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Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /Déc /2008 20:05
Ayant entendu Emmanuel Todd sur Inter l'autre jour, et lu un billet chez Malakine consacré au jugement de Todd sur l'Allemagne, je ne peux m'empêcher d'être déçu par l'extraordinaire légèreté du personnage.

Je suis en train de lire son dernier livre, que je commenterai plus longuement. Un ami que j'estime m'a assuré que ses bouquins, notamment sur les Etats-Unis, sont extralucides.

Je reconnais généralement dans ses arguments une certaine capacité à ne pas se laisser embobiner par la doxa néo-libérale.

Autant de raisons supplémentaires d'être déçu par le bonhomme.

1. Je ne le suis pas - surprise - sur sa conversion à l'Union européenne. Même s'il est vasouillant sur ce point, confessant chez Bayrou que la victoire du non l'a réjouit, il se dit maintenant supporteur de l'euro.

Sur France Inter il a affirmé le ridicule de toute tentative d'instaurer un protectionnisme national, et comme le protectionnisme est son dada absolu, il faut maintenir l'Union européenne dans l'attente qu'elle devienne protectionniste (pourquoi ne pas attendre la conversion de Benoit XVI au boudhisme, tant qu'à y être...)

En 2005, il expliquait qu'il fallait accepter le TCE parce qu'il y avait Bush à la tête des USA et qu'il fallait un contrepoids. On a vu en matière de contrepoids le ridicule absolu de sa prétention, et maintenant que Bush est parti l'argument tombe.

Sur l'Europe, Todd est dans une position proche du non sens.

2. Je trouve son idée protectionniste creuse, et pour tout dire, plus proche de l'invocation que du fruit d'une implacable analyse. Le protectionnisme à la Todd n'est pas défini. J'y reviendrai plus longuement.

3. Sur l'euro aujourd'hui et la crise, Malakine feint de s'interroger en se demandant "qu'aurions-nous fait sans l'euro dans la crise actuelle ?" Et Todd - et Malakine - de culpabiliser l'Allemagne qui refuse la grande solidarité européenne et ne veut pas cracher au bassinet pour des plans de relance aussi massifs que mal conçus. Pour ma part, je ne blâme pas l'Allemagne. Elle vient d'accepter de fortes augmentations de salaires, qui constituent une autre forme de relance peut-être plus appropriée dans la durée que le n'importe quoi brouillon qui consiste à annoncer des chèques pour des plans par encore définis.

Plus au fond, et si l'euro et l'Europe étaient non pas victimes mais causes partielles de la crise mondiale ? Et si l'argument américain selon lequel il manquait des relais de la croissance mondiale dans les années 2000 avait une certaine consistance ? Car enfin, qui a comprimé la croissance de la zone euro jusqu'à en faire une zone de la planète parmi les moins performantes économiquement ?

Malakine affirme que l'argument de l'euro fort et de la mauvaise gestion de la BCE est dépassé et fleure bon les années 90. Il est au contraire fort actuel. Certes, la BCE a sû lacher du lest récemment - et dans le contexte d'une crise bancaire il faut s'en réjouir. Mais la Corée du Sud sait aussi baisser ses taux quand il le faut, et les a réduit d'un point entier la semaine dernière.

La BCE ne fait donc que suivre ce que font à peu près toutes les banques centrales de la planète, en plus modéré : elle lâche un peu de lest au moment où l'économie mondiale frôle la thrombose. C'est bien le moins qu'elle puisse faire. Ce n'est cependant rien de plus, et ce n'est que sur moyenne période que l'on peut apprécier l'efficacité de l'action d'une banque centrale (contrairement au commentaire politique, qui se compose de séquences inscrites dans un récit, pour reprendre une terminologie à la mode, l'économie se comprend et s'évalue sur moyenne période).

Bref, ce n'est pas parce que dans les deux derniers mois la BCE a été moins inerte que par le passé qu'il faut estimer que le monde est nouveau et que toutes les pendules sont remises à zéro. C'est tomber dans le discours sarkozyste qui trompette que plus rien ne sera comme avant, tout en s'empressant de lancer des plans de financement où justement ce sont les amis qui sont servis les premiers (promoteurs immobiliers, banques, constructeurs automobiles), sans garanties de retour pour le contribuable.

Voilà. Un petit coup de chaud pour avancer l'idée que le discours de Todd est devenu insipide. Jouant sur son aura critique, il rejoint des positions totalement dogmatiques (l'euro c'est bien parce qu'à 27 on est plus forts que seuls) et recourt à des arguments bien légers. C'est d'autant plus dommage que sur des sujets comme le retour de l'autoritarisme il est fort intéressant.

Pour finir sur l'euro et l'europe, je rappelle que dans la tourmente, et pour en juger uniquement à l'aune de la stabilité de la monnaie, la zone euro, quinze pays et 320 millions d'habitants, ne fait pas mieux que le Canada (33 millions d'habitants). Pour parler de façon carrée, qu'on arrête de raconter des sornettes avec la supposée force de l'Union et le caractère inéluctable de cette dictature qui aurait définitivement fait ses preuves.

Ils étaient quinze aussi sur le radeau de la méduse, ce n'était pas pour autant un gage de solidité.

Et pour revenir enfin à Todd, il y aurait pourtant bien des choses à dire en faveur d'un certain protectionnisme, mais j'y reviendrai.












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