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Dimanche 10 juin 2012 7 10 /06 /Juin /2012 21:55

Au risque de paraître ravi d'occuper une position totalement isolée, je vois mal en quoi la crise actuelle serait une crise financière.

Les avis ne manquent pas pour condamner la finance, l'ennemi personnel de François Hollande.

Ainsi de Myret Zaki, dont plusieurs personnes m'ont signalé une conférence où elle fait peser la responsabilité de la crise sur la finance anglo-saxonne, accusée de vouloir saboter la gentille Europe.

Pour écarter cette explication, j'ai essayé de décrire ci-dessous la façon dont je m'explique la crise.

 

1. Une volonté d'enrichissement sans limite de la part d'une classe mondiale

Une élite mondiale s'est constituée, bien décrite par Zygmunt Bauman. Elle voit toute règle nationale comme un obstacle à son épanouissement. Elle oublie que les règles nationales ont permis le plus souvent la lente accumulation de richesse que l'élite s'applique à piller par de rapides raids successifs.

Bauman : "N'oublions pas, enfin, l'avantage exceptionnel dont bénéficie l'élite mondiale quand elle a affaire aux gardiens de l'ordre : les ordres en question sont locaux, alors que l'élite et ses lois, les lois du marché, sont translocales. Si les gardiens de l'ordre local se montrent trop pressants et désagréables, il reste la possibilité de faire appel aux lois globales pour changer les concepts locaux et les régles locales. Et, bien sûr, si les choses deviennent embarassantes à l'échelon local, il est toujours possible de décamper ; être "globale" pour l'élite, c'est être mobile, et la mobilité, c'est la possibilité de s'échapper, de s'évader. On trouve toujours des endroits où les gardiens de l'ordre sont désireux et même heureux de détourner les yeux en cas de conflit".

 

2. Le coeur de l'élite mondiale est aux Etats-Unis

Depuis la deuxième guerre mondiale, et même si ce leadership leur est contesté, les Etats-Unis organisent le monde. La mondialisation est le nom du projet qui doit leur permettre d'accéder à l'ensemble des ressources de la planète.

 

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3. Le programme mondialisation n'est pas idiot

Pas de complotisme. Les Etats-Unis ne sont pas des vampires étanchant une soif de sang. Ils sont prêts à "organiser le monde", c'est à dire à en partager les richesses après avoir prélevé leur part - et à condition que leur capacité à régler les problèmes ultimement par la force, si nécessaire, ne soit jamais contestée. Ils ne sont pas prêts en revanche à participer à une mondialisation égalitaire. Cf. une citation de Slavoj Zizek dans Que veut l'Europe, sur l'opposition entre un universalisme français et ce qu'il appelle le globalisme américain.


4. le programme mondialisation est mené trop vite

L'idée d'un monde uni par un ensemble de règles organisé et universel n'est pas un repoussoir, c'est une grande idée. C'est cependant une idée qui demande à être acceptée par ceux à qui elle doit s'appliquer.

On trouve un exemple parmi des centaines de l'hubris américaine à travers un article récent - et quelque peu surréaliste - du Peterson Institute. L'auteur y explique que la crise de l'euro est un instrument destiné à édifier un état européen plus fort.

Il faut lire l'article entier, mais l'auteur s'exclame, pour justifier les prochains abandons de souveraineté qui vont nous être imposés : "les cheerokees et les tibétains ont-il jamais eu droit à référendum ?".

De la même façon, dans le domaine économique et social, les USA font table rase de ce qui existe en dehors de chez eux, quand ils le peuvent, sans se soucier de l'insécurisation extrême qu'ils créent.

 

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5. L'Union européenne est un pion américain dans le programme de mondialisation

Certains partisans de l'Union européenne, dont une part est même sincère, souhaitent que l'Union soit un jour un état autonome rééquilibrant les rapports de force internationaux, menant donc à une mondialisation respectueuse.

C'est fort louable et j'ai fait partie de ces gens là. La moindre des choses est cependant de constater que rien ne montre que l'Union ait joué, en aucune façon, un tel rôle modérateur. Elle plie toujours face aux Etats-Unis, sur tous les sujets importants.

D'ailleurs un grand nombre de partisans de l'Union sont conscients de cet état de choses et l'assument à tel point qu'ils prônent une "Union occidentale entre l'Europe et les Etats-Unis" (titre d'un livre d'Edouard balladur publié en 2007).


6. La crise actuelle n'est qu'une illustration de ce trop, trop vite imposé par la classe mondiale

L'euro ne fonctionne pas pour les raisons que j'ai décrites ici.

Milton Friedman en 2002 : «La monnaie unique va imploser dans les 5 à 15 prochaines années. Non seulement l’euro ne fonctionnera pas, mais il sera également «l’ennemi de la démocratie ». L’euro ne remplacera jamais le dollar et sera toujours une illusion technocratique. Pourquoi? Parce que les travailleurs européens ne sont pas assez mobiles, qu’il y a trop de blocages économiques et que les nombreuses différences culturelles entre les pays européens sont insurmontables. Un jour, l’adoption de cette monnaie «contre nature» coûtera cher aux pays européens». (http://www.centralbanking.com/central-banking/opinion/1428941/interview-milton-friedman)

Nous sommes aujourd'hui dans cette phase d'implosion décrite par Friedman. Ce n'est pas la fin du monde. Juste celle d'un projet mal conçu, imposé de façon subreptice dans la panique de la réunification allemande.

 

7. Il y a une différence de nature entre les déficits des balances courantes américain et les déficits des états en crise de l'eurozone

Il y a des éléments spécifiquement européens à la crise, qui distinguent ce que nous vivons d'une crise mondiale de la finance.

Les Etats-Unis émettent la monnaie de réserve internationale. Tant que le yuan ne remplace pas le dollar, la demande mondiale du billet vert est quasiment illimitée : les déficits américains sont toujours financés. C'est même la conclusion du paradoxe de Triffin : les déficits américains sont nécessaires pour pouvoir fournir au reste du monde suffisamment de l'instrument de paiement universel qu'est le dollar, et de son substitut qu'est le bon du trésor américain.

Le fait est que personne n'a besoin de bons du trésor espagnol, italien, grec ou irlandais, qui ne sont pas substituts de l'euro (chacun étant garanti par un état différent, contrairement aux USA), l'euro n'étant pas, qui plus est, la devise internationale. La faculté d'accumuler des déficits commerciaux est bien moindre en Europe qu'aux Etats-Unis.

Nombre d'économistes européens ont cependant vécu avec l'idée que les déficits de balance commerciale ne comptaient pas, sans se souvenir qu'un tel point de vue est vrai pour un économiste américain, pas pour un européen.

 

8. Qu'est-ce que le déficit de la balance commerciale ?

La balance commerciale c'est la somme de tous les échanges commerciaux des entités d'un pays (entreprises, banques, particuliers, état) avec l'extérieur.

Quand cette balance commerciale est durablement négative cela signifie que le pays globalement s'endette à l'égard de l'extérieur. Les achats de biens ont été financés par des reconnaissances de dette qui peuvent être privées (dettes bancaires ou autres) ou publiques (bons du trésor).

C'est à ce moment là que la crise, ou ce qui en constitue les prémisses, devient une crise financière. Lorsqu'un achat de bien à l'étranger est réglé par l'émission d'une reconnaissance de dette au lieu d'un règlement cash.

Ce n'est que par imitation mécaniste des positions américaines que l'on a pu oublier l'importance d'avoir, sur moyenne période, une balance commerciale équilibrée. On peut également noter que le privilège des Etats-Unis est certes contesté, peut-être pas éternel, mais que, pour le moment il tient. C'est même le principal crime de l'Union européenne : ne pas avoir imposé l'euro comme alternative au dollar ou, au minimum, comme aiguillon pour la constitution d'une monnaie de réserve internationale. En 2009, l'UE a rejeté prestement la perche tendue par la Chine à ce sujet (et Myret Zaki ne veut pas voir ce point, ce qui lui permet de rêver que l'Union européenne menace réellement l'hégémonie américaine).


9. Les déséquilibres commerciaux fondent les déséquibres financiers

Les banques espagnoles vont être recapitalisées de 100 milliards d'euros. C'est beaucoup et, en effet, on peut, lisant ces chiffres, dénoncer une crise financière, et hurler haro sur les banquiers.

Il reste que l'Espagne a accumulé, de 2000 à 2010, plus de 600 milliards d'euros de déficit commerciaux. Le système financier a permis de ne pas voir cela pendant dix ans. Si je ne craignais pas d'en rajouter dans la provocation j'écrirais presque que c'est une belle performance... Je dois préciser au passage que je ne suis pas banquier.

Nous sommes tellement déshabitués à penser que les déficits commerciaux ont de l'importance que l'on ne sait pas appeler la crise actuelle par son vrai nom : une crise commerciale avant tout.


10. Les coupables c'est nous, pas les banques

Comme le dit si bien Lordon, sans en tirer les conséquences jusqu'au bout :

"L’interpénétration, jusqu’à la confusion complète, des élites politiques, administratives, financières, parfois médiatiques, a atteint un degré tel que la circulation de tous ces gens d’une sphère à l’autre, d’une position à l’autre, homogénéise complètement, à quelques différences secondes près, la vision du monde partagée par ce bloc indistinct."

Pas de raison donc d'isoler la finance du reste des élites.

Le fonctionnaire français qui bénéficie d'un euro surévalué et achète donc son Ipad 30% de moins que son prix normal est directement responsable de la dette et de la crise de l'euro. Il tue les concurrents français potentiels (ou réels : Archos) et contribue à défaire le tissu économique local, réduisant ainsi à terme les recettes fiscales et accroissant la dette publique.

Même chose pour l'industriel italien qui se fournit en Chine parce que l'euro fort rend cela encore plus compétitif. En cessant de commander en Italie il ruine ses fournisseurs habituels qui, eux aussi, laisseront une ardoise en faisant faillite sans pouvoir rembourser leurs emprunts en cours. Et cesseront de payer des impôts.

Les banquiers voient bien cette lente attrition des économies européennes. Ils préfèrent éviter de prêter à une zone où les perspectives de croissance s'amenuisent chaque jour et qui se suicide à petit feu. Peut-on leur en vouloir ?

Pour revenir à Myret Zaki, par qui j'avais commencé, on est assez loin, dans la crise de l'euro actuel, d'un complot qui aurait démarré à New York, dans un restaurant, entre cinq banquiers - même si cette explication est nettement plus cinématographique.


11. L'audit de la dette relève, dans ce cadre, de la danse de la pluie

Le mécanisme qui correspond à l'explosion de la dette est donc facilement cernable : on ne peut conduire un pays avec une dette commerciale permanente, sauf quand on dispose de la monnaie de réserve. Un déficit commercial permanent est une source d'endettement public et privé.

Les partisans d'un audit de la dette laissent accroire que, quelque part, on pourrait distinguer une bonne dette d'une mauvaise. Cela fait pourtant vingt ans que les états européens qui ont renoncé à l'équilibre commercial plaident pour distinguer un bon déficit (conjoncturel) et un mauvais (structurel), sans grand succès.

L'exercice est intéressant analytiquement mais n'a aucune portée.

La dette n'est pas née d'un complot des banquiers. Elle est née de la nécessité de financer des déficits commerciaux sans cesse croissants.

Il est important d'effacer la dette passée, non pas parce qu'elle serait illégitime au départ, mais parce qu'elle le devient par son ampleur. On ne peut prétendre asservir les générations futures au service d'une dette dont le poids même rend impossible le remboursement. Il faudra un défaut partiel accompagné éventuellement d'un retour de l'inflation. Il faudra aussi peut-être un financement des déficits publics directement par les banques centrales nationales redevenues libres. Mais ces moyens sont nécessaires non pas parce que la dette serait illégitime dans son origine. Ce qui est illégitime c'est d'accumuler des déficits commerciaux. Mais il est nettement plus facile d'accabler les banquiers que de condamner les déficits commerciaux.

(Nota bene : je ne dis pas que la finance moderne est sans excès. J'avais discuté longuement un texte de Frédéric Lordon, et je souscris entièrement à la position d'Olivier Berruyer sur le trading à haute fréquence. mais on  ne trouvera pas le trading haute fréquence à l'origine de la crise. Les instruments financiers tordus et les banquiers spéculateurs accroissent la crise et son coût, ils n'en sont pas la cause.)

 

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12. Un internationalisme d'affichage

Il est facile de taper sur les banquiers. Ils se sont certes honteusmeent enrichis dans les dernières années.

Normal après tout : l'endettement se généralise grâce aux déficits commerciaux, la demande de crédit monte et les banquiers en profitent. On note d'ailleurs que, en Chine comme en Allemagne, on entend moins parler d'excès de la finance. Ces pays ont conservé des excédents commerciaux, profitant de la naïveté de leurs partenaires, et ce sont des industriels qui y accumulent les premières fortunes. Les banquiers règnent dans des pays qui vivent à crédit, à commencer par les Etats-Unis.

Il est aussi préférable de taper sur les banquiers plutôt que sur la volonté de construire trop vite une mondialisation sur un modèle unique, ça prend l'opinion de gauche peu réféléchie à rebrousse-poil.

En effet, le socialisme se veut internationaliste, universel. La mondialisation s'est construite sur un affaissement des règles étatiques qui, de loin, peut apparaître comme une internationalisation - en oubliant la prédominance américaine par exemple.

Un Antonio Negri, à gauche, est l'exemple même (auquel Lordon fait allusion sans le nommer dans son texte précité) des internationalistes qui pensent qu'il faut laisser faire "l'empire", car une fois le monde uni, même sous une bannière capitaliste, la "multitude" saura subvertir l'espace ainsi construit pour y édifier un monde meilleur.

Le même raisonnement est très présent chez les partisans de l'Union européenne renforcée : l'édification européenne vaut bien d'y sacrifier une ou deux générations.

Je n'ai rien à opposer à de tels paris, si ce n'est une solide volonté d'être classique. Je ne crois ni à la ruse de la raison hégelienne (façon Negri) ni à la nécessité, pour être efficace, de se passer de l'assentiment des masses (façon Peterson Institute et partisans de l'UE).

*

Le lecteur pardonnera ces 12 points lapidaires, qui décrivent ma vision du monde de façon trés décousue. Il ne s'agit, pour moi, que de relativiser nombre de débats qui émeuvent, de façon souvent attristante, une bonne partie de la gauche dite alternative (et pour le combat contre la Phynance, y compris l'Elysée si j'ai bien compris).

Le véritable combat, à mon sens, est celui de la préservation des espaces publics démocratiques, c'est à dire des lieux où l'on dispose à la fois d'un espace de discussion et des moyens de s'appliquer à soi-même des décisions. Ce qui a achevé de détruire l'espace public national c'est l'endettement facilité par l'euro. L'Union européenne n'est pas, à l'échelle d'une ou deux générations, un espace public démocratique. Il n'y a pas d'espace de discussion européen faute d'opinion européenne, et pas de pouvoir européen pour la même raison. Il ne faut pas déstabiliser les espaces démocratiques nationaux encore un peu plus, au bénéfice d'un instrument qui n'a rien de démocratique. C'est pourtant ce que l'on s'apprête à faire au nom de la "sauvegarde de l'euro".

Toute la gauche alter qui poursuit des chimères comme la décroissance, l'audit de la dette et autres problèmes intéressants mais pas fondamentaux, permet la poursuite du mouvement de déconstruction des démocraties mené par le couple formé par les Etats-Unis et les institutions européennes. Raison de plus pour ne pas se tromper sur l'origine de la crise actuelle.

 

 

Post scriptum :

Un texte de Frédéric Lordon est signalé par Olivier Berruyer. il est effectivement intéressant (et long). Lordon reste centré sur les méfaits de la finance. Mais il est en réalité plus oecuménique dans ses explications.

Ainsi lorsqu'il écrit : "Le fait générateur est bien la crise de la finance privée, déclenchée aux États-Unis, expression d’ailleurs typique des contradictions de ce qu’on pourrait appeler, pour faire simple, le capitalisme de basse pression salariale, dans lequel la double contrainte de la rentabilité actionnariale et de la concurrence libre-échangiste voue la rémunération du travail à une compression continue et ne laisse d’autre solution à la solvabilisation de la demande finale que le surendettement des ménages."

C'est bien la concurrence libre-échangiste et le culte de la rentabilité qui fondent la crise financière privée, laquelle "exprime" ces deux phénomènes. Lordon rejoint l'analyse, au fond plus exacte, de Todd.

 


 


 


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Commentaires

Il ne faut pas oublier que les élites dont il est fait état ici ont aussi des banques à leur disposition, sinon leur pouvoir serait quasi nul !

Vous pouvez lire ici un article qui traite de leur action, meurtrière (?) sur les Etats-Nations !

Commentaire n°1 posté par Achille Tendon le 11/06/2012 à 05h45

Le noeud de l'histoire, et de la crise, est bien, comme vous le dites le rôle de la monnaie de réserve. Qui peut se permettre de financer l'économie mondiale sur la base de son déficit ( commercial )
On en revient donc à la question centrale de la création monétaire. Qui crée, et comment, la monnaie nécessaire au financement de l'accroissement ( ou de la baisse ) de l'activité économique ?
Roosevelt n'avait-il pas une petite idée là-dessus ?

Commentaire n°2 posté par oncle sam le 11/06/2012 à 14h13

achille : il n'est pas bon d'avoir des méga banques. mais ce ne sont pas les banques qui ont créé les méga dettes publiques d'aujourd'hui. 

oncle sam : je dirais que c'est compliqué. les banques créent de la monnaie, dans la limite de leur capacité de refinancemnet auprès de la banque centrale, mais aussi dans celle de la solidité de leurs placements. Hors la solidité de leurs placements ne dépend pas d'elle. A mon avis, dans une phase de récession, quand tous les actifs (surtout productifs) se cassent la figure, les banques sont vouées à la faillite. Sauf à leur demander de n'acheter que de l'or et de l'argent, c'est inévitable. Et elles ne sont pas complètement responsables des politiques récessives d'aujourd'hui. 

Commentaire n°3 posté par edgar le 11/06/2012 à 17h04

Bonjour, Merci pour ce blog de qualite!

Quand vous dites que seul le dollar est une monnaie de reserve, ceci est indiscutable a l'heure qu'il est. Mais si l'on admet l'hypothese qu'un veritable tresor europeen voit le jour, plus ou moins en charge du budget de l'Europe (et de ses membres), en charge de la collecte de l'impot pour financer ce dernier et aussi d'emettre de la dette pour financer le deficit ou pour d'autres usages, vu la taille de l'economie consideree et partant du principe que l'euro et le dollar ne sont pas "pegues" l'un a l'autre et donc que l'un peut constituer une couverture (partielle s'entend) aux fluctuations a l'autre, et meme si l'euro ne detrone jamais le dollar, ce premier n'atteindrait-il pas un degre d'attraction qui en ferait une monnaie de reserve en quelque sorte?

Il y a evidemment beaucoup de si mais il a toujours ete evident pour moi que c'etait l'ambition de l'euro, le reste du monde commendait a etre excede de voir les US use et abuse de leur droit regalien de devaluer leur monnaie et de s'accaparer par la meme la richesse des autres. Detrompez-moi!

Commentaire n°4 posté par Midas le 12/06/2012 à 08h45

Article très intéressant. Je suis d'accord sur votre analyse. 
Néanmoins, si on suit ce que dit Lordon (Causes = rentabilité actionnariale et concurrence libre-échangiste), alors il faut admettre que les causes sont aussi financières, et plus précisément, liée à la finance actionnariale. 
Les critiques de Lordon sur cette dernière, sur la mise en place de la Corporate Governance, mettent en avant la montée de la logique financière au sein de l'entreprise. 
le type de financement (en l'occurence actionnarial) et de gestion de l'entreprise (corporate governance) vontfavoriser des comportements d'endettement des entreprises, et de basse pression salariale. 

Si l'on suit cette lecture, ainsi que la votre, à laquelle j'adhère complètement, on pourrait conclure que les causes sont à la fois commerciales et financières.
Non? 

Commentaire n°5 posté par Eduardo le 12/06/2012 à 13h38

C'est intéressant. Je me garderai de commenter l'aspect économique n'étant pas spécialiste. Sur le volet politique, l'appel à la préservation des espaces de discussion démocratiques est intéressant, mais je doute qu'il soit envisageable. La mondialisation aurait pu être démocratique si les désarmement militaire avait eu lieu (comme c'était prévu dans la dynamique de discussion Est-Ouest sous Gorbatchev). Mais dans les années 1990 les USA n'ont cessé de s'armer et de s'inventer des ennemis-alibis de ce réarmement, ce qui a provoqué les guerres (car l'armement doit servir comme l'a dit MMe Albright) et le réarmement des concurrents (russes, chinous, iraniens etc). L'heure est à la constitution de grand pôles militaires (occidental, russe, chinois etc) qui cohabitent dans un équilibre de la terreur (course à la conquête de l'espace, à la piraterie informatique etc) façon guerre froide tempéré par l'échange commercial (un équilibre qui inclut le développement de guerres aux périphéries pourvoyeuses de matières premières - Proche Orient et Afrique en particulier). Dans ce dispositif, les pôles rivaux ne peuvent tolérer de débat démocratique que sur les sujets non vitaux qui sont les causes même de leur constitution et de leur surarmement. Ils peuvent débattre de "plus ou moins de social" "plus ou moins d'environnementale", mais pas sur la raison d'être de leur existence ni de leur rivalité avec les autres. C'est pourquoi même si l'Union européenne éclatait, elle se serait remplacée par un autre système de hard ou soft power qui maintiendrait ses composantes sous le joug de l'idéologie occidentale et de ses principaux présupposés.

Commentaire n°6 posté par Delorca le 12/06/2012 à 21h54

Midas : point 8, Almunia a refusé en une journée la peche que les chinois tendaient pour limiter le rôle du dollar en renforçant le rôle d'un panier de devises géré par le FMI (les DTS, ou droits de tirage spéciaux). L'UE, ou au minimum ceux qui la dirigent, sont parfaitement satisfaits du rôle de supplétifs des USA.

Eduardo : non. la rentabilité actionnariale et la concurrence libre-échangiste sont des valeurs libérales classiques, pas particulièrement financières. L'appat du gain n'est pas limité au secteur de la finance. il est exact que la désintermédiation du crédit (moins de financement par crédit bancaire et plus de financement par des titres) a accru l'instabilité financière. mais des états/économies en excédents commerciaux échappent à la dépendance à l'égard des marchés financiers, j'ai donc tendance à considérer que le problème commercial prime. sans nier que la question du modèle financier est également importante.

 

fred : je crois qu'une europe fragmentée serait source de richesse plus que l'actuel affrontement de blocs auquel nous assistons. mais c'est évidemment une croyance (comme d'ailleurs ta conviction qu'une europe éclatée serait maintenue sous tutelle d'un "camp occidental" sous une autre forme).

Commentaire n°7 posté par edgar le 12/06/2012 à 22h59

J'aurais des arguments à l'appui de cette croyance. Le premier étant que la "délégation" de l'esprit belliciste aux teneurs du parapluie (les Etats-Unis) nous arrange beaucoup : dans les sociétés modernes le bellicisme décomplexé est dur à assumer (malgré les efforts méritoires de M. Sarkozy pour le réhabiliter). Le second est que l'esprit américain résume assez bien le point de vue historique de l'Occident sur le reste du monde (point de vue forgé en Europe à l'origine) dans une version simplifiée (donc plus démocratique et plus accessible aux médias de masse) que dans la vieile version du colonialisme britannique ou français par exemple), les nations européennes chargent ainsi les USA de porter le glaive parce que les USA pensent à peu près comme elles, tout en se laissant croire que si c'étaient elles qui avaient la force armée elles en feraient un usage plus délicat (surcroit de bonne conscience pharisienne très utile). Sur la question de la richesse des nations tu as sans doute raison mais c'est un sujet assez secondaire de mon point de vue au niveau de développement (déjà très élevé) qu'a atteint l'Europe.

Commentaire n°8 posté par delorca le 12/06/2012 à 23h48

bonsoir

"C'est bien la concurrence libre-échangiste" oui , le fond du système capitaliste . 

"et le culte de la rentabilité" non ce n'est que l aspect superficiel ! la cause c est la réponse capitaliste à la baisse tendancielle du taux de profit = le renforcement de l'exploitation par le chômage , l'immigration ( pression sur le salaire ouvrier) et les délocalisations.

Miret Zaky a raison de pointer le rôle des banquiers qui en France s est manifesté par l'élimination de la BF comme prêteur en dernier ressort ( à taux proche de zéro) au profit des banques privées ( responsables de la dette ) et cela s est fait à l'insu de tous pendant les vacances ! tout le monde sait que les intérêts cumulés depuis 73 sont  approximativement de 1600 mds d'euros ! 

c'est pourquoi il faut revenir au Franc , à létalon or et sortir de l'UE , redonner son rôle à la BF , etc . Voir le programme aussi intelligent que réaliste de F.Asselineau . De toute façon qu on le veuille ou non l'UE est finie donc l'euro . Comme le suggère Stiglitz mieux vaudrait s y préparer sans tarder !


Commentaire n°9 posté par bobforrester le 12/06/2012 à 23h50

Sans etre Almunia, je me mefie des perches chinoises surtout quand elles suggerent de planter une dague dans le dos de notre meilleur allie. EU Suppletive des USA? Certainement pas denue de fondement mais j'adhere plus volontiers a la lecture proposee par Delorca d'un monde articule autour de grands blocs milataro-economiques. L'euro est une petite brique dans cet edifice qui ne ferait pas tant d'histoire si les allemands n'y voyaient une extension de feu leur mark, avec leur rigueur monetaire et leur mercantilisme.

Le point crucial a mon avis est la conservation de l'acquis democratique dans la montee en competence d'un pouvoir europeen. Des luttes devront etre menees et des combats livres sans nul doute, mais le jeu en vaut la chandelle.

Commentaire n°10 posté par Midas le 13/06/2012 à 04h30

D'après quelques arguments empruntés à Jean-Jacques Rosa, réponse à Midas, toujours fédéraliste à l’échelle européenne qui pense encore qu’ : « Une Autre Europe Est Possible !!! »

Marat, déjà en 1792, dans son livre « Les chaînes de l’esclavage » au chapitre : « De l’étendue de l’État » argumente sur la difficulté pour les citoyens de contrôler les pouvoirs, difficulté qui augmente avec la taille de l’État..

« Lorsque de sages lois forment le gouvernement, la petite étendue de l’État ne contribue pas peu à y maintenir le règne de la justice et de la liberté ; et toujours d’autant plus efficacement qu’elle est moins considérable.

Le gouvernement populaire parait naturel aux petits États, et la liberté la plus complète s’y trouve établie.

Dans un petit État, presque tout le monde se connaît, chacun y a les mêmes intérêts ; de l’habitude de vivre ensemble naît cette douce familiarité, cette franchise, cette confiance, cette sûreté de commerce, ces relations intimes qui forment les douceurs de la société, l’amour de la patrie. Avantages dont sont privés les grands États, où presque personne ne se connaît, et dont les membres se regardent toujours en étrangers.

Dans un petit État, les magistrats ont les yeux sur le peuple, et le peuple a les yeux sur les magistrats.

Les sujets de plainte étant assez rares, sont beaucoup mieux approfondis, plutôt réparés, plus facilement prévenus.

L’ambition du gouvernement n’y saurait prendre l’essor sans jeter l’alarme, sans trouver des obstacles invincibles. Au premier signal du danger, chacun se réunit contre l’ennemi commun, et l’arrête. Avantages dont sont privés les grands États : la multiplicité des affaires y empêche d’observer la marche de l’autorité, d’en suivre les progrès ; et dans ce tourbillon d’objets qui se renouvellent continuellement, distrait des uns par les autres, on néglige de remarquer les atteintes portées aux lois ou on oublie d’en poursuivre la réparation. Or, le prince mal observé, y marche plus sûrement et plus rapidement au pouvoir absolu. »

Nous pouvons trouver les mêmes types d’arguments chez Aristote : « Un État composé de gens trop nombreux ne sera pas un véritable État, pour la simple raison qu’il peut difficilement avoir une véritable constitution. » Aristote, Politique, 1326b3-7, dans le : « Contrat Social » de Rousseau, ainsi que dans des ouvrages de Diderot et Montesquieu, ce n’est pas d’aujourd’hui que les être humains ont remarqué l’antagonisme entre taille de l’État trop importante et démocratie.

La mécanique de la régression du niveau de démocratie imposé par le fédéralisme dans un grand État devrait être facile à comprendre :

— 1 — Elle tient à la dilution de l’influence des électorats nationaux dus à l’éloignement du centre des décisions. C’est déjà dur pour un français éloigné de Paris de manifester devant l’Assemblée Nationale qui est encore responsable, même si cela est un peu biaisé, alors vous pouvez imaginer pour un estonien ou un grec aller à Bruxelles manifester devant votre nouvel exécutif européen même alternatif ! La mécanique de la régression sera identique avec votre nouveau système fédéral alternatif puisqu’il introduira le renforcement croissant de l’autonomie de l’exécutif fédéral européen du à l’éloignement de l’électeur.

— 2 — Les politiques centralisées ont toutes les chances de moins bien refléter les préférences des électeurs dans un ensemble plus vaste, et nécessairement plus hétérogène. Il s’en suit que le passage à une politique fédérale au niveau du sous-continent ne peut qu’affaiblir la satisfaction démocratique des électorats nationaux puisque ceux-ci ont des préférences spécifiques.

— 3 — La centralisation, qui correspond en l’occurrence à un accroissement de la dimension de la société politique détermine un gain considérable de pouvoir et de ressources pour la classe politique et administrative dans son ensemble, ainsi que pour les groupes de pression ou lobbies.

Votre nouveau système fédéral ou unioniste sera éloigné des électeurs et toujours proche des lobbies. Vous allez me dire que ce n’est pas ce que vous voulez, que votre nouveau système fédéral ne tiendra pas compte des lobbies. Mais ces lobbies assiégeront impitoyablement votre nouveau système justement parce qu’il est centralisé.

Pourquoi ?

On sait que les réglementations sont assimilables à des impôts accompagnés de subventions. Elles imposent en effet des coûts supplémentaires à certains catégories d’acteurs et apportent des avantages ou transferts à d’autres catégories. Ainsi par exemple, une politique de soutien des prix agricoles ( au-dessus des prix courants du marché ) détermine un prélèvement sur les revenus des consommateurs de ces produits, qui permet de subventionner les producteurs.

Or le passage de réglementations qui affectent une nation de 50 ou 60 millions d’habitants à des réglementations qui en affectent 500 millions change évidemment le « budget implicite » correspondants à ces quasi-impôts et transferts de revenus. Une mesure qui représenterait un montant d’impôt et un transfert de revenu de 5 euros détermine dans votre nouveau système européen, un impôt et un transfert de revenu de 5 x ( 500 / 60 ) euros = 41,6 euros soit 8,33 fois plus.

Le pouvoir de votre nouvel exécutif fédéral européen qui décidera de ces opérations sera multiplié d’un facteur d’environ 8 si on le compare à l’ancien pouvoir national d’une nation de 60 millions d’habitants. Ceci puisqu’il peut affecter ces mêmes montants à des clientèles beaucoup plus vastes. L’attractivité des carrières dans votre nouvel exécutif sera augmentée d’autant.

Commentaire n°11 posté par gilles le 13/06/2012 à 10h01

Quel rapport avec les lobbies me direz-vous ?

Déjà les personnes qui seront attirées par la direction de votre nouvel ensemble européen alternatif auront plus comme motivation le prestige de régner sur beaucoup d’habitants que le simple dévouement que l’on pourrait attendre. Le caractère « alternatif » de votre « construction » en sera déjà lourdement affecté.

Mais ce n’est pas tout, la centralisation bénéficiera aux divers lobbies. Au lieu d’avoir à négocier avec 15, 25 ou 27 autorités nationales indépendantes les unes des autres, les lobbies peuvent gagner du temps et se concentrer sur une seule autorité pour avoir accès à un marché unifié de 500 millions de consommateurs. L’importance accrue des bénéfices correspondants à attendre de la réglementation commune accroît la force de corruption et l’assiduité effrénée des lobbies.

En première approximation, le coût du lobbying en europe est divisé par 27 du fait de la réglementation centralisée par rapport à la réglementation nationale, tandis que les avantages eux sont multipliés par 27.

Votre nouveau système alternatif fédéral européen ne pourra pas être défendu pour le maintien des principes démocratiques que vous défendez ( à cause de l’éloignement des citoyens ) contre des lobbies qui seront eux plus puissants.

Votre nouveau système fédéral alternatif européen renforcera l’autonomie des exécutifs, nous éloignera des pratiques démocratiques effectives en vidant le débat public de sa substance à cause de la taille trop grande de l’État par rapport aux possibilités d’intervention et de présence physique des citoyens.

Cette illusion de croire, contrairement à la réalité, que la construction d’espace démocratique est possible à grande échelle territoriale a déjà donné des déconvenues sévères pour les salariés et la démocratie. En 1981-1982 François Mitterrand a réclamé en vain pendant deux ans la création d’un « espace social européen », une relance pour lutter contre le chômage et une protection commerciale plus forte à l’égard des États-Unis et du Japon. Les institutions européennes l’obligèrent à céder et à entamer une politique de rigueur en 1983, comme récemment Socratès, Zapatero et Papandréou.

Cette illusion fédérale conduit la gauche à sa perte, ce qui était le but de la « construction » européenne :

Empêcher toute politique de gouvernement en faveur de la majorité du peuple en l’empêchant de peser sur les décisions en l’éloignant.


Commentaire n°12 posté par gilles le 13/06/2012 à 10h11

Pour rigoler : http://www.roosevelt2012.fr/

Commentaire n°13 posté par Ovide le 16/06/2012 à 23h37

 

@Edgar

si j'ai bien compris vous considérez que les déséquilibres commerciaux sont à l'origine des dettes et de la crise financière.

le lien proposé à la fin voit plutôt les choses à l'inverse, je tente :

la production de richesses puis le commerce de ces richesses sont permis -entre autre- par une expansion monétaire : la création de monnaie supplémentaire ou de quasi-monnaie (obligations) et par des capitaux comme les actions par exemple. Pour qu'il y ait de la croissance, il faut qu'il y ait plus de monnaie en circulation (au moins en termes de flux) qui correspond aux richesses supplémentaires produites puis échangées.

L'investisseur et le banquier veulent gagnez plus, ils veulent que leur capital rapporte plus ; ils sont donc à l’affût des conditions qui vont permettent cela ou même ils vont créer ces conditions souvent à l'aide des pouvoirs politiques d'ailleurs...

Je reprends l'exemple de l'Espagne : l’arrivée de l'Euro a supprimé le risque de change. L'investisseur et le banquier (allemand, français,…) ont donc, à ce moment là, une incitation à investir en Espagne. Du coup les obligations espagnoles (souveraines et d'entreprises) prennent de la valeur, leur rendement baisse, le crédit devient moins cher; tout cela permet la croissance des investissements et de la consommation. Comme le crédit est « facile », les prix des actifs financiers et immobiliers continuent de monter; comme il n'y a aucun mécanisme pour freiner cet afflux de capitaux et rééquilibrer la situation cela devient du surinvestissement et de la surconsommation sans aucun rapport avec la production réelle du pays. Nous voici donc avec des déséquilibres commerciaux avec le reste du monde.

Juste après la lecture de votre billet je suis tombé sur un article écrit il y a 10 ans par Michael Pettis qu'il a récemment republié http://www.mpettis.com/2012/06/11/what-is-globalization/

Il retrace rapidement 2 siècles de mondialisation ; d'après lui c'est l'expansion de la monnaie -de la finance- qui crée l'expansion du commerce.

Bon j'ai pas encore tout saisi alors j'y retourne.

Commentaire n°14 posté par stephane le 17/06/2012 à 18h36

vraiment intéressant (pour ce que j'ai lu, càd le début).

mais quand un pays commence à connaître des déficits commerciaux, il a le choix : soit il continue, et il est obligé de recourir à l'endettement pour cela. soit il refuse et la financiarisation n'a pas lieu parce que le retour à l'équilibre commercial rend l'endettement inutile. il est vrai qu'il est difficile de refuser l'endettement quand la BCE prête à tout va, par exemple, ou que l'allemagne et d'autres ont des excédents commerciaux à recycler sous forme de prêts à bas prix.

 

Commentaire n°15 posté par edgar le 17/06/2012 à 23h07
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