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Dimanche 18 mai 2008
Pas très gai, mais force est de le constater : s'opposer à l'Europe et à tout ce qui la soutient, se raccrocher au programme du Conseil national de la Résistance et à l'économie socialisée qu'il défendait, tout cela n'est guère sexy aujourd'hui.

Il faut être moderne, européen, léger. J'aime beaucoup Zemmour, Muray et autres cyniques clairvoyants sur l'esprit du temps, je leur reproche leur pessimisme systématique et l'absence de perspective de leur discours.

De mon côté, je cherche, des pistes, du positif. Rien de bien solide pour le moment.

Mais je me console en lisant ce passage de Léo Strauss, qui n'est pas le néocon que l'on dit.

Ainsi, ces quelques lignes tirées d'une conférence de 1941, "Sur le nihilisme allemand" :

Il y décrit la montée du nihilisme en Allemagne, celui qui ouvrit la voie à Hitler. Face à ce courant, les progressistes furent désemparés, jusqu'à passer pour des conservateurs :

"En conséquence, les adversaires des jeunes nihilistes tendirent à adopter une posture défensive. Il arriva ainsi que les partisans les plus ardents du principe du progrès, un principe en lui-même agressif, furent contraints d'adopter une posture défensive ; et, dans le domaine de l'esprit, le fait d'adopter une posture défensive ressemble au fait de reconnaître sa défaite. Les idées de la civilisation moderne apparurent à la jeune génération comme de vieilles idées ; ainsi, les partisans de l'idéal du progrès se trouvèrent dans la situation inconfortable de devoir résister, à la façon de conservateurs, à ce que l'on avait appelé entre-temps la "vague du futur". Ils donnèrent l'impression d'être écrasés sous le lourd fardeau d'une tradition éculée et un peu poussiéreuse, tandis que les jeunes nihilistes, qu'aucune tradition n'entravait, avaient une liberté totale de mouvement. Et, dans les guerres de l'esprit non moins que dans les guerres réelles, la liberté d'action signifie la victoire." (in Léo Strauss, Nihilisme et politique, Rivages Poche).

Aux Etats-Unis, les néocons, en Europe les pro-européens, tous veulent rompre avec un passé encombrant, fait de pesanteurs sociales et de procédures démocratiques un peu lourdes. Je ne sais pas s'ils finiront aussi mal que leurs prédecesseurs nihilistes, devenus hitlériens, tels que les décrit Strauss en 1941, tout ce que je sais c'est qu'ils ont rompu avec des choses que nous tenions pour sacrées : aux USA, le droit international, en Europe, la souveraineté populaire. Rien de bon ne peut en sortir. S'il le faut, je serai donc conservateur.







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Dimanche 18 mai 2008
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Samedi 17 mai 2008
Malakine, sur son blog, avait bien noté la pauvreté insondable de la déclaration de principe du PS.

Il faut lire son argumentation, serrée et précise.

Je retiens du texte socialiste l'acceptation d'une défaite : plus aucun terme employé n'est susceptible de déplaire à qui que ce soit. Il faut "concilier les intérêts privés et l'intérêt général" (il fut un temps ou de toute évidence l'intérêt général devait primer).

Beaucoup de formules n'engagent à rien, comme ce magnifique élan creux : "Les socialistes affirment que certains domaines de l'activité ne peuvent relever du fonctionnement du marché quand ils concernent des droits essentiels." Ils auraient pu se creuser pour en trouver un, peut-être même deux, soyons fous. Sans doute ont-ils eu peur de tomber sous le coup de la doctrine bruxelloise de la concurrence, puisque par ailleurs le PS s'affiche comme pro-européen.

Bref, sans doute un joli coup de Hollande, qui pourra mettre cette rénovation à son crédit, le moment venu, à part cela, un coup pour rien (sans compter que ce texte n'a apparemment pas été discuté dans les sections. Le PS n'ayant pas grand chose à faire pendant quatre ans, ça aurait pu faire l'objet d'une ou deux réunions, non ?)


Le texte complet
, sur le site du Monde.









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Samedi 17 mai 2008
Internet permet la publication rapide et sans vérification de tout et n'importe quoi. Ca peut donner le SMS de Sarko à Cécilia, ça peut aussi donner un mini scoop fort bien vu.

Parmi les blogs que je parcours régulièrement figure Ruines circulaires, le blog d'un lecteur intensif (pseudo : Tlön), talentueux et cultivé. Il raconte comment il a identifié, presque par hasard, un pseudonyme de Clément Rosset, inconnu du public.

De Clément Rosset, j'ai lu La philosophie tragique, Le réel et son double et l'Anti-nature. Trois livres fort intéressants, clairement écrits, d'un professeur de philosophie niçois. Je dis ça non pas (complètement) pour faire le malin mais pour expliquer l'intérêt des découvertes de Tlön.

En parcourant sa bibliothèque, donc, Tlön a découvert des ressemblances entre une préface d'un certain Didier Raymond et quelques lignes de Clément Rosset. Il appert que Didier Raymond a tout l'air d'être un pseudonyme de Clément Rosset.

Les amateurs dudit Clément seront donc ravis d'apprendre qu'ils vont pouvoir lire un livre, probablement de Clément Rosset, signé Didier Raymond, consacré à Mozart (Mozart, folie de l'allégresse). Un commentateur sagace s'interroge cependant sur le cas Raymond, qui pourrait être un journaliste proche de Rosset.

Affaire non close donc, mais petit coup de chapeau à M. Tlön.


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Vendredi 16 mai 2008
Joie, joie !

Malgré la profondeur abyssale de mon classement wikio (si Monsieur Wikio passe par là j'aimerais bien être classé en Politique, merci d'avance), des statistiques de fréquentation pas déshonorantes mais pas flamboyantes non plus, une autorité Technorati à peine avouable
, bref, malgré l'aspect "pour vivre heureux vivons caché" de ce blog discret, j'ai été repéré par des cartographeurs de blogs influents.

Certes il y avait déjà eu quelques citations provenant de e-toile
, qui faisaient exception à la règle, non écrite mais parfaitement respectée, qui veut qu'un blog ouiste bien pensant ne renvoie jamais à un blog noniste. Mais sait-on jamais, on peut être lu par des lecteurs silencieux et discrets, qui jamais ne laisseront une trace (pas comme certain qui veille à laisser sa grosse commission quotidienne en commentaire).

Donc hier un visiteur est passé sur ce blog, à partir d'un lien intrigant :




L'adresse n'est accessible que sur mot de passe. Sur la partie publique du site Weetrack, on lit que "WeeTrack suit en temps réel les sources les plus influentes du web : médias, blogs, forums".

Me voici donc enfin dans le saint des saints de la blogosphère : le cercle sacré des influençeurs ? Weetrak aurait inclus ce blog dans une cartographie des "influents".

Peut-être est-ce pour le compte d'un fabricant de boissons anisées, soucieux de suivre mes avis réputés sur les boissons
les plus diverses ? Qui d'autre ?

Une recherche rapide permet d'apprendre qu'Opinion Way, ce respectable - hum - institut de sondages online est derrière Weetrack. Me voilà bientôt dans le Figaro à l'appui du dixième sondage consécutif expliquant combien les français sont heureux de Nicolas Sarkozy ?

Une autre recherche m'indique également que Weetrack est utilisé par une cellule de veille qui travaille pour le gouvernement :

Watch veille pour le gouvernement

Watch, le département de veille conseil de TBWA Corporate consacré aux phénomènes d'opinion et d'influence, a remporté l'appel d'offres (12 dossiers en lice) du Service d'information du gouvernement (SIG) portant sur la veille de l'action gouvernementale dans les médias en ligne. [...]

Tableau de bord en continu

Watch utilise le moteur de veille Weetrack développé par l'institut d'études Opinion Way. « Nos consultants analysent manuellement 300 retombées presse par jour, la tonalité de l'opinion et les tendances émergentes », précise Nicolas Narcisse. Pour l'occasion, Watch a créé l'indice d'intensité médiatique en ligne, qui croise la nature éditoriale des articles (dépêches, articles, édito) avec l'audience du site et la taille de l'article. Toutes les données sont mises en ligne sur une plate-forme, ce qui permet au client de disposer d'un tableau de bord en continu. Concernant les études d'image par les médias hors ligne (presse, audiovisuel), Danielle Carassik précise qu'un appel d'offres a été lancé par le SIG et est ouvert jusqu'au 4 décembre.



Hum... Ma joie s'assombrit. Me voici surveillé ? par le gouvernement ? Je vous laisse, j'entends frapper...



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Vendredi 16 mai 2008
C'est un fait connu et bien établi : l'Europe travaille au bien de l'humanité et vaut donc que pour elle la jeunesse se mette à chanter (lire chez MC des commentaires plus virulents que les miens sur la vidéo assez hallucinante de jeunes fédéralistes).

C'est-à-dire que pour nous les européens, l'Europe c'est Erasmus, la paix éternelle et la poignée de main Mitterrand-Kohl.

Vu de l'extérieur c'est autre chose. Par exemple dans les années 70, l'Europe avait monté des politiques intelligentes qui permettaient le développement de pays extérieurs. Par exemple, au terme de ces accords dits ACP, les producteurs de coton africains se voyaient accorder des tarifs préférentiels pour exporter vers l'Europe, sans que des concessions similaires ne leur soient demandées.

Pour faire vite, bientôt ce sera fini. L'Union européenne ayant décidé de se plier aux règles de l'OMC, les pays pauvres qui voudront exporter vers l'Europe devront réciproquement accepter un libre-échange intégral. On leur accordera bien quelques subventions pour calmer le jeu, mais pas grand chose à voir avec les accords précédents. Il leur faudra donc, en échange de leur sucre, accepter les betteraves, les assurances, les poulets et tous les bien et services produits dans la douce Union. Pour ceux qui veulent aller plus loin sur ce sujet, le site d'Oxfam offre une synthèse plus précise et détaillée.

Le prétexte de ce billet c'est que je suis tombé sur une information qui illustre parfaitement le processus. On y voit des producteurs fidjiens de sucre fêter amèrement leur dernier grand contrat avec l'Europe (pour mémoire, Fiji c'est 5500 dollars par an de PIB par tête, contre 33000 pour la France. On est bien dans un pays pauvre, même s'il y a pire) :

"Un accord d'un milliard de dollars fidjiens

La Société sucrière fidjienne (Fiji Sugar Corporation) a décroché ce contrat de près de 70 milliards de F cfp dans le cadre d'un accès préférentiel du sucre fidjien en Europe.

Les îles Fidji ont été autorisées à exporter 300 000 tonnes de sucre brut par an pendant 7 ans en Europe. Les exportations se feront via l'acheteur du marché européen Tate & Lyle, qui compte les plus grandes installations de raffinage de sucre en Europe et qui est l'un des leaders mondiaux sur les marchés du sucre.

Selon le Fiji Times, ce contrat entre dans le cadre des Accords de partenariats économiques entre l'Union européenne et les pays membres du groupe ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) et en fonction de la réforme du régime sucrier européen adoptée par les ministres de l'agriculture de l'Union européenne en février 2006.

Plusieurs pays ACP sont hostiles à ce plan de réforme du sucre de l'Union européenne et qui rendra obsolète à partir d'octobre prochain le Protocole-Sucre signé en 1975 et qui permettait aux exportateurs ACP d'obtenir un prix garanti.
"
Radio Australia (en français, apparemment la radio australienne maîtrise mieux cette langue que la Commission ...hum... européenne, ou que la Banque centrale.. hum... européenne)


Donc l'Europe ne sert en rien à adapter les règles du commerce international pour plus de justice. Elle sert à coopérer avec les USA pour affaiblir un peu plus les pays pauvres (pour citer Oxfam, encore : Le cycle de négociations commerciales de l’OMC – dit cycle de Doha pour le développement – est dans l’impasse, mais les pays les plus pauvres restent soumis à une pression visant à leur faire ouvrir leurs marchés, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Ces négociations avaient pour objectif affiché de rendre le commerce plus juste ; elles ont été bloquées par les Etats-Unis et l’UE qui ne souhaitaient pas corriger les règles biaisées et le système de deux poids deux mesures dont ils bénéficient.)

Donc l'Europe grâce à laquelle unis-nous-serons-plus-forts sert à être plus forts face aux pays pauvres ? Le savent-ils ces jeunes qui se trémoussent à l'idée d'une Europe fédérale ?

Pour le coup, l'argument imparable des pro-europe ne peut pas jouer : ce ne sont pas les gouvernements qui sont responsables de cette politique de fermeture. La politique commerciale est l'un des domaines qui sont maintenant à peu près complètement communautarisés, c'est-à-dire tombés sous la loi du marché la plus brutale (je ne vois pas bien d'ailleurs comment un Emmanuel Todd peut imaginer que les mêmes institutions pourraient demain servir à imposer une préférence comunautaire).


Mais comme cela se passe loin d'ici, les jeunes inconscients peuvent se trémousser encore un peu. Jusqu'à ce que leurs yeux s'ouvrent...









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Jeudi 15 mai 2008
Avant de partir en vacances, j'avais comparé l'expression carrée et directe d'un site internet (bakchich) au style contourné du Monde, au sujet des réformes hospitalières.

A mon sens si les journalistes étaient un peu plus engagés, assumant un point de vue partial mais informé, nous ne nous en porterions que mieux.

Il faut voir avec quelle véhémence Claude Askolovitch s'est défendu de toute partialité, chez Eric Mainville, à propos de son traitement de Besancenot dans le Nouvel Obs. Il aurait mieux fait d'assumer une partialité après tout compréhensible de la part d'un journaliste de l'Obs au regard du porte parole de la LCR.

Idem quand une journaliste du Monde se sent obligée d'écrire que Sarkozy est aussi libéral qu'interventionniste, lors qu'il est surtout un cheval libéral pour une alouette dirigiste.

Ce goût du neutre dont crève doucement la presse se traduit par un traitement parfois étrange de l'information.

Ainsi d'une info abracadabrantesque reléguée en pages intérieures du Monde d'hier, sans appel de une, même pas en haut de page, misérable :
"Les Hospices civils de Lyon, premier employeur de la ville, sont en faillite." (un aimable commentateur précise qu'un CHU ne peut être en faillite, c'est sans doute vrai. Il n'empêche qu'être en déficit avant la moitié de l'année ne doit pas faciliter la gestion sereine des affaires. D'autres se félicitent qu'enfin l'attention des lecteurs soit attirée sur la situation de l'hôpital public. C'est encore bien discret à mon goût...)

Il faut lire l'article pour comprendre qu'il y a peut être un lien vague et lointain avec des réformes libérales de l'hôpital : "Lyon n'est pas un cas isolé : seuls deux des 31 centres hospitaliers universitaires de France, Limoges et Poitiers, ne sont pas déficitaires. Entre 2005 et 2007, le déficit global des CHU français est passé de 24 millions à 367 millions d'euros. Cette crise s'explique notamment par l'évolution du mode de financement : depuis 2004, les CHU ne reçoivent plus de dotation globale de l'Etat, mais sont passés à une tarification par activité."

Pour moi, "le déficit global des CHU français est passé de 24 millions à 367 millions d'euros", ça aurait pu faire un beau titre de Une, avec une suite sur les ravages de la tarification à l'acte dans les hôpitaux publics sur fond de croissance des cliniques privées. Ravages qui permettront ensuite de justifier plus de privatisations (cf. aussi ce très beau billet sur les moyens statistiques d'arriver à la conclusion que le public est inefficace).

Mais non. A la place on a l'eau tiède habituelle, avec ce superbe et très administratif "cette crise s'explique notamment...", qui permet de ne mouiller personne et de préserver l'avenir.
 

Ben voilà. Il y a des jours où la lecture des infos me met dans la même humeur que CSP, où je n'ai pas envie de pondération soft (qu'il me pardonne, j'espère, cet extrait un peu long, ça en vaut la peine et ça n'empêche pas d'aller lire le reste) :

"Et croiser quelqu'un que je connais très bien, qui est très proche, et la voir en train de faire les restes d'un marché pour quelques légumes et qui devient rouge et baisse les yeux quand elle s'aperçoit que je suis suis là ...
Non, ça ne me fait toujours pas rire, non. Désolé.

Alors je rentre chez moi, j'allume l'ordinateur et je regarde la presse en ligne. Et je lis des trucs comme ça :

"pour faire pression sur les prix, la meilleure manière est de libérer la concurrence"

Ou plus loin :

"L'économie française, qui accuse un chômage encore élevé et des déficits lourds, avait besoin d'une clarification. Les réformes manquaient de cohérence. Un an après, elles en gagnent."

Et je n'arrive toujours pas à prendre les choses à la légère.
"



Ben moi non plus.















 
 
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Mardi 13 mai 2008
Il y a de cela quelque temps, je déjeune avec un ami, membre de l'un des grands corps que la planète nous envie. Petit tour d'horizon, tout va bien.

Il me parle d'un futur think tank qui va enfin remplir le vide d'idées à gauche, avec un million d'euros de capital et une pléiade d'experts pour refaire le monde en grand. L'objet sera d'arroser en idées et notes toute la gauche, de la LCR au Modem. Il me propose d'en être.

Par honnêteté, bravacherie, amusement, je lui indique que oui, bien sûr, ça m'intéresse. Il y a juste un petit problème, je suis devenu totalement opposé à la construction européenne.

Ah...

Bon, c'est dommage m'explique-t-il, ça va pas l'faire.

Je retiens qu'il s'agira donc d'arroser large mais à partir d'un petit tuyau...

Aujourd'hui je comprends que j'étais à deux doigts de faire partie des "experts progressistes à haut potentiel, issus du monde de l’entreprise, de la fonction publique, de la recherche ou des milieux associatifs, et spécialistes des politiques publiques"... Caramba...

Le truc en question s'appelle donc Terra Nova, la fondation progressiste.

Il y a
un site internet, pour tous les détails.

A priori, à voir les équipes, ça sent le truc qui va ronronner grave. Non pas que la fondation n'accueille pas des individualités fort respectables, mais ça sent tellement l'élite parisienne qu'on voit mal ce qui peut sortir de cela.

Le premier groupe, qui réfléchira sur des primaires à la française, sera animé par un communicant, avec des vedettes comme Olivier Duhamel et Stéphane Rozès.

On peut peut-être attendre plus des notes courtes, non signées, rédigées par les experts. Par exemple l'intéressante note sur les jeux d'argent. Pas du tout d'accord avec l'argument de l'innocence européenne dans l'ouverture des jeux à la concurrence qui se prépare en France (même si l'Europe n'était qu'un prétexte à la libéralisation forcenée de toute activité, il faudrait, pour cette raison seule, cesser d'y participer.), mais la note est factuelle et argumentée.

Bon, beaucoup de prétention dans cette fondation qui se veut définitive (La Fondation, comme si
la Forge, Copernic, Res Publica ou même le tiède Telos n'existaient pas).

D'un simple point de vue technique, un peu de modestie s'impose pourtant.

Ainsi, quand on cherche le site de la fondation, il est tout sauf bien référencé et l'on fait des rencontres étranges :


ou encore :




Par ailleurs, pour une fondation au capital de 1 million d'euros, ils auraient pu s'offrir un flux RSS dans leur site, on peut en avoir pour pas cher en ce moment...

Cette maîtrise relative d'internet doit s'expliquer par le fait que le seul et unique mécène recensé pour le moment est le très progressiste groupe ... Microsoft.

(à lire aussi, le billet consacré à ce navire amiral de la pensée progressiste chez MC, chez Radical Chic (qui a défendu Ségo bec et ongles pendant la présidentielle mais a dû manger du topset depuis), ou chez Intox 2007).

Bon. Rien n'interdit de penser que quelque chose de bien sortira de cela, mais ça ne paraît pas très bien engagé...




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Mardi 13 mai 2008
Reçu en commentaire, un appel à signer pour la défense des retraites.

Ca me va, je le recopie in extenso ci-dessous :


"Auteur : France Coordination 2008

A l'attention de : Syndicats de salariés du secteur public et privé

Nous salariés du public et du privé, demandons que soit en préalable régularisées ces importantes questions, avant toute nouvelle réforme équitable des retraites.


1/ Sur les recettes exonérées, visées par la Cour des Comptes :

- La taxation immédiate des stock-options, qui, selon les termes du dernier rapport constituent "bien un revenu lié au travail, donc normalement taxable", qui ont ainsi entraîné une "perte de recette aux alentours de 3 milliards d'euros" ( année 2005).
Ce rapport de la Cour des Comptes précise que : les 100 premiers bénéficiaires devaient toucher chacun une plus-value de plus de 500.000 euros et les 50 premiers de plus de 10 millions d'euros.


2/ Sur les dettes de l"Etat :

- Apurement de ses dettes, supérieures à 10 milliards d'euros, qu'il a cumulées à l'égard de la "Sécu" en ne compensant pas systématiquement les exonérations de charges (rapport Cour des Comptes).


3/ Sur les recettes de privatisations :

- Transfert des sommes non versées depuis 2002 vers le fond de réserve des retraites, comme la loi le prévoyait.

A savoir que ce fond était abondé à hauteur de 30 milliards d'euros en 2002. Il aurait dù étre à hauteur de 300 milliards en 2007, or 3% seulement des recettes de privatisations effectuées depuis ont alimenté ce fond de réserve.


4/ Sur les gains de la VAB, détournées des bénéfices du travail, vers les profits :

- 8,4 points de valeur ajoutée depuis 25 ans (référence INSEE), représentant pour la seule année 2006, 134 milliards d'euro, au détriment des bénéfices du travail.


Nous demandons avec force et en préalable également, pour des raisons de simple justice et d'égalité des citoyens devant la loi, de morale républicaine, que le régime spécial de retraite des parlementaires soit réformé, pour l'aligner sur les critères que ces derniers décident, votent et font appliquer aux autres régimes de retraites des citoyens.

A savoir :

1/ passage à 40 années de cotisations au lieu de 37,5 années pour les parlementaires.

2/ abandon du scandaleux privilége de la double cotisation qui ne se justifie en aucun cas, permettant aux parlementaires de bénéficier d'une retraite à taux plein au bout de 22,5 années seulement de cotisations.

Nous appellons pour toutes ces raisons, les organisations syndicales du public et du privé, à s'emparer avec force et résolution de ces questions, pour les faire valoir au nom des salariés.

-----------
SVP faites tourner et signer cet appel de simple justice sociale et républicaine avec son lien internet.


Lien vers le texte : http://www.ohfr-redir.com/1434

Pour faire un lien vers cette pétition, cliquez-ici "


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Mardi 13 mai 2008
Dans un silence médiatique remarquable, les départements riches de la Bolivie sont en train de faire sécession (probablement bientôt sous les bravos de Robert Ménard).

Lisez à ce sujet un très bon billet chez Jean Lévy.

Ca commence comme ça :

Le 18 décembre 2005, Evo Morales est élu président de la Bolivie. Il est le premier indien, peuple pourtant majoritaire dans ce pays de 10 millions d'habitants, a accéder à un poste de responsabilité.
Fidèle à son programme, celui du MAS (Mouvement vers le Socialisme), il décrète, le 1er mai 2007, la nationalisation des hydrocarbures : l'Etat devient majoritaire dans ces sociétés, jusqu'à là propriété de multinationales. Celles-ci conservent une part minoritaire du capital, mais perdent le droit de contrôle sur la gestion de ces industries.
Sur le plan agraire, le gouvernement décide une redistribution des terres au profit des paysans indiens, jusque là privés du droit de propriété du sol. Or, dans les plaines et les plateaux de l'Est de la Bolivie, la terre cultivable est le bien de quelques familles blanches ou créoles. C'est ainsi, que dans les seuls départements de Beni et de Santa Cruz, 312 966 ha appartiennent à seulement seize familles, qui les ont accaparés, entre 1953 1992, grâce aux dictatures militaires. La famille Monastenos Nieves détient plus de 36104 ha; une autre, 54198 ha; une troisième, 24934 !

La suite
, chez Jean...


Voir aussi le site de
Latin Reporters, moins engagé mais qui a l'air relativement objectif.


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Dimanche 11 mai 2008
Monsieur Jean-Pierre Elkabbach a le regret d'annoncer le décès de Pascal Sevran, des suites d'une trop longue maladie.





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Dimanche 11 mai 2008
Le courage n'est pas le point, mais la tenue du point. Ce qui demande du courage est de se tenir dans une durée différente de la durée imposée par la loi du monde. La matière première du courage, c'est le temps [...] lorsqu'on reçoit un coup global, le courage qui y répond est local. C'est en un point que vous allez reconstruire la possibilité de vivre sans perdre votre âme dans les effets dépressifs du coup reçu. Ce qui nous conduit à une autre définition du courage, ou plutôt du sens de son action : le courage oriente localement dans la désorientation globale.


in Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?


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Samedi 10 mai 2008
Une brève pour signaler un article du Financial Times hier. Il résume les conclusions de deux économistes solides, Barry Eichengreen (Berkeley) et Andrea Boltho (Oxford) sur l'impact économique de l'Union européenne : très faible selon les auteurs. Pour certains pays, comme pour l'Italie, l'Europe a même pu avoir un impact négatif. Sans l'Europe, le PIB des pays membres aurait été inférieur de 5% à ce qu'il est avec le grand carcan. Guère plus que la marge d'erreur dans ce genre d'études à mon humble avis. En tout cas pas le prix à payer pour la perte de la démocratie.

Voilà qui rejoint les conclusions d'un test imparable élaboré par mes soins personnels : demander à un partisan de l'Europe qu'est que ce bazar a apporté de si indispensable... Grand silence garanti, juste après un bref "la paix ?" interrogatif.

A lire sur le site du Financial Times, l'article complet sur le site du CEPR.




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Vendredi 9 mai 2008
L'Archevêque de Paris m'écrit il y a deux jours pour m'inviter à financer la restauration du Collège des Bernardins. Il me propose de financer "à moi tout seul 1 m² de restauration complète du Collège des Bernardins, aménagement et équipement compris, par un don de 9 900 €". Et à ce prix-là même pas un radio-réveil.

Il y a quand même un cadeau promis, non pas une indulgence papale (on me signale qu'elles ont été retirées du marché il y a déjà quelques siècles), mais une bien terrestre, puisque "66% de vos dons sont déductibles de votre impôt sur le revenu". Grâce au sarkozysme et à la loi TEPA, on me promet même, si je suis assujetti à l'ISF (raté !), de pouvoir le réduire de 75%, car il s'agit d'une Fondation reconnue d'utilité publique.

Là, je commence à tousser. De fait, j'ai déjà payé, en tant que contribuable parisien, pour le Collège des Bernardins, puisque si je me souviens bien, il a été vendu dans les derniers jours de l'ère Tibéri à un prix jugé à l'époque fort amical.

Et puis je me souviens d'être passé, il y a peu, devant un bâtiment reconverti. C'était un orphelinat, un grand bâtiment en briques du XIXème, qui portait encore le nom de son fondateur, un industriel du coin. Sur l'entrée, il y a une plaque "Direction Départementale de l'Assistance Sanitaire et Sociale". L'Etat a repris à son compte une initiative charitable et privée.

Nous vivons aujourd'hui le mouvement inverse. L'Etat se décharge sur des fondations et autres trucs créatifs pour faire le bien à sa place. Plus d'intérêt commun, à chacun sa fondation.

Ma curiosité naturelle m'a incité à rechercher la liste des Fondations reconnues d'utilité publique, grâce auxquelles on peut effacer jusqu'à 75% de son ISF. Elle est sur le site du Ministère de l'Intérieur (ici).

C'est émouvant comme liste.

Il y a une fondation dont le but est de "Recevoir des personnes des deux sexes, âgées, valides et lucides non atteintes de maladies contagieuses." Des vieux propres quoi. Les vieux sales iront à la DDASS justement, financée par les 25% d'impôts qui n'auront pas réussi à fuir l'ISF.

La liste est longue des fondations, plein de peintres (Carzou, Rouault...)

Une autre bonne cause : la fondation Wendel. Celle-là est extraordinaire. Il s'agit "d'acquérir la propriété de fonds d'archives historiques de la famille, de la Maison et du Groupe "de WENDEL", de promouvoir son complètement et de veiller à son entretien et sa conservation dans le futur". Les membres de la famille Wendel (Ernest-Antoine au premier chef), vont pouvoir réduire leur ISF en donnant à une fondation qui va leur racheter à eux-mêmes leurs vieux papiers, le dentier du grand-père et des moules à canon conservés. Formidable. Tellement moderne. Les riches se font payer par l'Etat pour ériger un truc à leur gloire.

Sans commentaire. Il y a encore trop de profs.





(J'oubliais : c'est la Journée de l'Europe. Rien à foutre. Elle a aussi sa Fondation.)



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Jeudi 8 mai 2008
Quand j'étais enfant, Issanka c'était la fête. La fête annuelle du Parti communiste de l'Hérault. L'occasion de passer deux jours à déambuler avec mon frère, pendant que les parents refaisaient le monde, entre les stands, quelques pièces en poche. C'était un grand espace ombragé, où, au milieu, coulait une rivière - authentique.

Sous le chapiteau des livres, j'ai descendu quelques piles de Mafalda, de Adèle Blanc Sec et autres BD jugées propres à éveiller les esprits critiques. Il y avait des réfugiés chiliens qu'on acclamait, des groupes de femmes algériennes qui venaient chanter, sous la pluie.

Mes parents étaient communistes. Je ne sais pas bien quand ça leur a passé. Peut-être qu'en 81 ils étaient finalement contents de l'élection de Mitterrand, alors que les cadres du parti étaient plutôt indifférents voire hostiles. Peut-être que de rouler en Lada fatigue, à la longue.

Mais, pour répondre à Gilles Questiaux, qui s'interrogeait il y a quelques jours sur des expressions supposément teintées d'anticommunisme employées ici : non, pas moi.

Quand je parle de Libé qui se transforme en Pravda pro-Ségolène, personne ne peut penser que la Pravda n'était pas avant tout un journal conforme à la ligne du parti. Et si je raille le centralisme démocratique c'est plus par méconnaissance de ce que cela était réellement.

Je n'ai jamais accroché à l'idée communiste. Je suis à l'inverse de Badiou : il prône le communisme et se raccroche, un peu par résignation, à l'exigence démocratique. Pour moi le communisme est une belle idée dont l'échec a été trop patent pour que l'on tente de le ressusciter. La démocratie reste un idéal valable, au contraire.

Pour cela, je suis toujours amusé et content quand des lecteurs communistes laissent des commentaires sympathiques ici. Je ne suis pas membre de la famille mais je me sens cousin. Pas envie du tout d'être membre - j'ai de toute façon le membership difficile, je suis assez individualiste -, mais content de recevoir un amical coucou.

Voilà, pour répondre à Gilles. En toute camaraderie.


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Mercredi 7 mai 2008
Le Pen réitère son opinion idiote selon laquelle les chambres à gaz ne sont qu'un détail de l'histoire.

C'est idiot au sens propre : les chambres à gaz sont une partie de l'ensemble que constitue la deuxième guerre mondiale, et en même temps ce sont les chambres à gaz, prises comme symbole de la déportation et de la destruction de plusieurs millions de juifs, qui constituent l'horrible originalité du nazisme.

Bref, Le Pen joue avec les mots, toujours les mêmes, pauvrement. Mais c'est moins Le Pen qui m'intéresse dans ce nième dérapage, que le terrain sur lequel ce dérapage est intervenu.

C'est en effet le magazine "Bretons" qui interrogeait Le Pen. Ce magazine s'intéresse à la bretonnitude et aux bretons, en parfaite symbiose avec l'approche ethnique de la société défendue par Bruxelles (cf. ici sur l'aspect politique, et là sur les aspects statistiques).

Et voilà qui conduit à mettre Le Pen en une car il est aussi breton avant que d'être d'extrême-droite :


Dans le numéro 2, c'était Patrick Le Lay, breton avant d'être vendeur de temps de cerveau disponible (puis PPDA, Michel Edouard Leclerc...) Le même numéro 2 comprenait une enquête sur "les bretons de Paris", avec une question : "combien de bretons à Paris ?"

Bon, le grand jeu moderne est de rechercher partout le ventre fécond d'où est sorti la bête immonde. Pas de chez Bretons Mag tout de même, qui a aussi mis en une Kofi Yamgnane, interroge chaque mois des étrangers sur leur vision de la Bretagne (Sergi Lopez, Annie Cordy...)

Mais ce régionalisme sur papier glacé ne me séduit pas. Pour tout dire, un futur fait de communautés ethno-identitaires mêlant marketing et culturalisme de pacotille (voir les articles sur "les dingues du kilt" ou "le beurre salé"), tout ça sous la houlette bienveillante de Bruxelles m'effraie.

Voilà pourquoi ce n'est pas tant le dérapage de Le Pen qui m'étonne que le lieu où il s'est produit qui m'intéresse...




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Mardi 6 mai 2008

Attiré par la polémique comme un Sarkozy par la mairie de Neuilly, je me suis lancé dans la lecture de cet ouvrage à succès. Avec pas mal d'intérêt.


Une critique juste sur l'état de la politique française


Le plus convaincant dans la description de l'état des lieux de la politique française, tel que dressé par Badiou, est la confrontation dissymétrique entre droite et gauche dites de gouvernement. Pour lui, la droite joue des peurs sociales pour prôner des politiques dures, qui semble permettre au peuple de croire qu'il va pouvoir conserver quelques positions, à condition d'obéir à ses maîtres. Cette politique de la peur globale est bien analysée, y compris dans l'instrumentalisation électorale de la lutte contre les "états voyous" initiée par Bush. Pour Badiou, dans sa forme française cette politique de la peur a pour nom pétainisme : le Travail, Famille, Patrie, comme protection illusoire contre un extérieur menaçant.


Là où la position est dissymétrique entre droite et gauche, c'est que la gauche, loin de proposer des solutions alternatives à celles de la droite, ne fait appel qu'à une  "peur de la peur", une peur de la droite qui ne dit rien de ce que peut, positivement, apporter la gauche. C'est bien dit, mais finalement le PS (ou du moins ses publicitaires) avait formulé et avoué cette stratégie, dès 1986, avec le slogan "au secours la droite revient". Le problème du PS est qu'il n'en a pas changé depuis et n'a pas su susciter de projet. La droite non plus d'ailleurs, si bien que le constat de Badiou d'un débat politique nul, qu'il fait pour la politique internationale, peut être généralisé :


"Pour les deux camps électoraux, en vérité, le monde n'existe pas. Sur des questions comme la Palestine, l'Iran, l'Afghanistan, (où des troupes françaises sont engagées), le Liban (où il en va de même), l'Afrique, où nos gesticulations militaires fourmillent, il y a consensus total, et du reste, nul n'envisage d'ouvrir sur ces questions de guerre ou de paix la moindre discussion publique."


Un programme plus théorique que concret


La critique de la gauche est aisée, là où j'attendais Badiou c'est sur ses propositions. J'ai été un peu déçu, car elles sont finalement très théoriques, sauf sur un point. Je commence par reprendre ses huit propositions, telles quelles :


Point 1 : Assumer que tous les ouvriers qui travaillent ici sont d'ici, doivent être considérés égalitairement, honorés comme tels, et singulièrement les ouvriers de provenance étrangère.


Point 2 : L'art comme création, quelles que soient son époque et sa nationalité, est supérieur à la culture comme consommation, si contemporaine soit-elle.


Point 3 : La science, qui est intrinsèquement gratuite, l'emporte absolument sur la technique, même et surtout profitable.


Point 4 : L'amour doit être réinventé (point dit "de Rimbaud"), mais aussi tout simplement défendu.


Point 5 : Tout malade qui demande à un médecin d'être soigné doit être, par celui-ci, examiné et soigné le mieux possible, dans les conditions contemporaines de la médecine telles que ce médecin les connaît, et ce sans aucune condition d'âge, de nationalité, de "culture", de statut administratif ou de ressources financières (c'est le point d'Hippocrate).


Point 6 : Tout processus qui est fondé à se présenter comme le fragment d'une politique d'émancipation doit être tenu pour supérieur à toute nécessité de gestion.


Point 7 :   Un journal qui appartient à de riches managers n'a pas à être lu par quelqu'un qui n'est ni manager ni riche.


Point 8 : Il y a un seul monde.


Son point le plus fort à mon sens, est le dernier. Il lui consacre d'ailleurs un chapitre entier. Il est simple, compréhensible et de portée immense et immédiate :


"Face aux deux mondes artificiels et meurtriers dont "Occident", ce mot maudit, nomme la disjonction, il faut affirmer dès le début, comme un axiome, comme un principe, l'existence d'un seul monde. Il faut dire cette phrase très simple : "Il y a un seul monde".


C'est une invite à ne voir partout que des humains, là où notre pratique quotidienne nous pousse à discriminer entre avec ou sans-papiers, fanatiques et raisonnables, riches (dynamiques) et pauvres (obtus) etc... Il y a quelque chose de chrétien dans ce point, et de pas forcément gauchiste. Je le rapproche d'une phrase de Lévi-Strauss, plutôt classé à droite : "le barbare c'est celui qui croit à la barbarie".


Sur son point 1, je ne suis pas convaincu que le sort des étrangers puisse être l'alpha et l'oméga d'une politique sociale.  Mais, si l'on prend la situation de l'étranger comme métaphore de celle du plus faible, on peut retrouver en cette formulation un argument presque rawlsien : une politique n'est juste que si elle sert aussi à améliorer le sort du plus faible. Pour autant, cet usage métaphorique de l'étranger conduit à refuser ce que la politique peut avoir de territorial, de jeu d'une loi arbitraire étendue sur un espace lui-aussi arbitraire. Badiou écrit tout à la fois, ce à quoi je souscris : "Une loi ne fixe pas une condition pour appartenir au monde. Elle est simplement une règle provisoire qui existe dans une région du monde unique. Et on ne demande pas d'aimer une loi. Seulement de lui obéir." Et en même temps  il fustige les "misérables campagnes "civilisées" contre les coutumes des gens qui arrivent", comme si les étrangers, de par un statut "d'intouchables", pouvaient emmener avec eux leurs lois propres. Le principe d'unité du monde me semble quelque peu contredit, paradoxalement, par ce statut privilégié de l'étranger.


Son point 2 est plus banal, même s'il est justifié, et soutenu par une argumentation fort peu philosophique : "...rien n'atteste plus le désir réactionnaire contemporain que de s'extasier [...] sur les œuvres d'un cuistre du XVIIe siècle, retrouvées sous une bienheureuse poussière dans la bibliothèque de Montpellier et interprétées à grand renfort d'aigres "instruments d'origine", alors qu'on méprise et qu'on s'abstient de faire entendre les plus grands chefs d'œuvre du XXe siècle". Là, on est plus dans les goûts et les couleurs que dans le débat politique. Je ne suis pas sûr que René Koering ou William Christie puissent être rangés à côté de TF1 dans la catégorie des réactionnaires.


Même chose pour son point 3, que l'on ne peut qu'approuver.


Son point sur l'amour est intéressant : l'amour comme réalité d'un être dual, d'un être à deux, qui ouvre les yeux sur la limitation que représente le seul individu. Mais la portée politique de ce constat n'est pas évidente, et sans doute pas aussi tranchée que le très sec, un peu morbide, voire puritain : "l'amour enseigne en effet que l'individu comme tel n'est que vacuité et insignifiance..."


Le point 5 est un évident rappel à lutter contre les tentatives actuelles de privatisation de la médecine publique (via la tarification à l'acte et autres bureaucratisations insanes de la pratique médicale).


J'aime bien son point 6, qui clôt le débat sur les sempiternelles réformes auxquelles nous sommes conviés sans jamais qu'elles ne satisfassent quiconque puisqu'elles n'ont aucune visée émancipatrice, mais n'émanent que d'une volonté de gagner encore un peu plus. Il écrit par exemple, sur la notion de modèle "l'avantage [...] de cette théorie du modèle [...] c'est qu'il s'agit d'une reconfiguration passive, qui n'en appelle nullement à l'énergie de ses acteurs. C'est bien tout le rôle des constantes invocations, par nos nouveaux réactionnaires, des remarquables mérites des universités et de l'économie sous Bush, des magnifiques réformes de Blair, voire de l'abnégation des ouvriers chinois qui travaillent douze heures par jour pour presque rien."


Le point 7 est exact au fond, puisqu'il refuse que la quasi-totalité des médias soient aux mains de groupes privés. Mais dit comme cela, c'est sacrifier au goût de la formule de façon gênante. Pourquoi faudrait-il limiter les journaux financiers aux financiers et les journaux religieux aux religieux ?


Le point 8 est donc finalement sans doute le plus important, et pas spécialement de gauche. Voilà le constat étonnant que je suis amené à faire sur Badiou à travers cet ouvrage.


Conclusion partielle


Je n'exclus pas d'avoir laissé échapper l'essentiel du message. Certaines phrases sont pour moi absconses. Spécialement sur le communisme. Dans toute la partie