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Mercredi 7 juin 2006 3 07 /06 /2006 21:24
Il était intéressant de savoir si Laurent Lèguevaque, après son premier coup de gueule contre la magistrature, trouverait matière à un deuxième ouvrage qui ne se limiterait pas à de nouvelles aigreurs. C'est gagné, au moins pour ce deuxième ouvrage, que j'ai trouvé meilleur – plus dense, alternant mieux citations littéraires ou références pointues, et exemples vécus.

Son livre a un thème, qui est celui du rejet de la transparence. Premier exemple, la multiplication des fichiers policiers. Le problème n'est pas dans l'intention initiale, toujours noble. La difficulté réside dans le fait qu'une fois des fichiers constitués, il est très tentant de s'en servir pour des usages de plus en plus éloignés de leur objet. Et les moins intéressés ne sont pas les assureurs. Bref, un bon premier chapitre, exemple à l'appui.

Ensuite, notre ex-juge s'attaque à l'expertise. Quelques phrases à l'emporte-pièce sur la psychanalyse, aussi scientifique que l'horoscope chinois, servent à dénoncer justement l'abus de l'expertise-minute, censée éclairer la justice de façon imparable. De façon plus complexe, à coup d'exemples pertinents, il montre combien, à coup de positivisme, la justice devient aveugle aux motifs, aux raisons personnelles, bref à l'aspect humain des situations. En quelques pages émouvantes, il raconte comment, humilié par les questions méprisantes d'un procureur, un Rom n'a d'autre choix que de se réfugier dans le mensonge. Au fond, le mensonge est ainsi le refuge de ceux qui refusent que leur position soit assignée, imposée de l'extérieur. Il faut donc savoir, y compris pour un juge, écouter ce qu'un mensonge révèle, comprendre que pour réformer la justice il faudrait :

    « 1. écouter ses semblables ;

  1. Sans le truchement de spécialistes, spécialistes en quoi ?

  2. En aimant leurs mensonges ;
  3. en cherchant ce qui se cache derrière ;

  4. sans préjugés ;
  5. en réécoutant. »

Propos trop simplistes pour les amoureux de philosophie du droit, mais propos qui ramènent à l'humain. Ce remède suppose cependant du temps, que n'ont pas toujours ceux qui dictent à un greffier les propos suivants, assez peu crédibles à tout le moins, voire surréalistes :

le juge : « une mesure de protection à type de curatelle ou curatelle renforcée est envisagée à votre égard, qu'en pensez-vous ? »

le justiciable : « j'en suis d'accord car ma trisomie 21 me gêne considérablement dans les actes de la vie courante... »

Encore un exemple d'une justice qui parfois modèle la réalité comme elle le souhaite (encore que, sur ce dernier cas, on peut aussi le lire comme un beau mensonge de la part du juge, destiné à protéger la dignité de « son » justiciable).

Une seule question, l'ouvrage terminé : sur quoi portera le suivant ? Peut-être sur la politique. Laurent Lèguevaque s'arrête à ses frontières, il a certainement à en dire cependant. Décrivant ainsi l'art consommé des menteurs qui savent garder leur sang froid en débitant les pires horreurs :  « Lorsque l'on pense à l'aplomb des politiciens, au naturel avec lequel ils répondent à tout. » Ou ailleurs, lorsque sont pointés les politiques qui s'avouent tolérants à l'égard du cannabis mais qui se gardent bien de protester contre les sanctions parfois trop dures qui frappent les petits consommateurs. Un jour peut-être nous racontera-t-il plus en détail ce qu'il pense des liens certainement complexes qui unissent justice et politique...

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