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Lundi 18 mars 2013 1 18 /03 /Mars /2013 21:59

"si un producteur déterminé ou un certain pays diminue les salaires, ce producteur ou ce pays sera en mesure de se tailler une meilleure part de la demande globale tant que les autres ne l'imiteront pas. Mais si on diminue les salaires partout à la fois, le pouvoir d'achat de la communauté dans son ensemble sera réduit du même montant que les coûts, et, ici non plus, personne n'y gagnera."

 

Keynes, La grande crise de 1930, in Sur la monnaie et l'économie, Payot.

 

Fascinant de voir à quel point la crise européenne actuelle est parfaitement décrite par Keynes, dans un recueil de textes vendu 7,50 €, en vente libre.

Le petit extrait au dessus montre l'inanité du discours français sur la "compétitivité", de même que les vains espoirs placés dans les effets macroéconomiques de l'ANI, dont le seul effet attendu est celui de réduire les salaires.

 


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Samedi 16 mars 2013 6 16 /03 /Mars /2013 23:57

fog.jpg Bon, ça vole pas haut, mais c'est bien écrit. C'est connivent, Giesbert tutoie tout Paris et n'a qu'une obession : la dette publique.

Il éreinte Sarkozy le sortant et épargne Hollande l'arrivant, ce qui ressemble à une version du courage assez courtisane.

Mais l'homme est suffisamment revenu de tout pour se permettre de temps en temps quelques flèches bien senties, qui ne lui rapporteront rien.

Sur Balladur : "cet homme semblait toujours vous présenter son postérieur avec sa bouche en forme de fondement, ce qui expliquait son air si pénétré. Son menton même, si proéminent, aurait pu passer pour une paire de fesses, couchée sur le côté."

Il me donne raison d'avoir voté Hollande et non Mélenchon :

"Pendant tout cette campagne [présidentielle de 2012], s'il est un homme dont François Hollande a peur, c'est bien de Jean-Luc Mélenchon. A cause de ses qualités de prédicateur et de rassembleur [...] Il est convaincu qu'un score élevé de Mélenchon - dans les 15% - au premier tour risquerait de ruiner ses chances en affolant les électeurs centristes que sa prudence a séduits".

Si trop de gens avaient voté Mélenchon, aujourd'hui Sarkozy serait donc à l'Elysée et nous serions en train de sabrer dans les dépenses publiques, nous serions restés dans l'Otan et nous nous apprêterions à distribuer des armes aux salafistes en Syrie. Non ?

 


 


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Samedi 16 mars 2013 6 16 /03 /Mars /2013 13:35

Lundi, les banques de Chypre seront fermées. Les banquiers seront occupés à retirer 6,75% de chaque compte (9,9% pour les comptes de plus de 100 000 €), sous forme d'une taxe de renflouement de l'économie chypriote (cf. le Figaro).

Qui dit banques dit coupable, donc la décision n'émeuvra pas beaucoup de monde car la presse ne se fera pas prier pour rappeler que les banques de Chypre sont réputées abriter beaucoup d'argent russe.

Certes, mais la ménagère chypriote, qui n'a rien demandé, perdra lundi d'un coup 6,5% de l'ensemble de ses économies.

Forbes se demande si ce n'est pas un excellent moyen de déclencher une panique bancaire dans l'ensemble de l'Union européenne : espagnols, grecs ou italiens peuvent se demander si un petit matin ils ne se retrouveront pas eux aussi avec x% de leurs économies évaporées pour satisfaire les exigences de plans de redressement déments ( Over the longer-term, I doubt if financial stability in the euro area (and the continued existence of the euro) is compatible with a policy framework that doesn’t protect the savings of ordinary depositors.)

à suivre...

 

Post scriptum : je me demande si la police Georgia ci-dessus n'est pas plus lisible que l'autre. Je crois que je vais l'adopter...

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Jeudi 14 mars 2013 4 14 /03 /Mars /2013 23:34

ODP commente mon billet sur le bilan de l'euro avec des arguments qui ont l'apparence de la précision. Il n'est donc pas simple d'y répondre.

Tant qu'à travailler pour être convaincant, autant publier cela sous forme de billet.

Premiers points évoqués par ODP :

"le déficit commercial est le mal chronique de l’économie française depuis le XVIIIème siècle (Braudel dirait depuis le Moyen-âge)

que la période que vous avez choisi comme point de comparaison à la période « euro » correspond, avec les années 1959-1962, à la seule période depuis 1950 au cours de laquelle notre pays a su dégager une balance commerciale significativement positive (cf. Annexe I) ;

 que, ironie de l’histoire, cette période intègre celle dite du « Franc Fort », où les autorités françaises, emmenées par JC Trichet et Pierre Bérégovoy, ont tout fait pour arrimer le Franc au Mark et que le mérite de ce « miracle du commerce extérieur » comme qu’on l’a appelé à l’époque a été attribué à cette « désinflation compétitive », fruit de l’intégration européenne, plutôt qu’à une quelconque faiblesse de la monnaie ;"

Pour la première affirmation, je ne sais pas ce qu'en penserait l'abbé Suger mais l'affirmation mériterait d'être documentée.

J'ai trouvé un article de Jacques Marseille sur la période 1890-1990. La France est en effet rarement excédentaire, sauf notamment dans les années 1922-1926, suite à une forte dévaluation, ou à d'autres époques.

Marseille précisait cependant que sur toute la période, la France est restée quatrième exportateur mondial quoi qu'il arrive.

Et sur une période plus courte, depuis 1970, on constate quand même qu'il s'est passé quelque chose de spécifique dans les années 2000 (ce qui contredit votre point : "la situation actuelle, quoique particulièrement grave est, en ce qui concerne la balance commerciale, tout à fait similaire à celle qu’a connu la France à la fin des années 70 et au début des années 80". Le graphique montre clairement que la situation actuelle n'est absolument pas similaire).

france-balance-of-trade.png

Source : trading economics

Il ne faut donc pas tomber dans le fétichisme : être en déficit n'est pas forcément un drame. Mais l'être de 70 milliards d'euros, en 2012, finit par le devenir.

pour ce qui est de la note de Marion Cochard, elle est ultra technique. j'en extrais cependant ceci :

"À la suite de l’appréciation de l’euro, la compétitivité-coût de la

grande majorité des pays de la zone s’est dégradée. La

modération salariale et une productivité dynamique ont permis à la

France de limiter les pertes de compétitivité-coût à 7,2 % entre 2000

et 2007. En revanche, l’Italie (tout comme l’Espagne) n’est pas parvenue

à contenir la hausse de ses coûts salariaux unitaires, à cause d’une

productivité atone. La monnaie unique l’ayant privé de l’instrument de

dévaluation compétitive, cette dérive salariale est venue aggraver

l’impact du change sur la compétitivité-coût du pays. Les CSU relatifs

italiens ont ainsi augmenté de près de 30 % entre 2000 et 2006.

L’Allemagne, à l’inverse, a su tirer son épingle du jeu en choisissant

à son tour la voie de la désinflation compétitive dès le début des années

2000."

En termes élégants, elle décrit exactement le même mécanisme que ce que je mets en évidence : toute la zone euro est touchée par la surévaluation de l'euro, mais tout ceux qui ont une inflation supérieure à l'Allemagne sont affligés d'une double peine qui condamne leur économie. La France est, pour le moment, dans une position médiane : elle souffre principalement de la surévaluation de l'euro, et la dérive de ses coûts par rapport à l'Allemagne reste contenue.

Pour le taux de change de l'euro par rapport au dollar depuis Bretton Woods, je demande à voir votre fameuse annexe II, si c'est un taux de change implicite calculé à partir des différentes devises entrées dans l'euro en 2002, c'est peut-être exact.

Mais qu'une parité soit stable enmoyenne de longue période ne veut pas dire qu'elle est équilibrée en termes de parité de pouvoir d'achat.

C'est bien pour empêcher les Etats-Unis de jouer avec leur taux de change que de Gaulle avait acheté massivement de l'or à la fin des années 60.

De même, le seul intérêt de l'euro eût pu être qu'il empêchât le dollar de fluctuer au gré des intérêts américains. Mais quand les chinois ont justement proposé de travailler à une rénovation rationnelle du système de change mondial, les européens, par la voix de Almunia, ont été les premiers à réclamer... le maintien de la primauté du dollar.

Ne cherchez pas, l'euro est une farce, au mieux, au pire, un drame.

M. ODP, le bonjour chez vous.


 



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Jeudi 14 mars 2013 4 14 /03 /Mars /2013 23:30

Un banquier sain n'est pas un homme qui voit venir le danger et l'évite, mais quelqu'un qui, s'il est ruiné, l'est conformément à toutes les règles et traditions et en compagnie des autres membres de la profession, en sorte que personne ne peut rien lui reprocher.

Keynes, La monnaie et l'économie, recueil de textes, Payot

 

 

 

On pourrait ajouter que le haut fonctionnaire partisan de l'euro est coulé dans le même moule : ayant décidé l'euro, il mettra un point d'honneur à se battre pour ce désastre, jusqu'à la fin. La garde meurt mais ne se rend pas.

 

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