1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 22:39

J-5

A cinq jours de la présidentielle, quelques lignes.

Le temps me manque maintenant très souvent pour écrire, et ça ne s'arrangera probablement pas dans les semaines qui viennent (rien à voir avec la présidentielle !)

Le premier tour n'a même pas permis à François Asselineau, candidat qui avait ma préférence, de se présenter. Avec quelques 200 promesses de signatures qui se sont transformées en 17 signatures effectives, il était très loin du compte.

Voir son analyse du premier tour :

 

 

Du coup, j'ai voté Hollande au premier tour et m'apprête à faire de même au second.

Ca mérite probablement quelques explications. L'idée générale est la suivante : la seule ligne politique souhaitable - retrouver un espace démocratique en sortant de l'Union européenne - n'étant portée par un candidat, reste à faire un choix "réaliste", un deuxième choix. Et tant qu'à faire un deuxième choix, j'ai préféré faire celui qui a le plus de chance de nous débarrasser de Sarkozy.

Sarkozy est celui qui nous a fait avaler le Traité de Lisbonne - avec les voix socialistes, je ne l'oublie pas, mais aussi rentrer dans l'OTAN et, de façon générale, nous a fait "rentrer dans le rang". Il est surtout pour moi quelqu'un qui est aux affaires depuis si longtemps qu'une alternance sera salutaire. D'un point de vue libéral, pas toujours méprisable, il n'est pas sain qu'un seul camp s'installe trop durablement au pouvoir.

Les autres candidats n'ont pas été toujours méprisables.

Mélenchon a dit des choses fortes, défendu des valeurs de belle manière. De mon point de vue, il n'est pas arrivé à en retirer un programme convaincant - sauf peut-être en matière de défense, en proposant de sortir de l'OTAN, cf. son entretien au Cercle républicain. En économie, traiter les partisans d'une sortie de l'euro de maréchalistes est une injure grave, à la fois parce qu'elle me touche directement (je m'en remettrai), mais surtout parce qu'elle invite les électeurs à aller chercher partout ailleurs les raisons de la crise, sauf là où elles sont réellement (je n'accorde guère plus de poids aux invectives de Mélenchon/Généreux contre les banquiers qu'à celles du camp Le Pen envers la viande hallal : dans les deux cas, on est dans la magie).

Dupont-Aignan est sympathique, mais j'ai eu du mal à trouver crédible qu'il découvre, une semaine avant le premier tour, que l'article 50 permettant de sortir de l'Union européenne était finalement une bonne solution.

A dire le vrai, Marine le Pen a eu, un moment, un positionnement intéressant, façon chevènementiste. Sur l'euro et la défense des services publics, elle a eu des positions fort justes - pas éloignées de celles d'un Montebourg, comme l'ont fait remarquer quelques journalistes à ce dernier. Son père, à grand coup de citations de Brasillach, a vite fait de rappeler que le FN reste un parti pas clair. Elle-même a semblé sur la fin, vouloir revenir à des thèmes anecdotiques, renonçant à la sortie de l'euro et entamant un combat contre la viande hallal.

Je note au passage que, comme le Figaro a promu mélenchon de toutes ses forces, le Monde a complaisamment relayé les positions de Marine le Pen, y compris avec une page où figurait une photo de la candidate très romantique.

 

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Bayrou enfin, a fait de la figuration pendant cette campagne où il s'était rendu inutile. En enfourchant le cheval des économies budgétaires, il est en effet devenu redondant par rapport à tous les candidats qui avaient choisi de rester dans l'Union européenne : la règle des 3% s'imposera à tous. Je l'ai entendu un matin sur France Inter expliquer comment, pour faire des économies, il allait informatiser le dossier médical. Manque de bol, les électeurs ne sont pas appelés à élire un consultant en cost cutting du Boston Consulting Group ou autre cabinet de conseil...

Reste maintenant à souhaiter la victoire de Hollande. Non pas que je croie qu'il va changer fondamentalement la situation de délitement dans laquelle nous sommes. Il sera très probablement happé par la machine européenne - j'avais consacré un long billet à ce sujet. J'ai quand même noté qu'il semble bien avoir opté pour une renégociation du traité européen signé par Sarkozy et Merkel, signe peut-être d'une volonté de durcir le ton.

Je sais que François Asselineau, président de l'UPR, appelle à l'abstention. J'ai trop de mal à m'y résoudre et ne souhaite pas en reprendre pour cinq années de sarkozysme, surtout avec l'évolution du sarkozysme ces quelques derniers jours... Par ailleurs, si Hollande échoue, comme c'est malheureusement probable, du fait de l'enlisement européen, l'électeur sera peut-être enfin convaincu que le problème n'est pas la gestion de la crise européenne par Sarkozy qui est en cause, c'est bien l'Union européenne elle-même.

 

Post scriptum :

Sur Mélenchon, je comprends le point de vue de Fred Delorca : " Mélenchon aura réussi une belle expérience alchimique. Il a composé une union de la gauche anti-libérale qui a plus de souffle que son homologue espagnole (que je connais bien) parce qu'elle puise aux racines d'une tradition républicaine révolutionnaire qui parle encore beaucoup aux Français (cf la thématique de la VIe République et son bonnet phrygien). Cela donne au mélange écologie-socialisme-république une consistance intéressante, avec des ouvertures sur la démocratie directe. Un effet de contagion sur l'Allemagne via Die Linke peut accentuer la crédibilité de son discours européen, à condition que les deux partis puissent coordonner une option d'Europe alternative crédible. A défaut de ce prolongement allemand, le FdG sera sans doute conduit - les crises de l'euro et la récession aidant - à se rapprocher du M'PEP. Pour le moment on est à la croisée des chemins."

Dans un sens plus pessimiste sur l'avenir de Mélenchon, le point de vue de Descartes le blogueur, qui a l'air bon connaisseur du PC. Descartes reproche à Méluche d'avoir cédé aux facilités du gauchisme, et pense que le PC va se défaire de son candidat d'un moment.


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Published by Edgar - dans Politique
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commentaires

Descartes 08/05/2012


Mon cher Delorca, permets moi de te répondre. Sur le PCF, tu recommandes à Edgar de ne pas trop prendre en compte mes commentaires, en notant que:


Descartes ne connaît du PCF que ses semblables, c'est à dire l'aile réac, qui est loin d'être l'ensemble du PC. Aujourd'hui le PC est une nébuleuse, bien malin qui peut en connaître toutes
les galaxies. J'aurais bien des choses à raconter sur son compte d'après ce que j'en vois ici et là - en Ile de France et dans la basse vallée de la Seine où il est encore bien implanté. Je ne
vois pas pourquoi le PC liquiderait un candidat (Mélenchon) qui lui a fait gagner des élus (aux cantonales) alors que lui même n'a aucun candidat d'envergure nationale à présenter.


Je ne comprends pas trop pourquoi tu signales ma méconnaissance du PCF - en dehors de mes "semblables", et pourquoi pas mes "congenères" puisque tu y est ? - pour ensuite dire exactement ce que
je me tue à dire depuis longtemps. A savoir, que le PCF n'a plus de cohérence nationale, qu'il est devenu une galaxie de groupuscules - en général autour de tel ou tel "notable" local - qui
chacun poursuit ses propres buts. Il ne reste pas moins qu'il reste un appareil et une direction nationale qui cherchent à protéger leurs propres intérêts. La stratégie du Front de Gauche n'a pas
été pour le PCF un succès électoral: les rares gains de conseillers généraux ne couvrent - et de loin - les pertes de conseillers régionaux et de députés européens. Il est certain que la
direction du PCF ne "liquidera" pas Mélenchon pour le simple plaisir de le faire. Mais si c'est le prix de l'ententente avec le PS pour rentrer au gouvernement, je ne doute pas un instant de
l'issue...

Tythan 10/05/2012


@ Edgar


J'avoue être tombé de ma chaise en lisant ce billet: mais comment un blogueur profondément europhobe a-t-il pu se laisser aller à voter François Hollande dès le premier tour de l'élection
présidentielle? A la limite, le vote blanc ou l'abstention, je peux comprendre, mais là... D'autant qu'à aucun moment de la campagne Jean-Luc Mélenchon n'a semblé près de ravir la place de
François Hollande (qui ne s'est retrouvé que brièvement derrière N Sarkozy dans les sondages).


Même si je n'ai sans doute pas vu toutes les discussions qui t'ont opposé à des militants de DLR, il ne me semble pas avoir vu que tu te sois fais traité "d'hystérique" pour vouloir sortir de
l'UE. Ce que moi-même ou bien Laurent Pinsolle avons pu te reprocher, y compris de manière vive, c'est de prétendre que Nicolas Dupont-Aignan ne serait pas "clair", ce qui est à mon
sens une affirmation totalement fausse en plus d'être désobligeante.


Tu le répètes encore aujourd'hui. Mais quand vas-tu enfin expliquer (de manière rationnelle s'entend) cette position que personnellement je n'arrive pas à comprendre?


Encore une fois, Nicolas Dupont-Aignan a une position extrêmement claire depuis le début et qui n'a pas bougé: critiquant radicalement la construction européenne actuelle, il souhaite construire
une Europe confédérale, et pour ce faire renégocier totalement les traités (qu'il faille les quitter ou non est, dans cette optique, une question totalement secondaire). Et cela ne date pas
d'hier: en 2004 déjà, l'ouvrage de Nicolas Dupont-Aignan sur le TCE s'intitulait "J'aime l'Europe, je vote non". Que tu ne sois pas d'accord avec le projet de reconstruction de l'Europe de
DLR ne devrait pas, à mon sens, t'empêcher que tu le rejoins dans sa critique des institutions et du fonctionnement de l'UE.

Tythan 10/05/2012


@ Delorca


Je n'avais pas vu votre invitation aux membres de l'UPR à essayer de faire de l'entrisme au sein de DLR. DLR est bien entendu un parti extrêmement ouvert, rassemblant des personnalités d'origine
politique extrêmement diverses. Mais il m'apparaît clairement que les militants de l'UPR n'y ont pas leur place, en raison d'une divergence de fond: les partisans de l'UPR souhaitent quitter
unilatéralement l'UE et se libérer de toute organisation supra-nationale, ce qui n'est pas du tout notre cas. En un mot, l'UPR est europhobe tandis que DLR est eurosceptique. Pour respectables
que soient les opinions des militants de l'UPR, elles ne me paraissent pas solubles au sein de notre parti.


Quand bien même chercheraient-ils à faire de l'entrisme malgré ces divergences que cela serait totalement inefficace: nous avons beau être un petit parti, notre ligne politique n'est pas, il faut
bien avoir le sens des réalités, déterminée par les militants. Même si Nicolas Dupont-Aignan et les dirigeants sont à l'écoute, en définitive, c'est lui qui tranche. Et il n'y a, pour bien le
connaître, absolument aucune chance pour qu'il cède sur ce point: DLR ne sera jamais un mouvement europhobe, en ce sens qu'il souhaitera toujours conserver des liens privilégiés, de coopération
avec ses voisins européens.

edgar 10/05/2012


Tythan : je ne suis peut-être pas europhobe au point de ne pas d'abord vouloir mettre sarko dehors, c'est tout. et il m'a semblé que le vote hollande était le moyen le plus direct.


je ne suis pas non plus europhobe du tout. l'union européenne ne sert à rien selon moi, je ne peux cependant pas lui en vouloir. l'europe est un continent, pas une opinion. c'est bien trop prêter
à l'UE que d'imaginer qu'on devient europhobe en constatant son vide abyssal.


pour ce qui est de NDA, vous me confirmez dans l'idée que ses positions ne sont pas claires. une semaine avant le scrutin il découvre l'article 50, mais vous m'expliquez maintenant qu'il est
juste eurosceptique. un eurosceptique ne fait pas jouer l'article 50.


par ailleurs et enfin, j'aime l'europe, je vote non est la formule typique attrape-tout, de type "pour la relance dans la stabilité" ou autre formulation tendant à donner à chacun ce qu'il a
envie d'entendre. Il n'est pas le seul à pratiquer cela mais il concourt avec d'autres. 


 

Tythan 11/05/2012


Cette focalisation sur Nicolas Sarkozy, dont le personnage n'était effectivement pas sympathique m'étonnera toujours... J'ai l'impression que beaucoup ont cédé à l'anti-sarkozysme primaire qui a
probablement été aussi ridicule que le sarkozysme... Enfin bon, de toute façon, c'est de l'histoire ancienne désormais, on ne va épiloguer cent sept ans sur cette non question.


 


Tu n'as visiblement jamais compris le message de Nicolas Dupont-Aignan. Comment peux-tu écrire que tu découvrirais aujourd'hui qu'il est "juste eurosceptique". Il n'y a jamais eu aucun doute
là-dessus, et je te mets au défi de trouver une déclaration n'allant pas dans ce sens.


 


Je crois qu'une partie de l'incompréhension vient d'un problème de vocabulaire: l'europhobie, ce n'est pas l'hostilité au continent européen mais bien l'hostilité radicale à toute
construction européenne, ce qui est bien, si j'ai bien compris, ton cas. L'Euroscepticisme, dont les adversaires n'ont de cesse de caricaturer en europhobie, c'est l'hostilité à la construction
européenne actuelle, associée à la volonté d'une construction européenne plus respectueuse des peuples et des souverainetés nationales.


 


Encore une fois, Edgar, tu n'expliques à aucun moment en quoi Nicolas Dupont-Aignan ne serait pas clair (et là pour le coup, c'est ta position qui est extrêmement confuse). Je le repète une
nouvelle fois: en quoi Nicolas Dupont-Aignan ne serait-il pas clair?


 


Il n'a pas découvert l'article 50 (qui, encore une fois, est un article qui n'apporte quasiment rien, ne règlant que la seule question du délai). La question de la sortie ou non de l'UE afin
d'appliquer le programme de NDA est un sujet absolument secondaire qui a d'autant moins d'importance que nos idées ne sont pas aujourd'hui, loin s'en faut, majoritaire. Malheureusement, plutôt
que de se battre afin de les faire prévaloir, les critiques de la construction européenne actuelle en sont encore, à ton exemple, à se livrer un combat aussi absurde que dérisoire!