10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 22:45

Un portrait des proches de Mélenchon ce matin dans Libé. Celui de Jacques Généreux note : "L’économiste antilibéral, enseignant à Sciences-Po, à Paris, et directeur de collection au Seuil, dit avoir déjà convaincu le candidat sur deux points «essentiels» : s’engager clairement dans un maintien de la France dans la zone euro ; et..."

 

C'est donc Généreux qui aurait entraîné Mélenchon dans son combat douteux pour l'euro (je ne reviens pas sur les commentaires du billet précédent, mais je ne suis pas le seul à relever qu'autant Mélenchon est très clair sur le domaine de la défense, autant sur l'euro il est flou).

Du coup, cette vidéo où Généreux parle économie devient intéressante, on est quasiment dans la médecine légale.


 



 

 

 

J'ai écouté un peu en diagonale, donc j'ai pu rater des étapes.

Mais, vers 50 minutes, Généreux explique que l'euro a cassé la spéculation sur les changes. Première approximation. L'euro a effectivement gelé la parité mark/drachme par exemple.

La spéculation ne se porte pas sur la parité mark/drachme (pour cause, elle n'existe plus), mais sur la probabilité comparée de défaut sur la dette allemande ou grecque.

Par ailleurs, comme Généreux ne le relève pas, l'inflation grecque (ou espagnole, italienne ou française, au choix) continuant à être supérieure à celle de l'Allemagne, la compétitivité de ces pays se dégrade d'année en année (cf. mon billet sur le bilan de l'euro).

Comme l'indique pourtant un blogueur financier, Jean-Pierre Chevallier, le déficit cumulé de la balance commerciale française depuis janvier 2003 est de  337 milliards d'euros (cf. son billet complet).

 

defcum.png

 

C'est le financement de ce déficit qui casse la croissance et entraîne la dette.

Généreux ne le voit pas car il impute la hausse de la dette à la baisse des impôts. Pour lui, l'économie ne fonctionne plus parce que l'impôt ne rentre plus : les cadeaux fiscaux ont ruiné l'Etat, pas l'euro.

 

Comme l'indique pourtant Jean-Pierre Chevallier, le déficit commercial français  atteint un rythme de 70 milliards d'euros par an. Alors que les cadeaux fiscaux sarkozystes n'ont, au pire, entraîné qu'une quinzaine de milliards d'euros de manque de recettes par an. Le rapport est de quatre à un. Même si l'on peut ajouter les cadeaux fiscaux de la gauche, on aura du mal à prouver que ces deux phénomènes sont du même ordre de grandeur.

 

Le plaidoyer européen de Généreux

Généreux oublie les défauts de l'euro, il lui faut cependant en plus expliquer l'intérêt positif de l'Union européenne. Il déploie alors une explication fiscale, puisque la fiscalité est, selon lui, au coeur de la crise.

Selon Généreux donc, une Union européenne unie, dans laquelle les nations n'auraient plus - très difficilement et de moins en moins - le dernier mot, comme par magie, en finirait avec les baisses d'impôts. Les Etats-Unis sont un état unitaire mais les baisses d'impôts sont depuis les années 80 une tendance lourde. L'unité européenne n'apporterait donc pas mécaniquement, comme le dit Généreux, des hausses d'impôts.

Je suis obligé de rejoindre Descartes (le blogueur) sur ce thème :  la gauche, PS comme Front de gauche, joue le consommateur contre le producteur :

 

"Si la "concurrence libre et non faussée" a pu s'imposer dans les années 1980 comme l'idéal économique, c'est parce qu'elle fait l'affaire des hordes de consommateurs mais ne sacrifiait qu'une partie des producteurs: ceux des industries de main d'oeuvre (métallurgie, textile...). Les classes moyennes ont cyniquement sacrifié la classe ouvrière pour maintenir et augmenter leur niveau de vie. Il n'y a qu'à voir la manière dont ces industries ont été restructurées pendant les deux septennats de François Mitterrand, par des gouvernements socialistes qui ont poussé les feux de l'Europe libérale tout en compatissant médiatiquement aux malheurs d'un prolétariat en plein désarroi."

On peut lui reprocher l'emploi ici de l'expression "classe moyenne", qui a déjà fait couler pas mal d'encre virtuelle sur un billet précédent. Ce sont en réalité les classes protégées qui jouent le jeu du libre échange écervelé. Il faudrait les définir plus précisément. Reste que la gauche, Mélenchon compris, ferme les yeux sur la nécessité de rééquilibrer le jeu des échanges commerciaux. Probablement par peur de paraître égoïste. En attendant, ce sont les grecs qui paient aujourd'hui le plus chèrement notre "générosité", et la France commence à sentir très fortement peser le coût de l'euro.

Dommage que Généreux ne fasse pas preuve de plus de lucidité sur cette histoire.

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Published by Edgar - dans Politique
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commentaires

edgar 12/04/2012


parce que le monde est méchant  ? 


 


désolé, j'avais oublié ! sans doute ai-je eu du mal à admettre que méluche n'ait pas eu l'idée de se faire une opinion perso ! par ailleurs c'est intéressant d'écouter généreux : très content de
lui avec des oublis pourtant béants dans son discours, comme le premier Artus venu !


 

Descartes 13/04/2012


Tout d'abord, et c'est une évidence qui semble échapper aux comtempteurs des "classes moyennes", si celles-ci sont encore pour une part significative, électrices du PS, et des mélanchonniens,
on peut relever que les "pauvres ouvriers" on choisi, dans une proportion apparemment plus forte encore, de confier leurs voix au FN. Là mystère : ce qui est traîtrise monstrueuse chez les
premiers serait simple erreur excusable chez les second.


Aucun mystère: Les classes moyennes continuent à confier leurs voix à la gauche "libérale-libertaire" parce que leur expérience de trente ans montre que ce sont ses meilleurs défenseurs. Et les
couches populaires votent FN parce que dans la mesure où aucune organisation politique ne prend soin de leurs problèmes, ils votent protestataire. Le FN a renforcé ce tropisme en reprenant une
bonne partie des revindications qui faisaient partie du langage du PCF jusqu'il n'y a pas si longtemps (arrêt de l'immigration de travail, protectionnisme, sortie de l'Euro, etc.). Il n'y a donc
ni "traîtrise", ni "erreur". On peut tout au plus reprocher aux classes moyennes leur cynisme lorsqu'elles s'apitoyent en permanence sur le sort des couches populaires tout en votant à chaque
fois pour des politiques qui dégradent leur situation.


Passant sur les niveaux de sotise comparés de ces deux orientation, je soulignerai simplement que les uns et les autres sont abusés par des politiciens, journalistes etc....


Je ne sais pas ce qui vous fait dire qu'ils sont "abusés". Au contraire, j'ai l'impression que leur vote est finalement assez conforme à leurs intérêts...


Il est facile du haut de sa chaire universitaire de réclamer que les travailleurs, manuels ou pas d'ailleurs, entament une seconde journée après la pemière. Mais allons un peu plus avant.
Soyons sérieux. C'est le rôle des partis de faire ce travail de déchifrage et de réflexion et d'en tirer des voies et des projets exprimés en termes clairs et compréhensibles devant les
électeurs.


Sur ce point, par contre, je vous suis totalement.


Ils sont d'ailleurs payés pour cela par les contribuables. Il est clair que les partis de gauche ne font pas ce travail et qu'ils poursuivent d'autres buts que la justice sociale, pour faire
ici simple, qui devrait être leur boussole.


Ne demandons pas trop. Un parti politique est là pour défendre les intérêts de ses membres d'abord, de ses mandants ensuite. On peut toujours proclamer qu'on est pour la "justice sociale", en fin
de compte ce terme est toujours interprété à la lumière des intérêts qu'on défend. Le PCF de Georges Marchais, avec son vote et son corps militant majoritairement ouvrier, n'avait pas de la
"justice sociale" la même idée que le PCF de Laurent et Buffet.


Et tout le problème est là. Chez les "classes moyennes" comme chez les "pauvres ouvriers".


L'ennui, c'est que "le problème" n'est pas tout à fait le même chez les "classes moyennes" que chez les "pauvres ouvriers". Tout simplement parce que les intérêts des uns et des autres ne sont
pas les mêmes. Ils sont mêmes contradictoires: dans une économie à la croissance faible, l'ascenseur social ne peut pas monter plein et descendre à vide. Pour que les fils d'ouvrier puissent
devenir ingénieur ou médecin, il faut bien que des fils d'ingénieur ou de médecin deviennent ouvriers...


La gauche à trahit ses mandants et son rôle pour s'être accrochée à ce dogme,


Pas du tout: la gauche mitterrandienne, par exemple, a réalisé le rêve de ses mandants (ie les classes moyennes). Leur rêve secret, s'entend. Pas celui qu'on proclame pour se donner bonne
conscience. D'ailleurs, vous le voyez bien: l'évocation du nom de Mitterrand continue à être un bon argument éléctoral dans ces couches sociales, d'Hollande à Mélenchon.


et à d'autres, et cette trahison arrange bien les classes possédantes, pas les "classes moyennes".


A votre avis, quelles sont les couches sociales que l'arrêt de l'ascenseur social "arrange bien" ? Le fils d'ouvrier qui accéde aux études entre en concurrence avec qui, à votre avis ? Avec les
fils des classes moyennes, ou avec les héritiers de Boygues, Lagardère ou l'Oréal ?


Il faut regarder les réalités en face. La conversion de la gauche au libéralisme n'est pas une "trahison". Et la meilleure preuve en est que cette soi-disante "trahison" n'a pas empêché la
réélection de Mitterrand en 1988. Si la politique libérale des socialistes avait tellement déplu à ses "mandants", comment expliquer que ceux-ci aient continué à voter pour lui ? Comment
expliquer qu'ils aient encore soutenu cette vision lors du vote de 1992 ?


Il faut au contraire parler de fidélité, dévoyée mais fidélité tout de même. C'est cette notion qui explique la persistance d'un vote PS chez ces "gens moyens".


Si l'on admettait votre explication, le vote PS devrait regulièrement diminuer, puisque même les "fidèles" finissent par mourir, et que les nouvelles générations n'ont aucune raison de rester
"fidèles" à un discours qu'ils n'ont pas connu. Les vieux votent pour un PS libéral par fidélité à son discours de naguère, mais les jeunes votent pour lui en connaissance de cause. Or, ce n'est
pas ça qu'on observe. La part du PS et de ses dépendances (MRG...) dans le vote total (entre 25 et 30% aux présidentielles) est remarquablement constante depuis trente ans. La théorie de la
"fidélité" ne tient pas...


Débousolés par la trahison incomprise des appareils de gauche, le peuple de gauche reste largement fidèle à ses bases, la "préservation de l'appareil" étant tout ce qui reste de
compréhensible face à une politique présentée partout comme incontournable.


Plus qu'à ses bases, le "peuple de gauche" est fidèle à ses intérêts. Si Hollande promet 60.000 fonctionnaires de plus à l'éducation nationale et pas dans la police, ce n'est pas seulement parce
qu'il croit à l'éducation plutôt qu'à la repression. C'est surtout parce que les enseignants ne votent pas la même chose que les policiers.


Pensez-vous amener les électeurs du PS ou les "mélanchonniens" à "digérér" des cours d'économie et des livres d'histoire en les traitant de salauds ?


Pourquoi "salauds" ? Parce qu'ils ont servi leurs intérêst ? A ce compte, tout le monde est un salaud...

Paracoua 15/04/2012


L'analyse de "Descartes" est excellente en ce qui concerne les professions intellectuelles. Etant passé par l'université, l'état d'esprit qu'il décrit m'est très familier et je dois dire
que je n'y suis pas à l'aise. Cela dit, je note que "Descartes" inclut dans sa définition des classes moyennes les commerçants et artisans, professions qui ne me semblent pas constituer des
bastions du PS et du libre-échangisme...


Pour le reste, la montée en cour des classes moyennes dans le discours politico-médiatique, et la descente parallèle des ouvriers, est en effet très spectaculaire si l'on étudie l'histoire de
France depuis la Libération (il fut un temps, tout de même, où "Le rassemblement ouvrier" était le titre d'un journal du R.P.F.!).


Elle n'est pas due uniquement à l'évolution des effectifs socioprofessionnels (après tout, les ouvriers représentent encore une part importante de l'électorat) mais, comme le souligne très
justement Yann, à un changement de vision concernant l'avenir de la France.


La dégradation du système éducatif y est directement liée, et Elisabeth Altschull dit là-dessus des choses extrêmement intéressantes :


 


http://www.fondation-res-publica.org/Face-a-la-derive-pedagogiste-transmettre-et-innover_a136.html 

Grégoire de Tours 19/04/2012


> Il faut se souvenir qu'après mai 68, ce sont les enseignants qui ont cassé le prestige et l'autorité de leur fonction.


29 000 étudiants en 1900, 78 000 en 1930, 137 000 en 1950, 500 000 à 600 000 en 1968 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_universités_françaises) : ces chiffres montrent bien la
massification de l'enseignement, en particulier supérieur. Et donc la massification de la classe enseignante elle-même, ce qui va de pair avec une perte de prestige et une transformation de la
façon d'enseigner (le mandarinat ex-cathedra, c'était vraiment mieux avant ?).

Trubli 22/04/2012


"la massification de la classe enseignante
elle-même, ce qui va de pair avec une perte de prestige et une transformation de la façon d'enseigner"


 


je suis, bien sûr, pas du tout d'accord; c'est un
argument trop simple qu'on nous ressort tout le temps. 


Autrefois l'enseignant était le hussard noir. Avec
la victoire de libéral-libertarisme en mai 68, les enseignants, enfin une certaine frange ont voulu transformer leur profession en métier d'animation. On est passé de la transmission du savoir au
pédagogisme à la Meirieu : l'enfant construit lui-même son savoir. Si l'enfant construit lui-même son savoir alors l'enseignant n'est plus qu'un assistant. Cette évolution le corps enseignant l'a
fortement appuyé. Il ne faut donc pas que les enseignants viennent pleurnicher quand l'administration veut à présent les recructer sur petites annonces. L'administration ne fait que mener la
logique à son terme. 


Un détail, les enseignants ont demandé la suppession
de la blouse, un symbole de l'autorité que la nation leur déléguait.