Commentaires

Sélection

lalettrevolee  @  yahoo.fr

W3C

  • Flux RSS des articles

Recherche

Calendrier

Septembre 2005
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30    
<< < > >>
Vendredi 30 septembre 2005
Voilà un livre alarmant sur la France, qui vole néanmoins à cinq mille pieds au dessus de ce sommet de platitudes qu'était la France qui tombe. Il s'agit ici, pour Patrick Fauconnier, d'attirer l'attention sur les failles de notre système éducatif. Et contrairement à Baverez, véritable robinet d'eau tiède aux certitudes assénées, Fauconnier donne des dizaines d'exemples, avance des idées, compare les résultats français avec d'autres pays, a lu toutes sortes de rapports et ouvrages. C'est parfois moins bien écrit, mais au final, en termes d'intérêt, c'est le jour et la nuit.

Un premier diagnostic est rapidement posé : l'obsession des grandes écoles entraîne une hypersélection qui conduit à se désintéresser des éléves jugés inaptes à parvenir au sommet. Et ce rejet (la colonne de distillation, comme l'appelle Fauconnier), commence en primaire et se termine avec les facultés, délaissées au profit des grandes écoles.

C'est ainsi que 30% du financement de l'enseignement supérieur seraient – les chiffres sont incertains - consacrés aux 4% d'élèves des classes préparatoires aux grandes écoles. (Nicolas Sarkozy a consacré le 21 septembre un article à l'enseignement supérieur, vous ne trouverez qu'une vague allusion au sujet « Les universités, qui accueillent les trois quarts des étudiants, sont à la périphérie et non au centre du système. Elles sont marginalisées par les grandes écoles dans la formation des élites ». Aucune solution à ce problème n'est évoquée ensuite. A croire qu'il est plus facile d'expulser des enfants africains...)

L'ensemble du système est bien décrit, avec clarté, comme un empilement désordonné de filières concurrentes. Mais ce point n'est pas forcément nouveau, la complexité du système est connue. Les enquêtes sur la notation, faite pour éliminer tout au long de l'année, sont plus originales, à la fois passionnantes et révoltantes. Tout cela pour que 85% des élèves s'ennuient en classe, alors que bien des pays nordiques ne pratiquent pas la notation, même dans le secondaire, sans que leurs résultats en souffrent ! Mais il faut, en France, souffrir pour être sage, sous peine de succomber à la passion moderne pour la distraction et la légèreté – Alain Finkielkraut y veille.

Il y a un véritable combat culturel, dont les principaux points sont très bien décrits, pour redonner une noblesse à l'idée que l'école est aussi là pour orienter vers des métiers. La réduire à cela serait une logique anti-humaniste, mais négliger cet aspect pratique revêt parfois un côté ubuesque, lorsqu'on baptise des formations « matériaux souples » au lieu de couture et mode – tout plutôt que du concret, telle semble être la devise. Jean-Luc Mélenchon, comme Secrétaire d'Etat à l'enseignement professionnel, a essayé, avec difficulté, de rompre avec le mépris pour les formations techniques.

D'autres, enseignants, ont essayé de développer des formules originales à différents niveaux du cursus scolaire. Leur mise à l'écart est généralement rapide...

Plus tard, alors que la formation continue pourrait être prise au sérieux, l'Etat laisse ce secteur incontrôlé, dispendieux et peu efficace. Pourtant, la validation des acquis professionnels, et la formation tout au long de la vie valent plus que de vagues déclarations d'intention. Encore faut-il, pour se former au travail, commencer par en décrocher un. Fauconnier plaide, avec persuasion, pour un abaissement des charges sociales pour l'emplois des jeunes. Un jeune non qualifié a toutes les chances, lors de son premier emploi, de rapporter à son employeur moins que le smic plus les charges correspondantes. Il faudrait donc favoriser cette première embauche et ainsi combler le manque d'emploi français dans le secteur des services.

Sur la suppression de l'aide aux chômeurs-créateurs d'entreprise, sur la complexité risible des dispositifs d'aide aux jeunes et aux chômeurs, Fauconnier achève d'enfoncer le clou. Droite et gauche en prennent pour leur grade, quand elles s'empressent de soigner leur clientèle plutôt que de traiter les sujets au fond... On pourra juger que l'auteur cède parfois au miroir aux alouettes du modèle américain : la concurrence entre établissements, la tolérance zéro sont un peu rapidement évoqués comme exemples possibles. Mais Fauconnier sait aussi reconnaître l'intérêt de mesures plus conformes au « modèle français », et son livre est si riche qu'il vaut vraiment la peine.



Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Essais / Histoire
Jeudi 29 septembre 2005

Barbara Vine (pseudonyme de Ruth Rendell pour certains de ses livres), a rédigé là un livre qui tient de l'histoire contemporaine, du récit familial et de l'enquête policière.
L'histoire contemporaine est retracée à travers le narrateur, un lord héréditaire en train de perdre son titre, du fait de la réforme de la haute chambre britannique menée par les travaillistes.
Le récit familial vient de ce que ce lord cherche à écrire la vie de son ancêtre, premier lord de la famille.
Enfin, il résulte de cette volonté de remonter aux sources une intrigue policière, puisqu'enfin quelques zones d'ombre subsistent dans la vie de ce digne ancêtre.

Qui trop embrasse souvent mal étreint. Barbara Vine aurait donc pu rater complètement son livre. On ne s'ennuie pourtant pas trop, même si on ne peut pas dire que ce soit d'un suspense haletant (on commence à comprendre qu'il y a du louche à peu près vers la page 300. Ceux qui aiment être accrochés à la page 2 râleront un peu...) Il faut donc aimer l'atmosphère de l'Angleterre victorienne et le contraste avec celle de Blair que Barbara Vine fait ressortir de façon finalement assez réussie.


 
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Polars
Dimanche 25 septembre 2005
Depuis plusieurs mois, une fondation inconnue, l'ESAG (European Security Advocacy Group), fait de la publicité contre le terrorisme. Le Journal du dimanche, Libération, pour ce que j'ai pu en voir, mais il y en a sans doute d'autres, publient régulièrement des encarts émanant de cette organisation, avec pour but de sensibiliser les populations à la lutte contre le terrorisme.
(Pour voir la collection complète des bulletins publiés : http://esag.info/article.php3?id_article=80 )

On y trouve des appels à la vigilance contre le terrorisme pour "vous aider à vous impliquer dans la lutte."

Quelques extraits significatifs :

L'Europe est en retard contre le terrorisme : "...En Europe, les opérations d'Al Quaida [sic] se sont développées plus vite que dans toute autre partie du monde. Un seul chiffre : dans les deux années qui ont suivi le 11 septembre 2001, plus de 200 terroriste présumés ont été arrêtés en Europe - plus que sur les autres continents..." Que l'on sache cependant, les arrestations peuvent aussi être preuve d'efficacité, et le bilan du terrorisme reste, à ce jour, plus lourd aux Etats-Unis qu'en Europe.

Les nations ne doivent pas résister à l'Europe : "...l'Union Européenne a proposé par exemple que les forces de police nationales soient autorisées à faire la chasse aux terroristes qui fuient se réfugier dans un pays voisin. Mais les lois de certains pays n'ont pas encore été modifiées dans ce sens..." Il n'est peut être pas apparu aux obscurs commanditaires de cette propagande abjecte que les pays en question ont peut-être des réserves sur l'opportunité d'adopter telle ou telle politique privatrice de libertés - car c'est aussi bien souvent de cela qu'il s'agit en la matière.

Bref, cette campagne veut inciter à toujours plus d'Europe pour toujours plus de mesures anti-terroristes (simple rappel, le texte du projet de traité comprenait onze mentions du terrorisme ou des terroristes).

En quoi est-ce gênant ? C'est gênant d'une part parce que ces encarts n'apportent aucun élément précis au débat. Ensuite parce que les mesures préconisées, d'ordre à la fois législatif et européen, n'apporteront pas forcément plus d'efficacité qu'une organisatioin policière efficace (il a suffisamment été dit au moment du 11 septembre que les polices européennes auraient sans doute été plus efficaces que la police américaine pour arrêter ces attentats).

Enfin, il est très gênant qu'une campagne aussi organisée, coûteuse et pérenne, émane de parfaits inconnus. Voilà les renseignements qu'on peut trouver sur cette organisation sur le site www.esag.info : "Le conseil d’administration actuel représente six pays différents [...] la Fondation ESAG ne révèle pas les noms des personnes ou des organisations qui consacrent leur temps et leurs ressources financières à cette cause." De vagues problèmes d'assurance sont invoqués pour justifier que même la nationalité des membres du Conseil d'administration ne soit pas diffusée ! Pourrait-on découvrir à cette occasion qu'un, deux ou six américains se seraient glissés parmi eux ? Voilà des personnalités qui ont de quoi financer la parution de plus de soixante encarts publicitaires dans la presse européenne et ce pendant plusieurs mois et qui ne peuvent même pas annoncer leur nationalité par peur de problèmes avec leur assureur ?!

Pourquoi donc ne pas voir la main de la CIA dans cette campagne. Après tout, cela ne fera que confirmer le fait que les USA soutiennent évidemment la construction européenne et un élargissement à tout crins (Turquie, Ukraine...) Et il ne faut pas s'interdire de temps en temps de voir un complot, ou de la propagande, quand on l'a sous les yeux (on peut lire aussi la lettre volée, fameuse nouvelle d'Edgar Poe, aux Etats-Unis comme ailleurs).

Enfin, dans Irak, le chaudron cassé, Slavoj Zizek écrit : "aujourd'hui, le rejet critico-idéologique, plein de suffisance, dont sont victimes tous les complots, traités en simples fantasmes, pourrait bien constituer l'idéologie suprême..." Dernière raison de réfléchir un peu au sens et à l'origine de cette vaste campagne, au sujet de laquelle les journaux, concernés ou pas, devraient également s'interroger, pour, éventuellement, refuser de prêter concours à une entreprise de manipulation.




18/1/2006 : trouvé un article d'Infoguerre là dessus, qui confirme un lien vraisemblable avec les services américains
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Media
Jeudi 22 septembre 2005

Pour s'offrir quelques minutes d'antiaméricanisme primaire, un site gouvernemental américain sur que faire en cas d'attaque terroriste.


Un extrait, sur le risque nucléaire :

"Use available information to assess the situation. If there is a significant radiation threat, health care authorities may or may not advise you to take potassium iodide. Potassium iodide is the same stuff added to your table salt to make it iodized. It may or may not protect your thyroid gland, which is particularly vulnerable, from radioactive iodine exposure. Plan to speak with your health care provider in advance about what makes sense for your family."

En gros, en cas d'explosion atomique, prévoir d'avoir consulté avant son médecin de famille pour savoir si l'ingestion d'iode peut faire quelque chose... Finalement mieux vaut décréter que les nuages nucléaires s'arrêtent aux frontières françaises, comme pour Tchernobyl.

Blague à part, outre que le site www.ready.gov émane de la FEMA, dont l'incompétence contre l'ouragan Catrina a été remarquée, c'est à se demander si l'intérêt n'est pas en réalité d'entretenir aux USA un climat permanent de terreur, propre à toutes les manipulations.


C'est un peu la thèse de Slavoj Zizek dans son livre sur l'Irak, et le site en est une bonne illustration.


Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Media
Mardi 20 septembre 2005
Le titre original de ce succés planétaire est "How to win friends and influence people", qu'on peut traduire approximativement  par "comment conquérir des amis et influencer les gens". Le titre ainsi précisé, on est plus près de "l'art de la guerre" que du manuel pour mélancolique isolé.

Et, en effet, il s'agit d'un manuel de savoir vivre revu à la sauce anglo-saxonne. Il ne s'agit donc plus de l'étiquette versaillaise mais bien d'apprendre à convaincre des clients récalcitrants, à demander une augmentation ou autre événement courant de la vie professionnelle. C'est très bien fait et Carnegie a truffé son ouvrage de références, dont certaines datent (la première édition est de 1934), mais où on trouve cités à l'occasion Freud où William James.

Dans un format court, on trouve pas mal de rappels de bon sens bien illustrés, dont la finalité ultime et commune est de pousser à arrondir les angles : "Sachons bien que la critique est comme le pigeon voyageur, elle revient au départ". Moins commun "je juge les gens selon leurs principes à eux, et non les miens", de Martin Luther King (qui avait 5 ans lors de la parution de la première version du livre, mais les versions suivantes ont été enrichies).

Le livre fourmille de cas, tirés des cours donnés par Carnegie lui-même, ce qui entraîne une accumulation parfois lourde de détails incongrus : "Dorothy Wrublewski, directrice de la succursale de Fort Monmouth, dans le New Jersey, de l'Union fédérale de crédit, a raconté lors d'une séance de notre entraînement comment elle a pu aider l'une de ses employées à devenir plus efficace..."

On peut voir dans le livre une méthode cynique d'entraînement à la manipulation "...Il en faudrait si peu, pourtant, un instant de réflexion, quelques bonnes paroles, un effort sincère pour nous oublier et comprendre les autres, il en faudrait si peu pour adoucir les coups que nous sommes obligés de porter. Souvenons-nous de cela la prochaine fois que nous aurons la détestable tâche de licencier du personnel..."

Cette limite mise à part, les 250 pages du livre peuvent être utiles à tirer profit de nos interactions quotidiennes dans un cadre essentiellement professionnel.




Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Essais / Histoire
Dimanche 18 septembre 2005
Fort et déprimant. Très formel et touchant. Superbe.
Une histoire de drogues ambitieuse, tirée d'un roman de Hubert Selby Junior. On peut y trouver, un peu comme dans Elephant, de Gus Van Sant, une tentative d'explication d'un fait divers, sauf que les faits divers sont deux ici. Il s'agit du destin d'une mère et de celui de son fils, dont l'un et l'autre vont mal se terminer. La mère est droguée à la télé d'abord, puis aux amphétamines. Le fils se drogue à des choses plus dures. En quatre saisons, de l'été à l'hiver, Aronofsky raconte leur déchéance.

Le message est ambivalent : on peut voir dans le film un simple "la drogue c'est de la merde". Il est cependant très clairement montré que les présentateurs d'émissions débiles, les médecins pressés de faire du fric, contribuent à vider la vie des gens de leur substance. Pas étonnant ensuite que leurs enfants aient du mal à se projeter de façon dynamique dans un futur qui soit le leur.

Il y a beaucoup de très belles scènes, c'est à la limite du formalisme ou du maniérisme de temps en temps, mais c'est un choc. Et les acteurs sont excellents, avec une prestation de Ellen Burstyn spécialement impressionnante - elle a, dans les scènes de la fin, une tête qui tient plus du crâne que de l'humain vivant.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Films & musique
Samedi 17 septembre 2005

L'Europe c'est l'héroïsme. Voilà ce que n'écrit pas mais semble dire Slavoj Zizek, racontant ainsi le courage d'une magistrate croate, qui, en mars 2003, osa condamner un général croate pour des crimes de guerre commis en 1991, dans un contexte politique très tendu. Zizek en conclut : « si le signifiant « Europe » est porteur d'une réelle dimension, alors cet acte fut « européen » dans l'acception la plus exemplaire du terme ».

Pas question de bassesse en effet lorsqu'il s'agit d'Europe. Il condamne « Maastricht : cette anti-politique faite de consensus, d'administration « post-idéologique » et de création des conditions idéales au capital, augmentée d'un discours pepsi-vide sur la sauvegarde des identités culturelles spécifiques est-elle suffisante ? [...] Si l'Union Européenne doit se résumer à cela, un simple centre de pouvoir tolérant sur le plan multiculturel et plus efficace en matière économique [...] alors cet objectif, bien que plutôt légitime et justifié, induira un renoncement à l'héritage démocratique européen originel .»


Si l'Europe n'est qu'un état de droit de plus, elle n'est rien de plus, et ne se distingue d'ailleurs pas beaucoup des USA. Comme les USA, l'Europe et les états européens ont des intérêts, les défendent avec mesquinerie parfois, si bien que « ceux qui ne veulent pas s'engager dans la critique de l'Europe devraient également se taire à propos des USA [...] S'il faut défendre l'héritage européen, alors l'Europe doit se réinventer : dans l'acte même de défense, nous devons réinventer ce qu'il y a à défendre. Il nous faut remettre en question, impitoyablement, les fondations mêmes de l'héritage européen, jusqu'à ces vaches sacrées (y compris ces vaches sacrées) que sont la démocratie et les droits de l'homme». On touche là à la métaphysique, et on s'éloigne du référendum du 29 mai. Je pense que Zizek n'aboutira pas, dans sa recherche d'un but pour l'Europe et je pense que son projet est voué à l'échec. Néanmoins, dans sa recherche, comme noté dans une fiche de lecture précédente, il a des observations souvent très profondes.


Ainsi, sur l'ambition mondiale des USA, que recouvre et dissimule le terme de globalisation : « La véritable opposition est aujourd'hui celle de la globalisation (le Nouvel Ordre Mondial du marché global émergent) et de l'universalisme (le domaine proprement politique de l'universalisation du sort particulier de chacun en tant que représentatif de l'injustice globale). » La globalisation aujourd'hui c'est Radio USA (ou Radio Free Europe pour les tenants du Oui), l'universalisme ce sera quand l'injustice faite à chacun concernera tout le monde.


Et la France a un rôle particulier à jouer dans cette opposition : « deux noms exemplifient au mieux cette opposition entre universalisme et globalisation : la France et les USA. L'idéologie républicaine française est l'incarnation de l'universalisme moderne : d'une démocratie, fondée sur une notion universelle de citoyenneté. En totale opposition avec elle, les USA représentent une société globale, une société dans laquelle le marché global et le système légal servent de contenant (plutôt que le proverbial melting pot) à la prolifération infinie d'identités minoritaires particulières. »


Zizek est un philosophe un peu baroque, dont la pensée fait appel à des concepts et des références riches, pas toujours explicités pour le grand public (« à l'instar d'un analyste lacanien, un agent politique ne doit réaliser des actes qui ne peuvent s'autoriser que d'eux-mêmes, pour lesquels il n'existe pas de garantie externe »). Il reste cependant suffisamment de matière pour découvrir un travail vraiment intelligent sur la politique, qui sort du ronron de bien des essais contemporains.


Une dernière citation pour la route : « Le repli vers l'intimité est aujourd'hui synonyme d'adoption de formules clés en main d'authenticité intime propagées par la récente industrie culturelle, des leçons d'édification spirituelle aux derniers engouements, culturels et autres, pour finir par le jogging [j'ai bien fait d'arrêter] et le body building. [...] aujourd'hui la seule manière de mettre un terme aux lourdeurs de la vie publique « aliénée » consiste à inventer une nouvelle collectivité. »


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Essais / Histoire
Vendredi 16 septembre 2005
Avec ce livre, Slavoj Zizek veut faire oeuvre de philosophe engagé, en éclairant les motifs américains de la guerre en irak. Il le fait souvent dans des termes lacaniens, posant ainsi rapidement que la guerre s'explique d'abord, est motivée, du point de vue des américains, par des raisons d'ordre à la fois imaginaire, symbolique, et réel.

L'imaginaire est celui de la démocratie : fin d'un régime autoritaire et projet d'instauration d'un état de droit. Le symbole est celui des USA, pays porteur – pour ses habitants et historiquement souvent - des valeurs de tolérance et de modernité. Le réel c'est le pétrole, pour faire vite, l'intérêt bien compris des pétroliers américains proches du clan Bush (citation de Paul Wolfowitz à l'appui : « La différence la plus importante entre la Corée du Nord et l'Irak est que, du point de vue économique, nous n'avions pas le choix car ce pays baigne dans une mer de pétrole »).

Ces trois motifs sont ce qui rend l'invasion de l'Irak par les USA crédible, justifiable. Ils fournissent une couverture. Sous cette couverture, Zizek soupçonne Bush de vouloir en réalité instaurer aux USA même un état de guerre permanent, qui justifiera tous les abus d'une politique de contrôle total. (« Et si la guerre contre le terrorisme n'était pas tant une réponse aux attaques terroristes elles-mêmes qu'une réponse au mouvement antimondialiste, une façon de le contenir et de le détourner de lui »...) Exagéré ? Peut-être. Mais « aujourd'hui, le rejet critico-idéologique, plein de suffisance, dont sont victimes tous les complots, traités en simples fantasmes, pourrait bien constituer l'idéologie suprême ». Il ne s'agit pas de voir des complots partout, mais bien de s'efforcer, lorsque des politiques désastreuses ont des effets désastreux, de ne pas oublier qu'il peut y avoir un lien entre les deux, plutôt que d'invoquer la fatalité.

On doit à ce sujet constater que les réponses au 11 septembre ont, aux USA, porté sur le thème : comment se protéger de la menace extérieure imméritée (id est : les attentats n'ont aucun lien avec la poltique américiane) ? Fareed Zakaria, dont un de ses micro-CV décrit bien le personnage : « Fareed Zakaria has the perfect intellectual pedigree (Indian-born, educated at Harvard, conservative) for a fast-changing world, ... » s'est interrogé sur un possible excès de démocratie. Même des libéraux se sont interrogés sur un possible usage légitime de la torture. Les USA ont montré une grande capacité à s'éloigner de leurs valeurs traditionnelles pour entrer dans des domaines dangereux, avec un raisonnement sous-jacent qui est celui-ci « nous ne méritons pas ce qui nous arrive, le monde extérieur est dangereux, faisons le dos rond et durcissons notre dos... »

Zizek oppose à cette position celle publiquement exprimée le 22 septembre 2001 par Derrida aux Etats-Unis « la compassion inconditionnelle, que j'adresse aux victimes du 11 septembre, ne m'empêche pas de clamer ceci : en ce qui concerne ce crime, je ne crois pas que quiconque soit innocent d'un point de vue politique. » Il s'agit bien de rappeler que l'attentat a des causes, que parmi ces causes figurent l'action et les positions du gouvernement américain, et que les citoyens américains sont supposés aussi être responsables des positions de leur gouvernement. Plus loin, Zizek rappelle que c'est un refus identique de considérer l'adversaire comme un terroriste sans nom, qui a conduit des soldats israéliens à refuser de servir dans leur armée.

Certaines pages sont incompréhensibles pour ceux qui - comme moi - ne sont pas familiers des débats entre universitaires contemporains (une controverse obscure avec Yannis Stavrakakis est ainsi longuement évoquée). D'autres sont des parenthèses, des digressions apparentes, parfois intéressantes, d'autres non, sur des thèmes extrêmement variés avec des références à la littérature, au cinéma, à la psychanalyse, à la religion ou à la philosophie politique... Zizek est enfin et aussi capable du bon sens le plus désarmant : si les USA ont attaqué l'Irak, dit-il, c'est bien parce que l'Irak n'avait pas d'armes de destruction massive, et s'ils n'attaquent pas la Corée du Nord c'est bien parce qu'elle en dispose et pourrait infliger des dégats massifs aux Etats-Unis.

Dans l'ensemble, le livre est un objet éditorial étonnant, composé d'une partie principale de 75 pages et de deux annexes, avec quelques redites et un parcours loin d'être linéaire. Mais en le parcourant on découvre avec plaisir un auteur qui tente de penser différemment et, dans son travail en ce sens, arrive à intéresser le lecteur. On regrettera seulement que l'ouvrage rentre parfois dans des querelles d'expert assez byzantines, ce qui le place à mi-chemin entre l'essai grand public et la publication pour revue universitaire, mais on peut sauter rapidemment et recoller plus loin...


 

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Essais / Histoire
Jeudi 15 septembre 2005
Le Monde d'hier contenait un article de Daniel Cohen sur le classement chinois des universités mondiales. Il en ressort, pour l'édition 2005, que la France ne place que 4 de ses universités dans les 100 premières mondiales.

Il y a plusieurs raisons à cela : tout le monde (pardon : la population des décideurs) se fout des universités, seules comptent les grandes écoles. Et ces grandes écoles n'ont pas la taille des Harvard, Cambridge et autres paquebots universitaires. Par extraordinaire certaines universités françaises ont la taille critique pour s'inscrire dans le top 100, mais c'est bien malgré le système.

Donc il faut changer cela. Peut être en renforçant les universités financièrement (la part du PIB allouée au supérieur est, en France, plus faible qu'ailleurs). Il y a d'autres mesures qui seraient envisageables.
Daniel Cohen suggère, lui, de se tourner vers l'Europe pour créer 5 ou 10 Harvard.

C'est doublement inintéressant : l'UE comprend 25 membres, au mieux la France aura 1 de ces
"Harvard" et on ne voit pas quoi en quoi notre position dans le classement chinois sera améliorée. Dans le même temps on n'aura rien résolu des problèmes de l'université française en général.

Marrant comme le simple fait de suggérer une solution européenne à un problème donne un air profond et dispense de toute réflexion au fond : une bonne illustration de l'usage incantatoire de l'Europe comme solution miracle...




Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Europe : stop !
Mardi 13 septembre 2005
Comme d'autres, Wickham et Coignard passent au roman pour faire passer sous forme anonyme les renseignements, les détails concernant l'univers politique parisien, qu'ils ne pourraient pas raconter en mettant des noms d'hommes politiques contemporains. Ils gagnent ainsi en liberté ce qu'ils perdent en précision.

Eric Zemmour, dans "l'autre", s'en était pas mal sorti, et on identifait facilement un grand nombre de personnages.  Ici, l'approche est plus difficile. Les personnages ne sont guère reconnaissables, sauf pour deux ou trois d'entre eux. Le couple formé par Xavier, Premier ministre, et Laure, sa soeur, ressemble au tandem formé par un président de la république contemporain et sa fille (Jacques et Claude, pour ceux qui ont un doute). Il s'agit pour eux, dans Mafia Chic, d'interdire la parution d'un livre qui pourrait leur nuire à quelques semaines de la présidentielle, et d'éviter que ne soit révélé le goût du futur président pour la cocaïne.

Wickham et Coignard décrivent alors tout l'arsenal de moyens donc peuvent disposer les plus hautes autorités pour imposer leurs volontés : journaux achetés, intimidations via les renseignements généraux, éditeurs assouplis par des femmes offertes, rien ne manque. Plus qu'à Laure et Xavier, qui ne font que vouloir défendre leur réputation et leur futur place élyséenne, les deux auteurs en veulent au petit monde parisien habitué à se courber. Parmi les rares personnages immédiatement reconnaissables figure ainsi le patron d'un hebdo "de gauche", Jean de Vezelay (Jean Daniel dirait-on), avide surtout de plaire aux puissants et de ne pas déranger les savants équilibres parisiens.

Le tout n'est guère reluisant. Même si le livre est parfois vite écrit (tous les fonctionnaires sont fainéants, le beur de service ne peut pas terminer une phrase sans placer un yo débile), on y sent une sorte de rage dénonciatrice impressionnante. Il faut bien dire que le travail de journaliste tel que décrit dans ces 400 pages est assez éloigné du rôle de redresseur de torts que les deux auteurs devaient imaginer en entrant dans la carrière...

Un extrait parmi les passages bien enlevés du livre : "Au journal, l'ambiance était au plus bas. Le processus de fabrication du vide se déroulait selon les régles en vigueur dans la profession. Il y avait eu la conférence du lundi avec de jolis plans de bataille tournant autour d'idées originales et de révélations sur la campagne en cours. Puis les rouages du journalisme parisien s'étaient mis en branle : tractations de couloir, mises en garde des chefs de service, dégonflage des sujets ("Ca intéresse personne", "c'est pas pour nos lecteurs", "les gens en ont rien à foutre", axiomes de base, parmi d'autres, de la doctrine médiologique dominante)... Le numéro qui allait sortir n'avait pas grand chose à voir avec ce qui avait fait l'objet de grands débats au cours de la conférence de la seamine précédente. Jean de Vézelay avait tranché. Ce serait : "la France que nous aimons, la France que nous voulons !", grande oeuvre collective signée par huit intellectuels, dont trois appartenant à l'écurie Fréron. Sur les dix pages consacrées à ce thème audacieux, par une où seraient imprimés les mots qui fâchent : pas "corruption", pas "impunité", pas "manipulations", pas "pauvreté", pas "révolte". Non. Rien que de la "mixité sociale", de "l'intégration", de "l'exception culturelle", de la "construction européenne"".


 
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Politique
Lundi 12 septembre 2005
Eric Zemmour a écrit une bio de Jacques Chirac, "l'homme qui ne s'aimait pas" (pas lue), et l'ayant achevée, s'est finalement retrouvé avec une somme de faits non étayés, propres à lui valoir quelques procès en diffamation.

Il a donc écrit un roman à clés pour pouvoir poursuivre tranquillement son récit. Ca donne "l'Autre", l'autre livre sur Chirac, rebaptisé pour la circonstance François Marsac (avec les initiales FM, comme celles de "l'autre" président).On découvrira les moments clés de l'ascension de Jacques Chirac grâce à des allers-retours entre le passé (des débuts de JC jusqu'à 1967 environ) et le "présent" (1988 et le gouvernement Juppé). On raconte, au fil d'une intrigue poussive mais qui ne vise qu'à permettre un tour des deux Paris, celui de 1967 et celui de 1988, les promotions canapé, l'argent qui coule à flot, les jeunes filles glissées dans le lit comme cadeau d'accueil etc...

Sans vouloir jouer au cynique, cela finit par rendre Chirac sympathique : il est humain, avec ses dépressions soignées par des cocktails de foie gras et d'anti-dépresseurs, et son franc parler, à l'opposé des fonctionnaires standard décrits ça et là. Pourtant, le roman laisse un peu le lecteur sur sa faim : rien n'est décrit de deux périodes intéressantes. La période 1974-1981 est évitée, avec ses assassinats politiques (notamment celui de Robert Boulin) ; et on s'arrête en 1988. Au delà des valises de billets et des filles, on apprend peu de choses sur les affaires économiques françaises, et l'on pourrait croire que seuls les chefs d'etat africains ont financé la politique française.

On se souvient alors qu'Eric Zemmour a écrit avec PPDA "les rats de garde", une critique en règle des journalistes trop critiques, soupçonneux. On ne s'étonnera donc pas - entre autres - de voir PPDA et ses frasques épargnés par l'auteur.
 
Un livre bien troussé cependant, amusant, qui donne l'impression d'approcher d'une meilleure compréhension de l'homme Chirac, malgré les limites signalées ci-dessus.
Pour les curieux, je donne ci-dessous ma table de concordances, les "clés" du livre, dont je ne suis pas sûr à 100%, mais que je crois asssez complète :

François et Dominique Marsac = Jacques et Claude Chirac
Geneviève Mitron de Volnay = Bernadette Chirac, née Chaudron de Courcel
Lucien Brincourt de Saint-Alvère = Dominique Galouzeau de villepin
Laure Villemin = Marie-france garaud
René Marteau = Jacques Pilhan
Patriat = Jérôme Monod
Maurice Prantoni = Charles Pasqua
Jean-Luc Ramey = Jean-Louis Debré
Charles Janvier = Pierre Juillet
Pupuce = Claude Pompidou
Michèle de Roustolan = Michèle Barzach
Luc Mirandon = Jacques Chaban Delmas
Marcel Merceran = Edgar Faure
Hector Nilas = Edouard Leclerc
André Marc (Amadou) Ben Ali = Albert-Bernard (Omar) Bongo
Albert Riedel = ? (je fais le pari que ce personnage est fictif, l'intrigue du livre (François Marsac ne serait pas le fils de sa mère officielle) n'étant à mon avis qu'un prétexte - et de toute façon on s'en f...
Schweitzer = un journaliste de TF1 (villeneuve, carreyrou ?)
Melchior Combes = Ambroise Roux
Humboldt = Alain Duhamel

 
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Essais / Histoire
Dimanche 11 septembre 2005
Après le "Manuel du puceau" et "Ma circoncision", Riad Sattouf retourne au collège exorciser ses souvenirs de souffre-douleur complexé. Pour lui l'expérience aura sans doute marché, car il se fait accepter rapidement des élèves et reçoit même des avances d'au moins deux filles de troisième.
En revanche, pour les moches, les malingres et les fils de pas grand chose, c'est toujours pareil : les claques, les moqueries et les rires blessants pleuvent dès qu'ils sortent de leur entourage et s'aventurent parmi les seigneurs.
Ca se passe dans un lycée qui ressemble au Lycée Charlemagne et, par delà les invariants temporels attendus (la brutalité des relations, déjà présente dans le collège de l'auteur, comme il le décrit en parallèle au début de son récit), Riad Sattouf découvre les gosses de riches.
Comme on pouvait l'imaginer, le tableau n'est pas réjouissant : ils sont suffisants, inconscients de leurs avantages et dédaigneux envers leurs enseignants. Pas mal d'images touchent, mais l'expérience est peut-être trop courte pour sortir des clichés et apercevoir par exemple un bout de l'univers des enseignants. 12/20, pour rester dans la ligne collège ?


 
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : BD
Vendredi 9 septembre 2005
Tout d’abord, Fahrenheit est plus sobre que d’autres films de Moore. Il contient plus d’informations que dans les précédents. Ces informations sont par ailleurs mises en perspective et permettent de prendre toute la mesure de la puissance de la droite conservatrice américaine : n’importe lequel des mille et uns mensonges de Bush et de son équipe aurait valu une procédure d’impeachment à Bill Clinton. Bush, lui, continue de parader haut dans les sondages à deux mois de la présidentielle.

Un lecteur assidu de la presse n’apprend peut-être pas grand chose, comme l’ont rappelé certains critiques du film et de la palme attribuée à Cannes. Il n’empêche que l’ensemble des faits rappelés, associé aux images choisies par Moore, produisent un effet difficilement descriptible sur le spectateur : l’impression de comprendre, au plus profond de soi, la logique d’un moment de l’histoire – on aimerait trouver l’équivalent pour la construction européenne et l’impasse dans laquelle elle se trouve aujourd’hui...

Trois jours après, de mémoire, je me souviens encore, grâce au film, que l’Arabie Saoudite détient aux Etats-Unis l’équivalent de 7% de Wall Street.

Je me souviens également que c’est un cousin de Bush qui fut le premier à annoncer, sur une chaîne américaine (Fox News), que Bush emportait la Floride - ce qui était probablement faux.

Je me souviens du défilé pathétique de représentants noirs américains, membres du Congrès, annonçant qu’ils n’ont pu trouver aucune signature de sénateur pour demander un recompte des voix en Floride.

Je me souviens d’images atroces de civils irakiens et américains blessés ou tués, qui n’ont plus rien à voir avec les jolis feux d’artifice que l’on présente habituellement au journal télévisé.

Je me souviens de ces recruteurs brillamment costumés qui recrutent sur les parkings des banlieues les plus miteuses de la chair à canons pour l’armée américaine.

Pour toutes ces scènes, le film méritait vraiment la récompense qui lui a été décernée. Et pour prolonger la vision du film, le site de Michael Moore.
 
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Films & musique
Jeudi 8 septembre 2005
La newsletter de la Revue des ressources (trouvée par hasard, je ne sais pas exactement ce qu'est cette revue mais il y a de nombreux articles biens), contient une interview du patron des éditions de l'éclat, Michel Valensi.

Celui-ci y présente le concept de lyber : il s'agit, en gros, de la mise à disposition par un éditeur, de l'ensemble du texte des livres qu'il publie. Il explique par ailleurs, et avec humour, dans un manifeste du lyber, qu'il ne s'agit pas de ruiner les éditeurs, mais bien d'établir un rapport différent entre éditeur et lecteur : "N'est-il pas temps de considérer le lecteur non plus comme un simple consommateur de produits culturels nous permettant de faire marcher nos petites boutiques bancales, mais de lui proposer un pacte en vue de la constitution d'une «communauté de bienveillants»?"

Ca rejoint l'esprit du logiciel libre et de tous ceux qui ne supportent pas l'emprise des marchands de soupe, ceux qui ne visent qu'à fermer les yeux du consommateur le temps de lui piquer son portemonnaie. Dans le domaine du livre, les marchands de soupe ça donne d'ailleurs ça :




La lecture d'un bon livre c'est un événement individuel, que la sortie d'un livre soit un événement collectif du seul fait de la qualité de l'ouvrage c'est très rare. Que la pub (et la communication orchestrée qui l'accompagne) arrêtent donc de nous vendre une flopée de livres événements deux fois par an, en septembre pour la grande marée et en janvier pour la petite !

Les critiques devraient d'ailleurs s'opposer à ce jeu. Cela ne demande qu'un peu de courage : pas une ligne sur le Houellebecq serait finalement plus fort que le jeu auxquels tous se livrent, sur l'air du "j'en parle mais c'est pas de ma faute c'est parce que tout le monde en parle". Silence...

Ceci dit enfin, tous les ouvrages au catalogue des éditions de l'éclat ne sont pas disponibles en lyber. J'imagine que certains auteurs sont encore réticents à cette approche pourtant fort civile.
 
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Divers
Mercredi 7 septembre 2005
Vous avez peut-être aperçu les publicités pour le sucre :

 

"Qui voudrait d'un monde interdit au sucre ?" en est le thème. Cette campagne, pour le Centre d'études et de documentation du sucre, "dénonce avec humour les dangers pour la santé de comportements de consommation extrêmes (privation ou surconsommation)."

Les publicitaires comme d'habitude ne craignent pas d'être pris en flagrant délit de tromperie : on voit mal en quoi leur campagne dénonce avec humour les comportements de surconsommation. Au contraire, il s'agit bien de résister aux tentatives parlementaires d'interdire les distributeurs de boissons sucrées dans les lycées.

Derrière l'humour il y a donc une volonté non affichée de peser sur le débat public en cours...

Je crois que la pub est utile : quand on a investi pas mal d'argent (et de temps de travail salarié), il est important que la production ne reste pas dans des stocks en attendant d'être vendue. La pub sert donc de signal de disponibilité d'un produit.

Il reste qu'il ne faut pas trop prendre les lecteurs/consommateurs pour des idiots, ce que font finalement ces deux publicités partielles. J'espère que l'humour que revendique cette fédération lui permettra donc de tolérer ce petit détournement, destiné à rétablir l'équilibre de façon certes minime :


Peut-être lui ?

 
Dernier point : les industriels du sucre entendent bien sûr, avec ces pubs, peser sur le débat public. Ils le font à deux niveaux : directement, en s'adressant au grand public ; indirectement, en incitant les journaux dans lesquels il ont acheté de grandes pages à réfléchir à deux fois avant de gêner lesdits industriels...

Re-dernier point : ce sont les cardiologues qui signalent maintenant les dangers des abus de graisse et de sucre, et qualifient la campagne des industries du sucre de "réaction absolument disproportionnée, et donc pas crédible", voir http://www.fedecardio.com


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Media
Mardi 6 septembre 2005

Au croisement de X-Files et de l'opéra Bastille... Ce polar historique nous promène, depuis le XXème siècle, à travers la musique allemande de Bach à Webern, à la recherche d'un secret caché dans les oeuvres de ces compositeurs.

Pas grand chose n'est crédible dans ce court roman : les personnages sont monolithiques et s'assassinent à coup d'épées du XVIIIème aussi bien à la maison de la radio qu'au Conservatoire de Paris.

Cependant, les béotiens en matière musicale commenceront à comprendre comment on peut se perdre dans la musique. Les notes apparaîssent comme un langage, avec ses conventions, ses briseurs de convention, ses époques, ses conflits ésotériques arbitrés par de rares spécialistes.

Les passionnés n'y verront au mieux qu'un sympathique essai de vulgarisation. Les autres, simples amateurs de refrains et rengaines à siffloter sous la douche, trouveront certainement là de quoi passer un après-midi pluvieux sans ennui. Au final un livre quand même très sympathique.

 


 

 
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Polars
Lundi 5 septembre 2005

J'avais adressé à Jean Quatremer et Yves Clarisse la note de lecture de leur ouvrage, "les maîtres de l'Europe". Yves Clarisse m'a répondu ceci :

"Bonjour,


Merci beaucoup pour votre fiche de lecture de notre livre et votre jugement amène sur son intérêt. Si vous le permettez, voici quelques éléments de réponse à vos remarques:

1. Il est vrai que nous ne voulions pas d'une construction chronologique, mais de 12 tableaux séparés dont ressort une image de ce qu'est l'Union européenne aujourd'hui.

2. Il est tout aussi vrai que nous sommes des "fédéralistes". Vous dites que certains arguments ne sont pas convaincants, notamment lorsque nous opposons l'incurie des Etats-nations aux vertus des organes communautaires. C'est le suivi, pendant deux décennies, de l'actualité européenne qui nous a amenés à une telle conclusion: les Etats ne "savent" plus faire. Ils ont accepté au cours du temps de déléguer à l'échelon supranational de nombreuses compétences et, lorsque les organes communautaires sont investis de pouvoirs propres (concurrence, commerce, euro), cela marche. Il y aurait des progrès à faire, c'est certain, notamment pour la gouvernance de l'euro, son accompagnement par un "gouvernement économique". Mais c'est oublier que l'euro a six ans! Et sa "gouvernance" est déjà mille fois meilleure que celle du franc ne l'a jamais été...Le problème se pose là où les Etats-nations ont accepté de déléguer des compétences, sans donner aux organes communautaires les pouvoirs de les exercer tout en se révélant eux-mêmes incapables parce que l'échelle à changé: ils ne pèsent plus dans les affaires du monde.

3. Sur la Bosnie. J'ai couvert en long et en large les trois années de guerre. Certes, les Américains ne sont pas intervenus avant les Européens et c'est une initiative franco-britannique (décidée quelques jours après l'élection de Chirac en 1995) qui a donné le coup d'envoi de l'intervention internationale. Mais les Etats-Unis ont fait quelque chose d'essentiel, comme nous l'écrivons: ils ont soutenu à bout de bras et équipé l'armée bosniaque. Sans eux, la Bosnie serait aujourd'hui dépecée en deux parties (serbe et croate). Pendant ce temps, François Mitterrand interdisait au nom de l'amitié franco-serbe toute action contre Milosevic et le général Janvier (Forpronu) serrait la main du colonel Mladic, à la grande honte des diplomates français.

4. Oui, le siège français au Conseil de sécurité de l'Onu est un hasard de l'histoire, celui qui a voulu que la France soit rangée dans le camp des vainqueurs après quatre années de collaboration avec les Nazis et grâce au seul général de Gaulle.

5. Sur l'élargissement, vous touchez du doigt la contradiction. Oui, il a été précipité, mal géré, mal expliqué. Mais il était inévitable et c'est un facteur de paix et de prospérité extraordinaire. Rendez-vous dans dix ans, quand ces pays seront comme l'Espagne aujourd'hui. Rendez-vous dans dix ans, si les Balkans ne gardent pas la perspective de l'adhésion: la guerre n'est jamais loin dans ces pays et 15 jours d'affrontements armés coûteront plus cher que dix budgets européens, comme le dit Juncker.

6. Airbus exemple d'une coopération intergouvernementale réussie. Oui, son démarrage est dû à quatre pays. Mais c'est oublier que c'est l'Union européenne, forte de ses 25 Etats membres totalement unis qui ira devant l'OMC défendre Airbus contre Boeing. Sans l'UE, Airbus n'aurait jamais pris son envol.

7. L'Europe contrepoids des Etats-Unis. Elle ne l'est pas, ou pas encore. Mais quel progrès en 10 ans: nous avons laissé 250.000 Bosniaques se faire massacrer et c'est l'Europe qui dirige maintenant l'opération de maintien de la paix en Bosnie (comme au Congo, en Macédoine, etc). Il y a pour la première fois de l'histoire un quartier général européen qui sera capable de planifier des opérations sans la logistique américaine. Alors, ça se fait doucement, parce qu'on ne dispose que de quelques vieilles pétoires et qu'il nous manque l'essentiel (transport stratégique, munitions de précision, renseignement), et l'essentiel, ce sont les Américains qui l'ont au sein de l'Otan. Ce n'est que si nous développons nos capacités que nous pourrons nous affranchir de la tutelle américaine.

8.La mention du terrorisme. Oui, les Européens commencent à prendre conscience que le monde n'est pas peuplé de gens bien intentionnés, ils sont devenus un peu moins naïfs. Pendant un demi-siècle, nous avons vécu comme des Suisses, comme si nous étions "neutres", la pire des attitudes et la pire des lâchetés. On ne peut pas être "neutre" quand on est 450 millions et qu'on veut défendre un certain modèle de société.

9.Bien à vous,

Yves Clarisse

Je ne suis pas du tout convaincu par ces arguments, mais j'y reviendrai plus tard.

 
- Voir les 1 commentaires - Publié dans : Europe : stop !
Lundi 5 septembre 2005
Larcenet est dans une veine marrante avec Nic Oumouk, un petit chose de la banlieue. C'est drôle, peut-être un peu gentil par rapport au Combat ordinaire.  Le sujet (la vie dans les banlieues très grossièrement), suscite une attente de tragique, un peu comme le combat ordinaire 2, lorsque le héros retourne voir les collègues de son père. Au lieu de cela, le ton reste léger et ça déconcerte un peu.
C'est tout de même un bon album, qui appelle une suite (certainement prévue puisqu'un numéro 1 figure sur la couverture)...

 
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : BD
Dimanche 4 septembre 2005
Trouvé sur un blog : en cherchant Fabius comme mot clé, le moteur de recherche interne (Google) propose une publicité pour...un voyage en Hollande !


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Politique
Samedi 3 septembre 2005
La catastrophe qui fait suite au passage de Katrina révèle la dureté du système libéral américain, renforcée par cinq années de présidence républicaine.

Le New York Times ce matin relève qu'il apparaît de plus en plus évident que les pauvres de la Nouvelle-Orléans ont payé le prix fort. Quel lien avec le libéralisme ?

Plusieurs en réalité :

Il existe aux Etats-Unis une agence fédérale de gestion des catastrophes. Dès avant le 11 septembre 2001, elle avait identifié trois risques majeurs pour les USA : une attaque sur New-York, un temblement de terre en Californie et une inondation de la Nouvelle-Orléans suite à une tempête. Mais cette agence a connu de nombreux départs par manque de financements.
Idem en 2002, avec la démission d'un responsable du génie militaire américain, écoeuré de ne pouvoir consacrer l'argent nécessaire à la consolidation de digues parmi lesquelles celles qui ont cédé à la Nouvelle-Orléans.

Enfin, une sorte d'indifférence au sort des pauvres et des noirs commence à être évoquée face à la lenteur de la réaction de la maison blanche, même par des journaux  plus proches des milieux d'affaires que des chômeurs de la Nouvelle-Orléans.

Quand on voit enfin une des photos des équipes de sécurité, on se demande où sont les priorités ?

 
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Politique
Contact - C.G.U. - Signaler un abus