Partager l'article ! Alexandre Jardin - Des gens très bien - Notes sur le TSCG: Que faisait votre grand-père le 16 juillet 1942 ? Celui d'Alexandre Ja ...
Que faisait votre
grand-père le 16 juillet 1942 ?
Celui d'Alexandre Jardin devait attendre fébrilement les rapports de la police de Paris lui signifiant que l'arrestation de familles juives et leur regroupement au vélodrome d'hiver s'étaient bien passées.
Jean Jardin était en effet directeur du cabinet de Pierre Laval, chef du gouvernement désigné par Pétain.
Pas glorieux comme position.
Jean Jardin a pourtant, après-guerre, poursuivi une carrière certes en recul, mais qui l'a amené à côtoyer certains des plus hauts responsables du pays - jusqu'à financer les débuts de carrière de François Mitterrand (qui préfaça le dernier tome de la vie de Jean Jardin racontée par Pascal Jardin, son fils, et père d'Alexandre - cf. un numéro de l'Unité ou Mitterrand évoque cette préface).
Cela donne à Alexandre Jardin un regard très désabusé, ou averti, sur le monde politique.
On ne sort pas complètement indemne d'une volonté tenace de regarder les choses en face.
Cette volonté de savoir est le contre-coup, chez Alexandre Jardin, d'un long refoulement. L'auteur de romans éthérés et joyeux, forcément joyeux, a vécu dans une famille où l'oubli du passé était une règle vitale.
Il a du coup grandi un peu à côté de ses pompes, et a décidé progressivement d'ouvrir les yeux.
Le livre raconte ce cheminement, comment l'idée, puis l'envie, lui sont venues de creuser un peu le passé collaborationniste de son grand-père.
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C'est donc aussi une histoire française : on voit bien comment, de Binet à Jonathan Littell en passant par Yannick Haennel, les petits enfants des acteurs de la deuxième guerre mondiale s'intéressent non pas aux faits, c'est un travail qui a été entamé dans les années 60/70/80, mais à la façon dont la connaissance de ces faits doit être reçue - approfondie ou oubliée.
Alexandre Jardin penche pour l'approfondissement.
Il le fait, à sa façon, convaincante. Il est parfois naïf, ou touchant, quand il a l'air de vouloir, même après leurs morts, faire des scènes à ses ascendants : le grand-père, collaborateur au plus haut rang et le père, coupable d'avoir enjolivé le passé familial. Touchant aussi quand il prend conscience de la vacuité de ses romans précédents, tout entiers consacrés à éviter les questions sensibles : "Tous mes volumes furent lus par des gens probablement aussi malades du réel que moi ; et ils furent nombreux".
Mais en contrepartie, il a de nombreux accents de sincérité indéniables. Par exemple en remerciant, en début et en fin de son ouvrage, l'historienne Annie Lacroix-Riz, qui lui a communiqué des archives sur le rôle de Jean Jardin, trouvées dans le cadre de son travail d'historienne de la France pendant les années 30/40.
L'historienne est pourtant des plus sulfureuses, tant sa volonté de rappeler les nombreux liens entre les élites françaises de l'époque et les milieux nazis peut choquer - un article du Monde de 1996 relate comment un article sur la collaboration de certaines entreprises françaises a été refusé par une revue publique ("Des entreprises françaises au service de l'Allemagne nazie", 11 octobre 1996).
On frémit aussi au récit d'une rencontre entre Alexandre Jardin et une ancienne nazie, réfugiée en Suisse, qui lui déclare tranquillement : "pourquoi n'aurions nous pas le droit de dire aujourd'hui, avec reconnaisance, que cette histoire fut grande et belle ? Même si nous avons fait fausse route, indéniablement, nous n'étions pas les plus mauvais de notre génération."
C'est probablement l'une des clés de sa recherche. Cette survivante est comme l'a été le grand-père de Jardin, toujours convaincue d'avoir fait, dans l'horreur, en y participant, pour le mieux.
Il n'est pas sûr que ce seul livre suffise à Alexandre Jardin à comprendre pourquoi des personnes dotées d'un idéal moral élevé ont pu se compromettre avec des régimes inhumains. Peut-être que d'autres suivront, qui devront aller plus loin que l'assertion trop rapide jetée par l'auteur : "La chosification d'autrui permet tout. Cela commence par le SDF que l'on enjambe un soir d'hiver sur un trottoir et cela se termine à Auschwitz".
Il reste que ce livre est une très belle façon d'encourager le lecteur à ouvrir les yeux : comprendre que c'est à la fois douloureux mais aussi utile et libérateur.
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Ce billet est rédigé le jour où l'Assemblée nationale a voté le TSCG. Nicolas Dupont-Aignan a comparé le vote contre de 70 députés au refus de 80 parlementaires, en 1940, d'accorder les pleins pouvoirs à Pétain. C'est maladroit. Mais il y a un point commun direct, non entre l'Union européenne et Pétain, mais entre les parlementaires qui ont voté oui en 1940 et en 2012. Je les crois animés, pour un bon nombre d'entre eux, d'une farouche volonté de ne pas voir, ni savoir. Pétain hier abaissait la France, l'Union européenne et l'euro, aujourd'hui, ruinent l'Europe. Il faut faire de très grands efforts, en 2012, pour ne pas comprendre que le vote d'aujourd'hui prolonge un régime inacceptable, certes à un degré moindre.
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Sur le vote de ce jour, lire un très bon billet d'un politiste grenoblois, dont j'extrais ceci : "Toute une partie du Parti socialiste semble en effet approuver ce texte uniquement pour des raisons de haute politique européenne, tout en pariant que le jeu européen aura changé avant d’avoir à faire les choix drastiques que ce Traité implique (par exemple, la diminution radicale du nombre de communes, de plus 36000 à 5000 tout au plus, la suppression plus généralement d’une bonne part des administrations locales et de leur personnel doublonnant)." Ne pas voir donc. Cela réclame de grands efforts. Les braves parlementaires qui ont voté oui peuvent toujours se dire que les textes ne seront pas appliqués, qu'ils ne sont pas si nocifs, c'est un peu la position du soldat qui a participé au peloton d'exécution et dont on a préservé la conscience en glissant, dans l'un des fusils, une cartouche à blanc.
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Pour finir, la comparaison entre Pétain et le régime actuel est un peu forcée. Mais l'on peut, sans trop exagérer, trouver des points partiels de recoupement. Ainsi d'une circulaire de Vichy destinée à orienter la communication à propos du procès fait à Léon Blum, à Riom. Cette phrase de conclusion : "La France est condamnée à construire un régime nouveau ou à périr" (cité par Gérard Miller, dans "Les pousse-au-jouir du Maréchal Pétain"). Même motif que celui qui voit dans l'Union Européenne le seul chemin pour une France, sans cela condamnée. Même résignation devant des faits présentés comme naturels, inéluctables.
Proximité plus idéologique cette fois-ci. Toujours Gérard Miller : "Le pétainiste, pourtant, serait plus régionaliste que nationaliste, comme il est plus provincial que parisien. Il est anti-jacobin. C'est ainsi qu'il n'aime pas le département." Miller cite ensuite un auteur pétainiste de l'époque : "Tout le monde sait ce qu'est un Basque, un Berrichon, un Bourguignon ; quant à se proclamer Maine-et-loirien ou Haut-Garonnais, l'idée n'en viendrait à personne".
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Vaste sujet. Dans ce débat européen, je ne veux mépriser personne. Mais je plains ceux qui ne veulent pas voir.
Sans vouloir attaquer votre entousiasme pour le livre, je veux juste vous communiquer une réflexion de l'historien Pierre Laborie (quelque part dans la deuxième interview):
http://www.liberation.fr/societe/01012316641-on-se-sert-de-la-resistance-tout-en-la-denigrant
http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/actualites/entretien-avec-lhistorien-pierre-laborie-sur-la-france-pendant-loccupation-6818
Pour ma part, je trouve étrange l'intérêt d'une partie des élites française pour l'Allemagne, aujourd'hui comme en 40. Vous faites bien de parler de Lacroix-riz, très éclairante...
nicolas : merci pour les liens.
Il y a une différence entre ce dont parle Laborie, qui se situe dans la conscience collective, et ce dont parle Jardin. Certes les documents signalés par Jardin sont connus des historiens, et Laborie peut s'étonner qu'il semble les découvrir. Mais ce que découvre Alexandre jardin ce n'est pas la collaboration, c'est le fait que son propre grand-père y a participé. c'est différent comme phénomène - même si ça peut aussi prendre un aspect un peu "narcissique".
Je n'ai pas été enthousiasmé, si je devait donner une note sur 10 au livre, je lui mettrais un bon 7. L'enthousiasme commencerait à 9/10 :-)
Dans le même ordre d'idées :
http://www.jennar.fr/?p=2588#comment-4508
Bon, bon...
J'aurais envie de dire des choses qui ne vont pas tout à fait dans le sens de ce billet (sans aller pour autant bien sûr dans le sens des "européistes" ou des mainstreams).
Tout d'abord ce n'est pas le fait d'avoir dénoncé l'alliance du patronnat français avec Hitler qui vaut à Annie Lacroix-Riz d'être diabolisée, car toute la tradition communiste le fait depuis 1945. C'est de l'avoir fait en des termes complotistes (en ressortant la Synarchie), et d'avoir été un peu rapide (euphémisme) dans le traitement de certains grands problèmes historiques comme la famine ukrainienne des années 30. Le billet que j'ai consacré à cette historienne sur ce blog a été, parmi tous mes billets, le plus commentés, et je crois que le débat auquel il a donné lieu fut vraiment utile pour comprendre ce qui cloche vraiment chez cette historienne (en tout cas il m'a aidé à le comprendre). Il faut savoir aller à l'encontre du catéchisme du Comité Valmy sur ce point.
Ensuite il y a tes saintes indignations : "Comment cette dame néo-nazie a t elle pu dire qu'ils n'étaient pas parmi les pires de sa génération !" "Comment des gens avec un sens moral très élevé ont-ils pu se compromettre dans le nazisme ?" (je cite de mémoire tes mots à ce sujet). Franchement je ne comprends pas cette façon de voir, car elle me semble terriblement candide. Prenons l'histoire de l'humanité sur 200 000 ans. Qu'est ce qui pour notre espèce fut toujours considéré comme une grande aventure ? Une entreprise collective qui permet de restructurer complètement l'ordre social et l'imaginaire, en conduisant ceux qui y participent à se dépasser eux-mêmes, peu importe le fait que cela se paie du prix de milliers ou de millions de morts. De ce point de vue là le nazisme correspond tout à fait à cette définition (comme auparavant la grande chevauchée d'Alexandre à travers l'empire perse ou l'avancée de Napoléon jusqu'à Moscou). S'étonner que les gens qui ont participé à cette aventure en soit fièvre me semble étrange. C'est vouloir à tout prix que l'humain regrette ses crimes. Or l'humain dans l'histoire a toujours été fiers des meurtres commis quand ils semblaient à ses yeux contribuer à fonder quelque chose de très grand. Dans ce cas de figure le sang versé paraît même, dans l'imaginaire humain, en tout cas dans celui de ceux qui le font couler, être une condition même de la grandeur du projet poursuivi. Cela a toujours fonctionné de la sorte (... heum... un peu comme à la corrida de Montpellier si j'ose dire, fermeture de la parenthèse...) Tu dis qu'on attend que des gens expliquent "mieux qu'AA. Jardin"pourquoi malgré un grand sens moral on pouvait être nazi. Mais bien des penseurs éminents l'ont déjà montré. Je te rappelle par exemple que l'Ecole de Francfort (Adorno, Horkheimer) voyaient dans le nazisme la réalisation par excellence du projet moral de Kant. Parce que bien sûr plus on est moral plus on est prêt à se dévouer à un projet grandiose. Le meurtre pouvant toujours passer pour menu inconvénient hélas indispensable à la réalisation du projet. Tu m'objecteras que Kant voulait que l'homme soit toujours dans l'ordre des fins, jamais des moyens... mais cela ne l'a pas empêché de justifier la Terreur de 1793 et les têtes qui tombaient...
Un dernier point qui ne me sied guère dans ton billet parce que je le trouve terriblement naïf (comme les deux précédents), et la naïveté qu'il révèle ne t'est pas personnelle : elle est propre à tous les contestataires depuis 15 ans. C'est celui qui consiste à dire (là encore je simplifie car je cite de mémoire) : "Les gens qui votent pour le système actuel sont des lâches qui ont abdiqué tout volontarisme". On a retrouvé ce thème sous toutes les plumes contestataires depuis Bourdieu. Et du coup on enchaîne avec un "ils sont comme les pétainistes en 40". Je crois que ça ne tient pas debout. Le thème du "on ne peut pas faire autrement" ou "il ne peut pas en être autrement" est un ressort très fort de l'action politique. Tous les mouvements en usent, conservateurs comme révolutionnaires. "L'alternative est impossible, disent les conservateurs, sauf à verser dans la folie". "Notre action ne peut pas ne pas réussir, disent les révolutionnaires, car le sens de l'histoire est avec nous". Dans les deux cas c'est le même dogmatisme, et le même "nécessitarisme" (au sens spinoziste du terme). Evidemment les révolutionnaires appellent le nécessitarisme des conservateurs "lâcheté", et les conservateurs nomment le nécessitarisme des révolutionnaires "fanatisme", mais dans les deux cas il s'agit simplement d'un ressort inévitable de l'action, voilà tout, et pas besoin d'aller mêler Pétain ou Hitler à cela.
Enfin, je ne suis pas d'accord avec ton catastrophisme (qui là encore est la tarte à la crême de l'esprit contestataire actuel) : "attention, avec ce traité nos communes seront réduites à 5 000". Les anti-Maastricht en 92 promettaient aussi que ce traité anéantirait tout.
J'ai entendu Henri Guaino à Canal° il y a 15 jours (lui qui se dit toujours gaulliste et fut l'aile souverainiste du sarkozysme, même si ce fut une aile faible) dire que de toute façon ce traité n'était qu'un gage d'amitié qu'on donnait aux Allemands qu'on ne respecterait de toute façon pas si la conjoncture ne s'y prêtait pas. C'est sans doute assez juste (et cela prouve que M. Guaino fétichise moins les traités que M. Asselineau mais le juridisme intégriste est une des grandes faiblesses politiques de l'UPR). Je ne vois pas la classe politique française réduire le nombre des communes pour les beaux yeux d'un traité. Jusqu'ici elle n'a su que démultiplier les structures municipales sous couvert d'intercomunalité. Je ne la crois pas capable d'autre chose. Et l'europhilie ou la germanophilie à la mode restent quand même trop superficielles, même chez nos "élites" pour nous faire remettre en cause cela. Amis de la France aux mille clochers dormez sur vos deux oreilles !
Fred, je ne sais pas exactement comment dire mais j'ai l'impression que tu te précipites sur toutes les failles, pas toujours à propos.
sur lacroix-riz, ok. je n'ai rien lu d'elle de conséquent, à part quelques pages, donc je veux bien croire que son travail ne soit pas toujours sans tâche.
sur les indignations, à propos de l'octogénaire nazie, c'est un peu moins convenu que ce que tu dis. j'ai en tête notamment les phrases de sébastian haffner sur la camaraderie nazie : "Jamais je n'aurais dû me rendre dans ce camp. J'étais pris au pège de la camaraderie. Pendant la journée on n'avait jamais le temps de penser, jamais l'occasion d'être un "moi". Pendant la journée, la camaraderie était un bonheur. Aucun doute : une espèce de bonheur s'épanouit dans ces camps, qui est le bonheur de la camaraderie. Bonheur matinal de se retrouver ensemble en plein air, bonheur de se retrouver ensemble nus comme des vers sous la douche chaude, de partager ensemble les paquets que tantôt l'un, tantôt l'autre, recevait de sa famille, de partager ensemble la responsabilité d'une bévue commise par l'un ou l'autre [...]
Qui niera que tout cela est un bonheur ? Qui niera qu'il existe dans la nature humaine une aspiration à ce bonheur que la vie civile, normale et pacifique ne peut combler ?
Moi, en tout cas, je ne le nierai pas, et j'affirme avec force que c'est précisément cette camaraderie qui peut devenir un des plus terribles instruments de la déshumanisation - et qu'ils le sont devenus entre les mains des nazis. C'est là le grand appeau, l'appât majeur dont ils se servent. Ils ont submergé les Allemands de cet alcool de la camaraderie..."
cet aspect là du nazisme est probablement bien moins connu aujourd'hui (parce qu'incongru) que le côté j'ai fait le mal par respect de la loi, qui est un pont aux ânes depuis arendt au moins.
c'est d'ailleurs aussi tout le folklore "camarades", écharpe rouge et chants militants qui m'emmerde profondément au Front de gauche : j'ai horreur des enthousiasmes de masse.
ensuite je ne vois pas d'appel au volontarisme dans mon billet. ceux qui ont voté oui s'aveuglent, je ne les appelle pas à une réaction volontaire, je souhaiterais juste qu'ils ouvrent les yeux.
je serais naïf si j'appelais à la réaction, si je m'emballais sur la possibiilté de renverser les choses là, tout de suite, demain matin. je ferais là du mélenchonisme.
ensuite je ne suis pas si catastrophiste que tu sembles l'indiquer. je n'ai pas écrit que le TSCG est une horreur absolue. je n'ai même pas consacré un billet à ce traité : les détails de la construction européenne ne m'intéressent plus, il me suffit de constater qu'elle détricote lentement la démocratie telle que je la connaissais, et que le tscg n'est qu'une étape de plus.
quand je vois un hurluberlu comme le Bellanger et sa théorie de l'information expliquer qu'il est ravi de ne rien comprendre à la politique et de laisser ça aux professionnels, je me dis que peut-être mes descendants seront ravis de l'union européenne, qui fera ça en grand.
donc oui, je vois bien comment, en tirant ce que j'écris dans une direction, tu peux y voir ce que tu y vois; je trouve juste que tu tires un peu parfois trop fort.
ça faisait une semaine que je n'avais rien écrit et ce billet mélange trop de thèmes, ok.
profondément, je crois que la seule chose intelligente à faire aujourd'hui c'est de sortir de l'UE, point. la position de guaino est celle de ceux qui voulaient "changer le PC de l'intérieur", ils se sont encroûtés avec. Les partisans de la souveraineté européenne se foutent que chaque parcelle de pouvoir supplémentaire leur soit attribuée avec conviction, ou pas. Leur seul intérêt c'est de la prendre.
non non pas deprécipitation (mêmesi j'écris à toute vitesse). Ce que tu relèves sur la camaraderie chez les nazis entre parfaitement dans monpropos sur les "grandes aventures humaines" de l'humanité et n'a rien de nouveau (tu connais leur hythme "Ich hatte ein Camarade"). Et le fait que tu reproches aux dominants de ne pas vouloir savoir entre dans la rubrique du reproche de lâcheté que le contestataire adresse toujours au conservateur. Le tout faisant partie de ma démarche qui cherche à dissocier l'esprit de contestation de l'indignation morale, indignation qui marque, me semble-t-il, assez profondément ton billet. Cela ne veut pas dire d'ailleurs que je prône une contestation cynique ou utilitariste (car vu ta propension à réduire le sens de mes proposje sens que c'est ce que tu vas me reprocher). Ma contestation est stoïcienne, donc sans être moralisatrice, elle n'est pas amorale pour autant.Mais c'est d'une autre morale qu'il s'agit, pas une morale de l'indignation.Il faudrait hélas un livre pour préciser les choses sur ce point. Mais la société n'attend pas de moi que je perde du temps à écrire des ouvrages, donc je cours m'employer à ce pour quoi la société me reconnait une utilité. A plus...
si ce n'est pas une réaction morale qui pousse à écrire ou à réagir, on n'écrit rien alors. Je ne vois pas pourquoi un stoïcien parfait se soucierait de commenter l'actualité, sans même parler de chercher à la changer ?
à Frédéric :
Or l'humain dans l'histoire a toujours été fiers des meurtres commis quand ils semblaient à ses yeux contribuer à fonder quelque chose de très grand.
Il me semble que la maturité en politique est de renoncer à sa volonté de puissance infantile et à tenir compte des leçons de l'histoire, les rêves de grandeurs et les tueurs mégalomanes qui les portent, n'engendrent plus chez moi la moindre estime, mais seulement du dégoût et du mépris.
Ah, la difficulté qu'ont certains intellectuels à se supporter soi-même ce qui les a souvent entraînés à suivre aveuglément un projet funeste en adorant « les guides » qui leur faisaient miroiter une grandeur propre à leur faire oublier les petites misères de leur moi. J'espère que tu n'en seras jamais !
Le thème du "on ne peut pas faire autrement" ou "il ne peut pas en être autrement" est un ressort très fort de l'action politique. Tous les mouvements en usent, conservateurs comme révolutionnaires. "L'alternative est impossible, disent les conservateurs, sauf à verser dans la folie". "Notre action ne peut pas ne pas réussir, disent les révolutionnaires, car le sens de l'histoire est avec nous". Dans les deux cas c'est le même dogmatisme, et le même "nécessitarisme" (au sens spinoziste du terme).
C'est justement le thème qui me paraît de plus en plus stupide au fur et à mesure que les années passent et que les politiciens se renient et font la politique qu'ils avaient jurés qu'ils ne feraient pas parce qu'ils disaient qu'il était impossible de faire autrement.
Exemple : La Banque Centrale Européenne était censée ne jamais procéder à un assouplissement de sa politique de non-financement des États-Membres car cela reviendrait à faire tourner la planche à billets et donc amener de l'inflation et que par conséquent il n'en saurait être autrement. Il y a même des articles de traités qui interdisent la pratique. Paf, de décembre 2011 à mars 2012, la BCE se transforme en Père Noël et crée 1000 milliards non-pas de mille milliards de mille sabords, mais bien mille milliards d'euro qu'elle prête à taux dérisoire aux banques commerciales pour que celles-ci prêtent aux États-Membres en difficulté !
Une pièce mécanique, un logiciel, un navire, une fusée, un avion, une carte électronique pourraient être conçus et réalisés autrement et bizarrement il n'y aurait qu'en politique que les être humains ne pourraient pas le faire, pour moi, ce concept fumeux de « On ne peut pas faire autrement » est une escroquerie intellectuelle qui révèle les oeillères et l'indigence des débats en politique. À l'inverse si un politique propose une autre politique, cela ne doit pas être une incantation rituelle sans portée pratique, il doit estimer les marges de manoeuvre dont il dispose, trouver des stratégies à la fois pour minimiser ( par des mesures effectives pas seulement par de la comm… ) les inconvénients inhérents à l'option qu'il a choisie et pour en maximiser les effets positifs afin de la mettre en oeuvre.
"Tout n'est pas à blâmer dans le national-socialisme. (...) Avant de dégénérer et vraisemblablement de sombrer dans le mensonge, la corruption et la cruauté, il aura contribué à donner aux hommes le goût de la vie et le courage du sacrifice, le sens d'une certaine solidarité et d'une certaine grandeur. (...) le national-socialisme, parti d'une étroite plate-forme nationaliste tend aujourd'hui à devenir un mouvement universel. Il mine sourdement à l'intérieur de tous les États le sentiment national et facilite ainsi des déplacements de frontières dans lesquels la force armée dont il dispose, et qu'il ne pourrait engager sérieusement sans courir à sa perte, ne joue que le rôle d'appoint. Cette supériorité de la propagande, même la plus mensongère, sur la puissance des armes de guerre est encore un hommage indirect aux valeurs morales et l'un des signes du monde nouveau”
“Mais sous les débordements du désordre et de la violence, les éléments d’une synthèse nouvelle subsistent toujours. Et il n’est pas trop tard pour préparer, par delà les rêves plus ou moins réalisés du chancelier Hitler, l’avènement d’une Europe plus unie et plus juste. "
" C’est dire que des principes qui furent longtemps les assises de l’Europe : la souveraineté absolue des États petits ou grands, l’équilibre européen, le droit de neutralité, doivent céder la place à un aménagement plus ordonné du continent"
Hubert Beuve-Méry
@Gérard : le nationalsocialisme était cruel et cynique depuis le début. Il suffit de lire les témoins de sa montée en puissance comme Zweig pour s'en convaincre. Donc il n'a pas "dégénéré" par la suite. Idem le fascisme italien. Mais ces délires de violence avaient aussi leur grandeur, comme beaucoup d'entreprises de refondation de l'ordre social.
@Gilles : Je ne crois pas que le nécessitarisme soit plus absurde aujourd'hui qu'il ne l'était hier, car nos prédécesseurs sur cette planète n'étaient pas (beaucoup) plus stupides que nous. Et il y a peu de chance que cela change dans les décennies à venir.
@Edgar : Compte tenu de ce que je viens de dire à Gilles, le procès en nécessitarisme que tu adresses à Mélenchon dans ton dernier billet (sur le thème "there is no alternative") me paraît un peu naïf ;-)
Ces trois citations sont de H. Beuve-Méry, fondateur du monde, et grand donneur de leçon morales.
Le Pétainisme n'a pas existé et c'est ce vide qui à permis à différentes écoles de pensée anti-républicaines et, en vérité anti-nationales, d'éclore et de se déchirer à Vichy et Paris. Ce ne sont pas les plus sinistre cons qui furent les plus actifs idéologiquement parlant, mais bien des forces euro-régionalistes, fascinées par l'Allemagne, proches du libéralisme économique anglo-saxon et largement favorables à un pouvoir technocratique et élitiste.
Les verts sont sans doute un avatar majeur de cette école de pensée.
Mais il y a d'autre forme, par exemple :
Concernant la remarque sur le national-socialisme je crois que c'est période économique et les mœurs politiques de l'époque qui induirent rapidement la cruauté et le cynisme de l'action ; la malignité est une autre chose, plus grave, et je suis de ceux qui pensent que la germanité des nazis n'est pas un hasard.
Pour ce qui est du fascisme c'est extrêmement différent, il y une espèce de pureté des intentions qui mettra longtemps à se dissoudre, le fond culturel Italien (souvenons-nous que l'Italie de Mussolini à 60 ans d'unité en 1920) n'a aucune fascination pour la mort, et la masse n'est perçue que comme une parenthèse d'autres solidarités plus restreintes (famille, paroisse, etc.). Mussolini fait entre l'Italie dans la modernité et dans son unité, quoiqu'on pense de Berlusconi c'est aussi une partie de son apport, les frémissements indépendantistes en Sicile, en écho a ceux de Barcelone, montrent que la dialectique politique est parfois compliquée à assumer.
Qui est favorable à la mort des cultures nationales (parce que c'est le but des assauts contre les état-nations), et pourquoi, ou pour qui ?
Gérard, sur Mussolini je vous conseille de lire ce témoignage d'époque http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/borgese-giuseppe-antonio/goliath-la-marche-du-fascisme,27826.aspx (écrit par un italien libéral). Vous verrez que le fascisme mussolinien avec son lot d'actions violentes, de mépris de la parole donnée et des traités, de petits coups d'éclats abjects (car il y avait à côté de cela une grande lâcheté de Mussolini) depuis la naissance du mouvement jusqu'à son apogée. Après un tel livre on ne trouve plus rien de pur au fascisme, et on y reconnaît le modèle de l'hitlérisme, dont les Germains ont en quelque sorte perfectionné les vices en les systématisant...
Un Italien libéral c'est forcement suspect.
J'ai parlé de cette époque avec des Italiens, y compris de gauche, et je devrais dire surtout de gauche, leur avis m'avait interloqué au début, puis comprenant davantage la langue et le pays j'ai découvert des reliefs nouveaux.
Je connais assez l'Italie pour percevoir ce qui demeure de Mussolini (dont la lacheté supposée est un peu trop commode), jusque et y compris dans l'architecture ou le desing industriel. Les monuments, les blasons, les inscriptions (notablement en Sicile), les sculptures n'ont pas été détuits ou martelés, n'est-ce pas un signe ?
Je peux apparaitre commme défendant souvent le fascisme, ce n'est pas faux, cela ne me prive pas de mon libre arbitre ; mais au fond il y a pour moi la, independamment de l'Italie, la certitude que parfois il faut des périodes de paranthèse dans l'exercice démocratique ; une sorte de nettoyage des filtres obstués par la fine poussière des abus de liberté.
J'ai presque envie de vous demander si vous aimez l'Italie, et ce n'est pas un sentiment facile ou comparable à l'interet pour un autre pays.
Borgese avait au moins le mérite d'être un contemporain. Les témoignages de première main valent mieux que le reste... Je suis allé 4 fois en Italie en 15 ans. J'ignore si j'aime ce pays. Mais vous avez raison on ne peut pas avoir de rapport simple à cette contrée. Et puis, Edgar étant devenu la Lady Gaga du souverainisme, et ses billets étant "likés" par plus de 600 personnes sur Face de Bouc, je n'ose plus me répandre en propos personnels en commentaires sur son blog...
Certains des Italiens qui m'ont fait voir le fascisme sous un angle moins négatif étaient aussi des témoins directs, je pense notamment à un vieil homme qui en 1995 avait plus de 85 ans et qui habitait toujours le petit appartement qui lui avait été octroyé à Garbatello et dont le fascisme était totalement lié à l’amélioration et à la fierté de sa vie de conducteur de tram ; un cheminot de Montrouge en 1970 n'aurait rien dit de différent du P.C.F.
J'ai aussi parlé avec des Siciliens, Mussolini à d'une part lutté violemment contre la mafia et les grand propriétaires fonciers et d'autre part stoppé l'exode (1/3 de la population dans le premier quart du XXeme.), allez a Latina on y ressent encore bien ce souffle de partage et de modernisme.
Cinecitta, et ce que cela représente, est née de la volonté fasciste, et l'encadrement n'y fut pas tant rigoureux que cela ; croyez-vous que les néo-réalistes sont né spontanément ad nihilo ?
Le fascisme c'est la censure et la coercition, oui, mais au grand jour, est-ce pire que l'auto-censure actuelle, et les contraintes par l'argent ? Dans quel cas est-on plus libre de son opposition ?
L'embrigadement au grand air de la jeunesse, est-il pire que celui par Iphone, l'unicité d'un uniforme bride-t-elle plus l'individu plus que le conformisme de modes calibrées et déterminées ?
Combien d'Allemands de l'Est trouvent que la contrainte de la Stasi était, pour finir, moins pesante que le clinquant vide d'une liberté sans liens humains réels ?
Le vertige libertaire individuel, qui a comme contrepartie une absence libérale du choix collectif, rapproche-t-il l'homme de sa conscience ?
Il rdt vrai que plus nous avançons dans la "démocratie" actuelle plus les dictatures d'antan paraissent inoffensives
le probleme des gens de 80 qui parlent du passé c'est qu'ils l'idéalisent (mécanisme psychologique universel bien connu). Les écrits "sur le vif" valent mieux