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Parutions KIWI !

Lundi 15 décembre 2014 1 15 /12 /Déc /2014 00:26

En ces temps d'interrogation sur Vichy, une lettre de Pétain à Hitler, pour "fêter" l'anniversaire de Montoire, entre potes :

 

"Monsieur le Chancelier,


L’anniversaire de l’entrevue de Montoire est une date dont je tiens, en dehors du protocole, à marquer le sens et la portée. Il y eut dans votre geste de l’an dernier trop de grandeur pour que je ne sente pas le devoir de souligner en termes personnels, le caractère historique de notre conversation.


La collaboration franco-allemande n’a, sans doute, pas donné tous les résultats qu’en attendaient vos prévisions et mon espoir. Elle n’a pu, encore, éclairer de sa lumière adoucissante ces régions sombres où l’âme d’un peuple blessé se révolte contre son infortune.


Nos populations souffrent cruellement et nos prisonniers ne sont pas rentrés. Trop de propagandes étrangères s’évertuent, enfin, à creuser un fossé entre l’occupant et l’occupé. Mais la France a conservé le souvenir de votre noble geste. Elle sait que tous les fruits n’en seront pas perdus.


La victoire de vos armes sur le bolchevisme offre plus encore qu’il y a un an à cette collaboration un motif de s’affirmer désormais en des œuvres pacifiques, pour la grandeur d’une Europe transformée. Sur ces chemins de haute civilisation, le peuple allemand et le peuple français sont assurés de se rencontrer et d’unir leurs efforts.


C’est le vœu sincère et profond que je forme en vous priant, monsieur le Führer Chancelier, de bien vouloir agréer les assurances de ma très haute considération."

 

Issu du site "Des lettres".

 

 Je me demande si la plus grande erreur de Charles de Gaulle n'a pas été de gracier Pétain.


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Mercredi 10 décembre 2014 3 10 /12 /Déc /2014 23:03

Un lecteur régulier m'envoie quelques informations sur la Grèce.

Elles sont choquantes deux fois : par leur nature et par leur absence quasiment totale dans les médias français.

Voici donc un extrait de ce que relate le blog Greek Crisis (en français) :

"La députée SYRIZA María Bólari a vu samedi 6 décembre, un policier incendier une benne à ordures au centre-ville d’Athènes et d’autres policiers insulter les “citoyens”, passants comme manifestants. Et à Thessalonique au même moment, des policiers brisaient les vitres du bâtiment de la Centrale ouvrière intersyndicale pour y projeter des grenades chimiques sur les manifestants qui s’y étaient enfermés. Même attitude à Athènes, lorsque les forces des MAT sont descendues dans la station du métro située sous la Place Omónia, dans une véritable chasse à l’homme inondant la station de leur gaz... si familier.

La politique de la Troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et Fonds monétaire international), est un génocide économique lent et la “gouvernance” Samaras se concrétise alors par la propagande, la terreur ; porteuses de mort, de népotisme et de corruption. Avant même les scènes de guerre d’Athènes et de Thessalonique de ce week-end, la police avait été envoyée la semaine dernière pour... stopper des handicapés dans leur marche vers le ministère des Finances.

 

athenes.jpg

 

“Dans l'indignité nous mourrons” criaient-ils dénonçant la suppression de leurs allocations et pour certains d’entre eux, leur... expulsion du système de Santé publique (?)."

 

On peut discuter de l'utilisation du terme génocide et un Jean Quatremer ajouterait probablement que ces fraudeurs fiscaux n'ont que ce qu'il mérite (après quoi, il saluera la nouvelle commission Juncker, si éloignée de toute notion de fraude fiscale, elle...)

Cherchant à savoir ce que la presse bien de chez nous relate de ces événements, je tape "Grèce" dans Google actualités.

Tous les articles récents évoquant la Grèce ne parlent que de l'aspect institutionnel : les élections à venir principalement, et l'inquiétude qu'elles entraînent pour les différents marchés financiers. En gros, la Grèce c'est un titre de dette, pas un pays.

Il n'y a que des médias qui échappent à l'emprise psychologique du nationalisme européen (pour de bonnes ou mausaives raisons, qu'ils soient réellement internationalistes ou bien sujets à d'autres nationalismes) pour relater les événements grecs d'un point de vue social.

C'est le journal suisse 24 heures qui relate un événement qui émeut toute la Grèce, la grève de la faim d'un anarchiste grec emprisonné à qui est refusé le droit d'étudier.

Le blog Okeanos traite longuement des preuves assez convaincantes de l'implication de la police grecque dans des violences et l'usage de faux manifestants.

Je tombe également sur un article de la BBC qui évoque le cas d'enfants handicapés élevés en cage, faute de personnel suffisamment nombreux pour les encadrer.

cage.jpg

Ca fait déjà six ans que les coupes dans les budgets sociaux ont conduit à l'utilisation des cages dans les institutions grecques.

En avril 2013 je signalais un article du New York Times qui relatait que des enfants grecs se nourissaient dans les poubelles.

 

La situation française n'a pas de rapport direct. J'entendais néanmoins il y a peu les invités de l'inénarrable émission C dans l'air (qui a réussi à faire récemment une émission s'interrogeant gravement sur l'utilité de l'euro sans aucun partisan de la sortie de l'euro), se rengorger qu'aucune austérité n'était à signaler en France. Peut-être pas à leur niveau de salaire mais ils devraient jete un coup d'oeil au blog récemment mis en ligne, Université en ruines. Les facs chauffées à 13° ne risquent pas de nous emmener très loin dans le classement de Shangai.

 

orsay.jpg


On peut, et on doit, s'indigner de telles situations socialement choquantes. On doit aussi essayer de comprendre.

Je crois que, en l'espèce, l'Europe rend sourds. Le nationalisme européen pèse et empêche de déplorer les effets de politiques économiques auxquelles on ne veut imaginer aucune alternative.

Il n'y a que des outsiders pour relater les défauts de plus en plus flagrants du système. Même un Mélenchon et le Front de gauche en général n'échappent probablement pas à ce travers, eux qui défendent encore ce symbole suprême d'intégration qu'est la monnaie unique. Mélenchon en 1992 était clairement, sinon un nationaliste européen, du moins un patriote :

"Si j’adhère aux avancées du Traité de Maastricht en matière de citoyenneté européenne, bien qu’elles soient insuffisantes à nos yeux, vous devez le savoir, c’est parce que le plus grand nombre d’entre nous y voient un pas vers ce qui compte, vers ce que nous voulons et portons sans nous cacher : la volonté de voir naître la nation européenne et, avec elle, le patriotisme nouveau qu’elle appelle." (la citation provient d'un blog souverainiste européen).

 

Mélenchon toujours, 26 ans plus tard, lance un ferme-la à Merkel, montrant qu'il balance ainsi entre patriotisme français et européen. Peut-être une façon de montrer que la construction européenne, ce projet nationaliste, reste bien un nationalisme, avec tout le potentiel conflictuel que cela implique. Les partisans ce l'Union européenne sont habitués à penser que l'édification de leur empire est en soi une solution. Comme tout nationalisme, ce n'est pourtant qu'une fuite en avant. Et l'échec du projet risque de voir ce nationalisme continental se fragmenter en autant de nationalismes à l'ancienne.

Il faut souhaiter la fin du projet européen non parce qu'il atteint les états-nations classiques qui seraient indépassables, mais parce qu'il a échoué à tenir ses promesses. Parce que l'échec est patent même s'il est politiquement inassumé. A refuser de voir l'évidence, on court le danger que les déçus du nationalisme européen se transforment en nationalistes plus traditionnels. J'ai égratigné, une fois de plus, Mélenchon. Je signale juste pour les curieux la recension que j'avais faite il y quelque temps d'un traité des après-guerres, de Peter Sloterdijk. On y trouvera peut-être, dans quelques années, les prémices d'un nouveau nationalisme allemand.

Sloterdijk d'ailleurs, écrivait que l'indifférence croissante des allemands à l'égard des français (et vice-versa) était le signe de la réussite du projet européen. Marque, s'il en est, que ledit projet européen n'est pas du tout internationaliste au sens où il rapprocherait les peuples : il les rend indifférents les uns aux autres. Le silence assez généralisé des médias à propos de la grèce en est une preuve.

 

Post scriptum : un ami me reproche régulièrement d'écrire sur un blog anonyme, des billets à peine relus et qui mériteraient d'être retravaillés. Il a raison sur le caractère bien brouillon de nombre de mes productions. Mais amener certains de ces billets au niveau d'un travail publiable dans des supports plus dignes, ou plus académiques, demanderait un travail supplémentaire pour lequel le temps me manque. L'exercice du blog m'a tout de même fait progresser, je crois, en rédaction - façon aussi de signaler que ce blog vient de passer les dix ans. Et par ailleurs les billets ne sont pas complets sans leurs commentaires. Les échanges avec certains commentateurs de ce site m'ont beaucoup apporté (je remercie Gilles au passage, qui m'a suggéré le thème de ce billet). C'est une spécificité du blogage : cet échange direct entre le rédacteur et les lecteurs. On gagne probablement en rapidité, il est probable aussi que la qualité en souffre. Mais si je devais écrire pour publier, je serais sûrement conduit à ne rien écrire du tout, faute de temps. Que les lecteurs agacés par les erreurs, omissions et excès sporadiques de ce défouloir m'en excusent donc. Peut-être que la rapidité d'écriture facilite le style pamphlétaire. Je cesse là les interrogations !

 

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Lundi 1 décembre 2014 1 01 /12 /Déc /2014 22:47

Paul Krugman est d'accord avec la doxa : certains gouvernements ne se sont pas conduits avec la prudence exigée pour la gestion d'une monnaie unique et ont voulu complaire à des électeurs accrochés à des théories obsolètes, se comportant de façon irresponsable...

Sauf que pour lui il ne s'agit pas des dépensiers espagnols ou italiens (ou français) accrochés à un keynésianisme vieillot, mais bel et bien des allemands.

Krugman montre que les allemands sont bien plus éloignés de la cible de 2% d'inflation de la BCE, que d'autres pays présentés comme coupables (c'est plutôt un plafond qu'une cible selon moi, dans les traités en tout cas, mais il est vrai que le contexte déflationniste aidant, ça devient une cible acceptable).

Pour Krugman, l'Allemagne exporte la déflation vers ses voisins, pratiquant un jeu non-coopératif.

Pour compenser cela, il faudrait une relance d'une autre ampleur que le plan de relance préparé par le patron du plus grand havre fiscal du monde (plan de relance qui, pour Krugman, est "si petit que c'en est presque une farce").

Bon, je n'aime pas le moyen employé par Krugman pour minimiser le caractère délicat de la situation française : pour lui il n'y a pas de problème de dette français, car la France emprunte à un taux historiquement bas. Il est vrai que cela facilite le service de la dette. Mais le fait que celle-ci soit passée de 70% à 90% du PIB sans aucun effet sur la croissance est tout de même un gros problème.

*

En cela, parmi les keynésiens lucides, il est utile de lire le dernier papier de Nouriel Roubini sur la guerre des monnaies.

Il montre bien que dans un contexte mondial aux tendances déflationnistes, la tentation est très forte d'engager une course à la dévaluation.

Le Japon, la zone euro, les BRICS, se referaient ainsi une santé sur l'économie américaine, à travers une hausse durable du dollar. L'assouplissement de la politique monétaire serait le moyen d'affaiblir les monnaies de chacune de ces zones.

Or Roubini souligne un point que Krugman ne mentionne que rarement : la politique monétaire accomodante est nécessaire pour éviter une récession trop violente, elle ne peut en aucun cas conduire seule à un redémarrage de la croissance.

Il faut, pour cela, une politique budgétaire active, de l'investissement public et une politique monétaire qui n'a pas besoin d'être aussi accommodante, un policy-mix comme on dit, fort différent de la tendance de la plupart des grands pays.

Comme le note Roubini, dans ce domaine, la zone euro a été la plus mal gérée puisque, comme ailleurs, il n'y a pas eu d'investissement public et de politique budgétaire active, mais qu'en plus la politique monétaire n'a pas été aussi favorable à la relance.

Deux auteurs américains qui détaillent la faillite de l'eurozone, pendant que ladite zone se penche avec gravité sur les 35 heures et le SMIC, coupables de tous nos maux...

*

Ne voulant pas laisser le lecteur sur une impression pessimiste, je souligne qu'il y a une solution à cette impasse, c'est la sortie de l'euro Captain'euro. Plus sur ce sujet une prochaine fois...

 

superducon.jpg

 

 

 

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Lundi 1 décembre 2014 1 01 /12 /Déc /2014 09:34

James Dyson est l'inventeur de l'aspirateur sans sac. C'est un ingénieur créatif qui maintient une tradition d'innovation dans l'industrie de l'électronique grand public.

En novembre dernier, il prenait position pour une sortie de l'Union européenne, avec un argument qui, pour être pro-domo, n'en est pas moins intéressant et original :

 

"L'union européenne est dominée par l'Allemagne et dans notre domaine nous avons les grands groupes allemands qui dominent le choix des normes et des règles de consommation énergétique, et du coup nous avons une préférence pour les vieux concepts au lieu de l'innovation".

 ("I think it’s a European Union dominated by Germany and in our particular field we have these large German companies who dominate standard setting and energy reduction committees, and so we get the old guard and old technology supported and not new technology.")

 

L'argument peut paraître anecdotique. Il rejoint cependant une idée développée par David Cosandey dans son très bon "Secret de l'Occident", que la division entre états européens a favorisé une concurrence qui a fait défaut à des états-empires comme la Chine ou l'Inde.

On peut aussi voir l'Union européenne comme une machine à stériliser les différences, et pas seulement sous l'angle culturel.

 



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Dimanche 16 novembre 2014 7 16 /11 /Nov /2014 20:58
zemmour.jpg J'ai voulu lire un deuxième livre de Zemmour, après celui-ci. Notamment pour comprendre ce qui l'a placé en tête des ventes. Mon avis, en résumé : un très bon livre, écrit par un homme peu estimable.

Je commencerai par les qualités de cet ouvrage.

1.  "Le suicide français" est un très bon titre, qui dit deux choses justes sur la France d'aujourd'hui : la France va très mal, d'une part, et, d'autre part c'est un problème interne et pas venu de l'extérieur.

2. En économie et dans les relations internationales, pas grand chose à redire, je pense que Chevènement n'aurait pas écrit, sur les quarantes dernières années de la politique française, quelque chose de très différent.

En résumé, les élites françaises ont fait le choix d'associer la France à un projet d'intégration internationale commerciale (et militaire), sous la forme de l'Union européenne, mais c'est un choix qui n'a pas été assumé.

Dans les partis de gouvernement, le choix de l'Europe a été maintenu et approfondi depuis 1957, mais en catimini (les fameux "petits pas" de Monnet). Il a toujours été dit au bon peuple que le choix européen n'engageait pas à grand chose de fondamental. Jusqu'au moment où on réalise que la commission européenne valide le budget français avant l'Assemblée nationale. Zemmour décrit de façon très documentée cette trahison des élites nouvelle vague.

A l'ultra gauche, ou même au sein de la "gauche de gauche", personne n'a réagi contre l'unification européenne parce que la question de l'Etat est jugée, au fond, peu pertinente. Tous les états se valent comme oppresseurs du peuple et valets du capitalisme (au risque de ne plus distinguer un état tyrannique et une démocratie libérale, ce qui est le fond d'un bon bouquin de Wendy  Brown.)

(aparté : Il y a un peu de cela dans la querelle Gauchet/Lagasnerie :  Lagasnerie ne voit probablement pas l'intérêt qu'il y a à parler de vieux sujets comme l'état, la démocratie etc. Il reste qu'en attendant que l'étude des biopouvoirs à la Foucault puisse dire quelques chose de la société française au quotidien, il faut bien se coltiner les problèmes de baisse des salaires, de fermetures des services publics etc. Gauchet n'a pas forcément un point de vue juste sur ces questions, mais il ne les disqualifie pas comme questions).

3. Le livre est mal écrit (ouvrir un bouquin auquel on dit avoir travaillé trois années, avec un cliché tel que "la France est l'homme malade de l'Europe", il faut le faire), mais très bien conçu.

L'histoire immédiate est un exercice difficile et Zemmour ne rate pas beaucoup d'étapes importantes.

Il n'y a probablement pas beaucoup d'auteurs ayant fait le même travail de décorticage des évolutions politiques dans les 40 dernières années et écrivant pour un lectorat populaire. Il faut rendre ce point à Zemmour, il a bien travaillé à rassembler et rappeler des moments significatifs de l'évolution française depuis 1968 : l'affaire de Bruay-en-Artois, les bulldozers de Vitry ou les chansons de Balavoine sont des marqueurs bien vus.

On verra plus bas que l'interprétation qui en est faite n'est pas toujours mesurée.

Zemmour fait pour l'histoire de Fance, avec une intention exactement contraire, ce que Zinn a fait pour l'histoire US - là où l'un réhabilite, ou croit réhabiliter une France déconsidérée, Zinn entend faire tomber l'aigle américain de son perchoir.

Les deux s'adressent directement à l'opinion publique, pas aux seuls lettrés.

Pour revenir au sujet qui me semble essentiel, la dissolution de la France, comme corps politique dans l'Europe, Zemmour enfonce le clou que Chevènement n'a fait qu'effleurer. Pour Zemmour, pas d'avion dont on ne doit sauter en plein volle projet européen est inutile, n'a pas fonctionné, et suppose sinon le suicide, du moins l'effacement de la France en tant qu'institution politique signifiante (chacune des trois grandes parties du livre se termine d'ailleurs par un chapitre consacré à l'Europe, signe que le sujet est, au fond, le seul qui compte dans cette histoire immédiate).

Il est donc dommage que Zemmour n'ait été traité, par ses critiques de gauche, que comme symptôme, sans chercher à voir ce qu'il peut bien pointer comme problème réel. Il faut dire que Zemmour a largement tendu la perche pour que n'importe quel lecteur puisse révoquer son livre, à raison.

Zemmour en effet surfe sur de nombreux thèmes, dont certains sont pour lui des obsessions - les femmes, les immigrés. Il entend se faire successeur de Roland Barthes et de ses Mythologies, en déconstruisant la société française d'aujourd'hui à partir d'une chanson ou d'un événement significatif - l'imaginaire personnel de Zemmour emprunte d'ailleurs probablement beaucoup à la gauche ; ses lectures, ou du moins ses citations, parfois pointues, viennent assez facilement de ce camp (Lasch, Baudrillard, Sullerot, Simone de Beauvoir ou Rawi Abdelal...)

Nombre de thèmes qu'il aborde ont également été évoqués, sans les formules à l'emporte-pièce qui sont la marque de fabrique de l'homme au Z. Sur la féminisation de la société, Michel Schneider a écrit un Big mother, dans lequel il se demande où sont les pères. C'est un nouveau lieu commun, sur lequel Zemmour a également déjà publié.

Mais Zemmour n'est pas chercheur. Il n'entend pas s'inscrire dans une communauté universitaire. Il écrit pour agir. Fort de ses connaissances assez structurées, il veut convertir son autorité intellectuelle, à peine acquise, en un argument politique définitif.

Ca marche à la télé, face à des contradicteurs soit savants mais peu habitués aux projecteurs, soit face à des personnalités télévisuelles à la culture moins profonde.

Dans un livre, ça ne marche pas sans un travail supplémentaire d'argumentation, que Zemmour ne fournit pas. Il aimerait qu'à l'écrit comme à l'oral, la petite phrase suffise à emporter le débat. Manque de bol, ses formules, si elles frappent, sont rarement bien ajustées.

Prenons la question du divorce par consentement mutuel, que Zemmour n'aime pas.

Il écrit donc que "le divorce par consentement mutuel est un mythe, comme le divorce sans douleur pour les enfants"... La phrase n'a aucun sens. Le divorce par consentement mutuel n'est pas un mythe, il s'en prononce quelques milliers chaque année. Si le mythe est que le consentement serait faussement mutuel, qu'il y a toujours l'un des deux qui ne consent qu'à regret, c'est assez évident, et le terme même de consentement indique que l'on accepte, sans forcément vouloir. Zemmour enfonce en réalité une porte ouverte.

Pas grave, la formule permet de poser au briseur de mythes. Zemmour confond d'ailleurs briser un mythe et et détonner, voire déconner. Il explique ainsi qu'avant, les rapports homme-femme étaient plus détendus et d'ailleurs les mains balladeuses, dans les autobus ou ailleurs, enchantaient les femmes qui les subissaient !

Il faudrait un florilège des citations de Zemmour toutes aussi peu étayées les unes que les autres, mais qui n'ont comme seul objet que de donner à l'auteur un air de briseur de tabous, au risque de paraître simplement odieux ("il n'y a pas de grossesse non désirée même s'il y a des grossesses non voulues" On songe au néocon américain qui s'était illustré en énonçant qu'une femme violée ne pouvait pas tomber enceinte - Todd Akin).

Zemmour hésite rarement à tordre les faits pour les plier à sa thèse. Parlant d'immigration par exemple, quand Debré transfère des enfants de la Réunion dans les campagnes françaises, il évoque l'adoption par des paysans, sur un mode serein (lire une autre version moins reluisante). Lorsque ce sont des petits arabes que l'on fait venir en France, là Zemmour les voit "arrachés à leurs douars".

C'est probablement avec Vichy que la manipulation est la plus contestable - peut-être pas sur le point qui a été pourtant partout soulevé.

Zemmour atténue en effet la responsabilité de Pétain dans les déportations, notant qu'il aurait, à ce prix douloureux, sauvé les juifs français. La position de Zemmour s'inscrit dans une discussion à propos des travaux de Paxton, historien qui a beaucoup contribué à faire tomber la thèse de Pétain-bouclier défendant, au prix de sa réputation, les Français contre les allemands.

Paxton a justement montré, sur de nombreux points, la complicité active de Vichy. Mais il est vrai que ce faisant, à lire Paxton, et pour faire rapide, on pourrait oublier que les nazis occupaient Paris de 1940 à 1944.

Plusieurs auteurs s'emploient donc à retracer un portrait plus nuancé de la période (j'ai l'impression que le livre de Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, fait un travail intéressant dans ce domaine). Les critiques de Zemmour se sont généralement arrêtés à ce point, certes déjà bien lourd : Zemmour réhabilite assez largement la thèse d'un Pétain défenseur des Français face à l'Allemagne nazie.

A mon sens, il y a cependant pire. On oublie tout d'abord que le premier crime de Pétain est l'armistice, ce que Zemmour passe complètement sous silence. Lui qui se veut souvent plus gaulliste que de Gaulle, devient très clément avec Pétain et, en le défendant, oublie que c'est d'abord celui qui a appelé à cesser un combat qui n'était pas forcément perdu. On peut même se demander si Pétain n'a pas hâté la défaite, qui paraissait à Marc Bloch bien étrange.

C'est que Zemmour a besoin de Pétain a l'appui d'une thèse boiteuse.

Pour Zemmour, Paxton est un communautariste qui aurait voulu que Vichy ne distingue pas entre juifs français et étrangers, en les défendant tous. Alors que Zemmour, partisan de l'assimilation, fait du coup de Pétain un autre champion de l'assimilation  ("les juifs étrangers... ne pardonneront pas à la France sa rigueur assimilationniste d'alors.") Comme si Pétain avait été un héros républicain.

Zemmour n'a pas l'air de se rendre compte que, ce faisant, il met à plat toute la thèse gaullienne qui veut que Vichy n'était pas la France. Thèse peut-être forcée si l'on considère qu'une part des français soutenait Pétain (16% à 20% du pays selon Philippe Burrin, chiffre qui paraît surestimé à Pierre Laborie cité plus haut), mais thèse logique d'un point de vue républicain : l'Etat français a chassé la France républicaine, le 10 juillet 1940.

On peut donc se demander légitimement si Zemmour reste un républicain, et se demander avec inquiétude ce que signifie et nous prépare sa soudaine popularité. Se demander aussi si la seule chose que demande Zemmour à un régime politique est d'être assimilationniste, quitte à être autoritaire, voire dictatorial.

Au fond, les critiques de Zemmour le rejettent souvent pour une sorte de ringardise. Je le crois moins ringard que dangereux - s'en rend-il même compte ? Et j'aimerais qu'une critique républicaine de l'intégration européenne se fasse plus vigoureuse, pour contrer celle-ci.

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