Commentaires

Sélection

lalettrevolee  @  yahoo.fr

W3C

  • Flux RSS des articles

Recherche

Calendrier

Décembre 2005
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
Dimanche 25 décembre 2005

Un très bon livre pour comprendre non seulement un juge qui s'en va, mais aussi comment c'est aussi un monde simplement humain qui chaque jour recule. Laurent Leguevaque est apparemment entré dans la magistrature pour se mettre au service de la justice. Il en sort après s'être rendu compte qu'on ne lui demandait guère que d'être obéissant.

Ceci résume à gros traits son parcours. Mais le livre est très précis dans la démonstration, et bien écrit. Il démonte intelligemment comment, par petites touches successives, gauche et droite se sont entendues pour réduire les pouvoirs des juges, en faveur de ceux du parquet (pour les profanes complets, les juges sont plus indépendants que les membres du parquet, « l'accusation », même si l'un et l'autre appartiennent au même corps).

Apparemment très sensible (à la connerie et au conformisme), cet ex juge a dépassé la dénonciation des mesquineries quotidiennes de sa hiérarchie pour brosser un état de la justice en 2005 qui n'est pas reluisant. Il aborde à la fin des suggestions pour rendre un sens, et une dignité, à la fonction de juge : recourir à l'élection de ces magistrats si particuliers. Cela paraît provocant au début, mais l'auteur explique bien en quoi c'est une proposition différente de ce qui existe dans le monde anglo-saxon. Un peu rapide et certainement à creuser, mais vraiment intéressant. Un très bon livre.

A lire vite, par parenthèse, avant que l'Union Européenne n'ait réfléchi à notre place, cf. l'intitulé d'un colloque à venir en 2006 :

"La procédure pénale en quête de cohérence, L’avenir : vers une justice européenne ?

M. Robert Badinter - Sénateur, Ancien Président du Conseil Constitutionnel, Ancien Garde des Sceaux, Ministre de la Justice"

voir : http://www.courdecassation.fr/manifestations/tableau

Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Publié dans : Essais / Histoire
Vendredi 23 décembre 2005
Salman Rushdie a lui, écrit un article intéressant où il condamne les excès du multiculturalisme : "le multiculturalisme est trop souvent synonyme de relativisme culturel ­ une position nettement moins défendable, et qui sert trop souvent à justifier des attitudes réactionnaires et oppressives, à l'égard des femmes notamment.". C'est ainsi que de bonnes âmes cherchaient en France, il y a quelques années, à justifier la pratique de l'excision.

Il ne s'agit pas de nier l'existence de la diversité culturelle, mais simplement de laisser la possibilité à chaque culture, ou ensemble culturel, de choisir ses valeurs communes fédératrices.

Pour aller un peu plus loin, cela suppose qu'à une communauté de valeurs (une nation ?) corresponde un système de valeurs (des lois) et un territoire. On peut postuler qu'il y a un corps commun de valeurs universelles (les droits de l'homme), dont le respect doit prévaloir sur les lois locales, c'est souhaitable. Mais en étendant sans cesse le domaine des droits de l'homme, on s'expose à des conflits de plus en plus nombreux entre principes à la fois primordiaux mais inconciliables, et surtout on rompt le lien, la correspondance nécessaire entre un peuple, un territoire et un système légal.

Peuple, territoire sont des notions fortement connotées. L'Allemagne des années 30 en a fait un usage atroce. C'est pourquoi les droits de l'Homme les plus nécessaires doivent primer sur toute considération (la liberté d'expression au premier rang).

Ce principe acquis, il est bon de ne pas vouloir briser trop vite toute spécificité nationale. Comme conclut Salman Rushdie : "Comment une société, même parmi les plus tolérantes, peut-elle espérer s'épanouir si ses citoyens ne sont pas à même d'exprimer ce qui fait le prix de leur nationalité, si, interrogés sur ce que représente pour eux le fait d'être français, indiens ou britanniques, ils ne parviennent pas à fournir des réponses claires ?"

Il faut, lisant cela, comprendre et admettre que chaque jour, la construction européenne tâche de nous rendre un peu moins français, britanniques, lituaniens ou autre, et un peu plus consommateur décérébré. Il ne faut pas s'étonner si, par la suite, les européens ne paraissent pas "épanouis" mais au contraire déprimés.

(Le texte de Salman Rushdie fait un heureux contrepoint, nuancé, généreux, profond, aux simplifications outrancières publiées, également dans Libé, il y a quelques jours).

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Politique
Jeudi 22 décembre 2005
« Rien ne fait plus mal à l'âme du peuple  que la froideur des gouvernants. » Clémenceau, cité
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Citations
Mercredi 21 décembre 2005
Voilà ce que l'on pourrait écrire si l'on voulait traiter l'information avec la grande finesse du Monde. Le sondage récent sur l'influence des idées du FN continue de faire parler de lui, ici, ou . J'avais remarqué que Le Monde avait déjà procédé de cette façon l'an dernier (cf. un billet antérieur). Juste au passage, la journaliste est la même que celle qui avait conclu au fait que le socle du Non était l'extrême droite, pour démentir aussi non le lendemain. A croire qu'il y a un véritable intérêt à fairer passer le peuple français pour un ramassis de fachos.

Pourtant ! Un sondage Eurobaromètre, le n°63 publié en septembre dernier, place les français en poistion très honorable sur une question telle que "Quels sont les deux principaux problèmes de votre pays actuellement ?". Le pourcentage des gens qui citent l'immigration dans chaque pays européen est relevé et classé par mes soins dans le tableau ci-dessous.

Qu'en conclure ? Que tout d'abord la France est "trois fois moins raciste que le Royaume-Uni, ou le Danemark", si on veut faire aussi fin que Le Monde.

Qu'ensuite, ce genre d'analyses est disponible sur le net depuis trois mois, et que Le Monde, quand il commente un sondage, fait comme si rien d'autre n'existait. Ce n'est pas du journalisme, mais de la communication (à ce niveau, propagande est même plus adapté comme terme).

Il y aurait beaucoup à dire. Juste quelques remarques quand même en passant :

- sur le site de l'Union Européenne, ne cherchez pas ces études Eurobaromètre en français, elles ne sont disponibles qu'en anglais et allemands ;

- notez que la Turquie est déjà dans les panels d'Eurobaromètre (à l'époque la candidature n'était même pas acceptée) ;

- que ces chiffres aident à relativiser les élucubrations de cette française enseignante au Royaume-uni, qui ne voyait là bas que cohabitaion harmonieuse et chez nous l'enfer sur terre.

Pour télécharger l'étude, c'est ici. Les chiffres du tableau ci-dessous sont en page 26.

1
Danemark 31
2
Royaume-Uni 31
3
Espagne 30
4
Belgique 18
5
Malte 17
6
Luxembourg 16
7
Autriche 16
8
Italie 15
9
Pays-Bas 13
10
Irlande 12
11
France 11
12
Chypre 9
13
Suède 8
14
Lithuanie 7
15
Finlande 7
16
Grèce 6
17
Allemagne 6
18
Portugal 5
19
République Tchèque 4
20
Hongrie 3
21
Estonie 3
22
Pologne 2
23
Slovénie 2
24
Lettonie 2
25
Slovaquie 1
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Publié dans : Media
Mercredi 21 décembre 2005
Encore un roman de gare (l'auteur cite lui même l'expression encore plus précise d' "airport thriller"). Ce polar n'est pas mauvais, il est juste un peu trop tout sans jamais aller assez loin. trop de sang pour un thriller psychologique, trop de suspense pour un roman, trop de dialogues pour un James Bond...

Tous réunis pour un enterrement de vie de garçon, d'anciens camarades de collège passent quelques jours à la campagne. Un ami extérieur à ce groupe (le narrateur, surprise), se révèle être de trop pour certain participant.

Il faut dire que la classe de collège a été marquée par un enseignant plus ou moins pédophile, et des histoires qu'on croyait enterrées ressurgissent. Elles ressurgissent cependant un peu trop doucement, et le livre pourraît finalement être plus court et gagner en nervosité.

On finit cependant par se prendre au jeu, et quelques personnages, comme Gubby le psychiatre sont assez intéressants. Et dans quelques passages, la rudesse des rapports entre adolescents n'est pas mal rendue.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Polars
Mardi 20 décembre 2005
Les précédents polars de Denis Lehane m'avaient beaucoup plu : des personnages profondément humains, des intrigues au carré, rythmées - l'univers du polar habituel. Ici, Lehane applique une recette classique en plongeant des acteurs-type du polar (deux détectives) dans un univers autre : un bagne pour prisonniers mentalement dangereux.

Pour que cela réussisse, il faut que l'intrigue tienne la route mais également que l'on découvre et comprenne un univers nouveau. La tentative échoue de ce deuxième point de vue : l'histoire est pleine de rebondissements mais l'aperçu des querelles internes au monde de la psychiatrie criminelle n'est qu'effleuré. "Speaking in Tongues", de Jeffery Deaver, qui faisait également figurer un psy, était aussi décevant, alors que Batya Gour a réussi un superbe "Meurtre du samedi matin", ou que Caleb Carr épatait avec son génial Lazlo Kreisler, aussi bien dans "l'aliéniste" que dans "l'ange des ténèbres".

Un livre très correct, haletant, mais finalement décevant tant la dextérité de l'intrigue prime sur l'enjeu d'un combat entre psychiatres pro-médicament, pro-charcutage chirurgique ou enfin psychiatres adeptes de thérapies humaines, par la parole. Ce sujet aurait pu être passionnant mais n'est que très rapidement abordé et c'est dommage.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Polars
Jeudi 15 décembre 2005
Entendu ce matin (14/12) à France Inter : "M. Sarkozy se rendra au Quatar, où il parlera à la radio Al Jazeera. Il s'adressera par ce biais aux jeunes des banlieues françaises." (transcription approximative).
Ils n'ont rien compris. Comme si le problème des banlieues était religieux et lié au Moyen-Orient !

1. les renseignements généraux n'ont rien vu d'ethnique ni d'organisé dans ces mouvements. Ce n'est donc pas la peine de chercher le vecteur magique qui permettra de raisonner les banlieues ,

2. Marseille n'a pas bougé, Paris oui (merci Le Monde, qui n'écrit pas toujours que des banalités). Qu'est-ce que cela veut dire ? Peut-être y a t-il un problème parisien, qui est que pendant longtemps Chirac a vidé Paris intra muros de ses pauvres et immigrés, pour les entasser en banlieue (banlieues communsites ravies d'accueillir de nouveaux électeurs d'ailleurs). Sauf qu'à terme on a créé un problème explosif et qu'il suffit d'une allumette (racailles !) pour que tout saute.

Ce qu'il faut ce n'est donc pas causer via Al Jazeera, mais bien réintégrer les citoyens des banlieues parisiennes (en intégrant les deux couronnes parisiennes dans Paris, par exemple).

Mais ça, peut-être faudrait-il le faire dire par radio Budapest pour que Sarkozy le comprenne...


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Politique
Mercredi 14 décembre 2005
En décembre 2003, j'écrivais ceci, sur mon blog précédent :

"22% de français adhèrent aux idées du FN : un titre énorme à la une du Monde. Tout ça pour la 16ème édition d'un sondage qui montre plutôt une légère décroissance des idées du FN, ou une stabilité si l'on veut rester prudent.

Donc deux pages pour rien, aucun fait neuf, pas d'analyse intéressante, le vide. Imaginent-ils que Le Pen a pu faire 17% aux présidentielles par hasard ? Pourquoi aujourd'hui ce titre ? De quoi faire frémir les élites et les convaincre de ce qui pourrait arriver si l'on écoutait la populace ? Ce pourrait être une lecture à la Péan-Cohen. Peut-être aussi n'est-ce qu'une manière de vendre et de rentabiliser un sondage...
Dans tous les cas c'est nul. Ca me conforte dans mon choix : je lis Libé en entier et je parcours Le Monde, au cas où."


En décembre 2005, même sondage, même problème. Certes, le pourcentage de français qui se jugent en accord avec Le Pen augmente de 2% (moins que la marge d'erreur du sondage). Quelques autres indicateurs sont à la hausse, d'autre àa la baisse. Un mois après la crise des banlieues, il n'y a sans doute pas de quoi titrer que "les idées du FN s'imposent dans l'opinion".

Surtout qu'un sondage européen paru cet été montrait que les français étaient les moins racistes parmi les pays de L'Union et qu'il n'avait pas fait les gros titres.

Bref, venant d'un journal qui a récemment pris fait et cause pour Sarkozy, quelle incohérence encore une fois !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Media
Mardi 13 décembre 2005
Désolé, mais ce roman d'espionnage exceptionnel n'existe pas en français ! L'Histoire d'André Szara, journaliste soviétique juif dans les années 30, est pourtant un grand livre.

On y suit les tribulations, à travers l'Europe des années 30, de ce journaliste qui travaille à l'occasion pour les services soviétiques et doit se méfier à la fois des ennemis nazis, mais aussi se tenir à l'écart des querelles internes meurtrières entre les divers clans de l'URSS d'alors.

L'intrigue est parfaitement menée et, surtout, on perçoit, au fil des pages, quelques-uns des sentiments qu'ont dû vivre les européens des années 30 : le chaos des idées, la brutalité des deux camps, allemand et soviétique, donnent une atmosphère noire dans laquelle on ressent particulièrement la faiblesse des individus. Un grand livre, dont je financerais bien la traduction et l'édition si j'en avais les moyens !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Polars
Dimanche 11 décembre 2005
C'est bête et méchant, mais c'est plus fort que moi, je ne résiste pas à afficher ça, reçu hier :



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Politique
Samedi 10 décembre 2005
«La société française a tout fait pour que les pauvres soient à Clichy-sous-Bois. [...] S'ils n'avaient pas été abandonnés par la République, ils n'auraient pas eu à faire de choix identitaire. La République française est devenue un archipel, on a laissé dériver certains continents, il en va du quart monde comme du tiers-monde, pour lequel ma génération lutta.»

Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois, sur la crise des banlieues. Très belle interview dans Libération, le 8 décembre 2005.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Citations
Vendredi 9 décembre 2005
De mon point de vue, Jospin a franchi hier un grand pas vers une nouvelle candidature à la présidentielle. En invitant les socialistes à exercer un droit d'inventaire sur son propre quinquennat (danus une interview aux Echos), il a doublement bien joué : et d'une il reconnaît qu'il y a bien des raisons à sa défaite et que l'extrême gauche prospère sur les erreurs du PS, et de deux il suggère qu'il s'agit d'un échec collectif et pas personnel (extrait de l'interview : "Et vous-même, où en êtes-vous ? On ne se juge pas soi-même. Je n'appartiens pas à la philosophie du mea culpa." Dieu, que quelq'un l'aide à se décoincer sinon il va encore se tauler !).

Son message a d'ailleurs été bien compris : Hollande a invité à regarder l'avenir, pas le passé (genre ingrat), Jack Lang a suggéré que le bilan ayant été excellent, peut-être fallait-il regarder du côté du candidat ?! L'ambiance est toujours fraternelle au PS.

Sur le fond, et pour suivre le conseil de Yoyo, je reproche aux socialistes période 1995-2002 :

    - d'avoir été infoutus de dénoncer le carcan libéral européen ;
   
    - d'avoir baissé les impôts démagogiquement, donnant à croire que moins d'Etat c'est mieux (Fabius est le premier coupable, mais Yoyo a laissé faire) ;
      
    - spécialement, la suppression de la vignette automobile est idiote deux fois. La première à cause de la critique précédente (baisser les impôts hors de propos c'est laisser croire que l'Etat c'est toujours mal), la deuxième c'est que vraiement c'est à l'encontre de tout ce qui est développement durable. La vignette compensait à peine toute les externalités liées à la voiture individuelle, et freinait la vente de grosses cylindrées. Sans doute pour moi la palme de la mesure la plus démago de la décennie ;
     - sur la Corse, les expérimentations législatives ont coûté cher d'abord parce qu'elles étaient idiotes et ensuite parce qu'elles ont entraîné le départ de Chevènement ;
    - Schramek, directeur du cabinet, aurait dû être viré lorsqu'il s'est pris pour quelqu'un de plus important qu'un ministre (également en publiant un bouquin en plein exercice), en couvrant ses conseillers contre Chevènement.

J'en laisse pour d'autres jours mais c'est déjà pas mal...

En attendant, et pour revenir à Jospin, sa stratégie n'est pas mauvaise, et en terme de blogométrie, il remonte doucement mais régulièrement :



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Politique
Jeudi 8 décembre 2005
Mardi, dans un article du Monde, très fleur bleue, Mme Reding, commissaire européen "aux médias et à la société de l'information" (il faut bien trouver 25 titres de commissaires), se félicite de la création des domaines en .eu : " [...] Monsieur Bernard Dupont, qui aimerait créer son propre site Internet, découvre avec dépit que les extensions ".fr" et ".com", utilisant des dérivés de ce nom extrêmement répandu, sont déjà utilisées. Il pourra enfin enregistrer une adresse Internet ou courriel avec".eu", telle que www.bernard-dupont.eu ou www.bdupont.eu. [...]"

Au nom de tous les Bernard Dupont, réjouissons-nous. Ce que Mme reding n'explique pas, c'est que ce nom de domaine a dû être approuvé par l'ICANN, donc passible d'un veto du Department of Commerce américain, qui vient juste de bloquer la création des domaines en .xxx

Mais cela n'est pas grave, Bernard Dupont ne comprendrait probablement pas.

(pour les curieux, on peut trouver en ligne quelques citations où notre brave Commissaire montre un demi croc face aux Etats-Unis. Dans un article au titre désopilant "ICANN? We all can" (sic) Viviane réclame la fin du contrôle américain sur l'ICANN. Elle réclame surtout que l'ICANN échappe au contrôle d'autres états ou à l'ONU, et que l'ICANN reste une société de droit privé. Bref, rien de bien méchant pour les Etats-Unis, qui continueront longtemps à contrôler l'ICANN.)

J'oubliais : Mme Reding a été membre de l'assemblée parlementaire de l'OTAN, c'est sur son CV.

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Europe : stop !
Mercredi 7 décembre 2005
C'est peu dire que l'enthousiasme pour la synthèse socialiste ne règne pas. Qu'après s'être empaillés pendant six mois, tous les éléphants (sauf Arnaud Montebourg, puni pour avoir voulu sauver son concept marketing, la VIème république) se soient serrés la trompe autour d'un texte commun me laisse rêveur. La logique aurait voulu que Laurent Fabius devienne premier secrétaire, point.

Un premier secrétaire courageux aurait pris acte du fait que son orientation en faveur du Oui avait été violemment désavouée le 29 mai dernier, et aurait démissionné pour laisser la place au leader du Non.

Il n'en a rien été, nous avons donc une direction qui laisse un strapontin un peu moins petit aux fabiusiens, continuant ainsi la guerre de tranchées. C'est pitoyable. Pire, il aura été refusé à Fabius d'inclure dans la synthèse la nécessité que le futur président de la République ne ratifie pas le traité constitutionnel européen. Il a finalement été écrit : «Le vote des Français le 29 mai sera respecté».

Ce n'est pas en s'éloignant ainsi continûment des électeurs au bénéfice de ses militants que le PS regagnera la confiance populaire.


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Politique
Mardi 6 décembre 2005
Hallucinant de voir à quel point nous, les français, pouvons être capables d'auto-dénigrement. Dans une interview à Libé, Danièle Joly, une chercheuse française qui travaille au Royaume-Uni, nous joue un numéro incroyable sur le thème les anglais sont géniaux et les français sont nuls.

Elle remonte aux incidents britanniques à Brixton, pour souligner la qualité de la réaction britannique : un rapport d'enquête, un rapport parlementaire et tout va mieux. Je ne sais pas exactement combien de rapports ont pu être consacré aux problèmes d'intégration en France, mais je doute que nous ayons quoi que ce soit à envier à nos voisins en nombre de pages écrites.

Puis, un éloge de la décentralisation harmonieuse à la britannique : demandez à Sean connery pour l'Ecosse ou, surtout, aux irlandais, s'ils sont d'accord avec cette version idyllique des choses.

La supériorité du Royaume-Uni : "[..] l'existence d'outils efficaces contre la discrimination, qui ont fini par imposer l'adoption d'une certaine terminologie, instituer des interdits dans l'emploi d'un vocabulaire insultant, favoriser l'accès à l'emploi..." J'ai comme un doute sur le fait que rien de tout cela n'existe en France. Elle cite ensuite une étude qui prouverait que les prisonniers musulmans sont plus heureux au Royaume-Uni qu'en France. Outre que le bonheur en prison est un concept étrange, je ne sais pas si l'on peut prouver quoi que ce soit avec de tels sujets.

Après cela, Danièle Joly nous explique que grâce à une politique différencialiste et communautaire, la Grande-Bretagne a réussi là où la France a échoué. Le journaliste, peut-être un peu énervé par tant de manichéisme, finit par faire remarquer que c'est au Royaume-Uni que de jeunes musulmans ont fait sauter des stations de métro récemment. Réponse stupéfiante : "Gare aux amalgames ! On fait très souvent l'amalgame entre islam dit intégriste et islam radical, qui revendique jihad et attentats. C'est très dangereux." Traduction : les intégristes c'est bien, les radicaux c'est dangereux. On frôle le surréalisme.

Plus loin, il faudrait que la France s'excuse de la colonisation. Peut-être, mais sur ce sujet compliqué, il ne faudrait pas faire croire que les britanniques n'ont jamais colonisé personne. Ou encore, il faudrait se rappeler qu'une forme subtile du racisme, différentialiste, rappelée par Pierre-André Taguieff, consiste à considérer que chaque communauté est un monde clos, et qu'aucun point commun ne peut être trouvé entre Eux et Nous.

Bouquet final : "la France est contrainte de lutter activement contre la ségrégation, grâce à l'Union européenne : deux directives sont à intégrer, l'une sur l'emploi et l'autre sur les discriminations, issue de l'article 13 du traité d'Amsterdam. Ce travail législatif est en cours, mais avec quels moyens ? Il faut accepter de diagnostiquer la maladie : vous ne pouvez pas lutter contre quelque chose que vous ne connaissez pas. Nos sociétés font face à une reformulation complète, le mythe de l'homogénéité est mort, la République une et indivisible, c'était révolutionnaire... en 1789. Mais elle va à l'encontre du zeitgeist européen et international : l'esprit du temps, c'est la reconnaissance des différences culturelles, ethniques, régionales."

On frémit : la France aurait attendu des directives européennes pour se soucier de lutter contre les discriminations* ! 1789 c'est fini ! Vive le zeitgeist !

Quelle confusion intellectuelle ! Quelle m... étalée sur deux pages !

C'est pitoyable et c'était sur Libération, le 27 novembre dernier.


* il faut signaler par exemple que la loi Pleven de 1972, dite "contre le racisme", interdit par exemple les discriminations à l'embauche. L'article 13 du traité d'Amsterdam n'était pas encore écrit...




Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Media
Lundi 5 décembre 2005
Aprés une approche plus sérieuse, j'ai rapidement (ça prend une heure) lu ce petit opuscule de Corinne Maier. C'est un peu frustrant. Si l'on comprend bien, en parcourant ces pages, que Lacan et ses disciples sont tombés dans le jargon, on ne saura pas ni pourquoi, ni à partir de quand.

Et comme Corinne Maier se dit "psychanalyste lacanienne", malgré les excés qu'elle dénonce, on ne saura pas par quelle magie, cette secte jargoneuse mérite qu'on se réclame d'elle. Il ne faut donc surtout pas acheter ce livre pour comprendre, mais simplement espérer en retirer une ambiance faite de préciosité et - quand même - de concepts ingénieux, voire de termes donnés comme jargonnants mais passés dans le domaine public ("lien social" par exemple). C'est sans doute aussi le fait du format imposé par l'éditeur.

Il reste un morceau de bravoure assez drôle, la fable de la Cigale et la fourmi réécrite en lacanien :

"... quand la bise fut venue. Elle alla crier famine..." devient "Aux tout premiers jours de novembre, date annonciatrice de la déréliction des éléments et de la claustration du sujet, celui-ci commet un acting out..."
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Essais / Histoire
Dimanche 4 décembre 2005

Le Monde du 3/12 donne une interview très intéressante de Pierre Manent. L'homme est honnête et ses livres de philosophie politique - son thème de recherche - sont passionnants.

Il m'avait échappé qu'il était favorable au Non, en mai dernier, et j'ai découvert cela avec plaisir. En des termes clairs et pondérés, il fait ressortir clairement que du côté du Oui, tout a été fait pour nier (comme en 1983 avec le tournant de la rigueur) le tournant délirant de l'Europe supranationale.

Je le cite un peu longuement, mais je trouve que la rigueur de cet homme et sa simplicité, mise à côté de la boursouflure satisfaite d'autres intellectuels parisiens, se doit d'être savourée en totalité...


"Le référendum du 29 mai (sur l'Europe), c'est autre chose. Le non reflétait pour partie le discrédit de la classe politique, mais il était aussi une réponse à la question posée, qui portait sur le devenir de l'Europe. La preuve en est que les Hollandais et les Français, dont les cultures politiques sont différentes au possible, ont voté de la même façon. Le débat n'était pas entre pro et antieuropéens. L'Europe n'aurait pas pris une telle place, depuis cinquante ans, si elle n'avait la faveur d'une très grande majorité de la population.

Le problème est que l'Europe a commencé par une formule et a, ensuite, basculé dans une autre. Tant qu'il s'agissait d'une coopération entre vieilles nations qui acceptaient certaines mises en commun, tout allait bien. La vie nationale continuait et une nouvelle vie européenne se formait. Mais à partir d'une certaine date, disons Maastricht, l'Europe s'est mise à vider de leur légitimité les corps politiques nationaux.

Notre vie politique est en France pour les Français, en Allemagne pour les Allemands, et tous ne vivent l'Europe que par la médiation de leur nation ; mais la légitimité politique — la légitimité de l'avenir, en quelque sorte — semblait passer au niveau supranational. Les Français ont voulu arrêter l'emballement de cette Europe qui n'avait plus d'autre sens que l'extension indéfinie d'institutions communes à un nombre toujours plus grand de pays."


Lire aussi :

Une interview dans Libé en juin 2006,

Un commentaire de son article "la démocratie sans la Nation"

Quelques extraits d'une interview au Monde

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Europe : stop !
Jeudi 1 décembre 2005
Comment devenir beau, riche et intelligent avec PowerPoint, Excel et Word, de Rafi Haladjian

Le PDG d'Ozone a de l'humour et un blog pas mal fait. On peut y charger le texte ci-dessus, qui décrit assez bien comment la pensée Microsoft peut facilement découler d'un emploi abusif des logiciels suscités. En plus c'est illustré par des exemples qui racontent le temps heureux de la bulle internet où l'on pouvait s'enrichir avec 3 powerpoint bien gonflés au graphique excel bien vendeur.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Articles signalés
Jeudi 1 décembre 2005



Nb : en italique les citations, tirées du livre, issues d'écrits de Lacan, entre guillemets simples celles de Ogilvie.

La personnalité se forme chronologiquement sur trois plans : celui de l'histoire de l'individu, sa biographie factuelle ; celui de la conception de soi, l'idéal du moi ; celui des relations sociales. Ces définitions sont importantes car elles rendent la personnalité sinon explicable, du moins non suceptible d'explications de type purement organiciste (« de pur reflet, représentation seconde, le psychisme [...] passe au statut de facteur d'adaptation de l'individu à son milieu »). Lacan n'écarte pas la volonté de l'individu, et ne réduit pas la personne à une simple détermination. Plus exactement, si Lacan maintient une vision matérialiste du monde (« dès qu'il s'agit de connaissance scientifique, le déterminisme est une condition a priori »), il n'écarte pas pour autant l'intérêt du discours que tiennent les gens sur eux-mêmes.

Concrètement, cela signifie que dans une relation patient / thérapeute, le discours de l'un et celui de l'autre sont tout aussi problématiques et que cette situation exclut normalement que le thérapeute reste extérieur à son patient (« on a pas l'habitude dans les sciences de se soucier des intentions ou de l'état d'esprit de l'expérimentateur : il est impossible ici d'en faire abstraction ».

L'objectif de cette réflexion sur la relation médicale, qui doit permettre de dégager une science de la cure, est une « transgression de l'ancien interdit aristotélicien selon lequel il ne saurait y avoir de science de l'individuel ».

Il s'agit de reconstituer et de comprendre la naissance des pathologies : « nous avons montré que la psychose paranoïaque, telle qu'elle a été définie par les progrès de la nosologie classique, ne saurait se concevoir autrement que comme un mode réactionnel de la personnalité, [...] à de certaines situations vitales qui ne peuvent se définir que par leur signification humaine elle-même très élevée, à savoir, le plus souvent, par un conflit de la conscience morale. Nous soulignons cette genèse réactionnelle de la psychose, qui nous oppose aux théoriciens de la « constitution » dite paranoïaque autant qu'aux partisans d'un « noyau » de la conviction délirante, qui serait un phénomène d' « automatisme mental » ». Lacan, répondant à un membre de son jury de thèse : « En somme, [...] nous ne pouvons oublier que la folie soit un phénomène de la pensée ».

Une fois posées ces prémisses, on doit admettre que la personnalité se forge dans un milieu social. Alors que dans la partie précédente, Lacan s'inspire de Spinoza (parallélisme entre le corps et l'esprit sans accorder de supériorité de l'un sur l'autre), on découvre que les inspirateurs de Lacan penseur de la formation sociale de la personnalité, se repose sur Aristote, Auguste Comte mais aussi Charles Maurras. Il n'y a pas d'individu formé ex-nihilo, mais une personnalité qui grandit, s'épanouit dans, et reflète, un milieu. Et la personnalité pathologique est celle qui grandit sans se rendre compte que ses idées sont totalement non conformes à son milieu : «[...] on définit le délire comme l'expression, sous les formes du langage forgées pour les relations compréhensibles d'un groupe, de tendances concrètes dont l'insuffisant conformisme aux nécessités du groupe est méconnu par le sujet. »

L'effet du milieu social est, chez l'homme, extraordinairement fort. Comme le résume Ogilvie : « chez l'homme c'est la culture qui tient lieu de nature, l'institution d'instinct et le détour par la communication, le langage et les manifestations mentales qui tient lieu de l'automatisme réactionnel que l'on trouve chez les animaux ».

Pourtant, on ne peut réduire l'homme à son milieu. Le dernier tiers de l'ouvrage, encore plus complexe que les deux premières parties, introduit une rupture entre l'homme et son milieu. Cette rupture est symbolisée, décrite, compréhensible, à travers la notion de stade du miroir – étape du développement de l'enfant au cours de laquelle il se reconnaît, se détache du monde. Pour cette dernière partie, Hegel et Kojève sont souvent invoqués – et malheur à ceux qui sont, comme moi, peu familiers de leur philosophie.

Que retirer pour conclure de ce livre ardu ? Que la première partie, plus didactique, explique un par un les différents concepts introduits. Qu'ensuite, c'est l'avalanche, et que les lecteurs peu familiers des concepts freudiens, lacaniens et hégeliens seront perdus (mais après tout, l'ouvrage est publié dans une collection de philosophie. Il reste cependant l'idée que Lacan a au départ une solide volonté d'éclaircir les concepts de la psychanalyse par le recours aux études de cas mais aussi à des références philosophiques solides – et ce processus semble créateur de concepts valides. On peut subodorer, dans la deuxième partie, que la démarche a pu s'inverser : il s'agirait plus alors de coller à des philosophies à la mode (Hegel lu par Kojeve), que de continuer à faire progresser l'étude du psychisme.

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Essais / Histoire
Contact - C.G.U. - Signaler un abus