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Dimanche 18 mai 2008
Pas très gai, mais force est de le constater : s'opposer à l'Europe et à tout ce qui la soutient, se raccrocher au programme du Conseil national de la Résistance et à l'économie socialisée qu'il défendait, tout cela n'est guère sexy aujourd'hui.

Il faut être moderne, européen, léger. J'aime beaucoup Zemmour, Muray et autres cyniques clairvoyants sur l'esprit du temps, je leur reproche leur pessimisme systématique et l'absence de perspective de leur discours.

De mon côté, je cherche, des pistes, du positif. Rien de bien solide pour le moment.

Mais je me console en lisant ce passage de Léo Strauss, qui n'est pas le néocon que l'on dit.

Ainsi, ces quelques lignes tirées d'une conférence de 1941, "Sur le nihilisme allemand" :

Il y décrit la montée du nihilisme en Allemagne, celui qui ouvrit la voie à Hitler. Face à ce courant, les progressistes furent désemparés, jusqu'à passer pour des conservateurs :

"En conséquence, les adversaires des jeunes nihilistes tendirent à adopter une posture défensive. Il arriva ainsi que les partisans les plus ardents du principe du progrès, un principe en lui-même agressif, furent contraints d'adopter une posture défensive ; et, dans le domaine de l'esprit, le fait d'adopter une posture défensive ressemble au fait de reconnaître sa défaite. Les idées de la civilisation moderne apparurent à la jeune génération comme de vieilles idées ; ainsi, les partisans de l'idéal du progrès se trouvèrent dans la situation inconfortable de devoir résister, à la façon de conservateurs, à ce que l'on avait appelé entre-temps la "vague du futur". Ils donnèrent l'impression d'être écrasés sous le lourd fardeau d'une tradition éculée et un peu poussiéreuse, tandis que les jeunes nihilistes, qu'aucune tradition n'entravait, avaient une liberté totale de mouvement. Et, dans les guerres de l'esprit non moins que dans les guerres réelles, la liberté d'action signifie la victoire." (in Léo Strauss, Nihilisme et politique, Rivages Poche).

Aux Etats-Unis, les néocons, en Europe les pro-européens, tous veulent rompre avec un passé encombrant, fait de pesanteurs sociales et de procédures démocratiques un peu lourdes. Je ne sais pas s'ils finiront aussi mal que leurs prédecesseurs nihilistes, devenus hitlériens, tels que les décrit Strauss en 1941, tout ce que je sais c'est qu'ils ont rompu avec des choses que nous tenions pour sacrées : aux USA, le droit international, en Europe, la souveraineté populaire. Rien de bon ne peut en sortir. S'il le faut, je serai donc conservateur.







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Samedi 17 mai 2008
Malakine, sur son blog, avait bien noté la pauvreté insondable de la déclaration de principe du PS.

Il faut lire son argumentation, serrée et précise.

Je retiens du texte socialiste l'acceptation d'une défaite : plus aucun terme employé n'est susceptible de déplaire à qui que ce soit. Il faut "concilier les intérêts privés et l'intérêt général" (il fut un temps ou de toute évidence l'intérêt général devait primer).

Beaucoup de formules n'engagent à rien, comme ce magnifique élan creux : "Les socialistes affirment que certains domaines de l'activité ne peuvent relever du fonctionnement du marché quand ils concernent des droits essentiels." Ils auraient pu se creuser pour en trouver un, peut-être même deux, soyons fous. Sans doute ont-ils eu peur de tomber sous le coup de la doctrine bruxelloise de la concurrence, puisque par ailleurs le PS s'affiche comme pro-européen.

Bref, sans doute un joli coup de Hollande, qui pourra mettre cette rénovation à son crédit, le moment venu, à part cela, un coup pour rien (sans compter que ce texte n'a apparemment pas été discuté dans les sections. Le PS n'ayant pas grand chose à faire pendant quatre ans, ça aurait pu faire l'objet d'une ou deux réunions, non ?)


Le texte complet
, sur le site du Monde.









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Jeudi 15 mai 2008
Avant de partir en vacances, j'avais comparé l'expression carrée et directe d'un site internet (bakchich) au style contourné du Monde, au sujet des réformes hospitalières.

A mon sens si les journalistes étaient un peu plus engagés, assumant un point de vue partial mais informé, nous ne nous en porterions que mieux.

Il faut voir avec quelle véhémence Claude Askolovitch s'est défendu de toute partialité, chez Eric Mainville, à propos de son traitement de Besancenot dans le Nouvel Obs. Il aurait mieux fait d'assumer une partialité après tout compréhensible de la part d'un journaliste de l'Obs au regard du porte parole de la LCR.

Idem quand une journaliste du Monde se sent obligée d'écrire que Sarkozy est aussi libéral qu'interventionniste, lors qu'il est surtout un cheval libéral pour une alouette dirigiste.

Ce goût du neutre dont crève doucement la presse se traduit par un traitement parfois étrange de l'information.

Ainsi d'une info abracadabrantesque reléguée en pages intérieures du Monde d'hier, sans appel de une, même pas en haut de page, misérable :
"Les Hospices civils de Lyon, premier employeur de la ville, sont en faillite." (un aimable commentateur précise qu'un CHU ne peut être en faillite, c'est sans doute vrai. Il n'empêche qu'être en déficit avant la moitié de l'année ne doit pas faciliter la gestion sereine des affaires. D'autres se félicitent qu'enfin l'attention des lecteurs soit attirée sur la situation de l'hôpital public. C'est encore bien discret à mon goût...)

Il faut lire l'article pour comprendre qu'il y a peut être un lien vague et lointain avec des réformes libérales de l'hôpital : "Lyon n'est pas un cas isolé : seuls deux des 31 centres hospitaliers universitaires de France, Limoges et Poitiers, ne sont pas déficitaires. Entre 2005 et 2007, le déficit global des CHU français est passé de 24 millions à 367 millions d'euros. Cette crise s'explique notamment par l'évolution du mode de financement : depuis 2004, les CHU ne reçoivent plus de dotation globale de l'Etat, mais sont passés à une tarification par activité."

Pour moi, "le déficit global des CHU français est passé de 24 millions à 367 millions d'euros", ça aurait pu faire un beau titre de Une, avec une suite sur les ravages de la tarification à l'acte dans les hôpitaux publics sur fond de croissance des cliniques privées. Ravages qui permettront ensuite de justifier plus de privatisations (cf. aussi ce très beau billet sur les moyens statistiques d'arriver à la conclusion que le public est inefficace).

Mais non. A la place on a l'eau tiède habituelle, avec ce superbe et très administratif "cette crise s'explique notamment...", qui permet de ne mouiller personne et de préserver l'avenir.
 

Ben voilà. Il y a des jours où la lecture des infos me met dans la même humeur que CSP, où je n'ai pas envie de pondération soft (qu'il me pardonne, j'espère, cet extrait un peu long, ça en vaut la peine et ça n'empêche pas d'aller lire le reste) :

"Et croiser quelqu'un que je connais très bien, qui est très proche, et la voir en train de faire les restes d'un marché pour quelques légumes et qui devient rouge et baisse les yeux quand elle s'aperçoit que je suis suis là ...
Non, ça ne me fait toujours pas rire, non. Désolé.

Alors je rentre chez moi, j'allume l'ordinateur et je regarde la presse en ligne. Et je lis des trucs comme ça :

"pour faire pression sur les prix, la meilleure manière est de libérer la concurrence"

Ou plus loin :

"L'économie française, qui accuse un chômage encore élevé et des déficits lourds, avait besoin d'une clarification. Les réformes manquaient de cohérence. Un an après, elles en gagnent."

Et je n'arrive toujours pas à prendre les choses à la légère.
"



Ben moi non plus.















 
 
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Mardi 13 mai 2008
Il y a de cela quelque temps, je déjeune avec un ami, membre de l'un des grands corps que la planète nous envie. Petit tour d'horizon, tout va bien.

Il me parle d'un futur think tank qui va enfin remplir le vide d'idées à gauche, avec un million d'euros de capital et une pléiade d'experts pour refaire le monde en grand. L'objet sera d'arroser en idées et notes toute la gauche, de la LCR au Modem. Il me propose d'en être.

Par honnêteté, bravacherie, amusement, je lui indique que oui, bien sûr, ça m'intéresse. Il y a juste un petit problème, je suis devenu totalement opposé à la construction européenne.

Ah...

Bon, c'est dommage m'explique-t-il, ça va pas l'faire.

Je retiens qu'il s'agira donc d'arroser large mais à partir d'un petit tuyau...

Aujourd'hui je comprends que j'étais à deux doigts de faire partie des "experts progressistes à haut potentiel, issus du monde de l’entreprise, de la fonction publique, de la recherche ou des milieux associatifs, et spécialistes des politiques publiques"... Caramba...

Le truc en question s'appelle donc Terra Nova, la fondation progressiste.

Il y a
un site internet, pour tous les détails.

A priori, à voir les équipes, ça sent le truc qui va ronronner grave. Non pas que la fondation n'accueille pas des individualités fort respectables, mais ça sent tellement l'élite parisienne qu'on voit mal ce qui peut sortir de cela.

Le premier groupe, qui réfléchira sur des primaires à la française, sera animé par un communicant, avec des vedettes comme Olivier Duhamel et Stéphane Rozès.

On peut peut-être attendre plus des notes courtes, non signées, rédigées par les experts. Par exemple l'intéressante note sur les jeux d'argent. Pas du tout d'accord avec l'argument de l'innocence européenne dans l'ouverture des jeux à la concurrence qui se prépare en France (même si l'Europe n'était qu'un prétexte à la libéralisation forcenée de toute activité, il faudrait, pour cette raison seule, cesser d'y participer.), mais la note est factuelle et argumentée.

Bon, beaucoup de prétention dans cette fondation qui se veut définitive (La Fondation, comme si
la Forge, Copernic, Res Publica ou même le tiède Telos n'existaient pas).

D'un simple point de vue technique, un peu de modestie s'impose pourtant.

Ainsi, quand on cherche le site de la fondation, il est tout sauf bien référencé et l'on fait des rencontres étranges :


ou encore :




Par ailleurs, pour une fondation au capital de 1 million d'euros, ils auraient pu s'offrir un flux RSS dans leur site, on peut en avoir pour pas cher en ce moment...

Cette maîtrise relative d'internet doit s'expliquer par le fait que le seul et unique mécène recensé pour le moment est le très progressiste groupe ... Microsoft.

(à lire aussi, le billet consacré à ce navire amiral de la pensée progressiste chez MC, chez Radical Chic (qui a défendu Ségo bec et ongles pendant la présidentielle mais a dû manger du topset depuis), ou chez Intox 2007).

Bon. Rien n'interdit de penser que quelque chose de bien sortira de cela, mais ça ne paraît pas très bien engagé...




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Mardi 13 mai 2008
Reçu en commentaire, un appel à signer pour la défense des retraites.

Ca me va, je le recopie in extenso ci-dessous :


"Auteur : France Coordination 2008

A l'attention de : Syndicats de salariés du secteur public et privé

Nous salariés du public et du privé, demandons que soit en préalable régularisées ces importantes questions, avant toute nouvelle réforme équitable des retraites.


1/ Sur les recettes exonérées, visées par la Cour des Comptes :

- La taxation immédiate des stock-options, qui, selon les termes du dernier rapport constituent "bien un revenu lié au travail, donc normalement taxable", qui ont ainsi entraîné une "perte de recette aux alentours de 3 milliards d'euros" ( année 2005).
Ce rapport de la Cour des Comptes précise que : les 100 premiers bénéficiaires devaient toucher chacun une plus-value de plus de 500.000 euros et les 50 premiers de plus de 10 millions d'euros.


2/ Sur les dettes de l"Etat :

- Apurement de ses dettes, supérieures à 10 milliards d'euros, qu'il a cumulées à l'égard de la "Sécu" en ne compensant pas systématiquement les exonérations de charges (rapport Cour des Comptes).


3/ Sur les recettes de privatisations :

- Transfert des sommes non versées depuis 2002 vers le fond de réserve des retraites, comme la loi le prévoyait.

A savoir que ce fond était abondé à hauteur de 30 milliards d'euros en 2002. Il aurait dù étre à hauteur de 300 milliards en 2007, or 3% seulement des recettes de privatisations effectuées depuis ont alimenté ce fond de réserve.


4/ Sur les gains de la VAB, détournées des bénéfices du travail, vers les profits :

- 8,4 points de valeur ajoutée depuis 25 ans (référence INSEE), représentant pour la seule année 2006, 134 milliards d'euro, au détriment des bénéfices du travail.


Nous demandons avec force et en préalable également, pour des raisons de simple justice et d'égalité des citoyens devant la loi, de morale républicaine, que le régime spécial de retraite des parlementaires soit réformé, pour l'aligner sur les critères que ces derniers décident, votent et font appliquer aux autres régimes de retraites des citoyens.

A savoir :

1/ passage à 40 années de cotisations au lieu de 37,5 années pour les parlementaires.

2/ abandon du scandaleux privilége de la double cotisation qui ne se justifie en aucun cas, permettant aux parlementaires de bénéficier d'une retraite à taux plein au bout de 22,5 années seulement de cotisations.

Nous appellons pour toutes ces raisons, les organisations syndicales du public et du privé, à s'emparer avec force et résolution de ces questions, pour les faire valoir au nom des salariés.

-----------
SVP faites tourner et signer cet appel de simple justice sociale et républicaine avec son lien internet.


Lien vers le texte : http://www.ohfr-redir.com/1434

Pour faire un lien vers cette pétition, cliquez-ici "


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Mardi 13 mai 2008
Dans un silence médiatique remarquable, les départements riches de la Bolivie sont en train de faire sécession (probablement bientôt sous les bravos de Robert Ménard).

Lisez à ce sujet un très bon billet chez Jean Lévy.

Ca commence comme ça :

Le 18 décembre 2005, Evo Morales est élu président de la Bolivie. Il est le premier indien, peuple pourtant majoritaire dans ce pays de 10 millions d'habitants, a accéder à un poste de responsabilité.
Fidèle à son programme, celui du MAS (Mouvement vers le Socialisme), il décrète, le 1er mai 2007, la nationalisation des hydrocarbures : l'Etat devient majoritaire dans ces sociétés, jusqu'à là propriété de multinationales. Celles-ci conservent une part minoritaire du capital, mais perdent le droit de contrôle sur la gestion de ces industries.
Sur le plan agraire, le gouvernement décide une redistribution des terres au profit des paysans indiens, jusque là privés du droit de propriété du sol. Or, dans les plaines et les plateaux de l'Est de la Bolivie, la terre cultivable est le bien de quelques familles blanches ou créoles. C'est ainsi, que dans les seuls départements de Beni et de Santa Cruz, 312 966 ha appartiennent à seulement seize familles, qui les ont accaparés, entre 1953 1992, grâce aux dictatures militaires. La famille Monastenos Nieves détient plus de 36104 ha; une autre, 54198 ha; une troisième, 24934 !

La suite
, chez Jean...


Voir aussi le site de
Latin Reporters, moins engagé mais qui a l'air relativement objectif.


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Vendredi 9 mai 2008
L'Archevêque de Paris m'écrit il y a deux jours pour m'inviter à financer la restauration du Collège des Bernardins. Il me propose de financer "à moi tout seul 1 m² de restauration complète du Collège des Bernardins, aménagement et équipement compris, par un don de 9 900 €". Et à ce prix-là même pas un radio-réveil.

Il y a quand même un cadeau promis, non pas une indulgence papale (on me signale qu'elles ont été retirées du marché il y a déjà quelques siècles), mais une bien terrestre, puisque "66% de vos dons sont déductibles de votre impôt sur le revenu". Grâce au sarkozysme et à la loi TEPA, on me promet même, si je suis assujetti à l'ISF (raté !), de pouvoir le réduire de 75%, car il s'agit d'une Fondation reconnue d'utilité publique.

Là, je commence à tousser. De fait, j'ai déjà payé, en tant que contribuable parisien, pour le Collège des Bernardins, puisque si je me souviens bien, il a été vendu dans les derniers jours de l'ère Tibéri à un prix jugé à l'époque fort amical.

Et puis je me souviens d'être passé, il y a peu, devant un bâtiment reconverti. C'était un orphelinat, un grand bâtiment en briques du XIXème, qui portait encore le nom de son fondateur, un industriel du coin. Sur l'entrée, il y a une plaque "Direction Départementale de l'Assistance Sanitaire et Sociale". L'Etat a repris à son compte une initiative charitable et privée.

Nous vivons aujourd'hui le mouvement inverse. L'Etat se décharge sur des fondations et autres trucs créatifs pour faire le bien à sa place. Plus d'intérêt commun, à chacun sa fondation.

Ma curiosité naturelle m'a incité à rechercher la liste des Fondations reconnues d'utilité publique, grâce auxquelles on peut effacer jusqu'à 75% de son ISF. Elle est sur le site du Ministère de l'Intérieur (ici).

C'est émouvant comme liste.

Il y a une fondation dont le but est de "Recevoir des personnes des deux sexes, âgées, valides et lucides non atteintes de maladies contagieuses." Des vieux propres quoi. Les vieux sales iront à la DDASS justement, financée par les 25% d'impôts qui n'auront pas réussi à fuir l'ISF.

La liste est longue des fondations, plein de peintres (Carzou, Rouault...)

Une autre bonne cause : la fondation Wendel. Celle-là est extraordinaire. Il s'agit "d'acquérir la propriété de fonds d'archives historiques de la famille, de la Maison et du Groupe "de WENDEL", de promouvoir son complètement et de veiller à son entretien et sa conservation dans le futur". Les membres de la famille Wendel (Ernest-Antoine au premier chef), vont pouvoir réduire leur ISF en donnant à une fondation qui va leur racheter à eux-mêmes leurs vieux papiers, le dentier du grand-père et des moules à canon conservés. Formidable. Tellement moderne. Les riches se font payer par l'Etat pour ériger un truc à leur gloire.

Sans commentaire. Il y a encore trop de profs.





(J'oubliais : c'est la Journée de l'Europe. Rien à foutre. Elle a aussi sa Fondation.)



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Mercredi 7 mai 2008
Le Pen réitère son opinion idiote selon laquelle les chambres à gaz ne sont qu'un détail de l'histoire.

C'est idiot au sens propre : les chambres à gaz sont une partie de l'ensemble que constitue la deuxième guerre mondiale, et en même temps ce sont les chambres à gaz, prises comme symbole de la déportation et de la destruction de plusieurs millions de juifs, qui constituent l'horrible originalité du nazisme.

Bref, Le Pen joue avec les mots, toujours les mêmes, pauvrement. Mais c'est moins Le Pen qui m'intéresse dans ce nième dérapage, que le terrain sur lequel ce dérapage est intervenu.

C'est en effet le magazine "Bretons" qui interrogeait Le Pen. Ce magazine s'intéresse à la bretonnitude et aux bretons, en parfaite symbiose avec l'approche ethnique de la société défendue par Bruxelles (cf. ici sur l'aspect politique, et là sur les aspects statistiques).

Et voilà qui conduit à mettre Le Pen en une car il est aussi breton avant que d'être d'extrême-droite :


Dans le numéro 2, c'était Patrick Le Lay, breton avant d'être vendeur de temps de cerveau disponible (puis PPDA, Michel Edouard Leclerc...) Le même numéro 2 comprenait une enquête sur "les bretons de Paris", avec une question : "combien de bretons à Paris ?"

Bon, le grand jeu moderne est de rechercher partout le ventre fécond d'où est sorti la bête immonde. Pas de chez Bretons Mag tout de même, qui a aussi mis en une Kofi Yamgnane, interroge chaque mois des étrangers sur leur vision de la Bretagne (Sergi Lopez, Annie Cordy...)

Mais ce régionalisme sur papier glacé ne me séduit pas. Pour tout dire, un futur fait de communautés ethno-identitaires mêlant marketing et culturalisme de pacotille (voir les articles sur "les dingues du kilt" ou "le beurre salé"), tout ça sous la houlette bienveillante de Bruxelles m'effraie.

Voilà pourquoi ce n'est pas tant le dérapage de Le Pen qui m'étonne que le lieu où il s'est produit qui m'intéresse...




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Dimanche 20 avril 2008
Pour moi c'est une question. Pour Gérard Grunberg, c'est une certitude : tout va très bien.

J'avais lu un article de Grunberg après les municipales, qui m'avait déjà interpellé. Il réussissait l'exploit de conclure à un renforcement du bipartisme après les municipales, sans même écrire une fois le mot "abstention" (record pourtant sous la Vème). Il jetait également Bayrou aux oubliettes, alors que le score du Modem est bon là où il avait des candidats, et que l'acharnement de Sarkozy à planter Bayrou montre que Sarko ne s'y est pas trompé.

Essayant de retrouver cet article, je suis tombé sur
l'analyse du livre de Grunberg et Laïdi, "Sortir du pessimisme social".

J'y retrouve toutes les idées qui font perdre la gauche d'aujourd'hui.

Pour Laïdi et Grunberg, le pessimisme indû c'est "le rejet de la mondialisation, la méfiance vis à vis du projet européen ou encore la crainte des nouvelles technologies."

Pour eux, la solution principale est là :

"De fait, la critique sociale de l’État a basculé de gauche à droite. C’est aujourd’hui le néolibéralisme qui met en évidence les inégalités que l’État produit ou garantit, quitte, naturellement, à sous-estimer les inégalités de marché qu’il tend à naturaliser. On peut donc imaginer qu’une critique d’inspiration social-démocrate puisse mettre en évidence à la fois les inégalités de marché et celles générées par la protection statutaire de certaines catégories."

Voilà comment la gauche doit s'aligner sur la position du courrier des lecteurs du Figaro pour dénoncer la protection statutaire de certaines catégories. Comme j'imagine qu'il ne s'agit pas de critiquer les golden parachutes, je pense que l'avenir de la gauche selon eux c'est de taper sur les enseignants, les cheminots et autres scandaleux privilégiés. Sarkozy fait ça très bien tout seul pourtant.

Les deux auteurs, toujours pour suivre le résumé de leur ouvrage, dénonçaient les économistes institutionnalistes de gauche (Aglietta, Boyer, Amable), toujours trop prompts à souligner les fragilités du capitalisme américain. Je pense que sur ce sujet Laïdi et Grunberg n'ont pas à faire la leçon à qui que ce soit sur la force inébranlable du modèle américain. Les USA, s'ils continuent à jouer au chêne inébranlable s'engageant en Iran, risquent fort de faire rire les roseaux...

Pour conclure, l'article rappelle que l'ouvrage  de Grunberg et Laïdi se terminait par un chapitre expliquant combien toutes ces idées modernes qui vont faire gagner la gauche optimiste (vive l'Europe, vive le marché, vive la mondialisation dérégulée) sont incarnées par Ségolène (CQFD).

Tout faux donc. Je crois qu'en sens inverse la gauche gagnera si elle sait :

1. être inflexible sur le fait que les fondements de la société ne sont pas régis par le droit des contrats, et que donc la puissance publique peut décider de faire de secteurs comme la santé, l'éducation, les transports, l'énergie, des secteurs partiellement ou complètement publics (malheureux d'en arriver là),

2. refuser l'Europe qui ne sert qu'à imposer le marché partout, dans l'ensemble des relations sociales,

3. considérer que les pays en développement ne sont pas nos ennemis mais nos alliés dans le combat pour un monde ouvert mais régulé.

En attendant, il n'y a pas de raisons aujourd'hui d'être particulièrement optimistes...



(j'espère pour mon ami écryvain renouer ainsi avec une veine plus posée, quoique plus fatiguante...)






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Lundi 14 avril 2008
Suite aux remarques  de Gus, j'ai regardé quelques vidéos de Zemmour. Face à Bayrou, en fin de la vidéo suivante, le sujet européen est abordé. Zemmour s'est lancé dans une question implacable à Bayrou : "vous voulez maintenir le modèle social français comme résistance à la mondialisation, mais l'Europe se vautre dans la mondialisation, et vous êtes le parti européen. Quid ?"  Bayrou n'a pas été bon dans sa réponse, mais je vous laisse juger...








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Dimanche 13 avril 2008
Comme le coucou fait son nid chez les autres, Ségolène Royal a lancé, l'air de rien, son OPA sur le PS.

On a beaucoup glosé sur la trahison supposée de Fabius qui aurait été déloyal en faisant campagne - plutôt discrète - pour le non en 2005.

Je ne sais pas bien comment se compare la campagne de Ségo à celle de Fabius, mais tout n'y respire pas la sincérité affichée...

1. Un site internet est lancé,
www.congresutileteserein.com (.com ?), dont le look pompe allègrement celui du PS, histoire d'apparaître comme un truc officiel. Ségolène n'est pas Première secrétaire du PS mais se comporte déjà comme telle.


La question posée est claire : comment le congrès du PS peut-il être utile aux français ? Comprendre : comment choisir le bon candidat pour la présidentielle et ne se lier en rien par des questions idéologiques (beurk) ? Ou comment contourner les éléphants et les millitants par un appel à l'opinion publique (qui n'en a pas grand chose à faire au demeurant).

Ce à quoi aboutira la méthode royaliste est clair, et parfaitement décrypté, par
Eric Dupin :

"...La vérité de leur démarche [des royalistes] est exprimée sans fard par Gaëtan Gorce, l'un des soutiens les plus réfléchis de Royal, dans une lettre aux dirigeants socialistes. Ce "rénovateur" convaincu fait du changement du "fonctionnement" du parti un "préalable" à sa renaissance.  Il prône courageusement une présidentialisation du PS: le premier secrétaire serait élu avant
le congrès indépendamment d'un texte politique; les courants disparaitraient au profit d'une "vaste consultation" de la base qui serait arbitrée on ne sait trop comment (ou plutôt si). Tout cela s'inspire à la fois des moeurs contestables de la Vème République - au moment même où il est question d'y remédier - et des pratiques encore plus douteuses du "centralisme démocratique" de culture communiste."

Retour à Georges Marchais ? Je crois que je préfère les guerres de courant...

2. Des réunions Désirs d'Avenir ont lieu pour préparer le congresutileetserein, dont les secrétaires de section PS relaient les invitations (en tout cas le mien), mettant ainsi le fichier des adhérents du PS à disposition de Désirs d'avenir :


EN PRESENCE DE DAVID ASSOULINE SENATEUR ET CONSEILLER DE PARIS, MEMBRE
DU GROUPE DES 20 AUTOUR DE SEGOLENE ROYAL.

PROGRAMME
LANCEMENT DU PACTE RENOVATEUR

DEFINITION DE GROUPES DE TRAVAIL

POUR REPONDRE A LA CONSULTATION PARTICIPATIVE

LANCEE PAR SEGOLENE ROYAL SUR LE THEME

COMMENT LE PARTI SOCIALISTE PEUT IL ETRE UTILE AUX FRANÇAIS
?



3. Ségolène a ses locaux propres (financés par Pierre Bergé) ; Vincent Peillon, qui apparaît de plus en plus comme son bras droit, a lancé sa propre fondation, l'Institut Edgar Quinet, qui vient concurrencer la Fondation Jean Jaurès... Bref, ceux qui ont jeté la pierre à Fabius pour fractionnisme peuvent en préparer deux ou trois autres pour Ségo.


En tout cas, pas question pour moi de jouer le serin utile de cette démarche de coucou. Tout comme Jospin, Ségolène ne montre en rien en quoi elle aurait
suffisamment changé pour que sa défaite passée se transforme en victoire. Comme le relève Versac, la même méthode d'enfumage militant que celle qui a prévalu lors de la présidentielle est à l'oeuvre : "Comme lors du précédent désirs d'avenir, il semble que ces deux fonctionnements restent cloisonnés : d'un côté, le bon peuple des forumeurs, bons à s'étriper sur des forums, de l'autre, les cercles intellectuels (bien constitués, manifestement, avec la fine fleur des intellectuels de centre-gauche)."

Au final, on sait bien qui rédigera le programme de Ségo, dans un petit bureau (Vincent Peillon, pas effrayé, annonce sur la vidéo d'accueil de la cage à serins que le programme "sera écrit à 100 000 mains". Certes. Et après 100 fleurs refleuriront...)


En synthèse, l'argumentaire royaliste est le suivant :

    1. il faudrait voter Ségolène au PS car c'est la meilleure,

    2. elle n'a pas d'idées mais une méthode,

    3. sa méthode n'a pas marché en 2007 mais elle reprend la même.

Il y a à mon avis une de ces trois propositions qui est fausse...



Ah, j'oubliais : la méthode choisie, par questionnaires ouverts (liste de 10 questions-fatras) est parfaitement faux-cul : à quatre années d'échéances électorales, on aurait aimé que Ségolène cesse de dire que son choix sera celui des français pour plutôt exprimer ses propres positions et propositions. En toute bravitude.











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Vendredi 4 avril 2008
Reçu la newsletter de l'Observatoire des inégalités.

Je recopie ci-dessous deux extraits d'un résumé d'article à lire en entier sur le site, titré "
les riches encore plus riches" :

"une récente étude de l’économiste Camille Landais sur l’ensemble des revenus déclarés aux impôts [3] a donné la mesure de l’écart entre l’évolution des revenus de l’immense majorité de la population et ceux des plus riches.

Sur la période 1998-2005, le revenu moyen déclaré par les Français stagne quasiment, passant de 23 205 à 24 574 euros. 5,9 % de mieux en huit ans, soit… 0,82 % par an en moyenne.

Cette moyenne très faible cache cependant de grandes disparités.

Pour les 90 % des Français les moins riches, l’évolution des revenus est en deçà de cette moyenne : 4,6 % de mieux seulement sur la même période.

Les 10 % les plus riches sont eux nettement mieux lotis : + 8,7 %.

Phénomène étrange, plus on resserre la focale sur des fractions de plus en plus réduites et de plus en plus élevées des hauts revenus, plus les revenus augmentent de façon spectaculaire.

Ainsi, le dix-millième des Français les plus riches (3 500 foyers) a-t-il vu sa fortune augmenter de 5,2 %… chaque année, soit au final 42,6 % de mieux.

Bref, plus on était riche en 1998, plus on est riche en 2005. Et comme ailleurs, les salaires sont pour beaucoup dans cette hausse.

Les 250 000 salariés français les mieux payés (1 % de l’ensemble des salariés) ont vu leurs rémunérations augmenter de 14 %.

 L’élite des 25 000 meilleurs salaires français a, elle, eu droit à une petite augmentation de 29 %.

Pour ceux enfin qui font partie du club très fermé des 2 500 plus grosses feuilles de paie, alors là, c’est carrément 51 % de mieux en 8 ans !

De ce point de vue, souligne C. Landais, « la France rompt avec 25 ans de grande stabilité de la hiérarchie des salaires, et semble converger vers les modèles de rémunération des hauts salaires anglo-saxons ».
"

Cette évolution ne peut  s'être produite sans avoir de conséquences sociales, ou sociétales :

"Au-delà de ces explications et des constats chiffrés se dessine enfin une autre question. Opulents, nombreux, en pleine croissance, les riches ne tendent-ils pas à devenir un véritable groupe social ? On peut le penser quand on voit la manière dont les classes supérieures tirent profit de leur inscription internationale pour asseoir leur domination. Ces nouvelles élites internationales forment en tout cas un monde à part avec sa hiérarchie interne, ses rivalités, ses codes sociaux et un style de vie naturellement hors du commun mais finalement très contraignant."

Je laisse de côté le "finalement très contraignant", qui rappelle
la fable de La Fontaine ([...] Son voisin, au contraire, étant tout cousu d'or, Chantait peu, dormait moins encor ; C'était un homme de finance.[...])

Mais cette classe enrichie par la crise, qui profite de l'ouverture au privé, ces consultants payés à prix d'or pour refaire le travail des fonctionnaires auquel ils ne connaissent pas grand chose, ces Poweo qui nous vendent plus cher l'énergie qu'ils achètent à EDF, bref, les braves gens qui s'enrichissent du démantèlement des services publics ; me semblent tout désignés pour faire... de bons européens. Et qui reprocheront encore au petit peuple qui vote Non son "égoïsme" et sa bassesse de vues, en toute bonne conscience (rappellons que
les votes au référendum ont été corrélés très étroitement avec le revenu, les classes les plus aisées se prononçant pour le oui massivement).

Et si le "populisme" avait une justification concrète, nichée au fond du porte-monnaie fondant de la ménagère ? L'Europe devrait se rappeler ce qui peut naître de la misère des peuples...






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Jeudi 27 mars 2008
Parmi les nonistes éminents, Nicolas Dupont Aignan est un cas à part : il a fait de la défense du non et de la souveraineté nationale - condition d'une expression démocratique un combat à part entière et le sujet unique de ses interventions.

De ce point de vue, il est lucide : c'est aujourd'hui le seul combat qui vaille car il conditionne tous les autres.
En l'absence de souverain européen autre que la Commission, renoncer à la démocratie française c'est s'abandonner à être gérés comme des paquets.

Par ailleurs, NDA est un homme très sympathique. Le hasard a voulu qu'il soit mon prof de droit public il y a fort longtemps, et c'est l'un des très rares enseignants que j'aie rencontrés qui prenne le temps de fixer des RV individuels avec chacun de ses élèves pour faire un entretien à bâtons rompus en cours d'année.

J'évoque NDA aujourd'hui parce qu'un fidèle lecteur m'a envoyé regarder son intervention à l'Assemblée nationale
demandant un report de l'adoption du TCE remaquillé.

Je dois dire qu'il est un peu hésitant comme orateur, et manque de fougue (ceci dit, la fougue passe mal à la télé et fait passer pour un exalté). Par ailleurs, difficile de haranguer les foules quand on s'exprime devant une assemblée hostile ou, au mieux, indifférente, avec un président de séance qui se saisit ostensiblement du dernier numéro du Point immédiatement après avoir appelé l'orateur.

Bref, il y a un côté M. Smith au Sénat à écouter ainsi le courageux NDA aligner des arguments assez imparables devant une assemblée impavide.

Ce qui est encore plus triste c'est que malheureusement, ce n'est pas du Capra : aucun méchant ne se suicide à la suite de ce patient discours, pour s'exclamer "oui c'est moi qui ai vendu la démocratie française pour un traité européen, mais j'y peux rien, tout le monde fait ça, il faut bien continuer le projet européen, et continuer de continuer, toujours, encore..."

De mauvaises langues me soufflent que certes NDA a quitté l'UMP mais qu'il est l'un des très rares candidats aux municipales à ne pas avoir eu de candidat UMP en face de lui (cf. aussi son
appel à voter Sarkozy à la présidentielle)... Bon, il serait un sous-marin sarkozyste, une future caution noniste à faire entrer au gouvernement le jour où il faudra faire avaler aux français une couleuvre européenne d'un calibre supérieur aux reptiles habituels ?

Pas impossible, en politique le meilleur et le pire se côtoient souvent inextricablement. Il reste que l'homme est sympathique et pertinent, et qu'il n'en reste plus beaucoup des comme cela, prêts à arrêter le jeu en faisant remarquer que les règles n'ont plus aucun sens car contredites et bafouées tous les jours par la pratique.

A part les mauvaises langues, la blogosphère polie ignore ou méprise habituellement Dupont Aignan
. Il mérite pourtant bien mieux qu'un mépris poli.










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Jeudi 13 mars 2008
Comme me l'a fait remarquer Gus, finalement l'abstention (qui était mon parti aux dernères municipales) l'a emporté haut la main. L'abstention, avec un taux record de 33%, est le premier parti de France. Pas de quoi être fiers dirai-je, en tant qu'abstentionniste non repenti, mais sans doute est-ce à nos représentants de s'interroger...

Malgré ce fait majoritaire pour l'abstention, une panne de serveurs du ministère de l'informatique et des sondages encore cafouillants ont conduit à ce que les chaînes de télévision annoncent l'inverse le soir même.

Les résultats ont été rectifiés le lendemain, mais après coup, l'effet n'est pas le même : ce qui aurait dû être l'un des sujets majeurs de débat dimanche est passé à la trappe.

Quelques articles ont relevé cette panne, mais assez peu (cf. le Monde). Et quelques internautes ont cherché à savoir qui était le prestataire responsable des pannes de dimanche, dont le Ministère de l'intérieur a caché l'identité.

Réponse : c'est Level 3, et on apprend, par la lecture d'un article d'août dernier qui s'interrogeait sur la question, ou par consultation directe d'un site qui identifie la localisation du serveur www.interieur.gouv.fr (voir ici), que le site du Ministère de l'intérieur est hébergé à Seattle, USA...

Comme l'écrivait le site informatique Zataz.com en juillet dernier déjà, tous les messages postés sur le site du Ministère de l'intérieur transitent ainsi par le Royaume-Uni et les USA avant de revenir à Paris.

Quand on pense que pour les mêmes raisons de trajet des données informatiques, Alain Juillet, responsable de l'intelligence économique française, préconisait de ne pas employer de Blackberry dans un cadre public, on se demande pourquoi le Ministère français de l'intérieur est allé faire héberger ses données aux USA...

Et après le bug de dimanche, on est en droit d'attendre, comme lors d'un déraillement à la SNCF, que la Ministre de l'intérieur démissionne immédiatement. Il n'est pas vrai que l'informatique tombe toujours en panne. Ce n'est pas de la faute directe de MAM, mais quand un train déraille ce n'est pas non plus de la faute du président de la SNCF. Il n'empêche qu'il s'en va quand même, marquant ainsi un défaut grave de fonctionnement (même Bouton finira par devoir lâcher). N'attendez donc pas un remaniement Madame Alliot Marie, partez.

Faute de quoi, il faudra bientôt en France organiser des équipes de contrôle des résultats électoraux, avec des vérificateurs envoyés dans les bureaux de vote compilant les résultats, comme des équipes internationales dans une quelconque démocratie d'opérette.

A se demander quel ministre de l'intérieur est allé faire loger son site aux Etats-Unis ?

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Excellente raison pour ne pas oublir de signer la pétition contre le vote électronique. Parce que quand les machines électroniques seront aussi dans les bureaux de vote, la vérification manuelle n'est plus possible et les ordinateurs de Seattle feront ce qu'ils voudront (cf. un article de Padawan).

Pas plus qu'il ne faut nous laisser unioneuropéeniser contre notre volonté, nous ne devons laisser des machines voter à notre place. Là encore, l'abstention massive s'impose pour imposer le respect des règles du jeu démocratique.












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Samedi 1 mars 2008
Les électeurs, en votant, font de la politique, mais ils ne savent plus la politique qu'ils font.

Que nous votions à droite ou à gauche, à la fin c'est toujours la Commission européenne qui gagne.

Une orientation majeure de la France a ainsi été décidée en février dernier : la ratification du Traité de Lisbonne.

Je ne reviendrai pas sur le coût - social, économique, financier, moral - sans cesse croissant que représente notre adhésion irraisonnée à l'Union européenne :

    - le cours de l'euro qui handicape notre industrie (qui certes ne nuit pas à la balance commerciale allemande, mais rappelons tout de même que depuis 10 ans l'Allemagne a une croissance moyenne anuelle de 1,6%, la France de 2,3% - cf données Eurostat, taux de croissance du PIB réel),
   
    - la politique commerciale minimaliste, dure avec les pays en voie de développement, dure avec les industries françaises,

      - le rabotage patient des services publics (bientôt la libéralisation totale des jeux de hasard, qui ne financeront plus les budgets publics mais des fonds de pension trouvant là une source de diversification de leurs portefeuilles),
  
    - une politique d'immigration inhumaine pour les immigrés qui sont déjà là mais accomodante pour ceux qui auront le profil choisi par le patronat (via la carte bleue europenne).


Il importe, maintenant, collectivement, d'adresser un signal clair à notre classe politique : nous en avons assez !

La voie de l'abstention n'est pas la plus courageuse. La voie la plus courageuse serait de descendre dans la rue et de mettre le pays en grève en attendant qu'un traité européen soit renégocié ou qu'au minimum un référendum soit programmé.

Cependant, prendre le chemin des urnes, en mars prochain, n'est plus un acte citoyen : ce sera une démission.

Voter en mars prochain, ce sera donner un blanc-seing à la classe politique dans son ensemble. Participer en mars c'est collectivement confirmer dans leurs jeux de dupes tous les partis
politiques français dans ce qu'ils ont de plus politicien, routinier, méprisable ("on va pas s'emm. avec Lisbonne en février, y'a les municipales en mars"). Y compris les partis extrêmes, finalement assez absents en février.

Croyez-vous une seule seconde que le PS triomphant aux municipales reverrait sa politique européenne ?

Croyez-vous un seul instant que des scores élevés chez les verts, à LO ou à la LCR changeront la donne démocratique ? Ils pousseront le PS dans les bras du Modem, point.

Croyez-vous que le vote Modem protègera la démocratie - qui consiste à ne pas faire adopter par la République française ce que les français ont rejeté ? Bayrou s'est tu en février, il a voté ou s'est abstenu ou a été malade pour modifier la constitution puis adopter Lisbonne, bref, sur ce chapitre là il est exactement comme les autres.

Envoyer un signal national ? Sarkozy sévèrement battu aux municipales changera Fillon, ou le fera traîner encore quelques mois et continuera à son rythme pendant quatre années.

Il ne s'agit certes pas d'élections européennes. Chacun sait bien cependant que ces municipales sont un test national, et qu'il n'y aura pas une interprétation du résultat par commune : les "experts" nous expliqueront dès le deuxième tour que "les français ont voulu dire "ceci" ou "cela".

Avec un taux de participation le plus faible possible, envoyons un signal qui dépasse le simple rejet de Nicolas Sarkozy : nous sommes attachés à la démocratie, pas à un simulacre.

C'est pourquoi il n'y a pas de bon vote qui tienne aux municipales. Voter, c'est signer un chèque en blanc pour que l'Union européenne se construise encore dans notre dos, c'est consentir à notre abdication quotidienne.
Pour la première fois de ma vie, je m'abstiendrai.