La lettre vol&eacute;e, politique, lectures, Europe et humeurs diverses http://www.lalettrevolee.net/ 2009-07-05T16:12:01Z over-blog.com Atom 1.0 Generator Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe... http://www.lalettrevolee.net/article-33464219.html Sur le Honduras 2009-07-05T16:12:02Z 2009-07-05T11:56:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html Un très bon billet sur causeur.fr Un extrait, juste pour le côté jouissif : Que s’apprêtait à faire Manuel Zelaya ? À organiser un référendum constitutionnel l’autorisant à se représenter. Les observateurs estiment qu’il allait le gagner de manière écrasante. Manuel Zelaya, contrairement à Nicolas Sarkozy, quand il veut changer sa constitution, le demande à son peuple. Il ne compte pas sur une unique voix de majorité au Congrès, celle d’un ex-futur ministre d’ouverture qui paraît-il est toujours socialiste. Mais demander son avis au peuple, pour le néo-libéral alexandradlerisé, et surtout depuis le référendum de 2005, c’est populiste. D’ailleurs, c’est bien connu, tous les chefs d’Etats bolivariens sont populistes. Populiste, dans la novlangue de l’Empire du Bien, fait partie du tiercé de la disqualification, juste après antisémite et pédophile. Plus généralement, il y aura, à l’avenir, une histoire à écrire du traitement de la révolution bolivarienne par les médias français. Les “spécialistes” du Monde par exemple, comme Marie Delcas ou Paulo Paranagua, écrivent sur la question des articles tellement caricaturaux qu’ils seraient refusés par la CIA qui trouverait ça un peu gros, même pour une opération de déstabilisation à l’ancienne. Plsu sérieusement, l'auteur, Jérôme Leroy, estime qu'il serait temps de s'intéresser sérieusement aux choses intéressantes qui se passent en Amérique du sud. http://www.lalettrevolee.net/article-33454137.html Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste 2009-07-05T01:27:46Z 2009-07-05T00:13:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html <img src="http://idata.over-blog.com/100x100/0/11/19/18/2009/zb2.jpg" /> Ce livre défend une thèse que l'on peut ainsi simplifier : le mal nazi a été porté individuellement par des gens banals, et collectivement par une société très évoluée. Bauman, tirant une conclusion de ce constat, souhaite que la sociologie s'empare et se sente concernée, questionnée, par les crimes nazis : le mécanisme d'extermination mis en place par les nazis l'a été de façon rationnelle et planifiée, moderne, par des ingénieurs hautement qualifiés (voir le film de Costa-Gavras, Amen). Ce que Bauman veut mettre en évidence c'est que les « débordements » nazis sont une possibilité permanente, une bifurcation pas si improbable, de toute société qui a fait de la rationalité scientifique une valeur cardinale. Mieux, l'organisation même de la société moderne renforce les possibilités de telles horreurs : « c'est l'esprit de rationalité instrumentale, avec sa forme bureaucratique moderne institutionnelle, qui rendit les solutions de type Holocauste non seulement possibles mais éminemment raisonnables et augmenta la probabilité de leur choix. Cet accroissement de la probabilité a un lien plus que fortuit avec la capacité de la bureaucratie moderne à coordonner l'action d'un grand nombre d'individus d'une moralité irréprochable dans la poursuite de n'importe quel but, même immoral. » * Bauman conteste donc toute idéologie qui tendrait à établir que les atrocités nazies sont liées à une insuffisance de civilisation et de rationalité. C'est une sorte de pavé dans la mare de tout progressisme, quel qu'il soit (Bauman cite le marxisme, la psychanalyse, le rationalisme de Max Weber...) La plus grande partie de l'ouvrage illustre et reprend tous les points nécessaires à sa démonstration. Il convient selon lui d'éviter le double écueil consistant à faire des massacres de la période quelque chose de totalement exceptionnel et unique (lié à la germanité ou à la destinée du peuple juif), ou, en sens contraire une guerre parmi d'autres, simplement un peu plus violente. Il faut donc considérer, par exemple, que les agissements des nazis étaient compatibles avec une logique de l'honneur et de l'obéissance, du devoir bien rempli, qui pouvait permettre à des milliers de participants à des tâches plus ignobles les unes que les autres de poursuivre en toute bonne conscience. Notamment parce que la « participation » au projet d'extermination était souvent fort abstraite : comme l'écrit Raul Hillberg, cité par Bauman, la plupart des fonctionnaires nazis pouvaient « annihiler tout un peuple en restant assis à leur bureau ». De longs et intéressants développements sont consacrés à l'analyse de la bureaucratie et au processus de division des tâches qui font que l'ouvrier qui construisait des bombes au napalm au moment de la guerre du Vietnam n'avait pas conscience de participer à l'assassinat des bébés qui allaient mourir sous ces bombes - exemple donné par Bauman, qui étend ses analyses à d'autres périodes que le nazisme. Un autre point de l'argumentation consiste à établir que l'antisémitisme n'est pas la seule cause des exactions nazies - comme le montre également film Amen, les nazis ont très tôt testé les techniques de gazage sur des populations allemandes de handicapés. C'est un désir de perfection maladif, une sorte d'hubris du pouvoir qui est fondamentalement en cause à l'époque nazie, et reste une tentation permanente des sociétés modernes. Un long chapitre reprend de nombreux débats sur les origines de l'antisémitisme et ses formes multiples. Notamment l'une des formes modernes de l'antisémitisme, qui faisait du juif, à l'époque de la construction des nations européennes, un suspect, par son absence d'appartenance à une seule nation (Bauman : « comme la nationalité était devenue la base par excellence de la constitution de tout groupe, les juifs en vinrent à saper la plus fondamentale des différences : celle entre « eux » et « nous». [...] C'est ainsi que Toussenel les voyait comme les vecteurs du poison protestant antifrançais, tandis que Liesching, le célèbre critique de Das junge Deutschland, les accusait d'introduire clandestinement en Allemagne l'infect esprit latin. ») Le racisme est également longuement discuté, avec une présentation rapide des écrits de Taguieff par exemple. Bauman donne du racisme une définition très personnelle et féconde. * L'une des leçons à portée morale de ce livre, c'est d'apprendre à penser contre ce que l'on présente comme justifié en raison, techniquement désirable. Ce sur quoi veut insister Bauman c'est que « le processus de civilisation consiste, entre autres choses, à dépouiller l'utilisateur de la violence de tout calcul moral et à débarrasser tout désir de rationalité de toute interférence de normes éthiques ou d'inhibitions d'ordre moral ». Pour illustrer ce point, il rappelle l'ampleur de la participation des scientifiques à l'avènement du nazisme, ravis de voir financés des programmes de recherche, aussi étranges soient-ils pour certains d'entre eux (« un gouvernement qui tend aux scientifiques une main secourable et leur offre tout cela peut compter sur leur gratitude et leur coopération. La plupart des scientifiques seraient prêts, en échange, à se défaire de toute une liste de préceptes mineurs. Ils seraient prêts, par exemple, à supporter la disparition soudaine de leurs collègues affublés d'un nez ou d'un dossier biographique inacceptables. S'ils élèvent une objection c'est parce que la suppression simultanée de tous ces collègues risque de compromettre leur programme de recherche. ». J'ajoute qu'on peut lire Vie et destin, pour des chapitres très éclairants à ce sujet.) * Une question anthropologique. La portée morale des travaux de Bauman découle de son attitude presque philosophique, ou anthropologique. On peut considérer que l'homme est un loup pour l'homme, et que la civilisation, en éloignant l'homme de l'état de nature, le rend plus pacifique. C'est un point de vue « progressiste » et rationaliste classique. Dès lors, le nazisme est un simple accroc, une régression temporaire sur le chemin du progrès. Bauman préfère considérer, en sens inverse, que la civilisation technicienne est un concept qui permet le genre de crime à grande échelle qu'a commis le nazisme. L'homme nu, le sauvage et même le chef militaire du moyen-âge seraient incapables de crimes si importants. La position de Bauman est inconfortable pour les tenants de la modernité et les rationalisateurs. Elle est cependant extrêmement intéressante pour inciter à une vigilance qui ne se contente pas de rechercher le danger dans la résurgence d'un nazisme du XXIème siècle. Les futurs nazis, s'ils parviennent un jour au pouvoir, ne se pareront pas d'une croix gammée. Ils seront peut-être branchés sur Twitter et désireux de défendre l'Occident blanc contre la subversion islamiste, ou l'Union européenne contre les nationaux... Plus important encore, il s'agit d'identifier les points qui fragilisent les démocraties contre les tentations totalitaires - faute de mieux, je maintiens une distinction démocratie/totalitarisme que Bauman ne fait pas. * Impressions d'ensemble Je lis en amateur. Je ne rentrerai donc pas dans des détails techniques ou des débats historiographiques ou épistémologiques complexes. Je souhaite juste souligner quelques points retirés de cette lecture. Bauman est tout d'abord un sociologue qui écrit bien. Il a un talent rare pour décortiquer des points techniques complexes tout en restant lisible et en pointant les implications concrètes des thèmes débattus. Il est capable de multiplier les allers-retours entre la théorie et les enseignements historiques. Il est aussi apparemment grand lecteur et se réfère à des auteurs très divers (Hillberg, Ellul, Taguieff...) Même si, en postface, il lui est reproché de ne pas citer explicitement le concept de la banalité du mal tel que décrit par Arendt, ou de ne jamais citer Adorno, il a l'air assez sincère dans sa volonté de débattre les idées des autres. Les thèmes qu'il embrasse et évoque sont nombreux et je serais bien en peine d'en apprécier immédiatement la portée complète, au-delà des points énoncés en introduction. Quelques réticences cependant. Tout occupé à voir en l'état rationalisateur un ennemi, Bauman écrit ceci : « Au vu de la tendance actuelle à abandonner la gestion directe de nombreux secteurs de la vie sociale autrefois étatisés, et à se diriger vers des structures sociales soumises au marché et génératrices de pluralisme, il semble peu probable qu'une forme raciste d'antisémitisme soit de nouveau un jour utilisée pour mettre en œuvre un projet de vaste ingénierie sociale... » Comme si transférer la gestion de la sécu à Axa, AIG et Groupama pouvait faire reculer l'antisémitisme à tout jamais. Ce passage étonnant est d'une grande naïveté, qui contraste avec des argumentations autrement plus subtiles en général. Pas plus que l'état, et certainement moins, dans une conception française des services publics, des sociétés privées ne sont capables de faire primer les valeurs sur les notions d'efficacité technique. Et même si on peut trouver louable que les sociétés privées n'exercent qu'un pouvoir restreint à ce qui leur a été attribué par l'état, sans cumuler leur pouvoir avec des fonctions régaliennes, il reste que l'état peut parfaitement manipuler des sociétés privées pour qu'elles ne soient qu'un prolongement de son action. Je suis bien plus convaincu par les passages où Bauman impute à un affaiblissement des structures sociales et des frontières l'installation du nazisme au pouvoir. * Pour conclure, un lien possible avec l'affaire européenne. Bauman insiste sur le fait que la rationalité technique est un danger, et que la tentation de « jardiner » les sociétés humaines est d'autant plus dangereuse qu'elle repose sur un état fort. La construction européenne, en ce sens, devrait alarmer tous ceux qui prendront Bauman au sérieux : - l'état européen, but ultime de la « construction européenne », serait potentiellement le plus riche du monde. Ses partisans veulent le doter d'une police, d'une armée, d'une politique extérieure. A bien des égards, cet état, peut-être plus ou moins fusionné avec les Etats-Unis, en matière militaire par exemple, deviendra ou restera le plus puissant de la planète pour un petit moment - cet état européen se construit avec un déficit démocratique persistant, que d'ailleurs ses partisans ne nient pas ; - les transferts de pouvoir des états-nations autrefois efficaces vers un pouvoir central européen au fonctionnement extrêmement lourd et inefficace créent une situation de vide propice à toutes les tentations de se tourner vers un chef suprême (Bauman sur les fragilités de la démocratie « c'est dans les périodes de profondes dislocations sociales que s'affirme vraiment ce remarquable trait de la modernité. A aucun autre moment la société ne paraît aussi amorphe, « inachevée », indéfinie et malléable, littéralement dans l'attente de la vision d'un habile et ingénieux concepteur pour lui donner forme. A aucun autre moment la société ne paraît aussi dénuée de forces et de tendances propres, incapable par ailleurs de résister au jardinier et toute prête à prendre n'importe quel aspect entre ses mains. Le mélange de malléabilité et d'impuissance constitue un attrait auquel bien peu de visionnaires hardis et aventureux sauraient résister. Il crée lui-même une situation dans laquelle on ne peut leur résister. ») Nous sommes donc dans une situation à risque, et le projet européen est une cause de grands périls. Est-il bon de s'obstiner à vouloir construire un grand jardin européen ? Redonnons la conclusion à Bauman : « Nombreuses sont les tâches que les dirigeants de cette planète pourraient et devraient accomplir. Mais concevoir un ordre mondial parfait n'en fait pas partie. Le grand jardin mondial a éclaté en une multitude de petits jardinets, chacun avec son petit ordre à lui. Dans un monde peuplé de jardiniers compétents et extrêmement mobiles, il semble ne plus y avoir de place pour le jardinier suprême, le jardinier des jardiniers. [...] Quelle qu'en soit la raison, je serais tenté de dire que ce délabrement est une bonne nouvelle à un grand nombre d'égards. » http://www.lalettrevolee.net/article-33454708.html Ne pas jouer avec les frontières 2009-07-05T01:25:35Z 2009-07-05T00:05:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html Les cibles de l'antisémitisme possèdent de façon générale le statut sémantiquement déroutant et psychologiquement troublant d'étrangers à l'intérieur du pays, et se trouvant par là même à cheval sur une frontière vitale qui doit toujours être clairement définie et maintenue intacte, imprenable ; et l'intensité de l'antisémitisme risque fort de rester proportionnelle à l'urgence et à la violence du processus de délimitation et de définition des frontières. Très souvent, l'antisémitisme a été une manifestation de ce désir de veiller sur des frontières ainsi que des tensions émotionnelles et des préoccupations pratiques qui en découlent. Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste De ce point de vue, la construction (d'un état) européen(ne) est une double poudrière : elle efface les frontières nationales tout en ne proposant aucune frontière extérieure stable. Par ailleurs les inquiétudes ont l'air de se concentrer aujourd'hui sur la burqa plus que sur la kippa. http://www.lalettrevolee.net/article-33437104.html Valeurs 2009-07-05T00:53:18Z 2009-07-05T00:00:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html &quot;Des expressions telles que le caractère sacré de la vie humaine ou le devoir moral semblent aussi bizarres dans un séminaire de sociologie que dans les bureaux aseptisés et non-fumeurs d'une administration.&quot; Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste http://www.lalettrevolee.net/article-33445227.html Racisme 2009-07-04T18:50:09Z 2009-07-04T18:42:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html &quot;Le racisme se distingue par une pratique dont il fait partie et qu’il rationalise : une pratique qui combine les stratégies d’architecture et de jardinage avec celles de la médecine pour servir à l’élaboration d’un ordre social artificiel, et cela en éliminant les éléments de la réalité présente qui ne coïncident pas avec la réalité parfaite imaginée et ne peuvent être modifiés pour y parvenir. […] le racisme illustre parfaitement la conviction qu’une certaine catégorie d’êtres humains ne peut être incorporée dans l’ordre rationnel de la société.&quot; Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste Je trouve cette définition très féconde. On peut par exemple la mettre en parallèle avec les débats sur la burqua… http://www.lalettrevolee.net/article-33435436.html Grippe à la gare de Lyon 2009-07-04T13:48:19Z 2009-07-04T13:27:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html Ayant un peu de temps à tuer, je me suis assis avec un Perrier une demi heure gare de Lyon. J'ai dû entendre trois fois une voix sinistre prévenir les voyageurs qu'en cas de fièvre, ou de voyage en zone de grippe A, il convenait de prendre des précautions que j'ai déjà oubliées (se laver les mains, voter Sarkozy, rester chez soi ?). Je n'ai pu m'empêcher de penser à Orwell en entendant ces messages dont la diffusion implique : - que la grippe A est un danger urgent, grave et immédiat ; plus que la connerie, les accidents de la route ou quoi que ce soit ; - que l'espace public sonore appartient à la SNCF et à l'état qui peuvent choisir d'en faire ce qu'ils veulent, avec l'idée que puisqu'on a des gens sous la main on peut bien en profiter pour les conscientiser (certes une gare transporte des voyageurs, venant potentiellement de zones infectées, mais je doute que des trains arrivent du Mexique à la gare de Lyon). S'il y a danger immédiat, il y a les journaux télévisés, les courriers, le courriel, la presse, qui tous peuvent diffuser des messages de précaution précis. J'ai eu l'impression, toute subjective je l'admets, que ces alertes sonores participaient en réalité d'une conception de la société ou chacun se doit d'être en permanence mobilisé, &quot;attentif ensemble&quot;, vigilant. Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne me dit rien de bon. http://www.lalettrevolee.net/article-33310441.html La feuille de vigne de la Banque Centrale européenne 2009-07-01T09:50:49Z 2009-07-01T09:20:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html <img src="http://idata.over-blog.com/100x100/0/11/19/18/2009/ecb.jpg" /> Quelques jours de repos au pays des cabines téléphoniques rouges et du gazon vert m'ont amené à lire le Times, par curiosité. J'y suis tombé sur un article signé Anatole Kaletsky, tout à fait irrespectueux envers la Banque Centrale Européenne (How the ECB's fig leaf has completely withered away). Un beau graphique y montre le niveau des liquidités injectées par la BCE et par la Fed américaine (le graphique est introuvable en ligne, mais ne reculant devant aucun sacrifice j'ai scanné la chose) : Donc la BCE, qui nous a sauvés dans la crise mondiale selon les bons esprits, l'a fait en injectant beaucoup plus de liquidités que sa consoeur américaine (Selon les calculs de Kaletsky, compte tenu d'un PIB plus faible de 12% pour la zone euro que pour les Etats-Unis, la BCE a injecté 50% de plus de liquidités que la FED. J'ajoute que tout ça pour obtenir une croissance comme d'habitude toujours plus faible dans la zone euro que partout ailleurs - UK, USA notamment). Savoir si tout cela est très sain est difficile, ce qui est sûr c'est qu'en plus les contreparties acceptés par la BCE en échange de ses interventions ne sont pas de meilleure qualité que celles de la Fed. Ce graphique n'est pas en effet le seul enseignement de ce bon papier. Une des caractéristiques du système économique européen totalement absurde est qu'il interdit à la BCE de &quot;monétiser&quot; la dette des états. Alors que la Fed vient d'acheter massivement des bons du Trésor directement auprès du Trésor américain, la Banque Centrale Européenne, vertueuse, refuse cette horreur. De la dette étatique ? Fi donc ! Il n'y aura d'état qu'européen, et d'ici là tous les états existants sont des escrocs. Comme, crise aidant, il a tout de même bien fallu injecter des liquidités pour soutenir l'économie, la BCE accepte de refinancer des titres de plus en plus merdiques à la signature d'une qualité de plus en plus faible. Interdit donc de refinancer les vilains états, mais les gentilles entreprises, on peut. L'entreprise, c'est bien, c'est sain, et parler à des actionnaires est plus simple que d'avoir à écouter des électeurs. Le plus drôle dans cette opération c'est que les banques européennes ainsi renflouées à coup de liquidités, accordées par la BCE, en contrepartie de titres de très mauvaise qualité, achètent à leur tour des titres de leurs trésors publics nationaux... Voilà donc que réapparaît par le bas - les banques nationales - le mistigri que l'on ne voulait pas voir en haut - à la BCE. La feuille de vigne qui consiste à la BCE d'interdire le financement des états européens a donc disparu aux yeux des spécialistes. Non contente de nous infliger une politique de change imbécile, la BCE mène donc une politique monétaire finalement plus interventionniste que celle de la Fed, mais de façon totalement opaque et illisible. Tout ça n'empêchera pas naturellement, les idéologues européens d'expliquer combien l'Union nous a rendus plus forts face à la crise. On en reparlera quand la poussière finira par déborder de sous le tapis... http://www.lalettrevolee.net/article-33088063.html Philippe Val, de Gringoire à Georges Bush 2009-06-25T16:10:56Z 2009-06-25T15:45:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html Il est assez curieux de constater que Philippe Val fait l'objet d'une cordiale détestation à la gauche de la gauche. Et sa récente nomination à France Inter a déchaîné les passions. Cela s'explique en réalité assez bien, pour trois raisons : 1. c'est une bête de pouvoir. Après avoir dompté la rédaction de Charlie, ou les départs se sont succédés de gens qui ne supportaient plus sa férule (je rappelle que j'avais trouvé les plaisanteries de Siné d'un parfait mauvais goût), il se fait nommer à la direction de France Inter. Ayant donc commencé sa carrière très à gauche, il s'apprête à la finir dans les honneurs et les voitures de fonction. C'est arrivé à d'autres, mais le premier point qui doit gêner en effet ses anciens amis c'est que, plus tard que d'autres, il a continué à jouer au rebelle. A peine arrivé sur Inter, le voilà vidant Frédéric Pommier, qui faisait une très bonne revue de presse, pour des raisons qui ont l'air p lus personnelles que professionnelles. Pas très service public comme comportement... 2. Pour des raisons mystérieuses, Val passe pour un social-démocrate selon la presse modérée. En réalité il est tout aussi, sinon plus, néconservateur que social-démocrate, et il avait chaudement appuyé l'intervention américaine en Irak (je cite un de mes billets anciens, que je relis avec plaisir tant il est bien ajusté à mon sens. J'y écrivais que pour Val, &quot;le monde se divise entre les démocraties et les niaks (je traduis librement l'expression de Val qui estime qu'entre la France et le Japon, hormis Israël, il n'y a que &quot;des populations illettrées à 80%&quot;, qui entretiennent une &quot;haine farouche de l'Occident, en tant qu'il est constitué de démocraties&quot;. C'est gentil pour le Liban par exemple).&quot; (lire la suite) 3. La rhétorique de Val a plus à voir avec Gringoire qu'avec la social-démocratie. Je me souviens l'avoir entendu &quot;expliquer que les parlementaires nonistes qui ont refusé la validation par le Congrès du TCE étaient des antiparlementaires. Il leur reprochait notamment d'avoir un QI inférieur à celui d'une souris, qui, elle, est contente quand elle mange son fromage.&quot; (lire la suite de cet autre très bon billet) Val permet donc au notable modéré de se satisfaire de ses pensées repues en vilipendant la méchante gauche irresponsable, en des termes que n'aurait pas renié la presse d'extrême-droite d'avant-guerre. Qu'il fait bon se sentir centriste après quelques coups de fouet infligés par Philippe Val à la racaille partageuse ! * Finalement je comprends fort bien l'accueil plus que mitigé réservé à Val à France Inter, et je souhaite qu'il soit éjecté de son fauteuil au plus vite à la Libération, surtout s'il continue à en faire un usage aussi personnel. http://www.lalettrevolee.net/article-33018942.html Gloire et honneur à Lionel Stoleru, en avance sur le parti socialiste 2009-06-23T21:40:32Z 2009-06-23T21:11:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html Certes, l'inventeur de la prime au retour n'est pas un homme de gauche, quoique ayant frayé avec le PS dans de grands émois d'ouverture. Il publie régulièrement des papiers intéressants dans le domaine économique. Son dernier article, dans le Monde, n'a pas reçu l'écho qu'il méritait. On y lit par exemple ceci : les usines qui ferment tous les jours en France, en Europe et aux Etats-Unis ne sont en général pas victimes des subprimes, elles sont victimes des succès de la concurrence chinoise et indienne. Depuis son entrée dans l'OMC il y a moins de dix ans, l'Asie conquiert les marchés pour le plus grand bonheur des consommateurs et pour le plus grand malheur des travailleurs occidentaux. Ou encore : dans les cinq dernières années, la consommation des ménages a augmenté en France de 20 %, alors que la production n'a augmenté que de 6 % : ce sont les importations qui ont augmenté de 61 %. Les exportations chinoises mondiales ont triplé de 2004 à 2008, et leurs réserves de change sont les premières du monde, mettant les Etats-Unis à la merci de leur bonne volonté d'acheter leurs bons du Trésor. L'Inde est le numéro un mondial des médicaments génériques, domine une partie du marché mondial de l'informatique et des centres d'appels, la Chine détient 60 % du marché mondial des jouets, livre à Rungis des roses moins cher que celles d'Amsterdam, imprime les guides touristiques du Périgord en français, fabrique en vingt-quatre heures les prothèses dentaires commandées en PAO par nos dentistes, est numéro deux mondial de la production automobile, etc. Le diagnostic est très clair, et, tout en rejetant le &quot;protectionnisme&quot;, Stoleru questionne sérieusement le libre-échange. Pour remettre un peu d'ordre dans cette concurrence déloyale entre nations, l'auteur suggère d'éviter les usines à gaz que recouvre généralement le terme de protectionnisme, pour préférer une solution simple : la régulation des taux de change. C'est en effet la première arme commerciale entre les nations, plus mortelle pour nos emplois que bien d'autres. Je me désole que le Parti Socialiste soit, là encore, à la remorque d'un secrétaire d'état autrefois giscardien, et tarde à réaliser que nos usines ne ferment pas par obsolescence naturelle. Là où je me sépare nettement de Stoleru, c'est qu'il en appelle à une concertation entre la Chine, les Etats-Unis, l'Europe et l'Inde pour réguler les changes. S'imaginer que l'Europe puisse jouer un quelconque rôle, distinct notamment des positions américaines (relire Almunia défendre le rôle de monnaie de réserve du dollar comme un larbin stipendié), est du plus haut comique. D'ailleurs l'article n'est pas dénué d'un autre aspect surréaliste (peut-être à lire au deuxième degré), lorsqu'il évoque la &quot;lucidité&quot; de Nicolas Sarkozy (c'était une semaine avant le remaniement)... Bref, je retire de la lecture de cet article que mon idée de taxe de libre échange serait un grand pas pour nos usines, et pour nos emplois. http://www.lalettrevolee.net/article-33020133.html Vive la déflation ! 2009-06-23T21:40:35Z 2009-06-23T20:00:00Z Edgar http://www.over-blog.com/profil/blogueur-42143.html Une brève du Monde, le 18 juin dernier : la présidence tchèque et la Commission saluent les baisses de 20% des salaires publics (imaginez, vous passez de 2000 à 1600 euros du jour au lendemain...) Après ça, ces imbéciles iront pleurer quand l'extrême-droite fera là-bas des scores impressionnants et iront s'effryarede &quot;tentations nationalistes&quot; !