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Jeudi 29 juin 2006
Une très bonne BD sans qualité particulière !
Il n'y a rien d'original dans cet ouvrage : le dessin, l'époque, font penser à la série Fog, de Bonin et Seiter. Le scénario, un bon policier qui se déroule à Paris, et non plus à Londres, est de facture très classique.
Et pourtant, l'ensemble est fort attachant : le dessin a beaucoup de caractère, les couleurs sont superbes et l'ambiance est finalement très prenante. Le petit format, broché, en fait enfin un bel objet.
C'est lu en un quart d'heure, mais ça vaut la peine de dépenser une quinzaine d'euros...
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Jeudi 29 juin 2006
Dans un billet féroce, Daniel Calin, bloggeur philosophe, exprime pourquoi jamais il ne votera Ségolène. J'étais déjà assez convaincu, mais ça conforte... Référence trouvée sur le site de Pikipoki.
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Mercredi 28 juin 2006
Nicolas Sarkozy a fort habilement attaqué, pas bien méchamment, l'Europe qui nous étouffe, à travers notamment la Banque Centrale européenne - ceci raconté par Jean Quatremer.

Il a peut-être compris (Sarko) le message du référendum, et la simple voie de la sagesse qui consiste à faire ce qu'il faut pour réduire le chômage en France, sans se soucier de savoir si cela va défriser M. Trichet.

Mais cela ne plaît pas à Jean Quatremer, qui écrit que M. Trichet a bien raison de lever les taux d'intérêt de la BCE, car "l’autre robinet du « policy mix », la politique budgétaire, est lui grand ouvert (comme en témoigne l’explosion des déficits et des dettes publics)".

Manque de bol, les chiffres de la BCE montrent exactement l'inverse : et les déficits et la dette des pays de la zone euro se réduisent depuis 1997. Les rentiers ne sont donc pas oubliés !

Mais rassurez-vous, ce sont les nonistes les menteurs sans foi ni loi, les ouistes ne veulent que votre bonheur...

Pour le déficit, les stats sont ici : https://stats.ecb.int/stats/download/weas06_01/weas06_01/weas06_01.pdf

Pour la dette, c'est là :
https://stats.ecb.int/stats/download/weas06_02/weas06_02/weas06_02.pdf

Tout est anglais mais c'est aussi ça la nouvelle Europe...
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Mardi 27 juin 2006
3-1, beau match


geoportail s'améliore : le mot d'excuses s'affiche de plus en plus vite...
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Mardi 27 juin 2006
Etonnant de voir la place qu'occupe discrètement Pierre Manent. Il est, sans avoir l'air d'y toucher, le seul noniste toléré par l'intelligentsia et les media traditionnels.
Voilà un homme favorable à une bonne entente européenne, libéral au point d'estimer que pour une part la redistribution s'accomode de déresponsabilisation, et qui pourtant a rejoint le camp des "affreux".

Il est donc toujours savoureux de lire les compte rendus de lecture de son ouvrage "la raison des nations", souvent édulcoré.

De même, ses rares interviews démontrent toujours, par les questions qui lui sont adressées, une suspicion étonnée de la part des journalistes. Et Manent de répondre avec ironie, humour, mais toujours une grande pertinence.

Je me permets de reproduire certains extraits de la dernière, dans Libé le samedi 24/6.

Q. : N'est ce pas pourtant l'originalité de l'UE que d'être un empire qui se construit
démocratiquement avec des Etats renonçant volontairement à une partie de leur
souveraineté ?

PM : C'est effectivement un phénomène extraordinaire si on le regarde avec les yeux de l'amour :
l'Europe est alors une façon de vivre ensemble, sans peuple mais avec des règles intelligemment
conçues et auxquelles on obéit intelligemment, fondées sur des valeurs communes et permettant deproduire une nouvelle civilisation... La démocratie nationale a en effet cet inconvénient majeur
qu'elle dépend du peuple et de ses humeurs. Avec l'Union européenne, nous avons une démocratie sans peuple, un despotisme éclairé sans despote qui se fonde sur des règles auxquelles on ne peut pas ne pas adhérer. C'est tentant pour tous ceux qui se jugent les seuls «rationnels et industrieux»...

Depuis vingt ou trente ans, il était entendu que la solution de tous nos problèmes était dans «plus
d'Europe». Cette réponse était déjà incantatoire, elle est aujourd'hui parfaitement oiseuse car
personne ne veut ni ne peut faire «plus d'Europe», surtout pas les «nouveaux». Il faut revenir à cette idée que les problèmes de la France, comme ceux de n'importe quel autre pays, sont d'abord ses propres problèmes et qu'il n'y a pas de «solution européenne». L'UE peut aider à les résoudre, comme d'ailleurs en compliquer la solution, mais elle ne peut se substituer au gouvernement national. Personne ne marquera des buts pour nous ! Quand la crise nous saisit, c'est en nous-mêmes qu'il faut trouver les ressources.

Q : Vous estimez donc que la démocratie ne peut s'exprimer pleinement que dans le cadre de
l'Etat-nation ?

[là, visiblement, le journaliste fait des efforts pour ne pas demander qu'on le pince]

Il faut en tout cas que le moment national ne soit pas oublié. Nos nations en tout cas, les nations
fondatrices sont des nations amicales vis-à-vis de l'Europe et ouvertes les unes aux autres. Les
électeurs qui ont voté «non» au traité constitutionnel à part quelques franges ne sont pas des
xénophobes et n'ont rien contre les Allemands ou les Espagnols. La campagne contre «le plombier polonais» a montré l'existence d'un certain protectionnisme social, mais c'est autre chose. Il s'agit de réarticuler une ambition nationale sur la perspective européenne, mais cela n'est possible que si nous avons le sentiment que notre action influe sur notre sort. Ce qui est démoralisant, c'est que nos votes les plus explicites sont déclarés vains par ceux qui sont censés nous représenter. Le peuple français, le peuple hollandais, que des importuns ! Avez-vous vu le commissaire Jacques Barrot, excellent homme au demeurant, se confondant en excuses devant ses collègues après le «non» des Français au traité ? Nous sommes sur des rails, et vous pouvez hurler, casser les vitres, tirer le signal d'alarme, l'élargissement de l'Europe continue à un train d'enfer...

Q : Mais un peuple européen ne peut-il pas se constituer au travers de la construction européenne
et permettre le plein fonctionnement de la démocratie à l'échelle de l'UE ?

[le journaliste veut encore y croire et supplie qu'on lui laisse un espoir]

Je ne crois pas à la constitution d'un peuple européen par effet mécanique ou par décision
institutionnelle. Même les partis du Parlement européen comme le Parti socialiste européen ou le
Parti populaire européen ne constituent en fait que le regroupement de partis nationaux sous une
étiquette commune.
Aujourd'hui, après bientôt un demi-siècle de construction européenne, il est pour le moins
déprimant de constater que les sociétés des différents pays s'ignorent finalement plus qu'avant. On parle moins les langues des voisins, à part évidemment l'anglais. Ce que l'on appelle les progrès de l'Europe, c'est finalement la généralisation des moeurs et habitudes anglo-saxonnes ou scandinaves.
Il y avait naguère des débats vraiment européens, c'est-à-dire transnationaux, à propos de la
socialdémocratie ou de l'eurocommunisme. Tel ou tel «projet de société» servait de modèle ou de
repoussoir. Maintenant que le seul avenir de nos nations est de se fondre dans l'ensemble européen, elles n'attendent plus rien les unes des autres. Paradoxalement, leur insularité réciproque augmente.


Manent reste finalement prudent, mais j'aime ses analyses. Il ne craint pas de regarder dans les yeux les débiteurs de fariboles euro-neuneu et de les renvoyer à leur vide, de souligner que la construction européenne n'est qu'indifférence à l'égard des réalités nationales et adulation secrète des Etats-Unis et que la démocratie c'est d'abord de respecter le sentiment populaire.

Cette seule phrase : "Ce qui est démoralisant, c'est que nos votes les plus explicites sont déclarés vains par ceux qui sont censés nous représenter.", est pour moi la clé de l'élection de 2007. Celui qui l'entendra a de fortes chances de renvoyer Le Pen là d'où il n'aurait jamais dû sortir.

Post scriptum : comme j'ai, je pense, abusé du droit de citation, je colle une grosse pub pour Libé, histoire de compenser mon pillage par des milliers de lecteurs en provenance d'ici...


Lire aussi, sur Pierre Manent :

La démocratie sans la Nation
La raison des nations
Extraits d'une interview au Monde

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Lundi 26 juin 2006
Le système de santé français premier de l'Union européenne, selon un institut de recherche sur la santé !

Dieu du ciel ! Et Jules de What's next qui venait juste de poster avec délectation un extrait de Claude Imbert cité par Giesbert :

"Il est une réalité que tous les somnifères, toutes les défausses détestables de la campagne ne peuvent dissimuler : La France ne va pas bien. Notre pays est l'homme malade de l'Europe. Et malade de la maladie de l'époque, entendez : malade dans sa tête. Malade, d'abord, des mensonges par ommission, malade d'ignorer la dégradation mesurable, patente, de sa puissance économique, malade de la clochardisation de son enseignement et de sa justice, malade de son vieillissement démographique, malade de ses dépenses sociales au point que l'accroissement récurrent des prélèvements obligatoires intervient chaque année comme le symptôme fatal d'une implacable paralysie."

Sont-ils inconscients ces suédois qui ont donc noté les systèmes de santé européens ? Ils doivent l'être (d'ailleurs une partie de leur site est en français).

Voilà pourtant ce qu'ils écrivent : "France emerges as the 2006 winner of the Euro Health Consumer Index, "with a technically efficient and generously providing healthcare system". France scores 576 out of 750 maximum points. 2005 years winner, the Netherlands, now takes the silver position, followed by Germany. Estonia and Slovakia gets the highest ranking in the category "value for money".

Ils ont relevé les points suivants :

- 4 pays sur 25 ont un répertoire des prestataires de soin (et un seul un système de notation)

- les 3/4 des pays ne peuvent soigner un cancer avant trois semaines

- 1/3 des pays offre un accès direct au spécialiste, idem pour le droit d'avoir un deuxième avis médical.

- 1 pays sur deux interdit l'accès au dossier médical
- 2 gouvernements sur trois retardent le lancement de nouveaux médicaments.


Comment donc tout n'irait pas si mal ? Ce serait dommage que Giesbert ait été dégoter un éditorial de Claude Imbert datant de 1988. Allons, on trouvera bien quelque nouvelle bien calamiteuse pour se flageller, c'est si bon !

Heureusement, la presse française ne reprendra rien de ce classement, sauf éventuellement pour en dire du mal. C'est si bon de se détester...


 

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Samedi 24 juin 2006
Le site segoleneroyale.com, où ségolène est copieusement caricaturée, bénéficie de pub payante sur Google (cf. à gauche).

J'imagine mal de simples potaches engager leurs économies juste pour rire. Je vois beaucoup mieux l'UMP faire cela...

Une recherche whois indique que le nom du propriétaire de ce domaine est :

houliez, chris  houliez@hotmail.com
    xxxxxxxxxxxx
    saskatoon, xxxxxxxx
    CA

Le serveur est en Arizona. Ca tombe bien, il y a un Chris Houliez à l'Arizona State University :
Chris Houliez
As well as several years of professional marketing research experience, Chris has most recently served as a senior research associate with Opinion Research Corporation International. Chris spent the past year in the Ph.D. program at the University of Texas. Consumer behavior defines his principal research domain.

Un professionnel du marketing donc, qui a juste envie de rigoler sans doute...


Mise à jour le 27/6 : il y a erreur sur la personne, le Chris Houliez anti ségolène est bien professeur en Amérique, mais au Canada, et en Commerce international (cf. commentaires).
Reste qu'il a d'étonnantes façons de dépenser ses économies, en pub Google...


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Samedi 24 juin 2006
Quelques lignes tirées de www.armees.com (15 juin 2006) :

 "Il revient à la France et aux Pays- Bas, les deux pays qui ont rejeté par référendum le projet de constitution européenne, de proposer une sortie de crise, a déclaré le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, en excluant une "renégociation  totale".  Dans un entretien au journal français "Le Monde" de vendredi, M. Juncker a déclaré que "ce n’est pas aux 16 (qui ont ratifié le texte) d’apporter des réponses, c’est aux Français et aux Néerlandais de proposer une issue à la crise". "Je m’inscris en faux contre l’idée d’une remise à plat, d’une renégociation totale", a ajouté M. Juncker, alors que les dirigeants européens se retrouvent jeudi et vendredi à Bruxelles pour un sommet axé sur l’avenir de la Constitution européenne et l’élargissement."

Donc nous voilà sommés par le Premier ministre du Luxembourg - 455 000 habitants, exactement un millième de la population de l'Union Européenne - de sauver l'Europe à nous tout seuls.

Le débat opposerait selon lui les 2 pays nonistes aux 16 ouistes. On découvre ainsi que le débat constutionnel au sein de l'Union européenne peut se dérouler à 18 pays sur 25 sans aucune conséquence. Le Royaume-Uni peut rester ainsi, caché par la Manche, à l'écart des discussions (cf. la carte résumant l'état des lieux de la ratification) ?

Juncker finira-t-il par admettre que s'il veut réellement mesurer le rapport de forces sur le sujet du TCE, il lui faut d'abord exiger des pays qui ne l'ont pas fait, qu'ils se prononcent. Sans quoi il va finir par démontrer à tous, en tant que Premier ministre d'un pays d'opérette où travaillent les salariés de Clearstream, que le débat constitutionnel européen ne vaut pas plus de sérieux qu'une discussion de comptoir...


Sur le site de l'Union, il est écrit qu' "En France et aux Pays Bas, les citoyens ont rejeté le texte de la Constitution, le 29 mai et le 1 er juin, respectivement. Aux vues de ces résultats, le Conseil européen, les 16 et 17 juin 2005, a estimé que « la date du 1er novembre 2006, qui avait été initialement prévue pour faire l’état des ratifications, n’est plus tenable, puisque ceux qui n’ont pas ratifié ne sont pas en mesure de fournir une bonne réponse avant la mi-2007 »".

On ne voit pas très bien en quoi le Royaume-Uni, l'Irlande ou la Pologne ne pourraient débattre de ce sujet. Les ouistes espèrent-ils modifier le texte, le faire accepter par les français puis mettre la pression sur ceux qui ne se sont pas encore prononcés ? Pas très clair tout cela...


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Mercredi 21 juin 2006
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Mardi 20 juin 2006
En complément à mon billet d'hier, l'info selon laquelle l'Allemagne baissera en 2007 son impôt sur les sociétés pour atteindre 12,5% (environ 30% en France). Certes, un impôt local augmente le coût réel, mais cette décision suit bien la logique de désinflation compétitive qui nous a coûté un chômage record en 1997 et va continuer à faire des ravages dans la zone euro, jusqu'à explosion de ladite zone...
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Lundi 19 juin 2006
Dans un papier très intéressant, le Guardian de ce matin se réjouit de la décision britannique de ne pas avoir intégré la France. Le ouiste (peu cultivé, franchouillard, aigri) pensera "ils sont fous ces anglais". N'empêche que le raisonnment présenté vaut aussi pour nous, et qu'il émane de Paul de Grauwe, professeur à l'Université de Louvain. Lors d'une présentation à l'invitation de la banque Dresdner Kleinwort Wasserstein, il a mis en garde contre les politiques de désinflation salariale compétitives.
L'Allemagne est la première visée, car elle ne cesse de rogner ses salaires pour compenser une parité initiale mark/euro déséquilibrée.

L'OFCE avait déjà tiré la sonnette d'alarme à ce sujet (article). Mais de Grauwe ajoute des analyses encore plus inédites. Il ne trouve pas de corrélation entre le degré de régulation d'un marché, la croissance ou la productivité. Ni entre productivité et réformes du marché du travail (même si ces dernières expliquent une petite partie de différentiels de croissance entre pays).

Trois conclusions sur l'Europe selon lui, auxquelles je souscris entièrement :

- la dérégulation n'est pas une panacée pour l'Europe (idée confirmée par le dernier Perspectives pour l'emploi de l'OCDE : pas de lien entre niveau de chômage et degré de protection du marché du travail) ;
- si les politiques de désinflation salariales se poursuivent, la zone euro va éclater. Les seules alternatives sont soit une coordination des salaires au niveau européen (mdr !), soit une décentralisation totale des salaires, entreprise par entreprise (lol) ;
- le Royaume-Uni a bien fait de rester hors de la zone euro et n'en a même pas souffert.

J'ajoute que la France devrait songer à faire la même chose...


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Dimanche 18 juin 2006
Très intéressant d'avoir attendu pour lire ce livre. Il explique pour partie la défaite de 2002, et éclaire de façon crue le fonctionnement de tout gouvernement aujourd'hui.

L'auteur était, comme directeur de cabinet de Lionel Jospin, aux premières loges – il ne manque d'ailleurs pas de le faire savoir. Pour commencer par cet aspect trivial, Schrameck égrène le récit de ses exploits. Une citation au hasard : "Lorsque les journaux font référence à "l'Hôtel Matignon", ils traduisent souvent les réflexions et appréciations que je leur communique en "Off"..." Voilà donc un homme qui consacre autant de pages à raconter comment la doite le mit au placard pendant "plusieurs semaines" en 1986, qu'à exposer sa vision des 35 heures et de l'action sociale du gouvernement Jospin – sujets à peine effleurés, mais l'ouvrage a été rédigé alors que Schrameck occupait encore l'un des métiers les plus ingrats du pays, et la cible du livre n'était pas Martine Aubry.

Dans la même veine un peu narcissique, on apprend ainsi que le gouvernement Jospin a été composé en 1997 par le trio Jospin, Allègre, Schramek. Schramek tient d'ailleurs à ce sujet à faire savoir qu'entre Allègre et lui, le plus utile à Jospin n'est pas forcément celui que l'on croit. Revenant sur la période où Jospin était ministre de l'éducation : "certaines réformes ou initiatives prises alors tiennent plus à mes propositions qu'à celles de Claude Allègre..." Toujours égotiste, jusque dans les détails, il note au sujet du déjeuner hebdomadaire au cours duquel est préparée la séance parlementaire de questions au gouvernement : "Lionel Jospin [...] y prépare en ma compagnie les réponses que pourrait appeler l'actualité, son conseiller parlementaire Pierre Guelman venant habituellement nous apporter en cours de déjeuner des précisions..." Quelle façon exquise de ne pas mélanger les torchons et les serviettes. A manier cependant ainsi un style précieux, Schrameck se prend parfois les pieds dans le tapis : "Il y a là un phénomène complexe de reflet qui fait penser parfois au grossissement d'une loupe et comporte des effets de réfraction qui, bien que déformants, aident à saisir le coeur des décisions"... On peut même rire en apprenant que Prométhée est en lutte avec lui-même, lutte "que symbolise l'aigle qui lui ronge le foie pour l'affaiblir de manière intestine" !

Etonne ailleurs, au sujet du PACS, la distinction entre "inverti ou même homosexuel actif", tirée d'on ne sait où !

L'avantage de cette vision précieuse et autocentrée est évidemment que Schramek décortique avec une grande minutie les contraintes du gouvernement. Il décrit avec la plus grande précision les réunions de ministres, le cycle des réunions de cabinet. On y voit d'ailleurs assez peu notre grand homme, Lionel.

Mais on apprend comment "les parlementaires non socialistes de la majorité doivent être mis en mesure de présenter des amendements que le gouvernement serait disposé à accepter". On ne saurait écrire plus habilement que le travail parlementaire fonctionne à l'envers : le gouvernement jette, comme des récompenses, des amendements "acceptables" à des parlementaires amis.

Au milieu de ce récit ordonné, Schrameck nous fait part de quelques unes de ses convictions, ainsi de la pratique inacceptable des transactions fiscales, dont il regrette la survivance. De façon moins justifiée, il épingle le gouvernement de "Michel Rocard qui avait fait appel à des personnalités de la société civile qui ne représentaient qu'elles-mêmes."

Il ressort de ces pages l'impression d'une surpuissance de Matignon. Ainsi, le ministre des relations avec le Parlement est en charge d'un point de presse hebdomadaire. "Ce point de presse est chaque fois précédé d'un entretien avec moi et le conseiller chargé de la communication afin que le ministre soit informé le plus complètement possible du contexte général et de la problématique de l'action gouvernementale du moment". C'est assez étonnant de voir qu'ainsi le ministre est informé par des conseillers du Premier ministre de la problématique gouvernementale du moment. L'impression d'étrangeté est confirmée lorsque Schrameck évoque "l'exposé toujours assez long que je fais chaque semaine à l'occasion de la réunion des directeurs de cabinet [qui] permet aux ministres de recueillir, par l'intermédiaire de leurs collaborateurs les plus proches, une impression d'ensemble".

Ce pouvoir de Matignon conduit cependant l'auteur à des jugements hâtifs. Ainsi lorsqu'il avance que "le juge devrait s'astreindre à faire mieux correspondre le temps judiciaire, le temps administratif et le temps politique". Non. L'affaire de la démission de DSK a été regrettable, mais c'est confusionnisme que de vouloir empêcher ce genre d'incidents de parcours en demandant au juge judiciaire de se plier aux contraintes de l'exécutif. C'est d'ailleurs placer trop de confinance en l'exécutif que d'écrire, comme le fait Schrameck, que l'habitude prise par les gardes des sceaux de Jospin de ne pas donner d'instructions dans des affaires pénales perdurera sans texte.

Au delà de la description d'une mécanique plutôt bien ordonnée, Schrameck aborde enfin des sujets de fond. Sur la Corse, on relève des contradictions qui visent d'abord à enfoncer Chevènement. Bernard Bonnet, le Préfet de Corse qui a ordonné de brûler l'assassinat des paillotes, a en effet été choisi par Jean-Pierre Chevènement, comme le rappelle Schrameck. Une page auparavant, il expliquait cependant que "le ministère de l'intérieur ne pouvait être regardé comme le ministère de la Corse et le préfet de la Corse était, là comme ailleurs, le représentant de l'ensemble du gouvernement et plus particulièrement du Premier ministre". Cette dernière phrase pour expliquer sans doute que le conseiller de Matignon, Alain Christnacht, ait pu tenir tête au ministre de l'intérieur. Mais si cela est vrai, il ne fallait pas laisser ledit ministre choisir Bernard Bonnet. La responsabilité de ce choix erroné incombe donc tout autant à Matignon qu'à Chevènement. Schrameck essaie trop visiblement et de façon peu convaincante de faire porter le chapeau à Chevènement. Ceci dit, cette dureté envers le président du MDC nous vaut de voir ressuscitée une citation de Chevènement lui-même, exhumée par Schrameck dans "le vieux, la crise, le neuf" : "C'est un fait que l'Etat-nation en France s'est constitué au fil des siècles par une suite de génocides culturels dont nous prenons seulement aujourd'hui la mesure..." Malheureusement nous n'avons pas droit à des citations de Jospin le troskyste en 1974, je crois que ça vaudrait aussi son pesant de cacahouètes...

Pour conclure, ce livre est à deux niveaux : c'est tout d'abord une description froide, minutieuse, habile des équilibres du pouvoir jospinien. Entre les partis de sa majorité parlementaire et Jacques Chirac, le gouvernement Jospin balance efficacement. Mais le livre est aussi une machine de guerre et un plaidoyer pro domo. Plaidoyer pour Schramek d'abord, dont le regret de ne pas être au devant de la scène transparaît de façon évidente, et machine de guerre contre Chirac mais aussi contre Chevènement. Sur ce dernier sujet, la mauvaise foi et l'animosité qui point derrière un propos par ailleurs si lisse et pondéré, montre bien comment six mois plus tard allait s'effondrer l'édifice jospinien : un mélange d'assurance et d'autoritarisme qui conduit à l'aveuglement. S'il veut revenir, Jospin devra faire preuve d'une habileté suprême pour effacer l'arrogance de ses années de triomphe. Et l'on espère qu'à cette occasion le rôle du « dircab du Pm », rôle administratif qui le conduit cependant à prévaloir sur des politiques de haut calibre, sera éclairci.

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Dimanche 18 juin 2006
Les gentils ouistes ont souvent dénoncé l'anti-parlementarisme de ceux qui estiment qu'un referendum sur une constitution européenne s'impose. Une ratification parlementaire serait équivalente disent-ils (ils n'ont raison que juridiquement, pas politiquement).

Par ailleurs, les mêmes gentils ouistes n'ont de cesse que de rappeler l'horreur du Traité de Nice, qu'il faut absolument modifier et qui nous sert de constitution euréopenne actuelle.

Hé bien, lisant le "Matignon rive gauche" d'Olivier Schrameck, (fiche à suivre prochainement), je trouve ce rappel : "Les majorités écrasantes avec lesquelles ont été autorisées par le Parlement les ratifications des traités d'Amsterdam et de Nice"...

Peut-être que le peuple français n'est pas si idiot si le Parlement a été capable de laisser passer le si affreux Traité de Nice à une majorité écrasante...
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Jeudi 15 juin 2006
Fatigue de fin de semaine, je me permets un pot-pourri :

- Emoi dans l'hémisphère droit de la blogosphère : Hollande n'aime pas les riches. Doit-on lui donner tort ?

- Versac a écrit ce que j'aurais écrit si j'avais commenté le jeu de Jean-François Copé : le jeu est aussi drôle que le personnage, et on se f... un peu de la gueule du monde (cf. aussi Econoclaste, qui donne une liste de jeux plus intéressants) ...

- Schopenhauer écrit de mieux en mieux, j'espère qu'il aura son CAPES...
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Jeudi 15 juin 2006
La semaine dernière, Bertrand le vendeur de journaux a fermé. Il a quitté Paris et rejoint Rodez. Marre de devoir entasser des stocks de journaux qu'il n'avait pas commandés, de devoir les payer sur le champ et de n'être remboursé des invendus que trois semaines après. Pas des petites sommes : 1500€ livrés un matin à payer immédiatement, 70% d'invendables, qui ne seront remboursés qu'après avoir été déballés, remballés, exposés une dizaine de jours. Avec en plus des recettes décroissantes, etc...

Je ne connnais pas bien le secteur, mais le système de distribution des NMPP constitue une rigidité d'autant plus impardonnable, qu'elle émane d'une filiale du groupe Lagardère, censément ce qui se fait de mieux en matière de gestion...

Salut Bertrand ! Ca me manquera de ne pas blagasser avant de partir au boulot, mon journal sous le bras...
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Mercredi 14 juin 2006
 En tout cas c'est ce qu'on pouvait croire en lisant l'organe central de la pensée critique de gauche (Libération), la semaine dernière.

La Banque Centrale européenne a en effet augmenté ses taux jeudi dernier et, si l'on en croit l'économiste Jean Quatremer, la justification repose dans l'inconduite grave des nations.

En effet, selon le communiqué de la BCE (dont un article voisin nous rappelait que le leader maximo, M. Trichet, avait échappé de peu à des poursuites pour avoir fermé les yeux sur les bilans faux du Lyonnais), les états font des efforts insuffisants pour réduire leurs déficits. S'ensuit une rafale de chiffres nationaux (Italie, Espagne, Grèce, luxembourg sont successivement épinglés pour leur inflation, leurs prix immobiliers).

Les seules données indiquées concernant la zone euro dans son ensemble sont le taux d'intérêt, nominal et réel.

Conçoit-on que la réserve fédérale américaine justifie ainsi une décision sur les taux, de façon quasi obsessionnelle, par l'inflation au Kansas ou le dérapage des finances du Mississipi ?

A croire donc, que l'Union européenne que nous aimons tant n'existe pas, et que M. Mélenchon s'est emparé du corps de M. Trichet pour l'empêcher de nous parler du déficit global des comptes nationaux de l'UE15, de l'inflation globale de l'UE15 ou autres données enfin supranationales. Ou peut-être serait-il inconvenant de se soucier du taux de chômage de l'UE15 (celui-là n'est pas cité, même au niveau national)... Pour le coup, aucun euroouiste ne pourra accuser Mélenchon ou quiconque gauchiste de rejeter la supranationalité : la BCE est libre de fonder ses décisions sur les indicateurs qu'elle veut, et si elle choisit de privilégier des données nationales c'est de son plein gré.

Les taux sont donc fixés en raison d'une conjonction de facteurs divers, que l'on peut s'amuser à essayer de deviner :

- M. Trichet veut jouer au faucon, car c'est le prix à payer pour être crédible en Allemagne ;
- il s'agit de bien montrer aux chefs d'Etat de l'UE15 que la technocratie les emmerde, et que la BCE baissera ses taux quand ils lui demanderont de les monter. Comme ça on sait qui commande ;
- une situation où l'inflation est à 2,3% et le taux de chômage à 8,1% est une situation où prévaut le risque d'inflation et pas celui de détresse sociale (on s'en fout de la détresse sociale, z'ont qu'à être flexibles...)

L'euro était l'une des bonnes idées de la construction européenne. Encore aurait-il fallu ne pas en confier la gestion à une armée de technocrates décérébrés - au point de concevoir un site internet totalement en anglais d'ailleurs...
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Mardi 13 juin 2006
Je me demandais dans un billet précédent si la politique de Sarkozy en matière d'immigration n'était pas un peu inspirée par la politique européenne. Et bien, un article de la présidente de Migreurop dans Libération (oui, le propre journal de Jean Quatremer !) ce jour dénonce, à juste titre, le concept bien européen d' "émigration illégale".

Les africains n'ont déjà pas le droit d'entrer chez nous, ils n'auront bientôt plus celui de sortir de chez eux ! Extrait de l'article : "l'Europe se construit en produisant toujours plus de violence à ses marges"...
Et moi qui croyais que l'Europe allait enfin mettre un terme aux égoïsmes affreux de ces "merdes d'Etat-Nation" comme dit Antonio Negri...
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Mardi 13 juin 2006
"Qand je vois Ségolène Royal, je vois ma mère. Elle se dit "Qu'est-ce que je ferais pour mes enfants ?""
 -  Aziz Ridouan dans Libé, 13 juin 2006

Le paternalisme c'est déjà pas glorieux, mais le maternalisme, spontanément j'ai pas envie...
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Mardi 13 juin 2006
Il faut lire le texte émouvant de la pétition, signée par dix-sept historiens, réclamant l'entrée de Marc Bloch, l'auteur de l'Etrange défaite, au Panthéon. J'en retire deux passages, l'un bien connu, de Bloch lui-même : «Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France: ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l'orientation de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner» (L'Etrange Défaite)

L'autre est la conclusion de l'article :

 "Celui qui tombera en martyr sous les balles allemandes, après avoir été torturé, avait cru toute sa vie que la ligne de partage entre les hommes restait celle de la nationalité. Le fondement de son identité, comme de son engagement d'historien, était l'amour dans la France.  Monsieur le président de la République, n'est-il pas temps pour cette dernière de célébrer comme il le mérite la mémoire de ce fils qui lui fait honneur? "

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Dimanche 11 juin 2006
Un ami jusqu'ici rétif au blog, m'envoie un bon billet d'humeur comparant l'échec du projet européen Galiléo au succès du projet international Airbus. Vous ne lirez pas souvent des parallèles aussi éclairants, tant sur le sujet des échecs de l'Europe, l'euphémisme et les circonvolutions sont de rigueur... Je le reproduis donc ci-dessous.

On apprend aujourd'hui qu'AIRBUS va installer une ligne de montage en Chine, à Tianjin, pour fabriquer des AIRBUS A-320.
On peut certes le regretter mais c'est comme ça.
La Chine est devenue le plus gros marché du monde en matière d'aviation commerciale, à égalité avec les États-Unis.
Et les Chinois ont décidé de ne plus acheter d'avions à AIRBUS et à BOEING qu'en fonction des transferts de technologie que ceux-ci consentent 
Donc AIRBUS est en train de faire une place de plus en plus significative à la Chine dans ses productions.
 
Au même moment ou presque, on apprenait, voici quelques jours, que les Anglais (British Aerospace) sont sur le point de quitter AIRBUS.
Comme disait Winston Churchill, les Anglais "préfèreront toujours le Grand Large" et concrètement, ils veulent se rapprocher de BOEING et laisser tomber l'avionneur européen.
On peut le regretter mais, là aussi, c'est comme ça.
C'est un fait, sur lequel les européistes de tout poil peuvent verser une larme comme à l'accoutumée, mais c'est UN FAIT.
 
Ces deux événements - entrée des Chinois dans AIRBUS et sortie des Britanniques - sont très importants et je souhaite ici attirer toute votre attention, sachant qu'aucun media ni aucun responsable politique, bien entendu, ne le fera.
 
Quelle leçon en tirer ?
 
Eh bien il faut d'abord se rappeler que l'on n'a pas cessé de nous rebattre les oreilles , depuis des années et des années, sur le fait qu'AIRBUS était en quelque sorte la "preuve de l'existence de Dieu" . Je veux dire : qu'AIRBUS nous a été continuellement présenté comme LA preuve du bien-fondé de la "construction européenne" ! La fusée ARIANE aussi, d'ailleurs.
Cet argument « Airbus-Ariane sont des succès européens » a été utilisé par exemple, par Alain Juppé en avril 1998 dans le journal Le Monde :
« L’idée des solidarités renforcées entre les pays [de l’Union européenne] qui veulent aller plus loin doit être approfondie. Des exemples concrets existent déjà avec Ariane et Airbus » 
Article d’Alain Juppé « La France et l’Europe : un projet national », in Le Monde du 22 avril 1998, p. 13.
 
Il a été utilisé aussi par Lionel Jospin en mai 2001 dans un discours sur l’avenir de l’Europe : « Au service de l'emploi, l'Europe doit avoir une ambition industrielle forte. L'intégration européenne permet des réussites majeures : hier, Ariane et Airbus ; aujourd'hui, EADS European Aeronautics Defence and Space Company, qui regroupe Aerospatiale Matra et Daimler-Chrysler Aerospace, dans le domaine de l'aéronautique civile ou, dans la sphère militaire, le projet de gros avion de transport. »
Discours de Lionel Jospin « L’avenir de l’Europe », 28 mai 2001 devant le Centre d’Accueil de la Presse Etrangère.
 
Pour ma part, je n'ai cessé de rappeler que cette présentation d'AIRBUS comme un "succès européen" était un énorme mensonge utilisé par les fédéralistes européens. De même que celle de la fusée ARIANE.
Car AIRBUS, comme ARIANE, loin de prouver la justesse de la construction européenne, prouvent au contraire son imbécillité !
Pourquoi ?
 
Parce que AIRBUS, comme ARIANE, sont des coopérations in-ter-na-tio-na-les, et non pas eu-ro-pé-en-nes.
AIRBUS et ARIANE se sont montés - d'ailleurs à l'initiative de Charles de Gaulle - en dehors de l’idéologie européiste. Ces deux succès industriels se sont précisément constitués en dehors de l’Union européenne et de la Commission de Bruxelles, sur la base d’ententes inter-étatiques ou inter-entreprises. Jamais aucun commissaire européen n'y a mis son nez.

Qui plus est, AIRBUS et ARIANE ont associé :
- des États européens non membres de l‘Union au moment du lancement de la coopération (Espagne, Suède, etc.)
- des États européens qui se refusent toujours à être membres de l'UE  (comme la Norvège ou la Suisse),
- et des États qui sont tout bonnement en dehors de l'Europe, comme le Canada, le Japon, la Malaisie, l'Australie, les États-Unis, etc., etc.
 
En revanche, de nombreux États-membres de l'Union européenne ne sont ni dans AIRBUS ni dans ARIANE : la Grèce, le Luxembourg, le Portugal, et tous les nouveaux États de l'est.

Cela prouve que ce qui marche, ce sont les coopérations industrielles entre des États qui ont un intérêt commun, qu'ils appartiennent ou non à l'Europe.

LE CONTRE-EXEMPLE GALILEO
 
Le contre-exemple est celui donné par l'affaire Galileo.
 
Pour la première fois, il s'est agi d'un projet industriel authentiquement "européen".
En ce sens que tous les pays membres de l'UE font partie de Galileo et que la Commission européenne chapeaute le tout.
 
Or, ce projet lancé depuis des années ne cesse de poser des problèmes. 
Il s'agissait à l'origine de bâtir un système de satellites qui permette à l'Europe de se soustraire à la mainmise totale des États-Unis avec leur GPS.
Louable intention.
Oui mais voilà : la France souhaite disposer ainsi d'un GPS avec des applications militaires qui permettent de se passer des USA.
Or la plupart des autres membres de l'UE, à commencer par le Royaume-Uni, l'Allemagne et la plupart des pays de l'est refusent de s'opposer aux Etats-Unis qui ont exigé que Galileo n'ait pas d'applications militaires !
 
Résultat ?
 
Galileo est en train de nous coûter une fortune, et qui plus est pour nous donner un produit fini qui n'est pas celui que nous voulions !
Nous aurons un système qui permettra d'avoir des photos aériennes, de surveiller le trafic routier ou la météo.
Mais pour l'observation militaire au centimètre près, eh bien bernique !
 
Ceux qui sont intéressés par les dernières nouvelles de ce gouffre financier et idéologique qu'est Galileo pourront se reporter aux dernières nouvelles publiées par le pourtant très européiste journal Le Monde, dans sa livraison du 2 juin 2006 :

Galileo retardé par des désaccords stratégiques et financiers
Article publié le 02 Juin 2006
Par Philippe Ricard
LE MONDE

Extrait : Les négociations entre l'Union européenne et les industriels pressentis pour lancer les 30 satellites sont enlisées. Les négociations entre l'Union européenne (UE) et le consortium pressenti pour gérer le système de navigation par satellites Galileo sont, selon des sources concordantes, enlisées. Les deux parties espèrent toujours boucler leurs pourparlers d'ici à la fin de l'année, pour ne pas retarder le déploiement des trente satellites de la constellation rivale du GPS américain.*
 CONCLUSION

AIRBUS et GALILEO sont deux excellents exemples de ce qu'il faut faire (AIRBUS) et de ce qu'il ne faut pas faire (GALILEO).
La leçon est fondamentale et vaut pour toute la stratégie de la France.
 
Ce qu'il faut faire, c'est s'immerger dans le monde tel qu'il est et non dans l'utopie.
C'est nouer des coopérations internationales avec les pays intéressés, des pays différents au gré des sujets.
Des pays d'Europe, d'Asie, d'Amériques, d'Afrique, d'Océanie, peu importe !!!
La seule chose qui importe c'est de faire des coopérations ponctuelles sur un projet où tous les participants sont vraiment d'accord.
Cela, ça marche.
AIRBUS en est la preuve.
 
Ce qu'il ne faut pas faire, c'est postuler que nous devons faire des coopérations avec l'Allemagne parce que l'Allemagne est frontalière de la France, et avec la Pologne parce que la Pologne est frontalière de  l'Allemagne, et avec la Lituanie parce que la Lituanie est frontalière de la Pologne, et avec la Lettonie parce que la Lettonie est frontalière de la Lituanie, etc., etc. 
Cela c'est absurde parce que contiguïté géographique n'implique nullement communautés d'intérêts.
Cela c'est la construction européenne.
Et comme toutes les choses absurdes, cela ne marche pas.
GALILEO en est la preuve.
Mais aussi l'euro, les négociations à l'OMC, le pacte de stabilité, la politique étrangère européenne, etc., etc., etc.




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