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Dimanche 29 juin 2014 7 29 /06 /Juin /2014 12:49

Je ne comprends pas très bien le propos de Stiegler sur l'économie. Mais sur le FN il est intéressant (lire le papier entier ici) : 

 

"En lisant le livre de Bernard Stiegler, « Aimer, s’aimer, nous aimer » (Galilée, 2003), on peut ressentir un sentiment de découragement.

 

Le philosophe explique dans son livre que les électeurs FN sont, comme beaucoup d’entre nous dans cette société malade, victimes de troubles narcissiques. Pour s’en sortir, ils ont la particularité de désigner des boucs émissaires. C’est un symptôme, une façon d’évacuer le mal-être.

 

Il est impossible de discuter avec des troubles et des symptômes (seuls les psys savent faire). Les journalistes peuvent donc continuer à s’agiter, à « fact-checker », à enquêter, à essayer de comprendre à coups de portraits, ils n’ont aucune prise sur rien, me suis-je dit.

 

Je suis allée demander à Bernard Stiegler ce que la presse peut et doit faire au lendemain des élections européennes, qui ont vu le FN atteindre le score de 25% des votants.

 

Rue89 : Dans « Aimer, s’aimer, nous aimer », vous dites que les électeurs FN souffrent d’un défaut de « narcissisme primordial ». Dès lors, peuvent-ils changer d’avis comme une personne rationnelle ?

 

Bernard Stiegler : Je parle avec des gens du Front national, il y en a même que j’aime bien. Je vous le dis très franchement : certains sont plutôt sympathiques. La plupart ne sont pas des racistes ou des antisémites, mais des gens très malheureux. Mais pour votre question, la réponse est non. Je n’essaye jamais de les dissuader de voter pour le Front national. Plus j’essaierais de le faire, et plus ils voteraient pour le Front national. C’est complètement inutile.

 

C’est d’autant plus inefficace que, pour une part, ils n’ont pas tort d’exprimer une souffrance. Le paranoïaque, le psychotique, le névrotique ne racontent jamais que des bêtises. Il y a toujours un fond de vérité. Le problème, c’est que ce fond de vérité qui devient pathologique exprime une maladie qui n’est pas seulement celle de ces électeurs : c’est celle de notre société.

 

Ce qui est spécifique dans la pathologie des électeurs du Front national, c’est que par leur vote, qu’ils le veuillent ou non, ils s’en prennent à des boucs émissaires.

 

Comment avez-vous compris ce qui les faisait souffrir ?

 

Je parle, dans le livre que vous citez, de Richard Durn [responsable de la tuerie du conseil municipal de Nanterre en 2002, ndlr]. Je me suis intéressé au sujet après avoir lu un extrait de son journal intime cité dans Le Monde et dans lequel Durn disait « avoir perdu le sentiment d’exister ». Ces mots m’ont énormément frappé. Moi aussi j’ai parfois le sentiment de ne pas exister. Et moi aussi je suis passé à l’acte : j’ai braqué des banques...

 

En lisant l’article, je me suis dit que ce type était extrêmement dangereux, mais qu’on était des millions comme lui. Et je me suis dit qu’un jour, les gens qui perdent le sentiment d’exister, de plus en plus nombreux, voteraient pour le Front national au lieu de tuer des gens ou de braquer des banques.

 

J’ai été scandalisé par l’attitude d’Eva Joly, au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, qui a qualifié le score du Front national de « tâche indélébile sur les valeurs de la démocratie ». Ce sont des propos honteux.

 

Comment expliquer cette liquidation du narcissisme primordial ?

 

Elle vient de l’organisation illimitée de la consommation via le marketing et la télévision. Vous avez vu le film « Le Festin de Babette » ? C’est une histoire magnifique : une Française qui vit au Danemark décide de faire un repas immense, somptuaire. Le film raconte la préparation de ce repas coûteux par une personne modeste, et c’est extraordinaire.

 

Quand j’étais enfant, le repas du dimanche avait beaucoup d’importance. Il était courant dans les classes populaires de faire des festins, comme Gervaise et son oie dans « L’Assommoir ». Il est très important de recevoir, de se rassembler.

 

C’est ce que le consumérisme a concrètement détruit : il n’y a que du prêt-à-porter, du prêt-à-manger – de la malbouffe et plus de fête.

 

Comment faire réaliser aux électeurs du FN que cette souffrance est déconnectée du chiffre de l’immigration  ?

 

Cela ne sert à rien de leur dire : ils ne l’entendront jamais. Précisément, ils entendent autre chose si vous leur dites cela. Ils entendent que vous n’avez pas écouté leur problème. Et ils ont raison. S’en prendre à un bouc émissaire [ce que Bernard Stiegler nomme un « pharmakos », dans « Pharmacologie du Front national », Flammarion, 2013, ndlr] est un symptôme. C’est un symptôme horrifique, extrêmement dangereux, et le nazisme est l’exploitation de ce symptôme à l’échelle cauchemardesque du XXe siècle. Une telle horreur peut tout à fait revenir – c’est même plus que probable : si rien de décisif ne se passe, c’est ce qui finira par arriver. Et cela dépend de nous que cela n’arrive pas – mais ce n’est pas en insultant les électeurs du FN que cela s’arrangera.

 

Il est totalement vain de dire aux gens d’arrêter de symptomatiser : il faut les soigner, je veux dire prendre soin d’eux (au sens que j’ai donné à ce mot dans « Prendre soin »), s’occuper d’eux, leur donner des perspectives, leur tenir un autre discours que celui de François Hollande et de Nicolas Sarkozy...

 

Comment les journalistes peuvent-ils participer à ces soins ?

 

Je pense qu’il est urgent que la presse reprenne son rôle, qui est de défendre des idées, de les faire se confronter, et par là, de construire des opinions. Cela veut dire faire des choix politiques, esthétiques, intellectuels, sociaux, etc. – et les assumer. Le Monde diplomatique continue de faire ce travail, et c’est pourquoi je ne manque jamais l’occasion de le lire, même s’il m’énerve souvent.

 

Aujourd’hui, la désespérance est le fond de commerce du Front national. Pour redonner de l’espoir, il faut donner la parole à ceux qui ont quelque chose à dire et qui sont prêts au débat public – et par là reconstruire une pensée, des concepts et des perspectives, et les socialiser.

 

L’idée que les gens ne veulent pas penser est totalement fausse : quand le Collège de France a mis en ligne ses cours, des millions d’heures de cours ont été téléchargées."

...

 

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