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Mardi 31 janvier 2006
Dans le Monde daté 25 janvier, une pub de la Fondation de France emblématique. D'abord il s'agit d'Europe : nul doute qu'à la première occasion la fdf (puisque tel est son site, www.fdf.org) se transformera en Fondation de l'Europe, c'est moins ringard.

Ensuite, comme presque toujours lorsqu'il s'agit d'Europe, c'est incompréhensible "la FdF veut favoriser le retour en France d'initiatives concrètes déjà conduites dans le pays partenaire, entre des associations, des petites collectivités locales, des syndicats français et leurs homologues des pays nouveaux membres de l'Union Européenne". Si j'ai bien compris, il s'agit de faire revenir des initiatives qui nous auraient échappées. Il était temps !

Il s'agit, je continue de citer, de valoriser "vers un public français élargi". Bigre ! Faut-il élargir le public français jusqu'à le rendre européen, au contraire rendre français les autres européens, ou simplement de toucher un vaste public français auquel cas le terme était mal choisi (surtout avec un titre comme "L'europe, en plus large", qui finit par induire un doute vertigineux sur le champ géographique concerné).

Bon, j'espère en tout cas qu'il n'y a pas trop de subventions publiques là dedans, les comptes de la FDF ne sont pas très clairs sur ce sujet. En tout cas la grosse artillerie pour faire adopter la Constitution européenne au cours d'un deuxième passage se met en place...

Au passage, dans les trois valeurs de la FdF, je ne vois pas la propagande pro-européenne :

"Trois valeurs guident nos actions :

  • la lutte contre l'isolement, principal facteur d'exclusion
  • l'action de proximité contribuant à reconstruire le lien social
  • le respect de la dignité des personnes."
Si j'étais donateur de la FdF, je m'étonnerais...
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Lundi 30 janvier 2006
Sous le titre "Prisons secrètes de la CIA : les Européens enfoncent le clou", Libé du 25 janvier relate les positions très claires du Conseil de l'Europe, qui a condamné les transferts et tortures de prisonniers effectués en Europe par la CIA (via des pays européens complices).

Titrer ainsi "les européens" ne doit pas laisser croire que l'Union Européenne est pour quoi que ce soit là  dedans. Comme pour l'exécution d'un vieillard semi-grabataire (cf. billet antérieur), c'est encore le Conseil de l'Europe qui donne un exemple de courage et d'équilibre par rapport aux USA, pas l'Union Européenne, dont les partisans clamaient pourtant partout qu'elle allait permettre de limiter l'influence américaine.

Voilà  qui peut aussi donner tort à  Toni Négri, qui a prôné le Oui pour enterrer cette "merde d'Etat Nation" : l'Union Européenne, dés qu'elle le peut, se conduit comme une merde d'Etat nation, avec la prudence diplomatique qui va avec.
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Samedi 28 janvier 2006
Versac a fait récemment une sociologie des bloggeurs politiques.
remember maïa...
Une autre étude marrante consisterait à comparer la sociologie des hébergeurs (ou plus exactement des hébergés via leurs hébergeurs).

Il y a en effet comme un caractère propre à certains bloggeurs, en fonction de l'hébergeur qu'ils choisissent. Je ne sais pas si ces traits sont grossiers ou bien vus, mais on pourrait dire que :

- Un blog au Monde signe un abonné, engagé dans la vie citoyenne, élu local ou autre, qui veut se faire connaître ou reconnaître d'un lectorat sérieux ;

- un blog typepad, dotclear ou autre freeware pointu signe le jeune cadre dynamique qui frémit d'aise à l'idée d'être invité aux voeux de l'UMP ;

- un skyblog ou un 20six est la marque imparable du djeune bien content (exemple pris au hasard : envie-2-zbeul - WAAAHH J'AIME TROP QUAND TU ME..... WAAAHH J'AIME TROP QUAND TU ME.....

MON SKYBLOG ELU LE BLOG LE PLUS KIFFANT AU FESTIVAL DE CANNES !!! ALORS PASSE FAIRE UN TOUR ET GRATTE UN PTIT LIEN A LA FIN !!"

J'en passe, il y en a plein d'autres.

J'allais oublier le mien d'hébergeur, Overblog, l'hébergeur du milieu :  marrant, il  y a de tout. Des mamies, des jeunes, des moins jeunes, des genres très variés. Une boutique plutôt sympa, qui cherche encore son business model.

PS : voir aussi une remarque d'Embruns sur l'endogamie des bloggeurs


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Vendredi 27 janvier 2006
Un billet d'éconoclaste commente un article de Thomas Piketty et Emmanuel Saez. Ces deux auteurs montrent une différence colossale d'évolution entre les salaires des 0,1% revenus les plus élevés,  dans deux groupes de pays. Un groupe, au choix, inefficient, ou solidaire - France, Japon - et un groupe au choix efficient ou à injustice croissante - USA, Canada, Royaume-Uni.

Alexandre Delaigue en conclut qu'il faut creuser ce sujet. Il me permettra d'être plus lourdaud : j'y vois la preuve qu'il y a bien des modèles sociaux, des configurations institutionnelles propres à chaque pays, quoi qu'en disent les thuriféraires du one size fits all et autres il n'y a pas d'alternative. J'ajouterais même pour aggraver définitivement mon cas, qu'il est bien compréhensible que les 0,1% français n'aient qu'une envie : que la France rejoigne définitivement le cercle de la raison (et du pognon).

Regardez bien les deux graphiques, le modèle social français est dessus :


PS : pour relativiser le soi-disant succès du modèle britannique, on notera que le Royaume-Uni vient d'avouer ceci : un chiffre "est rarement mis en avant lorsqu'il s'agit d'examiner le marché de l'emploi britannique. Et [...] n'est pas pris en compte dans les statistiques internationales du chômage. 2,63 millions de Britanniques sont considérés comme malades ou handicapés (Incapacity Benefit), soit 7,4 % de la population active." (Libération, 26/1/06)

Vous ajoutez 5% de chômeurs, on obtient 12,4% de "chômeurs et handicapés".

En France, c'est 10% de chômeurs et environ 2,5% de titulaires de l'allocation adulte handicapés, soient 12,5% de "chômeurs et handicapés".

12,4% contre 12,5%, personne n'a de quoi crier victoire...
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Jeudi 26 janvier 2006

Vous l'avez entendue 100 fois cette antienne. En 48 h cependant, on remarque :

- "La Commission européenne somme la France d'adoucir son décret anti-OPA" (le Monde) ;

- "
La Commission européenne présente son analyse du programme français de réforme pour la croissance et l’emploi : Dans le cadre de son premier rapport annuel de progrès au sujet du nouveau partenariat avec les Etats membres pour la croissance et l’emploi, la Commission européenne a publié une analyse du programme national de réforme élaboré par les autorités françaises. La conclusion générale de la Commission est que le programme identifie un grand nombre des défis majeurs auxquels la France est confrontée. Il présente plusieurs réformes et actions positives. Cependant, il n’aborde que partiellement les questions de la concurrence et de l'ouverture des marchés et du renforcement du capital humain. Le programme profiterait également d’une articulation plus cohérente entre les différents domaines traités.", (site de l'UE, 25/1/06)

- "Pas de baisse pour la restauration et menace sur le taux de la TVA dans le BTP" (Libération, 25/1/06) ;

- "Protectionnisme : Bruxelles menace Paris et Varsovie : Le commissaire européen au Marché Intérieur, Charlie McCreevy, a critiqué hier la France et la Pologne qui, selon lui, connaissent un retour aux pratiques protectionnistes. Il demande à Paris des explications sur le décret anti-OPA." (La Tribune, 27/1/06)

On peut critiquer ce que l'on veut sur chacun des points visés à chaque fois par les autorités communautaires, il n'empêche qu'à la fin des fins, il faudra un culot et un aplomb extraordinaires pour oser soutenir que nous sommes libres de conduire la politique économique et sociale qui nous semble bonne. Bien que de gauche, je ne me réjouis pas de ces vexations infligées à un gouvernement de droite : un gouvernement de gauche tout aussi ficelé succèdera à  celui-ci, jusqu'à une crise plus grave. Il est urgent de réagir !


© Martin Rowson 2005
martin.rowson1@ntlworld.com
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Mercredi 25 janvier 2006
Un certain KM (Karl Marx ?!) a fait parvenir à l'auteur du blog La malédiction (immobilière), une note de géopolitique de 14 pages, extrêmement brillante - et inquiétante. J'en conseille vivement la lecture, elle est .

Pour les gens pressés, on y relie les faits suivants :

- les USA sont vulnérables, leur monnaie est surévaluée et leur économie pétro-dépendante ;
- l'Iran est un pays rationnel qui veut se soustraire de l'emprise américaine croissante sur le Moyen-Orient ;
- l'Iran va jouer la Chine (par un traité d'assistance militaire) et l'Euro (en vendant son pétrole en Euro), contre les USA ;
- Jacques Chirac craint des attentats iraniens en France ;
- il y a de sérieux soucis à se faire pour les libertés publiques aux USA.

L'enjeu final : soit les USA acceptent de limiter leur influence mondiale et acceptent l'émergence d'acteurs forts et indépendants, soit une guerre est à craindre...

PS : on me fait remarquer que la note est proche de ce qu'écrit le réseau Voltaire. Outre que tout n'est pas faux dans ce qu'écrit le réseau, ça n'empêche que la note me paraît très crédible sur le panorama qu'elle fait de la situation géopolitique d'ensemble. Seule réserve : l'idée que les USA auraient provoqué les attentats de 2001 et en prépareraient d'autres me semble absurde et trop simpliste (cf. le livre d'Eric Laurent).


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Mardi 24 janvier 2006

The fallen, Owen Webber
Marre des conneries sur la France qui ne serait bonne à rien ! Ca commence par Jean-Pierre Gaillard, sur France Inter hier (24/1), qui explique que dans le contexte de crise énergétique, "l'Europe" est bien placée pour le nucléaire. S'il y a bien un sujet pourtant qui ne doit rien à l'Europe, c'est bien celui-ci. Mais ce n'est pas grave, ce qui compte est de marteler partout et toujours qu'en France c'est moins bien qu'ailleurs.

On continue avec Versac (que j'aime bien par ailleurs, il me pardonnera), qui explique doctement qu'il ne faut pas oublier qu'aux USA l'expression est plus libre qu'en France, et qu'il faut y voir une des raisons du succès des blogs aux USA. Ces quelques stats montrent que les USA ont à peu près la même proportion de bloggeurs que la France (15 millions là contre 3 millions ici, et il faut encore décompter Guillermito, qui est à nous), que l'Allemagne en aurait 10 fois moins que nous, et le Royaume Uni seulement 2,5 millions. Donc sorry l'ami, mais là encore, avant de taper sur notre beau pays, il faut tourner sept fois son clavier sur le bureau.

Enfin, le pompon, avec cette phrase tirée d'un article du Monde, "Déclin ou malaise français", de Stéphane Lauer : "Quant au " modèle sanitaire ", même s'il permet une couverture médicale unique, il est en même temps le plus coûteux du monde. "

Un rapide coup d'oeil aux stats de l'OCDE permet de revérifier qu'il n'en est rien : "
Les dépenses de santé totales représentaient en France 10.1% du PIB en 2003, soit 1.5 points de pourcentage de plus que la moyenne des pays de l’OCDE (8.6%). Les dépenses de santé par rapport au PIB en France restent cependant moins élevées qu’aux États-Unis (qui enregistre le niveau le plus élevé avec 15%), en Suisse, en Allemagne, en Islande et en Norvège."

Tout ne va certes pas bien chez nous, mais ce n'est pas en prenant l'habitude, jusque dans des quotidiens qui se veulent de référence, de multiplier les approximations, toujours biaisées dans le même sens, que l'on pourra avancer d'un pouce. Ni même convaincre "l'ennemi gauchiste", facile repoussoir, qu'il est victime d'abus d'idéologie. L'idéologie est partout, même chez ceux qui s'en croient les plus libres.
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Lundi 23 janvier 2006
La Californie a exécuté un vieillard de 76 ans, paralysé, aveugle et sourd (en écrivant cela, ça paraît surréaliste). "Il n'est certes pas un innocent mais en l'exécutant à son âge et des décennies après les faits, les autorités sont proches de gagner le concours de la cruauté et de la vengeance", indiquait le texte publié par le Conseil de l'Europe (cité par Le Monde).

Le Quai d'Orsay n'a rien dit, la Commission européenne non plus (et d'ailleurs la Commission n'a plus de moteur de recherche, le site Europa affiche  "Pour des raisons techniques, le moteur de recherche est mis temporairement hors service. Nous vous prions de bien vouloir accepter nos excuses et vous remercions par avance de votre compréhension.")

Malgré tout le tralala sur le renforcement des Droits de l'Homme que l'on devrait à la construction européenne, c'est finalement le Conseil de l'Europe qui sauve l'honneur. Cette institution où les Etats coopèrent sur une base équitable, dont les russes et les turcs sont déjà membres, fait certainement plus pour les Droits de l'Homme au quotidien que les bureaucrates bruxellois. La Cour européenne des droits de l'Homme ne fait pas non plus partie de tout ce magma européen, chaque jour plus baroque...


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Samedi 21 janvier 2006
Un article du Monde relate que des tribunaux d'Orléans et de Versailles viennent de relaxer des faucheurs d'OGM, en reconnaissant qu'ils ont agi dans le cadre d'un "état de nécessité".

Je ne me réjouis pas de telles décisions, pour des raisons de forme avant tout : le principe de légalité devrait rester la norme et la violation de la loi, même en cas d'autodéfense, l'exception.

Sur le fond, les OGM sont peut-être dangereux et peut-être faut-il se réjouir de les voir interdits. Néanmoins je n'aime pas que les juges, gardiens de la légalité, légitiment ce qui reste une forme de justice directe, pour des faits (la culture d'OGM) qui ne me semblent pas des plus graves et ne réclament pas d'actions illégales.

Je rappelle notamment que l'état de nécessité ne permet toujours pas à une mère de voler de la viande dans un supermarché pour nourrir ses enfants (cf. un billet récent d'Eolas).

Et que quand des furieux s'enchaîneront à nouveau aux tables d'opération des cliniques pour empêcher des IVG, rien n'empêchera un juge de leur donner raison. Et que quand José Bové démonte un Mac Do ça me gêne tout autant.

Je n'aime pas, qu'ainsi, jour après jour, se soit le principe de base de primauté de la loi qui soit vidé de tout sens. Pas plus en droit interne que par la voie européenne, comme dans le plan ambitieux mais antidémocratique de Robert Badinter.

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Jeudi 19 janvier 2006
Entendu samedi matin Eric Fottorino défendant sur France Inter le billet qui a, paraît-il, gâché le retour de la zapatera à Paris (je l'ai intégralement repris ci-dessous, ce qu'il y a de bien avec des billets aussi courts c'est qu'on peut les copier en entier en arguant dud roit de citation...)

C'était moyen. Selon Fottorino, il aurait fallu qu'elle choisisse un moyen terme entre les baskets et les escarpins pour aller visiter les pauvres : voilà qui aurait été de gauche !

De deux choses l'une : soit Fottorino est vraiment idiot auquel cas nous n'avons pas la même gauche et Bernadette Chirac, dûment conseillée, saura quoi faire pour avoir l'air de gôche dans ses prochains déplacements ; soit Fottorino n'aime pas Ségolène (welcome) mais n'a pas le courage ou la possibilité d'expliquer le pourquoi du comment dans un article normal de son quotidien.

D'où le bon mot et la rationalisation ex post qui en a été donnée.

Dans tous les cas voilà comment la presse parisienne fait d'un vrai sujet (faut-il un bon sondage pour faire un bon candidat ?, faut-il un candidat pour faire un parti ?, pourquoi pas des primaires pour un programme et pas pour un candidat ?...) un mauvais poulet*.


* Billet doux. Un gentleman [à Londres] demande sans inconvénient l'affiche du spectacle à une femme (...) qui se trouve sa voisine : bon moyen pour un téméraire Français de glisser un poulet en rendant l'affiche (STENDHAL, Journal, 1817, p. 183) :

3. Contentons-nous de constater qu'émoustillé (...) par une lettre de Catherine à Gérard, un poulet naïf plus maladroit que coupable (...) le duc de Septmonts revient vers sa femme légitime...
A. DAUDET, Crit. dram., 1897, p. 59.

2. P. ext. Missive quelconque. Je t'écris ce poulet à la hâte, sur le papier de l'estaminet où nous déjeunons, après un assaut d'armes (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 370).

Un peu de pub pour l'excellent Trésor de la langue française informatisé.


"L'"indécence" façon Royal, par Eric Fottorino

C'est elle qui l'a dit, au Chili. Des mots avec statut d'extraterritorialité, comme ceux que pouvaient parfois prononcer Mitterrand ou Jospin dans les avions, sur leurs petits nuages, bien au-dessus de nos têtes. Au Chili, donc, Ségolène Royal a jugé "indécent" d'évoquer les sondages sur sa popularité. Mais elle n'a pas trouvé indécent d'aérer ses escarpins dans les quartiers pauvres de Puente Alto. Ni de s'approprier en public le symbole de Salvador Allende. Gauche, c'est sûr. Mais de gauche, vraiment, Ségolène Royal ?"

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Jeudi 19 janvier 2006
Un article sur BHL dans un magazine américain : rien de neuf, juste l'annonce de la sortie de son prochain bouquin, que je ne lirai pas (j'en sais assez sur l'honnêté intellectuelle du bonhomme, cf. cet ouvrage).

Mais il a raison : refaire aujourd'hui un bouquin sur les USA - que l'on croit connaître parce qu'on baigne dans leurs productions media, mais qui restent très éloignés de nous -, c'est une bonne idée. Avec BHL (et l'article semble confirmer cette crainte), ce sera surtout "moi et l'Amérique"...

L'article se termine avec la citation de BHL, qu'il conteste déjà, ça fait tâche sur sa blanche chemise : "America was a great mistress. I had a great fuck with America."
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Mardi 17 janvier 2006

Dans un long article publié par Libé ce jour (Vers une justice européenne), Robert Badinter s'assoit tranquillement sur le vote du 29 mai, pour réclamer de nouvelles avancées européennes sous couvert d'harmonisation juridique.

Un tour de passe-passe lui permet d'oublier le référendum : la justice ne concerne pas le politique, or le referendum concerne le politique, ergo le referendum ne concernait pas la justice.

Ce premier raisonnement est doublement fautif : d'abord, il oublie un peu vite qu'in fine, le droit est garanti par la force, et qu'il vaut mieux que l'Etat conserve le monopole de la force légitime (sauf à créer directement un Etat européen, mais c'est bien ce qui est supposé hors de propos ici). Ensuite, Robert Badinter instrumentalise la justice pour en faire un moyen au service de la construction européenne : « il nous faut chercher de nouvelles voies et de nouveaux instruments pour rendre l'Union plus proche des citoyens, plus sensible à leurs intérêts. A cet égard, la justice me paraît être, dans les années à venir, un domaine privilégié des progrès de l'Union européenne ». Pour ma part, je serais plus prudent avant de mettre quoi que ce soit au dessus de la justice...

L'ancien garde des Sceaux y voit une exigence d'efficacité : « Le terrorisme, le trafic de drogues, le proxénétisme organisé, les réseaux de receleurs, la contrefaçon, ou la corruption, toutes les formes les plus dangereuses de la criminalité, sont organisés à l'échelle européenne. Les frontières protègent les criminels plus qu'elles ne les arrêtent. L'exigence de sécurité, si forte dans les sociétés européennes, commande une réponse européenne à la mesure de ces menaces qui pèsent sur les Etats et les citoyens de l'Union. » Cela est bel et bon. Pourquoi s'arrêter alors aux frontières européennes ? C'est toute l'ambiguïté de ce projet vacillant qu'est devenu la construction européenne : il ne s'agit plus que de bonnes intentions, valables au fond universellement.

Le rêve est de grignoter peu à peu les bêtes frontières nationales, au fond, comme un José Bové va arracher du maïs dans un champ. Badinter nous donne la méthode : le mandat d'arrêt européen a ainsi permis, selon ses propres mots, « de grands avantages. C'est un acte purement judiciaire supprimant toute intervention des autorités politiques. » Pourquoi ne pas donc adopter purement et simplement une justice commune, sans Etat ! Ce qui est ennuyeux est que «  la défiance de certains Etats membres à l'égard des systèmes judiciaires d'autres Etats reste forte. »

Pour remédier à cela, un exercice délirant de prométhéisme nous est proposé. Il faudrait d'abord considérer que la Charte des droits fondamentaux, même sans valeur juridique du fait des referendum, peut servir à motiver des décisions (bonjour la sécurité juridique). Ensuite, une « nécessaire harmonisation des procédures » : bien du plaisir. Enfin, les magistrats nationaux complèteraient leur formation dans une école de la magistrature européenne.

Comme tout cela n'est guère réaliste, l'ancien président du Conseil constitutionnel propose de commencer avec une coopération renforcée à une douzaine de membres.

Quand bien même cela réussirait, il faudrait appeler un chat un chat : donner un corps de normes et des magistrats à un espace géographique, c'est bien créer un Etat et non optimiser l'action judiciaire. Robert Badinter, comme d'autres, est dans une démarche dissimulatrice, poursuit dans la voie des petis pas subreptices qui a été rejetée le 29 mai. Je n'aime pas plus ce comportement malhonnête que celui qui consiste à se faire justice soi-même, en arrachant des champs de maïs ou en s'attachant à la table d'opération d'une clinique qui pratique des avortements.

Il serait temps, en matière européenne comme dans d'autres, de refonder le débat politique sur l'honnêté, spécialement lorsqu'on se veut un homme de gauche.


 

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Samedi 14 janvier 2006
Déception que cet opuscule, à première lecture. Une thèse, peu étayée, agrémentée de notations sur l'air du temps. Pas de quoi annoncer la fin du monde... Pourtant il y prend nettement parti pour Sarkozy, et les petits dieux qu'il enterre sont les français éduqués qui ont eu le front de voter non le 29 mai. C'est eux qui ont trahi, pas "la haute cléricature [...] plus ouverte et moderne que la basse'.

L'argumentation de Minc est faible en effet, il suffit de reprendre ses cinq chapitres et de de les synthétiser pour comprendre que quelque chose cloche :

  1. le populisme nous menace : la haine des élites est une plaie des temps modernes. Par une sorte de snobisme qui commande de nous trouver toujours arriérés par rapport aux britanniques, Alain Minc exempte les britanniques de populisme. Il ne connaît sans doute ni le SUN ni UKIP, le quatrième parti britannique. Après avoir défini donc le populisme, il assimile les tenants du non au référendum au camp populiste (surprise !), pour aussitôt asséner qu'ils se sont trompés puisque les 45% de tenants du oui ne pouvaient représenter l'élite ! C'est assez invraisemblable de voir ainsi Minc blâmer les tenants du non de pêchés qu'il a lui même inventés ! De toute façon, c'est la faute au référendum, cette « maladie infantile de la démocratie »...

    Minc décrit assez justement, tout de même, certains des phénomènes responsables de ce qu'il appelle « populisme » : « la multiplication des hautes autorités en tout genre, le poids de plus en plus visible des jurisprudences, le culte de la régulation »... Mais il semble louer cette sorte de bienveillance technocratique, alors qu'il faut bien y voir non pas la cause d'un populisme à renvoyer aux oubliettes, mais bien la justification d'une demande de clarification des responsabilités.

    Mais cette première partie est pour Minc l'occasion de signaler une deuxième phénomène, le pouvoir de la triade opinion / juges / média. On comprend bien qu'ayant été condamné pour plagiarisme, il ne souhaite pas en entendre parler. Plus sérieusement, s'il faut alors comparer France, Royaume-Uni et USA à cette aune là, je ne pense pas que ce soit chez nous que l'emprise du trio opinion / juges / média soit la plus forte (qu'on lise l'excellent balance of power, de Richard North Patterson, pour comprendre les liens subtils entre lawyers, politiques et média aux USA).

  2. Qu'est-ce que l'élite est l'objet de la deuxième partie. Minc prend le parti de ne retenir qu'une élite, et non une juxtaposition d'élites spécialisées, parcourant – trop vite - les théories des élites selon Pareto, Saint-Simon, Marx ou Aron. Là encore la France est traînée plus bas que le Royaume-Uni, qui aurait su créer une voie d'accès au pouvoir par le labour et les syndicats, qui dispenserait de passer par Oxford et Cambridge (encore faudrait-il remarquer que le recrutement de ces deux universités est bien plus large que celui de la seule ENA). Minc tape juste en soulignant que le drame de l'université française est en rapport direct avec la sélectivité croissante des grandes écoles, mais il n'élabore pas sur cette remarque. Plus qu'ailleurs, un mécanisme de sélection d'une élite a joué en France, sur un mode très bien analysé, dixit Minc, par ... Pierre Bourdieu1 !

    Pour conclure ce chapitre, Minc constate que depuis le milieu des années 30, nous sommes dirigés en gros par la même élite, insubmersible.

  3. L'élite disparaît ! Après avoir défendu l'élite contre le peuple en chapitre 1, défini l'élite française au chapitre 2, la voici qui se dissout au chapitre 3, partout dans le monde. Il n'y aurait plus de pouvoirs, que des jeux d'influence ! Festival d'affirmations toutes plus discutables les unes que les autres « le marché, tel qu'il fonctionne aujourd'hui, traduit une rationalité incontestable », « les entrepreneurs sont moins puissants que les institutions d'épargne collective : Buffett compte moins que Calpers ou Bill Gates que Fidelity »... Cette seule dernière phrase est un festival : Buffett a aussi son propre fonds d'investissement (Berkshire Hattaway) et Bill Gates a bien évidemment un pouvoir important sur l'informatique personnelle mondiale (notamment sur la DAVDSI, influencée par un lobbying intense de Microsoft en faveur des DRM). Bref, Minc prend le lecteur pour une bille, en une sorte de populisme rédactionnel (s'il voulait développer ses arguments, il faudrait qu'il travaille sérieusement. Il a sans doute mieux à faire). Emporté par son élan égalitaire, Minc affirme que les riches n'arrivent pas à faire valoir leurs droits face à l'ISF – peut-être a-t-il raté le bouclier fiscal... Encore une bêtise, pour faire bonne mesure « imagine-t-on un entrepreneur de la Silicon Valley acheter un journal ou une chaîne de télévision...[...] il ne comprendrait ni la démarche, ni la méthode, ni l'intérêt » Je crois que Minc a raté l'achat de Slate et le développement de MSN par Microsoft, et devrait surveiller ce qui va se passer de Google... Une dernière : « jamais l'argent n'a été aussi abondant, mais il profite désormais à tant d'individus qu'il ne constitue plus un sésame pour un pouvoir ». On peut pourtant prendre les paris que si Minc est encore président du Conseil de surveillance du Monde c'est bien qu'il a sorti Colombani de quelques mauvaises passes financières...

  4. Revoilà la triade opinion/juges/journalistes en scène. C'est elle qui surnage dans ce désert égalitaire. Il y a les bons juges « peu de personnages sont aussi importants que les magistrats en charge de la tutelle du marché »... et les mauvais « les juges d'instruction qui plongent, à pleines mains, dans la démocratie d'opinion »... Quelques comptes à régler, sans doute, sans oublier le départ de Plenel du Monde, tenant d'un journalisme d'enquête. Au final, la notoriété (média, juges mais aussi artistes etc...) serait ainsi la marque, non pas de la nouvelle élite, mais des hommes d'influence, une influence qui serait répartie plus démocratiquement et serait plus ouverte que la traditionnelle élite française définie quelques page auparavant. Zidane comme exemple de la démocratisation de la société française, c'est un peu léger comme analyse sociologique...

  5. Les élites auraient dû se sentir des devoirs et il est dommage que de ce fait elles soient amenées à disparaître. L'analyse est cependant pleine de surprises... Minc incriminait les grands corps comme élite française. Mais là, ceux qui ont précipité le déclin, c'est l'étage en dessous : « la haute cléricature est même, sur certains enjeux liés à la compréhension du monde contemporain2, plus ouverte et moderne que la basse ». Minc consent que, pour réduire la fermeture de la société française, il aurait fallu mettre fin au monopole de l'ENA, aux privilèges des grands corps, au statut de fonctionnaire à vie... Il ne consacre qu'un quart de page à ces sujets, pourtant essentiels, mais qui ne l'ont jamais réellement motivé au point d'y consacrer de longs discours, un peu comme Fabius lorsqu'il s'affirme favorable à la fermeture de l'ENA, un brin démago, sans expliquer ce qu'il faut mettre à la place... De fait, il l'écrit, le projet qui a motivé les vraies élites, celles qui ne sont pas provincialistes, ce n'est pas de démocratiser la France, mais de construire l'Europe (« l'Europe aurait dû être notre horizon, au delà du court moment de grâce de la monnaie unique ».

  6. Versant enfin dans une figure classique du populisme (même lui !), Minc en appelle au grand homme3, sauf qu'il le fait subtilement : « le processus de sélection politique français permettra-t-il à des individus, porteurs de chromosomes atypiques, d'émerger ? ».


Que conclure de cet ouvrage ? En premier lieu, que Minc trompe son monde en ne racontant que des demi-vérités : il n'y a plus d'élite française non pas parce que les juges s'en seraient emparés, quelle blague !, mais parce que le pouvoir n'est plus à Paris. Le pouvoir est bien réel à Bruxelles, des cabinets de lobbying, des grands groupes, contrebalancé par celui de quelques ONG bienveillantes, avec des députés européens au milieu dans le rôle des idiots utiles. Ce qui gêne Minc c'est que ça résiste : pourquoi vous accrochez-vous à quelques oripeaux de souveraineté, de toute façon le pouvoir n'existe plus et d'ailleurs tout le monde en a Bill Gates est un philanthrope et Warren Buffet un gentil papi !

Bref, il ne faut pas s'y tromper, Minc n'enterre, dans son livre, que l'élite française, qui a trahi le 29 mai, seule devra être sauvée l'élite européenne, celles des www.telos-eu.com et autres avant gardes.. On savait déjà depuis le vertige social-nationaliste que les arguments voleraient très bas pour faire taire les partisans du Non.


1Traité de « personnage détestable » tout de même, n'exagérons rien, Minc ne saurait reconnaiître une qualité à Bourdieu sans aussitôt le ravaler au rang de furieux. A croire qu'un nègre a rédigé un chapitre sur les élites bien fait, recourant aux analyses de Bourdieu, que Minc aurait corrigé en rajoutant un ou deux « détestable » pour modérer son éloge ! D'ailleurs Minc oppose Bourdieu "sociologue qui pensait juste et prophète qui rêvait faux" à BHL qui " a réussi à tenir, sans déraper, la rampe de la morale" ! On lira la note sur ce très bon livre pour noter à quel point BHL a des rapports changeants avec la morale.

2Pour les malcomprenants, traduire par « ceux qui ont voté non le 29 mai 2005».

3Ne cherchez pas, le nom de Sarkozy n'est pas cité, mais Minc verse tout ce qu'il faut contre le « pseudo-modèle français », dans la querelle codée Villepin / Sarkozy, c'est la marque d'une préférence pour la place Beauveau.


23/1/2006 : Sans compter que dans cet ouvrage, dont le titre est plus ambitieux que le contenu, Minc n'évoque pas une fois les réflexions profondes sur les nouvelles élites de Christopher Lasch. Il vend ainsi au public une conception de la sociologie qui s'est arrêtée à Pareto...

Voir un autre compte rendu ici, plus partiel et trop généreux pour Minc à mon avis, mais juste quand même sur le point traité.

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Vendredi 13 janvier 2006
Une BD étonnante. Très dure comme ambiance, angoissante même par moments, les personnages que l'on y rencontre sont pourtant fragiles (beaucoup d'enfants) et même la plupart des méchants ont des raisons de l'être (une enfance atroce et manipulée). Le scénario est plein de rebondissements parfaitement bien menés, depuis le premier jusqu'au 18ème tome ! On reste un peu sur sa faim la dernière page refermée, où de nombreux problèmes ne sont pas réglés. Mais le docteur Tenma, et surtout Johann, sont des personnages marquants.

Le graphisme est superbe, très fin :



Voir des résumés très détaillés de chaque tome sur BD Sélection.

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Jeudi 12 janvier 2006
Attention ! Si vous vous attendez à une description de la planète altermondialiste, ce n'est pas le lieu. Les ennemis de la mondialisation ne sont qu'évoqués rapidement au début du livre. L'essentiel consiste à décrire la mondialisation, à voir en quoi elle mêle le bien (la croissance) et des aspects négatifs. Les aspects négatifs en réalité ne sont pour Cohen pas les plus gênants : il évoque en fin de livre des moyens de les contourner (par une relance de la coopération internationale). L'idée principale de Daniel Cohen est que les pires critiques de la mondialisation émanent de ceux qui en sont exclus. Rien n'est pire pour lui que de rester à l'écart des courants du monde. Une optique résolument réformiste donc, plus que révolutionnaire, mais n'est-ce pas la voie de la sagesse ? Du point de vue de la nouveauté des idées, l'un des livres précédents de Daniel Cohen, "Richesse du monde, pauvretés des nations" était plus novateur. Une bonne introduction au sujet quand même !

(repris de mon précédent site)

7/1/2006 : voir une note de lecture plus longue mais assez convergente avec la mienne, sur éconoclaste

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Mercredi 11 janvier 2006
La Commission a compris pourquoi le traité constitutionnel cale : les français (et les néerlandais) sont des abrutis !

Pas question de renoncer donc ! La page "ratification" du site Europa conclut que, malgré les Non "Le processus de ratification par les Etats membres n’est donc pas abandonné. Son calendrier sera, si nécessaire, adapté selon les circonstances dans les pays qui n’ont pas encore ratifié."

La page renvoie à la solution miracle pour faire comprendre aux idiots que nous sommes :

Communiqué de presse sur la nouvelle approche de la Commission en matière de dialogue et de communication avec les citoyens européens

En gros, la solution viendra de plus d'explications. Dans les mesures annoncées on trouve  quelques perles :

"- Avoir recours à des pratiques telles que les résumés pour le grand public dans les principales propositions de la Commission, en décrivant les avantages tangibles des politiques de l'UE pour les citoyens.

- Renforcer les représentations de la Commission dans les États membres pour informer les citoyens des politiques et initiatives qui les intéressent et/ou les préoccupent, dans la langue qu'ils comprennent."

Bon, pas de doute, dormons tranquilles, des gens intelligents ont compris ce qu'il faut pour notre bonheur. Lorsque nous serons grands, nous réaliserons que c'était pour notre plus grand bien...


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Mardi 10 janvier 2006
Un bon article du New York Times critique sévérement les positions américaines sur une réforme de la Commission des Droits de l'homme à l'ONU. Sur le fond, l'article est intéressant : l'enjeu est de savoir comment sont choisis les états gardiens des doits de l'Homme. Aujourd'hui, la Lybie a pu figurer en bonne position dans cette commission. Apparemment, une réforme propose de faire approuver chacun des pays membres par 2/3 de l'assemblée générale de l'ONU.

Les Etats-Unis proposent, eux, d'attribuer automatiquement un siège à chacun des membres permanents du Conseil de sécurité. L'article souligne que cela aurait le désagréable effet d'inclure la Chine et la Russie, mais également les USA, le journaliste soulignant courageusement les problèmes récnts de l'administration américaine avec lmes droits de l'homme (prison de guantanamo etc...)

Le sujet est donc intéressant. nul doute qu'on en parlera peu en France, tant l'habitude est prise de s'en remettre à la gentille Commission européenne pour ce qui est de penser. Une bonne illustration de ce qu'en grande partie, l'approbation du projet européen, bien loin d'être une ouverture sur le monde, n'est qu'un provincialisme étendu à un plus grand territoire. Comment expliquer sans cela que le terme de préférence nationale par exemple, fasse hurler au lepénisme, alors que celui de préférence communautaire, forgé par Emmanuel Todd notamment, passe comme une lettre à la poste. Sans aller jusqu'à rappeler que pour certains l'Europe est avant tout chrétienne et excluant les turcs, il n'est pas faux de considérer que l'on peut refuser l'Europe et être bien plus ouvert sur le monde que ceux qui conçoivent l'Europe comme des oeillères mais en plus grand...

 
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Lundi 9 janvier 2006
A lire la presse, on se demande si les trois opérations successives de Ariel Sharon ne relèvent pas de l'acharnement, ou d'un privilège accordé indûment. Si un vieillard de 78 ans arrivait, n'importe où, aux urgences d'un hôpital, souffrant d'une hémorragie cérébrale, il n'est même pas certain qu'une opération serait tentée.
Après tout c'est le Premier ministre d'Israël, il est normal qu'il ne soit pas traité comme n'importe qui. Ce n'est pas qu'un simple privilège à bien y réfléchir. C'est d'une part de l'acharnement thérapeutique aussi, qui peut se comprendre de diverses manières (volonté de l'exploit technique de la part de équipes médicales, pression des familles dans d'autres cas). ici c'est surtout la marque qu'Ariel Sharon est plus qu'un individu. Sa position de négociateur crédible d'une paix éventuelle avec les palestiniens en a fait un symbole. S'il meurt, beaucoup craignent qu'avec lui s'éteigne plus qu'un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui....

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Samedi 7 janvier 2006
Dans un éditorial du Monde du 5 janvier, Poutine en prend plein la figure pour l'augmentation du prix du gaz infligée à l'Ukraine. Tous les clichés et travers de la presse gentiment pensante (que Libé a su éviter sur ce sujet jusqu'ici) se retrouvent dans le commentaire léger qui nous est donné.

D'abord, évidemment, il n'est pas bon que Poutine fasse payer son gaz au prix du marché. Toute une presse qui vend à longueur d'année le marché comme le seul et unique moyen de régulation rechigne à accepter que la Russie puisse faire comme tout le monde. Il ne manquerait plus que poutine inscrive comme deuxième objectif constitutionnel pour la Russie " un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée" (projet de traité constitutionnel européen, art. 1-3-2)...

Puisqu'on parle d'Europe, là encore si l'Europe était là, ça ne se passerait pas comme ça. C'est une rengaine à la mode et le lecteur n'y échappe pas : "
Si l'Union européenne s'accordait sur une politique énergétique commune aux ressources plus diversifiées, la Russie perdrait un de ses moyens de pression." On ne voit pas très bien en quoi l'organisation de l'UE en matière énergétique changerait quoi que ce soit aux problèmes gaziers de l'Ukraine, mais c'est peut être oublier que l'UE qui règlera nos problèmes inclut l'Ukraine.

Poutine est donc un tyran, "alliant l'autoritarisme à l'intérieur et l'arbitraire à l'extérieur". Il ferait mieux d'envahir l'Irak, ça ne lui vaudrait pas de tels qualificatifs...

Au final, Poutine est donc coupable de renouer avec la politique des "zones d'influence". On ne voit pas très bien cependant pourquoi il se gênerait, l'UE s'ingéniant, avec l'OTAN, à s'étendre jusqu'aux frontières de la Russie, les USA s'étalant au Moyen Orient, il faut être bien c... pour ne pas voir que Poutine serait idiot de ne pas réagir.

Qu'une politique internationale de gestion et de régulation des conflits soit souhaitable, c'est une évidence. Elle ne se fera pas à coup d'analyses primaires.

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Vendredi 6 janvier 2006
Le tome précédent de cette histoire de la deuxième guerre mondiale vue à travers le personnage de Churchill, montrait l'isolement de l'homme Churchill décidant de rester en guerre contre l'Allemagne après l'écrasement de la France en juin 40. Ici, Dobbs décrit l'isolement du Royaume-Uni : d'abord total lorsque l'Allemagne n'a même pas encore attaqué la Russie, puis très délicat quand même avant l'entrée en guerre des Etats-Unis.
On assiste donc principalement aux efforts politiques de Churchill pour convaincre Roosevelt d'entrer en guerre. Le tout est très romancé et rien ne nous est épargné des dessous de la vie familiale des Churchill (on découvre que Pamela Harriman, ambassadeur des USA morte à Paris en 1997, n'était pendant la deuxième guerre mondiale rien d'autre que la belle fille de Churchill, mariée à son fils Randolph).
Mais c'est une façon finalement bien vivante de réviser son histoire contemporaine, vue du côté britannique. Et l'auteur a limité le recours à des personnages fictifs pour faire avancer l'action, un peu pesant dans le tome précédent. Il y a principalement Sawyers, le valet de Churchill, au parler assez savoureux :

(s'adressant à Churchill) "Well, zur, the security gentlemen set up a committee, like. To decide what to do about your cigars. had two meetings, they have, but they still can't make up minds how best to test 'em"
(Churchill) : " so you... ?"
(Sawyers) : "That's right. Last night. Tested 'em meself"


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