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Dimanche 11 juin 2006 7 11 /06 /2006 22:03
Un ami jusqu'ici rétif au blog, m'envoie un bon billet d'humeur comparant l'échec du projet européen Galiléo au succès du projet international Airbus. Vous ne lirez pas souvent des parallèles aussi éclairants, tant sur le sujet des échecs de l'Europe, l'euphémisme et les circonvolutions sont de rigueur... Je le reproduis donc ci-dessous.

On apprend aujourd'hui qu'AIRBUS va installer une ligne de montage en Chine, à Tianjin, pour fabriquer des AIRBUS A-320.
On peut certes le regretter mais c'est comme ça.
La Chine est devenue le plus gros marché du monde en matière d'aviation commerciale, à égalité avec les États-Unis.
Et les Chinois ont décidé de ne plus acheter d'avions à AIRBUS et à BOEING qu'en fonction des transferts de technologie que ceux-ci consentent 
Donc AIRBUS est en train de faire une place de plus en plus significative à la Chine dans ses productions.
 
Au même moment ou presque, on apprenait, voici quelques jours, que les Anglais (British Aerospace) sont sur le point de quitter AIRBUS.
Comme disait Winston Churchill, les Anglais "préfèreront toujours le Grand Large" et concrètement, ils veulent se rapprocher de BOEING et laisser tomber l'avionneur européen.
On peut le regretter mais, là aussi, c'est comme ça.
C'est un fait, sur lequel les européistes de tout poil peuvent verser une larme comme à l'accoutumée, mais c'est UN FAIT.
 
Ces deux événements - entrée des Chinois dans AIRBUS et sortie des Britanniques - sont très importants et je souhaite ici attirer toute votre attention, sachant qu'aucun media ni aucun responsable politique, bien entendu, ne le fera.
 
Quelle leçon en tirer ?
 
Eh bien il faut d'abord se rappeler que l'on n'a pas cessé de nous rebattre les oreilles , depuis des années et des années, sur le fait qu'AIRBUS était en quelque sorte la "preuve de l'existence de Dieu" . Je veux dire : qu'AIRBUS nous a été continuellement présenté comme LA preuve du bien-fondé de la "construction européenne" ! La fusée ARIANE aussi, d'ailleurs.
Cet argument « Airbus-Ariane sont des succès européens » a été utilisé par exemple, par Alain Juppé en avril 1998 dans le journal Le Monde :
« L’idée des solidarités renforcées entre les pays [de l’Union européenne] qui veulent aller plus loin doit être approfondie. Des exemples concrets existent déjà avec Ariane et Airbus » 
Article d’Alain Juppé « La France et l’Europe : un projet national », in Le Monde du 22 avril 1998, p. 13.
 
Il a été utilisé aussi par Lionel Jospin en mai 2001 dans un discours sur l’avenir de l’Europe : « Au service de l'emploi, l'Europe doit avoir une ambition industrielle forte. L'intégration européenne permet des réussites majeures : hier, Ariane et Airbus ; aujourd'hui, EADS European Aeronautics Defence and Space Company, qui regroupe Aerospatiale Matra et Daimler-Chrysler Aerospace, dans le domaine de l'aéronautique civile ou, dans la sphère militaire, le projet de gros avion de transport. »
Discours de Lionel Jospin « L’avenir de l’Europe », 28 mai 2001 devant le Centre d’Accueil de la Presse Etrangère.
 
Pour ma part, je n'ai cessé de rappeler que cette présentation d'AIRBUS comme un "succès européen" était un énorme mensonge utilisé par les fédéralistes européens. De même que celle de la fusée ARIANE.
Car AIRBUS, comme ARIANE, loin de prouver la justesse de la construction européenne, prouvent au contraire son imbécillité !
Pourquoi ?
 
Parce que AIRBUS, comme ARIANE, sont des coopérations in-ter-na-tio-na-les, et non pas eu-ro-pé-en-nes.
AIRBUS et ARIANE se sont montés - d'ailleurs à l'initiative de Charles de Gaulle - en dehors de l’idéologie européiste. Ces deux succès industriels se sont précisément constitués en dehors de l’Union européenne et de la Commission de Bruxelles, sur la base d’ententes inter-étatiques ou inter-entreprises. Jamais aucun commissaire européen n'y a mis son nez.

Qui plus est, AIRBUS et ARIANE ont associé :
- des États européens non membres de l‘Union au moment du lancement de la coopération (Espagne, Suède, etc.)
- des États européens qui se refusent toujours à être membres de l'UE  (comme la Norvège ou la Suisse),
- et des États qui sont tout bonnement en dehors de l'Europe, comme le Canada, le Japon, la Malaisie, l'Australie, les États-Unis, etc., etc.
 
En revanche, de nombreux États-membres de l'Union européenne ne sont ni dans AIRBUS ni dans ARIANE : la Grèce, le Luxembourg, le Portugal, et tous les nouveaux États de l'est.

Cela prouve que ce qui marche, ce sont les coopérations industrielles entre des États qui ont un intérêt commun, qu'ils appartiennent ou non à l'Europe.

LE CONTRE-EXEMPLE GALILEO
 
Le contre-exemple est celui donné par l'affaire Galileo.
 
Pour la première fois, il s'est agi d'un projet industriel authentiquement "européen".
En ce sens que tous les pays membres de l'UE font partie de Galileo et que la Commission européenne chapeaute le tout.
 
Or, ce projet lancé depuis des années ne cesse de poser des problèmes. 
Il s'agissait à l'origine de bâtir un système de satellites qui permette à l'Europe de se soustraire à la mainmise totale des États-Unis avec leur GPS.
Louable intention.
Oui mais voilà : la France souhaite disposer ainsi d'un GPS avec des applications militaires qui permettent de se passer des USA.
Or la plupart des autres membres de l'UE, à commencer par le Royaume-Uni, l'Allemagne et la plupart des pays de l'est refusent de s'opposer aux Etats-Unis qui ont exigé que Galileo n'ait pas d'applications militaires !
 
Résultat ?
 
Galileo est en train de nous coûter une fortune, et qui plus est pour nous donner un produit fini qui n'est pas celui que nous voulions !
Nous aurons un système qui permettra d'avoir des photos aériennes, de surveiller le trafic routier ou la météo.
Mais pour l'observation militaire au centimètre près, eh bien bernique !
 
Ceux qui sont intéressés par les dernières nouvelles de ce gouffre financier et idéologique qu'est Galileo pourront se reporter aux dernières nouvelles publiées par le pourtant très européiste journal Le Monde, dans sa livraison du 2 juin 2006 :

Galileo retardé par des désaccords stratégiques et financiers
Article publié le 02 Juin 2006
Par Philippe Ricard
LE MONDE

Extrait : Les négociations entre l'Union européenne et les industriels pressentis pour lancer les 30 satellites sont enlisées. Les négociations entre l'Union européenne (UE) et le consortium pressenti pour gérer le système de navigation par satellites Galileo sont, selon des sources concordantes, enlisées. Les deux parties espèrent toujours boucler leurs pourparlers d'ici à la fin de l'année, pour ne pas retarder le déploiement des trente satellites de la constellation rivale du GPS américain.*
 CONCLUSION

AIRBUS et GALILEO sont deux excellents exemples de ce qu'il faut faire (AIRBUS) et de ce qu'il ne faut pas faire (GALILEO).
La leçon est fondamentale et vaut pour toute la stratégie de la France.
 
Ce qu'il faut faire, c'est s'immerger dans le monde tel qu'il est et non dans l'utopie.
C'est nouer des coopérations internationales avec les pays intéressés, des pays différents au gré des sujets.
Des pays d'Europe, d'Asie, d'Amériques, d'Afrique, d'Océanie, peu importe !!!
La seule chose qui importe c'est de faire des coopérations ponctuelles sur un projet où tous les participants sont vraiment d'accord.
Cela, ça marche.
AIRBUS en est la preuve.
 
Ce qu'il ne faut pas faire, c'est postuler que nous devons faire des coopérations avec l'Allemagne parce que l'Allemagne est frontalière de la France, et avec la Pologne parce que la Pologne est frontalière de  l'Allemagne, et avec la Lituanie parce que la Lituanie est frontalière de la Pologne, et avec la Lettonie parce que la Lettonie est frontalière de la Lituanie, etc., etc. 
Cela c'est absurde parce que contiguïté géographique n'implique nullement communautés d'intérêts.
Cela c'est la construction européenne.
Et comme toutes les choses absurdes, cela ne marche pas.
GALILEO en est la preuve.
Mais aussi l'euro, les négociations à l'OMC, le pacte de stabilité, la politique étrangère européenne, etc., etc., etc.




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