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Dimanche 5 juillet 2009
Un très bon billet sur causeur.fr

Un extrait, juste pour le côté jouissif :

Que s’apprêtait à faire Manuel Zelaya ? À organiser un référendum constitutionnel l’autorisant à se représenter. Les observateurs estiment qu’il allait le gagner de manière écrasante. Manuel Zelaya, contrairement à Nicolas Sarkozy, quand il veut changer sa constitution, le demande à son peuple. Il ne compte pas sur une unique voix de majorité au Congrès, celle d’un ex-futur ministre d’ouverture qui paraît-il est toujours socialiste. Mais demander son avis au peuple, pour le néo-libéral alexandradlerisé, et surtout depuis le référendum de 2005, c’est populiste. D’ailleurs, c’est bien connu, tous les chefs d’Etats bolivariens sont populistes. Populiste, dans la novlangue de l’Empire du Bien, fait partie du tiercé de la disqualification, juste après antisémite et pédophile. Plus généralement, il y aura, à l’avenir, une histoire à écrire du traitement de la révolution bolivarienne par les médias français. Les “spécialistes” du Monde
par exemple, comme Marie Delcas ou Paulo Paranagua, écrivent sur la question des articles tellement caricaturaux qu’ils seraient refusés par la CIA qui trouverait ça un peu gros, même pour une opération de déstabilisation à l’ancienne.


Plsu sérieusement, l'auteur, Jérôme Leroy, estime qu'il serait temps de s'intéresser sérieusement  aux choses intéressantes qui se passent en Amérique du sud.

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Dimanche 5 juillet 2009



Ce livre défend une thèse que l'on peut ainsi simplifier : le mal nazi a été porté individuellement par des gens banals, et collectivement par une société très évoluée.

Bauman, tirant une conclusion de ce constat, souhaite que la sociologie s'empare et se sente concernée, questionnée, par les crimes nazis : le mécanisme d'extermination mis en place par les nazis l'a été de façon rationnelle et planifiée, moderne, par des ingénieurs hautement qualifiés (voir le film de Costa-Gavras, Amen).

Ce que Bauman veut mettre en évidence c'est que les « débordements » nazis sont une possibilité permanente, une bifurcation pas si improbable, de toute société qui a fait de la rationalité scientifique une valeur cardinale. Mieux, l'organisation même de la société moderne renforce les possibilités de  telles horreurs : « c'est l'esprit de rationalité instrumentale, avec sa forme bureaucratique moderne institutionnelle, qui rendit les solutions de type Holocauste non seulement possibles mais éminemment raisonnables et augmenta la probabilité de leur choix. Cet accroissement de la probabilité a un lien plus que fortuit avec la capacité de la bureaucratie moderne à coordonner l'action d'un grand nombre d'individus d'une moralité irréprochable dans la poursuite de n'importe quel but, même immoral. »


*


Bauman conteste donc toute idéologie qui tendrait à établir que les atrocités nazies sont liées à une insuffisance de civilisation et de rationalité. C'est une sorte de pavé dans la mare de tout progressisme, quel qu'il soit (Bauman cite le marxisme, la psychanalyse, le rationalisme de Max Weber...)

La plus grande partie de l'ouvrage illustre et reprend tous les points nécessaires à sa démonstration.

Il convient selon lui d'éviter le double écueil consistant à faire des massacres de la période quelque chose de totalement exceptionnel et unique (lié à la germanité ou à la destinée du peuple juif), ou, en sens contraire une guerre parmi d'autres, simplement un peu plus violente.

Il faut donc considérer, par exemple, que les agissements des nazis étaient compatibles avec une logique de l'honneur et de l'obéissance, du devoir bien rempli, qui pouvait permettre à des milliers de participants à des tâches plus ignobles les unes que les autres de poursuivre en toute bonne conscience.

Notamment parce que la « participation » au projet d'extermination était souvent fort abstraite : comme l'écrit Raul Hillberg, cité par Bauman, la plupart des fonctionnaires nazis pouvaient « annihiler tout un peuple en restant assis à leur bureau ». De longs et intéressants développements sont consacrés à l'analyse de la bureaucratie et au processus de division des tâches qui font que l'ouvrier qui construisait des bombes au napalm au moment de la guerre du Vietnam n'avait pas conscience de participer à l'assassinat des bébés qui allaient mourir sous ces bombes - exemple donné par Bauman, qui étend ses analyses à d'autres périodes que le nazisme.

Un autre point de l'argumentation consiste à établir que l'antisémitisme n'est pas la seule cause des exactions nazies - comme le montre également film Amen, les nazis ont très tôt testé les techniques de gazage sur des populations allemandes de handicapés. C'est un désir de perfection maladif, une sorte d'hubris du pouvoir qui est fondamentalement en cause à l'époque nazie, et reste une tentation permanente des sociétés modernes.

Un long chapitre reprend de nombreux débats sur les origines de l'antisémitisme et ses formes multiples. Notamment l'une des formes modernes de l'antisémitisme, qui faisait du juif, à l'époque de la construction des nations européennes, un suspect, par son absence d'appartenance à une seule nation (Bauman : « comme la nationalité était devenue la base par excellence de la constitution de tout groupe, les juifs en vinrent à saper la plus fondamentale des différences : celle entre « eux » et « nous». [...] C'est ainsi que Toussenel les voyait comme les vecteurs du poison protestant antifrançais, tandis que Liesching, le célèbre critique de Das junge Deutschland, les accusait d'introduire clandestinement en Allemagne l'infect esprit latin. »)

Le racisme est également longuement discuté, avec une présentation rapide des écrits de Taguieff par exemple. Bauman donne du racisme une définition très personnelle et féconde.


*


L'une des leçons à portée morale de ce livre, c'est d'apprendre à penser contre ce que l'on présente comme justifié en raison, techniquement désirable. Ce sur quoi veut insister Bauman c'est que « le processus de civilisation consiste, entre autres choses, à dépouiller l'utilisateur de la violence de tout calcul moral et à débarrasser tout désir de rationalité de toute interférence de normes éthiques ou d'inhibitions d'ordre moral ».

Pour illustrer ce point, il rappelle l'ampleur de la participation des scientifiques à l'avènement du nazisme, ravis de voir financés des programmes de recherche, aussi étranges soient-ils pour certains d'entre eux (« un gouvernement qui tend aux scientifiques une main secourable et leur offre tout cela peut compter sur leur gratitude et leur coopération. La plupart des scientifiques seraient prêts, en échange, à se défaire de toute une liste de préceptes mineurs. Ils seraient prêts, par exemple, à supporter la disparition soudaine de leurs collègues affublés d'un nez ou d'un dossier biographique inacceptables. S'ils élèvent une objection c'est parce que la suppression simultanée de tous ces collègues risque de compromettre leur programme de recherche. ». J'ajoute qu'on peut lire Vie et destin, pour des chapitres très éclairants à ce sujet.)


*

Une question anthropologique.

La portée morale des travaux de Bauman découle de son attitude presque philosophique, ou anthropologique. On peut considérer que l'homme est un loup pour l'homme, et que la civilisation, en éloignant l'homme de l'état de nature, le rend plus pacifique. C'est un point de vue « progressiste » et rationaliste classique. Dès lors, le nazisme est un simple accroc, une régression temporaire sur le chemin du progrès.

Bauman préfère considérer, en sens inverse, que la civilisation technicienne est un concept qui permet le genre de crime à grande échelle qu'a commis le nazisme. L'homme nu, le sauvage et même le chef militaire du moyen-âge seraient incapables de crimes si importants. La position de Bauman est inconfortable pour les tenants de la modernité et les rationalisateurs. Elle est cependant extrêmement intéressante pour inciter à une vigilance qui ne se contente pas de rechercher le danger dans la résurgence d'un nazisme du XXIème siècle.

Les futurs nazis, s'ils parviennent un jour au pouvoir, ne se pareront pas d'une croix gammée. Ils seront peut-être branchés sur Twitter et désireux de défendre l'Occident blanc contre la subversion islamiste, ou l'Union européenne contre les nationaux... Plus important encore, il s'agit d'identifier les points qui fragilisent les démocraties contre les tentations totalitaires - faute de mieux, je maintiens une distinction démocratie/totalitarisme que Bauman ne fait pas.


*

Impressions d'ensemble

Je lis en amateur. Je ne rentrerai donc pas dans des détails techniques ou des débats historiographiques ou épistémologiques complexes. Je souhaite juste souligner quelques points retirés de cette lecture.

Bauman est tout d'abord un sociologue qui écrit bien. Il a un talent rare pour décortiquer des points techniques complexes tout en restant lisible et en pointant les implications concrètes des thèmes débattus. Il est capable de multiplier les allers-retours entre la théorie et les enseignements historiques. Il est aussi apparemment grand lecteur et se réfère à des auteurs très divers (Hillberg, Ellul, Taguieff...) Même si, en postface, il lui est reproché de ne pas citer explicitement le concept de la banalité du mal tel que décrit par Arendt, ou de ne jamais citer Adorno, il a l'air assez sincère dans sa volonté de débattre les idées des autres.

Les thèmes qu'il embrasse et évoque sont nombreux et je serais bien en peine d'en apprécier immédiatement la portée complète, au-delà des points énoncés en introduction.

Quelques réticences cependant.

Tout occupé à voir en l'état rationalisateur un ennemi, Bauman écrit ceci : « Au vu de la tendance actuelle à abandonner la gestion directe de nombreux secteurs de la vie sociale autrefois étatisés, et à se diriger vers des structures sociales soumises au marché et génératrices de pluralisme, il semble peu probable qu'une forme raciste d'antisémitisme soit de nouveau un jour utilisée pour mettre en œuvre un projet de vaste ingénierie sociale... »

Comme si transférer la gestion de la sécu à Axa, AIG et Groupama pouvait faire reculer l'antisémitisme à tout jamais. Ce passage étonnant est d'une grande naïveté, qui contraste avec des argumentations autrement plus subtiles en général. Pas plus que l'état, et certainement moins, dans une conception française des services publics, des sociétés privées ne sont capables de faire primer les valeurs sur les notions d'efficacité technique.

Et même si on peut trouver louable que les sociétés privées n'exercent qu'un pouvoir restreint à ce qui leur a été attribué par l'état, sans cumuler leur pouvoir avec des fonctions régaliennes, il reste que l'état peut parfaitement manipuler des sociétés privées pour qu'elles ne soient qu'un prolongement de son action.

Je suis bien plus convaincu par les passages où Bauman impute à un affaiblissement des structures sociales et des frontières l'installation du nazisme au pouvoir.


*

Pour conclure, un lien possible avec l'affaire européenne. Bauman insiste sur le fait que la rationalité technique est un danger, et que la tentation de « jardiner » les sociétés humaines est d'autant plus dangereuse qu'elle repose sur un état fort. La construction européenne, en ce sens, devrait alarmer tous ceux qui prendront Bauman au sérieux :

  1. - l'état européen, but ultime de la « construction européenne », serait potentiellement le plus riche du monde. Ses partisans veulent le doter d'une police, d'une armée, d'une politique extérieure. A bien des égards, cet état, peut-être plus ou moins fusionné avec les Etats-Unis, en matière militaire par exemple, deviendra ou restera le plus puissant de la planète pour un petit moment ;
  2. - cet état européen se construit avec un déficit démocratique persistant, que d'ailleurs ses partisans ne nient pas ;
  3. - les transferts de pouvoir des états-nations autrefois efficaces vers un pouvoir central européen au fonctionnement extrêmement lourd et inefficace créent une situation de vide propice à toutes les tentations de se tourner vers un chef suprême (Bauman sur les fragilités de la démocratie « c'est dans les périodes de profondes dislocations sociales que s'affirme vraiment ce remarquable trait de la modernité. A aucun autre moment la société ne paraît aussi amorphe, « inachevée », indéfinie et malléable, littéralement dans l'attente de la vision d'un habile et ingénieux concepteur pour lui donner forme. A aucun autre moment la société ne paraît aussi dénuée de forces et de tendances propres, incapable par ailleurs de résister au jardinier et toute prête à prendre n'importe quel aspect entre ses mains. Le mélange de malléabilité et d'impuissance constitue un attrait auquel bien peu de visionnaires hardis et aventureux sauraient résister. Il crée lui-même une situation dans laquelle on ne peut leur résister. »)

Nous sommes donc dans une situation à risque, et le projet européen est une cause de grands périls. Est-il bon de s'obstiner à vouloir construire un grand jardin européen ?

Redonnons la conclusion à Bauman : « Nombreuses sont les tâches que les dirigeants de cette planète pourraient et devraient accomplir. Mais concevoir un ordre mondial parfait n'en fait pas partie. Le grand jardin mondial a éclaté en une multitude de petits jardinets, chacun avec son petit ordre à lui. Dans un monde peuplé de jardiniers compétents et extrêmement mobiles, il semble ne plus y avoir de place pour le jardinier suprême, le jardinier des jardiniers. [...] Quelle qu'en soit la raison, je serais tenté de dire que ce délabrement est une bonne nouvelle à un grand nombre d'égards. »

 

 

 

 

 

 

 


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Dimanche 5 juillet 2009
Les cibles de l'antisémitisme possèdent de façon générale le statut sémantiquement déroutant et psychologiquement troublant d'étrangers à l'intérieur du pays, et se trouvant par là même à cheval sur une frontière vitale qui doit toujours être clairement définie et maintenue intacte, imprenable ; et l'intensité de l'antisémitisme risque fort de rester proportionnelle à l'urgence et à la violence du processus de délimitation et de définition des frontières. Très souvent, l'antisémitisme a été une manifestation de ce désir de veiller sur des frontières ainsi que des tensions émotionnelles et des préoccupations pratiques qui en découlent.

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste

De ce point de vue, la construction (d'un état) européen(ne) est une double poudrière : elle efface les frontières nationales tout en ne proposant aucune frontière extérieure stable.

Par ailleurs les inquiétudes ont l'air de se concentrer aujourd'hui sur la burqa plus que sur la kippa.
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Dimanche 5 juillet 2009
"Des expressions telles que le caractère sacré de la vie humaine ou le devoir moral semblent aussi bizarres dans un séminaire de sociologie que dans les bureaux aseptisés et non-fumeurs d'une administration."

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste
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Samedi 4 juillet 2009
"Le racisme se distingue par une pratique dont il fait partie et qu’il rationalise : une pratique qui combine les stratégies d’architecture et de jardinage avec celles de la médecine pour servir à l’élaboration d’un ordre social artificiel, et cela en éliminant les éléments de la réalité présente qui ne coïncident pas avec la réalité parfaite imaginée et ne peuvent être modifiés pour y parvenir. […] le racisme illustre parfaitement la conviction qu’une certaine catégorie d’êtres humains ne peut être incorporée dans l’ordre rationnel de la société."

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste


Je trouve cette définition très féconde. On peut par exemple la mettre en parallèle avec les débats sur la burqua…

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Samedi 4 juillet 2009
Ayant un peu de temps à tuer, je me suis assis avec un Perrier une demi heure gare de Lyon.

J'ai dû entendre trois fois une voix sinistre prévenir les voyageurs qu'en cas de fièvre, ou de voyage en zone de grippe A, il convenait de prendre des précautions que j'ai déjà oubliées (se laver les mains, voter Sarkozy, rester chez soi ?).

Je n'ai pu m'empêcher de penser à Orwell en entendant ces messages dont la diffusion implique :

- que la grippe A est un danger urgent, grave et immédiat ; plus que la connerie, les accidents de la route ou quoi que ce soit ;

- que l'espace public sonore appartient à la SNCF et à l'état qui peuvent choisir d'en faire ce qu'ils veulent, avec l'idée que puisqu'on a des gens sous la main on peut bien en profiter pour les conscientiser (certes une gare transporte des voyageurs, venant potentiellement de zones infectées, mais je doute que des trains arrivent du Mexique à  la gare de Lyon).

S'il y a danger immédiat, il y a les journaux télévisés, les courriers, le courriel, la presse, qui tous peuvent diffuser des messages de précaution précis.

J'ai eu l'impression, toute subjective je l'admets, que ces alertes sonores participaient en réalité d'une conception de la société ou chacun se doit d'être en permanence mobilisé, "attentif ensemble", vigilant.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne me dit rien de bon.


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Mercredi 1 juillet 2009

Quelques jours de repos au pays des cabines téléphoniques rouges et du gazon vert m'ont amené à lire le Times, par curiosité.

 

J'y suis tombé sur un article signé Anatole Kaletsky, tout à fait irrespectueux envers la Banque Centrale Européenne (How the ECB's fig leaf has completely withered away).

 

Un beau graphique y montre le niveau des liquidités injectées par la BCE et par la Fed américaine (le graphique est introuvable en ligne, mais ne reculant devant aucun sacrifice j'ai scanné la chose) :

 

Donc la BCE, qui nous a sauvés dans la crise mondiale selon les bons esprits, l'a fait en injectant beaucoup plus de liquidités que sa consoeur américaine (Selon les calculs de Kaletsky, compte tenu d'un PIB plus faible de 12% pour la zone euro que pour les Etats-Unis, la BCE a injecté 50% de plus de liquidités que la FED. J'ajoute que tout ça pour obtenir une croissance comme d'habitude toujours plus faible dans la zone euro que partout ailleurs - UK, USA notamment).

Savoir si tout cela est très sain est difficile, ce qui est sûr c'est qu'en plus les contreparties acceptés par la BCE en échange de ses interventions ne sont pas de meilleure qualité que celles de la Fed.

Ce graphique n'est pas en effet le seul enseignement de ce bon papier.

Une des caractéristiques du système économique européen totalement absurde est qu'il interdit à la BCE de "monétiser" la dette des états. Alors que la Fed vient d'acheter massivement des bons du Trésor directement auprès du Trésor américain, la Banque Centrale Européenne, vertueuse, refuse cette horreur.

De la dette étatique ? Fi donc ! Il n'y aura d'état qu'européen, et d'ici là tous les états existants sont des escrocs.

Comme, crise aidant, il a tout de même bien fallu injecter des liquidités pour soutenir l'économie, la BCE accepte de refinancer des titres de plus en plus merdiques à la signature d'une qualité de plus en plus faible. Interdit donc de refinancer les vilains états, mais les gentilles entreprises, on peut. L'entreprise, c'est bien, c'est sain, et parler à des actionnaires est plus simple que d'avoir à écouter des électeurs.

Le plus drôle dans cette opération c'est que les banques européennes ainsi renflouées à coup de liquidités, accordées par la BCE, en contrepartie de titres de très mauvaise qualité, achètent à leur tour des titres de leurs trésors publics nationaux... Voilà donc que réapparaît par le bas - les banques nationales - le mistigri que l'on ne voulait pas voir en haut - à la BCE. La feuille de vigne qui consiste à la BCE d'interdire le financement des états européens a donc disparu aux yeux des spécialistes.

Non contente de nous infliger une politique de change imbécile, la BCE mène donc une politique monétaire finalement plus interventionniste que celle de la Fed, mais de façon totalement opaque et illisible.

Tout ça n'empêchera pas naturellement, les idéologues européens d'expliquer combien l'Union nous a rendus plus forts face à la crise. On en reparlera quand la poussière finira par déborder de sous le tapis...

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 25 juin 2009

Il est assez curieux de constater que Philippe Val fait l'objet d'une cordiale détestation à la gauche de la gauche. Et sa récente nomination à France Inter a déchaîné les passions.

Cela s'explique en réalité assez bien, pour trois raisons :

1. c'est une bête de pouvoir. Après avoir dompté la rédaction de Charlie, ou les départs se sont succédés de gens qui ne supportaient plus sa férule (je rappelle que j'avais trouvé les plaisanteries de Siné d'un parfait mauvais goût), il se fait nommer à la direction de France Inter. Ayant donc commencé sa carrière très à gauche, il s'apprête à la finir dans les honneurs et les voitures de fonction. C'est arrivé à d'autres, mais le premier point qui doit gêner en effet ses anciens amis c'est que, plus tard que d'autres, il a continué à jouer au rebelle.

A peine arrivé sur Inter, le voilà vidant Frédéric Pommier, qui faisait une très bonne revue de presse, pour des raisons qui ont l'air p lus personnelles que professionnelles. Pas très service  public comme comportement...

2. Pour des raisons mystérieuses, Val passe pour un social-démocrate selon la presse modérée. En réalité il est tout aussi, sinon plus, néconservateur que social-démocrate, et il avait chaudement appuyé l'intervention américaine en Irak (je cite un de mes billets anciens, que je relis avec plaisir tant il est bien ajusté à mon sens. J'y écrivais que pour Val, "le monde se divise entre les démocraties et les niaks (je traduis librement l'expression de Val qui estime qu'entre la France et le Japon, hormis Israël, il n'y a que "des populations illettrées à 80%", qui entretiennent une "haine farouche de l'Occident, en tant qu'il est constitué de démocraties". C'est gentil pour le Liban par exemple)." (lire la suite)

3. La rhétorique de Val a plus à voir avec Gringoire qu'avec la social-démocratie. Je me souviens l'avoir entendu "expliquer que les parlementaires nonistes qui ont refusé la validation par le Congrès du TCE étaient des antiparlementaires.  Il leur reprochait notamment d'avoir un QI inférieur à celui d'une souris, qui, elle, est contente quand elle mange son fromage." (lire la suite de cet autre très bon billet) Val permet donc au notable modéré de se satisfaire de ses pensées repues en vilipendant la méchante gauche irresponsable, en des termes que n'aurait pas renié la presse d'extrême-droite d'avant-guerre. Qu'il fait bon se sentir centriste après quelques coups de fouet infligés par Philippe Val à la racaille partageuse !

*

Finalement je comprends fort bien l'accueil plus que mitigé réservé à Val à France Inter, et je souhaite qu'il soit éjecté de son fauteuil au plus vite à la Libération, surtout s'il continue à en faire un usage aussi personnel.

 


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Mardi 23 juin 2009
Certes, l'inventeur de la prime au retour n'est pas un homme de gauche, quoique ayant frayé avec le PS dans de grands émois d'ouverture.

Il publie régulièrement des papiers intéressants dans le domaine économique. Son dernier article, dans le Monde, n'a pas reçu l'écho qu'il méritait.

On y lit par exemple ceci :

les usines qui ferment tous les jours en France, en Europe et aux Etats-Unis ne sont en général pas victimes des subprimes, elles sont victimes des succès de la concurrence chinoise et indienne. Depuis son entrée dans l'OMC il y a moins de dix ans, l'Asie conquiert les marchés pour le plus grand bonheur des consommateurs et pour le plus grand malheur des travailleurs occidentaux.

Ou encore :

dans les cinq dernières années, la consommation des ménages a augmenté en France de 20 %, alors que la production n'a augmenté que de 6 % : ce sont les importations qui ont augmenté de 61 %. Les exportations chinoises mondiales ont triplé de 2004 à 2008, et leurs réserves de change sont les premières du monde, mettant les Etats-Unis à la merci de leur bonne volonté d'acheter leurs bons du Trésor. L'Inde est le numéro un mondial des médicaments génériques, domine une partie du marché mondial de l'informatique et des centres d'appels, la Chine détient 60 % du marché mondial des jouets, livre à Rungis des roses moins cher que celles d'Amsterdam, imprime les guides touristiques du Périgord en français, fabrique en vingt-quatre heures les prothèses dentaires commandées en PAO par nos dentistes, est numéro deux mondial de la production automobile, etc.

Le diagnostic est très clair, et, tout en rejetant le "protectionnisme", Stoleru questionne sérieusement le libre-échange.

Pour remettre un peu d'ordre dans cette concurrence déloyale entre nations, l'auteur suggère d'éviter les usines à gaz que recouvre généralement le terme de protectionnisme, pour préférer une solution simple : la régulation des taux de change.

C'est en effet la première arme commerciale entre les nations, plus mortelle pour nos emplois que bien d'autres.

Je me désole que le Parti Socialiste soit, là encore, à la remorque d'un secrétaire d'état autrefois giscardien, et tarde à réaliser que nos usines ne ferment pas par obsolescence naturelle.

Là où je me sépare nettement de Stoleru, c'est qu'il en appelle à une concertation entre la Chine, les Etats-Unis, l'Europe et l'Inde pour réguler les changes.

S'imaginer que l'Europe puisse jouer un quelconque rôle, distinct notamment des positions américaines (relire Almunia défendre le rôle de monnaie de réserve du dollar comme un larbin stipendié), est du plus haut comique. D'ailleurs l'article n'est pas dénué d'un autre aspect surréaliste (peut-être à lire au deuxième degré), lorsqu'il évoque la "lucidité" de Nicolas Sarkozy (c'était une semaine avant le remaniement)...

Bref, je retire de la lecture de cet article que mon idée de taxe de libre échange serait un grand pas pour nos usines, et pour nos emplois.






 
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Mardi 23 juin 2009
Une brève du Monde, le 18 juin dernier : la présidence tchèque et la Commission saluent les baisses de 20% des salaires publics (imaginez, vous passez de 2000 à 1600 euros du jour au lendemain...)

Après ça, ces imbéciles iront pleurer quand l'extrême-droite fera là-bas des scores impressionnants et iront s'effryarede "tentations nationalistes" !
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Jeudi 18 juin 2009

A croire que je ne m'en lasse pas, je reviens sur les élections européennes. En réalité, ça me saoûle, comme tout le monde : l'Union européenne me semble un sujet tellement trivial que j'ai envie de passer à autre chose.

Encore un petit coup quand même, pour élargir le sujet aux prochaines présidentielles (oublions les régionales, qui ne serviront que de tour de chauffe, même si elles seront l'occasion de tester des alliances fort utiles pour la suite).

(au passage, les lecteurs perspicaces auront remarqué un net ralentissement des publications, directement proportionnel à ma charge de travail, qu'ils m'en excusent, ça va d'ailleurs continuer un moment).

*

Hors donc, TNS Sofres, qui publie finalement des sondages pas si inexacts que cela - comme nous l'a appris François Bayrou à ses dépens - a mis en ligne un sondage réalisé le jour du vote, où l'on apprend des choses fort intéressantes. Principalement deux à mon sens :

1. Le PS n'est pas assez à gauche

La première trouvaille intéressante est la suivante : à la question "En ce qui concerne l'orientation adoptée par le Parti socialiste aujourd'hui, est-elle selon vous :

Trop à gauche : 12%

Pas assez à gauche : 38%
A gauche, juste comme il faut : 27%

S'en fout : 23%

Détail intéressant, le % de ceux qui trouvent le PS pas assez à gauche est très majoritaire chez ceux qui ont voté Vert le 7 juin (58%). A croire que loin d'être des bobos aseptisés, les verts sont des anciens socialistes un peu lassés des dérives centristes du PS. Je gage que Manuel Valls n'a pas étudié ce sondage.

Dans l'électorat Modem ils ne sont que 28% à trouver le PS pas assez à gauche !

2. La population française est lassée de l'Union européenne

 Une première confirmation, les abstentionnistes avaient voté non à 62% au référendum de 2005. L'abstention n'est pas complètement neutre, c'est bien un raz-le-bol européen.

Autre question : "vous êtes-vous intéressé à la campagne pour les élections européennes ?"

Réponse : Non, à 76% Quelle claque ! L'huile de foie de morue qu'est l'Union ennuie tout le monde, candidats et électeurs compris.

La meilleure question : "Vous-même, diriez-vous que vous êtes très attaché, assez attaché, pas très attaché ou pas attaché du tout à la construction européenne ?"

Réponse :

Très ou assez attaché : 53% (dont très attaché, 17%)

Pas très ou pas du tout : 46%

Avec les tombereaux de propagande qui sont déversés pour chanter les bontés de l'Union, c'est incroyable comme niveau de mécontentement et de désintérêt (allez expliquer à votre conjoint que vous lui êtes "assez attaché", il comprendra immédiatement le message).

Enfin, à la question "D'une manière globale, diriez-vous que par rapport aux effets de la crise
économique actuelle :

L'Europe nous protège : 31%

L'Europe aggrave plutôt les effets de la crise : 30%

L'Europe n'a pas d'impact : 30%

Ne sait pas : 9%

60% des sondés estiment que l'Union a été au mieux inefficace et au pire nuisible dans la crise. Autant pour les innombrables articles sur l'efficacité supposée de l'Europe qui nous protège de la mondialisation...

*

Ma conclusion personnelle de tout cela :

1. il y a une forte demande pour un PS de gauche, pour un parti de gauche pivot, capable de ne pas mépriser les "gauchistes" tout en étant prêt à gouverner (avec un vrai programme de gauche, sans Manuel Valls, Mosco, DSK etc...) Si le PS continue à vouloir mépriser ses électeurs de gauche, ce sont les Verts qui prendront cette place, mais dans quinze ans, le temps de se construire une crédibilité.

2. les électeurs sont prêts à accepter qu'un programme de gauche ignore ouvertement les contraintes européennes, par exemple qu'il prévoie une nationalisation de Total, la fin de l'ouverture à la concurrence pour la Poste et la SNCF etc...

Mieux, je vois mal comment un programme de gauche pourrait ne pas s'asseoir sur les contraintes européennes, tant celles-ci sont imbéciles et structurellement de droite.

3. Cela exclut une candidature gagnante de Martine Aubry l'européenne, sauf si elle réussit à endormir les électeurs, mais cela exclut aussi Ségolène si elle persiste à vanter les Etats-Unis d'Europe comme la solution à nos problèmes...

4. Problème : il n'y a encore personne pour remplir le créneau des points 1 et 2 (un programme de gauche malgré Bruxelles). Le PS a trois ans pour qu'un de ses leaders comprenne qu'il peut ouvertement taper sur Bruxelles et s'offrir un programme de gauche, sans que son bras ne faiblisse à l'approche de la ligne d'arrivée de peur d'un désaveu. Peillon ? Fabius ? Montebourg ?

 

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Samedi 13 juin 2009
Une remarque rapide : la presse est ravie de Dany superstar, son score, ses gentilles idées au néolibéralisme bien caché, etc...

Lire l'hebdo de Jacques Julliard, l'un des baromètres de la bien pensance parisienne, qui explique avoir voté pour Dany, qui parle "simple et vrai". Quelle blague, et comme cette conception d'un discours politique "simple et vrai" sent le désir d'une communication parfaite écartée de tout contact avec la réalité.

Pour ce qui est des Verts, je n'accorde à peu près aucun intérêt à leurs idées, je n'en vois pas la dimension politique.

J'ai lu les remarques d'André Gunthert sur ce parti "le sauvetage de la planète m'apparaît typiquement comme un de ces grands récits que la culture occidentale est habile à produire - dont une caractéristique est précisément de ne laisser aucune place à la contradiction." Sans l'écrire, les Verts ne sont pour lui qu'un cache sexe, à la manière de Home, ce film qui sert aux directeurs financiers à se donner une conscience écolo en allant au ciné en Prius : "Si l'on en croit Denord et Schwartz, l'alibi "social" était nécessaire à la construction de l'espace néolibéral européen. Désormais privés de ce cache-sexe, les promoteurs du projet eurolibéral vont avoir besoin d'un nouvel écran de fumée. Avec sa ribambelle de sponsors chics et ses images plus belles qu'un rêve de Christine Lagarde, Home arrive à point pour nous indiquer dans quelle direction chercher".

Nous entrons donc dans une période de mysticisme vert, avec des dimensions un peu délirantes. Ce que les médias n'ont ainsi pas souligné, c'est que l'Alliance pour une écologie indépendante a fait près de 4% dimanche dernier - 20% du score de Dany et de sa liste de stars des médias. A croire que bientôt une chèvre pourra être élue n'importe où, à condition d'être peinte en vert.

Je crois surtout que le PS s'étant lui aussi condamné à être un parti apolitique (l'Europe lui tient lieu de programme, et, exactement de la même façon que l'écologie, quiconque se veut gentil et ouvert s'affirme européen. Ergo s'affirmer européen oblige à renoncer à toute politique), l'élection a été un coup pour rien. Attendons que se construise une offre politique sérieuse, et l'on verra les chèvres retourner à leurs pâturages.



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Vendredi 12 juin 2009

Les nouveaux députés européens découvrent leurs sources d'information...

 

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Vendredi 12 juin 2009

Pas beaucoup de temps libre, pendant encore quelques jours.

Je signale juste deux papiers intéressants :

- l'un de Jacques Sapir dans Marianne 2, une bonne analyse des résultats des européennes ("Les comentateurs du 7 juin sont aveugles"). Pas encore de solution positive mais analyser correctement la situation est un excellent premier pas ;

- l'autre papier, très complémentaire, est de Malakine, sur Horizons ("L'impossible refondation du PS") ;

- le dernier est de Guillaume Bachelay, secrétaire national du PS chargé de l'industrie.

Chez ces deux auteurs, comme pour pas mal de monde d'ailleurs, il me semble que le 7 juin a été l'occasion d'un raidissement contre l'Union européenne. Aussi bien Sapir que Malakine ont tenté de promouvoir des solutions européennes et de gauche à la crise, pensant sans doute qu'une sortie de l'Union européenne était chose impossible. J'ai comme l'impression qu'après la baffe du 7 juin, ils se sont libérés des grands desseins européens.

On va pouvoir enfin réfléchir à une politique de gauche dans le seul cadre politique dont nous ayons la maîtrise ("nous" désignant les électeurs français). Même Guillaume Bachelay, cadre du PS, analysant le 7 juin dans Le Monde écrit ceci : "A cet égard, faire l'impasse sur les frontières de l'UE a été une faute collective : l'Europe à vingt-sept ne doit pas seulement être sociale, elle doit être différenciée. Redonner vie à l'ensemble européen dans la mondialisation suppose de lui fixer un cap et des limites."

On peut lire cela comme une invitation pour le PS à refuser l'entrée de la Turquie dans l'Union. J'y vois surtout le constat par un responsable de haut niveau du PS que la construction d'un état européen (réalité cachée derrière l'euphémisme de "construction européenne") n'est pas souhaitable. L'Union européenne a atteint ses limites, ce ne sera jamais au mieux qu'une structure de coopération intergouvernementale, et c'est tant mieux. Pour les démocrates européens, à l'égard de l'Union européenne - ce projet techno-tyrannique - après le containment, voici venu le temps du rollback. Comme l'écrit Sapir "Il faudra bien accepter de revenir sur les directives européennes et rappeler que, si nous ne sommes pas dans une construction fédérale, alors les lois de chaque Nation sont à nouveau supérieures."

*

Il y a comme cela de légères inflexions du discours qui me semblent porteuses de bien plus d'espoir de renouvellement et de progrès que toute la mousse autour des primaires. Qu'en pensez-vous ?

 

 

 

 

 

 

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Mardi 9 juin 2009
Un peu débordé en ce moment, ça va ralentir ici...

Je mentionne juste un papier du Financial Times qui explique comment le Traité de Lisbonne est aujourd'hui entre les mains de Gordon Brown.

Qu'il se retire pour laisser place à des élections anticipées, et les Tories de David Cameron l'emporteront, avec dans la foulée un référendum sur le Traité de Lisbonne. Probable résultat négatif, avec pas mal de conséquences sur l'Union européenne à prévoir.

Un extrait : "In either case, the consequences would be monumental. Mr Cameron might argue that earlier versions of the treaty were rejected in referendums in France, the Netherlands and Ireland. But these were not conscious acts of government."







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Dimanche 7 juin 2009

Abstention : 60%. De quoi relativiser les 11% des inscrits qui ont voté UMP...

 

Triomphe des déboussolés : le PS (fallait s'accrocher pour voter PS), le MODEM et les verts font 41%. Mais aucun des électeurs de ces partis n'a de quoi triompher, et je soupçonne les verts de n'être qu'une planche de salut pour ex socialistes désorientés. C'est Horizons qui expliquait le mieux l'élection, dès le 4 juin : "Le vote Europe Ecologie serait donc pour l’électorat de gauche, une forme de liste PS dissidente : ni trop europhile, ni trop eurocritique, pas trop radicale mais quand même un peu contestataire, tout en étant raisonnablement réformiste et avec une apparence de modernité. Tout pour plaire à un électorat socialiste déboussolé qui commence à en avoir assez du spectacle lamentable donné par ses dirigeants."

 

A côté de la plaque : personne n'a parlé de chômage sur les plateaux (France 2) et seuls Mélenchon et le Pen étaient à la mesure de la gravité du moment. Avant que j'éteigne, Bové s'étripait avec Borloo au sujet de l'aéroport de Notre-dame des Landes, et la journaliste s'inquiétait de savoir si Allègre allait pouvoir entrer au gouvernement...

 

Rien sur les résultats européens. En tout cas le Labour a l'air de s'effondrer, autant pour ceux qui estiment que le problème du PS est qu'il n'est pas assez à droite. Le problème du PS est qu'il n'est nulle part...

 

Barroso sera bien président de la Commission.

 

Beaucoup de papier pour rien ces élections...

 

 

 

 

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Dimanche 7 juin 2009

Paul Craig Roberts prédit des temps difficiles pour les Etats-Unis lorsque le dollar ne sera plus accepté comme monnaie de réserve. Une phrase forte : "les groupes autrefois industriels américains ont été transformés en agence de marketing qui tâchent de vendre des biens fabriqués à l'étranger à des gens dont le travail a été lui aussi délocalisé."...

*

Du coup, je tombe sur un article intéressant sur la crise financière et son origine. La dérégulation vient plus de Clinton que de Reagan selon Robert Scheer, qui s'oppose à un billet récent de Krugman (Reagan did it). Sur les produits financiers il a sans doute raison : l'essor des dérivés et des transactions hors-bilan a été encouragé par Greenspan. L'allumette a donc été fournie par Clinton. Mais la poudre a bien été accumulée par Reagan, qui a accumulé des déficits budgétaires, que Clinton a réduit, que Bush a finalement aggravé jusqu'au point d'entamer aujourd'hui la crédibilité du dollar. Il sera sans soute difficile de trouver le coupable. Comme l'a écrit Hillary, It takes a village...

*

Une dernière petite phrase de PC Roberts sur le discours du Caire d'Obama : il a fallu 60 ans à Israël pour aboutir à 3,5 millions de réfugiés palestiniens. 100 jours ont suffi à Obama pour créer 2 millions de réfugiés au Pakistan...

 

 

 

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Samedi 6 juin 2009

Quelques lignes avant le scrutin...

 

Jusqu'au bout, la campagne ne m'a pas donné de raison de voter. Personne n'a mis les pieds dans le plat en réclamant une sortie de l'Union européenne, ni même n'a évoqué sérieusement ce débat. Résultat : les seuls à avoir l'air cohérent sont les fédéralistes assumés (les Verts de Cohn Bendit, transformés en parti pour un état européen le temps de la campagne), et les abstentionnistes.

 

1. Je pense toujours qu'il n'y a aucune raison valable de vouloir un état européen, qu'unis à 450 millions nous serons moins efficaces et moins libres, et que participer aux élections européennes est d'abord et avant tout un moyen de légitimer la construction subreptice de l'état européen.

 

Certains ne se résoudront pas à l'abstention et voudront tout de même jouer au grand jeu de l'autre europe.

 

2. Je leur conseille de voter d'abord pour les listes Debout la République.

 

Debout la République a fait une campagne discrète, à l'image de son leader, Nicolas Dupont Aignan, mais leur orientation européenne est claire : quelques coopérations, la suppression de la Commission, il y a quelques idées fortes qui tendent à faire de l'europe un organe de concertation et de coopération, point barre. Et NDA est attaché aux services publics, il propose par exemple la renationalisation des autoroutes, la nationalisation d'EDF/GDF...

3. Troisième choix (après l'abstention en 1 et DLR en 2), les listes du Front de gauche. Je les trouve moins claires que DLR sur le fond de leurs orientations européennes ("nous nous battrons pour une Europe laïque" tient lieu de programme pour une démocratisation des institutions, à la rubrique "projet"). C'est évidemment nécessaire mais loin d'être suffisant. Il reste que les listes FG ont fait bouger la gauche et ont engagé une démarche coopérative, ce qui n'est pas rien.

Pour les autres, j'ai tendance à ne pas vouloir les classer.

4. Le MPF (de Villiers) a pour lui l'excellent Observatoire de l'Europe après le non, un site vraiment intéressant, bien moins monomaniaque que l'expression de de Villiers, que l'on entend surtout taper sur la Turquie à répétition et qui s'est allié à un homme d'affaires qui a réclamé récemment le retour aux valeurs initiales de la communauté (Schuman et Monnet, un régionaliste intégriste et un technocrate libéral, non merci.) Pour s'offrir cinq minutes de détente lire l'article sur le bain de pieds le plus cher du monde, ça peut convaincre certains de rester chez eux demain.

5. Bayrou est sans doute un homme qui ferait un président de la république de meilleure tenue que Sarkozy. Je doute fort qu'il soit, au fond, moins cynique que notre bon président. Son vote d'approbation au Traité de Lisbonne est pour moi impardonnable de la part de quelqu'un qui avait réclamé un deuxième référendum sur le sujet.

6. Les Verts sont pire que Bayrou dans un genre opportuniste. Cohn Bendit a transformé l'écologie en mouvement de construction d'un état européen, et son programme est un fourre-tout contradictoire qui masque mal un néant conceptuel.

7 (ou 4, joker). Le Parti Socialiste est accablé et accablant. Il a voté toutes les étapes de la construction européenne, un grand nombre de directives de libéralisation (quand les sondages sont bons, il s'oublie), et périodiquement relance le thème de l'Europe sociale quand ça sent le roussi. Le PS continuera à agoniser doucement tant qu'il n'éclaircira pas sa position européenne. Il faut lui rendre service et l'oublier demain.

8. l'UMP. Je ne parle que rarement de ce parti, qui n'a rien d'intéressant si ce n'est le berlusconisme de son chef et la faculté de mettre en évidence que le pouvoir attire les opportunistes autant que la lumière les mouches.

9. La LCR et LO : Besancenot m'a fait rire dans cette campagne. Il a refusé l'alliance avec le Front de gauche au nom de la pureté de sa position, puis hurlé quand Hollande a dit du mal de lui, au nom de l'unité de la gauche. Il n'a pour lui que d'être un chouchou des médias ; je n'ai rien vu d'intéressant qui mériterait de glisser une voix pour la LCR. LO est une sorte de mystère pour moi, que je range avec la LCR par commodité. Je n'oublie pas que LO a fait échouer l'adoption d'un voeu pour la taxe Tobin au Parlement européen justement, au nom de la pureté de la doctrine.

10. Le FN.

Il me servira de bouc émissaire, en dernière position. Son programme a été repensé intelligemment et poli pour briller, comme l'a remarqué un collègue blogueur ; ça ne peut pas suffire à faire oublier que le leader du FN trouve que l'occupation allemande en France a été très correcte, et que les adhérents de ce charmant parti se retrouvent régulièrement au tribunal pour avoir cassé de l'étranger dans un moment de désoeuvrement.

*

Voilà une sorte de classement des listes pour demain, avec l'abstention en choix n°1, de très loin. Je suis peut-être un peu sévère avec le PS, sans doute est-ce la déception qui me rend plus sévère avec ce qui a été mon parti. Quoi qu'il en soit demain, bon dimanche !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 5 juin 2009

Statewatch est une ONG de défense des libertés publiques. Sa lettre mensuelle est fort bien faite et presque trop riche. Impossible bien évidemment de tout lire, mais j'ai essayé de sortir quelques thèmes des documents les plus intéressants dans la dernière livraison :

 

 

- une note de 40 pages sur la politique de défense contre l'immigration britannique et européenne (les deux convergent), qui relève que la militarisation croissante des interceptions accroit le nombre de morts chez les clandestins (The number of deaths at sea ought to have reduced dramatically as a result of such intensive surveillance of sea traffic by the EU border patrols, the armed forces of Europe and of the southern Mediterranean. But the numbers drowned, or listed as ‘missing’, continue to rise, despite – or in some cases because of – surveillance and interception. Several interceptions have resulted in the deaths of large numbers of passengers as boats have capsized.) ;

 

- une décision du Conseil européen d'avril 2009 créant Europol. L'histoire a l'air affreusement technique puisque Europol existait déjà, mais il s'agit d'un changement de statut. Rien ne dit que les libertés y perdent, rien ne dit non plus qu'elles progressent, force est de constater que cette évolution n'a pas fait les gros titres des journaux. Voir se développer une police européenne qui aura des bureaux nationaux, qui plus est en catimini, ne me réjouit pourtant pas ;

 

- l'agence de protection des frontières européennes, la détestable Frontex, signe un traité de coopération avec son homologue américaine (US Department of homeland security) en matière technologique, de partage d'information etc... Je doute fort que les libertés y gagnent quoi que ce soit ;

 

- un papier de Migreurop qui dénonce une hypocrisie européenne. Les italiens repoussent en effet illégalement des clandestins vers la Lybie, où ils sont internés dans des camps... financés par l'Union européenne. Certainement des camps très bien, les jeunes européens y sont attendus pour un lip dub d'enfer ;

 

- un article du Guardian qui dénonce les brutalités policières croissantes contre les manifestations politiques et alter diverses, et qui les relie à l'existence de manuels policiers européens qui assimilent les manifestants à des terroristes (These guides conflate terrorism and protests as equal threats to security and this viewpoint is reflected in a changed police attitude to protests and public order across the EU.)

 

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Ce n'est pas la peine de s'en prendre à Sarkozy : Sarkozy c'est l'Europe et l'Europe c'est Sarkozy.

M'est avis que bien des votants dimanche n'ont pas idée de ce pour quoi ils votent en réalité.

 

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Vendredi 5 juin 2009

Quelques infos un peu au hasard de mes dernières lectures, pas le temps de faire des choses très structurées.

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D'abord la vidéo d'un artiste (Martin le Chevallier) qui a tout compris au fonds mythologique en carton-pâte qui anime l'esprit européen. C'est bien une sorte de moyen âge à la Monty Python qui est au coeur de l'idée qu'il y aurait un "peuple européen" qui aspire à voir reconnaître son unité (unity devrais-je dire). Un blog du Monde détaille les intentions de ce brillant esprit.

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Un papier du M'PEP assez formidable, qui détaille très longuement l'impuissance totale du Parlement européen mais appelle néanmoins à voter au nom d'un cocktail de raisons (à mon sens trois tiers de raisons de voter ne font pas une bonne raison de voter). A lire pour tous ceux qui se seraient laissés convaincre que le Parlement européen ressemble en quoi que ce soit à un Parlement démocratique, et à faire lire à Martine Aubry qui mentait hier effrontément (je suis assez bluffé par sa capacité à raconter n'importe quoi avec un ton de grande sincérité). Martine expliquait en effet qu'il fallait voter PS pour que le 8 juin commence l'Europe sociale. Le Parlement n'ayant aucun pouvoir d'initiative et Barroso étant d'ores et déjà réélu, elle doit parler du 8 juin 2024, peut-être...

 

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Une déclaration très marrante de Vaclav Klaus, président tchèque, qui explique que les élections européennes ne sont pas justifiées. Encore un que les parodies de démocratie n'amusent pas. Même si c'est un ultralibéral, il a ma sympathie. Je préfère quelqu'un qui aime conserver aux mots un sens plutôt que l'enfumage européen usuel.

 

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En parlant d'enfumage, une petite pique pour une déclaration de Florence qui circule, pour appeler à une Europe de la culture (lire ici). Elle commence ainsi : "Chaque année, des millions de membres de l’Union européenne, ceux-là-mêmes qui sont invités à voter le 7 juin, profitent du principe de libre circulation pour découvrir les paysages, les musées, les traces du passé et les œuvres d’art contemporain de leurs voisins européens."

 

C'est bien connu, de Stendhal à André Suarez en passant par Orwell et Picasso, les européens n'avaient pas le droit de voyager à l'étranger avant l'Union européenne. Je pense même qu'avec l'austérité à la sauce BCE, les européens ont moins d'argent pour voyager à l'étranger qu'auparavant...

 

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Le Monde du 5 juin tance "des Martiniquais indifférents malgré une Europe généreuse". C'est bien connu, le nègre est ingrat avec son bienfaiteur... Suit quelques interviews de personnalités locales qui gagnent à le rester, qui louent les bienfaits des fonds européens (600 M€). Comme si ces fonds n'étaient pas partie intégrante des 9 à 10 milliars nets que coûte à la France sa participation à l'Union européenne - voir un très bon billet sur ce sujet, et le commentaire qui précise l'obligation faite par Big Brother l'Union européenne de coller des petits drapeaux européens dès lors que le moindre nid de poule a été rebouché avec l'ajout d'un centime d'euro bruxellois. J'aimerais qu'on mette aussi un drapeau français sur les autoroutes que nous finançons en Roumanie pour acheminer plus vite en France les Renault qu'on y construit (des fois la réalité c'est mesquin, moi aussi, je sais...)

 

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Allez. Profitez bien du bon air dimanche, ne trainez pas dans les préaux d'école...

 

 

 

 

 

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