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Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /Fév /2008 11:56
L'article d'Alain Supiot sur l'économie communiste de marché était extrêmement intéressant, mais  doit être désossé car il contient deux parties fort distinctes.

La première souligne que le Cour de justice européenne s'estime compétente là où elle ne l'est pas, et qu'en plus c'est pour rendre des arrêts défavorables au droit de grève. Rien de tout cela ne rassure sur le projet européen, mais rien n'étonne no nplus : c'est toujours la même daube, déversée par marmites entières.

La deuxième partie est beaucoup plus neuve, au sens où elle pose que l'Europe  contribue à la mise en place d'une "économie communiste de marché". La définition de ce concept est la suivante :

ce système hybride emprunte au marché la compétition de tous contre tous, le libre-échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme la "démocratie limitée", l'instrumentalisation du droit, l'obsession de la quantification et la déconnection totale du sort des dirigeants et des dirigés.


La traduction sociologique de ce phénomène est bien décrite :

Il offre aux classes dirigeantes la possibilité de s'enrichir de façon colossale (ce que ne permettait pas le communisme) tout en se désolidarisant du sort des classes moyennes et populaires (ce que ne permettait pas la démocratie politique ou sociale des Etats-providence). Une nouvelle nomenklatura, qui doit une bonne part de sa fortune soudaine à la privatisation des biens publics, use ainsi de la libéralisation des marchés pour s'exonérer du financement des systèmes de solidarité nationaux.Cette "sécession des élites" (selon l'heureuse expression de Christopher Lasch) est conduite par un nouveau type de dirigeants (hauts fonctionnaires, anciens responsables communistes, militants maoïstes reconvertis dans les affaires) qui n'ont plus grand-chose à voir avec l'entrepreneur capitaliste traditionnel.


Je partage entièrement cette idée : le capitalisme moderne se construit contre la démocratie, et l'Europe s'inscrit parfaitement dans cette tendance, en arrachant tous les freins - principalement nationaux - au règne du marché.

En revanche, je crois qu'un point de l'argumentation de Supiot est fragile : je ne crois pas que le programme de construction de l'Union européenne puisse être décrit comme hayékien. Même si Hayek a décrit une "démocratie limitée", il convient de se rendre compte que les seuls Droits de l'homme, parmi lesquels figure le droit de propriété, limitent la démocratie. Rien d'extraordinaire à vouloir se prémunir contre une démocratie absolue - cf. en ce sens et sur Hayek précisément le commentaire n°19 sur ce billet d'Optimum).


La pensée de Hayek est sans doute plus complexe que cela, moins caricaturale (Keynes a par exemple approuvé la Route de la servitude, publié par Hayek en 1944). Ce n'est pas mon penseur favori, mais je ne crois que pour comprendre et lutter contre la maladie européenne, il ne faut pas se tromper d'outils. Comme l'explique rapidement et de façon un peu paradoxale Alain Supiot, Hayek était favorable à une concurrence des législations, et opposé à un constructivisme politique trop ambitieux (pas de nation building irakien sans doute, pour un supporter de Hayek). Bien à l'nevrs de la téléologie d'un Bernard Guetta, dans Libé le 5 février : "C’est là, dans la bataille européenne, qu’est l’avenir de la gauche. L’Europe est son instrument. Le reste n’est que détours et illusions." L'Europe fin de l'histoire en quelque sorte.


Hayek aurait sans doute ri devant les minables symboles européens, tous plus ridicules les uns que les autres, et la dérisoire volonté, qu'ils traduisent, de construire en cinquante ans une fusion entre 27, 28, 29 états plusieurs fois centenaires. Bref, les arrêts Viking et Laval le montrent d'ailleurs bien, ce n'est pas une saine concurrence entre les législations nationales qu'organise la Cour de justice européenne, c'est leur remplacement systématique par un droit fait de bric et de broc, inspiré par l'air du temps qui est sauvagement libéral, fondé non pas sur les idées de Hayek mais sur le seul constat que le marxisme et les idées socialistes étant mortes, il n'y a plus qu'à se goinfrer un max. Ce serait trop consentir à l'Union européenne que de la croire inspirée par des idées.













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