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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 00:31

C'est Ambrose Evans-Pritchard qui donne ces statistiques récentes (ici et ):

- les recettes de la TVA ont baissé de 19% en janvier 2012 par rapport à janvier 2011

- 60 000 PME et TPE ont fermé depuis l'été 2011

- pourtant le taux de TVA est passé de 13% à 23%

-l'ensemble des recettes fiscales est en baisse de 7% sur 12 mois

- la production manufacturière grecque a diminué de 15% en décembre 2011 par rapport à 2010

- le chômage est passé de 18,2% en octobre à 20,9% en novembre

à part ça, la troïka BCE/FMI/UE trouve insuffisantes les réformes structurelles et demande a obtenu une baisse supplémentaire de 20% du salaire minimum.

*

Mélenchon (et Hollande), en ne demandant pas la fin de l'euro, sont complices de ces restructurations sauvages.

 

Addendum : d'autres demandes de la troïka, ahurissantes de bêtise, d'aveuglement et de méchanceté mêlées listées sur le site les-crises.fr.

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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 01:00

yuan.jpg Sous-titre : comment éviter une seconde guerre mondiale...

Intro : un rappel, la première guerre mondiale a été précédée d'une mondialisation des échanges très forte, qui a pu faire croire à une interconnexion des économies si dense qu'elle rendait toute guerre impossible.

Premier chapitre : comment la Chine a été victime, au XIXème, d'une conversion au libre-échange imposée par les armes.

Chapitre deuxième : comment la Chine s'est redressée depuis Mao.

Je passe rapidement. C'est factuel mais très bien fait.

Quatrepoint rappelle que les accords du Plaza en 1958, réévaluant le yen, ont donné le signal du déclin de l'économie japonaise. Les chinois ont appris la leçon et ne se laisseront pas imposer une réévaluation du yuan.

Dans les chapitres suivants, on suit la stratégie de développement chinoise, qui permet au pays de dépasser les Etats-Unis dans le domaine des supercalculateurs en 2010. On lit aussi que la Chine fera bénéficier General Electric de ses compétences en matière de train à grande vitesse.

Une foule d'exemples montrent que la Chine a une politique de développement réfléchie, qu'elle mène brillamment - même si des cahots peuvent se produire, comme les accidents de TGV.

Tout cela amène le pays à amasser des réserves de change importantes.

De l'autre côté, les Etats-Unis fournissent un contre-exemple stratégique, celui d'une nation à la direction hésitante.

 Quatrepoint montre que les hésitations commencent à se faire nombreuses aux USA sur le bien-fondé des politiques de type "la tête et les jambes". Dans ce cadre conceptuel, les Etats-Unis sont le "cerveau" du monde et la Chine l'atelier. Cela conduit à une situation où Apple n'a que 25 000 salariés aux Etats-Unis pendant que Foxconn, en Chine, en emploie 250 000 pour le compte d'Apple.

Andy Grove, ex Pdg d'Intel, a critiqué ce modèle, qui conduit à terme à laisser la valeur ajoutée et les emplois quitter les Etats-Unis, notamment parce que l'innovation se joue aussi dans les process de production. Progressivement c'est Foxconn qui en saura plus qu'Apple sur les technologies qui font, encore aujourd'hui, le succès d'Apple.

Le poids des lobbies empêche cependant toute réaction américaine forte. L'actionnariat des grands groupes bénéficie à plein des délocalisations, tout comme le système financier.

L'Allemagne est également abordée. Quatrepoint en fait une petite Chine, qui mène une stratégie d'accumulation d'excédents commerciaux grâce à la paralysie de ses concurrents européens, empêchés de compenser leur inflation supérieure par des dévaluations. L'Allemagne exporte maintenant plus de fromages que la France.

Le succès de la stratégie allemande pourrait encourager l'Allemagne, selon l'auteur à vouloir sortir de l'euro, en tout cas, il la rend indifférente à l'arrêt de la construction européenne.

La stratégie française là dedans ? Pour JMQ, elle a échoué : il s'agissait de faire de l'Europe une France en plus grand (c'est plutôt l'Allemagne qui réussit cette stratégie là, sans l'avoir voulu). Au lieu de cela, la France a beaucoup perdu dans la construction européenne, et rien gagné (c'est ma conclusion, JMQ ne se prononce pas sur le bilan global de l'UE).

Paradoxe : un très bon bouquin, qui ne m'a pas appris grand chose. Disons que j'ai eu l'impression d'approuver à peu près toutes ses orientations (sauf des critiques imméritées sur les 35 heures), donc pas de surprise (gage pourtant d'une lecture intéressante) mais une foule de détails bien vus.

Détail bien vu : Le titre "mourir pour le yuan" est survendeur. Il faut déduire de la situation de déséquilibres macroéconomiques décrits par l'auteur que les conflits deviennent probables. Il ne va cependant pas jusqu'à indiquer des scenarii géopolitiques, on reste dans l'économie assez largement, avec quelques rappels historiques. Quatrepoint note quand même que, d'ores et déjà, dans un monde déséquilibré, le nombre de destinations touristiques diminue. Par crainte de troubles sociaux, le touriste occidental voit son choix de destinations réduit (le lecteur de Zygmunt Bauman appréciera).

Autre passage très bien vu : "La notion de filière industrielle est plus que jamais d'actualité. L'aéronautique, l'espace, le nucléaire font vivre des centaines de PME souvent détentrices d'un savoir-faire de haute technologie. Derrière de grandes entreprises foisonne un tissu entreprenurial qui irrigue le territoire. Qu'un de ces géants vienne à défaillir, change d'actionnaires ou de stratégie, et c'est toute une filière qui s'effondre avec des dizaines de milliers d'emplois qualifiés qui s'évaporent, un savoir-faire qui disparaît, des exportations qui se transforment en importations. On ne dira jamais assez la catastrophe qu'ont été l'absorption de Péchiney par Alcan ou la vente d'Arcelor à Mittal. Au delà de ces entreprises, ce sont des filières entières qui s'évanouissent."

Un très bon bouquin qui sait inscrire des données macroéconomiques dans des stratégies nationales. On a bien souvent l'impression que les performances économiques des uns et des autres sont comme des données météo. Quatrepoint montre bien en quoi elles résultent de stratégies (ou d'absence de stratégies) qui ont leur cohérence.

 



 

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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 21:46

L'ACTA est un traité international de lutte contre la piraterie sur Internet (cf. wikipedia).

C'est assez complexe comme sujet mais cet article de la Quadrature du net montre assez bien que le texte incitera les fournisseurs d'accès Internet à rendre inaccessible certains sites, sur simple demande par des parties privées, hors contrôle d'un juge.

Les gens de la Quadrature du net soulignent que la Commission européenne a menti sur les avantages supposés de ce texte.

Et Kader Arif, député européen du PS, a démissionné de sa fonction de rapporteur au Parlement fantoche européen pour protester contre l'absence de prise en compte du Parlement dans le processus de décision.

Là, le partisan de l'Union européenne moyen trouvera que c'est bien la preuve qu'il faut renforcer les pouvoirs du Parlement européen, pour rendre enfin démocratique ce bazar infâme qu'est l'Union.

Pas de bol, en plus d'avoir un Parlement européen qui aurait des pouvoirs il faudra que celui-ci soit de gauche, car la droite européenne a voulu l'ACTA. Selon Arif : "En tant que rapporteur sur ce texte, j'ai également fait face à des manœuvres inédites de la droite de ce Parlement pour imposer un calendrier accéléré visant à faire passer l'accord au plus vite avant que l'opinion publique ne soit alertée, privant de fait le Parlement européen de son droit d'expression et des outils à sa disposition pour porter les revendications légitimes des citoyens".

Le démocrate finit par penser que c'est bien fait pour sa gueule, à l'européiste moyen.

Que croit-il enfin ? Que l'Union est capable de faire avaler le Traité de Lisbonne à des pays comme la France, l'Irlande ou les Pays-Bas, qui se sont exprimés contre, et qu'elle va s'effrayer d'un Parlement élu avec un taux d'abstention à la hauteur de l'absence de considération que portent les européens aux affaires européennes ?

Les choses se passent exactement comme l'indique François Asselineau dans la plupart de ses conférences (notamment ici): dans cette affaire, comme dans cent autres, l'Union européenne ne sert qu'à faire adopter sur le continent, des textes décidés aux Etats-Unis. Et son déficit démocratique n'est pas un accident, c'est un défaut voulu qui la rend parfaitement perméable à tous les intérêts constitués.

il y a d'ailleurs dans ACTA une sorte de fascinante mise en abyme. En effet, de la même façon que les législations européennes contournent l'expression des peuples et du propre Parlement européen, la législation ACTA prévoit de confier des pouvoirs de régulation à un "comité ACTA" qui contournerait l'Union européenne elle-même. Ce qu'en dit la Quadrature du Net (en anglais uniquement) :

"In the future, ACTA's scope could also be easily expanded through the “ACTA committee”. The latter will have authority to interpret and modify the agreement after it has been ratified, and propose amendments. Such a parallel legislative process, which amounts to signing a blank check to the ACTA negotiators, would create a precedent to durably bypassing parliaments in crucial policy-making, and is unacceptable in a democracy. This alone should justify that ACTA be rejected." (texte de la Quadrature du Net démontant les arguments de la Commission européenne)

Le simple fait que la législation ACTA peut par la suite se développer de façon autonome suffit, selon la Quadrature du Net, à invalider l'ACTA elle-même. Avec deux pas de recul, on comprend qu'il en va de même avec l'union euroépenne : le seul fait qu'elle permette de laisser passer de tels textes devrait suffire à comprendre le danger de l'organisme lui-même.

L'Union européenne, comme l'ACTA, sert à cela : rendre ineffective l'opinion des populations.

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Les Pirates du Net, au moment de la loi Hadopi (encore une déclinaison au niveau national d'une cochonnerie élaborée au niveau européen), avaient appelé à en passer par plus d'Europe pour lutter contre Hadopi. J'avais déjà souligné la grande naiveté de leur démarche.

Le démocrate, forcément opposé à l'Union européenne, sait parfaitement que l'ACTA ne serait JAMAIS passée dans un cadre national. Même avec une majorité de droite au Parlement, la démocratie en France est encore suffisamment vivante pour rejeter après examen un texte aussi manifestement contraire aux principes républicains.

C'est d'ailleurs l'avis d'un député socialiste européen, Stavros Lambrinidis : "ACTA is legislation laundering on an international level of what would be very difficult to get through most Parliaments" (ACTA est une tentative de blanchiment au niveau international d'un texte qu'il serait très difficile de faire adopter par n'importe quel Parlement ; texte sur StopActa.info).

 

Et même si d'aventure une majorité avait été capable de l'imposer au niveau national, une autre pourrait le défaire. Alors que la Commission est si puissante au niveau de l'Union européenne qu'elle pourra bloquer toute remise en cause future de l'ACTA.

 Et même si un pays de l'Union adoptait l'ACTA, dans le cadre de procédures nationales, donc démocratiques, cela ne contraindrait pas les 26 autres à l'adopter. En offrant un guichet unique aux lobbies économiques, l'Union européenne décuple l'efficacité du lobbying à Bruxelles - c'était l'un des arguments soulignés d'un point de vue théorique par Jean-Jacques Rosa, et illustré en pratique par le livre de Florence Autret, l'Amérique à Bruxelles.

Le démocrate qui s'est déjà fait baffer après l'adoption forcée du traité de Lisbonne sait que l'Union européenne est une machine à prendre des décisions iniques contre l'avis des populations.

Le partisan d'une Europe alter, plus sociale, plus verte, plus démocratique ou quoi peut être tenté de monter au créneau et perdre son énergie à luttre contre ACTA en implorant la bienveillance des autorités européennes. Il ferait mieux de considérer cela comme un avertissement sans (trop de) frais et de prendre en compte l'ensemble du paysage institutionnel : l'Union européenne ne sert à rien d'utile, virgule, elle est inutile, virgule, elle est irréformable, point. La seule question utile à son sujet est de savoir comment l'on en sort.



 

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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 01:26

Lu dans Marianne samedi, un couple avec un enfant et en attente du deuxième. Paient les factures en début de mois, loyer, électricité etc. Restent 4 enveloppes avec 75 €, une par semaine, pour nourrir et habiller trois personnes, bientôt quatre.

*

Deux billets sur Hollande, fort intéressants, chez Descartes le blogueur. Le premier sur le décollage de Hollande au Bourget, le second sur le passage du même à la télé, face à Juppé.

Extrait : "sous cet oecumenisme de façade, le "projet présidentiel" est le fruit d'un choix résolument girondin. Car il y a une catégorie qui a été oubliée dans la distribution: les "républicains" plus ou moins jacobins. Pour eux, il n'y a rien. Par contre, le "projet" contient tout ce qu'ils détestent: les concessions aux particularismes régionaux (ratification de la charte des langues régionales et minoritaires, constitutionnalisation du régime particulier de l'Alsace-Moselle...), réduction des compétences de l'Etat ("nouvelle étape de la décentralisation" donnant "plus d'autonomie" aux collectivités locales), transfert de nouvelles pouvoirs et compétences vers les institutions européennes. Sous le discours qui prétend réconcilier la gauche du "non" et la gauche du "oui", se cache en fait le choix d'ignorer olympiquement l'une de ces deux composantes."

*

Récemment, un article du Monde plaçait la volonté de sortir de l'euro parmi les marqueurs de la progression des idées du FN en France. Je lis dans Les Echos que Stiglitz, économiste keynésien, a rappelé récemment qu'en 1929, alors que les pays développés étaient englués dans l'étalon-or, "ce sont les premiers pays à l'avoir quitté qui s'en sont sorti le mieux". Ira-t-on soupçonner Stiglitz d'être acquis aux idées du FN ?


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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 22:14

Il se peut qu'un calcul financier montre que j'aurais avantage à investir mon épargne dans un coin quelconque du monde habité offrant la plus grande efficacité marginale du capital ou le taux d'intérêt le plus élevé. Mais l'expérience prouve de plus en plus que la distance entre la propriété et la gestion introduit un poison dans les rapports humains, et que celui-ci, à long terme, risque de provoquer ou provoquera à coup sûr des tensions et des inimitiés qui réduiront à néant le calcul financier.

Je sympathise, par conséquent, avec ceux qui souhaiteraient réduire au minimum l'interdépendance entre les nations, plutôt qu'avec ceux qui souhaiteraient la porter à son maximum.

Les idées, la connaissance, l'art, l'hospitalité, les voyages : ce sont là des choses qui, par nature, doivent être internationales. Mais produisons les marchandises chez nous chaque fois que c'est raisonnablement et pratiquement possible ; et surtout, faisons en sorte que la finance soit en priorité nationale. [...] pour ces bonnes raisons, je suis enclin à croire [...qu'un] degré plus élevé d'autosuffisance nationale et un isolement économique entre les pays plus grand qu'en 1914 pourront servir la cause de la paix, plutôt que l'inverse.

 

J. M. Keynes. L'autosuffisance nationale, juillet 1933.

in La pauvreté dans l'abondance, recueil de textes.

 

Passage extraordinairement riche de Keynes. Il condamne d'un coup la financiarisation des rapports économiques ("la distance entre la propriété et la gestion introduit un poison dans les rapports humains"). Il ajoute à cela la condamnation de la trop grande dépendance financière entre nations. Dans une vision extrêmement morale de l'économie, il place les arts et lettres au delà de tout. Le commerce de biens matériels étant subalterne, il peut être limité et encadré sans dommage.

Pensée humaniste et réalisme économique sont ici profondément imbriqués. Le lecteur de 2011 pourra penser que lorsque Dani Rodrik rejette l'excès de gouvernance mondiale, il ne fait que poursuivre directement ces réflexions.

Le lecteur de 2011 pourra aussi penser que l'harmonisation forcenée menée dans le cadre des politiques européennes prépare sinon les prochaines guerres, du moins des troubles sociaux gravissimes. Laissons les pays respirer, vivre leurs expériences économiques en évitant de prêter trop de poids à des politiques d'uniformisation économique (et politique) qui n'ont aucun intérêt ; sinon de contraindre la totalité des états membres à adopter des politiques inadaptées.

 




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