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Lundi 28 novembre 2005
Même le Figaro, dans un éditorial de ce jour, critique par anticipation la décision de la BCE et de Jean-Claude Trichet de relever ses taux d'intérêt. La zone Euro est en plein marasme et cette décision, alors qu'on ne relève guère de signe de contagion de la hausse des prix du pétrole sur d'autres prix, est une absurdité.

Pas grand chose à voir avec l'Europe ? Sauf que la BCE n'a pas, et n'avait pas dans le projet de traité constitutionnel, de devoir de lutter contre le chômage. Son seul objectif est le fameux 2% d'inflation maximum ou la mort. Et peu de partisans du oui de gauche ont suggéré qu'il pourrait en aller différemment. à suivre...

PS : calcul très grossier. l'augmentation annoncée de 0,25% des taux, appliquée à la dette publique française d'environ 1000 milliards d'euros, c'est en rythme de croisière 2,5 milliards d'euros à payer en plus par an pour tous les contribuables. A peu près la moitié du budget annuel du ministère de la justice par exemple...
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Dimanche 27 novembre 2005
"J'ai dépensé beaucoup d'argent dans la picole, les femmes et les voitures de course. Le reste je l'ai gaspillé."
   George Best, footballeur
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Jeudi 24 novembre 2005

L'ouvrage de Dominique Reynié n'est pas sans intérêt : son principal mérite est de révéler à quel point les tenants du non de gauche ont été calomniés, et continueront de l'être.

Il faut commencer par le titre de l'ouvrage, qui annonce la conclusion du livre : la gauche du non est proche du nazisme ! Elle commettrait en réalité les mêmes erreurs que celles qui ont mené, dans les années 30, Marcel Déat et Adrien Marquet de la SFIO au pétainisme.

Il faut comprendre comment Reynié parvient à ce diagnostic infamant, pour mieux rejeter cet amalgame. L'auteur commence par accumuler les citations de tenants du non, pour relier antilibéralisme et xénophobie, notamment à travers l'affaire du « plombier polonais ». Dans sa démarche, il procède cependant avec une extrême légéreté. Henri Emmanuelli est ainsi accusé de prononcer des phrases « dénuées de sens » car il affirme que figurent dans cette constitution « les bases juridiques de la directive Bolkestein ». Reynié n'a pas dû lire les articles III-144 et III-145, entre autres, qui, s'ils ne résument pas la directive, lui confèrent une base juridique solide. Plus loin, Reynié consacre près de dix pages à une nouvelle assimilation abusive. Partant de la boutade sur la constitution-Dracula (qui craint la lumière), il aboutit à la conclusion qu'il s'agit là d'une dénonciation antisémite – entre-temps, Jésus, Tertullien, Origène, Voltaire et Goebbels auront été convoqués pour les besoins de la démonstration. Pour se donner l'air d'un enquêteur, il n'hésite pas à accumuler les détails les plus inutiles (on apprend ainsi au sujet d'une intervention télévisée de Marie-Georges Buffet, qu'elle intervient « en duplex » !)

On aurait aimé que Dominique Reynié enquête cependant avec la même acuité sur les erreurs et approximations des tenants du oui de gauche. A commencer par François Hollande qui lâche le 26 mai, trois jours avant le scrutin : « si Chirac avait mis en jeu son mandat, le PS aurait naturellement appelé à voter NON, comme pour De Gaulle en 69 ». Tout les arguments en faveur du oui ne pèsent donc rien ! Quid des déclarations de Jack Lang : « Je souhaite qu’on fasse une Europe pour sauver le monde. » (France 3, 26.04.05) ou à droite, de Pierre Lellouche : « Si vous votez "non" au référendum on s'expose à un risque de guerre. » (France 2, 26.04.05).

Reynié disqualifie ainsi la campagne du non en relevant quelques citations soit abusives – rarement-, soit – surtout - rejetées trop rapidement parce qu'émanant de l' « extrême-gauche ». Le cas Fabius est plus difficile et Reynié doit lui consacrer un chapitre entier. Comme il le relève avec une honnêteté peu habituelle, Fabius a depuis longtemps prévenu des dangers d'un élargissement hâtif (« plaidoyer pour l'euroréalisme », Le Monde, janvier 1996). Ses arguments sont solides et Reynié peine à le prendre en défaut. Il voudrait le faire passer pour un xénophobe mais ne réussit encore qu'à travestir la réalité ou à nier des évidences. Fabius serait de mauvaise foi en faisant du patronat l'un des artisans du traité européen ? On rappellera, parmi d'innombrables exemples, que l'Institut de l'Entreprise, par la voix de Michel Pébereau, lançait le 18 mai un « appel des 100 en faveur du traité ».

Pour finir, faute d'avoir réussi à prouver, par des citations, la résurgence d'un nationalisme xénophobe de gauche, Reynié tente de s'appuyer sur l'histoire. Marquet et Déat, dirigeants de la SFIO des années 30, sont invoqués pour convaincre que le rejet du libéralisme conduit au pétainisme. C'est oublier au passage qu'en 1954, contre la CED, puis en 1957, contre le traité de Rome, c'est Pierre-Mendès France lui-même qui, par deux fois donc, s'opposa à la construction européenne en des termes très anti-libéraux : « le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté ou, tout au moins, tel qu’on nous le laisse connaître, est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle les problèmes.Dix années graves, tant de souffrances endurées, les faillites et le chômage périodique nous ont montré le caractère de cette théorie classique de résignation ». Œuvres Complètes,Tome IV, Paris, Gallimard, 1987, p. 273.

Dans une prochaine édition, Dominique Reynié nous expliquera peut-être comment on peut assimiler mendésisme et pétainisme...

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Jeudi 24 novembre 2005
Un bon papier des Echos qui plaide pour une mondialisation régulée de l'ordre juridique, signé Michel Rouger, ancien président du tribunal de commerce de Paris
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Mercredi 23 novembre 2005
Ainsi donc Vincent Peillon au Congrès du Mans a lâché en rase campagne son ami Arnaud Montebourg. Je n'ai jamais tenu ce dernier en haute estime - mais j'adore les losers, je vais donc l'apprécier un peu plus pendant quelques temps -, mais il a au moins le mérite de la cohérence.

Il a voté non et a souhaité, avant le congrès, s'allier à Fabius, ce qui est logique. Peillon semble entrer, lui, dans une logique d'appareil, qui consiste à adopter un positionnement extrême-centriste. D'où sa volonté de se rapprocher de Hollande plutôt que de Fabius, et l'abandon qui s'en est suivi.

Personne ne regrettera l'absence de la VIéme république dans la synthèse, tant cette nouvelle mouture jouait un rôle de marketing évident. Mais dans l'affaire Montebourg a pris une baffe magistrale qui devrait, par la suite, le conduire à devenir plus méchant et à ne pas accorder sa confiance trop aisément.
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Mercredi 23 novembre 2005
     


Deux BD extra, où l'auteur raconte deux moments de sa vie avec un réalisme qui inclut tous les délires de la jeunesse. Les questions très concrètes d'un gamin d'une dizaine d'années (pourquoi je suis pas circoncis), et les réponses brutales qu'il reçoit, sont la trame de "Ma circoncision". On quitte la Syrie, où se déroule ce premier livre, pour la France, où c'est l'adolescence qui frappe l'auteur, avec ses délires de persécution (personne ne m'aime), ses frustrations sexuelles, tout ça raconté avec un humour décomplexant pour tous ceux qui sont passés par là ! La veine de la BD autobiographique ne s'affadit pas encore, et c'est tant mieux.
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Mardi 22 novembre 2005
Il faudrait une série spéciale pour relever les bêtises d'Eric Le Boucher, qui parsèment sa pensée toute faite jamais argumentée. Dans le dernier de ses exploits intellectuels "la vraie crise de l'Europe" (LM, 20-21 novembre), il tente d'expliquer que c'est bien faute de directive Bolkestein que nous manquons d'emplois.

Je ne commente même pas sur ce point tant il faudrait un autre rapport Cecchini pour évaluer cette idée très contestable. Ce qui m'a fait sauter au plafond est que l'article est assorti d'un graphique censé démontrer que les marchés européens sont moins ouverts que les marchés américains du Nord :



Ce qui est fantastique ici c'est que les données s'arrêtent en 2000, que l'Union européenne comprend 4 pays, que l'ALENA est réduite à deux membres et que ceci est censé être la preuve de la véracité des dires de M. Le Boucher ! Ecrivez lui pour lui rappeler que l'UE comprend 25 membres, l'ALENA 3, et que si l'article cité est pertinent malgré ces approximations, cela mérite de longs détours. Imaginons le même mépris des faits avec un article anti-européen, que ne dirait-on !

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Lundi 21 novembre 2005
«C'est incroyable comment l'être humain peut transformer quelque chose d'exceptionnel en quelque chose d'ennuyeux. Un spermatozoïde et un ovule qui se rencontrent, c'est un miracle qui finit devant la télé !»
Moby                       
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Samedi 19 novembre 2005


Encore une BD (le temps me manque pour lire autre chose) ! Je ne connaissais pas Rosinski, faute de goût pour le genre Thorgal, mais j'ai acheté cet album au vu de la couverture : le reste n'en dément pas les promesses ! Il y a, sur un scénario qui est peu un prétexte, des images splendides, en couleurs un peu floues, qui s'adaptent parfaitement au caractère historique du livre. Les vues du Palais de justice de Paris sont saisissantes de fidélité. Les femmes sont également superbes, même s'il ne s'agit pas d'une BD érotique. On peut acheter sans risque...
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Vendredi 18 novembre 2005

Je ne peux pas m'empêcher de commenter et de citer un peu longuement un article superbe de Paul Thibaud, "Diagnostic sur nos peurs et torpeurs"  - Le Monde du 18/11.

Quelques extraits commentés :

"Cela fait des années (depuis qu'ils ont baissé les bras devant le chômage) que nos gouvernements ne savent que réagir et non plus agir, qu'ils ont perdu le goût et le sens de l'avenir qui leur donnerait l'autorité de trier et de rationaliser les demandes sociales. Que l'Etat et la société soient dans une spirale d'impuissance et d'irresponsabilité, la situation du budget suffit à le montrer."

Jusque là, rien d'original, Baverez dit la même chose...

"La France n'arrête pas de se faire la leçon à elle-même, en présupposant que ce ne peut être que salutaire. Mais ne s'acceptant pas, ne se comprenant plus, le pays se vide de la confiance nécessaire pour retrouver des capacités et se fixer des buts. Le point décisif est la perte de tout sentiment de maîtriser l'avenir, de toute capacité de s'y projeter. [...]

Les idéologies progressistes manquant, nous aurions pu nous appuyer sur cette confiance en soi qu'est le patriotisme : il permet d'accueillir l'avenir parce qu'on croit pouvoir lui faire face comme le pays l'a fait d'autres fois. Cette source de sérénité, l'Angleterre ou l'Amérique en disposent. Au contraire, la France et ses voisins se sont voués à un démocratisme désincorporé qui, sans égard pour l'état du monde extérieur, a répandu une morale de l'intention, désarmé l'Etat, émancipé toujours plus l'individu, multiplié les droits sociaux, effacé les différences entre nationaux et étrangers... pour aboutir au brouillage où nous nous débattons hargneusement.

De cette manière, nous nous empêchons de mener une vie de citoyens. Nous ne sortons pas d'une confrontation désolante entre ce que nous devrions être et ce que nous sommes. Cet idéalisme sans volonté, passif, empêche les institutions de fonctionner, comme le montre l'exemple de l'école, paralysée par des réformes qui ont prétendu imposer comme une règle un enseignement sans échec. Nous sommes installés dans cette contradiction qu'est un idéalisme sans projet, qui démoralise ceux qui exercent les responsabilités et attise une infinie récrimination.

Dans un article aux accents testamentaires, François Furet insistait sur le "déficit spirituel" dont souffre la France, désignant ainsi l'absence d'une conviction, d'un attachement ultime sur quoi on peut s'appuyer pour rebondir et reformuler un espoir. La République avec son admirable devise fut un point d'appui de ce genre, notre religion civile. Cette référence est bien près de devenir une nostalgie, mais depuis que la patrie européenne n'est plus un espoir crédible, nous n'en avons pas d'autre. Nous devons essayer de la désembourber en lui associant un projet, une stratégie pour rendre au pays à la fois une capacité de se gouverner et un horizon."

Là, tout change : stop l'Europe, vive la République ! Enfin !

Il ne s'agit pas de dire Vive la République en sautant sur sa chaise comme un cabri, mais bien de réformer. Raffarin puis Villepin l'ont dit. Mais Paul Thibaud rappelle que pour que le gouvernement soit suivi dans sa volonté de réformer, "Il lui faut faire une proposition qui soit immédiatement légitime et acceptable, qui soit une réaffirmation du principe de justice sociale. Celui-ci est évidemment compromis (c'est une des raisons sous-jacentes aux agitations présentes) quand on demande des concessions aux salariés, considérant comme des privilégiés ceux qui ont un emploi stable, alors qu'on parle de l'impôt sur la fortune comme d'un archaïsme stupide."

Voilà qui sonne comme une baffe à Maurice Lévy, qui dans une tribune hallucinante cet été (dans Le Monde, 29 juillet 2005) terminait un appel aux sacrifices par un programme unique : baisse des impôts !

Enfin, l'une des causes principales de nos maux est nommée : "Désormais, il est clair que l'Europe ne sera pas une nation. La conséquence à tirer de ce fait est que l'Europe ne doit pas empêcher de vivre, étouffer de contraintes ce qu'elle ne peut pas remplacer, même si l'ouverture des nations et des sociétés qu'elle a organisée subsistera."

Je ne sais si cet article fera du bruit ou ne recueillera qu'un silence poli, mais je prends les paris que tout candidat à la prochaine présidentielle qui en tirera les conséquences fera un tabac. Il lui faudra pouvoir dire :

1. tant pis pour les invraisemblables contraintes européennes :
           
          - Le pacte de stabilité doit être assoupli sans quoi  la France sortira de l'euro sous 24 mois ;                  - la France redevient maîtresse de la définition de ce qu'est, chez elle, un service public et seules les discriminations entre entreprises privées françaises et européennes sont une distorsion de concurrence (que l'on songe que ces derniers jours, c'est l'Europe qui a fait traîner le conflit social à la SNCM parce que l'Etat ne pouvait pas conserver plus de 25% de cette société, que la Commission s'apprête à attaquer encore EDF, cf. article de Libération, etc...)

2. pour redresser les finances publiques il faut des sacrifices partagés : pas question de restreindre les protections sociales sans hausse des impôts. On doit même pouvoir trouver des droits nouveaux à créer et à garantir pour le futur de la France (gratuité des crèches par exemple)...

Il y a bien sûr matière à réfléchir encore pour préciser un tel programme. Mais quel beau socle, ou préambule, vient ici offrir Paul Thibaud !

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Jeudi 17 novembre 2005
Un ami sarkozyste m'a reproché mon billet précédent, trop détaché des dures réalités. Je trouve cependant qu'Alain Badiou fait aussi état de réalités lorsqu'il raconte les contrôles d'identité incessants subis par son fils adoptif noir. Que Gilbert Bonnemaison est courageux lorsqu'il évoque un temps où des maires de droite et de gauche s'unissaient pour penser la prévention. Que Nicolas Sarkozy s'en sort bien, alors que son attitude consistant à aller faire le matamore régulièrement dans les banlieues n'a pas contribué à calmer la situation - et qu'au fond, sur les banlieues, il n'a pas fait grand chose.

Un point sur lequel je suis d'accord : le métier de policier est certainement l'un des plus durs qui soient. Pour cela, j'aurais aimé que Le Monde, qui, dans son édition du jour publie un article de Rémi Barroux, "le secrétaire général de la CES cible Sarkozy et Le Pen", fasse un vrai travail d'enquête ou se taise.

Que le secrétaire général de la Confédération Européenne des Syndicats confonde Sarkozy et Le Pen, c'est son problème. Que le secrétaire général de la CFTC, M. Voisin,  fasse la même confusion est plus étonnant. Que le journaliste n'enquête pas lorsque ce même M. Voisin traite le syndicat CFTC-Police de repère de Villiéristes est encore plus étonnant. Selon l'article ce syndicat policier se voit reprocher, par son propre secrétaire général, deux déclarations. L'une où la CFTC Police réclamait l'intervention de l'armée lors des émeutes (M. Voisin était sans doute en pyjama lorsque ses troupes étaient en train de se recevoir des cocktails molotov), l'autre où, pour se justifier, un responsable CFTC-Police expliquait que les jeunes étaien lourdement armés et que la police n'était pas équipée pour cela. On ne voit pas très bien où est le villiérisme dans cela.

Sur des événements aussi importants, j'aurais apprécié que Le Monde n'écrive rien, où écrive un article fouillé avec plus de recul. La course à l'actu rend fade.

Pour revenir à Sarkozy, c'est avec Fabius, et, peut-être Villepin, l'un des hommes politiques les plus pros de notre pays. Ce n'est pas diminuer ses qualités que de constater qu'avec l'affaire des banlieues il ne s'est rattrapé que de justesse...
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Mercredi 16 novembre 2005
Nicolas Sarkozy peut être content de son agit-prop sur la sécurité : il a finalement réussi à faire oublier qu'il a en grande partie déclenché les violences dans les banlieues. Les sondages le donnent en hausse de 11 %.

Si l'on en croit Intellipulse (service que j'avais décrit ici), il a réussi à s'imposer aussi dans la blogosphère :



Il est intéressant de comparer avec l'immédiat après-référendum, où Le Pen devançait le ministre de l'intérieur en nombre de citations. Sur le sujet des banlieues, Sarkozy dame le pion à Le Pen.

Techniquement, Sarkozy applique l'une des recettes décrites par Malaparte dans "technique du coup d'Etat", rappelée par Christophe Nick dans son livre "Résurrection" : en période de trouble, il ne faut pas craindre d'en organiser soi-même. On est mieux placé pour éteindre les incendies qu'on a allumés. Jusqu'au jour où l'on finit pas se brûler ? Chaque visite dans une cité ressemble à une provocation gratuite quand toute l'action de Sarkozy conduit à ne parler que de sécurité dans un optique de répression.

Sarko a une chance immense : la gauche est silencieuse dès qu'il s'agit de sécurité (testez sur Intellipulse, personne à gauche ne se détache au moment où le sujet des banlieues monte). Ce ne sont malheureusement pas les dénonciations de Mathieu Kassovitz qui remettront à sa place cet agitateur de Sarkozy, ni le papier courageux de Gilbert Bonnemaison (titré : "la prévention, l'unique politique utile et durable") dans le Libération d'aujourd'hui, ni le témoignage émouvant d'Alain Badiou dans Le Monde, sur les humiliations dues aux contrôles policiers incessants subis par son fils adoptif noir.

Il ne reste qu'à attendre que la gauche redevienne la gauche, et qu'elle sache dans un cadre républicain, remettre en perspective les nécessités conjointes de la prévention, de la répression et du retour à la croissance.





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Mardi 15 novembre 2005
Jean-Paul Baquiast anime une réflexion sur les technologies et la démocratie très riche et intéressante (voir site admiroutes).

Il pense - c'est son droit le plus strict - que l'Europe pourra permettre à la France de faire contrepoids aux Etats-Unis (voir notamment le site http://eurotopia.over-blog.com pour savoir ce que l'on peut en penser).

Il pense aussi que Laurent Fabius a fait s'effondrer la construction européenne (cette idée à elle seule suffirait à disqualifier l'ensemble de ce projet-baudruche, qu'un simple coup d'épingle parviendrait à dégonfler).

Voilà ce qu'il écrit en conclusion d'un article intitulé La Pologne fait tout pour se faire détester par ceux qui croyaient encore aux valeurs européennes : "A quand le fascisme? Merci, une nouvelle fois, à Laurent Fabius. Il a l'Europe qu'il voulait. Cela lui permettra de faire des effets de manche. 13/11/05".


Je lui ai donc écrit pour lui dire le fond de ma pensée :

"Monsieur, votre texte sur la Pologne (La Pologne fait tout pour se faire détester par ceux qui croyaient encore aux valeurs européennes) se termine par une attaque contre Laurent Fabius totalement déplacée : "A quand le fascisme? Merci, une nouvelle fois, à Laurent Fabius. Il a l'Europe qu'il voulait. Cela lui permettra de faire des effets de manche. 13/11/05"

Que je sache, Laurent Fabius n'est pour rien dans le vote des électeurs polonais. Cessez de le prendre comme bouc émissaire, c'est aussi une démarche qui peut mal tourner.

Lorsqu'il constate que le vote au sein du PS n'est pas blanc bleu, il ne fait que parler d'un phénomène bien connu : les fédérations (y compris fabiusiennes parfois, admettons le) ont des pratiques qui ne sont pas toujours très transparentes.

La construction européenne est dans un état lamentable parce qu'elle découle d'une conception absurde d'un internationalisme sans nations, pas à cause de Laurent Fabius. Pensez-vous sérieusement que Peter Mandelson aurait une attitude autre si le oui était passé en France ?

Il serait utile que vous adoptiez, en politique, une démarche aussi rationaliste que celle que vous prônez dans les domaines techniques et scientifiques : cessez de prendre Laurent Fabius comme bouc émissaire, et réfléchissez peut-être à ce qui vous irrite chez lui : il a le tort d'avoir raison avant les autres.

Cordialement,
un lecteur fidèle."



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Lundi 14 novembre 2005
Horreur de découvrir que Ségolène est la personnalité de gauche aujourd'hui la plus présidentiable. Non parce que c'est une femme, mais parce que la plupart de ses déclarations me semblent toujours balancer entre la réaction la plus crasse et  la démagogie pateline doublée d'un paternalisme moralisant. L'horreur donc. Pour l'occasion, je reprends un petit topo sur elle que j'avais rédigé sur mon site précédent, en 2004 :

Ségolène Royal s'était déjà distinguée en réclamant que les collégiennes ne portent pas de culottes dépassant de leur pantalon. Elle montrait par là le profond mépris qu'elle peut avoir pour le libre choix de jeunes filles qui ne lui ont rien demandé. Ce n'est pas grave, ce qui compte c'est l'électorat ciblé par Mme Royal(e ?). Ce matin, sur France Inter, toujours Mme Royal, interrogée au sujet de l'anniversaire du Président. Réponse, de mémoire, "il ferait mieux de s'occuper des français au lieu d'aller à l'étranger". Je vous laisse le soin de deviner qui est, là, le public cible de Madame...

Il est évident que cette critique est toute épidermique. Il est quand même déprimant de constater que la même semaine ou madame s'installe au zénith, Fabius se traîne au congrès du PS alors qu'il a, tout de même, une autre hauteur de vue...

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Samedi 12 novembre 2005
Tout a un prix dans ce bas monde, et les blogs n'échappent pas à la règle. AOL a racheté récemment un Weblogs Inc, un portail de blogs, et Tristan Louis s'est amusé à calculer la valeur de chaque blog à partir de la part des liens qu'il attirait, en proportion des liens totaux vers les blogs de Weblogs Inc (ce qui suppose que la valeur d'un blog vient plus des liens qu'il attire que de sa fréquentation).

Un site qui recense des "bons plans pour gagner de l'argent" a mis en ligne un petit module qui calcule automatiquement la valeur d'un blog d'après ces mêmes critères... Terrible nouvelle, mon blog ne vaut  : rien !


My blog is worth $0.00.
How much is your blog worth?

Encore quelques efforts pour être millionnaire...


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Samedi 12 novembre 2005


Si j'en crois le site de la FNAC, ce manga est fidèle, dans ses grandes lignes, au livret de l'opéra de Mozart. Dans les détails il est curieux, un peu baroque, puisque les personnages sont dans des costumes japonais, avec quelques détails italianisés par moment. Cela n'empêche pas le valet de Don Giovanni, Leporello, d'être...un automate, une sorte de robot humanisé. L'ambiance est donc curieuse mais si on passe les premières pages (ce qui est facilité par le fait que le sens de lecture occidental a été rétabli), on se rend compte que le livre est aussi plein d'humour et que c'est finalement sa marque principale.

- Donna Elvira (à Don Giovanni) : "menteur, salaud, fripouille, obsédé sexuel à voile et à vapeur, fumiste, pervers"
- Leporello : "je vois que vous connaissez tous les titres de mon maître"


- Don Giovanni (à Leporello) : "tu vois toujours tout en noir"
- Leporello : "je suis de fabrication japonaise"
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Vendredi 11 novembre 2005
  

Ces deux BD sont liées. D'abord parce que je les ai lues ensemble ; et ensuite et surtout parce que ce sont deux exemples brillants de récits autobiographiques dessinés. Le combat ordinaire est en noir et blanc magnifique et décrit l'installation de l'amour chez un couple en danger. En danger comme tous les couples modernes où l'on se pose tous les jours la question de savoir si l'on continue, mais également parce qu'elle, récemment divorcée, est porteuse du virus du sida. La BD de Larcenet est à la fois plus légère (scènes de délire entre deux frères réjouissantes) et plus grave (le héros y souffre de crises d'angoisse rudes). Les deux albums sont magnifiques. Pour ceux qui auront envie de continuer avec Manu Larcenet, j'ai aussi lu en même temps "une aventure rocambolesque de Sigmund Freud". A lire avec ironie, en retenant que l'album venant avant le "combat ordinaire", Larcenet avait visiblement des comptes à régler avec la psychanalyse et qu'il s'accomplit de sa tâche avec humour, en campant un docteur Freud à la conquête du Far-West excellent.

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Mercredi 9 novembre 2005


Une très belle série, dont quatre épisodes sont parus à ce jour. Elle se situe à Londres, à la fin du XIXe siècle, dans une ambiance victorienne, c'est à dire un mélange de rigueur apparente et de débauche à peine voilée. On y croise d'ailleurs Lewis Caroll, dont l'attirance pour les jeunes filles, sublimée dans Alice, cadre bien avec l'esprit du temps tel que décrit dans la série. Il y a également une séance de spiritisme, quelques meurtres à la manière de Jack l'éventreur et une intrigue bien menée, parcourue de personnages plus ou moins sympathiques mais bien campés. Une bonne référence.
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Lundi 7 novembre 2005
Comme souvent, emporté par son envie d'être le meilleur, celui qui n'a pas froid aux yeux, Nicolas Sarkozy s'est pris les pieds dans le tapis. Il apparaît aujourd'hui nettement comme celui qui a mis le feu aux poudres dans les banlieues françaises - il ne l'a pas inventé mais a voulu s'en servir et, comme pour illustrer l'adage, cela lui est tombé sur le nez.

Pour se remettre en selle, Sarko a fait acheter par l'UMP des mots-clés Google : quand vous cherchez des mots dans Google tels que banlieues, insécurité, gauchiste, c'est une pub pour l'UMP qui s'affiche dans les liens commerciaux, et vous demande de soutenir l'action du petit Nicolas (info relevée sur ITligentia, qui la tient de Jean Veronis). Jusque là, rien d'étonnant si ce n'est que quelques jeunes UMP ont convaincu le patron d'acheter des mots clés (ça a dû couter cher, car l'UMP a aussi annexé : jospin, démocratie, parti socialiste, gauchiste).

Seul petit problème, c'est qu'en revanche, quand vous tapez Iznogoud dans Google, Nicolas Sarkozy n'est plus en première place, alors qu'il y était il y a encore une semaine. De là à imaginer que Google a remonté le classement du film Iznogoud à la suite de l'achat de plusieurs mots clés par l'UMP... (bon, ça marche encore en sens inverse : tapez nicolas sarkozy, vous trouverez bien Iznogoud. Peut-être que les équipes de l'UMP essaient de faire remonter le site Iznogoud en créant de faux liens).

En tout cas, si le procédé vous indigne, cliquez sur le lien vers l'UMP à partir du lien commercial de Google, ça alourdira la facture de l'UMP chez Google : allez-y !


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Lundi 7 novembre 2005
          

Deux BD montagnardes ? Le fait que ces deux BD se déroulent l'une et l'autre sur les sommets est un point commun évident mais anecdotique. Elles sont surtout une excellente illustration de la capacité de la BD d'aujourd'hui à parcourir le monde et à aborder tous les sujets.

- Le Photographe est un album très original, qui utilise les photographies de Didier Lefèvre comme support à une bande dessinée classique. Certaines vignettes sont des photos, d'autres des dessins, et le tout forme un ensemble parfaitement évident, nullement artificiel. On suit ainsi une caravane de Médecins sans frontières en Afghanistan en 1986. Les litanies d'ânes chargés de bazookas qui défilent au milieu de paysans pauvres font bien comprendre la naissance d'une situation explosive qui dure encore...

- Le sommet des Dieux est un manga superbement illustré par Jiro Taniguchi, qui permet de suivre des personnages forts de l'alpinisme japonais, au Japon d'abord, puis au Népal. N'y connaissant rien, j'ai pourtant été captivé par ces histoires d'exploits et de rivalités où les protagonistes mettent leur vie en jeu. Il faut s'habituer à lire à l'envers (de droite à gauche, en commençant par la fin !), mais ça en vaut largement la peine.

Des deux, le sommet des dieux est sans doute le plus bel album, mais l'un et l'autre peuvent être achetés sans hésitation, les yeux fermés !
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