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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 23:45

Un portrait des proches de Mélenchon ce matin dans Libé. Celui de Jacques Généreux note : "L’économiste antilibéral, enseignant à Sciences-Po, à Paris, et directeur de collection au Seuil, dit avoir déjà convaincu le candidat sur deux points «essentiels» : s’engager clairement dans un maintien de la France dans la zone euro ; et..."

 

C'est donc Généreux qui aurait entraîné Mélenchon dans son combat douteux pour l'euro (je ne reviens pas sur les commentaires du billet précédent, mais je ne suis pas le seul à relever qu'autant Mélenchon est très clair sur le domaine de la défense, autant sur l'euro il est flou).

Du coup, cette vidéo où Généreux parle économie devient intéressante, on est quasiment dans la médecine légale.


 



 

 

 

J'ai écouté un peu en diagonale, donc j'ai pu rater des étapes.

Mais, vers 50 minutes, Généreux explique que l'euro a cassé la spéculation sur les changes. Première approximation. L'euro a effectivement gelé la parité mark/drachme par exemple.

La spéculation ne se porte pas sur la parité mark/drachme (pour cause, elle n'existe plus), mais sur la probabilité comparée de défaut sur la dette allemande ou grecque.

Par ailleurs, comme Généreux ne le relève pas, l'inflation grecque (ou espagnole, italienne ou française, au choix) continuant à être supérieure à celle de l'Allemagne, la compétitivité de ces pays se dégrade d'année en année (cf. mon billet sur le bilan de l'euro).

Comme l'indique pourtant un blogueur financier, Jean-Pierre Chevallier, le déficit cumulé de la balance commerciale française depuis janvier 2003 est de  337 milliards d'euros (cf. son billet complet).

 

defcum.png

 

C'est le financement de ce déficit qui casse la croissance et entraîne la dette.

Généreux ne le voit pas car il impute la hausse de la dette à la baisse des impôts. Pour lui, l'économie ne fonctionne plus parce que l'impôt ne rentre plus : les cadeaux fiscaux ont ruiné l'Etat, pas l'euro.

 

Comme l'indique pourtant Jean-Pierre Chevallier, le déficit commercial français  atteint un rythme de 70 milliards d'euros par an. Alors que les cadeaux fiscaux sarkozystes n'ont, au pire, entraîné qu'une quinzaine de milliards d'euros de manque de recettes par an. Le rapport est de quatre à un. Même si l'on peut ajouter les cadeaux fiscaux de la gauche, on aura du mal à prouver que ces deux phénomènes sont du même ordre de grandeur.

 

Le plaidoyer européen de Généreux

Généreux oublie les défauts de l'euro, il lui faut cependant en plus expliquer l'intérêt positif de l'Union européenne. Il déploie alors une explication fiscale, puisque la fiscalité est, selon lui, au coeur de la crise.

Selon Généreux donc, une Union européenne unie, dans laquelle les nations n'auraient plus - très difficilement et de moins en moins - le dernier mot, comme par magie, en finirait avec les baisses d'impôts. Les Etats-Unis sont un état unitaire mais les baisses d'impôts sont depuis les années 80 une tendance lourde. L'unité européenne n'apporterait donc pas mécaniquement, comme le dit Généreux, des hausses d'impôts.

Je suis obligé de rejoindre Descartes (le blogueur) sur ce thème :  la gauche, PS comme Front de gauche, joue le consommateur contre le producteur :

 

"Si la "concurrence libre et non faussée" a pu s'imposer dans les années 1980 comme l'idéal économique, c'est parce qu'elle fait l'affaire des hordes de consommateurs mais ne sacrifiait qu'une partie des producteurs: ceux des industries de main d'oeuvre (métallurgie, textile...). Les classes moyennes ont cyniquement sacrifié la classe ouvrière pour maintenir et augmenter leur niveau de vie. Il n'y a qu'à voir la manière dont ces industries ont été restructurées pendant les deux septennats de François Mitterrand, par des gouvernements socialistes qui ont poussé les feux de l'Europe libérale tout en compatissant médiatiquement aux malheurs d'un prolétariat en plein désarroi."

On peut lui reprocher l'emploi ici de l'expression "classe moyenne", qui a déjà fait couler pas mal d'encre virtuelle sur un billet précédent. Ce sont en réalité les classes protégées qui jouent le jeu du libre échange écervelé. Il faudrait les définir plus précisément. Reste que la gauche, Mélenchon compris, ferme les yeux sur la nécessité de rééquilibrer le jeu des échanges commerciaux. Probablement par peur de paraître égoïste. En attendant, ce sont les grecs qui paient aujourd'hui le plus chèrement notre "générosité", et la France commence à sentir très fortement peser le coût de l'euro.

Dommage que Généreux ne fasse pas preuve de plus de lucidité sur cette histoire.

Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Publié dans : Politique
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Commentaires

Il y aurait des montagnes de choses à dire - à redire - sur ce billet. Sur la spéculatuion sur les monnaies, sur l'économie de l'offre,  ( " les hordes de consommateurs" ! ) et donc sur le déficit commercial, sur le rôle de l'europe, sur une économie toute entière vouée au court terme, sur la planification ( écologique) , sur la prise en compte - ou plutôt la non prise en compte des orientations stratégiques des economies des   trentes dernières années depuis l'abandon de l'étalon or, sur la place ( encore !) des classes moyennes... et j'en passe...Bref, un billet bâclé qui trahit les orientations profondes de son auteur? Mais quand on veut noyer son chien....

Commentaire n°1 posté par sam le 11/04/2012 à 09h26

Mais encore ? c'est quoi mes orientations profondes ?

Commentaire n°2 posté par edgar le 11/04/2012 à 10h23

@Edgar

Il est clair que parler de classe moyenne est une erreur. Il s'agit plutôt de s'interroger non sur le niveau de vie des populations qui défendent l'orientation vers le libre-échange, mais plutôt sur le secteur dans lesquel elles travaillent. La libéralisation des échanges a en fait coïncidé  avec l'avènement de la société du tertiaire. Ce sont les gains de productivité dans l'industrie et dans l'agriculture qui dans les années 60-70 ont mis le tertiaire en tête dans la part de l'emploi total. Or il est évident que les personnes travaillant dans le tertiaire, naturellement protégées de la concurence industrielle des pays en voie de développement, se sont mis en tête que le libre-échange c'est mieux pour elles. Ce qui en fait est un calcul à court terme, puisqu'à long terme même le secteur tertiaire finit par être touché par la destruction de l'emploi via la réduction de la demande intérieure solvable.

 

Je crois que l'acceptation du libre-échange vient de l'illusion macro-économique donnée par la productivité industrielle des années 60-70. On a oublié que l'importance d'un secteur économique n'est pas uniquement le résultat de son poids dans l'emploi direct. Même si l'agriculture ne représentait que 1% de l'économie mondiale sa disparition entrainerait celle de l'humanité. De la même manière que l'on ne mesure pas l'importance d'un organe au % du poids qu'il représente sinon on dirait que le coeur est moins important qu'une jambe, one ne représente pas le poids d'un secteur économique au % d'emploi qu'il représente. C'est pourtant très exactement ce que l'on a fait en France depuis 30 ans. On a mis le tertiaire en avant comme si le pays pouvait vivre sans industrie et sans agriculture. Ce n'est pas la classe moyenne qui est responsable, mais les français travaillant dans le secteur tertiaire, et ils sont extrêment nombreux.

Commentaire n°3 posté par yann le 11/04/2012 à 11h57

 Permettez-moi de revenir sur mes manies, peut-être pas si fausses que cela d'ailleurs.
        Les "classes moyennes" sont sensées être les traitres de comédie, de tragédie plutôt, qui ont causé tous les maux possibles et immaginable par leur égoîsme et leur aveuglement. On les oppose aux "pauvres ouvriers" qui subissent sans en pouvoir mais, les conséquences de l'aveugle méchanceté de ces "classes moyennes" qui les enfoncent sadiquement dans la misère.
        Ce tableau est stupide et, bien entendu, faux.
Tout d'abord, et c'est une évidence qui semble échapper aux comtempteurs des "classes moyennes", si celles-ci sont encore pour une part significative, électrices du PS, et des mélanchonniens, on peut relever que les "pauvres ouvriers" on choisi, dans une proportion apparemment plus forte encore, de confier leurs voix au FN. Là mystère : ce qui est traîtrise monstrueuse chez les premiers serait simple erreur excusable chez les second. Passant sur les niveaux de sotise comparés de ces deux orientation, je soulignerai simplement que les uns et les autres sont abusés par des politiciens, journalistes etc.... , autrement dit un système qui s'apparente chaque jour un peu plus aux pseudo-démocraties qu'étaient depuis toujours les pays anglo-saxons. Certes les français sont, à 95 % ou 99 % ?, coupables, coupable oui je le crois réellement, de ne pas avoir la force et le courage, le soir après la journée de travail de ceux qui en ont encore, de se plonger dans le journal de l'assemblée pour savoir ce que font réellement les gens qu'ils ont élus, de ne pas lire "Lancet" et autres journaux scientifique professionnels pour découvrir ce que valent les fantasmes des anti-nucléaires et écolos de tous poils, de ne pas compulser attentivement la Constitution de la République, et les traités de droit constitutionnel qui en font l'éxégèse, .... et j'en passe. Il est facile du haut de sa chaire universitaire de réclamer que les travailleurs, manuels ou pas d'ailleurs, entament une seconde journée après la pemière. Mais allons un peu plus avant.
        Soyons sérieux. C'est le rôle des partis de faire ce travail de déchifrage et de réflexio
n et d'en tirer des voies et des projets exprimés en termes clairs et compréhensibles devant les électeurs. Ils sont d'ailleurs payés pour cela par les contribuables. Il est clair que les partis de gauche ne font pas ce travail et qu'ils poursuivent d'autres buts que la justice sociale, pour faire ici simple, qui devrait être leur boussole. Et tout le problème est là. Chez les "classes moyennes" comme chez les "pauvres ouvriers".
        Si les partis de gauche, depuis plus d'un siècle, n'avaient eu en tête que cette justice chaque jour approchée un peu plus et les moyens d'y oeuvrer, comment expliquer leur échec radical  malgré le caractère écrasant de la majorité que représentent leurs mandants naturels ? De fait le philosophe avait bien vu qui soulignait que le "socialisme" devenait la religion nouvelle. Oui religion avec ses dogmes et ses "curés", ses fanatiques et ses rêves eschatologiques. Les partis de gauche donc poursuivent en réalité le rêve d'imposer leur idéologie, avant de songer à établir la justice avec des méthodes qui fonctionnent effectivement. De là une double dérive. Au PC, à l'est disait Mollet, les dogmatiques fanatiques qui s'imaginaient disposer d'une thermodynamique (ah la pédanterie allemande !!) de la vie socio-économique ont sacrifié leurs possibilités à leur inculture fanatique, et l'histoire les a balayés, pour autant qu'ils restent marxistes. Les "socialistes" dont la tête  dirigeante n'est que bourgeoisise depuis longtemps déjà ( mais qui lit encore "le Guépard" ?), ont conservé le mythe de la solidarité internationaliste des travailleurs, pour mieux cacher la disparition de la justice sociale comme objectif réel. Ce dogme, partagé par les marxistes, est faux, comme tous les dogmes qui ne peuvent recouvrir l'infinie variabilité des situations réelles, et parce que rien dans la vie des sociétés ne s'apparente à la régularité analysable de l'univers physique, parce qu'enfin une théorie des "sciences" humaine n'a valeur que de béquille empirique à confronter chaque jour à la réalité des faits.

        La gauche à trahit ses mandants et son rôle pour s'être accrochée à ce dogme, et à d'autres, et cette trahison arrange bien les classes possédantes, pas les "classes moyennes". C'est la même gauche dirigeante, et pour les MËMES RAISONS, qui est tombée en masse dans la collaboration avec l'allemagne nazie dans les années 30 (voir les ouvrages de M. Epstein), et qui aujourd'hui se félicite de l'europe allemande, celle-là même qui détruit nos moyens d'exister. Et nous retrouvons là M. Généreux. Pas la "trahison" des "classes moyennes", ce dogme creux d'une thermodynamique de littéraire, qui, par la hargne suicidaire qu'elle manifeste, a largement contribué à travers l'Europe au naufrage des gauches durant le XXme siècle. Au moins le site que vous mentionnez a-t-il la rigueur de souligner, par delà cette hargne suicidare hélas, le caractère surréaliste des propositions économiques de M. Mélanchon.
        Il faut au contraire parler de fidélité, dévoyée mais fidélité tout de même. C'est cette notion qui explique la persistance d'un vote PS chez ces "gens moyens". Débousolés par la trahison incomprise des appareils de gauche, le peuple de gauche reste largement fidèle à ses bases, la "préservation de l'appareil" étant tout ce qui reste de compréhensible face à une politique présentée partout comme incontournable.
        Pensez-vous amener les électeurs du PS ou les "mélanchonniens" à "digérér" des cours d'économie et des livres d'histoire en les traitant de salauds ?

Commentaire n°4 posté par DAELIII le 11/04/2012 à 12h51

Encore une fois je vais me faire le défenseur de "Descartes" dont le concept de classe moyenne n'est pas bien compris. Pour lui les classes moyennes ne sont pas un ensemble de personnes dont les revenus sont intermédiaires. Voici sa définition : 

Entre la bourgeoisie qui extrait de la plus-value et la classe ouvrière qui la fournit, on peut considérer que la "classe moyenne" est celle qui a suffisament de capital (matériel ou immatériel) pour ne pas fournir de la plus-value mais pas suffisamment pour en extraire à d'autres. Dans l'économie, ils sont plus les associés de leurs employeurs (avec qui ils partagent des intérêts) beaucoup plus que des exploités.

Entrent dans cette catégorie: la grande majorité des enseignants, des hauts-fonctionnaires (et une partie des moyens), les professions libérales, les artisans, les commerçants, les professions intellectuelles...

N'y entrent pas: les personnels d'exécution (qu'ils soient cadres, maîtrise, employés, ouvriers), les cadres à faible technicité (c'est à dire, n'ayant pas de compétences rares leur permettant de négocier en position de force leur position dans l'entreprise)..

 

Vous voyez donc que les classes moyennes dont ils parlent sont majoritairement des emplois tertiaires, des personnes protégées de la concurrence internationale et qui ont fait le jeu du libre échange pour augmenter leur pouvoir d'achat, ce fameux pouvoir d'achat qui est le leitmotiv de tous les parties politiques.

Le principal moteur des classes moyennes est leur crainte du déclassement. Elles font donc tout ce qui est en leur pouvoir pour casser l'ascenseur social. Comment casser l'ascenseur social ?  En s'attaquant à l'école entre autres. Comment casser l'école ? En expliquant comme Bourdieu que l'école est élitiste et qu'il faut éradiquer la culture "bourgeoise" de l'école. Mais bizarrement au fur et à mesure que le niveau de l'école baisse les enfants des classes populaires ne s'en sortent pas mieux pour autant. Il faut se souvenir qu'après mai 68, ce sont les enseignants qui ont cassé le prestige et l'autorité de leur fonction. 

Commentaire n°5 posté par Trubli le 11/04/2012 à 20h05

@edgar Je t'avais déjà dit que c'est Généreux qui a convaincu Mélenchon sur l'euro (et non le PCF comme tu le croyais). Mélenchon n'en a jamais fait mystère. Il avait même dit sur son blog que Généreux était sa boussole mais qu'il daignait quand même parlait avec Sapir qui lui est pour la sortie de l'euro. Pourquoi personne ne me croit quand je dis des trucs ?

Commentaire n°6 posté par fd le 11/04/2012 à 23h40

parce que le monde est méchant  ? 

 

désolé, j'avais oublié ! sans doute ai-je eu du mal à admettre que méluche n'ait pas eu l'idée de se faire une opinion perso ! par ailleurs c'est intéressant d'écouter généreux : très content de lui avec des oublis pourtant béants dans son discours, comme le premier Artus venu !

 

Commentaire n°7 posté par edgar le 12/04/2012 à 00h02

Tout d'abord, et c'est une évidence qui semble échapper aux comtempteurs des "classes moyennes", si celles-ci sont encore pour une part significative, électrices du PS, et des mélanchonniens, on peut relever que les "pauvres ouvriers" on choisi, dans une proportion apparemment plus forte encore, de confier leurs voix au FN. Là mystère : ce qui est traîtrise monstrueuse chez les premiers serait simple erreur excusable chez les second.

Aucun mystère: Les classes moyennes continuent à confier leurs voix à la gauche "libérale-libertaire" parce que leur expérience de trente ans montre que ce sont ses meilleurs défenseurs. Et les couches populaires votent FN parce que dans la mesure où aucune organisation politique ne prend soin de leurs problèmes, ils votent protestataire. Le FN a renforcé ce tropisme en reprenant une bonne partie des revindications qui faisaient partie du langage du PCF jusqu'il n'y a pas si longtemps (arrêt de l'immigration de travail, protectionnisme, sortie de l'Euro, etc.). Il n'y a donc ni "traîtrise", ni "erreur". On peut tout au plus reprocher aux classes moyennes leur cynisme lorsqu'elles s'apitoyent en permanence sur le sort des couches populaires tout en votant à chaque fois pour des politiques qui dégradent leur situation.

Passant sur les niveaux de sotise comparés de ces deux orientation, je soulignerai simplement que les uns et les autres sont abusés par des politiciens, journalistes etc....

Je ne sais pas ce qui vous fait dire qu'ils sont "abusés". Au contraire, j'ai l'impression que leur vote est finalement assez conforme à leurs intérêts...

Il est facile du haut de sa chaire universitaire de réclamer que les travailleurs, manuels ou pas d'ailleurs, entament une seconde journée après la pemière. Mais allons un peu plus avant. Soyons sérieux. C'est le rôle des partis de faire ce travail de déchifrage et de réflexion et d'en tirer des voies et des projets exprimés en termes clairs et compréhensibles devant les électeurs.

Sur ce point, par contre, je vous suis totalement.

Ils sont d'ailleurs payés pour cela par les contribuables. Il est clair que les partis de gauche ne font pas ce travail et qu'ils poursuivent d'autres buts que la justice sociale, pour faire ici simple, qui devrait être leur boussole.

Ne demandons pas trop. Un parti politique est là pour défendre les intérêts de ses membres d'abord, de ses mandants ensuite. On peut toujours proclamer qu'on est pour la "justice sociale", en fin de compte ce terme est toujours interprété à la lumière des intérêts qu'on défend. Le PCF de Georges Marchais, avec son vote et son corps militant majoritairement ouvrier, n'avait pas de la "justice sociale" la même idée que le PCF de Laurent et Buffet.

Et tout le problème est là. Chez les "classes moyennes" comme chez les "pauvres ouvriers".

L'ennui, c'est que "le problème" n'est pas tout à fait le même chez les "classes moyennes" que chez les "pauvres ouvriers". Tout simplement parce que les intérêts des uns et des autres ne sont pas les mêmes. Ils sont mêmes contradictoires: dans une économie à la croissance faible, l'ascenseur social ne peut pas monter plein et descendre à vide. Pour que les fils d'ouvrier puissent devenir ingénieur ou médecin, il faut bien que des fils d'ingénieur ou de médecin deviennent ouvriers...

La gauche à trahit ses mandants et son rôle pour s'être accrochée à ce dogme,

Pas du tout: la gauche mitterrandienne, par exemple, a réalisé le rêve de ses mandants (ie les classes moyennes). Leur rêve secret, s'entend. Pas celui qu'on proclame pour se donner bonne conscience. D'ailleurs, vous le voyez bien: l'évocation du nom de Mitterrand continue à être un bon argument éléctoral dans ces couches sociales, d'Hollande à Mélenchon.

et à d'autres, et cette trahison arrange bien les classes possédantes, pas les "classes moyennes".

A votre avis, quelles sont les couches sociales que l'arrêt de l'ascenseur social "arrange bien" ? Le fils d'ouvrier qui accéde aux études entre en concurrence avec qui, à votre avis ? Avec les fils des classes moyennes, ou avec les héritiers de Boygues, Lagardère ou l'Oréal ?

Il faut regarder les réalités en face. La conversion de la gauche au libéralisme n'est pas une "trahison". Et la meilleure preuve en est que cette soi-disante "trahison" n'a pas empêché la réélection de Mitterrand en 1988. Si la politique libérale des socialistes avait tellement déplu à ses "mandants", comment expliquer que ceux-ci aient continué à voter pour lui ? Comment expliquer qu'ils aient encore soutenu cette vision lors du vote de 1992 ?

Il faut au contraire parler de fidélité, dévoyée mais fidélité tout de même. C'est cette notion qui explique la persistance d'un vote PS chez ces "gens moyens".

Si l'on admettait votre explication, le vote PS devrait regulièrement diminuer, puisque même les "fidèles" finissent par mourir, et que les nouvelles générations n'ont aucune raison de rester "fidèles" à un discours qu'ils n'ont pas connu. Les vieux votent pour un PS libéral par fidélité à son discours de naguère, mais les jeunes votent pour lui en connaissance de cause. Or, ce n'est pas ça qu'on observe. La part du PS et de ses dépendances (MRG...) dans le vote total (entre 25 et 30% aux présidentielles) est remarquablement constante depuis trente ans. La théorie de la "fidélité" ne tient pas...

Débousolés par la trahison incomprise des appareils de gauche, le peuple de gauche reste largement fidèle à ses bases, la "préservation de l'appareil" étant tout ce qui reste de compréhensible face à une politique présentée partout comme incontournable.

Plus qu'à ses bases, le "peuple de gauche" est fidèle à ses intérêts. Si Hollande promet 60.000 fonctionnaires de plus à l'éducation nationale et pas dans la police, ce n'est pas seulement parce qu'il croit à l'éducation plutôt qu'à la repression. C'est surtout parce que les enseignants ne votent pas la même chose que les policiers.

Pensez-vous amener les électeurs du PS ou les "mélanchonniens" à "digérér" des cours d'économie et des livres d'histoire en les traitant de salauds ?

Pourquoi "salauds" ? Parce qu'ils ont servi leurs intérêst ? A ce compte, tout le monde est un salaud...

Commentaire n°8 posté par Descartes le 13/04/2012 à 18h48

L'analyse de "Descartes" est excellente en ce qui concerne les professions intellectuelles. Etant passé par l'université, l'état d'esprit qu'il décrit m'est très familier et je dois dire que je n'y suis pas à l'aise. Cela dit, je note que "Descartes" inclut dans sa définition des classes moyennes les commerçants et artisans, professions qui ne me semblent pas constituer des bastions du PS et du libre-échangisme...

Pour le reste, la montée en cour des classes moyennes dans le discours politico-médiatique, et la descente parallèle des ouvriers, est en effet très spectaculaire si l'on étudie l'histoire de France depuis la Libération (il fut un temps, tout de même, où "Le rassemblement ouvrier" était le titre d'un journal du R.P.F.!).

Elle n'est pas due uniquement à l'évolution des effectifs socioprofessionnels (après tout, les ouvriers représentent encore une part importante de l'électorat) mais, comme le souligne très justement Yann, à un changement de vision concernant l'avenir de la France.

La dégradation du système éducatif y est directement liée, et Elisabeth Altschull dit là-dessus des choses extrêmement intéressantes :

 

http://www.fondation-res-publica.org/Face-a-la-derive-pedagogiste-transmettre-et-innover_a136.html 

Commentaire n°9 posté par Paracoua le 15/04/2012 à 18h41

> Il faut se souvenir qu'après mai 68, ce sont les enseignants qui ont cassé le prestige et l'autorité de leur fonction.

29 000 étudiants en 1900, 78 000 en 1930, 137 000 en 1950, 500 000 à 600 000 en 1968 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_universités_françaises) : ces chiffres montrent bien la massification de l'enseignement, en particulier supérieur. Et donc la massification de la classe enseignante elle-même, ce qui va de pair avec une perte de prestige et une transformation de la façon d'enseigner (le mandarinat ex-cathedra, c'était vraiment mieux avant ?).

Commentaire n°10 posté par Grégoire de Tours le 19/04/2012 à 23h25

"la massification de la classe enseignante elle-même, ce qui va de pair avec une perte de prestige et une transformation de la façon d'enseigner"

 

je suis, bien sûr, pas du tout d'accord; c'est un argument trop simple qu'on nous ressort tout le temps. 

Autrefois l'enseignant était le hussard noir. Avec la victoire de libéral-libertarisme en mai 68, les enseignants, enfin une certaine frange ont voulu transformer leur profession en métier d'animation. On est passé de la transmission du savoir au pédagogisme à la Meirieu : l'enfant construit lui-même son savoir. Si l'enfant construit lui-même son savoir alors l'enseignant n'est plus qu'un assistant. Cette évolution le corps enseignant l'a fortement appuyé. Il ne faut donc pas que les enseignants viennent pleurnicher quand l'administration veut à présent les recructer sur petites annonces. L'administration ne fait que mener la logique à son terme. 

Un détail, les enseignants ont demandé la suppession de la blouse, un symbole de l'autorité que la nation leur déléguait. 

Commentaire n°11 posté par Trubli le 22/04/2012 à 22h10
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