Mercredi 9 août 2006
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20:31
Pendant longtemps j'ai été lecteur de Charlie Hebdo. Les papiers de Michel Polac, les dessins de Lefred-Thouron, Luz et d'autres me plaisaient. Puis j'ai laissé tomber, mais de loin
en loin je rachetais un numéro. J'avais quand même noté un net atlantisme chez Philippe Val, partisan du Oui au référendum par exemple (cf. wikipedia, ou cet article très drôle).
En vacances, je tombe sur l'édito de Val (26 juillet), c'est un vrai délire. Non content de pontifier, cet homme a perdu tout contact avec la réalité et signe un édito moins modéré que ce qu'aurait
pu écrire un Alain Duhamel sur le sujet (ou même Jean-Marie Colombani, pourtant bien atteint). Bref; l'homme est un néoconservateur pur sucre.
L'édito prend d'abord la forme d'un débat entre "lui" et "moi", et il s'agit de savoir de quoi "moi" est fait.
Et bien, Val est d'abord démocrate donc européen ("je suis démocrate et cette cause a pour effet que je suis européen"). On ne sait ici ce qui est le plus
idiot, d'imaginer que les démocrates américains ou japonais ne sont pas démocrates car non européens, ou bien que les non européens (nonistes ?) ne seraient pas démocrates. Passons.
Ensuite, Val se reconnaît de gauche, républicain puis français, par ordre d'importance décroissante.
Evidemment, il est français en dernier car sa citoyenneté française n'est "liée qu'à une cause géographique". Je découvre grâce à Val que l'Europe n'est pas
un espace géographique. Peut être l'ensemble de ce premier galimatias veut-il simplement dire qu'il se sent occidental, mais sans doute est-il difficile de se découvrir membre d'Occident après avoir pris la direction de Charlie Hebdo...
On a un élément de réponse plus loin, Val se rendant peut-être compte des bêtises qu'il écrit : "Ma patrie géographique est l'Europe avant la France, parce qu'elle
représente un devenir de démocratie unifiée qui est le seul horizon politique réaliste existant à mes yeux". Voilà une démocratie qui a bien commencé puisque dans l'espace irréaliste qu'est
la nation française, 55% de la population n'en a pas voulu.
Passons à l'actualité : le Liban. Là, Val ne fait pas de détail. Le monde se divise entre les démocraties et les niaks (je traduis librement l'expression de Val qui estime qu'entre la France et le
Japon, hormis Israël, il n'y a que "des populations illettrées à 80%", qui entretiennent une "haine farouche de
l'Occident, en tant qu'il est constitué de démocraties". C'est gentil pour le Liban par exemple). Tant de finesse intellectuelle c'est épatant. Même Robert Baer, un ex de la CIA, range la
Syrie parmi les états dans lesquels une certaine stabilité juridique est respectée (note de lecture à paraître). A
l'inverse, l'Arabie saoudite est indéfectiblement dans le camp occidental est c'est pourtant tout sauf un état de droit. Mais Val se fout des faits. Il fait un grand mélange de tous les enjeux
locaux : "rien ne permet d'affirmer si Israël va réussir à décapiter le Hezbollah, c'est à dire à affaiblir Damas et Téhéran au point de les amener à négocier sur
les sujets qui les occupent, à savoir la présence syrienne au Liban et le programme nuclaire iranien". Il faut être malade pour imaginer que la défaite du Hezbollah ferait abandonner à
l'iran son programme nucléaire - à supposer même que cet objectif soit souhaitable, ce que dénie un général français, Lucien
Poirier.
Au terme d'une analyse vide de faits, Val prône l'alignement pur et simple sur les Etats-Unis de Bush : il ne fallait pas désapprouver la guerre en Irak, car Saddam Hussein aurait alors eu peur et
il n'y aurait pas eu de guerre (de là à écrire que Chirac est la cause de la guerre en Irak, il n'y a qu'un pas). D'ailleurs Bush ne voulait pas la guerre en Irak, et le pétrole ne l'intéresse pas.
La guerre d'Irak a en réalité, selon Val, été faite pour "détourner le danger terroriste des Etats-Unis".
Après tant de bêtises, Val conclut : "l'avenir est dans la nuance, dans une délicatesse de jugement..."
En effet ! Après avoir opposé l'Occident démocrate aux terroristes haineux, Val peut prôner la nuance ! S'il reste quelques journalistes nuancés à Charlie, qu'ils mettent Val dehors, car soit il
finira par couler ce journal anciennement de gauche, soit il l'ancrera progressivement très très à droite...
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