Voilà un livre alarmant sur la France, qui vole néanmoins à cinq mille pieds au dessus de ce sommet de platitudes qu'était la France qui tombe. Il s'agit ici, pour Patrick Fauconnier, d'attirer l'attention sur les failles de notre système éducatif. Et contrairement à Baverez, véritable robinet d'eau tiède aux certitudes assénées, Fauconnier donne des dizaines d'exemples, avance des idées, compare les résultats français avec d'autres pays, a lu toutes sortes de rapports et ouvrages. C'est parfois moins bien écrit, mais au final, en termes d'intérêt, c'est le jour et la nuit.
Un premier diagnostic est rapidement posé : l'obsession des grandes écoles entraîne une hypersélection qui conduit à se désintéresser des éléves jugés inaptes à parvenir au sommet. Et ce rejet (la colonne de distillation, comme l'appelle Fauconnier), commence en primaire et se termine avec les facultés, délaissées au profit des grandes écoles.
C'est ainsi que 30% du financement de l'enseignement supérieur seraient – les chiffres sont incertains - consacrés aux 4% d'élèves des classes préparatoires aux grandes écoles. (Nicolas Sarkozy a consacré le 21 septembre un article à l'enseignement supérieur, vous ne trouverez qu'une vague allusion au sujet « Les universités, qui accueillent les trois quarts des étudiants, sont à la périphérie et non au centre du système. Elles sont marginalisées par les grandes écoles dans la formation des élites ». Aucune solution à ce problème n'est évoquée ensuite. A croire qu'il est plus facile d'expulser des enfants africains...)
L'ensemble du système est bien décrit, avec clarté, comme un empilement désordonné de filières concurrentes. Mais ce point n'est pas forcément nouveau, la complexité du système est connue. Les enquêtes sur la notation, faite pour éliminer tout au long de l'année, sont plus originales, à la fois passionnantes et révoltantes. Tout cela pour que 85% des élèves s'ennuient en classe, alors que bien des pays nordiques ne pratiquent pas la notation, même dans le secondaire, sans que leurs résultats en souffrent ! Mais il faut, en France, souffrir pour être sage, sous peine de succomber à la passion moderne pour la distraction et la légèreté – Alain Finkielkraut y veille.
Il y a un véritable combat culturel, dont les principaux points sont très bien décrits, pour redonner une noblesse à l'idée que l'école est aussi là pour orienter vers des métiers. La réduire à cela serait une logique anti-humaniste, mais négliger cet aspect pratique revêt parfois un côté ubuesque, lorsqu'on baptise des formations « matériaux souples » au lieu de couture et mode – tout plutôt que du concret, telle semble être la devise. Jean-Luc Mélenchon, comme Secrétaire d'Etat à l'enseignement professionnel, a essayé, avec difficulté, de rompre avec le mépris pour les formations techniques.
D'autres, enseignants, ont essayé de développer des formules originales à différents niveaux du cursus scolaire. Leur mise à l'écart est généralement rapide...
Plus tard, alors que la formation continue pourrait être prise au sérieux, l'Etat laisse ce secteur incontrôlé, dispendieux et peu efficace. Pourtant, la validation des acquis professionnels, et la formation tout au long de la vie valent plus que de vagues déclarations d'intention. Encore faut-il, pour se former au travail, commencer par en décrocher un. Fauconnier plaide, avec persuasion, pour un abaissement des charges sociales pour l'emplois des jeunes. Un jeune non qualifié a toutes les chances, lors de son premier emploi, de rapporter à son employeur moins que le smic plus les charges correspondantes. Il faudrait donc favoriser cette première embauche et ainsi combler le manque d'emploi français dans le secteur des services.
Sur la suppression de l'aide aux chômeurs-créateurs d'entreprise, sur la complexité risible des dispositifs d'aide aux jeunes et aux chômeurs, Fauconnier achève d'enfoncer le clou. Droite et gauche en prennent pour leur grade, quand elles s'empressent de soigner leur clientèle plutôt que de traiter les sujets au fond... On pourra juger que l'auteur cède parfois au miroir aux alouettes du modèle américain : la concurrence entre établissements, la tolérance zéro sont un peu rapidement évoqués comme exemples possibles. Mais Fauconnier sait aussi reconnaître l'intérêt de mesures plus conformes au « modèle français », et son livre est si riche qu'il vaut vraiment la peine.

Barbara Vine (pseudonyme de Ruth Rendell pour certains de ses livres), a rédigé là un livre qui tient de l'histoire contemporaine, du récit familial et de l'enquête policière.
Au croisement de X-Files et de l'opéra
Bastille... Ce polar historique nous promène, depuis le XXème siècle, à travers la musique allemande de Bach à Webern, à la recherche d'un secret caché dans les oeuvres de ces compositeurs.
Commentaires