Samedi 22 octobre 2005
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Bruno Latour, sociologue, publie en une du Monde (du 20 octobre) un préambule qui aurait - selon lui - rendu la Constitution européenne acceptable.
On y trouve, ou retrouve, tous les clichés délirants du totalitarisme européen qui continue de s'ignorer.
Il s'agit d'abord, pour les Nations européennes, de s'avouer trop petites pour survivre et donc de s'unir pour découvrir quelle sera leur force dans le monde. Nous sommes donc conviés à abandonner toute souveraineté pour espérer qu'il en résultera, dans le grand bazar ainsi créé, un surcroît de puissance collective - démarche qui trop l'air d'une tentative désespérée.
Ensuite, Latour reconnaît qu'il n'existe pas de peuple européen, mais souhaite qu'en commençant par une constitution, on forge à terme un peuple nouveau. Je suis de plus en plus étonné que personne ne relève ce que cette réthorique constructiviste - assez fréquente, cf.
article de Régis Turrini - a de quasi-totalitaire. Du peuple nouveau à l'homme nouveau il n'y a pas très loin pourtant.
Aux chapitres "redistribution de la souveraineté" et "place des religions", des formules vagues permettent de penser que n'importe quoi fera l'affaire, à condition que ce soit adopté à 25. Pareil pour le rôle de l'économie, pour les frontières de l'Europe : Latour reste flou, si bien qu'on peut conclure ce qu'on veut de son texte.
Que lui reprocher alors ? D'abord, de penser, naïvement (ou de façon extraordinairement narcissique), que ce préambule latouresque suffirait à rendre la constitution acceptable. Ensuite d'être une bonne illustration du côté délirant, prométhéen, mais rarement souligné, de cette construction dangereuse qu'est devenue l'Union européenne. Surtout, cherchez bien, ce préambule censé éclaircir le sens de la Constitution ne comprend pas une seule fois le mot "démocratie". CQFD...
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