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Lundi 11 février 2013 1 11 /02 /Fév /2013 21:22

J'avais il y a peu égratigné le site de l'INA.

 

Apparemment ça ne fait pas de bruit, mais je note le passage régulier de lecteurs venant de l'INA.

 

Si ça sert à faire réfléchir un peu en interne et à supprimer ces publicités débiles entre deux archives poignantes, ce sera toujours ça de pris... Bonne chance aux gens intelligents qui doivent très porbablement subister dans cette maison...

 

snoop_ina2.jpg

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Lundi 4 février 2013 1 04 /02 /Fév /2013 12:00

Jacques Julliard a changé d'église : parti du Nouvel Obs, il est venu pontifier chez Marianne.

Cet éditorialiste termine son couplet d'hier avec un appel à réformer le marché du travail :

"Il y a un effet un paradoxe dans les positions du conservatisme de gauche. Elles reposent en définitive sur une croyance aveugle dans les vertus de la croissance à un moment où, à défaut de réformes sociales, la croissance n'est plus automatiquement génératrice d'emplois."

Pour mémoire, la croissance française en moyenne depuis 2008 est inférieure à 1%. Jacques Julliard ne peut donc dire que la croissance n'est pas génératrice d'emplois, car en réalité il n'y a pas de croissance. Son raisonnement est parfaitement tautologique : la croissance ne crée plus d'emplois car il n'y a pas de flexibilité et vice-versa.

Quelle mouche a piqué ce brave homme pour qu'il conclue sa page hebdomadaire par une telle ânerie ?

Les élites françaises de gauche non conservatrices (la France de gauche qui gagne) ont en réalité décidé que l'Union européenne et l'euro étaient notre avenir.

Il est donc interdit d'imaginer que l'absence de croissance puisse être imputable à l'euro (cf. pourtant l'analyse de Nouriel Roubini , un des macroéconomistes les plus en vue du moment, sur les ravages de l'euro en Grèce ; ravages qui affectent également l'économie française à une moindre échelle comme je l'avais indiqué dans un article précédent.)

Voilà pourquoi, en gros, quand ça ne marche pas en France, c'est la faute à la gauche conservatrice qui n'a rien compris, tandis que la gauche qui gagne nous trace brillamment la route vers des lendemains qui chantent :

Que Vincent Peillon réforme les rythmes scolaires sans avoir le moindre euro pour financer des activités extrascolaires dignes, ce qui ne trompe personne, les instits qui trient le signal d'alarme sont décrits comme des conservateurs (cf. la lettre d'un instituteur twittée par André Gunthert).

Que Goodyear ferme un site à Amiens et c'est la faute à la CGT

Que quelques voix trouvent à redire aux accords sociaux récents, et Julliard s'élève contre les résistances à la flexibilisation du marché du travail (on remarque au passage que la gauche moderne de 2013 fonctionne au carburant intellectuel du RPR de 1986).

rpr-affiche-1977-d.jpg

      Déjà, en 1977, le RPR n'aimait pas les grincheux.

Je ne cherche pas qu'à égratigner la gauche dynamique et européenne qui a les faveurs de Julliard. Il y a pléthore de groupes qui ont décrété que l'urgence du moment c'est la séparation des activités bancaires de marché et des activités de spéculation, ou la lutte contre les "spéculateurs", ou le tirage au sort, ou la réduction du temps de travail.

Je crains fort que si l'euro continue à tuer la croissance, tous ces débats parfois intéressants n'aient qu'un rapport très lointain avec l'urgence du moment. Mais je constate, et Julliard n'en est qu'un exemple, nombreux sont les volontaires pour inviter les électeurs à regarder ailleurs.

 

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Samedi 2 février 2013 6 02 /02 /Fév /2013 00:07

Obscène : "Qui offense le bon goût, qui est choquant par son caractère inconvenant, son manque de pudeur, sa trivialité, sa crudité."

Connectez-vous sur le site de l'INA, pour visionner des vidéos historiques. Par exemple parce que vous avez envie de vous cultiver sur des épisodes historiques, de voir comment, à l'époque, les actualités ont présenté tel ou tel événement.

Qu'il s'agisse de la Libération de Paris, des camps de la mort ou du 17 octobre 1961, les vidéos sont entrecoupées de publicités.

On peut donc attendre de visionner une vidéo sur la libération des camps les yeux rivés sur une pub pour de la mousse à raser :

 

camps-copie-1.jpg

 

Par ailleurs, comme ces publicités sont lourdes à charger, et que les serveurs du prestataire doivent être encombrés, on attend que la dose de pub pour L'Oreal ou autre société veuille bien se charger :

 

pub.jpg

 

Ce qui est "amusant" c'est que Adnxs est une société qui a des pratiques de ciblage publicitaire assez sophistiquées, comme l'a décrit le Guardian. L'INA a donc "vendu" son site à une régie qui se charge de la sélection des publicités.

On pourrait être choqué de voir un site qui devrait être un sanctuaire, un lieu de mémoire, de réflexion, transformé en bazar.

C'est en réalité une maladie du temps assez connue : tout ce qui est public et non profitable est assimilé à une branche morte.

L'idéal, le graal même, est donc, pour les structures publiques, de se changer en entreprises. L'INA (le I c'est pour Institut, en théorie, "Corps constitué de savants, d'artistes, d'écrivains.") n'échappe pas à cet impératif :

 

ina.jpg

 

J'imagie donc le quotidien de l'INA, partagé entre une grande masse de salariés consciencieux, archivistes, documentalistes, monteurs, historiens, et un encadrement soucieux de montrer qu'il est soumis à la loi du temps, désireux de rentabliser tout ce qui peut l'être, fût-ce au risque de l'obscène.

 

ore.jpg

 

Par ailleurs, il est inutile de dire que cela coupe toute envie d'acheter le moindre produit l'Oréal, ou quelque autre marque qui a confié ses pubs à une telle régie.

Un jour peut être notre époque sera sévèrement jugée. En attendant, rendre l'INA à sa vocation serait un préliminaire bienvenu.

 

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Lundi 21 janvier 2013 1 21 /01 /Jan /2013 21:53

la renonciation à l'identité est une défense contre l'anéantissement. Être compris ("identifié") comporte le risque de destruction [...] certains patients cherchent à se protéger contre la destruction absolue en devenant incompréhensibles, et, donc, inidentifiables au point de manquer d'identité réelle.

 

Propos d'un patient souffrant de ce mal identitaire :

"Il y a ici un monstre menaçant (=le psychanalyste) qui veut me détruire. Pour lui échapper, je m'effrite et me transforme dans des milliers de billes qui roulent partout. Il y en a tant que le monstre n'arrivera jamais à les retrouver et à les détruire toutes ; ainsi j'éviterai la destruction totale".

 

Georges Devereux.

La renonciation à l'identité. Défense contre l'anéantissement.

 

Analogie rapide, brutale et bloguesque : en juin 1940, la France a connu le gouffre. Peut-être la défaite la moins attendue et la plus brutale de son histoire. Depuis, elle s'enfuit : sur les routes européennes, dans une amitié franco-allemande fantasmée, dans une décentralisation la plus absurde possible (à propos de Lyon, métropole européenne, j'avais évoqué la pulvérisation d'un état nation. Poudre ou bille, c'est pareil : insaisissable), dans une jouissance d'anorexie austéritaire.

Surtout, ne jamais s'arrêter, ne jamais se retourner.

A tel point que le défenseur d'une vision de l'identité française la plus plate, la plus renfermée, Jean-Marie le Pen, devient comme le monstre menaçant, le psychanalyste, qui rappelle au patient anéanti qu'il a été, qu'il est encore, qu'il le veuille ou non.

Nous méritons mieux. Et comme psychanalyste, et comme identité !

 


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Mardi 15 janvier 2013 2 15 /01 /Jan /2013 00:47

jcmsi.jpg Un livre comme toujours original avec Milner. Je précise à nouveau que l'on peut ne pas aimer son style précieux, limite chichiteux. Ca reste suffisamment intéressant pour être très supportable - et dans une certaine mesure une préciosité minimale est nécessaire à l'expression d'une pensée complexe.

Ces précautions étant prises, propres à ne pas rebrousser le poil du lecteur sortant juste du réveillon - bonne année au passage, au but.

Milner commence par s'intéresser à une question : selon Marx, la baisse tendancielle du taux de profit doit conduire à l'effondrement du capitalisme. Il est évident, après 1989, que si le capitalisme ne s'est pas effondré, en tout cas pas avant le socialisme soviétique, c'est qu'une force contraire l'en a empêché.

Pour Milner, l'un des points de départ de toute réponse c'est d'essayer de comprendre pourquoi une classe bourgeoise salariée a pu émerger. En effet, on peut constater que loin d'avoir spolié les salariés de leur plus-value, le capitalisme a permis l'émergence d'une couche de bourgeois non-propriétaires. Un schéma marxiste plat aurait dû conduire à une opposition stricte entre une couche de rentiers opposée à des prolétaires.

Hors, au XXème siècle, le rentier bourgeois est devenu salarié. Il a fallu pour cela que le système capitaliste accepte de lui verser un sur-salaire (qui peut être versé sous forme de surrémunération ou sous forme de temps libre - congés payés ou autres RTT, appelés loisir).

Milner consacre de longs développements à distinguer le loisir, qui est une sorte de temps de non-travail, et qui donc conserve d'une certaine façon un lien avec le travail ; et l'otium, qui est le temps donné pour vivre une vie humaine.

A traits trop grossiers, l'otium est la possibilité de la culture, le loisir est un temps mécanique de reconstitution de la force de travail, un simple repos. L'otium est un temps retrouvé. [De ces réflexions on voit bien d'ailleurs que le sarkozysme et son travailler plus est destructeur, profondément, de la culture. Peut-être une raison de voter Hollande.]

La société française a résolu à sa façon, à la fin du XIXème, la question des modalités de répartition du sursalaire aux salariés. Le choix de la IIIème république a été en effet de créer une classe de bourgeois salariés de l'Etat : les enseignants, et une petite bourgeoisie de fonctionnaires des services publics.

Dans ce système, l'idéal est d'attribuer à chacun son juste sursalaire en fonction de son grade, de son positionnement hiérarchique, lui-même très lié aux diplômes (délivrés par les enseignants, pilotes du système, la boucle est bouclée).

Le maître du système de la IIIème république c'est donc le normalien. Pour Milner, qu'on le remplace par un demi-lettré (l'énarque), et c'est déjà le modèle qui s'affaiblit (point discutable : le normalien a probablement été opposé à d'autres grands corps - de Gaulle était Saint-Cyrien à une époque où l'armée modelait aussi la France. Milner aurait gagné à être plus attentif au rôle de l'armée probablement. L'énarque aurait affaibli l'état républicain non pas par sa relative inculture, mais parce qu'il a intégré en un seul et même corps le républicain normalien et le cyrard catholique. Fin du brainstorming improvisé).

La création de cette élite républicaine a aussi été nécessaire pour assurer une position à la fraction protestante, libérale, laïque de la société française au XIXème, contre les élites catholiques et conservatrices.

La réconciliation nationale entre les bourgeoisies françaises aurait rendu obsolète l'appareil républicain, que VGE puis Mitterrand ont entrepris de démonter point par point, créant une France nouvelle (Milner : "le mitterrandisme [...], qui est un giscardisme à peine renouvelé").

On peut ainsi opposer l'un à l'autre les termes suivants :


étatique </> régionalisation

national </> religion européenne (Milner dixit)

démocratie sociale </> social-démocratie

Université </> pathos éducatif

séparation de l'église et de l'Etat </> irénisme laïciste

 

Cette entreprise successive du "triple septennat antirépublicain" se heurte à un problème : l'ouverture des marchés mondiaux. Pour Milner, la Chine, principalement, accapare à son profit le sursalaire que la république distribuait à ses serviteurs. Et contrairement au jeu antérieur, elle ne semble pas le redistribuer à une bourgeoisie nationale, ce qui accélère l'appauvrissement des sociétés occidentales (Milner, sur ces développements économiques, suit les thèses de Pierre-Noël Giraud, ancien maoïste, comme lui).

La Chine, et la Russie, peuvent donc changer la donne du jeu mondial en limitant le rôle des bouregoisies nationales. Le pouvoir politique, en conséquence, doit être exercé à l'intérieur des nations par des classes beaucoup plus faibles numériquement. Et chaque nation tâche de conserver quelque revenu pour sa propre bourgeoisie, au détriment des autres bourgeoisies nationales (ce jeu se jouant même à l'intérieur de l'Union européenne. On sait qui y gagne en ce moment).

 

classe.jpg

La triste fin de la bourgeoisie ?

 

 

Je trouve ce passage assez génial : "A chaque bourgeoisie salariée de chaque pays européen qui en possède une, Maastricht fait ainsi entendre non plus seulement qu'il sauvera la bourgeoisie salariée en général - qui le croit et qui s'en soucie ? - mais surtout qu'il sauvera, éventuellement au détriment des autres bourgeoisies salariées des pays d'Europe, telle bourgeoisie salariée particulière.

Ainsi les allemands espèrent-ils fermement constituer la bourgeoisie sauvée.

[même chose pour les français :]

S'ils n'ont pas construit le capitalisme le plus performant au monde, les Français n'ont-ils pas secrété l'administration la meilleure ? Celle du moins qui sait le mieux trahir quelque conviction que ce soit pour se sauvegarder elle-même. Retrouvant à l'échelle de Bruxelles, les errements de la France du XIXème siècle, on joue la carte des services communautaires. [...] Pour que l'Europe soit sociale, une condition nécessaire et suffisante : c'est qu'elle utilise beaucoup de fonctionnaires sociaux, et qui mieux que des français, formés à la double école de l'économie mixte et du progressisme généralisé, pourrait ici réussir ? Axiome caché de chaque nation : nous avons la meilleure bourgeoisie du monde."

Ce pari de la France dans l'Europe, de l'Allemagne dans l'Europe, est dangereux :

"si la perspective de devenir, par Maastricht, la principale bourgeoisie salariée du monde, ou tout au moins du continent européen, était seulement abandonner la proie pour l'ombre ? Après tout, le pari pascalien ne convainc que ceux que Dieu a déjà touchés de sa grâce ; de même, le pari delorien, qui en est la copie, pourrait bien ne convaincre que ceux qui en ont déjà conclu que renoncer au certain pour l'incertain est une marque de sagesse. Il est vrai qu'ils sont nombreux en France à avoir conclu cela : les progressistes, parce que telle est la loi de leur discours, et les intellectuels, parce que telle est leur maladie professionnelle. Aussi la religion européenne a-t-elle toujours de l'avenir, mais son avenir dépend de plus en plus de ce qu'elle a d'irrationnel et non plus de ce qu'elle a de rationnel".

*

Reste donc, pour les bourgeoisies occidentales (ceux que le blogeur descartes appelle les classes moyennes) à attendre que s'effondrent les économies chinoises, ou russes. En priant les prêtres de la religion européenne. Pas de happy end dans cet essai déjà vieux de six ans.

*

Un livre court, pas toujours clair, mais qui a l'immense avantage de renouer avec un discours sur la France qui porte sur la longue période. Et de le faire d'une façon telle que, lu en 2012, on peut trouver que ça tient la route. Milner ne dit rien de la méthode nécessaire pour se défaire des illusions de la religion européenne. Peut-être faut-il commencer par renoncer à l'incertain absolu pour revenir au probable. Car ce que Milner décrit comme le principal avantage du "palais national" républicain, c'est "qu'au moins peut-on déterminer clairement en quoi il réussissait et en quoi il échouait". Dans la situation actuelle, au contraire, entre deux hommes politiques jouant le pari européen, on ne peut rien choisir, sinon des fioritures.

Et l'effet délétère de cette indistinction s'inscrit chaque jour qui passe un peu plus au passif de ce qui nous reste de démocratie.


 

 

 

 

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