Partager l'article ! Peter Sloterdijk, Théorie des après-guerres: Ce petit livre m'a été recommandé par un homme malheureux, stipendié par les organes de pro ...
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Ce petit livre m'a été recommandé par un homme malheureux, stipendié par les organes de propagande européens, mais épris de liberté. Je lui dois la lecture des « Bienveillantes », qu'il en soit encore remercié.
Le choix de ce livre-ci est moins heureux, mais offre tout de même quelque intérêt (principalement celui de donner envie de lire le « Clausewitz » de René Girard).
Peter Sloterdijk est un philosophe allemand. Je serais bien en peine de dire quoi que ce soit sur ses thèses, je ne me souviens que d'un vague scandale à propos de ses « règles pour le parc humain ».
Il a cependant donné une conférence sur les relations France-Allemagne, le 15 novembre 2007, à Fribourg, qui est ici retranscrite.
Si son propos peut sembler, au premier abord, stimulant et provocateur, je le trouve au fond à la limite du chauvinisme et du conservatisme le plus plat.
Pour résumer, il tient que le mieux que l'Allemagne et la France puissent s'offrir réciproquement est l'indifférence. En effet, selon lui, les après-guerres, de Napoléon à Hitler, ont été meurtrières lorsque l'un de ces pays s'est engagé dans une rivalité mimétique avec l'autre.
Sa thèse est qu'un pays vaincu réagit de deux façons possibles : soit en adoptant les valeurs du vainqueur (comme l'Allemagne après 1945), c'est la métanoïa ; soit en conservant leurs valeurs mais en préparant une revanche (comme Clausewitz énonçant pour l'Allemagne les moyens de vaincre un futur Napoléon). Pour faire court, depuis 1945 c'est l'Allemagne qui serait la bonne élève : la culpabilité pour la deuxième guerre mondiale est admise, le modèle démocratique y est pleinement accepté et cet effort est « la constante la plus fiable dans l'histoire des idées et des mentalités des peuples européens après 1945 »...
De l'autre côté, la France serait coupable d'indulgence. En effet, sauvée en réalité par les alliés, la France s'est crue vainqueur de la deuxième guerre mondiale est s'est dispensée d'un retour sur soi nécessaire.
On veut bien suivre Sloterdijk dans cet exercice de culpabilisation de l'affreux modèle français, après tout nous y sommes habitués.
On ne voit malheureusement pas ce que prône Sloterdijk comme modèle. Il n'évoque pas même l'Europe ni l'Union européenne, le rôle des Etats-Unis est inexistant, bref, le monde de Sloterdijk est peu problématique ou encore à décrire (peut-être dans d'autres ouvrages du même auteur...)
Pire, les valeurs qu'évoque Sloterdijk sont bien plates. Les philosophes français qui trouvent grâce à ses yeux sont Glucksman et BHL. Foucault, lui, n'aurait dissocié les « mots » et les « choses » qu'en raison de l'aveuglement français sur la deuxième guerre mondiale : « En Allemagne, la défaite s'appelle la défaite (et le crime, le crime) – et c'est à l'aune de ce mètre étalon sémantique que l'on mesure aussi les autres mots. La France intellectuelle privilégie la position, plus élégante d'un point de vue politique et plus stimulante d'un point de vue rhétorique, selon laquelle les mots et les choses appartiennent à deux ordres séparés. ») De manière à peine élaborée, Sloterdijk oppose la solidité germaine à la futilité française – nous voilà bien avancés.
Sans qu'à aucun moment il n'évoque les conséquence proprement politiques de la réintégration de l'Allemagne au premier rang des nations, on doit sans doute prendre son essai comme l'annonce d'un renouveau allemand, doublé d'un conservatisme philosophique affirmé. On pourrait s'en tenir là et ranger Sloterdijk au rang des partisans d'une sorte de sarkozysme européen (le crime, c'est le crime, mâme Chabot).
Je ne peux m'empêcher de faire part d'une possibilité de lecture encore moins ragoûtante, et pour tout dire moins bienveillante.
D'une part, Sloterdijk, très optimiste sur le travail de l'Allemagne sur elle-même, explique que l'élection du Cardinal Ratzinger comme pape de l'église catholique vient reconnaître un « symbole nouveau de l'intégrité allemande » qui « incarne rien de moins que cette remontée des profondeurs accomplie par la civilisation allemande de l'après-guerre ». Il prend un risque. Car lorsque ledit Benoit XVI réhabilite un cardinal négationniste, ne peut-on, corrélativement, considérer que l'Allemagne montre qu'elle n'a rien appris ? On se contentera de penser en l'espèce que l'église catholique est incorrigible.
Lorsque Sloterdijk, dans quelques pages endiablées, fait remonter à la révolution française, par un jeu d'actions et de réactions, l'origine du marxisme (Marx aurait été « le point de condensation le plus élevé des jalousies allemandes provoquées par la France »), de la Révolution russe et du nazisme, on retrouve là aussi des thèses fort conservatrices et finalement bien peu crédibles, trop grossières.
Mais comment ne pas trouver à la frontière entre le mauvais goût et la faute cette expression, à propos de Nicolas Sarkozy : « le nouveau président a du apprendre, tout récemment, qu'une Cécilia Ciganer ne peut pas être une seconde Jacky Kennedy. » ?
Bref, on aimerait que l'Allemagne, à travers Sloterdijk, n'essaie pas de se racheter de quoi que ce soit. Il y a eu crimes pendant la seconde guerre mondiale, l'Allemagne en porte le poids, la France en porte aussi une partie, Vichy a existé, les Etats-Unis qui ont attendu l'agression japonaise pour entrer en guerre ont aussi une faible part de responsablité. Dans le grand enchaînement qui va de 1918 à 1933, personne n'est à épargner.
L'histoire ne sera pas changée et jamais aucun échafaudage intellectuel ne pourra repousser, sur Marx ou sur la Révolution française, les crimes qui furent commis de 1933 à 1945. Paradoxalement, le côté excessif du plaidoyer de Sloterdijk démontre que la réhabilitation de son pays ne va pas de soi, il a encore besoin de se convaincre que l'Allemagne est un pays « normal », et même encore plus « normal » et méritant que les autres. On dirait qu'il veut effacer au lieu d'oublier. Là commence l'excès. Il ferait mieux de dire posément ce que veut l'Allemagne (un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies serait mérité), plutôt que de laisser entendre qu'elle aurait droit à beaucoup mieux.
En attendant, ce livre mérite ce que Sloterdijk souhaite pour les relations franco-allemandes : l'indifférence. Plus exactement, comme l'auteur est habile, il invite à lire son ouvrage sur l'Europe. J'ai oublié, au sujet de l'habileté de Sloterdijk, qu'il ouvre son propos intelligemment en citant des auteurs connus (René Girard et son Clausewitz) ou moins connus (Heiner Mühlmann).
Quant aux mots et aux choses, en tant qu'alsacien, la fatuité virolée et ciselée française pour se bavarder d'elle-même m'a tjs mis en colère.
Il est difficile de nier une certaine tendance française à l'arrogance et à la futilité, mais de là à expliquer Foucault par la défaite française de 1940, pour le coup c'est, comment dire, léger...
Je n'ai pas lu son dernier bouquin dont tu parles, mais je ne pense pas qu'on puisse révoquer très facilement ce qu'il écrit sur le mode "après tout ce n'est que ça". Pour ma part j'en suis encore au stade où je suspends mon jugement sur bon nombre de ses affirmations.
Son bouquin est solide et en même temps clair, effectivement ça donne à réfléchir. Mais si ce n'est pas "que ça", ça n'est pas non plus "autre chose" : je veux dire par là que cela n'introduit, à mon sens, à aucun degré supérieur de complexité, ou à des prblématiques nouvelles, si ce n'est par les invitations à lire ailleurs. Sur ce point il est très clair, honnête, et d'une certaine façon modeste, puisqu'il fait reposer les points clés de son argumentation sur deux auteurs qu'il cite abondamment.
Son bouquin ne mérite donc pas l'indifférence mais à tout le moins une certaine neutralité : pas de quoi crier au génie, et même un ou deux caveat que je maintiens, notamment sur Ratzinger.
élimination physique, puis civique (1948, je crois), politique, étatique (1989) ?
Si ce n'est l'idée que Kennedy sonne mieux que Sarkozy.
Cet auteur démontre finalement ce que Sloterdijk conjecture : la platitude française et l'absence d'une réelle substance philosophique. Sloterdijk parlerait d'un rhétorique française, je ne lui accorde pas cela. La France est dénuée de l'instrument rhétorique, contrairement à d'autre civilisations (Rome).
Il faudrait à cet auteur un souci d'honneteté intellectuelle pour reconnaître une richesse dans la pensée allemande contemporaine face à une démagogie puérile qui s'exhibe en tare dans l'espace média français au nom de BHL, Finkelkraut, Guksmann, Benichou etc. D'ailleurs je ne comprends pas non plus la position de Sloterdijk vis a vis de BHL qui pour moi est un voyou qui agit au nom de tout sauf celui de la vérité chère à Socrate ou Platon. Cela fait un moment qu'aucun examen critique collectif n'a eu lieu dans les think tank français et ce vérouillage sert uniquement une pseudoprospérité économique mais en rien les dites valeurs portées par ceux qui siègent au Panthéon si on concède leur accorder ce crédit de la grandeur.
m'enfin, revenez quand vous voudrez, les commentateurs intéressés sont ici toujours bienvenus.
Les think tank français n'existe a vrai dire pas. Il y a simplement une main basse sur les espaces médiatiques et de discussion au sens le plus large et une psychotisation des masses, bien au sens entendu par Sloterdijk, dont on voit mal les desseins si ce n'est une manipulation de l'opinion pour servir une politique de prédation économique (Que fait la France en Afghanhistan? mais que faisait la France dans une dixaine de pays africains?). Vous parlez de choses "que je ne comprends pas", cela me semble bien maigre comme argumentaire. Je vous le dis honnêtement.
Comment expliquez vous que BHL, Karlsfield, et autres sont abonnées aux plateaux de télévision publique alors qu'ils tiennent un discours de croisés, on organise un débat de simulacre.
Question simple : comment expliquez vous que la guerre contre Gaza a toujours fait l'objet d'un souci de soit disant équilibre en ne voulant prendre cause pour aucune des parties alors que ce fut une injustice flagrante? de quelle France parlez-vous? de quel débat public parlez-vous?
Oui, les chambres à gaz d'Auschwitz on été une atrocité, non seulement contre une communauté, mais aussi contre toute conception que nous pouvons avoir de l'humanisme. Mais que pensez-vous de l'exploitation de cet événement tragique pour justement psychotiser les masses en permanence et garder une température toujours constante dans l'opinion? Comment expliquez que les masses médias se livrent à ce jeu de la façon la plus partiale? Qui organise cela? Pourquoi, les espaces philosphiques et les courants de pensée en France ne dénoncent pas cela?
Fondamentalement, on revient sur un discours de croisé qui structure les champs philosophique et on ne peut concevoir une vérité sélective en philosophie. On laboure les champs de la pensée, on pose le diagnostic d'une époque, d'une culture, mais on prends bien soin de ne pas se pencher sur ce fachisme totalitaire qui régit de façon subliminale les masses média qui ne dénoncent plus l injustice et servent des intérets économiques. Finalement, en ayant cherché à faire du citoyen un consomateur on souhaite aussi le voir adhérer à cette logique économique de ne pas cracher dans la soupe masse médias. Et ceci est scandaleux.
Slotedijk parle de règles pour le parc humain, et n'a pas tout faux. La philosophie allemande à le mérite au moins de dire les choses, que l'on ose plus évoquer en France. Pourquoi?
Quant me voir le bienvenu ici, je vous en remercie, mais je souhaire cher Edgar vous voir m'opposer une argumentaire juste et équitable.
je suis assez d'accord avec vos commentaires et pense que nous n'avons rien à faire en afghanistan, mais ce que vous dites me paraît un peu plaqué et pourrait être en commentaire de pas mal d'articles ici.
pour écrire que la france n'a pas de tradition rhétorique, il faut quand même une sacrée absence de mémoire.
"On ne voit malheureusement pas ce que prône Sloterdijk comme modèle. Il n'évoque pas même l'Europe ni l'Union européenne, le rôle des Etats-Unis est inexistant, bref, le monde de Sloterdijk est peu problématique ou encore à décrire (peut-être dans d'autres ouvrages du même auteur...)"
... et si "prôner un modèle pour le monde" n'était pas l'enjeu du discours philosophique?
Que Peter Sloterdijk s'intéresse à l'individu surtout, plutôt, en les explorant et les disant avec outrance, qu' aux constitutions d'individus déterminés par le fil de l'histoire -c'est ma lecture-, une telle gageure n'est en effet pas mince!
Demeure l'affaire Ratzinger/Sloterdijk que vous évoquez, une attaque très pertinente celle-la, qu'il faudrait soutenir autant que cette "affaire" serait avérée.
...mais je ne voudrais pas vous saouler!
A relire des extraits de Sloterdijk, grâce à vos commentaires, je me convaincs qu'il n'y a pas grand chose à en tirer, en dehors d'une admiration pour son talent indubitable pour l'esbrouffe.
Un diagnostic qui s'il valait parallèlement pour Nietzsche n'expliquerait pas, par delà ses extraordinaires expressions, une continuité autant extraordinaire sinon pathologique dans le rejet fort agité de beaucoup d' atavismes nationaux.
C'est de la position de l'individu dont il s'agit, cela me paraît assez à jour (Sphères), en tout cas éclairant pour voir que l'individu dans notre monde, n'est plus contraint de la même façon et rencontre d'autres motifs que par le passé.
Alors, que reste-il de ces motifs (l' esbroufe?), et comment ils s'enterrent (la glose?). Il n'empêche, le dédain ne peut suffire, c'est quand même mon avis.