et de vous laisser utiliser l'euro sans participer à sa gestion (comme cela l'Union ne sera pas accusée d'ingratitude).


3. On notera avec beaucoup d'intérêt que dans le secret des notes obscures et techniques publiées en anglais, les juristes du système européen se lâchent : bien sûr que l'Union européenne est un état, bien sûr qu'elle grignote les pouvoirs souverains les uns après les autres et bien évidemment il est inconcevable que ce système soit défait - même si une clause de sortie de l'Union chagrine beaucoup les doctes et trouble l'harmonieuse marche en avant sans issue de secours que dessinaient jusque là les traités.


4. Le mieux : il est de moins en moins irréaliste d'évoquer, de demander et de préparer la sortie de la France de l'Union européenne. Puisque déjà, officiellement, la Banque Centrale Européenne s'y prépare.


*

Merci à la presse française et à Jean Quatremer de ne pas perturber la tranquillité des français en les ennuyant avec de tels papiers (Quatremer est occupé à commenter Miss Flandre).







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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 17:51

Les Etats-Unis et la Chine (pour les plus importants) ont des monnaies artificiellement dévaluées de 30% environ par rapport à l'euro (merci à Jean-Claude Trichet).

 

Keynes, au moment de Bretton-Woods, avait proposé un système dans lequel les pays connaissant des excédents commerciaux réévaluent leur monnaie. Tout le monde se dit keynésien aujourd'hui mais on entend peu d'intervenants se soucier de remédier aux déséquilibres commerciaux gigantesques qui causent les perturbations financières que nous connaissons (ce sont les excédents de capitaux moyen-orientaux et chinois qui créent des bulles un jour immobilières, l'autre sur les métaux précieux etc...)

 

La taxe de libre-échange, que j'ai proposée dans un billet antérieur, et encore discutée récemment, compenserait l'absence d'un tel système de régulation dans les échanges internationaux.

 

Appliquée aux produits chinois, la taxe conduirait à percevoir 40% d'impôts sur les produits chinois entrant en France (pour compenser une baisse de 30%, il faut ajouter environ 40% à ce qui reste). Nous percevrions donc 40% de 31 milliards d'euros d'achat par an, soit une douzaine de milliards d'euros pour le budget public. L'équivalent de la taxe intérieure sur les produits pétroliers, qui frappe l'essence. Ou un peu moins de ce que nous coûte l'Union européenne chaque année.

 

Bien sûr, nous importerions moins de produits chinois. Mais nous produirions certainement plus d'Ipod en France, ou d'appareils photos ou tout autre objet aujourd'hui fabriqué en Chine.

 

Le calcul de coin de table que je cite ici n'est pas un chiffre en l'air. On peut lever les épaules et dire que j'élucubre. Il n'empêche que les 12 milliards d'euros que je mentionne ici sont exactement ce qui manque au prix chinois pour atteindre leur valeur de marché si le yuan était correctement évalué. C'est le montant des soldes que le gouvernement chinois offre au consommateur européen (sur le dos du travailleur chinois qui voit retardé d'autant le montant où il bénéficiera d'une sécu etc...)

Ce sont également 12 milliards d'euros d'économie que doivent essayer de faire les indutriels français sur le dos de leurs salariés s'ils veulent rester compétitifs... Si nous continuons donc à dormir (ou à faire confiance à l'Union européenne, ce qui revient exactement au même), l'industrie française continuera à perdre ses emplois et ce ne sont pas les rêves délirants d'une économie fondée sur la gratuité qui nous habilleront, nous logeront et nous nourriront.

 

Qui a les moyens de tenir dans ce cadre mondial déséquilibré, et peut donc s'opposer à des mesures de rééquilibrage ?

 

1. Les actionnaires des sociétés occidentales qui délocalisent, leurs banquiers et toute la classe qui vit en satellite autour d'eux (journalistes éco payés à vanter les louanges du marché). Même ceux qui ne délocalisent par parce qu'ils sont sur une niche ou autre cas particulier sont ravis que la pression chinoise incite les salariés à ne pas la ramener ;

 

2. les fonctionnaires dont les salaires sont stables et ne risquent pas d'être concurrencés par la main d'oeuvre chinoise soldée (en plus ils ont 30% de soldes permanentes sur les Ipod. Les salariés de l'industrie ont aussi les soldes sur les Ipod mais avec un très fort risque de perdre leur job). Ils ne sont pas indifférents, ils sont juste inconscients de ce que l'inconséquence de la politique économique menée dans le cadre européen est totalement inepte ;

 

3. les salariés du marketing, de la pub, les comptables (attention, les services comptables commencent à se délocaliser...), les juristes et tous les métiers tertiaires déconnectés de la production. Faire de la pub pour un Ipod fabriqué en Chine ou en Basse-Normandie, c'est du pareil au même.

 

Il y a donc pas mal de gens qui peuvent aujourd'hui danser sur un volcan et laisser le système américano-chinois manger la laine sur le dos des salariés de l'industrie et de la classe moyenne. Sauf que quand il n'y aura plus d'impôts pour payer les fonctionnaires, et que les chinois auront maîtrisé les fonctions tertiaires supérieures, il sera trop tard pour pleurer.


*


Quid des importations en provenance des Etats-unis ? Keynes souhaitait la réévaluation des devises dont les pays accumulaient des excédents commerciaux. C'est clairement le cas de la Chine. Pour les Etats-Unis, ils ont à la fois une devise sous-évaluée et des déficits commerciaux. Ce phénomène atypique est dû à la place du dollar comme monnaie de réserve du système monétaire international. On pourrait parfaitement justifier une taxation des produits fabriqués aux Etats-Unis en arguant qu'il s'agit d'un avantage indû. C'est une dizaine de milliards de dollars supplémentaires que nous collecterions.


*

Dernier moyen de récupérer une dizaine de milliards de dollars : sortir de l'Union européenne et arrêter d'entretenir 5000 fonctionnaires dans les ambassades européennes, toute la bureaucratie européenne qui passe son temps à s'occuper de tout et n'importe quoi en violation du principe de subsidiarité. L'Union nous coûte une douzaine de milliard d'euros par an.


*

12 milliards avec la Chine, 10 avec les Etats-Unis, 12 avec l'Union européenne. Un gouvernement français libre et intelligent gagnerait 54 milliards d'euros. Une à quatre années de déficit de la sécurité sociale. Vous préférez ça ou les fermetures d'hôpitaux ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /2010 14:45
C'est un article du Monde (Swift et son mystère inquiétant sur la protection des données) qui rappelait ce petit fait amusant.

Swift traite les transactions entre banques. Cette société européenne est officiellement écoutée par les Etats-Unis, qui ont accès à l'ensemble des transactions bancaires de l'Union européenne, ce contrepoids aux USA qui nous rend plus forts...

La Suède, présidente en exercice, et M. Barrot, commissaire en charge de ce dossier, ont validé cet état de fait fin 2009.

Jean-Louis Bruguière, défenseur bien connu des libertés publiques, après un voyage aux Etats-Unis a assuré tout le monde qu'il n'y avait aucun souci à se faire. Nous sommes donc pleinement rassurés.
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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /2010 18:37
Le débat sur le protectionnisme se déroule avec des arguments tronqués. Partisans ou contempteurs du protectionnisme se trompent sur un point majeur : nous ne sommes pas en situation de libre échange. La plupart des experts interrogés se félicitent que nous ayons évité le danger protectionniste. Ils sont aveugles : on nage en plein protectionnisme, et depuis longtemps.

Les objets s'échangent certes plutôt en toute liberté, et sans doute avec moins d'entraves qu'à d'autres périodes. Mais constater cela relève de la comptabilité en partie simple.

  Pour qu'il y ait libre échange au niveau mondial il faudrait que la contrepartie monétaire de tous ces échanges de biens circule également avec autant de liberté.

Or il n'en est rien, et même loin de là. Et ne s'attarder qu'à la circulation des choses sans examiner celle des signes monétaires qui en sont la contrepartie est une erreur d'analyse fort coûteuse.

 Il y a deux coupables principaux à cette situation de protectionnisme généralisé.

  Le premier coupable est le dollar. Sa position de monnaie de réserve du système international assure aux américains la possibilité de ne pas se soucier du niveau de leur monnaie. Ils n'hésitent donc pas à laisser le dollar à une parité sous-évaluée, sachant qu'il y aura toujours des acheteurs - jusqu'à ce que la Chine se lasse, mais elle est tenue par la quantité énorme de dollars qu'elle détient déjà.

 Le deuxième coupable est le yuan chinois. Le yuan n'est pas négociable sur les marchés des changes, ce qui permet aux autorités chinoises d'en fixer le cours.

  A l'heure actuelle, on peut donc estimer que le yuan et le dollar sont sous-évalués de 30% par rapport à l'euro, en raison de ces mesures protectionnistes.

  En quoi est-ce que cela est du protectionnisme ? Les mesures protectionnistes classiques sont appliquées aux marchandises, qui sont taxées ou frappées de droits de douane pour favoriser les produits locaux. Les taux peuvent être variables selon les produit, ce qui donne lieu à un concours Lépine de justifications, de la part des industriels locaux, pour que tel ou tel produit soit particulièrement protégé.


Le protectionnisme monétaire agit de même, de façon beaucoup plus radicale et efficace : la sous-évaluation du yuan et du dollar veut dire que tous les produits chinois ou américains sont soldés, alors que les produits étrangers arrivant en Chine et aux Etats-Unis voient leur prix frappé d'une "taxe de change".


Pour des raisons historiques, personne ne parle de la sous-évaluation du dollar, et on commence à peine à s'inquiéter vaguement de celle du yuan. 


Plusieurs raisons :

- la sous-évaluation du dollar n'est pas un sujet par servilité envers les Etats-Unis. Depuis que de Gaulle s'était attaqué au règne du dollar, plus personne ne proteste contre le splendide isolement (monétaire) américain. L'euro aurait pu permettre d'entrer dans une logique de négociation avec les Etats-Unis, mais, pas de chance, quand les chinois ont proposé la seule mesure pertinente en matière monétaire : une monnaie de réserve internationale, le commissaire Almunia, formé à Harvard, a expliqué qu'il n'était pas question de détrôner le dollar (lire un billet complet sur l'avantage de la proposition chinoise et la réaction veule de l'Union européenne).


- il faut dire aussi que nombre d'exportations libellées en yuan depuis la Chine bénéficient aux actionnaires occidentaux ou japonais des groupes qui y sont installés (ces actionnaires peuvent donc gloser sur les vertus du faux libre-échange qu'ils ont instauré, qui ne ruine que les ouvriers).


*


Puisque l'Union ne veut pas nous défendre, nous devons frapper les produits chinois et américains d'une taxe qui compensera la dépréciation artificielle de ces deux devises.


La semaine dernière j'étais chez un client, qui m'explique qu'il produit des machines à 2 500 € pièce. Il vient de repérer sur un salon l'arrivée d'un concurrent chinois qui vend à 1 500 €. Le produit chinois est donc 40% moins cher. A terme mon client est mort. Et les constructeurs automobiles européens commencent également à s'inquiéter (lire ici et ).

 Si la France appliquait une taxe de libre échange, elle compenserait en frappant de 450 € les machines importées de Chine, concurrentes de celles de mon client (avec un fondement imparable en termes de libre-échange : dès que les chinois reviennent à une parité de marché, la taxe passe à 0%). Le produit chinois passe à 1950 € contre 2500 € pour le produit français, ce qui devient moins handicapant comme différence - l'image de la marque française peut jouer.

Par ailleurs, on peut tout à fait imaginer que des taxes compensent l'absence de protection sociale en Chine : il est interdit en France de se soustraire au peiment des charges sociales, on ne voit pas pour quelle raison les chinois ou d'autres pays qui exportent en France pourraient chez eux se dispenser de mesures obligatoires chez nous.


Pour les sceptiques qui se satisfont fort bien du protectionnisme monétaire actuel, je renvoie par exemple à cette note de Patrick Artus, titrée "la Chine accroît-elle ou réduit-elle la croissance de la zone euro ?" (je remarque juste que des mesures qui ne frapperaient que la Chine, ce qui semble se dessiner en ce moment, seraient indéfendables. Nous souffrons d'un dumping américain et japonais tout autant que de la politique chinoise).


Quelques lignes extraites de la note de Natixis signée Patrick Artus, qui examine point par point les avantages supposés de nos échanges avec la Chine (le raisonnement peut-être en partie appliqué aux Etats-Unis) :


"Au total, nous montrons que le solde est déjà négatif (la Chine réduit la croissance de la zone euro), et le deviendra encore plus avec la hausse future des prix des matières premières."

"La reprise des exportations de la zone euro vers la Chine est très modeste, ce qui tient sans doute à ce que seules les importations de voitures de la Chine redémarrent"


"
Etant donné l'écart de prix entre les produits chinois et ceux de la zone euro et les gains de parts de marché des produits chinois, le gain induit en pouvoir d'achat pour la zone euro est d'environ 0,2 % par an, ce qui reste très faible" (pour contrer l'argument d'un gain de pouvoir d'achat de la part du consommateur européen)


"Les graphiques 14 a/b montrent que les gains de parts de marché de la Chine ont coûté en 10 ans à la zone euro environ 2 points de la part de marché mondial, et 1,5 % du PIB sur le marché intérieur, soit au total 3,5 points de PIB environ."


"Les pertes de parts de marché vis-à-vis de la Chine, les délocalisations vers la Chine, provoquent des pertes d'emplois qualifiés (essentiellement manufacturiers) dans la zone euro (graphique 15 a). Même si, avant la crise, la zone euro a pu revenir au plein emploi (graphique 15 b), c'est grâce à la substitution d'emplois dans les secteurs protégés de la concurrence des émergents aux emplois industriels (graphique 15 a), ce qui implique une perte de revenu avec le niveau plus bas des salaires dans ces secteurs (tableau 3), d'où la faiblesse de la hausse du salaire réel moyen de la zone euro (graphique 15 c)".

Conclusion : Au total les effets négatifs l'emportent : la zone euro profite peu de la reprise de la demande en Chine, l'effet désinflationnistes lié au faible niveau des prix des produits chinois est limité, la baisse des taux d'intérêt à long terme due à l'accumulation des réserves de change en Chine (50 points de base) assez modeste. Au contraire, le coût en emplois des pertes de parts de marché et le coût en revenu des hausses futures des prix des matières premières sont très importants.

Officiellement, Patrick Artus est contre le "protectionnisme". Il n'a pas tort complètement : le protectionnisme qui s'appliquerait au commerce des biens n'a pas de doctrine acceptable par tous. Le premier qui l'applique déclenchera une guerre commerciale à l'issue incertaine.


Dévoiler en revanche le protectionnisme monétaire gigantesque dans lequel nous vivons, et y mettre fin par une taxe de libre-échange telle que je la proposais en mars dernier, serait beaucoup plus subtil.

C'est imparable en termes économiques - le protectionnisme monétaire actuel et américain et chinois est avéré.

Ce serait également redoutablement efficace pour remédier aux déséquilibres des échanges commerciaux qui sont à l'origine des bulles spéculatives qui agitent la planète, et responsables de la pression inexorable sur les salaires industriels.

Keynes avait vu juste dans son projet pour Bretton-Woods : c'est par des mesures monétaires qu'il faut remédier aux déséquilibres du commerce des objets. Séparer les deux domaines comme s'ils n'avaient pas de lien est une absurdité que nous cautionnons chaque fois que nous refusons l'évidence : les échanges internationaux aujourd'hui se déroulent dans un contexte massivement protectionniste, au détriment premier des imbéciles de l'Union européenne, victimes de la triple dévaluation du yuan, du dollar et du yen (j'entendais hier Trichet expliquer que le chômage était dû au progrès technique. Quel foutage de gueule monumental de la part de l'un des responsables de cette formidable occultation :  l'euro est passif face au protectionnisme des plus grands acteurs commerciaux de la planète).   

 





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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 17:15

Monsieur Nicolas Sarkozy, citoyen de la république française, a convié Carlos Ghosn,patron de Renault, à prendre un thé en sa résidence de l'Elysée samedi prochain.


Il avait cru intéressant de faire annoncer par Christian Estrosi, chargé d'étude à l'industrie pour le compte de la Commission européenne, que Renault ne serait pas autorisé à construire sa Clio IV en Turquie.


Messieurs Sarkozy et Estrosi ont été rappelés aux dures réalités par Madame Kroes, ministre de l'industrie de la technocrature européenne : Renault doit pouvoir construire en Turquie ou en Chine, il en va de la "préservation des chances d'un redémarrage économique".


Messieurs Sarkozy et Estrosi, qui s'imaginent élus par un peuple qui aurait encore un quelconque pouvoir, devraient savoir qu'il convient de s'incliner devant les compétences de Mme Kroes, qui a l'avantage de n'avoir été élue par personne.


On se sent certains jours très fiers d'être européens et j'espère que les salariés de Flins en ont bien conscience. Oh, j'oubliais : comme on dit au PS, vive l'Europe sociale !

 

 

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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 12:54

Juste une idée en passant : on nous rebat les oreilles de la nécessité d'assumer, avec l'Union européenne, des identités multiples. Antienne : on peut être français et européen.

 

Dans son débat avec Badiou, Finkielkraut se scandalise que des supporters de l'Algérie aient brandi, en France, des drapeaux algériens lors du match Algérie-Egypte.

 

Il n'y a que les bons blancs qui ont droit à une identité multiple ?

 

 

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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 19:26
"L'animosité grandissante que les gens éprouvent les uns pour les autres, à cause de la taille toujours plus grande des groupes en état de rivalité mimétique, culmine en un énorme ressentiment contre un élément pris au hasard dans la société - les Juifs pendant le nazisme en Allemagne, le capitaine Dreyfus à la fin du XIXème siècle en France, les émigrants d'Afrique aujourd'hui en Europe, les musulmans lors des récents événements terroristes".

René Girard, Les origines de la culture

Deux idées justes ici, sans me prononcer sur les
idées de Girard, qui me séduisent moins qu'il y a une quinzaine d'années, quand j'avais lu à la suite Mensonge romantique, Des choses cachées et La violence et le sacré. Pour faire vite, il me semble aujourd'hui qu'en s'en tenant à des exemples littéraires ou ethnologiques, Girard facilite ses démonstrations.

Dans cette citation pourtant, il applique sa théorie à l'actualité et le fait avec justesse : il faut être aveugle, ou avoir des comptes à régler, pour ne pas voir que le haro sur la burqa relève du phénomène de bouc émissaire.

Deuxième idée forte de Girard : la modernité c'est l'ère des masses gouvernées par des phénomènes de contagion mimétique. De ce point de vue, le bloc Union européenne-Etats-Unis qui se constitue m'effraie : plus les deux se rapprochent, plus leur discours à l'égard de l'extérieur relève du simplisme le plus bête : la méchante Chine, les affreux russes... Les Etats-unis d'Europe et d'Amérique en gestation sont un retour à la grande tribu blanche, quelque chose comme l'Occident reparti pour une croisade, avec la différence que les épées ont été remplacées par des drones et des bombes atomiques.

Ce grégarisme à l'échelle planétaire m'effraie. Quelle différence quand la France soulève le problème de la fraude l'optimisation fiscale à grande échelle pratiquée par Google. Un monde morcelé en états multiples est un monde qui débat, qui vit, qui échappe à la normalisation incessante.

D'ailleurs ça ne rate pas : à peine l'annonce française est-elle faite que les chiens de garde du marché de la Commission européenne annoncent que ce sont eux qui décideront in fine. Il y a encore quelqu'un qui croit que c'est utile de réfléchir à une sixième république ou de choisir un président de la république, à l'heure européenne ?

Une autre citation de Jean-Louis Bourlanges rejoint ce point : "Souverainistes et fédéralistes ont pperdu ensemble, car ils ont continué de croire en la politique. Ce qui gagne, c'est une espèce de gouvernance mondiale indéterminée".

*

Pour conclure, une chanson d'Alain Souchon. En 1977 déjà, crise aidant, les immigrés ont servi de boucs émissaires. J'aime le passage où l'on entend une voix à la VGE glousser quelques horreurs racistes mais polies comme on aime à en glisser dans les salons (contrairement à ceux qui dénoncent les bourgeois aux belles âmes, il y a aussi des bourgeois qui sont prêts à sacrifier du bougnoul si ça peut calmer la populace. Bonne écoute...




Paroles :

Dans les poulaillers d'acajou,
Les belles basses-cours à bijoux,
On entend la conversation
D'la volaille qui fait l'opinion.
Ils disent :

"On peut pas être gentils tout le temps.
On peut pas aimer tous les gens.
Y a une sélection. C'est normal.
On lit pas tous le même journal,
Mais comprenez-moi : c'est une migraine,
Tous ces campeurs sous mes persiennes.
Mais comprenez-moi : c'est dur à voir.
Quels sont ces gens sur mon plongeoir ?"

{Refrain}

"On peut pas aimer tout Paris.
N'est-ce pas y a des endroits la nuit
Où les ploucs qui vous font la peau
Sont plus bronzées que nos p'tits poulbots ?
Mais comprenez-moi : la djellaba,
C'est pas ce qui faut sous nos climats.
Mais comprenez-moi : à Rochechouart,
Y a des taxis qui ont peur du noir."

{Refrain}

"Que font ces jeunes, assis par terre,
Habillés comme des traîne-misère.
On dirait qu'ils n'aiment pas le travail.
Ça nous prépare une belle pagaille.
Mais comprenez-moi : c'est inquiétant.
Nous vivons des temps décadents.
Mais comprenez-moi : le respect se perd
Dans les usines de mon grand-père."

Mais comprenez-moi...

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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 21:29

Dans un billet au titre outrancier j'avais blâmé le Monde pour la publication banaliséed'une tribune de Marine le Pen.

 

Plusieurs commentateurs réagirent pour dire que ce n'était pas bien grave et que les lecteurs de cet auguste journal étaient grands.

 

Peut être. N'empêche qu'en cherchant un peu, j'ai constaté que plusieurs sites du Front National ont pavoisé (dont certains publiaient la tribune de la fille du chef avant même publication, signe que cette tribune n'est pas sortie par étourderie d'un stagiaire), ici par exemple. J'en ai trouvé quatre en trois minutes, je ne vais pas leur faire trop de pub en les citant tous. Le salon beige, un blog de cathos très à droite, s'interrogeait sur le choix éditorial et pensait qu'il s'agissait de la part du quotidien de mettre le bazar à droite, en faisant monter le FN contre l'UMP. Comme chantait un groupe de ma folle jeunesse, "j'aime jouer avec le feu, mais j'aime pas me brûler"...

 

Par ailleurs, j'ai pu constater que Le Monde avait fait de la pub sur Twitter pour cette tribune, qui peut donc aussi être vue comme un événement commercial de "la marque le Monde", évoquée dans un éditorial récent par Eric Fottorino. Comme quoi stratégie commerciale et ligne éditoriale ne font pas bon ménage.


Je ne voudrais pas être outrancier à nouveau, mais ça me rappelle le titre d'un bon ouvrage de Gilles Châtelet. Ca s'appelait Vivre et penser comme des porcs.

 

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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 18:01
Un article du New York Times sur l'essor des bons d'alimentation distribués par divers programes fédéraux d'aides aux plus pauvres.

Quelques extraits, traduits à la volée :

Un américain sur huit reçoit maintenant des bons d'alimentation, dont un enfant sur quatre. [...]
2% des américains n'ont que ces bons d'alimentation comme revenu (About one in 50 Americans now lives in a household with a reported income that consists of nothing but a food-stamp card).

Quelques anecdotes :

Quand Rhonda Navarro, malade du cancer avec un enfant, s'est vue couper l'eau courante, elle est allée brancher sa douche sur un robinet extérieur. M. Britton, peintre en bâtiment au chômage, s'est mis à vendre son sang.

Heureusement, un sénateur libéral a la solution pour remettre tous ces fainéants au travail : "On n'améliore pas l'économie en payant les gens à ne rien faire. On améliore l'économie en baissant les impôts pour que les petites entreprises créent des emplois..."

*

A part ça les Etats-Unis font la guerre en Irak, en Afghanistan, un peu au Pakistan et se tâtent pour mater l'iranien. Et les think tanks français dits de gauche (Terra Nova pour ne pas le citer) s'ingénient à copier le système des primaires, comme si les Etats-Unis n'étaient pas le pays où deux présidents démocrates successifs auront échoué à mettre en place un système public d'assurance maladie.

On rappellera que les Etats-Unis inspirent à peu près la totalité des décisions prises par l'Union européenne, notamment le démantèlement des services publics.
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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /2010 20:56
C'est à lire chez Brumes, un bon blog littéraire : http://brumes.wordpress.com/2009/11/04/le-cuistre-et-ses-epigones

Lire aussi par exemple une critique qui donne envie d'ouvrir un livre : http://brumes.wordpress.com/2009/12/22/effritement-de-la-civilisation/



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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /2010 15:34

Un court échange extrait du long débat Badiou-Finkielkraut déjà cité. Pour moi il n'y a rien à ajouter à ce qu'écrit Badiou :

 

A. Finkielkraut. - Un article du « Monde », journal soucieux s'il en est d'éviter les stigmatisations, citait récemment les propos du maire de Cavaillon, ville où règne une violence endémique. Les employés municipaux ont reçu des déchets venus d'une tour. On leur a crié : « Putains de Français, continuez à nettoyer notre merde ! ».

 

A. Badiou. - Mais bien sûr ! Des histoires de ce genre,  les bons blancs français bien intégrés en ont à la tonne sur les Africains ou les Algériens comme autrefois ils en avaient sur les Juifs ou les « levantins ». Quelle vérité ? Quelle importance ?  Les Suisses qui votent contre les minarets n'ont jamais vu un Arabe de leur vie. C'est une construction idéologique cette affaire-là. Vous êtes en train de construire idéologiquement les musulmans comme ont été construits les Juifs dans les années 1930. C'est ça que vous êtes en train de faire, avec les mêmes épithètes : des gens qui ne sont pas vraiment de chez nous, qui nous haïssent secrètement ou publiquement, qui constituent une communauté fermée, qui refusent de s'intégrer dans l'Etat français, etc. etc. Et vous croyez que vous allez faire ça innocemment ? Eh bien vous vous trompez. Il y aura des gens pour se servir de cette pseudo construction intellectuelle. Car la situation est grave. Mais elle n'est pas grave comme vous pensez. Ce n'est pas l'identité française qui est menacée, elle en a vu d'autres l'identité française. Ce qui est menacé c'est le minimum de cohésion interne et populaire qui évitera que tout cela se termine un jour ou l'autre par la domination sans partage de forces sinistres. Je sais très bien, Alain Finkielkraut, que vous ne rallierez pas ces forces, mais vous serez en coresponsable. On ne peut pas introduire en politique des désignations identitaires de ce type sans que cela ait des conséquences gravissimes. Vous le savez parfaitement. Il n'y a pas de « problème immigré » en France, il n'y a pas de « problème musulman », pas plus qu'il n'y avait de « problème juif » dans les années 1930. Pourquoi utilisez-vous votre intelligence et votre talent à participer à la construction absolument fantasmatique de ce genre de « problème » à partir d'incidents qu'on peut toujours découvrir, si on ne les invente pas ? Les antisémites aussi  trouvaient des « incidents », il y avait toujours un Juif qui avait dit ou fait ci ou çà.

 

On ne peut pas jouer avec ce genre de chose. Le capitalisme est un système précaire, on va être dans des contextes de crise, de guerre, et la tentation du bouc émissaire va ressurgir avec force. Et quel sera le bouc émissaire dans l'Europe d'aujourd'hui ? Quel sera-t-il ? Sinon ceux qu'on appelle les musulmans, les gens du Maghreb, les Africains ? Ce sera eux. C'est inévitable, c'est gros comme une maison. Et vous serez coresponsable de cela. Je le regrette vivement pour vous, parce que cet avenir n'est pas très loin. Quand on commence à « vérifier » l'identité française, tout devient possible.



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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /2010 14:59

Un débat intéressant sur le site du Nouvel Obs, repéré via Embruns.


Finkielkraut n'a pas grand chose à dire, sauf à rappeler justement qu'une identité suppose la permanence de quelques traits, donc le rejet du n'importe quoi. Il persiste cependant à voir en l'Islamisme la seule agression contre notre identité valable d'être évoquée  - et à citer Sarkozy comme un défenseur de l'identité française.


La limite de Badiou c'est qu'autant il est excellent dans la critique, autant je suis bien en peine de voir ce qu'il propose.


Quelques extraits, pour donner envie de lire l'intégralité de la discussion :


Badiou :


je suis très frappé de voir que les catégories utilisées par Alain Finkielkraut sont celles, très traditionnelles, de la réaction. L'héritage du passé et le consentement, voilà des catégories totalement passives dont l'unique logique est l'impératif « famille, patrie ». Il s'agit d'un portrait de l'identité française réactif et conservateur. L'héritage de la France c'est un héritage que je suis prêt à assumer quand il s'agit de la Révolution française, de la Commune, de l'universalisme du 18ème siècle, de la Résistance ou de Mai 68. Mais c'est un héritage que je rejette catégoriquement quand il s'agit, de la Restauration, des Versaillais, des doctrines coloniales et racistes, de Pétain ou de Sarkozy. Il n'y a pas « un » héritage français. Il y a une division constitutive de cet héritage entre ce qui est recevable du point de vue d'un universalisme minimal, et ce qui doit être rejeté précisément parce que ça renvoie en France à l'extrême férocité des classes possédantes et à l'accaparement par une oligarchie d'affairistes, de politiciens, de militaires et de serviteurs médiatiques du motif de « l'identité nationale ».

On parle toujours, notamment Alain Finkielkraut, du sang que les autres, les « totalitaires », comme il dit, ont sur les mains. Mais « l'identité nationale » a donné en la matière les plus formidables exemples. Pour trouver une boucherie aussi dépourvue de tout sens et atroce que celle de 14-18, il faut se lever de bonne heure. Or elle était strictement articulée sur l'identité nationale, c'est ça qui a fait marcher les gens. Il est très clair que l'identité nationale, référée à une mémoire non divisée et à un  consentement héréditaire et familial,  n'est que le retour  aux catégories fatiguées de la tradition, et ne prépare que la guerre, intérieure contre les « mauvais français », extérieure contre « les autres ». Le débat d'opinion est aujourd'hui entre deux orientations désastreuses : d'un côté l'unanimisme marchand et la commercialisation universelle et de l'autre côté, la crispation identitaire, qui constitue contre cette mondialisation un barrage réactionnaire, et qui plus est totalement inefficace.


Badiou encore :


Notre problème aujourd'hui n'est pas de nous crisper sur de prétendues « identités » qu'on tire de la tradition et qu'on croit devoir restaurer pour organiser une résistance fantomatique à la puissance gigantesque de la marchandisation universelle. Le problème c'est de trouver une voie qui ne soit ni la souveraineté du capital et de sa phraséologie «démocratique», ni la construction forcenée d'ennemis intérieurs supposés saper notre «identité». Et là, nous sommes adossés à la seule tradition qui se soit constituée ainsi, qui ait refusé de se laisser embrigader au XIXème siècle par le nationalisme pur et dur, à savoir la tradition internationaliste révolutionnaire. C'est la seule. C'est du reste pourquoi elle a constitué partout, et singulièrement en France, le noyau dur de la résistance au fascisme identitaire.


Badiou, toujours :


Quand vous voyez des jeunes hurler en faveur de l'Algérie, ce sont à votre avis des barbares anti-français. A mon avis ils ne le sont pas plus que ne l'étaient les supporters du club de rugby de Tyrosse dans les Landes quand, il y a cinquante ans, ils hurlaient contre les supporters du Racing de Paris. C'est l'imaginaire assez miteux du conflit identitaire, dont le sport est un exutoire bien connu. Une dernière vague d'immigration reste toujours solidaire de son passé, c'est normal. Déjà au XIXème siècle, on accusait les prolétaires de Paris, avant de vouloir les chasser en juin 48 et de les massacrer, d'être des analphabètes auvergnats, ce n'est pas nouveau tout ça. Dans mon enfance, à Toulouse, on disait en ricanant que les réfugiés de la guerre civile espagnole mettaient le charbon de chauffage dans leur baignoire. Il est consternant de vous voir faire la même chose !


Badiou :


...Il est clair que les intellectuels et les « féministes » qui ont fait du foin sur le foulard il y a 20 ans sont responsables des phénomènes de minaret maintenant, et demain de bien pire encore. Vous voulez une éthique de la responsabilité ? Eh bien assumez-la ! Les intellectuels sont ceux qui ont lancé cette affaire...


A. Finkielkraut. - Régis Debray, Elisabeth de Fontenay, Elisabeth Badinter, Catherine Kintzler et moi...


A. Badiou. - La liste est incomplète, mais exacte. Eh bien c'est une lourde responsabilité. J'ai aussi des amies de longue date qui se réjouissaient que les Américains bombardent Kaboul parce que c'était pour la libération des femmes. C'est choses-là, n'est-ce pas, vous pouvez vous amuser à les lancer localement, comme des coquetteries identitaires, mais elles cheminent ensuite, elles s'emparent des populations, elles deviennent un point de vue grossier et sommaire selon lequel nous sommes très bien et ces gens-là très mauvais. Et on va les décrire dans ces termes de façon de plus en plus systématique. Et des lois vont être votées, année après année, d'orientation de plus en plus ségrégatives et discriminatoires. Dans toutes ces histoires civilisationnelles est mise en route une machine d'introduction de l'identitaire dans la politique que vous ne contrôlerez certainement pas. D'autres le feront.


Finkielkraut soulève un point important :


La question que je me pose en vous écoutant et en vous lisant, Alain Badiou, c'est : y a-t-il une place pour un adversaire légitime ? Dans le moment de la lutte, l'adversaire n'est pas légitime, c'est  un scélérat il doit être combattu et anéanti. Et une fois qu'il a été anéanti ? C'est l'idylle à perpétuité. La politique communiste est cruelle et son utopie est kitsch. A l'idéal grec de l'amitié, c'est-à-dire du dialogue sur le monde, elle substitue la fraternité, c'est-à-dire la transparence des cœurs, la fusion des consciences.


Badiou nébuleux sur ce qu'il faut construire :


il faut construire une force idéologique, politique, dont la nature est pour l'heure totalement indistincte. Cette force sera en tout cas nécessairement internationale. Comme Marx l'avait parfaitement vu d'ailleurs. La violence capitaliste et impérialiste a accouché de ceci, qu'il y a un seul monde. La provenance des individus est finalement beaucoup moins déterminante que le choix des valeurs qu'ils vont faire, le choix de leurs organisations, leurs visions. L'émancipation, son noyau fondamental, suppose l'égalité et donc la lutte contre l'emprise sociale totale de la propriété privée.


D'ailleurs la journaliste de l'obs, Aude Lancelin, le lui fait remarquer :


On n'a pourtant rien trouvé d'autre jusqu'à présent que le cadre national pour imposer la redistribution par l'impôt, la sécurité sociale et autres acquis sociaux que vous-même, Alain Badiou, défendez par ailleurs. N'en déplaise aux altermondialistes à la Toni Negri, qui en viennent même à réclamer un improbable « salaire minimum mondial », tout cela est rendu possible uniquement par l'adossement à un cadre national....


Réponse de Badiou :


Mais tout cela est provisoire ! Il est absolument indémontré et indémontrable, que ce cadre est indépassable.


La journaliste y revient, avec une relance particulièrement pertiente :


C'est que vous ne tenez pas compte la finitude, ou plutôt qu'en bon révolutionnariste vous décidez de ne jamais en tenir compte. Contrairement à Jean-Jacques Rousseau, un auteur qui vous est particulièrement cher, et qui considérait qu'une nation trop étendue se condamnait nécessairement à la disparition...


Badiou s'en sort par une pirouette :


Peut-être, c'est assez vrai. On pourrait effectivement dire que ma position est celle d'un rousseauisme de l'infini.


Je n'ai aucune envie de devenir sujet un jour d'une entité politique qui aurait comme programme la défense d'un rousseauisme de l'infini.

 

 

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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /2009 22:37
Vacances jusqu'au 8 janvier, le blog reprendra son rythme de parution erratique à cette date.

Meilleurs voeux aux lecteurs réguliers, de passage, critiques, complices etc...

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