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Mercredi 31 août 2005
Blogpulse, une filiale d'Intelliseek, a mis en ligne des instruments de recherche de tendance sur les blogs. Cela permet de mesurer dans le temps la popularité comparée de certains mots clés.
Voici ci-dessous ce que cela donne pour nos trois (parmi de nombreux autres) leaders socialistes les plus en vue dans la course pour 2007 :



Le service est assez sophistiqué et on peut lire les messages correspondants au jour désiré.
On repère bien en tout cas les déclarations de Jospin début mai. Fabius est l'écrasant vainqueur des commentaires du Non, et décolle à l'occasion de La Rochelle. En route vers la victoire ? Il reste à traduire les commentaires en bulletins de vote...

 
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Mardi 30 août 2005
Les serial killer sont de vrais héros récurrents du polar. Le Michael Plunkett du Killer on the road de James Ellroy n'était pas du tout présenté de façon positive, mais le livre était écrit de son point de vue et permettait de comprendre son évolution. Les polars de Thomas Harris rendent Hannibal Lecter de plus en plus sympathique.

Ici, Dexter Morgan est un serial killer carrément aimable, d'autant plus qu'il n'élimine que des criminels. Il y a donc beaucoup de second degré, mais en même temps le scénario est plausible et correct. Dexter est un homme plein d'humour, quand il n'est pas occupé à découper quelqu'un en morceaux. Il fait penser sur ce point au Bernie Rhodenbarr, le gentleman cambrioleur de Lawrence Block.

Pas exceptionnel mais un très bon premier ouvrage pour Jeff Lindsay.


 
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Lundi 29 août 2005
Après une chronique sur Katsu Aki, un commentaire du dernier opus de Nicolas Baverez peut en refroidir plus d'un. Cela faisait cependant longtemps que je voulais découvrir ce livre qui a été si encensé.

Baverez fait partie de ceux qui ont clairement imputé aux politiques restrictives d'avant le passage à l'euro, une part de responsabilité importante dans la montée du chômage. On peut donc le classer parmi ceux qui ont retenu quelque chose de Keynes et j'en pensais de ce fait un certain bien. Lourde déception !

Ca commence d'abord très mal, avec une citation d'Orwell, "la liberté c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit." La citation est superbe mais il faut comprendre que Baverez va nous dire les vérités désagréables que tout le monde nous cachait. C'est un peu prétentieux et généralement ça doit inciter à la méfiance (surtout que Roger Caillois est aussi convoqué, mais j'abrège).

Ensuite, une description de l'état du monde sert d'introduction. Pas grand chose à redire, Baverez est là équilibré, rappelant les dommages des politiques restrictives de Jean-Claude Trichet, critiquant librement aussi bien les Etats-Unis, que le Royaume-Uni ou la France. Ce n'est pas la France qui tombe, mais le monde qui va mal et, malheureusement, on se reconnaît dans cette description.

Baverez commence cependant à prendre des facilités avec la réalité (Orwell et Caillois lui pardonneront) en indiquant que la croissance de la France oscille désormais entre 0 % et 1 % (page 39). Pas de bol, pour les sept dernières années la croissance française n'a été qu'en 2003 inférieure à 1 %, comme le confirme le site de l'INSEE. La France ne va pas bien, ce n'est pas la peine d'en rajouter, sauf pour faire de mauvais effets de manches.

La France est encore critiquée lorsqu'elle "perd de vue la situation de l'Irak" (page 56) en s'opposant aux Etats-Unis, ce que Baverez approuve tout en le désapprouvant.  Car enfin, il donne raison à la France pour son début de traitement de la crise irakienne - donc lui donne raison sur l'absence d'armes en irak, pour faire bref - mais lui reproche d'être allée défier les USA dans l'enceinte des Nations-Unies, perdant de vue, ce faisant, "la situation en Irak". Mais la situation en Irak était un artefact intégral des USA, ce que Baverez reconnaît. Il est donc proprement incohérent de reprocher à la France de s'opposer à une absurdité, même américaine, sauf à prétendre que le réalisme impose, face aux USA, d'attendre que Cindy Sheehan nous donne le courage de nous exprimer....

On passe sur les généralisations hâtives "rien d'étonnant si la France est devenue une base de recrutement privilégiée du fondamentalisme islamiste". Lue après les attentats de Londres, provoqués malheureusement par des terroristes tout ce qu'il y a de plus britannique, cela sonne pour ce que c'est, un effet de manche propre à faire trembler le lecteur catholique.

Dernier reproche majeur à mon sens, une incohérence dans les - rares - remèdes  proposés.  L'appel à une baisse de l'impôt sur le revenu dans ses tranches supérieures relève d'une philosophie économique complètement opposée à celle qui conduit Baverez à imputer aux politiques économiques restrictives pré, puis post-euro, une bonne partie de la faible croissance actuelle.

Au final, le livre contient un grand nombre de notations justes et bien vues, mais aussi trop d'erreurs ou d'approximations, prônant d'une page à l'autre des positions  antagonistes.

Mais ça plait parce que ça a du style. Une citation d'Orwell, une de Caillois, du Talleyrand un peu plus loin, un titre de chapitre en latin, tout cela est de nature à ravir les salons parisiens. A cet essai finalement trop rapide, grossier, qui survole tout les sujets (parfois même plusieurs fois car la décentralisation ratée est invoquée comme une cause de nos maux à plusieurs reprises), sans vraiment les ordonner ni avancer de solution autre que de méthode, je préfère un livre comme celui de Patrick Fauconnier, "la fabrique des meilleurs". Il est parfois mal rédigé, mais vient d'un homme engagé, regorge d'informations précises et d'idées concrètes. Pour une prochaine chronique...

7/1/2006 : lire aussi une recension du bouquin, bien faite et encore plus détaillée, sur éconoclaste


 
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Dimanche 28 août 2005
Une "bible du sexe" selon l'éditeur. En tout cas, c'est à voir. Même si je n'irais pas jusqu'à recommander  l'achat des neuf tomes car le suspense n'est guère insoutenable de l'un à l'autre - j'en suis à deux pour l'instant.

Ce manga raconte l'initiation sexuelle et progressive d'un jeune couple dont les deux membres sont arrivés au mariage, intacts.

C'est très drôle et bien fait. D'abord c'est une curiosité - et sans doute une spécialité japonaise - car le ton de cette BD est humoristique, malgré le caractère trés cru et détaillé des différentes scènes. Ensuite c'est une bonne surprise car il y a une certaine finesse dans l'analyse qui explique certainement le succés connu. Les relations du jeune héros timide avec son grand frère agaçant, condescendant et donneur de leçons sont l'un des éléments qui font progresser le scénario. Cela permet de classer cette série au rayon érotique et non dans celui de la pornographie.


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Samedi 27 août 2005
Claude Allègre est un homme intéressant. D'une maladresse étonnante, il a tout de même une vraie réflexion personnelle, démontrée notamment par ses deux livres "les audaces de la vérité" et "toute vérité est bonne à dire" (les titres font un peu Zorro mais on apprend des choses).

Donc son article du Monde du 26 août sur l'Europe et la recherche, titré "Tony Blair pose les vraies questions", était à lire a priori.

Lecture faite, c''est quand même bien décevant. Il est maintenant courant, et ça devient facile, de vouloir prendre l'opinion du "socialiste moyen" à rebrousse-poil. Louer Tony Blair permet de se donner l'air de reprendre le flambeau du parler-vrai. Mais le raisonnement de Claude Allègre est trop simplificateur pour convaincre. Il explique qu'en effet, Blair a raison de demander la fin de la politique agricole commune, au profit d'un effort de financement accru des politiques de recherche. Pourquoi pas ? Personne n'a rien contre la recherche, qui est évidemment une exigence pour notre développement. La question est : comment fait-on pour continuer à financer notre politique agricole devenue nationale si on doit, à la place, financer un effort de recherche accru alors que nous sommes déjà au taquet en matière de finances publiques ?

Et bien, nous n'en saurons rien.

La suite de l'article est prétexte à exposer la vision européenne de Claude Allègre.

Ca commence avec un petit coup de griffe, immérité, pour les partisans du Non : Allègre appelle à la création d'une Agence Européenne de la recherche "malgré le non français", pour généraliser les exemples du CERN, du synchrotron européen et d'Ariane. Je peux me tromper, mais je pense que ces trois programmes relèvent de coopérations intergouvernementales et ne doivent rien à l'Union Européenne. Le Non et le Oui n'ont donc là rien à voir (mais on continuera longtemps à parler des "mensonges du non"...)

Pour finir, Claude Allègre expose sa vision de l'Europe : une zone euro, à construction fédérale, et une zone de libre-échange euro-méditerranéenne. Voilà qui simplifie grandement les termes du débat ! L'Union Européenne comprend en effet aujourd'hui 25 membres, dont douze seulement sont dans l'euro. Que fait-on donc des 13 pays non euro et non euro-méditerranéens, parmi lesquels figure, au premier rang, rien moins que le Royaume-Uni de Tony Blair ? C'est bien notamment l'intégration des dix pays issus de l'élargissement qui est l'un des problèmes majeurs de l'Union.

Là encore nous ne saurons rien des solutions de Claude Allègre à ce sujet.

Claude Allègre a donc résolu les problèmes européens sur le papier, il a juste au passage oublié 13 pays de l'Union Européenne et fait passer le déficit budgétaire français à plus de 4%.

On espère que pour le prochain article ces points là n'auront pas été oubliés.
 
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Vendredi 26 août 2005
Libé, le 24 août, publie un article sur la controverse autour du livre de Houellebecq - pas encore paru rappelons le. Donc M. Rinaldi aurait révélé son malaise envieux en disant du mal du roman de Houellebecq. L'auteur de l'article, libraire à Toulouse, n'a pas lu le roman en question, notons bien. Nous n'en saurons donc rien.

L'auteur entame cependant bien une défense et illustration de son idole, qui, je cite, s'il "était une émission télé, serait donc un mélange d'Ardisson et de Fogiel". On voit tout de suite où se situe l'enjeu ! Je n'ai pas réussi à regarder l'émission d'Ardisson plus de cinq minutes, une fois, tant elle paraissait stupide. Fogiel est plutôt sympathique sur France Inter, quand à son émission télé, je n'en sais rien.

Notre libraire continue, et lâche que si Houellebecq n'est rien, ce rien vaut plus que les trois quarts de la production française actuelle. Conclusion décisive : "on n'avait pas connu ça depuis le retour de Zidane".
Pour résumer, l'auteur des lignes en question n'a pas lu le roman dont il parle, il s'agit pour lui principalement de placer Houellebecq au niveau de ses paris, Zidane, Ardisson, Fogiel et le tsunami (titre de l'article : Houellebecq, le tsunami annoncé).

Bref, faut-il que Libé ait de la place à remplir pour publier un article sur rien, et faut-il ensuite s'étonner que l'on puisse parler de crise de la littérature avec de tels débats ?
 
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Mercredi 24 août 2005
"L'affaire Cicéron" est un film d'espionnage superbe de Mankiewicz. Le domestique de l'ambassadeur britannique à Ankara vendait aux nazis, lors de la deuxième guerre mondiale, des documents ultraconfidentiels, y compris les plans du débarquement.

Côté allemand, c'est Von Papen qui est ambassadeur d'Allemagne en Turquie à l'époque. Comme ce nom me dit quelque chose, après le film je regarde dans Wikipedia  sa notice.

J'y retrouve que Von Papen a été l'un des principaux artisans de l'arrivée de Hitler au pouvoir, ce qui explique que son nom m'ait dit quelque chose.

Plus loin dans l'article, j'y découvre que Jean XXIII, le pape du concile progressiste Vatican II, a fait de Von Papen, en juillet 1959, son "camérier secret"...

Que quatorze après la fin de la guerre, l'église catholique ait pu ainsi remettre une distinction, aussi faible soit-elle, à un tel homme m'a soufflé. Je n'étais pas naïf au point de ne pas savoir que l'église n'a pas toujours été de toutes les bonnes causes, et que le silence de Pie XII pendant la deuxième guerre mondiale a été assourdissant. Mais un tel acte, quinze ans après, venant d'un pape à la réputation progressiste, relève soit du cynisme absolu, soit d'un sens du pardon chrétien dont seul le très Saint père pouvait témoigner.

27/8/2005 : Mea Culpa ? J'avais collé cette chronique sur fr.soc.politique, et quelques personnes bien informées m'ont signalé cet article. Von Papen aurait donc, dans ses fonctions à Ankara, aidé le futur Jean XXII à sauver 24 000 juifs. Je ne sais pas si le fait d'aider à sauver 24 000 juifs peut compenser celui d'avoir promu celui qui en a exterminé six millions.
 
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Mardi 23 août 2005

Michel Rocard, puis Bernard Kouchner, ont menacé le PS de scission si d’aventure Laurent Fabius en devenait premier secrétaire. Que de frustrations personnelles derrière ces emportements estivaux ! Car Laurent Fabius apparaît bien, de plus en plus, comme le seul homme de gauche à pouvoir emporter la présidentielle de 2007.

On peut discuter la trajectoire personnelle de l’ex-Premier ministre, héraut du moins d’Etat en 2000, inventeur de la stabcroissance (phraséologie fabiusienne de l'époque pour dire « moins d'impôts, moins d'état ».  Chacun peut donc demander à être éclairé sur l’évolution intellectuelle qui a permis, depuis, à Laurent Fabius de devenir le héraut du non, partisan d’un regroupement de toutes les gauches.

Mais l’article totalement insipide de Bernard Kouchner, publié par Le Monde du 21 juillet dernier, ne doit pas faire penser qu’il s’agit d’un combat entre Laurent Fabius le calculateur, soucieux uniquement de positionnements et la deuxième gauche, reine des idées. Michel Rocard n'a pas non plus avancé beaucoup d'idées novatrices récemment. Ce n’est pas non plus en ressuscitant une alliance hypothétique avec l’UDF, évoquée par Bernard Kouchner, qu’on l’emportera.

Si la gauche modérée devait arriver en 2007 avec un projet libéral, pour parler clairement, ce serait le meilleur moyen d’obtenir un deuxième tour Sarkozy-Le Pen. Avec un risque terrible car Le Pen pourrait bien, pour des classes populaires inquiètes de leur avenir, paraître comme plus à gauche qu’un Sarkozy qui se fait de plus en plus ouvertement libéral.

Le pari fabiusien doit donc réussir. Il est aujourd’hui le seul à s’être clairement positionné pour un regroupement nécessaire de la gauche. Il lui reste à présenter un programme à la fois crédible et susceptible de cristalliser ce regroupement au moment du scrutin. Il a pour cela deux années devant lui.

 
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Dimanche 21 août 2005
Les thèses d'Hannah Arendt sur la banalité du mal sont connues ; ce livre les illustre de façon inoubliable. Robert Merle retrace la vie de Rudolph Hoess, commandant du camp d'Auschwitz, de son enfance jusqu'à sa condamnation. On y comprend, dans l'horreur, comment le nazisme avait organisé de véritables carrières de criminels, au cours desquelles la conscience professionnelle, l'efficacité, le sens de la responsabilité étaient récompensées par des promotions rapides.

On aperçoit aussi, sans que ce soit de façon explicite, les thèses de Willelm Reich sur l'origine du nazisme. L'enfance de Hoess est glaçante, réglée tout entière par un père maniaque et bigot. Pour Hoess, l'engagement d'abord dans l'armée allemande, en 1914, puis, dans le parti nazi, est aussi le moyen d'échapper à sa famille tout en retrouvant un cadre autoritaire sans lequel il est perdu. Ce bon père de famille banal devient ainsi le responsable direct de la mort de plusieurs milliers d'hommes femmes et enfants, principalement juifs.

Le livre doit être lu, avec précaution : la partie qui raconte les camps est atroce, et la description des différentes expériences menant à la création des chambres à gaz, puis des fours crématoires, presque insoutenable par moments.

L'éducation autoritaire subie par Hoess (que l'on retrouve dans le cas de Franz Stangl, autre commandant de camp décrit dans ce livre)  n'est certainement pas la seule cause du nazisme. Il a fallu, ce que le livre rappelle aussi, un traité de Versailles trop dur pour l'Allemagne, et une crise économique, avec la folie de Hitler, une tradition antisémite déjà ancrée avant 1914, la liste des causes est innombrable.

Il n'empêche que lorsqu'on veut balayer mai 1968 comme si la contestation de l'autorité était partout et toujours inutile, il faut se rappeler que l'amour absolu de l'autorité - qui ôte à l'individu le souci de penser par lui même - peut mener à la catastrophe.

Addendum novembre 2005 : cette chronique est pas mal lue. Je me dis que peut-être c'est dû à la citation sur la banalité du mal, ou à l'anniversaire de la libération des camps. En tout cas, ce que ce livre permet bien de comprendre, ou de préciser, c'est que le mal, s'il peut atteindre n'importe qui, s'épanouit dans les temps difficiles.


Voir aussi, journal d'un Allemand, de Sebastian Haffner, ou comment un allemand du même âge a préféré quitter son pays.

Voir une autre note de lecture intéressante sur altersexualité.com






 
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Samedi 20 août 2005

Un polar aux frontières de la SF. Comme les livres de Robert Harris (Fatherland), ou la trilogie de Philip Kerr, il se déroule au coeur du Berlin nazi. Il faut surmonter l'idée que, dès le départ, le scénario est implausible : un tel récit n'aurait pu se dérouler sans entrer dans l'histoire. D'ailleurs, l'un des personnages du livre, donné comme « l'architecte du réarmement du reich », est un personnage fictif. Le livre aurait peut-être gagné en crédibilité s'il s'était agi d'un personnage réel ayant joué ce rôle, que Schacht ou Speer.

Ce détail mis à part, le livre est bien fait. On sent un gros travail de documentation (deux ans de rédaction), qui fait aussi ressembler le livre à une grosse machine hollywoodienne (comme les films, le livre a d'ailleurs son site web). Deaver s'est fait plaisir en faisant passer un peu gratuitement des personnages tels que Jessie Owens, mais ça passe (le livre se déroule au moment des jeux de Berlin, mais les JO ne sont pas vraiment évoqués).

Les personnages, tels que l'inspecteur Willi Kohl, de la police allemande sont confrontés à la nécessité de survivre en travaillant dans un régime de plus en plus ouvertement ignoble. D'autres bien sûr, sont ravis de cet état de fait, mais finalement les fanatiques sont rares dans le Berlin de 1936. Le pouvoir est encore une conjonction instable de militaires nationalistes, de brutes avinées enrôlées dans les milices nazies et de quelques fous véritables (Himmler, Goëring, Hitler au premier rang), brièvement aperçus. Ce trio règne sur une population avant tout effrayée et soucieuse de ne pas se faire remarquer.

L'attitude ambiguë des Etats-Unis vis-à-vis de l'Allemagne est abordée, avec le rappel de l'utilisation de machines IBM par la SS. Mais le retrait par l'équipe olympique américaine de ses deux coureurs juifs, Glickman et Stoller, aurait pu être plus directement traité.

Un point intéressant enfin est d'avoir pris le parti de traduire tous les termes allemands, que d'autres auteurs ne traduisent plus : parler du « guide » au lieu du Führer, renforce l'atmosphère surréaliste de l'époque.

Avec tout ça, l'intrigue est bien menée et l'ennui assez rare.


 
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Vendredi 19 août 2005
Une très belle BD, très longue aussi (je n'en suis qu'à trois tomes sur les six déjà publiés). Ikkyu conte la vie d'un moine japonais au 15éme siècle, et c'est passionnant. On s'identifie assez facilement à ce jeune bâtard de l'empereur, qui grandit en apprivoisant l'idée de sa solitude face à l'abandon dont il a fait l'objet. Sur cette trame intime assez profonde et subtilement menée, on découvre ensuite un univers religieux étonnant. On effleure quelques querelles internes au boudhisme qui finalement peuvent ressembler aux débats internes à la religion catholique à la même époque (faut-il se compromettre avec les pouvoirs ou s'en éloigner ?).

 
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Jeudi 18 août 2005
Ce pavé d'environ 800 pages constitue une bonne introduction au droit constitutionnel américain ainsi qu'à la procédure pénale locale ! Ecrit par un juriste, il évoque les difficultés de Clinton face à des conservateurs déchainés.

Pour cela, l'auteur imagine un président démocrate, Kerry (sic) Kilcannon, qu'il oppose au lobby des défenseurs de la liberté absolue de porter des armes. C'est à dire des groupes tels que la NRA (National Rifle Association), prêts à tout pour bloquer des mesures simples comme une vérification du casier judiciaire avant de vendre un M16...

Patterson décrit ainsi le poids de ce lobby y compris au sein du parti républicain. Pour pimenter un peu, l'action se passe également sur le plan judiciaire, avec une description très fine des mérites et des limites de la procédure pénale américaine.

C'est parfois un peu long, mais ça en vaut vraiment la peine (traduit en français sous le titre Traces de poudre).


 
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Jeudi 18 août 2005


BHL s'en prend plein la figure dans un ouvrage très détaillé, duquel il ressort non pas l'assassinat d'un homme, mais, plus intéressant, son changement de statut.

Au fond, BHL se prétend philosophe, il n'est que bouffon du PIAF (Paysage Intellectuel & Audiovisuel Français). Les deux auteurs commencent par reprendre des extraits des premiers ouvrages du maître (c'est au choix à mourir de rire ou navrant tant l'emphase et le pompeux s'entremêlent) et rappellent les premiers avertissements de philosophes français dont les livres peuvent, eux, être relus avec profit trois décennies après leur parution (Pierre Vidal-Naquet, Castoriadis...)

Notre BHL a donc commencé sa carrière en surfant sur le succés de la "Barbarie à visage humain", son deuxième opus. Il a ensuite, lorsque la vague est retombée, relancé sa carrière par un positionnement d'indigné permanent.

Comme visiblement les détails l'ennuient, il préfère prendre position sur des sujets dramatiques et meurtriers (la Bosnie, l'Algérie, l'Afghanistan, l'Irak et l'Islam...) qu'il explore à la vitesse de sa lumière. La notoriété de l'homme aux chemises blanches est la plupart du temps bienvenue pour les associations qui sont impliquées dans les sujets sur lesquels il daigne se pencher. Il est donc, malgré son incompétence, accueilli avec bienveillance. Ayant accumulé ainsi suffisamment d'amis et de réseaux, les bêtises qu'il écrit lui sont finalement, à chaque fois, pardonnées par ceux-là même qui seraient les mieux placés pour le critiquer.

Au passage, ce système ne se maintient que parce qu'à ce jeu de "je te tiens tu me tiens par la barbichette", d'autres gloires abusives contribuent à animer le cours de l'action BHL : Sollers et sa chienne de garde, Colombani qui lui prête les colonnes du Monde régulièrement, Marianne qui soutient son égarement sur le rôle de l'armée en Algérie... La liste est longue de ses compères et obligés...

Cela laisse rêveur sur le fonctionnement de la sphère médiatique parisienne. Alors que dès les années 70 les intellectuels avaient reconnu BHL pour ce qu'il est : un amuseur ; les médias, trop heureux de trouver en lui une gueule vendable, ont relancé régulièrement la carrière du bonhomme.

Peut-être cependant BHL est-il allé trop loin avec "Qui a tué Daniel Pearl ?". L'ouvrage est trop plein d'erreurs et de demi vérités (dont la partie véridique provient d'autres sources, pas d'une recherche personnelle) pour que l'on ne puisse accueillir son prochain ouvrage sans la plus extrême circonspection (pour le livre sur Daniel Pearl, c'est trop tard, l'accueil dithyrambique a déjà eu lieu).

Enfin, il serait dommage de laisser croire que le livre est un lynchage de BHL - qui adore se poser en victime. Il convient juste de retenir que BHL a le génie se trouver au bon moment sur les sujets les plus chauds de l'actualité internationale, et qu'il n'a pour seule ambition que l'on parle de ceux-ci, en ne l'oubliant pas au passage. Une sorte de super VRP pour les sujets chauds de la planète. Au fond, un journaliste parfois brillant, parfois un peu verbeux et approximatif ? S'il ne prétendait pas à être plus que cela, cela ne serait déjà pas si mal.

PS : Le Monde (8 novembre 2004) dénonçait au sujet de ce livre une enquête "hâtive". Encore faudrait-il prouver que ce livre a été vite et mal écrit. Notamment, Jean Birnbaum balaie d'un revers de main les erreurs multiples relevées par les auteurs dans le "Qui a tué Daniel Pearl ?", en reléguant cela sous le vocable "d'affirmations" (sous entendu : non démontrées). On attendrait du journal Le Monde qu'il tranche avant d'écrire cela. Il y a une vérité des faits, et ce sont soit BHL, soit les auteurs du B.A. BA qui se trompent. Au Monde de vérifier, sauf à avouer un parti pris pro BHL, apparent dans tout le reste de l'article.

 
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Mercredi 17 août 2005
Incroyable ! Dans Le Monde hier (6/11/2004), une publicité des laboratoires Pfizer signée... Régis Debray ! Comme quoi la vieillesse est bien un naufrage.

Trois semaine après, Pfizer (Viagra etc...) donne la parole à François Ewald - le Michel Foucault du MEDEF -, après Régis Debray.

Il termine quelques lignes sur la faillite de la sécurité sociale par un éloge de la diète. Comme ça on sait au moins quels sont les projets du MEDEF pour la réforme de la sécu...
Vous reprendrez bien un petit coup de clystère ?...
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Mardi 16 août 2005
Comme beaucoup, j'aime prendre quelques notes sur mes lectures, mes humeurs et mes coups de coeur. Je n'ai jamais tenu pour autant de journal, ni réussi à collecter mes notes en un même endroit.

Le blog permet, lui, d'organiser ces réactions, de les conserver en un lieu unique.

Le journal ainsi publié peut être lu par tous ? Finalement peu importe, il est, pour mes proches, collègues et autres connaissances, aussi caché que dans un tiroir  fermé à clé - tant que je ne leur en donne pas l'adresse, signant ainsi mon crime ! Un peu donc comme la nouvelle d'Edgar Poe.

Ce blog est la reprise d'un site web personnel devenu difficile à tenir, surtout en comparaison de la simplicité du blog. J'essaie de prendre à la fois soin et plaisir en l'alimentant, si en plus il peut être apprécié par d'autres, tant mieux.

Bonne lecture, et un commentaire fait toujours plaisir.


 
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Jeudi 11 août 2005
La dernière semaine avant le jour de gloire, il y eut d'abord un appel bidon de syndicalistes européens pour le Oui. En guise de syndicalistes il y avait effectivement deux ou trois syndicalistes, qui représentaient principalement eux-même (voir une description assez complète sur acrimed ).

Ensuite, il y eut l'affaire du socle. Une journaliste (Christiane Chombeau) croyait pouvoir affirmer que « les électeurs du Front national et les souverainistes » constituaient « le socle le plus stable du non ». Dès le lendemain, le journal devait se plier à l'évidence : « C'est donc par erreur que nous avons indiqué, dans Le Monde du 26 mai, que la droite et l'extrême droite formaient toujours le socle majoritaire du non. »

Le même jour, à tout seigneur tout honneur, Jean-Marie Colombani assassinait Fabius d'un trait infâme : « Au reste, pour le chef de file du non à gauche, Laurent Fabius, cette évolution n'est guère surprenante : il était logique et cohérent qu'un jour ou l'autre l'homme qui s'était distingué en assurant que Le Pen posait "les bonnes questions" finisse par donner sur un sujet décisif la même réponse que Le Pen. » Colombani devrait remercier Fabius de ne pas l'avoir attaqué en justice, car malgré la grande connaissance des prétoires accumulée par le directeur du Monde (c'est là qu'il a fait plier Péan et Cohen, coupables de crime de lèse-majesté), ce dernier aurait probablement perdu.

Après le référendum, il y a eu l'édito infect du Monde2, le 4 juin, signé Edwy Plenel. Pour faire bref, le vote non est un vote vichyste, un appel à une « révolution nationale » xénophobe et antidémocratique.

On passe sur l'article de VGE, selon lequel évidemment tout le monde s'est trompé, sauf lui – aucun intérêt. Plus ennuyeux, un article de Thierry de Montbrial le 24 juin, titré « le 29 mai et la démocratie », qui est une copie conforme de l'article de VGE : le peuple s'est trompé, nous n'aurions pas dû le consulter. Ce qui est ici pénible est que de Montbrial signe pour Le Monde, et non intuitu personae. Ca me gêne aussi qu'un mois après, mon journal continue d'insulter l'intelligence de ses lecteurs qui ont voté Non...

Seul point d'optimisme, un bon article de Slavoj Zizek (« paradoxalement, un non d'espoir » le 26 juin), qui résume bien la réalité du non : [...] le non est un message et une expression d'espoir : l'espoir que la politique est toujours vivante et possible, que le débat sur la nouvelle Europe pourrait et devrait être toujours ouvert. [...] »
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