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Jeudi 6 avril 2006 4 06 /04 /Avr /2006 22:53
L'idéologie, ce sont les idées de mes ennemis... Ce sont aussi les hypothéses que l'on tient pour acquis, sur lesquelles on s'appuie dans ses démonstrations. Dans les discussions morales, le discours politique, l'idéologie est omniprésente et inévitable. Chacun s'exprime en fonction de ses convictions, de son expérience. L'essentiel est de ne pas nier la nécessaire partialité d'un discours. Le débat public vise bien d'ailleurs à confronter les points de vue individuels pour séparer les idées reçues des faits vrais. L'idéologie est cependant régulièrement niée par des experts qui prétendent en être entièrement débarassés : on a alors du discours d'expert, de la novlangue à la Orwell, de la langue de bois dont le débat public crève. Deux exemples m'ont frappé récemment.

Le premier est un éditorial récent de Claude Imbert, rédacteur en chef du Point.

On y lit ceci « Car, enfin, d'où vient en France la pénurie du travail ? Elle vient du coût d'un travail trop cher, hérissé de règlements. Les charges excessives et un Code du travail byzantin ont fini par décourager les donneurs d'emplois. De même que l'excès d'impôt tue l'impôt, l'excès de social tue le social. »

Cet homme là ne sait rien, ou feint de ne rien savoir, sur la politique monétaire, budgétaire, le taux de change, et en est resté à ce que Keynes nommait la « pensée du Trésor ».

Mais après tout, le Point est un journal d'opinion, de droite, et Claude Imbert un éditorialiste qui a le droit de se ridiculiser en proférant des platitudes à l'attention d'un public conquis d'avance.

Un autre exemple, plus gênant pour moi. Dans sa première étude publiée, (Globalisation and the Reform of European Social Models), l'institut européen Bruegel laisse André Sapir conclure une étude sur les modèles sociaux par cette ânerie : « Those who argue against the services directive not only argue against the “freedom to provide services within the Community” enshrined in Article 49 of the EC Treaty and economic efficiency, but against reality. » (ceux qui refusent la directive services ne font pas que refuser la « liberté d'offrir des services au sein de l'Union », enchâssée [le terme "enshrined" a un côté religieux que je traduis mal ici] dans l'article 49 du Traité, ils refusent la réalité [rien de moins !].

C'est beaucoup plus ennuyeux de mon point de vue (ou éclairant). Cela confirme que :

- même dans des publications dites scientifiques, ce qui émane des institutions européennes est empreint d'idéologie néolibérale primaire,

- que dans ces instituts bien pensants règne le mépris le plus évident pour le débat sérieux (juste comme ça , Maurice Allais, prix Nobel d'économie, estime que le libre échange actuel n'est pas viable et réclame des protections douanières par zones. Je ne prends pas positions, je veux juste remarquer qu'il y a une différence entre les assertions idéologiques et le débat d'idées, voire la rechrche scientifique),

- l'argent du contribuable français est employé à financer de la propagande de bas étage.
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