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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 14:14

De Defensa est un très bon site, "anti système" mais intelligent, conservateur voire réactionnaire assumé, mais ouvert à tout ce qui se passe y compris et surtout à l'étranger.

Je trouve assez fine l'analyse de la situation de Hollande aujourd'hui, qui conclut un article consacré notamment à un possible revirement de la position français à l'égard de l'Iran :

"Ou bien, Hollande ne sera rien du tout, totalement inexistant, en n’osant rien du tout ; ou bien, il mettra un doigt dans l’engrenage antiSystème et il sera conduit, sans doute contre son gré d’homme qui se veut “président normal” (au-delà du slogan, il y a de ce caractère-là qui recherche l’évolution progressive), à des orientations de rupture, à des options de rupture, à des ruptures pures et simples, – dans l’ordre de l’évolution, mais dans le désordre des circonstances… Ainsi passerait-on des semailles de ces premiers contacts aux moissons, tout cela dans un climat de tempête."

De Defensa a l'air de penser que, mine de rien, Hollande pourrait faire turbuler le système - ou y renoncer.

 

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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 23:59

Cet anglicisme concernant François Hollande est particulièrement irritant.

Elu le 6 mai, il prendra ses fonctions le 15. D'ici là, je ne crois pas qu'il bénéficie d'un statut particulier, en tout cas pas au niveau constitutionnel.

Qu'importe d'ailleurs les mesures de transition permettant au candidat élu de préparer son entrée en fonctions, elles sont en France de peu de portée. Le futur président n'a qu'une semaine à patienter avant de s'installer à l'Elysée.

Aux Etats-Unis, le "president elect" est une notion bien plus importante (dont d'ailleurs le statut constitutionnel est débattu).

Le vainqueur théorique des présidentielles est connu dès novembre, mais n'entre en fonction qu'en janvier. Notamment parce que la présidentielle américaine est une élection indirecte, il faut donc laisser le temps d'organiser le vote des grands électeurs. Comme il y a cependant peu de suspense, le futur président reçoit progressivement les moyens officiels de préparer son accession au pouvoir pendant les deux mois de la période de transition.

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La notion de "president elect" a donc aux Etats-Unis une importance bien plus grande car la transition y dure deux mois, contre moins de dix jours en France.

 

Dès lors l'emploi à tout bout de champ de l'expression président élu pour désigner Hollande est trois fois risible.

D'abord, elle dénote l'idée qu'un concept constitutionnel ou juridique venu des Etats-Unis est forcément plus chic que des expressions plus appropriées comme "futur président", ou même "nouveau président", la transition étant si courte qu'on peut considérer qu'un président français battu encore en fonctions n'a plus de rôle effectif.

Ensuite cela marque le côté moutonnier de la presse, qui se gargarise de ce nouvel objet avec une gourmandise probablement d'autant plus importante qu'une bonne partie de ceux qui emploient cette expression ne savanet pas d'où elle vient - mais ça fait savant.

Enfin c'est une façon pour nos bonnes élites de se distinguer du vulgaire par l'emploi d'expressions codées, quitte à ce qu'elles n'aient aucun sens (comme la France "trop petite", le protectionnisme forcément européen ou autres idées reçues).

Pour moi l'emploi de ce terme sert d'immanquable détecteur à crétin...

 

Florilège :

 

La France se réveille avec un nouveau président élu, François Hollande

Le Nouvel Observateur - il y a 6 jours

 

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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 12:10

Est-ce Barack Obama, François Hollande ou Angela Merkel qui s'expriment ainsi ? Non, c'est Jörg Asmussen, un membre allemand du directoire de la BCE. 

C'est sans commentaire, il s'agit juste, de la part de ce technocrate, de rappeler à Hollande qu'il est là pour servir les politiques europénnes, pas pour tenir ses engagements à l'égard des électeurs.

 

Le reste est ci-dessous :

 

"Asmussen (BCE): la France doit appliquer "tel quel" le pacte budgétaire

La France doit appliquer "tel quel" le pacte budgétaire européen, qui ne doit pas être "affaibli dans sa substance" par le rajout d'un volet croissance, a déclaré mardi un membre du directoire de la BCE, Jörg Asmussen, dans une interview.

 
"J'attends de la France qu'elle applique tel quel le pacte budgétaire. De plus, je pars du principe que le nouveau gouvernement tiendra sa promesse de ramener le déficit de l'Etat sous les 3%", a déclaré M. Asmussen au Handelsblatt à paraître mercredi.

 
"Il doit être tout à fait clair que le pacte budgétaire - augmenté d'une élément sur la croissance - ne doit pas être affaibli dans sa substance", a-t-il ajouté.
Le président de la BCE Mario Draghi s'est dit à plusieurs reprises favorable à l'ajout d'un "pacte de croissance" au "pacte budgétaire" qui impose aux Etats de redresser leurs finances publiques.
Mais ce "pacte de croissance", loin de passer par une hausse de la dépense publique, repose avant tout sur des réformes structurelles comme la libéralisation des marchés du travail et la vertu budgétaire des Etats, a-t-il chaque fois pris soin de préciser.
De son côté, Berlin a prévenu lundi qu'il n'était "pas possible de renégocier le pacte budgétaire" européen, par la voix du porte-parole de la chancelière Angela Merkel." (AFP, 8 mai 2012)

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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 12:43

"The most single-minded sovereignist is the most resolutely ignored by the media: François Asselineau, a former senior government official who has founded a party, Union Populaire Républicaine, dedicated to the sole proposition that France must leave the EU to recover its freedom of action.  Deprived of any media coverage whatsoever, or even mention of his existence, Asselineau spreads his arguments by extremely didactic conferences on the history and meaning of the European Union enterprise as a means to make Europe subservient to the United States.  Aside from his desire to restore his country’s sovereignty, there is nothing extremist or even eccentric about Mr Asselineau, and it says something about France that he was unable to obtain even twenty of the 500 mayors’ signatures required to run for president, while two small Trotskyist candidates qualified (not to mention the follower of Lyndon Larouche and the ex-Trotskyist, Jean-Luc Mélenchon, who heads the Front de Gauche).  In France, Trotskyism in its various forms is more integrated into political life than is defense of national sovereignty, partly thanks to the many former Trotskyists in the media."

 

La suite est ici, il s'agit d'un article général sur l'élection présidentielle.

 

J'ajoute la traduction réalisée par un bénévole :

 

"Le souverainiste le plus tenace est le plus résolument ignoré par les médias : François Asselineau, un ex-haut fonctionnaire du gouvernement  qui a fondé un parti, l'Union populaire républicaine, qui se consacre à défendre une unique proposition selon laquelle la France doit sortir de l'Union européenne pour recouvrer sa liberté d'action. Privé d'une quelconque couverture médiatique, ou même de simple mention de son existence, Asselineau développe ses arguments à travers des conférences extrêmement didactiques sur l'histoire et la signification de la construction européenne en tant que moyen d'asservir l'Europe aux Etats-Unis. Si l'on met à part sa volonté de restaurer la souveraineté de son pays, IL N'Y A RIEN D'EXTREMISTE OU MEME D'EXCENTRIQUE CHEZ M. ASSELINEAU [c'est le traducteur qui souligne] et c'est une chose significative concernant la France qu'il n'ait pu obtenir même une vingtaine des signatures de maires requises pour être candidat à la présidence, tandis que deux petits candidats trotskystes se sont qualifiés (sans parler du disciple de Lyndon LaRouche [Jacques Cheminade], ni de l'ex-trotskyste Jean-Luc Mélenchon qui dirige le Front de gauche).  En France, le trotskysme dans ses diverses formes est davantage intégré à la vie politique que la défense de la souveraineté nationale, en partie grâce aux nombreux anciens trotskystes dans les médias."

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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 12:36

 

"Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce."

Marx, "le 18 brumaire de Napoléon Bonaparte".

 

 

Donc c'est fait. Sarkozy est parti, Bayrou et Marine l'ont tuer. Il s'est tué tout seul en vérité. Quel air soulagé il arborait hier soir !

Je ne regrette pas d'avoir voté Hollande. J'ai revu Mélenchon haineux contre quelques journalistes du petit journal (émission minable mais ce n'est pas le problème). Il a choisi de traiter de pétainistes les partisans de la sortie de l'euro, je ne pouvais pas voter pour un homme qui prend ainsi l'évidence à rebrousse-poil et a préféré partir en guerre contre les banquiers, trop faciles bouc-émissaires.

Hollande a, sur le fond, en affirmant le rejet d'une Europe de l'austérité, été finalement aussi solide que Mélenchon. Il aborde une phase extraordinairement difficile avec les mains libres. Sans beaucoup de cartouches non plus.

Un bon papier du Daily Telegraph donne dix semaines à Hollande pour convaincre les marchés de la solidité de sa politique. 

L'auteur souhaite que Hollande annonce des impôts et des coupes budgétaires, à la Bayrou.

S'il prend ce chemin, Hollande engagera la France sur la voie de la Grèce : une spirale déflationniste sans fin.

L'autre voie, suggérée par Paul Krugman, est celle d'une relance monétaire européenne. Je n'y crois qu'à moitié. D'abord parce que relancer quand on a une monnaie surévaluée c'est d'abord relancer les importations. Sauf à avoir une politique industrielle dirgiste, qui oriente les investissements sur du long terme et du local, mais les politiques européennes sont incapables de cela : trop lourdes, faites pour rechercher le plus petit commun dénominateur. Ensuite parce que l'Allmeagne n'acceptera pas.

Le reste de l'article de Krugman contient deux points forts :

1. une autre réponse possible et salutaire à la crise serait la fin de l'euro (One answer — an answer that makes more sense than almost anyone in Europe is willing to admit — would be to break up the euro, Europe’s common currency.)

2. il confirme que l'euro est non pas la solution mais la cause des problèmes européens (" Europe wouldn’t be in this fix if Greece still had its drachma, Spain its peseta, Ireland its punt, and so on, because Greece and Spain would have what they now lack: a quick way to restore cost-competitiveness and boost exports, namely devaluation.")

Krugman n'a pas l'air d'indiquer que le coût économique de l'euro serait lourd : "breaking up the euro would be highly disruptive, and would also represent a huge defeat for the “European project,” the long-run effort to promote peace and democracy through closer integration." Il voit dans la fin de l'euro un coût politique, mais pour l'économie on peut imaginer beaucoup de choses derrière l'expression "highly disruptive" - pas forcément pires que les années de récession que nous a déja values l'euro.

 

Il y a donc à mon sens trois scénarios pour la présidence Hollande :

 

1 - Le clash franco-allemand et la fin de l'euro.

Pour moi c'est le meilleur scénario. Les allemands refusent la création d'eurobonds à un niveau qui permettrait une réelle relance européenne, et refusent la création monétaire multipliée par la BCE. La France rejette l'application des règles de stabilité, l'euro explose par exemple suite à une fuite des capitaux français vers l'étranger. Il faudrait cependant que France et Allemagne sachent affirmer que l'euro est rejeté pour ses défauts, et que ce n'est l'échec ni d'une amitié franco-allemande qu'il faudra relancer par d'autres moyens, ni de la paix en Europe. Cela exigera de sortir de l'automatisme euro=union européenne=paix.

 

addendum : sur la page Facebook de l'UPR, F. Asselineau signale une déclaration allemande toute fraîche :

"Pas possible de renégocier le pacte budgétaire européen

 BERLIN - Il n'est pas possible de renégocier le pacte budgétaire européen, a affirmé lundi le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel, Steffen Seibert.

Il n'est pas possible de renégocier le pacte budgétaire, qui a déjà été signé par 25 des 27 Etats membres de l'Union européenne et qui a pour but de renforcer la discipline dans la gestion des finances publiques, a dit M. Seibert lors d'une conférence de presse régulière, bien que le nouveau président français, François Hollande, veuille lui adjoindre un volet sur la croissance.
(©AFP / 07 mai 2012 12h18)"

Ca commence bien...

 

2. L'entre-deux ou la mort lente

C'est le scénario le pire, où l'on voit la zone euro s'étioler lentement à coup de plans de sauvegardes boiteux succédant à des révoltes locales sporadiques. Hollande obtient 200 milliards d'euro-obligations (rappelons que les règles dites Bâle III devraient coûter près de 400 milliards d'euros aux banques), la BCE n'augmente pas ses taux, les allemands continuent de râler mais l'euro tient. Avec une baisse de l'euro ce scénario peut "permettre" à la zone euro de tenir dix à quinze années, jusqu'à ce que nos enfants en aient assez de vivre de moins en moins bien chaque année.

 

3. La naissance d'une nation

Par on ne sait quel sursaut, les populations européennes, au lieu de coller des affiches comme celle ci-dessous, qui a fleuri récemment à Bruxelles, se mettent à se réjouir de leur commune appartenance. Les budgets européens sont multipliés par quatre ou cinq (le budget européen devient de très loin le premier budget de la zone, écrasant ce lui de l'Allemagne), la Banque Centrale européenne déclare que son objectif de change est de 1 euro pour un dollar, une politique industrielle est définie au niveau européen, des écluses européennes protégeant contre le dumping social sont arrêtées (y compris contre le dumping social intra européen)...

euroc.png

 

Il existe un quatrième scénario, suggéré par la très intéressante Megan Greene : quelques "petits pays"  quittent la zone euro, ce qui facilite l'adoption de politiques communes par les grands pays restants, qui n'ont plus à craindre de devoir subventionner des pays indisciplinés. Cela suppose cependant une rationalité des acteurs qu'on imagine mal. Cela suppose également que le projet européen tel qu'il continue d'être supporté par la gauche y compris Mélenchon, perd son apparence de solidarité inconditionnelle (certes réservée aux peuples blancs et chrétiens, parce que c'est bien connu, quand Le Pen dit qu'il préfère sa famille à son voisin et son voisin aux métèques c'est du racisme, mais quand on est censé préférer l'allemand et l'espagnol au marocain ou au tunisien c'est de l'internationalisme).

 

Il faut en tout cas bien intégrer l'idée que les replatrages de la zone euro, EFSF, 6 packs et autres sparadraps si complexes que la presse a renoncé à les évoquer, n'ont en rien amélioré la stabilité de la zone (lire governance reforms leave euros flawed structure intact).

 

 

Conclusion : La France et l'Union européenne sont à la croisée des chemins et Hollande est élu à un moment de fragilité. De mon point de vue, il aborde le moment avec une position très habile : sur le fond, il a rejeté l'idée de l'austérité, à la Mélenchon, sans pour autant aller droit à l'échec avec des propositions inacceptables (rejeter le pacte de stabilité mais de façon implicite, sans rejeter l'Union, ce qui revenait, de la part de Mélenchon, à expliquer qu'on allait laisser pisser notre chien dans la cour allemande sans se soucier de leur réaction).


C'est aux français d'indiquer clairement à Hollande jusqu'à quel point ils rejettent la spirale de l'austérité imposée : jusqu'au point d'accepter de sortir de l'euro, avec joie. En attendant, pour revenir à Barbara et Marx, c'est mon état d'esprit du jour : content d'être débarassé de l'anxiogène Sarkozy, pas jusqu'au lyrisme de Barbara cependant, et conscient que Hollande risque de n'être qu'un pâle reflet du Mitterrand de 1981, en qui tous les espoirs étaient placés. Le principal atout de Hollande étant qu'il a l'air conscient de l'écueil.

 

 


Post scriptum : Il y a d'autres enjeux que les questions européennes. J'en suis si conscient que j'ai voté Hollande aux deux tours. Sur les questions de justice, d'éducation et sur d'autres sujets, il aura, je l'espère, l'occasion d'appliquer des politiques de gauche, intelligentes et généreuses. Mais les moyens qui lui seront donnés pour cela dépendent intégralement de la capacité que nous aurons, ou pas, à sortir de l'enlisement européen.

 

 

 


 

 

 


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