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Chapitre 6. Le libre échange contre la démocratie
Ce chapitre est consacré à une attaque assez convaincante des dangers du libre échange tel que pratiqué aujourd'hui. Je souscris complètement au constat global, que je trouve insuffisamment détaillé néanmoins. A mon sens, la première arme commerciale déloyale utilisée aujourd'hui c'est le taux de change, et c'est à un juste système de correction des changes qu'il convient d'abord de s'atteler, plus qu'à l'instauration de quotas et de tarifs... J'y reviendrai plus tard, dans un autre billet.
Dans le cadre de cette lecture du livre de Todd, disons que je souscris pleinement à son assertion : « Le libre échange non régulé favorise aussi sûrement que l'autarcie totalitaire la haine entre les peuples ». Et je crois comme lui, et malheureusement, que le rôle dominant des enseignants au sein du PS empêche ce parti de se rendre compte in concreto du rôle néfaste de l'ouverture totale des marchés monétaires, financiers et commerciaux.
Chapitre 7. Quid de la lutte des classes ?
Ici, il s'agit d'expliquer que la conscience de classes s'efface, alors que les différences de classes subsistent. Todd est en terrain glissant pour cela. Dans son chapitre 3, il expliquait en effet qu'une élite autarcique et autiste était née en France, à partir de la grande classe des diplômés du supérieur. Il explique maintenant que « l'accroissement des inégalités de revenus au sein du groupe statistique des 1% les plus privilégiés aide peut-être à comprendre pourquoi nos classes dirigeantes sont devenues des classes dérivantes, sans homogénéité, sans conscience de groupe et sans projet ». Il vilipende cette classe dominante et oisive qui cherche à payer moins d'impôts, désagrégeant ainsi l'Etat et la structure sociale. En réalité, les élites sont tout à fait actives dans la construction du projet européen, qui vise en effet à désagréger les états et les structures sociales, pour en recréer une autre.
Mais comme Todd ne veut pas voir cette explication pourtant évidente, il est obligé de recourir à des arguments boiteux et à se contredire d'un chapitre à l'autre, présentant des élites d'abord très unies en chapitre 3 puis au contraire anomiques et éclatées au chapitre 7. L'explication par le projet européen est pourtant bien plus adéquate et éclairante, mais comme Todd s'est rallié à cette chose, il ne peut évidemment pas même l'évoquer.
On relève quand même un passage intéressant sur la persistance de phénomènes de classes dans le vote, avec un lien entre la proportion d'étudiants (inquiets pour la valeur future de leurs diplômes) et le vote à gauche lors des municipales. Ce passage complète bien le rappel du fait que, globalement, Sarkozy a été élu par les personnes âgées, dont les revenus ne dépendent plus directement de l'activité économique. On voit d'ailleurs par là que si les analyses anthropologiques de Todd sont parfois éclairantes, un peu de sociologie proto-marxiste à base de catégories socio-professionnelles fonctionne aussi correctement.
Todd est donc confiant pour l'avenir, les logiques de classes et économiques reprendront le dessus. Pour le moment, elles semblent anesthésiées (il feint de ne pas voir qu'il s'agit en grande partie d'une conséquence du choix européen, mais peu importe).
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