Partager l'article ! Dominique Manotti, Le corps noir: Dominique Manotti, qui a écrit quelques bons polars (« nos fantastiques années fric &r ...
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Dominique Manotti, qui a écrit quelques bons polars (« nos fantastiques années fric », « kop » ), s'est essayée au genre historique. Ce court résultat est une réussite.
On suit Domecq, un résistant infiltré à la brigade mondaine, dans le Paris de la Collaboration en déroute. Du 6 juin 1944 au 25 août, on parcourt un monde de gestapistes français (Lafont, Deslauriers), d'allemands nazis ou simplement militaires. Tous ont pris des habitudes surréalistes, où l'argent facile et le sexe compensent la brutalité inhumaine infligée aux résistants ou à n'importe quel quidam qui aurait la bêtise de s'opposer à leurs combines en tous genres. Il faut dire que le français occupé n'est pas toujours reluisant (un échange fascinant entre une femme quelconque et un policier : le policier : « vous refusez de collaborer avec la police pour protéger un patron qui vous lâche en pleine guerre ! » La secrétaire : « Nous ne sommes pas en guerre, que je sache » ). Il y a aussi des résistants, et entre les deux, un tas de gens qui passent d'un camp à l'autre, surtout en cette mi-44, de la collaboration à la résistance, en prévision de la défaite allemande.
On se remémore ainsi que la IVème république s'est aussi reconstruite avec des personnalités dont le passé pendant la période 40-44 était loin d'être sans tâche. Il y a certainement quelques personnages à clés, certains sont présentés sous leur vrai nom, comme Joanovici, qui fit fortune comme acteur important du marché noir, ou Lafont, ancien inspecteur devenu pilier de la Gestapo française de la rue Lauriston – laquelle rue gagnerait à être rebaptisée en mémoire de ceux qui y laissèrent leur vie. C'est toute une frange de personnages, Bourseul l'industriel collabo dont le fils est résistant, Dora Belle la demi-mondaine détestée par sa fille qui ignore qu'elle procure quelques renseignements à un ami résistant, qui grouille et traduit bien le désarroi de l'époque. Psychologiquement, c'est moins fin que le très troublant Place de l'étoile, de Modiano, mais c'est écrit sur une trame historique plus précise.
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