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Samedi 29 avril 2006
"Bien sûr que je me sens plus proche du modèle scandinave même s'il faut arrêter de raisonner en termes de « modèles ». C'est un raisonnement typiquement masculin." (Nouvel Observateur, 6 avril 2006)

Double bourde de la part de Madame Royal : c'est d'une part refuser un débat bien réel (auquel, Dominique Méda - une femme ?! - vient de consacrer un livre) et d'autre part c'est sous-entendre que ma fois tout est bien compliqué pour ces pauvres hommes mais que grâce au bon sens bien de chez nous de Dame Royal, tout va s'arranger. Nous autres hommes, savons de toute façon d'ores et déjà quelle considération la présidente Royal nous portera : nous sommes des emmerdeurs, et sans nous le monde des femmes serait plus simple.

Bref, voulant retrouver cette citation navrante de Ségolène que j'avais lue, je suis tombé sur une liste complète de platitudes et de clichés satisfaits de notre dame patronnesse nationale.  Je la recopie avant que la page ne disparaisse. L'ensemble est affligeant...

Si l’ordre Royal venait à régner… (par Arnaud311)

1) L’économique et le social : vive Blair !
L’Europe : PRIVATISER les cantines scolaires si le NON l’emporte

"Si cette Constitution n'est pas adoptée, la base juridique qui permet la protection des services publics disparaîtra." (Le Monde, 29 mars 2005)

« Si le Non l’emporte, je serai obligée de privatiser les cantines scolaires du Poitou – Charentes » (Mots Croisés - France 2 – 16 mai 2005)

L'Inspiration politique : vive Tony Blair

"Il n'y a pas de tabou. Il faut être curieux de tout et essayer ce qui marche. Certains ont tort en France de caricaturer. Je n'oublie pas que Tony Blair a gagné les jeux Olympiques et que nous les avons perdus. Dans les dossiers français, j'ai vu beaucoup d'arrogance et peut-être une vision passéiste de ce qu'est la France. Blair a été beaucoup plus offensif sur l'identité multiculturelle du Royaume-Uni." (Salon de la mode internationale de la chaussure  - MIDEC, 3 février 2006)

"Je maintiens ce que j'ai dit sur Tony Blair. On ne doit pas être sclérosés et enfermés dans des référents idéologiques qui nous empêchent de faire bouger les lignes." (Le Parisien, 23 février 2006)

L'alternance 2007 : ne pas défaire ce qu’a fait la droite

"Il est devenu insupportable de défaire la nuit ce que Pénélope a fait le jour ! Je ne déferai pas pour le plaisir ce qu'a fait la droite. J'essaierai de régler les problèmes avec un souci d'efficacité tout en étant au clair avec les valeurs de la gauche." (Le Parisien, 23 février 2006)

Villepin : plus social que Sarkozy

"Je suis très frappée par le discours très marqué à droite de Nicolas Sarkozy, à La Baule. Villepin est plus social." (Le Monde, 7 septembre 2005)

Le modèle social : pour une solution libérale POUR EN FINIR AVEC L’ULTRA ETATISATION

Lors d'un débat à l'Institut Montaigne : "Je crois que ce qui nous rassemble, ce n'est pas seulement une aimable conversation d'experts, mais c'est de changer radicalement le modèle européen. [...] Toutes les opinions publiques doivent désormais admettre, une bonne fois pour toutes, que le processus de destruction – créatrice est désormais incontournable. [...] On freine ce processus de destruction créatrice, alors que par des libertés nouvelles on devrait l'accompagner, l'orienter, voire même l'accélérer." (21 novembre 2005)

"C'est la motivation individuelle au travail qui fait la croissance. [...] Des chefs d'entreprises [... n'innovent plus] parce qu'ils ont le sentiment d'une accumulation de réglementations qui les paralysent. [...] En effet, il faut donner davantage de libertés, en effet il faut mettre fin à un certain nombre d'archaïsmes en matière de réglementations. [...] On est dans un système ultra étatisé, ultra administré." (Institut Montaigne, 21 novembre 2005)

La question sociale : gérer la démotivation des cadres

"Lorsque aujourd'hui on observe la démotivation des cadres au travail, on sait que la démotivation au travail, qui se nourrit de la peur de la précarité, crée de l'anti-croissance, crée aussi les violences urbaines. [...] La démotivation massive des cadres : je le répète parce que je crois que c'est un symptôme grave dans nos sociétés." (Institut Montaigne, 21 novembre 2005)

Les 35 heures : poursuivre les « assouplissements » de la droite
 
"Nous ne devons être bloqués sur aucun sujet, comme les 35 heures par exemple." (Financial Times, 2 février 2006)

"Il y a déjà eu des assouplissements avec la possibilité d'heures supplémentaires, d'autres méritent réflexion. C'est possible d'ouvrir des portes et des fenêtres. Il y a des salariés qui ont envie de travailler plus et cette liberté-là doit leur être donnée. A condition bien sûr que ce soit en accord avec les partenaires sociaux et que ce ne soit pas imposé." (Le Parisien, 23 février 2006) [Sarkozy dit mot pour mot la même chose !]

Le CPE : HESITER à EXIGER SON RETRAIT

"Il faut savoir ce qu'on met à la place avant d'avoir un discours sur l'abrogation." (Le Point, 6 avril 2006)

Ségolène Royal, présidente de région, craint surtout les risques que le CNE et le CPE font courir aux... entreprises :

"Il serait paradoxal de subventionner un contrat qui expose l'entreprise à des coûts supplémentaires [...] : le gouvernement a précisé, en cas de rupture du CNE, que les aides accordées devraient être remboursées."  (Le Monde, 17 mars 2006)

Son bilan de trois mois de grève contre le CPE :

"L'image de la France est, après la révolte des banlieues, une nouvelle fois très dégradée. C'est mauvais pour la croissance économique." (Paris Match, 6 avril 2006)

2) Les valeurs : vite, l’ordre moral !

L'école : transformer les enseignants en animateurs de vie scolaire et faire les 35 HEURES A L’ECOLE

" Les parents ne doivent plus être exclus de l'école, mais associés étroitement à sa vie." (Femme actuelle, 27 février 2006)

"Il faut passer un pacte avec les organisations syndicales d'enseignants, qui porterait en particulier sur le changement de méthode et de travail. Une évolution du rôle et du métier des enseignants est nécessaire. Ceux-ci ne peuvent plus se contenter de transmettre du ou des savoirs : il leur incombe aussi un rôle d'animateur, de dialogue avec les enfants et les parents. [...] L'extension de la durée hebdomadaire de présence des enseignants dans les établissements scolaires [...] serait une des contreparties d'une plus grande liberté pédagogique. [...] L'emploi du temps des élèves et les rythmes scolaires doivent être totalement revus : la séquence d'une heure de cours ne semble plus vraiment adaptée." (Commission nationale du projet, 18 janvier 2006, cité par Libération, 7 février 2006)

En 1997, ministre déléguée chargée de l'enseignement scolaire, elle s'était exprimée sur sa vision de l'Education nationale :

Dénonçant "les corporatismes et les pesanteurs des syndicats de l'éducation nationale" elle déclarait : "Nous [avec Claude Allègre] avons décidé de ne plus faire de cogestion avec les syndicats." (Le Monde, 10 décembre 1997)

Forte de cette expérience, elle annonce son projet en juin 2005 au Conseil national du PS :

"La question de l'école est à mon avis la question majeure. Il va falloir faire une révolution dans le système scolaire." (Nouvel Observateur, 6 avril 2006)

La laïcité : d’abord respecter les religions

"La vraie notion de la laïcité, ce n'est pas le refus des religions, mais le respect de toutes les religions et de ceux qui les pratiquent." (Le Parisien, 23 février 2006)

Le 1er décembre 2003, en plein débat sur le voile, elle déplore que le débat ait "débordé sur la question religieuse". La question du voile et des signes religieux est "un problème délicat" et il faut "éviter de l'aborder de façon trop brutale. Au fur et à mesure que ce débat se déroule, on sent monter un certain malaise et les autres grandes religions sont réticentes. Une décision d'interdiction n'est pas suffisante »

Déjà en 1989, lors de la première affaire du « foulard islamique » dans un collège à Creil, elle déclarait :

"Qu'est-ce qui est le plus inquiétant pour les valeurs françaises ou européennes ? Trois filles qui portent un foulard et qui finissent par l'enlever ou bien le fait que tous les jours des millions d'enfants voient pendant trois heures d'affilée des dessins animés japonais où on s'entretue. [...] Moi je pense que c'est beaucoup plus grave, ce qui se passe à la télévision, et tout le monde s'en fiche."

La mixité : la limiter pour que les filles soient tranquilles

Elle défend d'abord les horaires d'accès réservé aux femmes dans les piscines municipales, demandés par les associations islamistes :

"Dans certains cas, si les municipalités le font, c'est peut être que ça correspond à une demande. Les femmes enceintes ou les filles qui se font embêter à la piscine par les garçons, ça mérite d'être regardé." (interview sur RTL, citée par D. Bernard, op.cit)

A l’école, elle suggère de "réfléchir à des aménagements d'espaces non mixtes, des moments d'accalmie. Lors des cours d'éducation sexuelle par exemple, c'est indispensable. En éducation physique, à la piscine, pourquoi pas. Et même à la cantine qui est un moment fort de déclenchement de violence : on s'y bouscule beaucoup." (Le Parisien, 8 septembre 2003)

La justice : pour des procès spectacles

"Sauf huis clos à la demande des victimes, je suis favorable à la transparence et à la présence des médias pendant les procès. La justice n'est-elle pas rendue au nom du peuple ? [...] Ce drame [Outreau]  a jeté le discrédit sur la justice. Je comprends que cela fasse peur, car, dans un pays, les institutions doivent tenir." (Le Parisien, 23 février 2006).
 
Les valeurs : le terroir ne ment pas et trouver qu’il y a trop d immigres n’est pas être lepeniste

Au Salon de l'Agriculture, "La France a besoin de garder son identité rurale. C'est une identité traditionnelle, mais aussi moderne." (Le Parisien, 1er mars 2006)

"Il faut rétablir un ordre juste par le retour de la confiance" (Nouvel Obs, 6 avril 2006)

A propos de la lepénisation des esprits, elle écrit : "Avoir la nostalgie des « valeurs traditionnelles » ne vaut pas fascisation des cervelles et même trouver qu’il y a « trop d’immigrés » ne signifie pas consentir à leur discrimination." (Le désordre démocratique, sur desirsdavenir.org, 6 avril 2006)

CRISE DE la filière avicole : quand royal veut faire mieux qu’henri IV

" Si chaque famille mange deux volailles par semaine, on peut sauver la filière avicole en région et remettre sur le terrain les 400 emplois perdus depuis le début de la crise. Henri IV faisait la poule au pot le dimanche, nous on double la mise. [...]  Je crois qu'en déclenchant un mouvement, en créant une solidarité, on peut surmonter la crise" (foire avicole des Hérolles, AFP, 29 mars 2006)

3) LE SENS DE SA CANDIDATURE : l’harmonie de la vie

Sa candidature à la désignation pour l’Harmonie de la vie

"Je pense que le moment des femmes est venu, non pas pour les femmes, mais pour l'harmonie de la vie tout simplement, et pour le bonheur des hommes et des femmes." (TF1, 6 avril 2006)

LES MODELES : UN RAISONNEMENT TYPIQUEMENT MASCULIN

"Bien sûr que je me sens plus proche du modèle scandinave même s'il faut arrêter de raisonner en termes de « modèles ». C'est un raisonnement typiquement masculin." (Nouvel Observateur, 6 avril 2006)

LE PROJET COLLECTIF : LA SOMME DES INTERACTIONS ELECTRONIQUES INDIVIDUELLES

"Le citoyen prend la parole individuellement mais, très vite, il entre en interaction avec les autres, et un nouvel espace public se reconstruit, plus complexe donc plus vrai. A moi ensuite, forte de ce collectif reconstitué, de jouer mon rôle de médiatrice de la démocratie républicaine. En proposant une synthèse, de dire ce que je retiens et ce que je ne retiens pas." (Nouvel Obs, 6 avril 2006)



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Mercredi 26 avril 2006
Après avoir refermé ce livre au titre prometteur, j'ai pensé au mot de Napoléon sur Talleyrand : "de la m... dans un bas de soie". Ce livre est en effet, à de très rares moments intéressant, mais n'effleure jamais son sujet. En effet, les auteurs ont cédé à la moutonnière facilité des élites ouistes : l'Europe résoudra tout.

Je n'exagère pas, deux citations suffisent. La première est en fin d'introduction : "Construire un vrai modèle social européen, c'est l'ambition qui est à notre portée aujourd'hui [sic...] et que nous voudrions, par cette analyse, servir." Rien d'illégitime, mais c'est déjà supposer qu'il faut brûler le modèle social français.

La deuxième citation ouvre le chapitre "le temps des réformes, quel modèle pour la France ?" Question pertinente, la réponse est plus étonnante "Lorsque nous avons fait le choix de créer l'Union Européenne [re-sic...] et d'y entraîner nos voisins...". La question est là encore éludée, la réponse sera européenne ou ne sera pas. Le reste du chapitre tente d'accréditer l'existence d'un modèle social européen, qui aurait par exemple permis, dans les années 70, un "accompagnement social des restructurations". Peu de faits à l'appui de ce modèle social européen, on rappellera que même les USA ont sauvegardé Chrysler dans les années 80, non parce qu'ils ont été touchés par une grâce toute européenne mais parce que la double crise pétrolière et monétaire des années 80 a créé des désastres sociaux que toute la planète a tenté d'accompagner.

Parvenus à ce point d'absurdité, les auteurs n'ont plus qu'à accumuler les voeux pieux "il serait urgent que l'Union Européenne se dote le plus rapidement possible d'une politique budgétaire et fiscale".
On peut toujours attendre, et ce n'est pas la Méthode Ouverte de Coordination, ersatz de politique économique, qui remplacera une bonne politique macroéconomique.  Rappellons que la MOC, pour citer les auteurs, représente "un nouveau mode régulatoire européen qui met l'accent sur le caractère non obligatoire des règles, leur flexiblité, leur ouverture à des acteurs multiples, règles émanant de processus décisionnels itératifs entre le niveau national/régional et le niveau européen et dont la mise en oeuvre emprunte aux outils de gestion modernes du management public1".

Je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer quand on lit cela, mais nul doute que si l'on n'offre que cette m... intellectuelle à l'électeur, Le Pen finira par passer, y compris au deuxième tour...
J'arrête là ces premières remarques, chacun aura compris qu'il y a, dans ces pages, beaucoup de guimauve européenne inutile et peu convaincante, voire carrément risible, et que le modèle social français n'est pas solidement étudié.

Sur d'autres points, l'ouvrage peut être plus intéressant.

Il y a, par exemple, l'idée qu'un modèle social-démocrate, pour être pérenne, doit reposer sur une compétitivité d'ensemble permettant le financement d'un haut niveau de services collectifs (y compris un billet de cinéma hebdomadaire, comme en Suède). Ce sont ces services seuls qui permettront de lier le sort des classes populaires et des classes supérieures. Ce passage m'a rappelé les conclusions de Thomas Piketty, dans son "économie des inégalités" : le seul moyen efficace de redistribuer c'est de fournir à tous des services collectifs gratuits ou à faible coût (ce qui est incompréhensible c'est que les auteurs - comme Thomas Piketty qui soutient DSK, donc a dû voter oui - feignent de ne pas voir que toute la politique européenne vise au démantèlement des services collectifs - cf. l'ouvrage de Jean Roux).

Il y a également un diagnostic exact sur les défauts du modèle français : faible emploi des femmes et faible emploi des plus de 50 ans. Figurent même quelques préconisations intéressantes, par exemple l'idée de créer un service de garde gratuite des enfants de 0 à 3 ans (nul doute que mise à la sauce européenne, une telle mesure ne pourrait voir le jour et se traduirait pas de nouvelles exonérations fiscales, les crèches privées hurlant à la concurrence déloyale). Mais c'est trop peu. Qu'apporte une sentence telle que "la finlande est en général présentée comme un modèle pour avoir réussi par des mesures simples, peu coûteuses et de bon sens, à faire passer en dix ans son taux d'emploi des seniors de moins de 35% à près de 50%". De la part d'auteurs qui ont réussi à définir la MOC, on attend plus précis et le lecteur ne saura rien de plus sur ces mesures si simples...

De la même façon, les auteurs sont très courts sur le moyen de parvenir à se rapprocher des modèles sociaux-démocrates nordiques. La solution qu'ils proposent est un peu légère à mon sens : "la technique pour se rapprocher des pays nordiques est à notre portée, elle s'appelle la décentralisation" ou encore "leur capacité à se réformer et à préparer l'avenir est probablement liée à la jeunesse des classes politiques". Je crois plus en d'autres solutions évoquées, comme celle d'en finir avec la comédie paritariste, et de faire enfin assumer par l'Etat le fonctionnement global de la protection sociale, en associant les différentes parties. Il faudra également avoir le courage d'annoncer que le financement d'un modèle social rénové aura un coût.

Bon, le livre est en vente libre, faites-vous votre opinion. Pour ma part, je l'ai trouvé décevant. Les passages incantatoires européens (qui ouvrent, clôturent et font le milieu de l'ouvrage) sont à jeter, comme les passages flous, trop rapides ou ambigus, qui sont tout de même nombreux.

Dans l'ensemble sur les 150 pages, on peut en sauver une grosse dizaine (un passage vers la fin qui résume bien l'ambition initiale du modèle social français - il aurait fallu commencer par cela), et une poignée contient de véritables idées à la fois originales, cohérentes et prometteuses.




1. citation malheureusement authentique, en page 42. Elle émane certes d'un tiers, mais apparemment une seule personne ayant pu décrire la MOC, il convient de réutiliser cette clarification définitive du concept.
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Samedi 8 avril 2006









Vacances jusqu'au 23 !
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Jeudi 6 avril 2006
L'idéologie, ce sont les idées de mes ennemis... Ce sont aussi les hypothéses que l'on tient pour acquis, sur lesquelles on s'appuie dans ses démonstrations. Dans les discussions morales, le discours politique, l'idéologie est omniprésente et inévitable. Chacun s'exprime en fonction de ses convictions, de son expérience. L'essentiel est de ne pas nier la nécessaire partialité d'un discours. Le débat public vise bien d'ailleurs à confronter les points de vue individuels pour séparer les idées reçues des faits vrais. L'idéologie est cependant régulièrement niée par des experts qui prétendent en être entièrement débarassés : on a alors du discours d'expert, de la novlangue à la Orwell, de la langue de bois dont le débat public crève. Deux exemples m'ont frappé récemment.

Le premier est un éditorial récent de Claude Imbert, rédacteur en chef du Point.

On y lit ceci « Car, enfin, d'où vient en France la pénurie du travail ? Elle vient du coût d'un travail trop cher, hérissé de règlements. Les charges excessives et un Code du travail byzantin ont fini par décourager les donneurs d'emplois. De même que l'excès d'impôt tue l'impôt, l'excès de social tue le social. »

Cet homme là ne sait rien, ou feint de ne rien savoir, sur la politique monétaire, budgétaire, le taux de change, et en est resté à ce que Keynes nommait la « pensée du Trésor ».

Mais après tout, le Point est un journal d'opinion, de droite, et Claude Imbert un éditorialiste qui a le droit de se ridiculiser en proférant des platitudes à l'attention d'un public conquis d'avance.

Un autre exemple, plus gênant pour moi. Dans sa première étude publiée, (Globalisation and the Reform of European Social Models), l'institut européen Bruegel laisse André Sapir conclure une étude sur les modèles sociaux par cette ânerie : « Those who argue against the services directive not only argue against the “freedom to provide services within the Community” enshrined in Article 49 of the EC Treaty and economic efficiency, but against reality. » (ceux qui refusent la directive services ne font pas que refuser la « liberté d'offrir des services au sein de l'Union », enchâssée [le terme "enshrined" a un côté religieux que je traduis mal ici] dans l'article 49 du Traité, ils refusent la réalité [rien de moins !].

C'est beaucoup plus ennuyeux de mon point de vue (ou éclairant). Cela confirme que :

- même dans des publications dites scientifiques, ce qui émane des institutions européennes est empreint d'idéologie néolibérale primaire,

- que dans ces instituts bien pensants règne le mépris le plus évident pour le débat sérieux (juste comme ça , Maurice Allais, prix Nobel d'économie, estime que le libre échange actuel n'est pas viable et réclame des protections douanières par zones. Je ne prends pas positions, je veux juste remarquer qu'il y a une différence entre les assertions idéologiques et le débat d'idées, voire la rechrche scientifique),

- l'argent du contribuable français est employé à financer de la propagande de bas étage.
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Mercredi 5 avril 2006
Un bon exemple d'intoxication libérale de nos hauts fonctionnaires : le dernier rapport de la Cour des comptes sur l'ANPE. Lire une bonne synthèse ici.
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Lundi 3 avril 2006
Que penser d'un Etat qui se réserverait le droit de préférer des fournisseurs nationaux plutôt qu'étrangers ? Ringardise extrême, non ?

C'est bien ce que je pensais, mais les Etats-Unis n'ont apparemment pas le même genre de réserves, eux qui appliquent depuis 1933 le Buy American Act.

Information en provenance du blog des Echos
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Dimanche 2 avril 2006















Un très bon article de Planetjeux, sur les liens entre les jeux vidéo et l'armée américaine. L'article est très fouillé, et on peut le lire à deux niveaux : comme une très bonne description du fait qu'il n'est pas complètement neutre de passer des heures à tuer des "ennemis" (et qu'on doit s'interroger sur qui sont ces ennemis, pourquoi ont-ils été choisis etc..), et comme une sélection de jeux aussi, car plein de titres sont cités, y compris des gratuits...

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