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Vendredi 23 mars 2007 5 23 /03 /2007 22:24
Après le projet de Bayrou, celui de Royal...

Comme elle ne l'a pas fini - elle consulte les électeurs d'avenir -, je m'en remets à un membre de son équipe.

Eric Besson a donc quitté le PS pour protester contre le fait que sa femme le trompait (c'est du moins ce qu'a tenté de faire accroire le PS un moment, avant sans doute de se rendre compte que si les tromperies devaient faire déserter, le secrétariat national serait en quête de membres).

Plus sérieusement, il m'importe assez peu que Besson prouve le côté dangereux de Ségolène : la simple lecture de la presse a achevé de m'en convaincre il y a déjà quelques mois. En revanche, ce qui est intéressant est d'abord que Besson éclaire le fonctionnement du PS, revient sur ses problèmes depuis 2000, et qu'enfin son livre vient combler un vide qui aurait dû depuis longtemps être rempli par la presse.

Sur les problèmes du PS depuis 2000, Besson ne s'y attarde pas, mais, au fil des pages, on retient que la position sur la Corse de Jospin (cet espèce de statut particulier idiot qui a entraîné le départ de Chevènement), puis les baisses d'impôts octroyées à Fabius en cadeau de retour en 2001, la déconnexion du PS vis-à-vis du monde réel enfin, ont causé la défaite de 2002.

Malheureusement, pour Besson, la victoire de 2004 aux régionales a permis au PS de faire l'économie de définir un projet viable : des conventions thématiques qui devaient y être consacrées ont été annulées.

Voilà, pour faire vite, l'origine des problèmes : vide cérébral.

Là dessus arrive Ségolène, qui se satisfait fort bien de cette situation : le cerveau c'est elle, et le cerveau de Ségolène a une particularité tératoïde, il est comme frère siamois de celui des français.

Un lien magique relie Ségo au peuple, qui lui permet de ne pas donner même le numéro de téléphone de son QG aux membres du PS en charge de sa campagne. Ce lien permet aussi à Ségo de s'asseoir tranquillement sur le programme du PS chaque fois que cela l'intéresse : elle peut ainsi remplacer un porte-avions par des écoles le vendredi et revenir sur cette idée le samedi - ou l'inverse si ça lui chante. Elle peut aussi, ce qui a choqué Besson, décider de rompre avec le nucléaire en France pour plaire aux Verts.

On pourrait se louer de cette liberté de la candidate PS, qui lui permet de défier la pesante doxa socialiste. On peut aussi constater qu'elle dépend en réalité non du PS mais d'une Cour qu'elle s'est constituée, à laquelle appartient le fameux Bruno Rebelle, ex Greenpeace, cour qui tient déjà la dragée haute aux socialos qui n'en sont pas.

J'imagine, même si Besson ne le décrit pas (et pour cause, il n'y a pas eu accès), que cette Cour est alimentée en continu de sondages quali(tatif)s testant les propositions de la candidate, via des "amis" comme la présidente d'Ogilvy.

Voilà pourquoi notre candidate vend de la bouillie pour chats intellectuelle : le programme est improvisé la veille pour le lendemain, en fonction des humeurs de madame (on sait sa propension à reporter, annuler, renvoyer les interviews ou rendez-vous qui l'ennuient).

Troisième point, plus ennuyeux : que fait la presse ?

Car enfin, quand Ségo annonce que les énergies renouvelables doivent faire 50% de la consommation française en 2020, puis revient aux 20% du programme du PS, on peut penser - comme je l'avais fait avant de lire Besson -, qu'il s'agit d'une bourde. Point du tout : c'est le résultat d'un bras de fer entre Besson et les "réalistes" du PS, contre le Bruno Rebelle nouvellement débarqué - et sans doute les sondages qualis.

Pourquoi les journalistes n'ont-ils pas relevé ? Au lieu de suivre la candidate se faire photographier avec des rugbymen, pour recuillir le bon mot du jour, que n'ont-ils interrogé le PS, les proches de Ségo, pour comprendre comment la politique énergétique de la France à 20 ans se jouait sur un coup de tête et des rapports de force miteux.

Pour être honnête enfin, je dois relever que sur cette histoire d'énergie, l'affaire remonte à plus loin ,et que c'est Fabius qui a entamé le festival de démagogie, pour plaire aux Verts, en 2002.

Ce qui, pour finir, me fait conclure sur un point : le PS est un parti politique. Il a eu cinq ans, depuis 2002, pour reconstruire un programme politique, il ne l'a pas fait.

Pourquoi ? Parce que la course à la présidentielle pourrit absolument tout depuis 2002. Il conviendrait donc, pour rendre au parti sa raison d'être, de convenir que le candidat du PS à la présidentielle est le Premier secrétaire, point. Qu'il soit désigné suffisamment à l'avance, avec des primaires ouvertes même s'il le faut, mais qu'il arrive au moins à l'échéance avec un vrai programme. Aujourd'hui on fait semblant de débattre pendant cinq ans d'un programme dont on sait que l'élu n'aura qu'envie de s'en débarasser au plus vite.

Voilà, ce bouquin, vite lu, fait mieux comprendre la crise actuelle du PS, au delà des quelques phrases assassines pour Ségo - et justifiées - que la presse a relevées.



Comme j'aime beaucoup relever des citations, un passage décalé :

"Aujourd'hui encore, je ne suis jamais plus heureux que quand on monte en famille dans un avion pour aller loin. Il n'y a pas de plus grand bonheur pour moi que celui-là."

Je partage !

Réplique immédiate du journaliste (le livre est un entretien) :

"Et votre "empreinte carbone" alors ?"

On vit une époque formidable !
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