Dimanche 17 février 2013
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J'avais beaucoup aimé Je suis né un
jour bleu et Embrasser le ciel immense, d'où j'avais retiré cette
citation.
J'ai avalé ce troisième livre de Tammet. J'aime sa façon non d'expliquer les mathématiques, mais de montrer en quoi elles peuvent avoir une signification
individuelle. Ou la façon qu'il a, en les expliquant, d'aider chacun à s'en approprier un morceau.
Par exemple, quand il explique que bien des cultures n'ont pas de mots pour désigner les grandeurs supérieures à deux, on se sent plus riche de notre système
décimal.
Le lecteur littéraire sera également curieux de lire un chapitre convaincant sur la proximité entre rhétorique et mathématique ("En fait, sans les raffinements
de la rhétorique, il n'y aurait pas eu de logique, et, sans logique, il n'y aurait pas eu ces mathématiques qui forment l'une des pierres angulaires de notre civilisation occidentale éprise
d'empirisme. Avant ces entreprises intellectuelles et culturelles, il y eut la pratique de la persuasion, par l'argument et l'évaluation des pièces justificatives. C'est dans les tribunaux, avec
leurs procès publics, que les bases de notre système de pensée furent posées.") En relisant cette phrase, je m'aperçois que l'on peut également la lire comme un hommage à la justice !
Plus loin : "Au milieu du XIXème siècle, plus de deux millénaires après Euclide, un juriste de l'Illinois transportait ses éléments dans sa
sacoche. Il s'appelait Abraham Lincoln."
Autre chapitre sur les villes, où l'on apprend que le plan de construction en carrés réguliers de New York date de 1811. Je me suis souvenu en lisant cela que peu
de temps avant, en 1789, l'Assemblée nationale avait refusé un découpage administratif de la France en carrés réguliers (le "projet Thouret"). Comme si le vieux monde avait laissé la place au
nouveau en décidant de s'en tenir à un ordre "naturel" des choses.
Un passage très bon sur Tolstoï et le calcul différentiel et de multiples autres considérations sur la durée (de la vie) le rôle réel (nul) des moyennes
statistiques, la place (excessive) des inégalités selon Keynes, la poésie japonaise... Tous les chapitres sont inégalement intéressants, notamment en fonction du degré de connaissance du lecteur
(tiens, au chapitre lecteur, cette citation de Nabokov fournie par Tammet : "un bon lecteur, un grand lecteur, un lecteur actif et créatif est un relecteur"), mais dans l'ensemble c'est
excellent.
Pour finir, encore une citation, d'une dame à laquelle Tammett, gagnant ses premiers salaires comme prof de maths à domicile, donnait des cours particuliers
: "Il n'y a rien dont la moitié n'est rien".
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