Mardi 18 novembre 2008
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Et elle a bien
raison. Le n°8 de cette revue que j'ai déjà citée (ici et là) est
vraiment bon. Les premiers étaient très anglo-saxons dans leurs problématiques et références, ici on est bien chez nous avec des réflexions sur le PS et un entretien long avec Frédéric Lordon.
Un bon papier aussi sur la récupération des éditeurs de bandes dessinées indépendants par les grandes maisons (ces derniers excellement appelés le Bedef !).
Sur le PS :
"le PS français, à la différence du PSOE de Zapatero ne fut même pas un parti libéral politique, c'est à dire progressiste s'agissant des questions que l'on dit "sociétales". Invoquera-t-on les
lois Pasqua pour marquer la différence avec la droite ? Ces lois ne sont pour une bonne part que la traduction dans le droit français des dispositions adoptées par les socialistes à l'échelon
européen. [...] il s'agit d'organiser le boycott du Parti socialiste à tous les niveaux de la représentation politique [...]"
Ils sont sortis avant le départ de Mélenchon, dommage. Le Congrès de Reims ne contredit en rien l'article...
Un article dense aussi, parcouru seulement, sur la Cour pénale internationale, par un professeur à Columbia, qui écrit "bientôt la CPI n'aura plusd'internationale que le nom, puisqu'elle est en
train de devenir une cour occidentale chargée de juger des crimes africains contre l'humanité."
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Publié dans : Politique
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--------- Tant que cela concerne plus d'un pays, cela mérite le nom d'international
Je ne sais pas si, comme le soutient Badie, nous vivons le crépuscule des Etats, mais le crépuscule de la justice internationale oui. Voyez non seulement comment les uSA ont flingué la CPI, mais aussi en ce moment comment le TPIYougo et le TPI Rwanda raclent leurs fonds de tiroirs de crimes de guerre, au point qu'ils seraient presque sur le pointd'inculper (enfin !) les amis de l'oncle sam (cf mon dernier billet). Si j'étais leur président j'irais me traîner aux pieds d'Obama en lui disant "vous au moins vous n'êtes pas un méchant nationaliste comme Bush, donc vous allez nous donner votre soutien, hein ?". Comparer notre époque avec 1998 : le temps où l'on arrêtait Pinochet et où il était "has been" au possible, voire stalino-hitlérien de critiquer le TPI-Yougoslavie...
J'allais aux conférences de l'institut d'études lévinassiennes et j'y avais écouté BHL.
Je l'interrogeais sur le danger d'une justice qui n'en finirait pas de traquer le crime, partout et toujours, et j'avais évoqué la question de la compétence universelle, telle qu'elle s'est pratiquée en Belgique, mais aussi les accusations envers le Soudan.
J'opposais ces exemples à l'article de Lévinas sur les villes-refuges, commentaire du Talmud paru aux éditions de minuit. Il m'a semblé que BHL ne s'était pas trop intéressé à la question et à cet article, pourtant important de l'oeuvre de Lévinas.
Mon point est le suivant : le danger n'est pas que l'Occident juge des criminels africains, mais que tout le monde veuille toujours juger tout le monde.
De ce point de vue, il y a une très grande convergence entre l'extrême-gauche qui rêve de juger (casser) du sioniste, et la nébuleuse kouchnerienne qui veut traîner les tiers-mondistes devant les tribunaux internationaux. Il y a cette même absence de limites, cet universalisme des valeurs (qui se choquent entre elles) qui se traduirait par une universalité de la justice comme appareil, comme pratique, comme spectacle et comme sanction.
C'est comme si nous vivions un présent et un "ici" permanent, alors qu'il est "moralement" nécessaire (selon le concept des villes-refuges) qu'il y ait de l'ailleurs, du plus-tard.
La Justice, comme quête, impose à mon avis qu'on ne veuille pas faire justice de tout toujours.
Je suis à cet égard particulièrement heureux que la France, en tant que nation, ait fini par résister aux sirènes de l'Italie et ne veuille plus extrader des brigadistes.
Parce que c'était hier, parce que c'était ailleurs, et que c'est la vie qu'il "faut" choisir.
N'ayant jamais lu une ligne de Lévinas, je finis par me dire que ce doit être une erreur...
Lévinas, Du sacré au saint, Désacralisation et désensorcellement, p.107-108.
J'ai exprimé une idée qui s'est forgée à partir d'une lecture, attentive, et retravaillée, remachée, repensée. J'ai pris la peine de dire comment cette idée s'était forgée.
Il ne s'agit donc pas de faire le procès d'une école, d'un moment, d'un groupe, mais d'entendre cette idée,
quitte à s'en démarquer, l'infléchir, en montrer la limite, voire la réfuter.
Souffre, Frédéric, que je persiste dans ce que j'ai appris à être, et que ta modernité, définitive et triomphante, n'a pas encore tout à fait flingué.
Soit on considère que Lévinas quand il dit que "A=A" a perdu de sa validité dans le cadre moderne parce que cela relève du destin "historial" comme disait Heidegger de la modernité, et dans ce cas précisément il verse dans le relativisme postmoderne (ce qui le fondement même de son ontologie quand on y regarde de près)
Soit dans le contexte précis de ce texte il s'agit seulement d'une pensée qu'il prête aux "modernistes" et alors ce n'est que de la basse polémique de même niveau que ceux qu'ont fait nombre de journaleux contre les "philosophies du soupçon" (quand Lévinas descend des hautes sphères de l'ontologie pour la convertir en éthique,il y a souvent des énoncés assez triviaux - j'en avais par exemple noté un sur la pudeur des femmes dans "Le Temps et l'autre" comme il y a beaucoup de trivialités dans les remarques anthropologiques de Kant. L'art des philosophes continentaux a souvent été de mêler une ontologie absconse et prophétique à une anthropologie triviale, la première permettant d'absoudre la seconde...
Ou alors, si je suis moderne, je le suis dans le sens où l'ancien Homo sapiens trouva moderne de domestiquer le feu, et les habitants du bassin méditerranéen de constuire des portiques à la grecque. Mais mon plaidoyer pour la philosophie analytique est précisément à l'opposé des philosophies du soupçon; Si tu lisais mon lire dont Edgar a bien voulu faire la recension sur ce site, tu verrais par exemple que je n'aurais jamais pu m'engager dans le conflit yougoslave, sur la base d'une théorie du soupçon. Je me suis au contraire engagé sur la base du A=A et A ne pas être non A, un génocide est un génocide, et 4 000 morts en deux ans sont 4 000 morts en deux ans sur 1,5 millions d'habitants, et un génocide ne peut pas être 4 000 morts. Bref du raisonnement logique sans rapport avec les théories du soupçon (mais sans rapport non plus avec l'ontologie haideggerienne et ses descendants)
Non, Frédéric.
Au lieu de porter une appréciation sur ce que j'avais exprimé, tu es "monté" avec une attaque sur la seule évocation de Lévinas.
Un surgissement catégorique qui inter-dit d'entendre la chose pourtant simple qui se disait là.
Et toutes les pirouettes ne changeront pas ce qui s'est passé là, précisément.
@ Olyvier - Relis le commentaire plus haut : j'ai dit soit le propos de Lévinas est historial, soit il est bassement polémique (et dans les deux cas ça n'a pas d'intérêt). Mais de toute façon, du fait de sa philosophie, il ne peut pas être crédible quand il blâme ceux pour qui A n'est pas A, parce que c'est exactement ce à quoi conduit sa philosophie anti-rationaliste.
Je suis plutôt très rationaliste, mais dans le domaine humain, il est difficile de mathématiser les relations. Par exemple l'inconscient vient empêcher que chacun soit totalement identique à un soi-même qui est problématique (fait d'un moi et d'un inconscient et d'un surmoi, le tout étant difficiel à définir justement).
Je n'ai jamais lu lévinas parce que sans doute sa philosophie uniquement morale (en tout cas c'est comme cela que je l'ai perçue à travers ce que j'ai peu en lire) ne m'a jamais attiré. Comme la phénoménologie, ou des lignes de Jean-Luc Marion, cela m'a toujours paru recouvrir de l'étiquette "philosophie" une sorte de sagesse (laquelle n'est pas à rejeter, mais qui serait peut-être plus honnête présentée sous une forme littéraire). Mais je marque peut-être là peut-être plus mon ignorance qu'autre chose.
Indépendamment de Lévinas, la remarque d'olivier m'a beaucoup plu : la folie d'une justice universelle ne me paraît pas raisonnable.
Au fait Monseigneur Marion vient d'entrer à l'académie française. La morale moralisatrice paye toujours par les temps qui courent ! La phénoménologie comme nouveau costume du christianisme d'antan. Comme tu dis, ce n'est pas de la philosophie, c'est juste "une sorte de sagesse".
Edgar : mon propos concernait les villes-refuges et la question d'une justice universalisante. Tu l'as bien lu, et je t'en remercie.
FD y a vu, immédiatement, et parce que j'évoquais ce qui m'a amené à cette réflexion, un texte de Lévinas, autre chose (la défense du monothéisme, etc.).
Du coup, j'ai cité ce passage d'un autre texte, où Lévinas dit, en période gauchiste (ce sont des textes de conférence) que rien ne peut être dit qui ne renvoit pour l'auditeur engagé à un "non-dit" dominant, parce qu'il me semblait que FD préférait une attaque d'école, à un propos qui vient effectivement d'une interprétation situé dans une école, mais qui ne s'y résume pas tout à fait.
C'est cela qui est insupportable : que tout propos, loin de marquer une différence marque un antagonisme quasi-religieux. Le religieux, c'est aussi cela : un immédiat antagonisme, un inconciliable, un inaudible brandi comme une vertu, ou une intelligence.
J'ajoute qu'ayant dit à FD , lors d'une rencontre, et avec modestie je crois, que ma formation philosophique était faible, et que j'ai d'abord réfléchi sur les textes de Debray et de Finkielkraut, sa "sortie" sur ces deux auteurs manquaient un peu d'élégance.
On ne disqualifie pas la pensée de l'autre, sans entendre ce qu'il dit, de cette manière.
C'est ma maman qui me l'a dit, et je crois que la violence d'école devrait de temps en temps en revenir à ces petites choses qu'on apprend. Tout petit.
Edgar : encore, moi...
Lévinas peut être perçu comme un moraliste religieux, surtout quand on l'a déjà décidé.
Mais il me semble que c'est précisément le contraire, et je pense en particulier au thème du Sacré et du Saint, une dé-religiosisation (oupps) du religieux, permettant d'accéder à une pensée du Mal, avec lequel on n'en a jamais tout à fait fini. Le Talmud, tel que Lévinas le lit et l'interprête, c'est la tentative de désamorcer la tentation de l'imprécation pour accéder à la pensée, à l'écoute, à la réponse, au désaccord fécond. Ce n'est pas ramener la philosophie à une question religieuse et morale, mais amener au contraire le religieux à un travail de pensée.
Je ne conseillerais pas son travail plus universitaire (que FD connaît mais que, moi, je n'ai pas lu).
Je m'en tiendrais aux délicates lectures talmudiques, particulièrement déroutante ici, en France, et notamment à Du sacré au saint.