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Samedi 10 mai 2008
Une brève pour signaler un article du Financial Times hier. Il résume les conclusions de deux économistes solides, Barry Eichengreen (Berkeley) et Andrea Boltho (Oxford) sur l'impact économique de l'Union européenne : très faible selon les auteurs. Pour certains pays, comme pour l'Italie, l'Europe a même pu avoir un impact négatif. Sans l'Europe, le PIB des pays membres aurait été inférieur de 5% à ce qu'il est avec le grand carcan. Guère plus que la marge d'erreur dans ce genre d'études à mon humble avis. En tout cas pas le prix à payer pour la perte de la démocratie.

Voilà qui rejoint les conclusions d'un test imparable élaboré par mes soins personnels : demander à un partisan de l'Europe qu'est que ce bazar a apporté de si indispensable... Grand silence garanti, juste après un bref "la paix ?" interrogatif.

A lire sur le site du Financial Times, l'article complet sur le site du CEPR.




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Vendredi 9 mai 2008
L'Archevêque de Paris m'écrit il y a deux jours pour m'inviter à financer la restauration du Collège des Bernardins. Il me propose de financer "à moi tout seul 1 m² de restauration complète du Collège des Bernardins, aménagement et équipement compris, par un don de 9 900 €". Et à ce prix-là même pas un radio-réveil.

Il y a quand même un cadeau promis, non pas une indulgence papale (on me signale qu'elles ont été retirées du marché il y a déjà quelques siècles), mais une bien terrestre, puisque "66% de vos dons sont déductibles de votre impôt sur le revenu". Grâce au sarkozysme et à la loi TEPA, on me promet même, si je suis assujetti à l'ISF (raté !), de pouvoir le réduire de 75%, car il s'agit d'une Fondation reconnue d'utilité publique.

Là, je commence à tousser. De fait, j'ai déjà payé, en tant que contribuable parisien, pour le Collège des Bernardins, puisque si je me souviens bien, il a été vendu dans les derniers jours de l'ère Tibéri à un prix jugé à l'époque fort amical.

Et puis je me souviens d'être passé, il y a peu, devant un bâtiment reconverti. C'était un orphelinat, un grand bâtiment en briques du XIXème, qui portait encore le nom de son fondateur, un industriel du coin. Sur l'entrée, il y a une plaque "Direction Départementale de l'Assistance Sanitaire et Sociale". L'Etat a repris à son compte une initiative charitable et privée.

Nous vivons aujourd'hui le mouvement inverse. L'Etat se décharge sur des fondations et autres trucs créatifs pour faire le bien à sa place. Plus d'intérêt commun, à chacun sa fondation.

Ma curiosité naturelle m'a incité à rechercher la liste des Fondations reconnues d'utilité publique, grâce auxquelles on peut effacer jusqu'à 75% de son ISF. Elle est sur le site du Ministère de l'Intérieur (ici).

C'est émouvant comme liste.

Il y a une fondation dont le but est de "Recevoir des personnes des deux sexes, âgées, valides et lucides non atteintes de maladies contagieuses." Des vieux propres quoi. Les vieux sales iront à la DDASS justement, financée par les 25% d'impôts qui n'auront pas réussi à fuir l'ISF.

La liste est longue des fondations, plein de peintres (Carzou, Rouault...)

Une autre bonne cause : la fondation Wendel. Celle-là est extraordinaire. Il s'agit "d'acquérir la propriété de fonds d'archives historiques de la famille, de la Maison et du Groupe "de WENDEL", de promouvoir son complètement et de veiller à son entretien et sa conservation dans le futur". Les membres de la famille Wendel (Ernest-Antoine au premier chef), vont pouvoir réduire leur ISF en donnant à une fondation qui va leur racheter à eux-mêmes leurs vieux papiers, le dentier du grand-père et des moules à canon conservés. Formidable. Tellement moderne. Les riches se font payer par l'Etat pour ériger un truc à leur gloire.

Sans commentaire. Il y a encore trop de profs.





(J'oubliais : c'est la Journée de l'Europe. Rien à foutre. Elle a aussi sa Fondation.)



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Jeudi 8 mai 2008
Quand j'étais enfant, Issanka c'était la fête. La fête annuelle du Parti communiste de l'Hérault. L'occasion de passer deux jours à déambuler avec mon frère, pendant que les parents refaisaient le monde, entre les stands, quelques pièces en poche. C'était un grand espace ombragé, où, au milieu, coulait une rivière - authentique.

Sous le chapiteau des livres, j'ai descendu quelques piles de Mafalda, de Adèle Blanc Sec et autres BD jugées propres à éveiller les esprits critiques. Il y avait des réfugiés chiliens qu'on acclamait, des groupes de femmes algériennes qui venaient chanter, sous la pluie.

Mes parents étaient communistes. Je ne sais pas bien quand ça leur a passé. Peut-être qu'en 81 ils étaient finalement contents de l'élection de Mitterrand, alors que les cadres du parti étaient plutôt indifférents voire hostiles. Peut-être que de rouler en Lada fatigue, à la longue.

Mais, pour répondre à Gilles Questiaux, qui s'interrogeait il y a quelques jours sur des expressions supposément teintées d'anticommunisme employées ici : non, pas moi.

Quand je parle de Libé qui se transforme en Pravda pro-Ségolène, personne ne peut penser que la Pravda n'était pas avant tout un journal conforme à la ligne du parti. Et si je raille le centralisme démocratique c'est plus par méconnaissance de ce que cela était réellement.

Je n'ai jamais accroché à l'idée communiste. Je suis à l'inverse de Badiou : il prône le communisme et se raccroche, un peu par résignation, à l'exigence démocratique. Pour moi le communisme est une belle idée dont l'échec a été trop patent pour que l'on tente de le ressusciter. La démocratie reste un idéal valable, au contraire.

Pour cela, je suis toujours amusé et content quand des lecteurs communistes laissent des commentaires sympathiques ici. Je ne suis pas membre de la famille mais je me sens cousin. Pas envie du tout d'être membre - j'ai de toute façon le membership difficile, je suis assez individualiste -, mais content de recevoir un amical coucou.

Voilà, pour répondre à Gilles. En toute camaraderie.


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Mercredi 7 mai 2008
Le Pen réitère son opinion idiote selon laquelle les chambres à gaz ne sont qu'un détail de l'histoire.

C'est idiot au sens propre : les chambres à gaz sont une partie de l'ensemble que constitue la deuxième guerre mondiale, et en même temps ce sont les chambres à gaz, prises comme symbole de la déportation et de la destruction de plusieurs millions de juifs, qui constituent l'horrible originalité du nazisme.

Bref, Le Pen joue avec les mots, toujours les mêmes, pauvrement. Mais c'est moins Le Pen qui m'intéresse dans ce nième dérapage, que le terrain sur lequel ce dérapage est intervenu.

C'est en effet le magazine "Bretons" qui interrogeait Le Pen. Ce magazine s'intéresse à la bretonnitude et aux bretons, en parfaite symbiose avec l'approche ethnique de la société défendue par Bruxelles (cf. ici sur l'aspect politique, et là sur les aspects statistiques).

Et voilà qui conduit à mettre Le Pen en une car il est aussi breton avant que d'être d'extrême-droite :


Dans le numéro 2, c'était Patrick Le Lay, breton avant d'être vendeur de temps de cerveau disponible (puis PPDA, Michel Edouard Leclerc...) Le même numéro 2 comprenait une enquête sur "les bretons de Paris", avec une question : "combien de bretons à Paris ?"

Bon, le grand jeu moderne est de rechercher partout le ventre fécond d'où est sorti la bête immonde. Pas de chez Bretons Mag tout de même, qui a aussi mis en une Kofi Yamgnane, interroge chaque mois des étrangers sur leur vision de la Bretagne (Sergi Lopez, Annie Cordy...)

Mais ce régionalisme sur papier glacé ne me séduit pas. Pour tout dire, un futur fait de communautés ethno-identitaires mêlant marketing et culturalisme de pacotille (voir les articles sur "les dingues du kilt" ou "le beurre salé"), tout ça sous la houlette bienveillante de Bruxelles m'effraie.

Voilà pourquoi ce n'est pas tant le dérapage de Le Pen qui m'étonne que le lieu où il s'est produit qui m'intéresse...




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Mardi 6 mai 2008

Attiré par la polémique comme un Sarkozy par la mairie de Neuilly, je me suis lancé dans la lecture de cet ouvrage à succès. Avec pas mal d'intérêt.


Une critique juste sur l'état de la politique française


Le plus convaincant dans la description de l'état des lieux de la politique française, tel que dressé par Badiou, est la confrontation dissymétrique entre droite et gauche dites de gouvernement. Pour lui, la droite joue des peurs sociales pour prôner des politiques dures, qui semble permettre au peuple de croire qu'il va pouvoir conserver quelques positions, à condition d'obéir à ses maîtres. Cette politique de la peur globale est bien analysée, y compris dans l'instrumentalisation électorale de la lutte contre les "états voyous" initiée par Bush. Pour Badiou, dans sa forme française cette politique de la peur a pour nom pétainisme : le Travail, Famille, Patrie, comme protection illusoire contre un extérieur menaçant.


Là où la position est dissymétrique entre droite et gauche, c'est que la gauche, loin de proposer des solutions alternatives à celles de la droite, ne fait appel qu'à une  "peur de la peur", une peur de la droite qui ne dit rien de ce que peut, positivement, apporter la gauche. C'est bien dit, mais finalement le PS (ou du moins ses publicitaires) avait formulé et avoué cette stratégie, dès 1986, avec le slogan "au secours la droite revient". Le problème du PS est qu'il n'en a pas changé depuis et n'a pas su susciter de projet. La droite non plus d'ailleurs, si bien que le constat de Badiou d'un débat politique nul, qu'il fait pour la politique internationale, peut être généralisé :


"Pour les deux camps électoraux, en vérité, le monde n'existe pas. Sur des questions comme la Palestine, l'Iran, l'Afghanistan, (où des troupes françaises sont engagées), le Liban (où il en va de même), l'Afrique, où nos gesticulations militaires fourmillent, il y a consensus total, et du reste, nul n'envisage d'ouvrir sur ces questions de guerre ou de paix la moindre discussion publique."


Un programme plus théorique que concret


La critique de la gauche est aisée, là où j'attendais Badiou c'est sur ses propositions. J'ai été un peu déçu, car elles sont finalement très théoriques, sauf sur un point. Je commence par reprendre ses huit propositions, telles quelles :


Point 1 : Assumer que tous les ouvriers qui travaillent ici sont d'ici, doivent être considérés égalitairement, honorés comme tels, et singulièrement les ouvriers de provenance étrangère.


Point 2 : L'art comme création, quelles que soient son époque et sa nationalité, est supérieur à la culture comme consommation, si contemporaine soit-elle.


Point 3 : La science, qui est intrinsèquement gratuite, l'emporte absolument sur la technique, même et surtout profitable.


Point 4 : L'amour doit être réinventé (point dit "de Rimbaud"), mais aussi tout simplement défendu.


Point 5 : Tout malade qui demande à un médecin d'être soigné doit être, par celui-ci, examiné et soigné le mieux possible, dans les conditions contemporaines de la médecine telles que ce médecin les connaît, et ce sans aucune condition d'âge, de nationalité, de "culture", de statut administratif ou de ressources financières (c'est le point d'Hippocrate).


Point 6 : Tout processus qui est fondé à se présenter comme le fragment d'une politique d'émancipation doit être tenu pour supérieur à toute nécessité de gestion.


Point 7 :   Un journal qui appartient à de riches managers n'a pas à être lu par quelqu'un qui n'est ni manager ni riche.


Point 8 : Il y a un seul monde.


Son point le plus fort à mon sens, est le dernier. Il lui consacre d'ailleurs un chapitre entier. Il est simple, compréhensible et de portée immense et immédiate :


"Face aux deux mondes artificiels et meurtriers dont "Occident", ce mot maudit, nomme la disjonction, il faut affirmer dès le début, comme un axiome, comme un principe, l'existence d'un seul monde. Il faut dire cette phrase très simple : "Il y a un seul monde".


C'est une invite à ne voir partout que des humains, là où notre pratique quotidienne nous pousse à discriminer entre avec ou sans-papiers, fanatiques et raisonnables, riches (dynamiques) et pauvres (obtus) etc... Il y a quelque chose de chrétien dans ce point, et de pas forcément gauchiste. Je le rapproche d'une phrase de Lévi-Strauss, plutôt classé à droite : "le barbare c'est celui qui croit à la barbarie".


Sur son point 1, je ne suis pas convaincu que le sort des étrangers puisse être l'alpha et l'oméga d'une politique sociale.  Mais, si l'on prend la situation de l'étranger comme métaphore de celle du plus faible, on peut retrouver en cette formulation un argument presque rawlsien : une politique n'est juste que si elle sert aussi à améliorer le sort du plus faible. Pour autant, cet usage métaphorique de l'étranger conduit à refuser ce que la politique peut avoir de territorial, de jeu d'une loi arbitraire étendue sur un espace lui-aussi arbitraire. Badiou écrit tout à la fois, ce à quoi je souscris : "Une loi ne fixe pas une condition pour appartenir au monde. Elle est simplement une règle provisoire qui existe dans une région du monde unique. Et on ne demande pas d'aimer une loi. Seulement de lui obéir." Et en même temps  il fustige les "misérables campagnes "civilisées" contre les coutumes des gens qui arrivent", comme si les étrangers, de par un statut "d'intouchables", pouvaient emmener avec eux leurs lois propres. Le principe d'unité du monde me semble quelque peu contredit, paradoxalement, par ce statut privilégié de l'étranger.


Son point 2 est plus banal, même s'il est justifié, et soutenu par une argumentation fort peu philosophique : "...rien n'atteste plus le désir réactionnaire contemporain que de s'extasier [...] sur les œuvres d'un cuistre du XVIIe siècle, retrouvées sous une bienheureuse poussière dans la bibliothèque de Montpellier et interprétées à grand renfort d'aigres "instruments d'origine", alors qu'on méprise et qu'on s'abstient de faire entendre les plus grands chefs d'œuvre du XXe siècle". Là, on est plus dans les goûts et les couleurs que dans le débat politique. Je ne suis pas sûr que René Koering ou William Christie puissent être rangés à côté de TF1 dans la catégorie des réactionnaires.


Même chose pour son point 3, que l'on ne peut qu'approuver.


Son point sur l'amour est intéressant : l'amour comme réalité d'un être dual, d'un être à deux, qui ouvre les yeux sur la limitation que représente le seul individu. Mais la portée politique de ce constat n'est pas évidente, et sans doute pas aussi tranchée que le très sec, un peu morbide, voire puritain : "l'amour enseigne en effet que l'individu comme tel n'est que vacuité et insignifiance..."


Le point 5 est un évident rappel à lutter contre les tentatives actuelles de privatisation de la médecine publique (via la tarification à l'acte et autres bureaucratisations insanes de la pratique médicale).


J'aime bien son point 6, qui clôt le débat sur les sempiternelles réformes auxquelles nous sommes conviés sans jamais qu'elles ne satisfassent quiconque puisqu'elles n'ont aucune visée émancipatrice, mais n'émanent que d'une volonté de gagner encore un peu plus. Il écrit par exemple, sur la notion de modèle "l'avantage [...] de cette théorie du modèle [...] c'est qu'il s'agit d'une reconfiguration passive, qui n'en appelle nullement à l'énergie de ses acteurs. C'est bien tout le rôle des constantes invocations, par nos nouveaux réactionnaires, des remarquables mérites des universités et de l'économie sous Bush, des magnifiques réformes de Blair, voire de l'abnégation des ouvriers chinois qui travaillent douze heures par jour pour presque rien."


Le point 7 est exact au fond, puisqu'il refuse que la quasi-totalité des médias soient aux mains de groupes privés. Mais dit comme cela, c'est sacrifier au goût de la formule de façon gênante. Pourquoi faudrait-il limiter les journaux financiers aux financiers et les journaux religieux aux religieux ?


Le point 8 est donc finalement sans doute le plus important, et pas spécialement de gauche. Voilà le constat étonnant que je suis amené à faire sur Badiou à travers cet ouvrage.


Conclusion partielle


Je n'exclus pas d'avoir laissé échapper l'essentiel du message. Certaines phrases sont pour moi absconses. Spécialement sur le communisme. Dans toute la partie finale, Badiou défend l'idée d'une actualité du communisme (et maintient, malgré ses réticences sur le parlementarisme, l'idéal de démocratie). Pourquoi pas. Mais il le fait dans des termes d'une philosophie de l'histoire qui lui est propre et que l'on peut trouver eschatologique, voire infantile (au sens ou l'enfant s'enivre de mots qui lui paraissent ailés, dotés d'un pouvoir propre).

Je suis moi-même sans doute fort naïf, mais je ne réussis pas à trouver le sens d'un passage tel que celui-ci "la présentation de l'hypothèse [communiste] est ce qui détermine une séquence : une nouvelle manière pour l'hypothèse d'être  présente dans l'intériorité des nouvelles formes d'organisation et d'action". Ceci au cœur d'un descriptif des étapes menant à la parousie communiste, qui relève plus du descriptif d'un chemin de croix que de l'histoire telle qu'on la pratique aujourd'hui ou d'un programme politique concret.


Mais je signe sans doute là plus mon incompétence philosophique que je ne démasque celle de l'auteur. Je persiste néanmoins à réclamer de la clarté dans ces chapitres sur le communisme, notamment parce que beaucoup d'autres passages sont, eux, limpides et fort éclairants. Par exemple quelques pages sur la corruption des politiques d'aujourd'hui, qui serait non pas vénale , mais plus essentielle : ni Jospin ni Chirac n'étaient plus capables d'opposer quoi que ce soit au règne le plus brutal des intérêts, et en ce sens là, Badiou n'a pas tort d'écrire que l'un et l'autre étaient également corrompus, c'est-à-dire perdus pour l'idée d'une vertu républicaine se tenant à l'écart des intérêts privés. Ce passage sur la corruption a d'ailleurs été initialement rédigé pour le Nouvel Observateur, qui n'a pas voulu choquer ses lecteurs avec un tel brûlot et n'a donc rien publié.


Voilà. J'ai lu Badiou avec des lunettes républicaines, j'en retiens ce qui cadre avec mes conceptions politiques, l'idée d'une unité du monde, d'un intérêt général républicain. Je ne partage pas son goût pour les concepts platoniciens et son mépris pour Popper, que j'ai beaucoup apprécié, mais je recommande vivement la lecture de ce livre, trop riche pour être synthétisé, et trop fouillé pour être épuisé en une seule lecture (je l'ai d'ailleurs trouvé plus intéressant en le reprenant pour rédiger cette note, que lors de ma première lecture, plus linéaire). Il y a là quelques principes qui pourraient inspirer un parti socialiste, je n'y crois guère, ou tout parti voulant renouer avec la politique, c'est-à-dire avec la volonté de rompre avec le cours du temps.

Enfin, sur la polémique ridicule envers Badiou, dont la formule de l'homme aux rats visant Sarkozy serait antisémite, il n'y a pas à s'y étendre, elle est inepte.


Je suis en tout cas curieux de partager votre avis sur ce livre.


 

 



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Lundi 5 mai 2008
Frédéric Delorca n'est pas que sociologue et blogueur, il est aussi coordonnateur d'un atlas alternatif, livre rédigé par une quarantaine de contributeurs. Un blog a aussi été ouvert pour actualiser l'atlas.

Le contenu a l'air très riche et intéressant. Par exemple, extrait d'un billet récent sur l'Irak :

En violation de la Constitution irakienne, et des conventions de la Haye et de Genève qui stipulent que l’occupant doit respecter la juridiction du pays occupé, l’administrateur provisoire Paul Bremer (un ancien collaborateur de Kissinger) a édicté, avant l’installation d’un gouvernement fantoche par Washington, cent ordonnances scélérates qui ont force  de loi et qui ne peuvent être abolies ni modifiées par aucun gouvernement irakien (article 26 de la nouvelle constitution). L’ordonnance 81 du 26 avril 2004 a livré le pays en pâture aux multinationales qui contrôlent le commerce mondial des graines, comme Monsanto (le fabriquant de l’agent Orange), Syngenta et Dow Chemicals. L’ordonnance 81 a rendu illégales les traditions antiques de sélection des meilleures semences par les agriculteurs pour les réutiliser d’une année sur l’autre, et les échanges entre voisins. (Selon la FAO, 97% des agriculteurs irakiens réutilisaient encore leurs graines, ou les achetaient sur le marché local en 2002). Par croisements, au fil des générations, ils avaient créé des variétés hybrides adaptées au dur climat de la région. Les agriculteurs « coupables » d’avoir semé des graines non achetées, ou dont le champ aurait été contaminé accidentellement, encourent de fortes amendes, voire des peines d’emprisonnement, la destruction de leurs récoltes, de leurs outils et de leurs installations (http://www.pressegauche.org/spip.php?article1596).

Le reste du billet fait état de possibles bombardements en Iran, incluant comme cible une centrale nucléaire en activité.

On peut s'abonner par mail aux billets de l'atlas.





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Dimanche 4 mai 2008
Ce matin, visite de l'expo Babylone au Louvre. J'avais naïvement imaginé que le Louvre étant gratuit et l'expo payante, il y aurait moins de monde. Pas de chance, c'est l'inverse : il y avait forte affluence.

L'expo est intéressante et présente de superbes pièces : fragments d'écriture, statuettes, bijoux... J'ai aimé aussi les aspects fantasmatiques de Babylone, dans la mémoire occidentale, plus racontés par les commentaires muraux que par des oeuvres malheureusement. Sauf pour la Tour de Babel, où de nombreux tableaux sont là, peu d'illustrations, par exemple de Babylone comme incarnation du mal papiste pour les protestants par exemple.

Aucune référence non plus à Adèle Blanc-Sec, lors même que figure une petite statuette du démon Pazuzu, qu' elle eut à affronter via la secte de ses admirateurs.


Et puis, quelque chose m'est apparu, par son absence bientôt entêtante : rien sur l'Irak.

Dans les commentaires muraux qui jalonnent l'expo, c'est à peine si l'Irak est cité une fois, presque par hasard. Dans les notices accompagnant les objets, la provenance est, pour l'Irak : "Babylonie". Pour les provenances d'Iran en revanche, c'est bien "Iran", et non "Perse". Il y a comme une volonté, peut-être inconsciente, de gommer absolument toute référence à l'Irak, tout au long de l'exposition.

J'aurais pourtant bien vu quelques passages sur l'Irak d'aujourd'hui et Babylone, qu'en reste-t-il ? Et puis, pour une exposition organisée par trois musées européens, j'aurais bien vu aussi, tout de même, un petit rappel sur les pillages du musée de Bagdad. Cf. ce qu'écrivait la Libre Belgique à l'époque :

"L'Irak actuel correspond à l'ancienne Mésopotamie, berceau des civilisations de Sumer, d'Akkad, de Babylone et d'Assyrie. Dans ses musées et sur plus de 10000 sites archéologiques, le pays recèle des quantités fabuleuses d'objets qui retracent les pages d'histoire écrites entre le Tigre et l'Euphrate.

Le musée archéologique de Bagdad renferme des objets qui remontent à Babylone et à Ninive, des statues sumériennes, des coupes et des casques d'argent du cimetière d'Ur, des bas-reliefs assyriens et 5000 tablettes où sont portées les plus anciennes écritures connues. Fermé au début de la guerre du Golfe, en 1991, le musée avait rouvert ses portes il y a six mois seulement, après avoir «survécu» aux bombardements de ces trois dernières semaines."


Chez Swissart :

"des experts américains du Moyen-Orient avaient en effet alerté depuis des mois le Pentagone sur les richesses inestimables des musées irakiens et les risques de pillage en cas de guerre, rapporte lundi le "Washington Post".
En janvier, des universitaires, des directeurs de musées, des collectionneurs et des marchands d´art avaient eu une réunion au Pentagone pour expliquer ces risques aux responsables américains, a indiqué McGuire Gibson, professeur à l´Institut d´études orientales de l´université de Chicago.
"

Du coup, l'exposition m'a paru creuse et mensongère, et j'en suis sorti irrité. Ne reste aujourd'hui de Babylone, selon les musées européens organisateurs, que les fouilles réalisées par les archéologues occidentaux, un film de DW Griffith "le premier à réconcilier le mythe babylonien et sa réalité" selon l'expo... et puis rien. Le dernier contact avec l'Irak actuel s'arrête à 1958, avec un superbe projet de Frank Lloyd Wright commandé par la famille royale d'Irak chassée peu après par le parti Baas. A croire que les conservateurs n'aiment que les rois...

Babylone a dû s'envoler, perdue à jamais dans les méandres de la mémoire. L'Irak d'aujourd'hui n'est qu'un vaste champ de pétrole dont il convient de se répartir la gestion. Mais de cela, pas un mot au Louvre.

A croire qu'il est encore bien lourd le fardeau de l'homme blanc.




Le site de l'exposition




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Samedi 3 mai 2008
De retour après des vacances déconnectées, et une charrette de boulot qui m'attend.

Je suis un peu incertain sur le rythme à reprendre sur ce blog : l'écriture quotidienne, quand le boulot vous presse, pousse à des coups de gueule mal étayés. En même temps j'aime l'exercice quotidien et sa régularité, sorte de passage introspectif obligé, proche sans doute de la prière. 
Je vais donc sans doute continuer sur ce rythme, mais avec des billets très courts et d'autres plus charpentés. J'hésiterai sans doute moins à vous renvoyer ailleurs, sur d'autres blogs ou sites, pour lire des billets plus étayés - souvent j'envoie des courriels sur un compte de courrier ouvert à cet effet, pour servir de thèmes à des billets futurs. J'en ai 384 en attente !

Ce matin donc, un lien vers une diatribe glaçante de Stéphane Zagdanski, tournée contre un écrivain qui lui avait adressé un mot insipide. Il y a encore des gens pour qui la pensée molle et fausse est inacceptable, et j'aime ça. J'ai lu quelques livres de Zagdanski, son de Gaulle, son de l'antisémitisme, les intérêts du temps. J'y ai toujours trouvé une pensée sûre, extraodinairement agile et déliée, et convaincante. Ses romans, dans lesquels il met en scène Zagdanski le tombeur me laissent froids en revanche.

C'est en tout cas un auteur qui est à découvrir, même si le genre de polémiques qu'il entretient n'invite guère les critiques à chanter ses louanges.

Extrait d'une lettre de Zagdanski à un flatteur paresseux :

Le ton paternaliste de ta lettre cache mal ton complexe d’infériorité, lequel est amplement justifié par ton style de cul-de-jatte du cervelet. Imaginais-tu que la vacuité suintant par tous les pores de ton être m’avait échappé ? Es-tu imbu de ton affaissement au point de ne pas t’être reconnu parmi les « célibataires de l’art », les « charmants eunuques » et les « amoureux de la somnolence » évoqués dès les premières pages de mon livre ?

La suite est ici, sur le site de Zagdanski.



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Dimanche 27 avril 2008
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Mardi 22 avril 2008
Bon, après quelques journées épuisantes, voici venu le temps des vacances.

Ce blog s'interrompt au moins jusqu'au premier mai, et peut-être un peu plus si je décide enfin de finir ma note sur les Mémoires de Jean Monnet...

D'ici là je m'en vais visiter Monreale, Lipari, Syracuse, Agrigente, Erice...

Au plaisir de vous retrouver.









free music
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Lundi 21 avril 2008
"Il existe dans la gauche contestataire un plaisir narcissique à se sentir "anti-" qu'on retrouve étrangement depuis le samizdat PLPL jusqu'à l'aile gauche du PS. "Anti-capitaliste", "anti-libéral" sont des mots qu'on avance pour se dispenser de penser quelque chose de positif, de fort, de constructif - et en ce sens je suis très heureux que le mois dernier la revue Commune m'ait invité à écrire sur le socialisme, et non sur l' "anti-capitalisme [...] Il y a cette vieille idée nietzschéenne que celui qui se définit en s'opposant est faible. Et qu'il faut affirmer quelque chose - commencer par cela. L'affirmation manque terriblement à la gauche d'aujourd'hui [...]"

Chez Frédéric Delorca, un très bon blog


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Dimanche 20 avril 2008
Pour moi c'est une question. Pour Gérard Grunberg, c'est une certitude : tout va très bien.

J'avais lu un article de Grunberg après les municipales, qui m'avait déjà interpellé. Il réussissait l'exploit de conclure à un renforcement du bipartisme après les municipales, sans même écrire une fois le mot "abstention" (record pourtant sous la Vème). Il jetait également Bayrou aux oubliettes, alors que le score du Modem est bon là où il avait des candidats, et que l'acharnement de Sarkozy à planter Bayrou montre que Sarko ne s'y est pas trompé.

Essayant de retrouver cet article, je suis tombé sur
l'analyse du livre de Grunberg et Laïdi, "Sortir du pessimisme social".

J'y retrouve toutes les idées qui font perdre la gauche d'aujourd'hui.

Pour Laïdi et Grunberg, le pessimisme indû c'est "le rejet de la mondialisation, la méfiance vis à vis du projet européen ou encore la crainte des nouvelles technologies."

Pour eux, la solution principale est là :

"De fait, la critique sociale de l’État a basculé de gauche à droite. C’est aujourd’hui le néolibéralisme qui met en évidence les inégalités que l’État produit ou garantit, quitte, naturellement, à sous-estimer les inégalités de marché qu’il tend à naturaliser. On peut donc imaginer qu’une critique d’inspiration social-démocrate puisse mettre en évidence à la fois les inégalités de marché et celles générées par la protection statutaire de certaines catégories."

Voilà comment la gauche doit s'aligner sur la position du courrier des lecteurs du Figaro pour dénoncer la protection statutaire de certaines catégories. Comme j'imagine qu'il ne s'agit pas de critiquer les golden parachutes, je pense que l'avenir de la gauche selon eux c'est de taper sur les enseignants, les cheminots et autres scandaleux privilégiés. Sarkozy fait ça très bien tout seul pourtant.

Les deux auteurs, toujours pour suivre le résumé de leur ouvrage, dénonçaient les économistes institutionnalistes de gauche (Aglietta, Boyer, Amable), toujours trop prompts à souligner les fragilités du capitalisme américain. Je pense que sur ce sujet Laïdi et Grunberg n'ont pas à faire la leçon à qui que ce soit sur la force inébranlable du modèle américain. Les USA, s'ils continuent à jouer au chêne inébranlable s'engageant en Iran, risquent fort de faire rire les roseaux...

Pour conclure, l'article rappelle que l'ouvrage  de Grunberg et Laïdi se terminait par un chapitre expliquant combien toutes ces idées modernes qui vont faire gagner la gauche optimiste (vive l'Europe, vive le marché, vive la mondialisation dérégulée) sont incarnées par Ségolène (CQFD).

Tout faux donc. Je crois qu'en sens inverse la gauche gagnera si elle sait :

1. être inflexible sur le fait que les fondements de la société ne sont pas régis par le droit des contrats, et que donc la puissance publique peut décider de faire de secteurs comme la santé, l'éducation, les transports, l'énergie, des secteurs partiellement ou complètement publics (malheureux d'en arriver là),

2. refuser l'Europe qui ne sert qu'à imposer le marché partout, dans l'ensemble des relations sociales,

3. considérer que les pays en développement ne sont pas nos ennemis mais nos alliés dans le combat pour un monde ouvert mais régulé.

En attendant, il n'y a pas de raisons aujourd'hui d'être particulièrement optimistes...



(j'espère pour mon ami écryvain renouer ainsi avec une veine plus posée, quoique plus fatiguante...)






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Samedi 19 avril 2008
Certes, avec internet on ne peut pas emballer le poisson.

Il reste que sur internet les journalistes sont plus libres. Libres de ne pas faire semblant de transformer leur avis en faits établis.

Ainsi de cet article de bakchich sur la réforme des hopitaux : de la m... libérale, point, et c'est fort bien expliqué. Comparé à l'article contourné du Monde, c'est beaucoup plus satisfaisant. La pauvre journaliste a rédigé un texte où l'on peut percevoir quelques défauts de la réforme, mais à la lecture duquel on est bien en peine de se faire une opinion sur quoi que ce soit tant il est vaseux et inspiré par des philosophies contradictoires.

Le débat c'est l'hopital est-il un secteur marchand ? La réponse est non et le premier article pose bien le problème, en y répondant pour son compte. Au Monde, chez les rois du robinet d'eau tiède, on a une première partie où c'est non, il y a trop de risques à se ranger à des critères marchands, puis une suite où l'on explique benoîtement qu'il faut aussi que l'hôpital public rentre dans la compétition... Beurk.

Voilà. Sur internet, on est pas obligé de plaire à tout le monde.

Article foutraque et un peu court, mais à verser au débat déjà long sur ce sujet presse papier vs web...



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Vendredi 18 avril 2008
Il est sorti ! On peut enfin contempler la version complète du Traité Simplifié. C'est signalé par M. M dans un commentaire  sur un vieux billet (y'en a qui suivent, quand même !).

Le texte tant attendu a été si simplifié qu'il ne fait que 479 pages, c'est pas beau ?

Emouvant !

Ca laissera sans doute indifférent Max, qui écrit peu sur l'Europe, mais écrit bien :

[...] L’Europe, ce « gigantesque instrument de paix », cette « cause passionnante pour laquelle tant d’énergies se sont fédérées », l’Europe est une idée qui a vécu. L’Europe ne m’intéresse pas, l’Europe est un thème chiant. L’Europe et sa « modernité », j’en ai rien à foutre. L’Europe est emmerdante, l’Europe me fait penser à la vieillesse, à Giscard, à la droite, aux vieux cons, à l’emmerdement ; pas du tout à l’avenir, à la jeunesse, au dynamisme. L’Europe est un thème de pères qui expliquent à leurs gamins comment on fait les enfants, avec un enthousiasme patent qui fait honte à leur gosse tant ils sont ridicules. [...]

Un billet lapidaire mais juste, sur l'Europe, cette idée qui pue.

*

De mon côté, je note que cette version simplifiée n'est même pas finie, puisqu'avec une déconcertante bonhomie, les ****** de la Commission écrivent noir sur blanc, en encadré sur la première page :

Cette publication a un caractère provisoire. D'ici l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, un certain nombre de
rectificatifs pourraient encore intervenir dans l'une ou l'autre version linguistique du texte, afin de corriger
d'éventuelles erreurs qui viendraient à être découvertes dans le traité de Lisbonne ou dans les traités existants.


Un premier rédacteur avait écrit "On vous a bien eus bande de cons avec vos référendum à la noix, on vous a vendus un traité même pas fini, de toute façon votre avis on s'en tape !
(oui, je sais, je rate encore une occasion d'être cité sur e-toile). Puis un relecteur est arrivé et s'est dit que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire... D'ailleurs il a ajouté ça : "Ce texte constitue un outil de documentation n'engageant pas la responsabilité des institutions de l'Union européenne." (NDLR : authentique. La responsabilité des institutions de toute façon n'est jamais engagée. Quand ça va mal ce sont les méchants états...)

*

Beaucoup de non-dits sur ce fameux Traité simplifié donc, et il est difficile de tenir un discours vrai sur le sujet - pour ceux qui sont condamnés à soutenir ce processus infernal. Comme pour une diplomate britannique en poste à Dublin, qui rendait compte à sa hiérarchie d'une conversation avec le Directeur général de la diplomatie européenne, dans un email qui, manque de bol, s'est retrouvé dans le Daily Mail. Voilà tout ce qu'on y apprend :

- la Commission va éviter toute annonce désagréable d'ici au référendum irlandais, pour ne pas effaroucher les électeurs. Par exemple l'annonce d'une base commune pour l'impôt sur les sociétés est reportée à l'automne,

- le référendum va être avancé en Irlande, sans doute au mois de mai (le 29 précise Open Europe, est-ce que ça va encore porter chance ?) ; parce que Sarkozy étant imprévisible, les irlandais ont peur que la présidence française n'effraie les agriculteurs irlandais. C'est  à dire qu'en effet, Sarkozy ayant visiblement envie d'en finir avec la France, et les irlandais ayant souvent une position proche de la France sans Sarkozy, l'Irlande s'inquiète.

La seule chose rassurante dans tout cela, c'est que la presse française n'en soufflera pas un mot, faudrait pas effrayer les boeufs    veaux  gentils électeurs. Par exemple, à ma connaissance, la bonne presse française n'a pas repris le sondage du Financial Times d'hier dont les résultats étaient effrayants pour l'Europe (que fait Tintin Robert Ménard ?)

D'ailleurs, l'expression de traité simplifié est un bon indice pour détecter les vendus au sarkozysme: chaque fois que cette expression est employée c'est un bon coup de langue à ce menteur de Sarkozy qui a vendu un traité prétendûment simplifié pour se faire élire par un peuple majoritairement noniste.

Tiens, regardons qui emploie le plus cette expression de "Traité simplifié" parmi les trois principaux quotidiens :

Le Figaro : 245 fois. Pas mal

Libération : 341 fois. C'est mieux, bravo !

Le Monde : 1 150 fois. Le Monde est un grand journal !


*

Récapitulons... Un référendum manipulé, un Traité même pas fini, une presse française qui est occupée à tout sauf à l'essentiel, et même occupée à détourner le bon peuple de l'essentiel.

Qui a dit propagande ?

Juste pour rigoler, j'ai cherché quelle était la une de Libé au moment où je rédige ce billet. La voilà :









free music







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Jeudi 17 avril 2008
Il s'est taillé un joli succès de librairie et d'estime avec "la France qui tombe", mais il n'écrira sans doute pas l'Amérique qui tombe : il ne faudrait pas désespérer Versailles...

Car en effet, le phare du monde libre ne va pas si bien que cela. Paul Craig Roberts, ce conservateur à la dent dure, revient sur quelques problèmes américains, et Paul Krugman, ce progressiste qui serait sans doute en France rangé à côté de Mélenchon parmi les affreux populistes, enfonce le clou.

Côté performances économiques brutes, ça ne va pas bien.

L'économie américaine a ainsi perdu presque 100 000 emplois en mars.

Roberts ajoute que ce problème conjoncturel est redoublé par un grave problème structurel: les USA importent, en biens commerciaux, 17% de leur PIB, alors que le secteur manufacturier américain ne produit que 12% du PIB. Modulo des différences de comptabilisation des deux côtés, les USA ont donc un déficit manufacturier structurel d'environ 5% de leur PIB, qui ne se résorbera pas du jour au lendemain (peut être qu'en réorientant la totalité de la production vers du militaire, assez peu importé ?...)





Autre problème pointé par Roberts, celui du bidonnage des statistiques. Là, il faut présenter John Williams (un économiste, pas le compositeur de la BO de Star Wars, merci).

John Williams est un économiste qui a commencé par faire des modèles économétriques pour des sociétés privées. Par exemple, pour une compagnie aérienne, un modèle qui liait la croissance du nombre de pasagers aux évolutions du PIB. Les résultats étaient bons jusqu'à un jour où ça ne collait plus. Williams s'est rendu compte que les évolutions dans la comptabilisation du PIB rendainet nécessaire un reparamétrage du modèle. Bref, depuis, il s'est spécialisé dans le décortiquage des statistiques officielles (une sorte d'Emmanuel Todd qui vivrait de son travail critique en en vendant le résultat à des boîtes privées).

Et bien, selon lui, en conservant les définitions du chômage et de l'infltaion telles qu'elles prévalaient au début des années 80, l'inflation américaine serait aujourd'hui à près de 12% et le chômage à 13% (heureusement, de telles distorsions statistiques, ça ne pourrait pas arriver en France...)

Pas étonnant que le papier de Krugman indique que depuis 44 ans que les américains sont sondés sur ce sujet, ils sont en 2008 un nombre record à estimer que leur situation actuelle est pire que cinq années auparavant.

 Point de vue social, Paul Krugman indique dans un autre article que 35 millions d'américains sont dépourvus d'assurance médicale. On sait cependant que les soins d'urgence sont souvent gratuits. Sauf que ce n'est pas toujours le cas, que certains soins, sans être urgents, sont indispensables mais trop coûteux. Selon un étude citée par Krugman, ce sont près de 27 000 américains qui meurent chaque année faute d'une couverture correcte (pas loin de 1% des non-assurés).

Juste un rappel, les américains dépensent beaucoup plus pour leur santé que les français. près de 3% de leur PIB. Malgré cela, ils ont un système de santé dont tous les indicateurs sont plus mauvais (espérance de vie etc...) Parce que les assureurs privés prélèvent 25% des cotisations en frais de gestion, contre 4% pour la sécu que Sarkozy est en train de démanteler sous les bravos bruxellois.

Bref. J'attends avec impatience de lire "l'Amérique qui tombe", par Nicolas Baverez. J'espère lui avoir fourni au moins deux bonnes sources pour son chapitre introductif...








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Mercredi 16 avril 2008
A quoi ça sert que Barroso y se décarcasse ?

On y arrivera jamais si chaque avancée de l'Europe est boudée par ses citoyens....

Le Financial Times d'hier donnait les résultats d'un sondage sur l'Europe, réalisé dans cinq états jadis libres (UK, Allemagne, France, Italie, Espagne) et un état qui l'est resté (les USA).

Le moins qu'on puisse dire c'est que le peuple européen est ingrat. Jugez plutôt. Les sondés ont été interrogés sur ce qu'avait apporté l'Europe. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas glorieux.

Pour aller un peu au delà du sondage, tel qu'il est livré, j'ai regroupé les sentiments positifs ("paix", "démocratie", "prospérité" - y'en a qui rigolent au fond...), négatifs ("corruption", "bureaucratie", "inégalités") et neutres ("ne sait pas", "autres", "marché commun" : on peut discuter sur le marché commun, mais personne ne peut dire que c'est positif ou négatif. C'est comme cela qu'est née l'Europe, point. Si le marché commun est positif c'est en ce qu'il a amené de la prospérité, s'il est négatif cela se retrouvera par exemple dans les inégalités).

J'ai donc additionné les réponses par catégorie, pour étudier comment se répartissent les sentiments positifs, négatifs, ou neutres... Voilà le résultat :



Surprises !

D'abord les britanniques ne trouvent RIEN de positif dans l'Union. Leur clairvoyance m'a toujours imposé un profond respect (ah le Churchill d'Angleterre d'Albert Cohen)...

Ensuite la France et l'Allemagne mettent en avant la paix. Ce sont les seuls et cela montre bien ce qu'est, en réalité, l'Europe : une mauvaise solution à la nécessaire réconciliation franco-allemande.

L'Allemagne est finalement encore plus eurosceptique que la France.

Les espagnols sont bien les seuls à être plus positifs que négatifs sur l'Europe. Il est vrai que question prospérité ils sont encore créditeurs nets au budget européen...

Les Etats-Unis, qui sont censés être effrayés par l'Europe-contrepoids à leur influence, sont plutôt du genre Jacques Chirac par rapport à l'Europe, version "ça m'en touche une sans faire bouger l'autre..." : 45% d'entre eux n'ont même pas d'opinion sur la chose.

Ensuite, et enfin, dans l'ensemble il y a deux fois plus d'opinions négatives sur l'Europe que de positives, et plus des deux-tiers des européens sont indifférents à la chose...

Bon, on peut trouver simplificateur ce calcul sur un coin de table.

Il est cependant confirmé par la question qui tue : "est-ce que votre pays se porte mieux depuis son entrée dans l'Union, pareil, ou moins bien ?" Dans l'ensemble, c'est 45% de "moins bien", 30% de "pareil" et 25% de "mieux"... (pour le détail par pays,
voir l'article).

Tous ces européens sont indignes. En plus, ces gueux voudraient avoir le droit de s'exprimer (où va-t-on ?)

Qu'on en juge : 75% des espagnols, 71% des allemands, 69% des britanniques,  68% des italiens et 64% des français (les pauvres se sont-ils résignés ?) veulent un référendum après un nouveau traité.