Dimanche 16 décembre 2007
Feuilleté en librairie puis acheté un peu à la suite de
la lecture de ce billet de Pierre Assouline, j'ai beaucoup aimé ce premier album d'une série de
six.
Il relate l'histoire de Joseph Joanovici, un ferrailleur enrichi pendant la deuxième guerre mondiale à coup de trafic noir.
On retrouve un peu de l'ambiance du Modiano de la Place de l'étoile (je n'ai lu que cela de lui, peut-être que tous ses ouvrages sont aussi ambivalents) : une vision noire d'une société compromise
du haut en bas, ou le silence est la règle d'or.
Le dessin est un poil scolaire mais extrêmement efficace. Les deux ou trois premières planches, sur des pogromes en russie sont très prenantes, elles marquent.
La construction est assez complexe et on est tout de suite introduit dans toutes les périodes de la vie du trafiquant. Je ne saurais dire si le récit est respectueux dans le détail de la vérité
historique, en tout cas il sonne très vrai.
Une bonne BD, dont on doit espérer qu'elle tiendra la longueur (six tomes prévus, avec des auteurs qui veulent se donner le temps puisque le dernier devrait paraître dans cinq ans).
PS : le billet de Pierre Assouline est assorti de 249 commentaires, ce qui a l'air fréquent chez lui. Ca commence autour de la BD, avec les gros malins qui ramènent toute BD sur la deuxième guerre
mondiale à Mauss, mais ça finit sur Julien Gracq et des tas d'autres sujets. Il y a même un commentaire qui frise le surréalisme, ou rejoint Audiard et ses marins à phrases :
Dimanche 25 novembre 2007
Une bulle de savon cet album.
Comme à la lecture du Sommet des Dieux, on est pris tout de suite par ce livre. La montagne, qui a pourtant des dimensions de
colline, fascine presque autant que l'Himalaya. Cette fois-ci non pas par sa capacité à triompher des sportifs les plus endurcis, mais par son contenu magique - référence à des croyances japonaises
un peu animistes.
Sauf que, contrairement au Sommet des dieux, cet album est beaucoup plus court. On voyage donc dans une bulle de savon, on apprécie les reflets irisés de cette histoire simple, mais le voyage
s'arrête très vite. La bulle éclate, trop tôt.
Pour s'offrir vingt minutes d'évasion - le temps d'un Redbreast !

Entracte est un recueil de dessins et de textes brefs d'André Juillard, qui commente sa carrière de dessinateur.
Je redécouvre pour l'occasion un superbe graphiste, au trait valorisé par le grand format. Comme l'indique Bilal, en introduction, le trait de Juillard gagne à ne pas être encré. Certains de ses crayonnés de femmes sont absolument magnifiques.
Du coup j'ai acquis aussi son "Cahier bleu", histoire d'une parisienne d'origine québecoise au caractère bien trempé. L'histoire, scénario d'André Juillard aussi, pourrait faire une courte nouvelle : je ne suis pas absolument certain que la BD trouve là son meilleur emploi, ou que Juillard trouve plein emploi de son talent.
Peut-être qu'à la suite de Martin Veyron, quelques scènes un peu enlevées sont-elles nécessaires quand on s'aventure dans la tranche de vie.
Louise est quand même un beau personnage :

Très bel album. Pas de larmes gratuites ni d'émotion facile sur le 11 septembre 2001, mais un récit intime fin et sensible.
Le héros, M. Middle, cherche à reprendre pied après les attentats, comme toute la ville. Et comme toute la ville, il a du mal.
Au delà de cette situation spécifique, c'est un homme moderne, donc angoissé par son job, ses femmes, la possibilité d'un enfant, son père, son psy...
Bien des épisodes de sa vie ainsi décrite auraient sans doute eu lieu, différemment peut-être, sans les attentats. C'est une autre façon de dire que le livre est une réussite : l'histoire grande est réintroduite dans le petite histoire sans tapage. Il ne s'agit pas de faire pleurer Margot sur le 11 septembre, mais bien d'évoquer le sort de ceux qui ont dû composer avec ce souvenir, au jour le jour et pendant longtemps. (il y eu aussi une très belle BD sur le 11 septembre, vraiment concentrée sur l'événement, le
Mardi 11 septembre, de Henrik Rehr).
Avec cette subtilité scénarique, le dessin est en prime magnifique. J'aime beaucoup ce mélange de traits presque hyéroglyphique, à la Jochen Gerner, qui reste cependant lisible et parfois très poétique. Ca fait aussi penser à du Chris Ware, en plus sobre.
Une belle réussite.


Dans la présentation de ce manga superbe, une des phrases favorites de l'auteure est citée. Elle est d'André Gide : "
je ne me suis jamais senti grand goût pour portraire les triomphants et les glorieux de ce monde, mais bien ceux dont la plus vraie gloire est cachée".
Et ce manga est bien dans cette ligne, avec une histoire magnifique qui montre comment la bombe d'Hiroshima influe encore sur la vie d'une famille japonaise actuelle. La structure de l'histoire est complexe, avec des récits qui se déroulent en 1945, 1955 et aujourd'hui, et justifie une deuxième lecture (ou au moins de ne pas s'interrompre au milieu). Tout sonne néanmoins extrêmement juste, et les images de l'après-bombe sont superbes de retenue.
Le trait est un peu naïf, mais colle parfaitement au récit et aux personnages, des familles civiles banales dans un pays en guerre.
J'ai abusé des superlatifs pour cette présentation, mais c'est véritablement mérité.
(cf. une lecture plus complète
ici, avec deux belles illustrations issues du livre).

Un super manga ! J'aime beaucoup, pour le moment (deux premiers tomes lus), cette série où l'on découvre (dans mon cas) un jeu qui a l'air fascinant dans la simplicité de ses règles alliée à la complexité des combinaisons possibles.
Tout se passe au collège japonais, on voit donc les uniformes, les collèges aux réputations chic et les autres, les clubs de loisirs qui sont aussi des enjeux de pouvoir autant que des lieux de sociabilité.
Une autre dimension des mangas apparaît bien dans cette série, (comme d'ailleurs dans une
autre série, au genre un peu différent...), celle de la pédagogie. De courts encarts permettent, de façon progressive et pas ennuyeuse, parfaitement insérés dans le cours de l'histoire, de découvrir les règles du jeu.
Au passage, vous apprendrez par exemple la signification du terme Atari (souvenirs...)
Vous aurez probablement envie d'en savoir plus sur le jeu de go - au Japon, la série a relancé l'intérêt pour ce jeu traditionnel -, allez donc faire un tour sur le site de la
fédération française de go, avec son
animation en ligne pour comprendre les règles de base.

Une très bonne BD sans qualité particulière !
Il n'y a rien d'original dans cet ouvrage : le dessin, l'époque, font penser à la série
Fog, de Bonin et Seiter. Le scénario, un bon policier qui se déroule à Paris, et non plus à Londres, est de facture très classique.
Et pourtant, l'ensemble est fort attachant : le dessin a beaucoup de caractère, les couleurs sont superbes et l'ambiance est finalement très prenante. Le petit format, broché, en fait enfin un bel objet.
C'est lu en un quart d'heure, mais ça vaut la peine de dépenser une quinzaine d'euros...

La capacité des auteurs de manga japonais à s'inspirer de l'histoire mondiale pour leurs scenarios est fascinante. J'ai acheté ce Napoléon pour voir, je n'ai pas été déçu. Le dessin est sale, les personnages durs et leurs traits un peu trop anguleux, mais la sauvagerie de la guerre est très bien rendue.
Le récit démarre avec la bataille d'Austerlitz, et l'on aborde, même brièvement la description de la tactique napoléonienne.
Ensuite, flash back jusqu'en 1769, année de naissance de Napoléon, où l'on découvre que son père Charles Bonaparte, n'était pas un homme glorieux – d'un point de vue corse indépendantiste.
Je ne sais pas si le détail du récit est véridique (les indépendantistes corses décapitent les soldats français de Mirabeau et attachent leurs dépouilles à des arbres, Davout sabre un soldat sur le champ pour inconduite), mais l'ambiance atroce des guerres, civiles et militaires, est bien rendue. Et les débuts de Napoléon, du collège de Brienne à son arrivée à Paris, sont attachants. Un bon premier tome pour cette série.
(une erreur factuelle : l'auteur a confondu Gênes et Genève, en citant la république qui vendit la Corse à la France, en 1768).
La treizième enquête de Jack Palmer le conduit dans les milieux islamistes selon une expression familière.
Mais la visite est moins réussie que dans l'enquête corse. L'intrigue sert de prétexte à une visite du monde franco-musulman, et n'est pas menée avec une grande conviction.
Les querelles internes au monde musulman français sont évoquées - c'est souvent assez drôle - entre musulmans parfaitement intégrés et d'une observance religieuse pas très stricte, et d'autres plus tatillons. On a le sentiment d'une situation trop simplifiée, Israël n'est pas évoqué, et entre ça et une intrigue faiblarde, c'est dur.
Heureusement, il reste le dessin, excellent, et quand même un humour qui réussit par moments à être à la fois très fin et corrosif – j'ai beaucoup aimé les apparitions successives du duo de fonctionnaires de l'Intérieur.
Un article élogieux sur ce tome annonçait une prochaine enquête dans le Marais et dans d'autres communautés. Attention à ne pas faire les Bronzés 3...


Une BD étonnante. Très dure comme ambiance, angoissante même par moments, les personnages que l'on y rencontre sont pourtant fragiles (beaucoup d'enfants) et même la plupart des méchants ont des raisons de l'être (une enfance atroce et manipulée). Le scénario est plein de rebondissements parfaitement bien menés, depuis le premier jusqu'au 18ème tome ! On reste un peu sur sa faim la dernière page refermée, où de nombreux problèmes ne sont pas réglés. Mais le docteur Tenma, et surtout Johann, sont des personnages marquants.
Le graphisme est superbe, très fin :

Voir des résumés très détaillés de chaque tome sur
BD Sélection.
Mercredi 23 novembre 2005
Deux BD extra, où l'auteur raconte deux moments de sa vie avec un réalisme qui inclut tous les délires de la jeunesse. Les questions très concrètes d'un gamin d'une dizaine d'années (pourquoi je suis pas circoncis), et les réponses brutales qu'il reçoit, sont la trame de "Ma circoncision". On quitte la Syrie, où se déroule ce premier livre, pour la France, où c'est l'adolescence qui frappe l'auteur, avec ses délires de persécution (personne ne m'aime), ses frustrations sexuelles, tout ça raconté avec un humour décomplexant pour tous ceux qui sont passés par là ! La veine de la BD autobiographique ne s'affadit pas encore, et c'est tant mieux.
Encore une BD (le temps me manque pour lire autre chose) ! Je ne connaissais pas Rosinski, faute de goût pour le genre Thorgal, mais j'ai acheté cet album au vu de la couverture : le reste n'en dément pas les promesses ! Il y a, sur un scénario qui est peu un prétexte, des images splendides, en couleurs un peu floues, qui s'adaptent parfaitement au caractère historique du livre. Les vues du Palais de justice de Paris sont saisissantes de fidélité. Les femmes sont également superbes, même s'il ne s'agit pas d'une BD érotique. On peut acheter sans risque...
Si j'en crois le site de la FNAC, ce manga est fidèle, dans ses grandes lignes, au livret de l'opéra de Mozart. Dans les détails il est curieux, un peu baroque, puisque les personnages sont dans des costumes japonais, avec quelques détails italianisés par moment. Cela n'empêche pas le valet de Don Giovanni, Leporello, d'être...un automate, une sorte de robot humanisé. L'ambiance est donc curieuse mais si on passe les premières pages (ce qui est facilité par le fait que le sens de lecture occidental a été rétabli), on se rend compte que le livre est aussi plein d'humour et que c'est finalement sa marque principale.
- Donna Elvira (à Don Giovanni) : "
menteur, salaud, fripouille, obsédé sexuel à voile et à vapeur, fumiste, pervers"
- Leporello : "
je vois que vous connaissez tous les titres de mon maître"
- Don Giovanni (à Leporello) : "tu vois toujours tout en noir"
- Leporello : "je suis de fabrication japonaise"
Vendredi 11 novembre 2005
Ces deux BD sont liées. D'abord parce que je les ai lues ensemble ; et ensuite et surtout parce que ce sont deux exemples brillants de récits autobiographiques dessinés. Le combat ordinaire est en noir et blanc magnifique et décrit l'installation de l'amour chez un couple en danger. En danger comme tous les couples modernes où l'on se pose tous les jours la question de savoir si l'on continue, mais également parce qu'elle, récemment divorcée, est porteuse du virus du sida. La BD de Larcenet est à la fois plus légère (scènes de délire entre deux frères réjouissantes) et plus grave (le héros y souffre de crises d'angoisse rudes). Les deux albums sont magnifiques. Pour ceux qui auront envie de continuer avec Manu Larcenet, j'ai aussi lu en même temps "une aventure rocambolesque de Sigmund Freud". A lire avec ironie, en retenant que l'album venant avant le "combat ordinaire", Larcenet avait visiblement des comptes à régler avec la psychanalyse et qu'il s'accomplit de sa tâche avec humour, en campant un docteur Freud à la conquête du Far-West excellent.
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