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Parutions KIWI !

Samedi 30 mars 2013 6 30 /03 /Mars /2013 00:19

Un long billet de Michael Pettis sur l'Espagne me fait penser cela.

Cet économiste américain, spécialiste de la Chine et membre de la Fondation Carnegie, évoque la crise européenne et plus particulièrement la situation de l'Espagne.

Il explique que derrière l'apparent réconfort des marchés, il reste de sérieux doutes sur la solidité de la zone euro. L'idée n'est pas neuve, l'explication est un peu plus originale.

Il explique en effet que l'on imagine actuellement que les pays de la périphérie européennes n'ont que des problèmes de liquidité, que la BCE s'est engagée à régler (pour les lecteurs non économistes, il faut distinguer en effet deux situations l'illiquidité et l'insolvabilité. L'illiquidité est la situation où vous avez suffisamment d'actifs, de biens, pour rembourser vos dettes, mais pas en liquide, pas immédiatement disponible. L'insolvabilité c'est quand même en vendant les bijoux de famille,  vous ne pourrez jamais payer vos dettes.

A une débiteur illiquide, on peut accorder des prêts supplémentaires, temporiser. C'est ce que tout le monde semble pouvoir faire aujourd'hui, avec l'assentiment de la BCE. Face à un débiteur insolvable, on est bien obligé de reconnaître des pertes.

Pettis raconte comment, en 1982, il est apparu que les pays d'Amérique latine avaient un endettement excessif. Il a fallu huit années pour qu'il soit reconnu que ces pays étaient insolvables.

Huit années pendant lesquelles les banquiers ont affirmé que tout allait bien, et que de simples aménagements conviendraient.

En réalité, pendant ce temps, les banques constituaient des provisions pour pouvoir encaisser les pertes qu'ils anticipaient en réalité, sans vouloir le reconnaître publiquement (car dès que l'on reconnaît qu'une dette est perdue, il faut prendre en compte cela comptablement : pas avoué, pas perdu. Il suffit, pour que cela fonctionne, que toute la place bancaire adopte le même comportement.)

D'où le pronostic de Pettis pour l'Europe : de nombreuses banques savent qu'il va y avoir de la casse, et ont comme stratégie d'accumuler des provisions pendant quelques années pour pouvoir, le moment venu, prendre leurs pertes. A charge pour les populations de supporter encore quelques années de politiques économiques imbéciles et de chômage.

Petit apparté à ce sujet, Krugman a superposé les courbes de croissance en Europe dans les années 30 et maintenant. Il montre deux choses : la crise a été plus forte dans les années 30 que maintenant. Le système social mis en place en 1945 a probablement amorti le choc. il montre également que la reprise est plus lente maintenant que dans les années 30 :

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Je préfèrerais donc que cela craque tout de suite, quitte à devoir nationaliser les banques qui viendraient à vaciller.

Parce que de toute façon ça doit craquer.

Pettis voit l'Espagne comme le pays dans la pire situation. Pour lui, seul l'orgueil et l'attachement au projet politique européenne peuvent expliquer que l'Espagne s'attache à la monnaie unique. Pettis engage même les intellectuels français à libérer les espagnols de leur engagement européen ("But the Spanish still have a lot of pain to absorb. By the way if we were to see an intensification of the debate in France about the euro, I suspect that this will give a green light to Spanish public intellectuals, for whom France is the North Star, to discuss the prospect themselves. Until then, in Spain you are not really supposed to talk about abandoning the euro if you want to be taken seriously.")

Pour Pettis, sortir de l'euro et une politique économique sérieuse peuvent permettre à l'Espagne de renouer assez vite avec la croissance ("Crisis-stricken countries that have forced through robust reforms to address their comparative lack of competitiveness will continue to struggle under the burden of high debt and an overvalued currency, but once they directly address both, growth usually returns quite quickly.")

Conclusion personnelle : il est fort possible que la fin de l'euro soit déjà intégrée par plusieurs banques, qui amassent des provisions pour passer le moment de la transition vers des monnaies nationales.

Les gouvernements qui choisiront de donner ce temps aux banquiers (et les Mélenchon qui les justifient en soutenant l'euro), agissent contre leurs populations, et arbitrent en faveur du chômage.

Si François Hollande entendait prouver que son ennemi c'est la finance, il devrait sortir de l'euro au plus vite, pas attendre que le système s'effondre sur lui-même.

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Vendredi 29 mars 2013 5 29 /03 /Mars /2013 23:21

Paul Krugman publie un extrait d'article de Matt Yglesias.

Ce chroniqueur américain se demandait en 2011, pourquoi les dirigeants de petits pays, notamment ceux qui sont victimes de "l'eu-ification", acceptent de maltraiter leurs populations au point de perdre toute perspective de réelection.

Il apporte une réponse immédiate : parce que les postes de chefs d'état de petits pays sont en réalité des marchepieds pour des postes internationaux (commission européenne, FMI etc.)

Krugman, en 2013, se demande ensuite jusqu'à quel niveau placer la barre du petit pays.

Avec le cas de Nicolas Sarkozy, explicitement cité, il suggère que la barre du petit pays peut s'élever assez haut...

Dans la perspective de décrocher ce genre de postes, les dirigeants doivent avoir avant tout comme objectif de respecter toutes les disciplines conventionnelles, fussent-elles stupides et propres à les faire détester. La satisfaction des populations ne doit pas, elle, être un critère.

J'aime bien qu'émerge aux Etats-Unis le terme "eu-ification", qu'on peut rendre en français par européisation. Enfin les libéraux américains se rendent compte que le projet européen n'est pas le geste sublime et désintéressé qu'ils imaginent.

La conclusion d'Yglesias en 2011 est assez juste : "Le bizarre modèle de gouvernance européenne reflète une situation où les classes européennes dirigeantes s'identifent les unes aux autres plus qu'elles ne s'iodentifient à leurs populations".



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Mercredi 20 mars 2013 3 20 /03 /Mars /2013 23:37

Deux infos se collisionnent et définissent assez justement ce vers quoi entendent nous mener les partisans de l'Union européenne : un monde dual, opposant une fine élite à une masse paupérisée.

 

Côté masse paupérisée, c'est un colloque organisé par Toute l'Europe (lobby de propagande européenne financée avec votre argent) et Edenred (l'ex partie tickets restaurant de Accor).

On y apprend qu'en 2020, les services à la personne seront un secteur porteur - ça n'est pas un scoop. Ce qui l'est plus, c'est que ces petits boulots, souvent fort mal payés, seront demain présentés comme des planches de salut permettant l'inclusion des travailleurs dans "l'économie formelle".

Inclure les travailleurs dans l'économie formelle, c'est la préoccupation du FMI et de la Banque Mondiale dans les pays les moins avancés.

Voilà qui donne une idée des perspectives de l'Union : les boulots sous-payés comme planche de salut.

 

 

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Heureusement, il y aura quelques élus, c'est l'objet de la deuxième info du jour.

Il s'agit d'un concours de recrutement de la Commission européenne, qui cherche des garde-chiourmes économistes.

La définition des postes est très claire : "surveillance des politiques macroéconomiques des états membres", "conception et mise en oeuvre de programmes d'ajustement économique"...

 

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Il s'agira de veiller à l'application stricte des politiques économiques, dans chaque état membre, qui seront définies à et par Bruxelles (et pour Bruxelles).

Voilà donc l'horreur de notre futur proche si nous restons dans l'Union européenne : des boulots difficiles et mal payés présentés comme de formidables opportunités, à des citoyens auxquels toute autre protection sociale aura été retirée. Tout ça sous la surveillance d'une fine élite surpayée de technocrates spécialisés échappant à tout contrôle démocratique (puisque appliquant sans aucune imagination les critères de Maastrich plus ou moins révisés).

On dira que je grossis le trait. Peut-être. Mais la présence, dans l'une et l'autre de ces annonces, d'un univers sémantique qui est propre au monde de l'assistance aux pays en voie de développement (inclusion dans l'économie formelle et programmes d'ajustement) laisse penser que la mise sous tutelle est bien là.


On sort quand de ce cauchemar ?

 

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Mardi 19 mars 2013 2 19 /03 /Mars /2013 22:57

Un lecteur me demande de signaler la pétition de l'UPR contre le projet de loi Fioraso.

J'avais oublié de mentionner cette pétition que j'ai signée tout récemment, qui proteste contre un des points contestables de la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, la fin de l'enseignement de principe en français.

Pour la signer, c'est ici :

 http://www.petitions24.net/contre_la_loi_esr_fioraso_parce_que_pour_la_langue_francaise

 

*

Un autre méfait de l'Union européenne en matière d'enseignement supérieur est l'installation de deux écoles privées portugaises d'enseignement de l'orthophonie et de la chirurgie dentaire (à Toulon et Béziers).

Les dentistes diplômés de ces écoles sans examen d'entrée (hormis un chèque de 7 500 à 9 000 € chaque année), pourront échapper au numérus clausus.

La légalité de ce système est expliquée sur Dentoscope par le directeur de l'un de ces établissements : 

"vos diplômes seront-ils reconnus et vont-ils permettre à leurs détenteurs d'exercer ?


B. R. : Nous nous référons au traité de Bologne, que l'État français s'est engagé à respecter depuis 2010. Que dit le processus de Bologne ? Qu'un Européen de l'État de l'Union permet d'exercer dans toute l'Europe. Les études sont donc sanctionnées par une licence (trois ans), un master (cinq ans) et un doctorat (trois ans). Nos masters seront donc délivrés par l'université de Porto. Quant au principe de reconnaissance des diplômes européens : il est bel est bien acquis, sinon comment des praticiens espagnols ou roumains pourraient-ils exercer la profession de dentiste aujourd'hui en France ?"

 

Bien des choses à Madame Fioraso, qui dit s'opposer à de telles installations mais se fera fort probablement rappeler à l'ordre par les autorités bruxelloises : quand on décide de se soumettre, il y a un prix à payer.

 

 


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Lundi 18 mars 2013 1 18 /03 /Mars /2013 22:07

"Il y a aujourd'hui beaucoup de gens qui, voulant du bien à leurs pays, s'imaginent qu'épargner plus qu'à l'ordinaire est la meilleure chose que leur prochain et eux-mêmes puissent faire pour améliorer la situation générale. S'ils s'abstiennent de dépenser une proportion de leurs revenus plus forte que d'habitude, ils auront aidé les chômeurs croient-ils. Et s'ils sont membres de conseils municipaux ou de county councils, ils croient que la ligne de conduite à adopter à l'époque présente, c'est de s'opposer à toute dépense qui irait à de nouveaux chantiers de travaux publics ou à l'amélioration du confort collectif.

Or, en certaines circonstances, tout cela serait parfaitement juste, mais dans la situation actuelle c'est malheureusement faux de point en point. [...] Si un surplus important de chômeurs est déjà disponible pour des emplois de ce genre, le fait d'épargner aura seulement pour conséquence d'ajouter à ce surplus et donc d'accroître le nombre des chômeurs."

 

Keynes, La grande crise de 1930, in Sur la monnaie et l'économie, Payot.

 

Le Conseil général du Bas-Rhin n'a pas lu ce livre à 7,50 €, et donc :

 

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La seule excuse du Conseil général est qu'il n'est pas seul à manquer de culture économique :

 

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