L'autre avec Diego Melchior, qui avait rédigé un billet assez sidérant sur (en gros) "la nation, une erreur historique" (billet au passage chaudement recommandé par Dominique Reynié, l'homme pour qui nonisme = nazisme). J'ai un peu discuté avec Diego, fort civil, auquel j'ai essayé de faire valoir que c'était bien de projeter l'Europe pour tous, mais que la Nation avait pour elle quelques références. Il m'a renvoyé à 11 lignes (dans wikipedia, sur l'état "post-moderne") qui sont censées justifier l'angélisme des Reynié, Negri et autres Quatremer, pour lesquels le plus simple face au chahut des Nations est de supprimer les nations. Ca me fait irrésistiblement penser au Didi de Tintin, qui voulait lui couper la tête pour l'aider à trouver la voie. Au passage, on apprend comme de bien entendu que le modèle pour l'Europe est bien l'Empire (austro-hongrois pour Melchior, qui reconnait que le multiculturalisme local était assis sur un autoritarisme certain).
Un polar longuet, sur fond de franc-maçonnerie. Un journaliste ayant enquêté sur la franc-maçonnerie et un maçon sous pseudonyme ont écrit ce polar un peu ramolli.
L'intrigue oppose des franc-maçons à une société secrète crypto-nazie, qui rivalisent pour la découverte d'un secret explosif (qui de révèle de faible ampleur assez rapidement).
Le sens de l'ouvrage est plutôt une présentation à but pédagogique de la franc-maçonnerie contemporaine – avec lexique en fin d'ouvrage, bibliographie et liste de sites internet à l'appui.
De ce point de vue « initiatique » si l'on ose dire, le but est atteint, mais de façon très délayée. On comprend, à l'issue de ces pages, que la franc-maçonnerie est diverse, avec des affairistes et des hommes d'une certaine noblesse, et qu'elle a connu des heures glorieuses. Au delà de ce j'en connaissais aupravant, j'ai découvert que les obédiences regroupaient des loges spécialisées par thématiques, ce qui peut constituer un gage d'efficacité.
On ne sent pas complètement cependant l'actualité de ces groupes, divisés entre obédiences diverses, qui ont l'air, faute d'être animés d'un but évident, de se réfugier dans l'observation assez plate des rituels et la justification par un passé glorieux.
On suit tout à fait les auteurs lorsqu'ils protestent, par la bouche de l'un de leurs personnages, contre les projets de déclaration obligatoire d'appartenance à la franc-maçonnerie pour les magistrats par exemple. Après tout, pourquoi ne pas demander cela aussi aux catholiques, aux membres des différents paris politiques etc...
La description qui est faite des cérémonies d'initiation prête à rire. Comme tout rituel ésotérique, le plus grand danger risqué par les franc-maçons en dévoilant leurs rites, est surtout le ridicule. Les auteurs décrivent des cérémonies lourdingues avec des phrases extatiques, comme si le propre de tous les rites, depuis le bizutage d'étudiant en médecine jusqu'aux rites maçons apparemment, n'était pas de créer un clivage artificiel entre initiés et profanes. Dans les débats, abordés par l'ouvrage, entre rationalistes peu soucieux du rituel, et traditionalistes plus sourcilleux, les auteurs se placent plutôt dans le camp des traditions.
Sur le style enfin, c'est un peu long, l'intrigue est un peu plate, et quelques scènes sont d'un érotisme facile. Une trouvaille malgré cela assez réussie, le personnage du jardinier tortionnaire, relance l'intérêt en milieu d'ouvrage. De quoi tuer le temps dans un voyage en train.
Le chewing gum est facile à mâcher, plaît à tout le monde, mais son goût agréable s'efface en quelques minutes. Il faut ensuite deux fois plus d'énergie pour enlever les tâches qu'il cause sur la chaussée publique qu'il n'en faut à le consommer.
Zaki Laïdi c'est la pensée chewing gum du moment, comme le démontre son Rebond récent dans Libération.
1. Son papier est facile à mâcher : critiquer le programme du PS est un préalable requis pour qui souhaite parler de cet objet mort-né tant il est acquis par avance que le candidat désigné du PS n'aura de cesse qu'il se sera assis sur ce patchwork bricolo.
2. Tout le monde va y trouver son compte, dans l'appel à l'optimisme qu'il lance ; optimisme qui serait une sorte d'impératif moral de la gauche – la confiance dans la nature humaine peut en effet carcatériser la gauche progressiste, comme le pessimisme conservateur sied à la droite classique.
3. Son goût agréable s'efface en quelques minutes, lorsqu'on se rend compte du vide sidéral de ses propositions : accepter le marché et la mondialisation tels qu'ils sont.
Il peut tenir cette position en donnant un exemple qu'il interprète, de mon point de vue, trop rapidement.
Il suggère en effet, pour financer le logement social, que les personnes qui bénéficient d'un HLM mais ont atteint un niveau de ressources qui ne justifie plus un tel privilège, paient un surloyer qui rapproche leur loyer de celui du marché. Le mécanisme n'est pas idiot et permettrait en effet de financer des constructions supplémentaires. Là où Laïdi se plante complètement, de mon point de vue, c'est qu'il voit dans cette mesure un triomphe du marché. C'est idiot. Par définition, le marché se fout du niveau de ressources de x ou y et c'est bien ce qui peut nous amener à trouver injuste le niveau des loyers atteint dans les grandes villes et nous conduire à souhaiter la construction d'habitations à loyer modéré. Le mécanisme que propose Laïdi n'est pas un mécanisme de marché, c'est un correctif, de la régulation, de l'intervention publique (horreur !) et ça change pas mal de choses.
Cela veut dire que ceux qui râlent contre les logiques de marché pures n'ont pas tort, et que la solution à gauche viendra d'une conciliation des logiques de marché et d'intérêt social où c'est l'intérêt social qui l'emportera, comme le montre son exemple même. Contrairement à ce qu'il écrit, ce n'est pas le marché qui triomphe dans ce mécanisme de régulation des loyers HLM.
C'est important, au delà du pinaillage sur les mots, car il s'agit bien de savoir où est le but, s'il est dans la victoire du marché, dont on se serait convaincu qu'il est supérieur à la régulation sociale, ou bien s'il réside dans l'adoption, chaque fois que c'est nécessaire, de digues contre les abus du marché.
Au fond, Laïdi est convaincu de la supériorité du marché, point : il mentionne que les systèmes de droit à polluer ont fait plus pour l'environnement que la régulation.
Manque de bol, il se plante, et NG Mankiw, ex économiste en chef de Bush II publie sur son blog la longue liste d'économistes qui pensent le contraire et estiment que des taxes seraient plus efficaces que des droits à polluer (on trouve sur cette liste, outre Mankiw lui-même, des démocrates comme des républicains, avec rien moins que Gary Becker, prix Nobel d'économie 1992, Paul Krugman, Martin Feldstein...)
Voilà un condensé de ce que je reproche à la gauche « moderne » : toute fière d'avoir, avant la première gauche, découvert que le marché n'était pas forcément à vouer aux gémonies, elle ne cesse de brandir son sabre de bois contre l'ultra-gauche, en oubliant de continuer à penser.
C'est bien de combattre l'arriération des masses, c'est encore mieux de rester à l'avant-garde des idées et de ne pas vendre une soupe vieillie et tiédasse comme si c'était le must de la pensée.
La prochaine fois, souhaitons que Zaki Laïdi se documente avant d'écrire un nième papier dans Libé pour tancer ses frères (et soeurs) de gauche, alors que la seule question qui compte est de savoir comment s'assurer que la dignité humaine de chacun n'est pas bafouée, que ce soit par le marché, par un despote, par un état trop bienveillant ou par quoi que ce soit.
PS (... ! ) : Au passage, je note que l'énergie disparaît des biens publics : "Plus que jamais, l'éducation, la santé, l'eau et l'environnement sont des biens publics."
Il y a des essais,des polars, des BD,d'autres livres.
Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, souvenirs 1914-1933
Pierre Manent, « La raison des nations, réflexions sur la démocratie en Europe »
Le grand échiquier, l'Amérique et le reste du monde, de Zbigniew Brzezinski
Le secret de l'Occident, du miracle passé au marasme présent, David Cosandey, Arléa, 1997
Robert Merle, la mort est mon métier
Résurrection, de Christophe Nick
"Never Surrender", de Michael Dobbs
Churchill's hour, de Michael Dobbs
"La fabrique des meilleurs", Patrick Fauconnier
Robert Baer, Or noir et Maison Blanche : Comment l'Amérique a vendu son âme pour le pétrole saoudien
"Le B.A. BA du BHL", Jade Lindgaard et Xavier de la Porte
Eric Naulleau, "Au secours, Houellebecq revient"
"Comment se faire des amis", de Dale Carnegie
Bertrand Ogilvie, "Lacan. Le sujet"
Marc Dugain, La malédiction d'Edgar
La face cachée du 11 septembre, d'Eric Laurent
Olivier Schramek, Matignon rive gauche, 1997-2001
Plaidoyer pour le mensonge, Laurent Leguevaque
Chahdortt Djavann, Que pense Allah de l'Europe ?
Régis Debray, Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe siècle
Carnets d'un inspecteur du travail, Gérard Filoche
Eric Yung, La tentation de l'ombre
Un juge s'en va, de Laurent Leguevaque
Bonjour paresse, de Corinnne Maier
"Le Lacan dira-t-on", de Corinne Maier
Faut-il brûler le modèle social français, Alain Lefèvre et Dominique Méda
La France qui tombe, de Nicolas Baverez
Pascal Sevran, "Mitterrand, les autres jours"
Le crépuscule des petits dieux, d'Alain Minc
Notes sur "le vertige social nationaliste", de Dominique Reynié
"Le Sommet des Dieux", Yumemakura/Taniguchi - "Le Photographe", de Guibert, Lefèvre et Lemercier
"Le combat ordinaire" et "Les pilules bleues" de Frederick Peeters
"Ma circoncision" et "Manuel du puceau", de Riad Sattouf
L'étrange affaire des corps sans vie, de Hautière et François
Noir métal, au coeur de Métaleurop, de Jean-Luc Loyer et Xavier Bétaucourt
La vengeance du comte Skarbek (de Rosinski et Sente)
La légende de Robin des bois, de Larcenet
Step up love story, de Katsu Aki
Retour au collège, Riad Sattouf
Garden of beasts, de Jeffery Deaver
Dominique Manotti, Le corps noir
Richard North Patterson, Balance of Power
"Shutter Island", de Denis Lehane
The rule of four, de Ian Caldwell et Dustin Thomason
"The blood doctor", Barbara Vine
Darkly Dreaming Dexter, de Jeff Lindsay
Travail soigné, de Pierre Lemaître
"La dernière cantate", de Philippe Delelis
Michelangelo's notebook, Paul Christopher
"Affaire Classée", de Danièle Thiéry
Adrian Mole and the weapons of mass destruction, de Sue Townsend
Vu les comptes du Canard enchaîné dans le dernier numéro.
On sait, pour le lire partout, que la deuxième guerre en Irak a été faite aussi, sinon principalement, pour le pétrole (sauf Philippe Val, persuadé du contraire). On comprend mieux, à la lecture de ce livre, à quel point le pétrole est la croix de la politique américaine actuelle, et pour quelles raisons à la suite du 11 septembre, les USA ont préféré envahir l'Irak, qui n'y était pas pour grand chose, que d'affronter les yeux dans les yeux l'Arabie Séoudite.
Un petit cours d'économie pétrolière permet de comprendre en quoi le pétrole moyen-oriental est important pour les économies mondiales : peu cher à extraire, il permet d'assurer la marge de production supplémentaire qui va lisser les cours. L'objectif ultime de Ben Laden serait en réalité de prendre le pouvoir en Arabie Séoudite et de faire plier les USA – et le reste des économies développées au passage - en amenant les cours à près de 140 dollars le baril. Sans excuser Ben Laden et ses acolytes, l'auteur nous permet de comprendre plus précisément les racines de ce phénomène : « Peut-être [...] Ben Laden fait ce que les Etats-Unis n'ont pas le courage de faire : s'opposer aux voleurs qui dirigent leur pays [ l'Arabie Séoudite] ».
Et les Etats-Unis manquent de courage à ce sujet parce que depuis des années leur classe politique dépend en bonne partie de l'argent saoudien. Les richesses pétrolières de l'Arabie sont en effet recyclées en contrats avec des sociétés américaines d'armement, de conseil ou autres prestations pas réellement utiles (l'Arabie n'a pas réellement besoin de consacrer près de la moitié de son budget aux dépenses militaires, elle bénéficie de la protection de bases américaines sur son sol). Lesquelles sociétés américaines ont des conseils d'administration qui regorgent d'anciens secrétaires d'Etat, directeurs de la CIA ou du FBI , ou de politiques influents.
Bref, une confusion des genres qui explique la grande mansuétude dont bénéficie la dynastie régnante saoudienne. Cette mansuétude permet enfin à ladite dynastie d'assurer le financement à jet continu du réseau Al Quaeda. Pour pouvoir en effet maintenir un train de vie pharaonique au milieu d'une population de soutiers, la dynastie a recours à l'Islam intégriste comme opium du peuple. Les frères musulmans bénéficien d'un soutien constant, à l'intérieur, comme dans d'autres pays que Baer nous fait parcourir. On apprend ainsi au passage que la rebellion tchétchène est financée et armée en grande partie par les saoudiens. Et alors que la Russie contribue elle aussi, ce faisant, à la lutte contre l'islam intégriste, elle est clouée au pilori comme n'étant plus une démocratie.
On apprend dans cet ouvrage que l'Arabie Séoudite, alliée indéfectible, et au dessus de tout soupçon, des USA, est pire qu'un régime autoritaire : une tyrannie ou le bon plaisir des princes peut valoir dépossession, expropriation de toute propriété, ou l'opposition est interdite, où, lorsqu'un attentat survient, on décapite quelques suspects sans trop se soucier de leur culpabilité.
Bref, l'anarchie règne à un point tel que l'auteur donne la Syrie comme modèle d'un Etat de droit, et avec quelque crédibilité : « Dans le cas où Abdallah [prince héritier] ou un autre, voudrait tenter sa chance, la Syrie me semble indiquer le chemin à suivre [vers un Etat de droit]. (je suis bien conscient qu'une telle suggestion fera sans doute blémir les experts à la mords-moi-le-noeud de Washington.) Un Etat de droit, telle est la priorité numéro un au Moyen-Orient et notamment en Arabie Saoudite. Je ne parle pas d'une constitution ni d'une déclaration des droits de l'homme, d'une presse libre, de la liberté de religion, ou du droit de posséder des armes. Je parle d'une notion plus élémentaire, l'autorité d'une loi qui proscriarait l'obligation religieuse de tuer, la guerre sainte, les Frères musulmans. Cette étape constituerait un début. Ensuite on pourrait interdire les commissions faramineuses, le vol, les rapines et exactions de toutes sortes. L'instauration des libertés citées plus haut, puis de la démocratie, ne peut intervenir qu'à partir du moment où ces droits élémentaires sont assurés. »
Pour schématiser l'une des conclusions de l'ouvrage, on peut distinguer trois types de pays : la première catégorie comprend les démocraties, la deuxième comprend des pays où un minimum de règles légales est respecté (les Etats de droit), la troisième comprend des dictatures violentes.
Selon cette grille, la politique américaine des dernières années a consisté à s'appuyer sur des pays de première (Israël, la Grande-Bretagne, l'Europe passive) et troisième zone (Arabie saoudite, autres pétro-monarchies) pour affaiblir ou anéantir les pays de seconde zone (Irak,Iran, Russie – selon la rhétorique américaine).
Là où cette politique est dangereuse, c'est que ces pays affaiblis (Irak, Iran, Russie) sont de grands pays, aux traditions culturelles fortes et riches, qui ne se laisseront pas faire par une amérique satrapique sans se radicaliser. Et, de ce point de vue, on ne peut que donner raison aux néoconservateurs américains – dont Robert Baer semble proche - qui ont souhaité que l'amérique durcisse ses rapports avec l'Arabie Saoudite. Sauf que les néoconservateurs ont tort de vouloir employer des moyens militaires là où la persuasion de long terme devrait s'imposer.
Au delà de cette conclusion personnelle, le livre permet de se plonger de façon passionnante dans les dessous de la politique américaine au Moyen-Orient arabe, ce qui, trois ans après sa rédaction, reste d'un intérêt fort pour comprendre l'actualité. On attend avec impatience qu'au delà d'un discours imbécile sur la lutte contre le terrorisme partout où il n'est pas, les USA repensent les fondements de leur politique arabe. Pour l'anecdote, le livre souligne à quelques reprises que de l'argent est versé aux politiques en France, et que la France tient presque autant que les USA à conserver de bonnes relations avec cette si riche monarchie saoudienne. Il reste que dernièrement la France fait preuve de bien plus de juste prudence dans les pays arabes que le tandem USA/Israël.
Ce livre donne donc peu de raisons d'espérer, mais permet au moins de comprendre un peu plus précisément les raisons de se préparer au pire.
Paul Krugman emails:
I think it's really important to realize that we have only a modest amount of direct evidence that technological change is driving increased income inequality. That is, while there have been a few studies showing some connection between increased use of IT and changes in the wage structure, very little of the conventional wisdom that technology is the culprit is based on those studies. So why is technology given the credit? Basically because it's the residual category - and as Bob Solow said about the role of technology in growth, the residual is the measure of our ignorance. We estimate the effects of the stuff whose effects we know how to measure - taxes and globalization, mainly - and then attribute the rest to technology. The point is that it's all too possible that we're attributing to technology rising inequality that may be largely due to hard-to-quantify political and institutional change. There are several reasons to think that politics plays a big role. One is the broad correlation between the political climate and trends in inequality, which I pointed out in the Times. (By the way, Larry Bartels in Princeton's politics department shows that there's a strong correlation between party control of the White House and inequality trends even in the short run; see http://www.princeton.edu/~bartels/income.pdf. It's kind of a mysterious result, but worth pursuing.) Another piece of evidence is the wide difference in inequality trends between the US and to a lesser extent the UK, on one side, and everyone else. Yet another piece of evidence, which I think is very suggestive, is the discontinuous nature of the Great Compression. If you go back to the original Goldin and Margo paper, http://www.nber.org/papers/W3817, they found that there was a drastic reduction in wage inequality over the course of just 5 or 6 years in the 40s, which then stuck for another 30 years. In the paper, they struggle to reconcile this with a supply-and-demand framework, but it sure looks like a change in norms which had sustained effects on market outcomes. So what are the mechanisms? Unions are probably top of the list; I believe that there's a qualitative difference between wage bargaining in an economy with 11 percent of workers unionized, which is what we had in the early 30s, and one with 35 percent unionization, which is what emerged from World War II. That's discontinuous change, partly driven by a change in political regime. And the process went in reverse under Reagan. An overall climate of public scrutiny may matter too, especially at the top of the scale. And don't forget that some taxes affect the pre-personal-tax distribution of income. Taxes on corporate profits went from a minor inconvenience before FDR, to a major source of revenue under Eisenhower, and back again. The bottom line is that the view that rising inequality reflect forces beyond the reach of politicians may sound sensible, but it's actually a supposition based on very little evidence, and there's a lot of evidence on the other side.
Voir aussi une présentation plus détaillée sur le blog d'Olivier Bouba-Olga : http://obouba.over-blog.com/article-3620188.html![]()
Dans la lignée du American Tabloid, de James Ellroy, Marc Dugain parcourt l'amérique des Kennedy à travers l'oeil d'acteurs capables d'en voir les côtés les plus sombres.
Le narrateur n'est rien moins que Clyde Tolson, fidèle adjoint de John Edgar Hoover.
Le roman historique est une réussite s'il permet de comprendre l'esprit d'une époque, la logique d'une situation, de façon crédible et complète.
C'est ici le cas : Hoover est un vrai méchant, mais cohérent par rapport à ses valeurs – l'amérique comme idéal de réussite individuelle côté jour, hystériquement anticommuniste et corrompue côté nuit, jusqu'à la bêtise. Dans un passage qui sonne vrai, l'adjoint de Hoover effectue un voyage dans un trou perdu pour interroger un prof spécialiste de Camus, afin d'en savoir plus sur ce dangereux subversif cité par Bob Kennedy.
L'auteur tire de ses lectures les mêmes conclusions qu'Ellroy : Kennedy est mort d'avoir échoué à soutenir l'attaque de la baie des cochons, d'avoir voulu s'en prendre directement à la mafia – via son frère Bob -, et d'avoir enfin négligé de composer avec les pouvoirs cachés de l'amérique – un projet fiscal s'attaquant aux pétroliers texans, opportunément interrompu par sa mort par exemple.
Entre parenthèses, le pétrole et la Floride composent encore le coeur de l'amérique des Bush.
Bref, la compréhension de l'amérique est une des clés du monde d'aujourd'hui, et Marc Dugain fournit une très bonne introduction à la période des années 60. Pour compléter l'approche des années Kennedy il manquera un récit du côté positif (une politique économique bien construite, un brain trust d'excellence), mais c'est généralement celui que l'on a en tête.
Enfin, on termine par le sublimement démagogique : «Notre projet affirme la compétence également légitime des citoyens ordinaires, ce pouvoir des "n'importe qui" toujours dénié par les élites autoproclamées de la naissance, de la richesse ou de la cooptation endogame.»
Après avoir décrit le n'importe quoi de Ségolène, il nous affirme que c'est destiné à "n'importe qui".
Ségolène, à la lecture de cet article de Montebourg : n'importe quoi, à n'importe qui.
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