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Jeudi 18 juin 2009

A croire que je ne m'en lasse pas, je reviens sur les élections européennes. En réalité, ça me saoûle, comme tout le monde : l'Union européenne me semble un sujet tellement trivial que j'ai envie de passer à autre chose.

Encore un petit coup quand même, pour élargir le sujet aux prochaines présidentielles (oublions les régionales, qui ne serviront que de tour de chauffe, même si elles seront l'occasion de tester des alliances fort utiles pour la suite).

(au passage, les lecteurs perspicaces auront remarqué un net ralentissement des publications, directement proportionnel à ma charge de travail, qu'ils m'en excusent, ça va d'ailleurs continuer un moment).

*

Hors donc, TNS Sofres, qui publie finalement des sondages pas si inexacts que cela - comme nous l'a appris François Bayrou à ses dépens - a mis en ligne un sondage réalisé le jour du vote, où l'on apprend des choses fort intéressantes. Principalement deux à mon sens :

1. Le PS n'est pas assez à gauche

La première trouvaille intéressante est la suivante : à la question "En ce qui concerne l'orientation adoptée par le Parti socialiste aujourd'hui, est-elle selon vous :

Trop à gauche : 12%

Pas assez à gauche : 38%
A gauche, juste comme il faut : 27%

S'en fout : 23%

Détail intéressant, le % de ceux qui trouvent le PS pas assez à gauche est très majoritaire chez ceux qui ont voté Vert le 7 juin (58%). A croire que loin d'être des bobos aseptisés, les verts sont des anciens socialistes un peu lassés des dérives centristes du PS. Je gage que Manuel Valls n'a pas étudié ce sondage.

Dans l'électorat Modem ils ne sont que 28% à trouver le PS pas assez à gauche !

2. La population française est lassée de l'Union européenne

 Une première confirmation, les abstentionnistes avaient voté non à 62% au référendum de 2005. L'abstention n'est pas complètement neutre, c'est bien un raz-le-bol européen.

Autre question : "vous êtes-vous intéressé à la campagne pour les élections européennes ?"

Réponse : Non, à 76% Quelle claque ! L'huile de foie de morue qu'est l'Union ennuie tout le monde, candidats et électeurs compris.

La meilleure question : "Vous-même, diriez-vous que vous êtes très attaché, assez attaché, pas très attaché ou pas attaché du tout à la construction européenne ?"

Réponse :

Très ou assez attaché : 53% (dont très attaché, 17%)

Pas très ou pas du tout : 46%

Avec les tombereaux de propagande qui sont déversés pour chanter les bontés de l'Union, c'est incroyable comme niveau de mécontentement et de désintérêt (allez expliquer à votre conjoint que vous lui êtes "assez attaché", il comprendra immédiatement le message).

Enfin, à la question "D'une manière globale, diriez-vous que par rapport aux effets de la crise
économique actuelle :

L'Europe nous protège : 31%

L'Europe aggrave plutôt les effets de la crise : 30%

L'Europe n'a pas d'impact : 30%

Ne sait pas : 9%

60% des sondés estiment que l'Union a été au mieux inefficace et au pire nuisible dans la crise. Autant pour les innombrables articles sur l'efficacité supposée de l'Europe qui nous protège de la mondialisation...

*

Ma conclusion personnelle de tout cela :

1. il y a une forte demande pour un PS de gauche, pour un parti de gauche pivot, capable de ne pas mépriser les "gauchistes" tout en étant prêt à gouverner (avec un vrai programme de gauche, sans Manuel Valls, Mosco, DSK etc...) Si le PS continue à vouloir mépriser ses électeurs de gauche, ce sont les Verts qui prendront cette place, mais dans quinze ans, le temps de se construire une crédibilité.

2. les électeurs sont prêts à accepter qu'un programme de gauche ignore ouvertement les contraintes européennes, par exemple qu'il prévoie une nationalisation de Total, la fin de l'ouverture à la concurrence pour la Poste et la SNCF etc...

Mieux, je vois mal comment un programme de gauche pourrait ne pas s'asseoir sur les contraintes européennes, tant celles-ci sont imbéciles et structurellement de droite.

3. Cela exclut une candidature gagnante de Martine Aubry l'européenne, sauf si elle réussit à endormir les électeurs, mais cela exclut aussi Ségolène si elle persiste à vanter les Etats-Unis d'Europe comme la solution à nos problèmes...

4. Problème : il n'y a encore personne pour remplir le créneau des points 1 et 2 (un programme de gauche malgré Bruxelles). Le PS a trois ans pour qu'un de ses leaders comprenne qu'il peut ouvertement taper sur Bruxelles et s'offrir un programme de gauche, sans que son bras ne faiblisse à l'approche de la ligne d'arrivée de peur d'un désaveu. Peillon ? Fabius ? Montebourg ?

 

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Samedi 13 juin 2009
Une remarque rapide : la presse est ravie de Dany superstar, son score, ses gentilles idées au néolibéralisme bien caché, etc...

Lire l'hebdo de Jacques Julliard, l'un des baromètres de la bien pensance parisienne, qui explique avoir voté pour Dany, qui parle "simple et vrai". Quelle blague, et comme cette conception d'un discours politique "simple et vrai" sent le désir d'une communication parfaite écartée de tout contact avec la réalité.

Pour ce qui est des Verts, je n'accorde à peu près aucun intérêt à leurs idées, je n'en vois pas la dimension politique.

J'ai lu les remarques d'André Gunthert sur ce parti "le sauvetage de la planète m'apparaît typiquement comme un de ces grands récits que la culture occidentale est habile à produire - dont une caractéristique est précisément de ne laisser aucune place à la contradiction." Sans l'écrire, les Verts ne sont pour lui qu'un cache sexe, à la manière de Home, ce film qui sert aux directeurs financiers à se donner une conscience écolo en allant au ciné en Prius : "Si l'on en croit Denord et Schwartz, l'alibi "social" était nécessaire à la construction de l'espace néolibéral européen. Désormais privés de ce cache-sexe, les promoteurs du projet eurolibéral vont avoir besoin d'un nouvel écran de fumée. Avec sa ribambelle de sponsors chics et ses images plus belles qu'un rêve de Christine Lagarde, Home arrive à point pour nous indiquer dans quelle direction chercher".

Nous entrons donc dans une période de mysticisme vert, avec des dimensions un peu délirantes. Ce que les médias n'ont ainsi pas souligné, c'est que l'Alliance pour une écologie indépendante a fait près de 4% dimanche dernier - 20% du score de Dany et de sa liste de stars des médias. A croire que bientôt une chèvre pourra être élue n'importe où, à condition d'être peinte en vert.

Je crois surtout que le PS s'étant lui aussi condamné à être un parti apolitique (l'Europe lui tient lieu de programme, et, exactement de la même façon que l'écologie, quiconque se veut gentil et ouvert s'affirme européen. Ergo s'affirmer européen oblige à renoncer à toute politique), l'élection a été un coup pour rien. Attendons que se construise une offre politique sérieuse, et l'on verra les chèvres retourner à leurs pâturages.



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Dimanche 7 juin 2009

Abstention : 60%. De quoi relativiser les 11% des inscrits qui ont voté UMP...

 

Triomphe des déboussolés : le PS (fallait s'accrocher pour voter PS), le MODEM et les verts font 41%. Mais aucun des électeurs de ces partis n'a de quoi triompher, et je soupçonne les verts de n'être qu'une planche de salut pour ex socialistes désorientés. C'est Horizons qui expliquait le mieux l'élection, dès le 4 juin : "Le vote Europe Ecologie serait donc pour l’électorat de gauche, une forme de liste PS dissidente : ni trop europhile, ni trop eurocritique, pas trop radicale mais quand même un peu contestataire, tout en étant raisonnablement réformiste et avec une apparence de modernité. Tout pour plaire à un électorat socialiste déboussolé qui commence à en avoir assez du spectacle lamentable donné par ses dirigeants."

 

A côté de la plaque : personne n'a parlé de chômage sur les plateaux (France 2) et seuls Mélenchon et le Pen étaient à la mesure de la gravité du moment. Avant que j'éteigne, Bové s'étripait avec Borloo au sujet de l'aéroport de Notre-dame des Landes, et la journaliste s'inquiétait de savoir si Allègre allait pouvoir entrer au gouvernement...

 

Rien sur les résultats européens. En tout cas le Labour a l'air de s'effondrer, autant pour ceux qui estiment que le problème du PS est qu'il n'est pas assez à droite. Le problème du PS est qu'il n'est nulle part...

 

Barroso sera bien président de la Commission.

 

Beaucoup de papier pour rien ces élections...

 

 

 

 

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Samedi 6 juin 2009

Quelques lignes avant le scrutin...

 

Jusqu'au bout, la campagne ne m'a pas donné de raison de voter. Personne n'a mis les pieds dans le plat en réclamant une sortie de l'Union européenne, ni même n'a évoqué sérieusement ce débat. Résultat : les seuls à avoir l'air cohérent sont les fédéralistes assumés (les Verts de Cohn Bendit, transformés en parti pour un état européen le temps de la campagne), et les abstentionnistes.

 

1. Je pense toujours qu'il n'y a aucune raison valable de vouloir un état européen, qu'unis à 450 millions nous serons moins efficaces et moins libres, et que participer aux élections européennes est d'abord et avant tout un moyen de légitimer la construction subreptice de l'état européen.

 

Certains ne se résoudront pas à l'abstention et voudront tout de même jouer au grand jeu de l'autre europe.

 

2. Je leur conseille de voter d'abord pour les listes Debout la République.

 

Debout la République a fait une campagne discrète, à l'image de son leader, Nicolas Dupont Aignan, mais leur orientation européenne est claire : quelques coopérations, la suppression de la Commission, il y a quelques idées fortes qui tendent à faire de l'europe un organe de concertation et de coopération, point barre. Et NDA est attaché aux services publics, il propose par exemple la renationalisation des autoroutes, la nationalisation d'EDF/GDF...

3. Troisième choix (après l'abstention en 1 et DLR en 2), les listes du Front de gauche. Je les trouve moins claires que DLR sur le fond de leurs orientations européennes ("nous nous battrons pour une Europe laïque" tient lieu de programme pour une démocratisation des institutions, à la rubrique "projet"). C'est évidemment nécessaire mais loin d'être suffisant. Il reste que les listes FG ont fait bouger la gauche et ont engagé une démarche coopérative, ce qui n'est pas rien.

Pour les autres, j'ai tendance à ne pas vouloir les classer.

4. Le MPF (de Villiers) a pour lui l'excellent Observatoire de l'Europe après le non, un site vraiment intéressant, bien moins monomaniaque que l'expression de de Villiers, que l'on entend surtout taper sur la Turquie à répétition et qui s'est allié à un homme d'affaires qui a réclamé récemment le retour aux valeurs initiales de la communauté (Schuman et Monnet, un régionaliste intégriste et un technocrate libéral, non merci.) Pour s'offrir cinq minutes de détente lire l'article sur le bain de pieds le plus cher du monde, ça peut convaincre certains de rester chez eux demain.

5. Bayrou est sans doute un homme qui ferait un président de la république de meilleure tenue que Sarkozy. Je doute fort qu'il soit, au fond, moins cynique que notre bon président. Son vote d'approbation au Traité de Lisbonne est pour moi impardonnable de la part de quelqu'un qui avait réclamé un deuxième référendum sur le sujet.

6. Les Verts sont pire que Bayrou dans un genre opportuniste. Cohn Bendit a transformé l'écologie en mouvement de construction d'un état européen, et son programme est un fourre-tout contradictoire qui masque mal un néant conceptuel.

7 (ou 4, joker). Le Parti Socialiste est accablé et accablant. Il a voté toutes les étapes de la construction européenne, un grand nombre de directives de libéralisation (quand les sondages sont bons, il s'oublie), et périodiquement relance le thème de l'Europe sociale quand ça sent le roussi. Le PS continuera à agoniser doucement tant qu'il n'éclaircira pas sa position européenne. Il faut lui rendre service et l'oublier demain.

8. l'UMP. Je ne parle que rarement de ce parti, qui n'a rien d'intéressant si ce n'est le berlusconisme de son chef et la faculté de mettre en évidence que le pouvoir attire les opportunistes autant que la lumière les mouches.

9. La LCR et LO : Besancenot m'a fait rire dans cette campagne. Il a refusé l'alliance avec le Front de gauche au nom de la pureté de sa position, puis hurlé quand Hollande a dit du mal de lui, au nom de l'unité de la gauche. Il n'a pour lui que d'être un chouchou des médias ; je n'ai rien vu d'intéressant qui mériterait de glisser une voix pour la LCR. LO est une sorte de mystère pour moi, que je range avec la LCR par commodité. Je n'oublie pas que LO a fait échouer l'adoption d'un voeu pour la taxe Tobin au Parlement européen justement, au nom de la pureté de la doctrine.

10. Le FN.

Il me servira de bouc émissaire, en dernière position. Son programme a été repensé intelligemment et poli pour briller, comme l'a remarqué un collègue blogueur ; ça ne peut pas suffire à faire oublier que le leader du FN trouve que l'occupation allemande en France a été très correcte, et que les adhérents de ce charmant parti se retrouvent régulièrement au tribunal pour avoir cassé de l'étranger dans un moment de désoeuvrement.

*

Voilà une sorte de classement des listes pour demain, avec l'abstention en choix n°1, de très loin. Je suis peut-être un peu sévère avec le PS, sans doute est-ce la déception qui me rend plus sévère avec ce qui a été mon parti. Quoi qu'il en soit demain, bon dimanche !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 2 juin 2009
"Mettre des milliards pour sauver des industries obsolètes, polluantes ou délocalisables ne sert à rien
 sinon à prolonger les causes de la crise."


C'est une des têtes de chapitre du programme des Verts. Ca dispense de lire le reste.

Ils auraient pu écrire "après moi le déluge", ou pereat mundus, ça aurait au moins eu de la gueule.

Je suis tenté de lire cette phrase comme l'aveu d'un profond désintérêt pour le monde. Les verts sont un refuge (pas le seul), où l'on repeint le monde à grand coup de yaka tout en faisant l'autruche sur des problèmes bien réels. L'industrie pollue et il se trouve qu'il y a, en même temps une crise : faisons d'une pierre deux coups, fermons toutes ces moches usines, et remplaçons-les - par des fromageries ?

Voilà qui rappelle la bonne idée d'Yves Cochet : la planète est polluée, hop, grève du ventre, tout le monde fait moins de trois enfants et ça ira mieux.

*

Plein de bonnes intentions dans le programme des Verts, et notamment de pactes divers à ajouter aux traités européens. Aucune volonté en revanche de supprimer mention de l'objectif de concurrence libre et non faussée dans les traités existants. Et quand les Verts proposent de modifier le traité de Lisbonne, ils n'évoquent que le Pacte de stabilité du traité de Maastricht. Ils évitent ainsi de souligner que 1. le pacte de stabilité introduit dans Maastricht est repris par Lisbonne, et 2. les Verts soutenant de fait le Traité de Lisbonne (Bové expliquant  qu'il n'était pas vraiment convaincu de l'utilité du Non, il a voté sans militer dit-il) 3. les Verts soutiennent en réalité le pacte de stabilité.

*

Le programme Vert n'est pas cohérent, c'est une compilation de Yaka, Bové est inconstant, et alors ? Faut-il réellement s'en offusquer ?

Ce qui me gêne, plus profondément, c'est qu'ils affirment tout à la fois vouloir une démocratie supranationale et confier plus de pouvoirs à une Europe fédérale. L'Europe telle qu'ils la conçoivent c'est un état-nation, parachèvement de ce qui prend forme doucement sous nos yeux. Ce n'est en rien un 'dépassement' de l'état-nation, c'est la formation d'un égoïsme encore plus grand et qui plus est bien moins démocratiquement contrôlé.

D'ailleurs, les bras de fer que l'Union européenne engage, et gagne, en matière de commerce extérieur, avec les pays en voie de développement, dans le cadre des accords ACP, ne sont jamais dénoncés par Dany le pote de Giscard ; ni Frontex d'ailleurs, l'agence policière européenne qui finance des centres de rétention en Lybie.

Est-ce que la contradiction ainsi relevée, l'Europe fédérale n'est qu'un état-nation de plus, pas un dépassement des nations, condamne le programme des Verts ? Pas forcément s'ils démontraient qu'on fait mieux à 27 ce que l'on peut faire dans des cadres nationaux. L'expérience montre pourtant que ce qui marche est plutôt fait dans le cadre national, et la construction d'une unité politique de 500 millions d'habitants va de toute évidence à l'encontre de la philosophie verte habituelle, plutôt portée vers le small is beautiful.

Mais je ne vais pas donner des leçons de verditude à ce parti, je souhaite juste souligner qu'il est urgent de ne pas se laisser séduire par les Verts...













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Dimanche 31 mai 2009

Le sondage Eurobaromètre sert, deux fois par an, à prendre le pouls de l'inexistante opinion publique européenne. Quelques sondages thématiques enrichissent la palette des connaissances sur ladite opinion et ses composantes.

Un numéro spécial vient donc de sortir consacré au thème "Les français et l'Union européenne".

On n'y apprend pas grand chose (60% des français sont "plutôt favorables" à la construction européenne...)

Mais il est intéressant de revenir sur un ou deux points. Tout d'abord 4% sont "très opposés" et 11% "plutôt opposés" à la construction (d'un état) européen(ne). Ensuite, comme l'écrit l'Eurobaromètre, "Il reste 6% des Français pour considérer que l’Union européenne devrait être dissoute et 4% qui ne se prononcent pas."

Certes, comme il est ainsi sous-entendu, ces 6% sont un reste, un résidu, que l'Histoire saura dissoudre. Ce sont peut-être aussi un germe, et le vivier de la seule issue raisonnable à l'impasse européenne : en sortir.

Plusieurs lecteurs de ce blog, villiéristes ou DLR, m'ont dit souhaiter une telle issue mais penser que "les français ne sont pas mûrs"...

Ces chiffres me confortent dans l'idée qu'il n'en est rien. Que 15% des français se déclarent pas favorables ou opposés à l'Union européenne est un sacré socle électoral pour n'importe quel parti dont le programme serait, précisément, de rendre aux citoyens français le droit de définir leur politique économique, leur droit des contrats, leur politique extérieure etc...

Ces électeurs sont, de plus, absolument pas représentés puisque aucun des partis qui se présente le 7 juin prochain ne présente de programme correspondant à cette attente : en finir avec ce système ubuesque.

DLR, Villiers, le Front de gauche, entre autres, ont raté une occasion. L'UPR est le seul parti qui défende cette thèse, mais n'a pas eu les fonds pour présenter des candidats aux européennes (avec comme mot d'ordre d'en sortir).

A mon avis, le déblocage de la situation politique se jouera dans une course pour répondre à l'attente de ces 15% qui sont à la fois un vivier, et le germe d'un retour à la démocratie.

 

 

 

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Jeudi 28 mai 2009
L'abstention va-t-elle libérer la parole en France ?

Alors qu'un sondage annonçait une possible abstention à 60%, j'entendais le chroniqueur politique de France Inter donner comme raison "qu'il n'y a pas d'opinion publique européenne".

J'imagine qu'il est déjà en train de se faire remonter les bretelles ; Demorand l'a repris peu après, à la suite d'un échange insipide avec Marie-Georges Buffet et un chef d'entreprise ("vous voyez Thomas Legrand que l'Europe c'est passionnant").

Le fait est que l'abstention libère par rapport au préchi-précha obligé sur l'Europe sociale qui vient (demain, c'est promis, et si pas demain, après demain. Et ce depuis 1957...)

Ce déblocage du débat est bien plus important que de donner un ou deux % de plus à des partis qui seront noyés dans le système européen, marginalisés au sein d'un parlement lui-même marginalisé.



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Mercredi 27 mai 2009
Le Monde du 27 mai présente une illustration excellente du dogmatisme européen.

En pages débats, un long papier de Jean-Pierre Jouyet, président de l'autorité des marchés financiers. Pour éviter de nouvelles crises, il faut, selon lui, donner plus de pouvoir à un régulateur bancaire européen unique, un régulateur des assurances unique etc...

Comme il l'écrit "tous les européens convaincus attendent de la Commission des mesures audacieuses..." Plus loin, il conclut "...nous bâtirons une Europe de la confiance, au coeur des choix que les électeurs auraont à faire le 7 juin".

Outre que sa phrase de conclusion n'a aucun sens, son article relève d'un exercice européen classique : faire feu de tout bois pour accroître les pouvoirs centraux et renforcer la technostructure européenne, en prenant prétexte de n'importe quel événement (lutte contre les pédophiles etc... tout est bon à prendre).

Comment puis-je mettre en doute les avis savants d'un Inspecteur des finances, qui plus est ancien secrétaire d'état aux secrétaires européennes, et donc certainement compétent pour arrêter la prochaine crise ?

Sous l'article de Jouyet, figure un autre article de Patrick Artus (économiste renommé et respecté) et Jean-Paul Pollin (meilleur spécialiste français d'économie monétaire selon JP Fitoussi), qui traite de sujets proches de Jouyet : comment éviter de prochaines faillites bancaires.

Et bien, pas une ligne n'est consacrée à un quelconque régulateur européen.

Les trois principaux problèmes évoqués sont certes techniques, mais réels, et ne recouvrent aucun enjeu européen :

1. revenir à des règles comptables plus stables et moins contracycliques ;

2. limiter la possibilité pour les banques de se défausser des risques qu'elles prennent en les titrisant ;

3. limiter les places offshore.


Bref, deux pointures ne mentionnent même pas l'Union européenne comme élément de solution à la crise bancaire et financière. On peut même, en citant Bernard Atali notamment, estimer que les dernières propositions de la Commission en matière de régulation des fonds d'investissement n'ont aucune cohérence.

Bien loin d'être un élément de solution, l'Union européenne est une source de problèmes.

La réalité, qui concerne peu M. Jouyet, engagé dans une croisade religieuse pour l'Europe, c'est que les problèmes bancaires se régleront dans une régulation internationale ou ne se régleront pas. Et la position de M. Jouyet reflète le simple fait que la création d'autorités de régulation européenne est un programme européen engagé depuis longtemps, auquel la crise fournit un semblant de justification à l'attention des gogos.

Je remercie le Monde d'avoir contrebalancé le préchi-précha du président de l'AMF par l'avis de personnes moins engagées dans la construction de l'Europe-qui-nous-veut-du-bien, même et surtout quand on ne lui demande rien.




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Lundi 25 mai 2009

Lu l'interview de Julien Coupat dans le Monde. Ma première réaction a été de penser que le Coupat était plus libre en prison que bien des débiteurs de sornettes qui ressassent des discours pré-mâchés.

 

Je précise tout d'abord que je ne suis pas plus que ça fan des options de vie de Coupat et de sa bande de fermiers (je suis plutôt urbain et inséré dans la société de consommation). Il reste que, s'ils sont innocents, il y aura intérêt à ce qu'il y ait des démissions en haut lieu. Les charges qui pèsent sur Coupat (cf. cet article antérieur du Monde) sont bien minces pour le moment et le traitement reçu par lui et sa bande (dont on précise assez peu souvent que, mis sous contrôle judiciaire, ils ne peuvent pas se voir, ce qui, pour des occupants de la même ferme, doit entraîner des problèmes concrets étonnants) diffère assez singulièrement de celui des fraudeurs financiers dont le Monde nous apprend également qu'ils sont de moins en moins poursuivis.

 

En relisant l'article je trouve certains traits lourdingues. Ne voir, comme il le fait, dans le gaullisme d'après-guerre qu'une droite qui aurait renoncé au fascisme est un poil simplificateur.

 

L'idée en revanche que face à une expression politique et syndicale totalement fonctionnarisée (endormie derrière l'idée que l'Europe sera la solution à tous nos problèmes), l'initiative est dans la rue, n'est qu'un constat que font nombre d'éditorialistes "bourgeois" s'interrogeant sur la possiblité d'explosions sociales.

 

Ses propos sur l'utilisation politique de la notion de terrorisme sont d'une grande banalité et, en même temps, d'une grande actualité, à l'heure où partout la législation voudrait prévoir des restrictions des libertés de tous au nom d'une lutte contre d'invisibles terroristes (je reprends ce passage tiré de ma lecture du Royaume enchanté de Tony Blair : "Une loi supposée antiterroriste (le serious organized crime & police act), votée en 2005, a eu comme première application la condamnation d'une jeune cuisinère de 25 ans, reconnue coupable d'avoir lu à voix haute, dans la rue, une liste de soldats britanniques morts en Irak.")

 

De là à conclure, comme il le fait, à partir d'une situation noire et inquiétante, que la justice est, de part en part, pourrie (la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même), il y a une limite que je ne franchirai pas. La formule est belle mais elle décrit sans doute mieux la justice cauchemardée par Kafka que la justice réelle.

 

Quand il s'interroge sur la révolte, il prend des accents quasi-camusiens : "La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.

La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise.
"

 

Ma sensibilité n'est pas celle de Coupat et je n'appellerais par exemple pas la présidentielle de 2007 un "plébiscite aux apparences démocratiques".

 

Bref, j'ai de très nombreuses divergences d'appréciation avec les propos de Coupat, mais je ne peux m'empêcher de reconnaître qu'il souligne des points importants de la politique actuelle. Et que s'il est en prison uniquement parce qu'il a été estimé, en haut lieu, qu'il y avait un potentiel de dérive terroriste dans une ferme de Corréze pourtant filmée en permanence par les caméras de surveillance de la police, il y a dans ce pays un gros problème de libertés publiques...

 

*

 

On ne s'étonnera pas que Maître Eolas ne voie aucun problème de libertés publiques dans cette affaire, il croit que l'Union européenne est un truc sympa et démocratique...

 

 

*

En tout cas le moins qu'on puisse dire c'est que l'article ressuscite des clivages politiques et anime le débat. Lire par exemple "le blabla hystérique de Julien Coupat". (j'ai un peu commenté en fin de billet).

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 7 mai 2009

Entendu ce matin Manuel Valls.

Son passage sur l'économie, en retranscription approximative mais fidèle : "il faut que le PS s'aperçoive que le mur de Berlin est tombé, que l'état providence est en crise".

Je n'ai pas eu l'impression en l'entendant qu'il s'était rendu compte qu'aujourd'hui même le Financial Times explique que le capitalisme ne sera jamais plus le même, que le système bancaire international est passé à deux doigts de la faillite, que les constructeurs automobiles américains sont au bord du gouffre...

Bref : Manuel Valls va-t-il continuer à faire carrière au PS sur le thème "il nous faut un Bad Godesberg" pendant encore 20 ans ? Ou bien va-t-il se rendre compte que, depuis 1989, le monde a changé ?

La question moderne, aujourd'hui, c'est de reconstruire une régulation. Valls est resté au temps d'avant.

 

 

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Samedi 2 mai 2009
Lu dans Marianne. En Italie, Cohn Bendit a appelé la gauche à coopérer avec Berlusconi.

Naufrage du gauchisme qui n'a pas su se doter d'une doctrine ou de références intellectuelles.

Ne reste à Cohn Bendit que la détestation des états nations et la volonté de faire marcher à tout prix le bidule européen, seul état nation à échapper aux gémonies, même lorsqu'il est paralysant, inefficace et autoritaire.

La "théorie" de Cohn Bendit selon laquelle la société doit prendre modèle sur les abeilles est ahurissante : l'organisation d'une ruche
est totalement inéquitable, tout y fonctionne pour le développement de la reine, unique pondeuse (lire le numéro double extraordinaire de la Hulotte, n°28/29). Il a certes sans doute voulu dire que les hommes doivent se polliniser les uns les autres, ou quelque chose d'approchant, il n'en reste pas moins que le vide est navrant et sidéral.

*

La revue de presse de l'Ambassade de France en Italie en parle :


« Cohn-Bendit aux Verts italiens : ‘regardez à droite, soyez transversaux, car la gauche, pendant 4 ans, ne sera pas au pouvoir’ » (Alessandro Trocino, Corriere della Sera) : « Daniel Cohn-Bendit est venu à Rome pour soutenir les Verts italiens et la (probable) chef de groupe parmi les candidats du nord-est pour SI (Gauche et Liberté), mais avec son style habituel, il a souligné que ‘les Verts continuent de regarder à gauche, il faut être transversaux’. La porte-parole des Verts, Grazia Francescato, lui a alors objecté : ‘mais, Daniel, sais-tu quelle droite nous avons ici ?’, et le débat s’est poursuivi, Cohn-Bendit rétorquant : ‘et la gauche italienne alors ?’. Débat intense et profitable, que celui pour le lancement de la campagne de Monica Frassoni, couverte d’éloges par Cohn-Bendit. »

Aussi, sur les abeilles : Interview de DCB à Libération.




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Samedi 25 avril 2009

Certains anti Hadopi m'agacent. Bien évidemment, la loi en préparation, malgré les coups de théatre de députés socialistes, est néfaste.

Mais les opposants ciblent surtout la coupure de l'accès à Internet, dont il s'agit maintenant de savoir si c'est une atteinte aux libertés personnelles. On peut en discuter.

Ce que les opposants ne soulignent pas assez, c'est qu'avant de déterminer que tel utilisateur télécharge, le fournisseur d'accès devra avoir contrôlé les sites qu'il visite et les adresses auxquelles il se connecte. Un mécanisme fort complexe de contrôle des connexions va devoir se mettre en place, qui signalera automatiquement au fournisseur les connexions aux sites déclarés nuisibles (aujourd'hui, le fournisseur se contente d'enregistrer passivement les connexions, et ne les regarde qu'à la demande d'une autorité judiciaire). 

Là réside le véritable scandale de la loi Hadopi.

Je reviens là-dessus, non pas pour faire le ronchon (à la Philip Muray comme m'écrivait Boulgakov en commentaire), mais parce que je lis quelques lignes de Libération fort intéressantes :

"le facteur n'ouvre pas mes lettres et la compagnie de téléphone n'écoute pas mes conversations. Et pourtant, l'usage qui est fait d'Internet va souvent plus profondément que cela dans l'intimité. [...] Je veux être sûr que lorsque je clique sur un lien, cela restera entre moi et le site et que le fournisseur d'accès ne va pas immédiatement me cataloguer pour un usage publicitaire ou gouvernemental."

C'est de Tim Berners-lee, l'un des créateurs d'Internet.

Avec Hadopi, on va demander aux fournisseurs d'accès de contrôler les connexions des usagers, pour vérifier qu'ils ne vont pas sur des sites de téléchargement de musique ou de films (avec toutes les incertitudes techniques sur la chose).

Demain, on leur demandera de dénoncer les pédophiles, selon une recette inusable, puis ceux qui se connectent sur des sites terroristes. Les Julien Coupat de demain seront arrêtés grâce à Hadopi.

Pourquoi s'énerver contre les anti-hadopi qui n'ont peut-être pas envie de souligner ce point et mettent en avant un inconvénient plus palpable, l'arrêt de la connexion internet ?

D'abord parce que tant qu'à mobiliser les gens, autant les mobiliser en connaissance de cause.

Ensuite parce que, par exemple dans le manifeste des pseudo-pirates du web, ils en appellent d'une part à l'Union européenne et au droit de pétition bidon du Traité de Lisbonne pour rétablir les libertés,mélangeant des sujets qui n'ont rien à voir, et d'autre part ils semblent accepter un contrôle des connexions par les fournisseurs d'accès, à la condition que l'autorité judiciaire prenne la décision de sanction ("Le Ministère de l'Interieur envisage d'imposer aux fournisseurs d'accés une obligation de filtrage pour les contenus pédopornographiques. Cette obligation pourra ensuite être étendu [sic] à d'autres types de contenus présumés illicites, sans que l'ordre judiciaire n'intervienne dans l'établissement des listes de filtrage."  Ecrire ceci, c'est accepter le principe de listes de filtrage, et faire un grand plaisir à Nicolas Sarkozy).

Bref, les pseudos-pirates consentent par avance à un abandon de nos libertés.

Suis-je angélique ? Non. J'accepterais que les communications Internet d'un suspect de terrorisme ou de pédophilie à grande échelle fussent écoutées, après décision judiciaire. Mais ceci selon un principe d'exception et dans des cas motivés. Avec le filtrage auquel nos pirates domestiqués (des corsaires plutôt) consentent par avance, le filtrage sera le principe, et la liberté l'exception. 

 

 

 

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Lundi 13 avril 2009
Barthes aurait-il pu faire de ce petit sujet l'une de ses Mythologies ? Avec conscience de ne disposer que d'une truelle là où le maître disposait d'incomparables ressources, j'avais envie depuis longtemps de jeter quelques lignes sur le nouveau timbre Marianne dont nous a dotés la Poste l'an dernier.

Quelques recherches m'ont conduit plus loin que les quatre à cinq lignes initialement imaginées, notamment quand j'ai découvert que les timbres courants sont choisis par le Président de la république, rien de moins, et ce depuis au moins 1945.

Ca ne m'a pas ennuyé. J'ai longtemps collectionné les timbres et c'est une occasion d'apprendre qui en vaut une autre. Par ailleurs, avec Marianne, on est au coeur des symboles républicains. Commençons donc...

*

Ce timbre prend donc la suite d'une série d'une trentaine de timbres usuels, commencée en 1849.

Ces timbres usuels reflètent d'une certaine façon l'histoire de France. Ce n'est pas un hasard, leur dessin est souvent choisi par le Président de la république, ou par le ministre des postes, qui entend ainsi faire passer un message, faire circuler un symbole.

Pour citer quelques exemples dans cette série, commençons par la Marianne de Gandon, en 1945, belle et grave. L'heure est à la reconstruction. C'est de Gaulle qui choisit ce dessin à la Libération.


En 1959, la cinquième république fait ses débuts, Marianne prend un nouveau départ.



Voir aussi, sur une page du site de l'Assemblée nationale, les timbres suivants de la république gaullienne, une Marianne de Cocteau assez réussie et un coq triomphant.



La Marianne giscardienne, en 1977, est un peu empâtée. Elle est révélatrice. C'est un choix de VGE, qui a retenu une Sabine, de celles qui arrêtèrent le combat entre les Sabins et les Romains, tel qu'illustré par un tableau de David en 1799, les Sabines. Il s'agit pour lui de signifier une volonté de réconciliation nationale (entre soixante huitards et dirigeants, entre droite et gauche, entre capital et travail ou entre pétainistes et gaullistes ? C'est sans doute un vrai sujet). Il faut noter, comme le relève le site de l'Assemblée nationale cité auparavant, que le timbre ne porte plus la mention "République française", mais un simple "France" - conformément à une recommandation de l'Union Postale Universelle. C'est la première fois depuis Vichy.

Par ailleurs, la Marianne n'a pas de bonnet, et c'est assez normal puisqu'il ne s'agit pas d'une Marianne mais d'Hersilie. Jusqu'ici les Marianne modérées avaient été laurées - ceintes d'une couronne de lauriers - alors que les Marianne républicaines et engagées étaient coiffées d'un bonnet phrygien.


 
 Marianne de Muller, 1955, laurée
 La Marianne de Giscard
 Hersilie, détail du tableau de David







En 1982, nouveau choix classique, simple et efficace, la Marianne de François Mitterrand reprend le tableau de Delacroix, la Liberté guidant le peuple. Le timbre reprend la formule "République française".




La première Marianne de Chirac comporte déjà des étoiles censées symboliser la construction européenne, assorties de la mention RF et de la devise républicaine.




En 2005, sous le deuxième mandat de Chirac, la Marianne doit rencontrer le thème de l'environnement, dans le cadre d'un concours. Elle se transforme en plante verte, et retrouve l'intitulé France, abandonnant pour la deuxième fois depuis Vichy, l'intitulé "République française". Plus d'étoiles européennes cependant.



Nous voilà sous Sarkozy, et un nouveau concours est organisé. Le thème en est - guess what ? - Marianne et l'Europe.

Voici donc le timbre choisi par Nicolas Sarkozy :


Comme sous Chirac et Giscard, la République française est laissée de côté, au profit de la mention France.

Comme nous l'indique la Poste "Avec son visage entouré d’étoiles elle nous rappelle qu’elle n’est plus seulement Française mais aussi Européenne. [...] En cette année qui voit la France présider l’Union européenne à partir du 1er juillet, Marianne se devait de devenir européenne."

Un exemple de plus de logomachie européenne, qui pose un réel problème sur ce qu'est l'Europe. Nous aurions dû être vigilants : la citoyenneté européenne que l'on nous a refilée n'était pas gratuite, à terme elle remplacera la citoyenneté française et républicaine. C'est ainsi que Marianne deviendra ainsi pleinement européenne. Reste à voir si cette fusion est possible sans résistance...

Revenons au timbre. Le portrait de Marianne, en lui-même, est plutôt réussi, un menton un peu carré, mais c'est un beau timbre, rien à voir avec l'échec du timbre de 1971, où Marianne se cachait dans un coin - ci-dessous.




Le problème de ce timbre réside évidemment dans les étoiles censées figurer l'Europe.


Dans une bande dessinée, un personnage qui vient de se prendre une porte n'aurait pas été représenté autrement (cf. les deux images ci-dessous, extraites du très sympathique site d'un amateur consacré à la narration en BD)

Les Psys (c) Dupuis

Le secret de la licorne (c) Casterman


Le dessinateur de la Marianne de 2008, Yves Beaujard, a précisé qu'une étoile est venue se placer devant la cocarde républicaine. Peut-être est-ce pour cela que Marianne a finalement l'air plus embrumée que vraiment  désireuse de se coltiner un avenir européen.

Par ailleurs, cette Marianne fait partie de la série des Marianne qui regardent vers la gauche, ce qui, graphiquement, symbolise plus le passé que l'avenir. Marianne a-t-elle peur ? Veut-elle vraiment y aller dans son avenir européen ? Il y a un vrai doute.

Bref, je ne sais pas s'il s'agit d'un choix conscient de la part de Sarkozy, mais le message qu'il fait circuler sur nos courriers (deux à trois milliards de ce timbre sont imprimés chaque année tout de même) est très ambigu. La rencontre de Marianne et de l'Union européenne n'a pas l'air de s'être bien passée, et Marianne semble plus d'une victime d'une tournante, encore choquée, que d'une personne qui a rencontré l'inspiration...

En tout cas, on peut trouver, au final, assez admirable que la République française, consciemment ou non, fasse circuler par millions une vignette qui est un véritable tract anti-européen à lui tout seul.

Pour ce qui est de Nicolas Sarkozy, en matière de message symbolique raté, il y avait déjà sa photo officielle, commentée brillamment par André Gunthert. On ne peut donc exclure qu'il n'ait même pas fait attention à ce qu'il faisait.



 Je retiens quelques lignes d'André Gunthert, dont le blog est plus que recommandable :

La vraie nouveauté du traitement de ce portrait est son caractère expéditif: un photographe choisi parce qu'on l'avait sous la main, vingt minutes de pose, des accessoires disposés sans réflexion – tout indique que cet acte symbolique a été négligé. A la différence d'une opération de communication bien menée, un portrait officiel est une obligation qui ne peut produire aucun bénéfice politique immédiat. Il agit sur un autre registre, celui de la représentation. Cette dimension n'est pas familière au nouveau président, distancé sur ce terrain par ses prédécesseurs. Pourtant, le travail de la représentation, comme l'explique Louis Marin, est consubstantiel à l'exercice du pouvoir, qui est la transformation de la force en signes.

Portrait de drapeaux avec président plutôt que portrait de président avec drapeaux, la photo est ratée. Sarkozy pense probablement que c'est sans gravité. C'est faux. Maintenant qu'elle existe, cette photographie est plus forte que lui. Personne ne peut plus rien y changer. Telle est la puissance des signes du pouvoir, avec laquelle on ne plaisante pas. Maîtriser la représentation – et non seulement la com' – fait partie du travail d'un chef de l'Etat. La photo de Warrin montre que Nicolas Sarkozy ne sait pas encore manipuler les emblèmes de sa fonction. Ce faisant, il nous révèle qu'au plus secret de lui-même, il n'est pas (encore) président. Il y a des jouets qu'il ne faut pas mettre entre toutes les mains.

 



Pour excuser Nicolas Sarkozy, il faut tout de même signaler l'extrême difficulté qu'il y a à mélanger une symbolique républicaine à une symbolique européenne. La symbolique européenne est en effet entièrement catholique, allemande et mercantile, difficilement compatible avec des symboles républicains et laïques.

Histoire à suivre.

On peut s'interroger en attendant pour savoir si le prochain timbre usuel sera :

1. Une Marianne ou autre chose ?
2. Une Marianne laurée ou à bonnet phrygien ?
3. avec la mention République française, France (ou Union européenne) ?

Comme il a toutes les chances de sortir d'une entreprise privée, ce sera peut-être décidé par un conseil d'administration, après forces tests quali, sondages et positionnement marketing sophistiqué (un footballeur, l'Abbé Pierre ?)

Les paris sont ouverts.




Post(e) scriptum :

Merci à un commentateur qui m'a donné l'adresse, que j'avais cherchée en vain, des autres projets "Marianne et l'Europe". Ils sont donc là : http://www.blog-philatelie.com/2008/06/marianne-de-sarkozy-meilleures-photos.html

Pour ma part, j'aurais choisi l'un des trois projets qui n'ont pas essayé de mêler trop maladroitement les symboles français et européens (par ailleurs, je n'aurais évidemment pas choisi le thème Marianne et l'Europe...) :



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 Un peu trop énigmatique sans doute ; fait penser à Folon.
 Peut-être le meilleur dans le contexte imposé. On pouvait même penser que Marianne se débarassait des étoiles...
 J'aime bien cette Marianne vivante et  taquine face à ce qui reste un simple bout de tissu, comme tout drapeau, européen ou pas...















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Samedi 21 mars 2009
Sur l'OTAN, Bayrou, mais pas que lui, est un escroc (escroquerie : obtention de quelque chose - un bulletin de vote par exemple - par tromperie, merci au Trésor de la langue française).

Les défenseurs du Traité de Lisbonne qui jouent les vierges effarouchées, oublient que le Traité précise ceci, sur la défense européenne (article 42) :

La politique de l'Union au sens de la présente section n'affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l'Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre.

Très clairement, la réintégration dans l'OTAN, même vue comme un prélude à une défense européenne, ne peut aboutir, du fait même des traités, qu'à une subordination de la défense européenne aux positions de l'OTAN.

On peut trouver réjouissant que la France se joigne à ce directoire du monde blanc (cf. l'argumentaire cohérent de Malakine), ou s'offusquer de ce que le monde se divise de plus en plus entre les bons blancs, aux racines chrétiennes, et les crouilles (bons pour le CPI) - c'est mon cas.

C'est sortir de l'OTAN qui serait utile, pas rester sur un strapontin.

En tout cas, je serais peiné que Bayrou continue à rafler des voix en se faisant passer pour un défenseur de la république.

(cf. dans le même sens l'article du site Le vrai débat, repéré par Vendredi. Lisez leur appel à une pétition, et jetez un oeil à leur PDF. Lisez aussi leur article sur l'imposture collective que constitue l'engagement européen du PS).












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Vendredi 13 février 2009
Un long papier de la Ligue des Droits de l'Homme qui souligne que des mesures honteusement répressives se mettent en place dans un cadre européen (je graisse quelques passages).

Contre l'enfermement des étrangers et la remise en cause des droits fondamentaux en France et en Europe
Appel aux rassemblements le 7 février, partout en France à l'initiative de l'UCIJ, du RESF et de Migreurop

Partout en Europe et de plus en plus souvent aux frontières de l'Europe, une logique concentrationnaire se développe pour empêcher ou freiner la circulation de ceux des migrants qui viennent chercher sur ce continent un refuge ou un avenir meilleur : les moyens pour prendre en charge ces migrants, parmi lesquels figurent de nombreuses familles avec enfants, et leur venir en aide sont diminués ou supprimés ; dans les zones d'attente, les quelques centaines de mineurs qui arrivent chaque année sont traités avec la même dureté que les adultes…

L'adoption de la « Directive de la honte » le 18 juin 2008 fait craindre que la logique d'harmonisation par le bas qui est trop souvent celle de l'Union européenne aboutisse partout à l'allongement des temps de rétention et à l'amoindrissement des possibilités de recours.

En France le ministère de l'immigration se glorifie d'avoir arraché à leur vie dans ce pays près de 30 000 étrangers pour les reconduire aux frontières de la métropole et autant aux frontières de l'Outre-mer (principalement de Mayotte et de la Guyane). Il ne cesse de construire de nouvelles « prisons pour étrangers », dont certaines prévoient l'accueil des mères de famille et de leurs enfants. De fait, les enfants sont de plus en plus nombreux à passer par l'angoisse et le traumatisme de l'enfermement.

Sous prétexte de garantir l'accès à l'asile, le Règlement européen « Dublin 2 » empêche des milliers d'exilés de demander une protection dans l'UE, multipliant les « entonnoirs » et toutes sortes de camps notamment en Grèce, en Italie, en Europe orientale et dans le nord-ouest de la France, et condamnant ces exilés à des errances sans fin.

Pire, un décret fait de la défense des étrangers un marché : Il met en cause, par un appel d'offres, l'exercice des droits fondamentaux des étrangers, en réduisant de fait les possibilités d'action des associations qui assuraient jusqu'à présent l'information et la défense des retenus dans les centres de rétention, et en remettant en cause la possibilité d'un regard d'ensemble de la société civile sur ce qui se passe à l'intérieur. Pourtant ces étrangers ont été privés du droit au séjour, arrêtés suite à un contrôle d'identité ou routier, interpellés au guichet d'une préfecture, appréhendés sur leur lieu de travail ou à leur domicile, qu'ils aient vécu un an ou quinze ans en France. Privés de liberté, séparés de leurs famille, leurs études interrompues pour les plus jeunes, ils partiront avec une valise et quelques euros en poche, séparés au mépris de toute humanité de leurs amis et relations et surtout de leurs proches qui survivront comme ils pourront…

Nous ne pouvons accepter cette logique répressive qui multiplie les atteintes aux droits que la France et l'Europe se devraient de faire respecter au nom des conventions internationales qu'elles ont ratifiées, qu'il s'agisse de la liberté d'aller et venir, du droit à la protection contre les persécutions, du droit à la vie privée et familiale, du droit à la santé ou des droit des enfants.

Nous appelons à des rassemblements et manifestations partout en France Le samedi 7 février



Bref, l'Union européenne, malgré les protestations humanistes de ses défenseurs, et l'inversion qu'ils tentent en accusant les opposants à l'Union de souverainisme et de nationalisme, n'est qu'un mécanisme aveugle, sécuritaire et mercantile.

Alors, quand je lis qu'Olivier Besancenot veut "inscrire son action dans un cadre européen", je trouve qu'il manque singulièrement de profondeur dans sa réflexion. Qu'il commence déjà à essayer de l'inscrire dans un cadre démocratique, ce serait une preuve de maturité rassurante. Jusqu'à ce jour je ne vois guère dans le NPA qu'un parti de plus, positionné sur le créneau contestataire, qui cherche, en juin prochain, à caser un maximum d'affidés. Je ne vois pas là de différence avec le comportement du PS.

Ce que Bourdieu reprochait aux partis politqiues c'est de chercher simplement à se répartir des parts de marché au sein du champ politique, défini par quelques balises comme le nombre d'élus et les scores électoraux. Le NPA s'inscrit apparemment à fond dans ce comportement pavlovien. Ca ne me déçoit pas, je n'attendais rien de la LCR, ni du NPA. Mais que personne ne s'illusionne : le NPA, à peine né, est déjà bien vieux...





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Lundi 9 février 2009
Quelques lignes un peu éparses...

Un billet de Farid Taha, qui explique comment un médecin travaillant dans une structure hospitalière à but non lucratif s'st fait licencier pour avoir refusé de passer en statut pivé (avec augmentation à la clé).

Un billet d'un professeur de Marketing et stratégie qui refuse la réforme de la recherche.

La même logique dans les deux cas : rejeter un système où les individus sont déresponsabilisés, considérés comme des machines à produire, notés par des consultants débiles cachés derrière un tableur excel mesurant des critères idiots.

Chacun voit bien, à gauche en tout cas, qu'il y a là une logique perverse, dans laquelle la gauche gestionnaire est aussi engagée que la droite - parfois même plus.

Inutile de dire que l'Union européenne entend bien fonctionner comme la clé de voute d'un système dans lequel ce fonctionnement automatisé serait devenu la règle : aligner tous les pays pour ne plus voir d'eux que des écarts par rapport à une norme imbécile, c'est la même chose que de toiser médecins et chercheurs en deux ou trois ratios.

Comment réagir ?

L'action politique déçoit.

Quitterie Delmas quitte le Modem, et même si ses raisons sont soupçonnées d'opacité ("elle aurait écrit : je n'ai pas eu la région que je voulais, je n'ai pas pu être porte-parole donc j'ai décidé de rejoindre Ségolène Royal, tout cela aurait été beaucoup plus vrai écrit Christophe Ginisty), on voit bien que l'action politique déçoit.

Besancenot, fort de son omniprésence médiatique rejette Mélenchon, sous des prétextes un peu miteux.

Bloguer c'est bien mais ça n'a qu'une portée politique très limitée, je ne me suis jamais fait aucune illusion là dessus, mais Farid Taha, là encore, enfonce le clou (En introduisant une logique de révolution individuelle permanente dans un monde virtuel lointain, internet annihilerait ainsi comme une sorte d'activité masturbatoire défoulatoire toute véleïté de révolution dans la rue.)


Conclusion provisoire : vivent les manifestations, et, pour remettre les partis politiques dans le droit chemin, abstention en juin prochain...











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Dimanche 8 février 2009
Trois articles de ce conservateur éclairé cette semaine.

Son opinion sur l'équipe Obama d'abord : il ne fait pas confiance à un assemblage de pro-israéliens en politique extérieure, et de responsables de la crise actuelle pour ce qui est de l'économie (Geithner, Summers et Diana Farrell, venue de McKinsey où elle a proné l'outsourcing massif de la part de sociétés américaines - remplacement de compétences domsestiques par des compétences chinoises ou généralement asiatiques).

Face à ce constat de défaillance de l'Amérique (the era of American leadership is over), il relève que Vladimir Poutine a été brillant à Davos, et a plaidé pour des solutions intelligentes à la crise, notamment l'instauration d'une monnaie mondiale.

Ensuite il enfonce le clou avec un billet sur la faillite californienne. La Californie (huitième puissance économique mondiale, prise individuellement) a commencé à payer des bourses universitaires et des allocations aux handicapés en reconnaissances de dette. Les banquiers ont été priés d'accepter ces reconnaissances de dette comme moyen de paiement. Etendant la situation californienne à l'ensemble des Etats-Unis, Roberts se demande jusqu'à quel moment le monde acceptera de financer un pays qui continue à tirer des traites et à financer des guerres étrangères comme s'il disposait d'un crédit illimité (astonishing incongruities)... Au sujet des guerres, Roberts évoque ce fait peu commenté par la presse : à Davos, le Premier ministre pakistanais a rappelé que les bombardements américains au Pakistan se font sans l'accord du Pakistan.

Dans un troisième billet enfin, il traite de mensong la guerre américaine contre le terrorisme, affirmant que si le terrorisme d'Al Quaeda était si inquiétant, au moins un néocon américain aurait été assassiné. Il affirme également que si le Hamas était si armé par l'Iran, Israël aurait sans doute eu plus de pertes à Gaza. Il conclut donc son billet ainsi :

Les affirmations invérifiées que l'Iran fournirait des armes sophistiquées aux Palestiniens sont similaires à celles selon lesquelles Saddam Hussein avait des armes de destruction massive. Ces affirmations de propagande sont des justifications pour le meurtre de civils arabes et la destruction d'infrastructures civiles en vue d'obtenir l'hégémonie des États-Unis et d'Israël au Moyen-Orient. (traduction automatique Google légèrement améliorée).

Bref, un ensemble de billets d'un réalisme froid et informé, dont on espère que l'avenir les contredira...








 


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Samedi 7 février 2009
nous ne nous attendion pas à ce que Bernard Kouchner, au lieu d'argumenter, de démontrer, de renvoyer l'auteur dans son coin, l'accuse... d'antisémitisme. [...] un ministre, l'un des principaux dignitaires de la République, utilise ce "truc", cette "astuce" - l'accusation d'antisémitisme - pour se dépêtrer d'une affaire. Bernard Kouchner réduit l'antisémitisme à un effet de tribune. [...] Ce n'est pas convenable et nous ne nous attendions pas, de sa part, à une dérive aussi pénible.

C'est de Maurice Szafran, dans le Marianne de ce matin.

Kouchner fait jouer un antisémitisme largement  imaginaire pour faire passer ses contrats avec des dictatures africaines.

En sens inverse, Arthur / Jacques Essebag, dans Le Monde, dans un article attristant, explique que ses spectacles sont régulièrement interrompus car il est soupçonné de soutenir Israël financièrement. D'une part il en aurait après tout le droit, d'autre part c'est apparemment faux. L'imaginaire antisémite lui prête un activisme qui n'existe pas.

Il serait bon que, dans  un contexte tendu, les autorités politiques et la population se mobilisent pour que Arthur puisse se produire partout où il le souhaite. Il faudrait aussi qu'un ministre qui invoque imprudemment l'antisémitisme de ses concitoyens soit conduit à démissionner, non pas pour les faits qui lui sont reprochés par Péan, mais parce que sa défense ajoute inconsidérément aux passions, dans un contexte déjà tendu par la situation en Israël et en Palestine.


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Mercredi 21 janvier 2009
Ségolène était à Washington pour assister aux cérémonies d'investiture de Barack Obama. C'est un joli pied de nez à Martine Aubry, qui fait un peu de figuration à Paris pendant que notre star clame aux USA qu'Obama a copié sa campagne sur Internet (prétention assez unanimement accueillie avec dérision par la presse internationale).

Mais peu importe, Ségolène est comme elle est et n'a visiblement pas l'intention de changer. Ce qui est intéressant c'est de savoir qui l'a invitée à Washington, seule parmi les politiques français. Aucun journaliste ne posera la question, c'est comme de savoir qui a payé l'avion de BHL pour ses reportages en Géorgie : il est assez vil de s'intéresser au dessous des cartes.

Un peu de recherche permet cependant de faire des suppositions, qui permettraient de poser à Ségolène de bonnes questions.

En effet, on sait que Nathalie Rastoin, une amie de trente ans de Ségolène (more on this later),  Directrice générale d'Ogilvy France, s'est occupée et s'occupe encore vraisemblablement de la communication de Jeanne d'Arc bis.

Un peu de recherche permet de repérer dans l'équipe de campagne d'Obama la présence de Moses Mercado, en charge du département Relations gouvernementales de... Ogilvy. Moses Mercado aujourd'hui retourné chez Ogilvy, était en France au moment de la campagne Obama, invité par la fondation Terra Nova, dîner raconté ici par Versac.

Bon, pas de mal à ce qu'entre copains on se rende des petits services, et on ne peut que féliciter Ségolène d'avoir choisi une responsable comm qui ait le bras long...

Sauf que ce n'est pas Ségolène qui a choisi sa responsable comm, qui, à l'origine du moins, n'est pas du tout "une amie" comme Ségolène a pu l'affirmer. Si l'on en croit les auteurs de la Femme fatale, c'est bien Nathalie Rastoin qui a proposé ses services à Ségolène.

De là à conclure qu'une compagnie de relations publiques et de publicité comme Ogilvy peut avoir intérêt à choisir ses candidats et à pousser leur carrière dans la durée...

Quand on sait aussi qu'Ogilvy fait dans l'achat d'espace publicitaire dans les journaux français, on a idée de la puissance de feu que représente le soutien d'un tel groupe. J'avais d'ailleurs déjà relevé qu'Ogilvy était à la manoeuvre dans le déplacement de Ségolène au Chili.

Ouvrons un peu la réflexion pour dépasser le cas de Ségolène et pour évoquer le mode de sélection des candidats à la présidentielle. La même fondation Terra Nova, sponsorisée par Microsoft, qui avait accueilli Moses Mercado, vient de pondre une note réclamant en France l'organisation de primaires ouvertes. Justement celles qui permettent aux médias et aux instituts de sondage et aux agences de comm de donner la pleine mesure de leurs moyens. Le vote des militants, alternative aux primaires, est plus dur à manipuler, et c'est ce que regrettent ces tenants de la corpolitique (corporate politics). Pour ma part, je suis favorable à un PS peut-être plus ouvert, avec plus de militants, mais dont le candidat à l'élection présidentielle soit le premier secrétaire, point. Et que celui-ci soit désigné longtemps à l'avance.

Bref, on pense ce qu'on veut de Ségolène, évidemment, un présidentiable a des liens y compris dans des grands groupes et c'est assez normal. Il y a juste un moment où on peut trouver que c'est trop, too much, too close.

Et je crois qu'au PS on peut souhaiter à Martine bien du courage, elle a du beau monde en face d'elle...



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Vendredi 16 janvier 2009
Frédéric en commentaire de mon billet d'hier exprimait l'idée qu'il n'était pas légitime d'utiliser des photos d'enfants blessés pour émouvoir le lecteur, fût-ce pour le gagner à une bonne cause. Avec un argument général selon lequel le débat politique devrait pouvoir se passer d'images.

Il s'agissait de cette photo, que je reproduis pour l'occasion :



J'ai envie d'y revenir un peu longuement, pour plusieurs raisons.

Sur la photo en général, je crois que nous souffrons de ne pas voir assez de bonnes photos d'actualité, et que bien au contraire, le débat politique ne saurait se passer d'images. La culture médiatique contemporaine est toute liée à la recherche de la formule qui va accrocher, de soundbites, des phrases de 15 secondes qui pourront être reprises en boucle. Il ne s'agit plus, aujourd'hui, d'opposer des idées à des images, mais bien des clichés photographiques à des clichés verbaux.

Il y a finalement, dans une bonne photo, plus d'informations que dans ces petites phrases qui s'incrustent quotidiennement dans nos cerveaux ("extirper le Hamas" : comment extirpe-t-on un parti qui est largement majoritaire sans faire beaucoup de dégâts humains, y compris civils ? On ne fait pas, et c'est ce qui est démontré en ce moment. Si on s'était interdit par avance, en Israël, de tels raccourcis linguistiques dignes d'un militaire obtus, peut-être n'en serions-nous pas là.)

Toutes les photos ne sont évidemment pas bonnes, et j'avais en tête, au moment où je mettais la photo ci-dessus en ligne, cette photo illustrant un article de Libération sur Internet, que je trouvais presque ignoble :



Pas d'humains sur cette photo, juste une belle flamme jaune, presque un feu d'artifice. Une image à la CNN (Reuters pour l'occasion), comme on en voit des dizaines en temps de guerre. Des images presque romantiques de la guerre, avec juste quelques obus pour nous rappeler que c'est sérieux, mais pas assez de chair pour que nous en soyons dérangés. Un truc cadré serré, tellement bateau que bien souvent un démenti suit "Veuillez nous excuser, nous avons confondu l'explosion en gros plan de 2007 avec celle de 2009 - strictement identique." Bref, de la merde décorative.

Les photographes qui prennent ces photos sont "embedded", se trouvent autorisés par les officiels, vont là où on leur dit d'aller et font ce qu'on leur dit de faire (je grossis le trait, même là où ils sont, derrière les chars israéliens, ils sont exposés, et ils peuvent parfois percevoir quelque chose de ce qui se passe. Je ne veux pas nier tout mérite à ces reporters photographes, du fond de mon confortable appartement.)

L'image est si gênante pour les militaires que les américains, depuis la guerre du Vietnam, et spécialement en Irak, contrôlent strictement ce qui est publié et prennent soin de ne pas nuire au crédit moral de leur guerre.


Certaines images sont donc dérangeantes parce qu'elles amènent une part de vérité que le débat a réussi à occulter, et rien que pour cela elles sont indispensables. L'image de Zoriah Miller en fait partie, elle n'est en rien comparable à de la pâle propagande.

Tout d'abord, Zoriah Miller, photographe américain, a été le seul photographe exclu des photographes autorisés à cotoyer les militaires américains en Irak, ceci pour avoir publié des images de marines morts (reportage après un attentat à Anbar, les images sont dures).

Qui contestera qu'il est important que des photographes montrent que les guerres font des morts ? On risque sinon de s'habituer à la litanie des décomptes abstraits de victimes, jamais vues, loin, ailleurs - en Afghanistan, au Congo, peu importe.

C'était d'ailleurs une idée défendue par James Nachtwey lors d'une conférence passionnante que j'avais traduite ici.

Pour revenir plus précisément à la photo en question, celle d'un enfant palestinien souffrant, elle n'a pas de caractère de propagande rapide.

D'une part, elle a été prise en 2006, et Miller explique qu'il republie ce reportage réalisé dans un hôpital de la bande de Gaza il y adéjà trois années parce qu'Israël lui interdit d'y retourner aujourd'hui.

D'autre part ce n'est pas une photo d'enfant mort, qui illustrerait tout autant une révolte métaphysique contre l'absence de Dieu - à la Camus - qu'elle ne soulignerait la responsabilité d'Israël. Il s'agit d'une photo d'un enfant souffrant, en 2006, dans une période de calme relatif, parce qu'Israël bloque (ou ralentit la fourniture) des médicaments anticancéreux dont il aurait besoin. Cette photo a un pouvoir explicatif de ce qu'est la bande de Gaza, et des responsabilités des uns et des autres. Cette photo nous laisse penser que depuis longtemps, Israël abuse de sa position de force. Et en 2009, elle revient à point nommé.

Comme l'exprimait Olyvier en commentaire, cette photo, comme toutes celles du reportage de Miller de 2006, est prise au coeur de la réserve des peaux-rouges, qui apparaissent effectivement bien démunis. Peut-être Miller abuse-t-il de photos dures, peut-être est-il engagé contre la civilisation occidentale, comme tend à l'écrire cet article de l'American Thinker, toujours est-il qu'il nous donne à voir des situations que la presse occulte trop souvent.

Voilà pourquoi, à mon sens, il ne faut pas reculer à inclure des photos d'enfants qui souffrent du fait d'une guerre, lorsque c'est justifié parce que près de 300 enfants sont morts à Gaza, lorsque cela traduit la disproportion des moyens entre deux camps, lorsque la photo est choisie de la même façon que des mots sont pesés et des informations vérifiées.













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