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Vendredi 16 mai 2008
C'est un fait connu et bien établi : l'Europe travaille au bien de l'humanité et vaut donc que pour elle la jeunesse se mette à chanter (lire chez MC des commentaires plus virulents que les miens sur la vidéo assez hallucinante de jeunes fédéralistes).

C'est-à-dire que pour nous les européens, l'Europe c'est Erasmus, la paix éternelle et la poignée de main Mitterrand-Kohl.

Vu de l'extérieur c'est autre chose. Par exemple dans les années 70, l'Europe avait monté des politiques intelligentes qui permettaient le développement de pays extérieurs. Par exemple, au terme de ces accords dits ACP, les producteurs de coton africains se voyaient accorder des tarifs préférentiels pour exporter vers l'Europe, sans que des concessions similaires ne leur soient demandées.

Pour faire vite, bientôt ce sera fini. L'Union européenne ayant décidé de se plier aux règles de l'OMC, les pays pauvres qui voudront exporter vers l'Europe devront réciproquement accepter un libre-échange intégral. On leur accordera bien quelques subventions pour calmer le jeu, mais pas grand chose à voir avec les accords précédents. Il leur faudra donc, en échange de leur sucre, accepter les betteraves, les assurances, les poulets et tous les bien et services produits dans la douce Union. Pour ceux qui veulent aller plus loin sur ce sujet, le site d'Oxfam offre une synthèse plus précise et détaillée.

Le prétexte de ce billet c'est que je suis tombé sur une information qui illustre parfaitement le processus. On y voit des producteurs fidjiens de sucre fêter amèrement leur dernier grand contrat avec l'Europe (pour mémoire, Fiji c'est 5500 dollars par an de PIB par tête, contre 33000 pour la France. On est bien dans un pays pauvre, même s'il y a pire) :

"Un accord d'un milliard de dollars fidjiens

La Société sucrière fidjienne (Fiji Sugar Corporation) a décroché ce contrat de près de 70 milliards de F cfp dans le cadre d'un accès préférentiel du sucre fidjien en Europe.

Les îles Fidji ont été autorisées à exporter 300 000 tonnes de sucre brut par an pendant 7 ans en Europe. Les exportations se feront via l'acheteur du marché européen Tate & Lyle, qui compte les plus grandes installations de raffinage de sucre en Europe et qui est l'un des leaders mondiaux sur les marchés du sucre.

Selon le Fiji Times, ce contrat entre dans le cadre des Accords de partenariats économiques entre l'Union européenne et les pays membres du groupe ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) et en fonction de la réforme du régime sucrier européen adoptée par les ministres de l'agriculture de l'Union européenne en février 2006.

Plusieurs pays ACP sont hostiles à ce plan de réforme du sucre de l'Union européenne et qui rendra obsolète à partir d'octobre prochain le Protocole-Sucre signé en 1975 et qui permettait aux exportateurs ACP d'obtenir un prix garanti.
"
Radio Australia (en français, apparemment la radio australienne maîtrise mieux cette langue que la Commission ...hum... européenne, ou que la Banque centrale.. hum... européenne)


Donc l'Europe ne sert en rien à adapter les règles du commerce international pour plus de justice. Elle sert à coopérer avec les USA pour affaiblir un peu plus les pays pauvres (pour citer Oxfam, encore : Le cycle de négociations commerciales de l’OMC – dit cycle de Doha pour le développement – est dans l’impasse, mais les pays les plus pauvres restent soumis à une pression visant à leur faire ouvrir leurs marchés, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Ces négociations avaient pour objectif affiché de rendre le commerce plus juste ; elles ont été bloquées par les Etats-Unis et l’UE qui ne souhaitaient pas corriger les règles biaisées et le système de deux poids deux mesures dont ils bénéficient.)

Donc l'Europe grâce à laquelle unis-nous-serons-plus-forts sert à être plus forts face aux pays pauvres ? Le savent-ils ces jeunes qui se trémoussent à l'idée d'une Europe fédérale ?

Pour le coup, l'argument imparable des pro-europe ne peut pas jouer : ce ne sont pas les gouvernements qui sont responsables de cette politique de fermeture. La politique commerciale est l'un des domaines qui sont maintenant à peu près complètement communautarisés, c'est-à-dire tombés sous la loi du marché la plus brutale (je ne vois pas bien d'ailleurs comment un Emmanuel Todd peut imaginer que les mêmes institutions pourraient demain servir à imposer une préférence comunautaire).


Mais comme cela se passe loin d'ici, les jeunes inconscients peuvent se trémousser encore un peu. Jusqu'à ce que leurs yeux s'ouvrent...









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Vendredi 18 avril 2008
Il est sorti ! On peut enfin contempler la version complète du Traité Simplifié. C'est signalé par M. M dans un commentaire  sur un vieux billet (y'en a qui suivent, quand même !).

Le texte tant attendu a été si simplifié qu'il ne fait que 479 pages, c'est pas beau ?

Emouvant !

Ca laissera sans doute indifférent Max, qui écrit peu sur l'Europe, mais écrit bien :

[...] L’Europe, ce « gigantesque instrument de paix », cette « cause passionnante pour laquelle tant d’énergies se sont fédérées », l’Europe est une idée qui a vécu. L’Europe ne m’intéresse pas, l’Europe est un thème chiant. L’Europe et sa « modernité », j’en ai rien à foutre. L’Europe est emmerdante, l’Europe me fait penser à la vieillesse, à Giscard, à la droite, aux vieux cons, à l’emmerdement ; pas du tout à l’avenir, à la jeunesse, au dynamisme. L’Europe est un thème de pères qui expliquent à leurs gamins comment on fait les enfants, avec un enthousiasme patent qui fait honte à leur gosse tant ils sont ridicules. [...]

Un billet lapidaire mais juste, sur l'Europe, cette idée qui pue.

*

De mon côté, je note que cette version simplifiée n'est même pas finie, puisqu'avec une déconcertante bonhomie, les ****** de la Commission écrivent noir sur blanc, en encadré sur la première page :

Cette publication a un caractère provisoire. D'ici l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, un certain nombre de
rectificatifs pourraient encore intervenir dans l'une ou l'autre version linguistique du texte, afin de corriger
d'éventuelles erreurs qui viendraient à être découvertes dans le traité de Lisbonne ou dans les traités existants.


Un premier rédacteur avait écrit "On vous a bien eus bande de cons avec vos référendum à la noix, on vous a vendus un traité même pas fini, de toute façon votre avis on s'en tape !
(oui, je sais, je rate encore une occasion d'être cité sur e-toile). Puis un relecteur est arrivé et s'est dit que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire... D'ailleurs il a ajouté ça : "Ce texte constitue un outil de documentation n'engageant pas la responsabilité des institutions de l'Union européenne." (NDLR : authentique. La responsabilité des institutions de toute façon n'est jamais engagée. Quand ça va mal ce sont les méchants états...)

*

Beaucoup de non-dits sur ce fameux Traité simplifié donc, et il est difficile de tenir un discours vrai sur le sujet - pour ceux qui sont condamnés à soutenir ce processus infernal. Comme pour une diplomate britannique en poste à Dublin, qui rendait compte à sa hiérarchie d'une conversation avec le Directeur général de la diplomatie européenne, dans un email qui, manque de bol, s'est retrouvé dans le Daily Mail. Voilà tout ce qu'on y apprend :

- la Commission va éviter toute annonce désagréable d'ici au référendum irlandais, pour ne pas effaroucher les électeurs. Par exemple l'annonce d'une base commune pour l'impôt sur les sociétés est reportée à l'automne,

- le référendum va être avancé en Irlande, sans doute au mois de mai (le 29 précise Open Europe, est-ce que ça va encore porter chance ?) ; parce que Sarkozy étant imprévisible, les irlandais ont peur que la présidence française n'effraie les agriculteurs irlandais. C'est  à dire qu'en effet, Sarkozy ayant visiblement envie d'en finir avec la France, et les irlandais ayant souvent une position proche de la France sans Sarkozy, l'Irlande s'inquiète.

La seule chose rassurante dans tout cela, c'est que la presse française n'en soufflera pas un mot, faudrait pas effrayer les boeufs    veaux  gentils électeurs. Par exemple, à ma connaissance, la bonne presse française n'a pas repris le sondage du Financial Times d'hier dont les résultats étaient effrayants pour l'Europe (que fait Tintin Robert Ménard ?)

D'ailleurs, l'expression de traité simplifié est un bon indice pour détecter les vendus au sarkozysme: chaque fois que cette expression est employée c'est un bon coup de langue à ce menteur de Sarkozy qui a vendu un traité prétendûment simplifié pour se faire élire par un peuple majoritairement noniste.

Tiens, regardons qui emploie le plus cette expression de "Traité simplifié" parmi les trois principaux quotidiens :

Le Figaro : 245 fois. Pas mal

Libération : 341 fois. C'est mieux, bravo !

Le Monde : 1 150 fois. Le Monde est un grand journal !


*

Récapitulons... Un référendum manipulé, un Traité même pas fini, une presse française qui est occupée à tout sauf à l'essentiel, et même occupée à détourner le bon peuple de l'essentiel.

Qui a dit propagande ?

Juste pour rigoler, j'ai cherché quelle était la une de Libé au moment où je rédige ce billet. La voilà :









free music







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Mercredi 16 avril 2008
A quoi ça sert que Barroso y se décarcasse ?

On y arrivera jamais si chaque avancée de l'Europe est boudée par ses citoyens....

Le Financial Times d'hier donnait les résultats d'un sondage sur l'Europe, réalisé dans cinq états jadis libres (UK, Allemagne, France, Italie, Espagne) et un état qui l'est resté (les USA).

Le moins qu'on puisse dire c'est que le peuple européen est ingrat. Jugez plutôt. Les sondés ont été interrogés sur ce qu'avait apporté l'Europe. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas glorieux.

Pour aller un peu au delà du sondage, tel qu'il est livré, j'ai regroupé les sentiments positifs ("paix", "démocratie", "prospérité" - y'en a qui rigolent au fond...), négatifs ("corruption", "bureaucratie", "inégalités") et neutres ("ne sait pas", "autres", "marché commun" : on peut discuter sur le marché commun, mais personne ne peut dire que c'est positif ou négatif. C'est comme cela qu'est née l'Europe, point. Si le marché commun est positif c'est en ce qu'il a amené de la prospérité, s'il est négatif cela se retrouvera par exemple dans les inégalités).

J'ai donc additionné les réponses par catégorie, pour étudier comment se répartissent les sentiments positifs, négatifs, ou neutres... Voilà le résultat :



Surprises !

D'abord les britanniques ne trouvent RIEN de positif dans l'Union. Leur clairvoyance m'a toujours imposé un profond respect (ah le Churchill d'Angleterre d'Albert Cohen)...

Ensuite la France et l'Allemagne mettent en avant la paix. Ce sont les seuls et cela montre bien ce qu'est, en réalité, l'Europe : une mauvaise solution à la nécessaire réconciliation franco-allemande.

L'Allemagne est finalement encore plus eurosceptique que la France.

Les espagnols sont bien les seuls à être plus positifs que négatifs sur l'Europe. Il est vrai que question prospérité ils sont encore créditeurs nets au budget européen...

Les Etats-Unis, qui sont censés être effrayés par l'Europe-contrepoids à leur influence, sont plutôt du genre Jacques Chirac par rapport à l'Europe, version "ça m'en touche une sans faire bouger l'autre..." : 45% d'entre eux n'ont même pas d'opinion sur la chose.

Ensuite, et enfin, dans l'ensemble il y a deux fois plus d'opinions négatives sur l'Europe que de positives, et plus des deux-tiers des européens sont indifférents à la chose...

Bon, on peut trouver simplificateur ce calcul sur un coin de table.

Il est cependant confirmé par la question qui tue : "est-ce que votre pays se porte mieux depuis son entrée dans l'Union, pareil, ou moins bien ?" Dans l'ensemble, c'est 45% de "moins bien", 30% de "pareil" et 25% de "mieux"... (pour le détail par pays,
voir l'article).

Tous ces européens sont indignes. En plus, ces gueux voudraient avoir le droit de s'exprimer (où va-t-on ?)

Qu'on en juge : 75% des espagnols, 71% des allemands, 69% des britanniques,  68% des italiens et 64% des français (les pauvres se sont-ils résignés ?) veulent un référendum après un nouveau traité.

Ca m'a rassuré sur l'état d'esprit et la mentalité des opinions : les citoyens n'ont pas la parole mais ils ont toute leur jugeotte...

Bon. C'est simple, pour sauver l'Europe il faut changer de peuple.

Ca tombe bien, une relation qui travaille au coeur d'un satellite du Berlaymonster vient juste d'attirer mon attention sur un échantillon de bons citoyens européens.

Voilà des citoyens modèles ! Je vous laisse admirer l'Europe - réjouissante - de demain, qui nous changera de ces grincheux sondés. Enfin des citoyens présentables. Enjoy, my European friend !








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Lundi 7 avril 2008
Pour les européens, la cause est entendue : le nonisme est une maladie, qu'il convient d'analyser pour mieux la combattre (sans donc écouter les arguments des nonistes, ces malades à rééduquer).

On a donc Reynié qui trouve que les nonistes sentent le social-nationalisme, Minc qui parle de trahison des petites élites, Moscovici ravi de trouver là un "danger de droite" - tout content de se trouver enfin à gauche de quelqu'un...  Tous ces gens, l'oeil rivé au microscope, regardent grouiller le monde noniste et s'efforcent de trouver des remèdes à la prolifération.

J'ai voulu placer moi aussi l'oeil au microscope, et renverser la situation, en regardant un peu ces familles ouistes s'agiter dans leur diversité - car l'un des secrets bien gardés des ouistes c'est qu'ils sont, en réalité, tout aussi divisés que leurs adversaires. Ben, le milieu ouiste, regardé d'un peu près, c'est pas forcément mieux, et ça grouille aussi de sentiments et de ressentiments pas toujours très clairs...

Examinons donc les sept familles ouistes :

- Première famille, les "Occident toujours". Ceux là étaient fachos en 68 et cassaient du rouge, et continuent quarante ans après. Ils sont atlantistes, fans des Etats-Unis, militants d'une OTAN toujours agrandie. Pour cette dernière raison, ils sont prêts à accepter avec joie la Turquie dans l'Union européenne, 80 millions de chair à canon, ça ne se refuse pas. Alain Madelin et Pierre Lellouche iraient bien là dedans ;

- Les anciens maos : après avoir tapé sur la gueule des précédents, ils sont tombés dans leurs bras quarante ans après. Finalement, une adoration commune des Etats-Unis, protecteurs de l'Occident contre le communisme autoritaire, puis l'Islam grondant, les unit dans une même communion. Dany Cohn Bendit se place bien ici, à côté de Glucksmann ou de Barroso (par parenthèse, Barroso après sa période mao, a été formé, à 42 ans, à la Edmund Walsh school of Foreign Service, qui
dixit Wikipedia "a été créée pour fournir aux Etats-Unis les cadres capables d'assurer son rayonnement international. Huit années après il devenait Président de la Commission).

- La famille Europe catholique est gentille. Elle est très contente de cette Europe si charitable qu'elle déverse ses fonds structurels sur des pays qui se dépêchent de mettre leur impôt sur les sociétés à 10%, pour se relever encore plus vite, quitte à provoquer quelques secousses chez les pays donateurs. L'essentiel est d'être charitable et de s'oublier soi-même - quitte à ce que se soit surtout le populo qu'on oublie au passage. La famille Europe catholique a souvent des désaccords avec les Occident, voire les Maos, au sens où elle trouve que les voisins américains sont un peu vulgaires, et que si on pouvait faire un peu plus sans eux, ce serait pas plus mal. Et la gentille famille catholique ne l'est pas au point d'admettre en son sein les voisins turcs, qui comme on le sait, ne sont pas des gens comme nous, les lettons/français/portugais/slovènes... Dans ce camp, on trouve Rémi Brague et son "Europe, la voie romaine", Bayrou, Jouyet, VGE, un grand nombre de polonais adeptes des origines chrétiennes de l'Europe, Sylvie Goulard...

- Les We are the World : ils sont jeunes, contents de faire des études Erasmus et d'abolir les frontières. Ne se sont pas encore rendus compte que
Frontex nous en prépare une de belle de frontière, et que dans sa négociation des accords ACP avec les pays en voie de développement, l'Europe se comporte comme une organisation d'affameurs du peuple. Il faut attendre qu'ils grandissent, ils ne sont pas encore très connus mes We are the World, mais on pourrait y inclure quelqu'un comme le gentil Tony Blair (la variante Sciences-Po des WaW est, en plus, ravie d'avoir, avec l'Europe, de longues heures de cours byzantins à assimiler - la MOC, c'est livré avec combien d'alka-setzer ?) Certains des WaW deviendront nonistes en grandissant, ne désespérons pas.

- Les nazis recyclés : ceux-là sont ravis d'une Europe qui réhabilite la notion d'ethnie, se dote d'une belle agence
pour inciter les bronzés à rester chez eux, et s'asseoit sur le résultat des élections en une sorte d'incendie du Reichstag modernisé. En plus l'Europe affaiblit les nations et redécouvre ses régions, ce qui permet d'opposer  Flamands et Wallons, Cht'is contre parisiens, bientôt basques contre castillans, bretons contre francs etc... Un vrai festival identitaire permanent, comme ils les aiment. L'Europe est pour eux un avenir de rêve et ils aiment à se souvenir de l'affection qu'avait Robert Schumann pour Otto Strasser, ce nazi de la première heure, adepte d'une Europe des régions. A l'extrême droite, on va trouver Bruno Mégret, qui se veut partisan d'une Europe puissance...

- Les On m'la fera pas deux fois : ceux là ont eu des parents communistes, ou socialistes, et leur rêve s'est effondré en 1989, après avoir été ébranlé en 1983 avec le tournant de la rigueur. Comme ils ont conservé de leur éducation un profond besoin de croire, et qu'on leur a dit que le communisme c'est fini, ils sont bien décidés à ne pas se faire voler leur idéal une deuxième fois. Ils défendront l'Europe même après que le dernier Barroso sera parti prendre sa retraite en Floride. Ca c'est un peu ma famille d'origine, je les aime bien, mais parfois ce sont les pires idéologues de la chose, comme nombre de nouveaux convertis (je vois bien Quatremer là dedans, genre plus converti au libéralisme que moi tu meurs).

- Les Mencheviks, ou les malgré-nous : ceux-là sont de la grande famille des nonistes, au fond de leur coeur. Mais ça leur paraît quand même gênant d'être confondus avec les agités du nonisme et de ne plus être conviés aux réceptions de l'ambassadeur (on pourrait les appeler les "rochers Ferrero ?"...) Ils sont donc juste à la frontière, mais côté oui, on ne sait jamais. C'est le marais du ouisme, celui dont l'évolution décidera du futur de ce projet délétère. On peut mettre ici Hubert Védrine comme archétype du Menchevik à gauche, ou François Fillon à droite.


 *


Voilà. Bref compte rendu de ce qui s'agite sous mon microscope. Ces gens-là ne sont pas plus unis que la famille noniste, et quoique moins nombreux, ils sont mieux placés. Les possibles dérives de leurs idéaux sont tout aussi nombreuses que celles que l'on pointe à l'envi chez les nonistes, et leur grand dessein européen pas toujours dépourvu d'arrières-pensées inquiétantes.

Ami ouiste, choisis en tout cas, grâce à cette carte, ta famille. Comme d'habitude, l'exercice comporte une part d'arbitraire, et tu peux te retrouver dans plusieurs familles sus-citées, ou avoir été oublié. En attendant, ne désespère pas, sache bien qu'il y a à ta maladie, dans chacune de ses variantes, des médications adaptées.

Toi aussi, tu retrouveras la lumière et le droit chemin de l'unité démocratique, républicaine et internationale (car comment faire de l'internationalisme sans nations ?...) Les sept familles nonistes te tendent les bras !









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Samedi 5 avril 2008

"il y a le nazisme purement allemand, mais aussi un phénomène européen : l'idée de l'Europe moderne est née là, avec tous les discours d'extrême droite des années 1930. Brasillach, Drieu, Degrelle ne parlent que d'Europe, unie contre le bolchevisme. [...] Le nazisme fonctionne comme une chrétienté au Moyen Age, c'est un langage commun de société. Et à l'intérieur de ce langage commun, comme dans le communisme en URSS, il y a des nazis de gauche, des nazis de droite, des déviationnistes, des économistes pointus."

Jonathan Littell, cité par le Nouvel Obs, 3/4/2008

Prononcés face à Dany Cohn Bendit, qui n'a pas l'air d'avoir su rétorquer quoi que ce soit, pauvre giscardien vieillissant. Pourquoi diable faut-il encore supporter tant de novlangue européenne quand l'aspect tyranno-imbécile de cette construction apparaît à n'importe quel observateur cultivé ? Et pourquoi donc le Nouvel Obs n'a-t-il retranscrit que ces quelques lignes de propos de Littell qui ont l'air tout sauf anodins,et que le journaliste s'est empressé de cacher sous le tapis d'un "On suit - ou pas. Peut-être après tout l'essentiel est-il ailleurs..."

Non, désolé, l'essentiel est là, et pas ailleurs, à l'heure où l'on a imposé à la majorité du peuple français de courber l'échine devant ce qui est - ou pas ?, un avatar mal déguisé du racisme à l'état brut. Remplacez "communisme" par Islam, juste pour voir.






 



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Jeudi 3 avril 2008
Hier j'évoquais la chute annoncée du dollar, précipitée par une probable intervention américaine en Iran.

Il importe de ne pas se réjouir trop vite des difficultés probables des Etats-Unis.

En effet, leur évolution a un impact sur l'économie mondiale, avec un effet de récession sur les économies liées (Chine, Europe). Comme, face à la crise, les réponses européennes sont les plus imbéciles que l'on puisse concevoir (couper les budgets publics et bientôt accroître les taux d'intérêts), ça va entraîner des craquements.

Du point de vue monétaire, si le dollar plonge les pressions sur la BCE pour qu'elle accommode sa politique monétaire se feront de plus en plus vives. Sans grand espoir d'efficacité puisque la plongée du dollar accroît la pression inflationniste, qui est de plus en plus forte : les produits importés comme le pétrole sont libellés en dollars, et les producteurs ajustent leurs prix pour garder des recettes constantes. Et les gros cons qui ne cessent de réclamer une politique européenne de l'énergie pour démanteler nos dernières sociétés publiques n'ont JAMAIS demandé que l'Europe paie son pétrole... en euros.

Du point de vue budgétaire, les suppressions de postes en France dans l'éducation nationale ne sont que la première pilule qu'il nous faudra avaler. Le Japon s'est relancé et est sorti en partie de sa bulle immobilière par la dépense publique, avec un ratio dette/PIB de 160%.

Avec un ratio identique - certes pas forcément idéal, mais possible - ce sont près de 1800 milliards d'euros qui nous permettraient d'amortir la crise. Mais nous ne nous accorderons aucune fraction de cette marge de manoeuvre, non pas parce que les lois de l'économie nous en empêchent, mais parce que la profonde stupidité
(le terme a été employé par M. Romano Prodi, le chasseur de roumains, grand européen s'il en est) du pacte de stabilité nous contraint au contraire à réduire les dépenses au moment même où il faudrait en réalité faire l'inverse (exception pour l'Afghanistan, où nous trouverons les crédits pour faire les porte-serviettes des américains, avant d'intégrer définitivement l'OTAN).

Le Monde a titré il y a peu "Coup de frein sur les projets sociaux de Nicolas Sarkozy" : quelle flagornerie ! Comme si une armée de projets sociaux avait été programmée, lors même que les projets en question n'ont jamais représenté plus d'une fraction des cadeaux fiscaux inutilement alloués en 2007. La réalité, c'est que les lois de l'économie nous laissent une marge d'endettement de 1800 milliards d'euros et que l'Europe nous contraint de rogner sur des budgets sociaux dès qu'ils atteignent 2 ou 3 milliards (coût prévu de la généralisation du RSA).

Bref, pour revenir au titre de ce billet, si les USA s'engagent en Iran, les conséquences seront lourdes y compris pour l'Europe, et par conséquent pour la France. L'Europe, loin de nous rendre plus forts, nous rend chaque jour plus dépendants des aventures américaines.




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Vendredi 21 mars 2008

Oui, le titre est un peu faible. Mais la Méthode Ouverte de Coordination ne mérite guère mieux.


Tel est en effet le nom de ce qui remplace la politique aujourd'hui (débattant avec un pro-européen auprès de qui j'estimais que l'Europe n'avait pas de politique économique, il m'expliqua qu'il y avait la MOC). Pour décrire la MOC, je me réfère à un passionnant billet du blog Nouvelle Europe, blog sympathique quoique pro-européen.


Explicitons d'abord la chose. La MOC est définie ainsi :


A la régulation par le droit, la MOC oppose la régulation par la cognition : elle se fonde en effet sur l’élaboration, au niveau européen, de lignes directrices à long terme et d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs appropriés, traduit par les Etats membres en politiques nationales, dans le cadre de Plans d’action nationaux (PAN), qui font ensuite l’objet d’une évaluation multilatérale périodique. Le but est d’atteindre un certain degré de convergence des politiques nationales non pas à travers la contrainte normative mais grâce à l’échange d’information et de bonnes pratiques, à la comparaison des performances (benchmarking) et à l’évaluation multilatérale (peer review).


Pour ceux qui pensaient que le vote sert encore à quelque chose... Il s'agit donc d'un processus de contrainte volontaire, un mécanisme dans lequel les états s'engagent à soumettre leurs politiques à évaluation.


Et ceci concerne tous les domaines. Je me souviens de débats au moment de l'adoption du Traité Constitutionnel, avec de braves européens m'expliquant combien l'Europe avait peu de compétences, et en tout cas certainement pas des compétences dans les domaines du travail ou de l'emploi.


Le billet évoqué fournit l'occasion de revenir sur ce sujet :


D'abord en rappelant l'existence de contraintes cadres pour les politiques économiques :



Le Traité de Maastricht avait en effet inséré la coordination des politiques économiques parmi les objectifs de la Communauté et avait instaurée une procédure pour encadrer cette coordination, avec l’élaboration de grandes orientations des politiques économiques (GOPE) de la part du Conseil et la mise en place d’un ensemble de mécanismes de surveillance multilatérale, transmission d’informations, suivi et évaluation. Le Conseil hérite notamment de la faculté d’adresser des recommandations aux Etats dont les politiques économiques ne sont pas conformes aux GOPE ou risquent de compromettre le bon fonctionnement de l’Union économique et monétaire .



Ensuite en ajoutant une couche de recommandations plus détaillées dans le domaine des politiques de l'emploi :


Par la suite, le Traité d’Amsterdam introduit les « lignes directrices pour l’emploi » (qui doivent être compatibles avec les GOPE), dont le respect de la part des Etats membres est régulièrement évalué par le Conseil, et qui peuvent être accompagnées de mesures facilitant l’échange d’information et de bonnes pratiques, les analyses comparatives et les approches novatrices, instruments applicables également à la politique sociale .


Et devinez quelles genres de politiques pour l'emploi sont prônées par la MOC ?... Tout est là, dans une phrase qui explique comment la politique de l'emploi actuelle risque d'être inadaptée aux pays nouvellement entrants dans l'UE (rien ne dit que cette politique toute néo-classique de conception soit aussi adaptée aux anciens entrants..)  :



l’accent mis sur les politiques actives du marché du travail dans le cadre de la Stratégie européenne pour l’emploi (qui en fait l’instrument privilégié d’adaptation de la main d’œuvre aux changements structurels), est moins pertinent dans des Etats [ nouveaux entrants] qui ne connaissent pas le phénomène des « trappes à inactivité », typique des systèmes caractérisés par une rigidité du marché de l’emploi et une forte protection sociale. Le faible montant et la courte durée des allocations de chômage rendent inutiles des politiques destinées à favoriser le retour au travail et déplacent plutôt l’accent sur le besoin de mesures d’aide aux chômeurs. [c'est dingue les nouveaux entrants : ils obligent à aider les chômeurs. Berk]


Voilà au passage pourquoi voter Sarkozy, Delanoë ou Ségolène, c'est un peu pareil : ce seront les mêmes GOPE, la même MOC qui s'appliqueront. Autant avoir à l'Elysée un président bling-bling, au moins on a de quoi alimenter Paris Match (quatre pages sur le SMS hier dans Libé)...


Mais pourquoi la MOC, au fait ? La MOC est la réponse à un problème des technocrates européens (et des pro-européens qui nous gouvernent trop souvent) : comment extorquer des compétences nationales sans éveiller les soupçons des citoyens ? Comment continuer la politique des petits pas vers un état européen centralisé sans jamais l'avouer ?


En langage poli :


Conçue dans le cadre restreint du marché commun, la méthode communautaire s’est ensuite étendue à un nombre croissant de domaines, se rapprochant de plus en plus du cœur de la souveraineté nationale. Tout en étant la marque de son succès, cet effet de spill-over (ou d’engrenage) de la méthode communautaire constitue en même temps sa faiblesse : les Etats membres, mais aussi les opinions publiques, s’opposent en effet à toute intrusion d’une autorité supranationale dans des domaines sensibles comme la politique étrangère ou la coopération judiciaire et policière. La MOC est donc vue comme un moyen de faire avancer l’intégration même dans ces domaines, sur des bases plus volontaires et en évitant les transferts de souveraineté.


Il s'agit bien de faire ce que l'on veut dans tous les domaines sans éveiller les soupçons de l'opinion. Je défie n'importe quel pro-européen censé d'expliquer que ce n'est pas du tout le cas.


Au passage, et voilà pourquoi l'Europe est néfaste, elle sert à dé-responsabiliser les gouvernements de leurs politiques :



Un gouvernement pourra ainsi être amené à respecter les recommandations du Conseil qui mettent en évidence ses carences par rapport aux autres Etats membres, afin de gagner l’estime des partenaires et éviter les reproches de son opinion publique. Il pourra même profiter de ce « levier » extérieur pour légitimer des réformes qu’il avait l'intention d'adopter mais qui n’avaient pas suffisamment de soutien au niveau interne.


L'Europe fonctionne donc, en son coeur, au delà de ses compétences formelles, comme une machine antidémocratique. Toujours suivant Nouvelle Europe :



la MOC s’expose encore plus que la méthode communautaire aux critiques de déficit démocratique dont la construction européenne fait souvent l’objet. Non seulement le Parlement européen est écarté du processus, mais celui-ci échappe même aux Parlements nationaux, auxquels le Traité de Lisbonne réserve désormais le rôle de gardiens du principe de subsidiarité sur tous les actes normatifs européens, mais qui ne sont souvent pas informés de ce qui se passe en dehors du processus législatif ordinaire.


Au coeur de la MOC, évidemment, la Commission :


La Commission intervient en effet à plusieurs niveaux dans le processus : c’est d’abord elle qui présente au Conseil européen le « paquet mise en œuvre » (contenant le rapport de mise en œuvre des GOPE, le projet de rapport conjoint sur l’emploi et le rapport d’application de la stratégie du marché intérieur), ainsi qu’un rapport indiquant les progrès nécessaires et les orientations principales, le rapport de Cardiff et le rapport sur les aides d’Etat, sur l’innovation et la politique d’entreprise. Ensuite, après que le Conseil européen de printemps, sur la base de ces rapports, a évalué les progrès réalisés et proposé les orientations politiques générales, la Commission présente un « paquet orientations », comprenant les GOPE et les lignes directrices pour l’emploi. Le Conseil européen de juin adopte ce paquet, tout comme les différentes formations du Conseil pour les parties de leur compétence. A la fin de l’année, la Commission évalue les informations transmises par les Etats membres sur la mise en œuvre des orientations, en jetant ainsi les bases pour le « paquet mise en œuvre » suivant. [...] En conséquence, on s’éloigne de la configuration en réseau et participative, incluant autorités communautaires, nationales et locales, partenaires sociaux et ONG, que la MOC était censée promouvoir, pour un système plus centralisé.



Voilà. Parvenus à ce stade, il ne reste plus qu'à tirer le rideau sur la démocratie. On aboutit à un système pas très éloigné de ce que décrit Tocqueville comme étant une perversion possible de la démocratie :

 

Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, prévoyant, régulier et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?


Les optimistes proeuropéens considèreront qu'il ne s'agit que de la énième version du déficit démocratique déploré dès la construction européenne. Comme le souligne Olyvier, il est grand temps que l'Union rende des comptes et cesse de ne se concevoir que comme mouvement (le parti-mouvement, c'est la définition du totalitarisme chez Hannah Arendt, by the way...)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 20 mars 2008
SAV, activiste bien connu des habitués du blog de Jean Quatremer (moi j'ai arrêté, il devient fatiguant), écrivait ceci sur mon billet d'hier, consacré aux USA au coeur de l'Europe :

Bien entendu, les US ont fortement poussé à l'union de l'Europe occidentale dans les années 1950 et 60 : il s'agissait alors de s'opposer au bloc soviétique. Ce n'est pas un scoop. En revanche, depuis les années 1980 - 90, les US cherchent plutôt l'affaiblissement de l'Union européenne pour sauvegarder leur position de première puissance mondiale.
On peut donc en déduire qu'en étant eurosceptique, vous faites le jeu des US ;).

J'ai commencé à répondre mais finalement je crois que ça mérite un billet, que voici donc. Rejoignez-nous dans ce dialogue passionnant !


D'une part, qui a dit que j'étais opposé aux USA ? eux au moins ont une certaine idée de l'indépendance nationale et n'ont pas confié leur gestion au FMI (encore que, si ça continue...)

Par ailleurs l'Europe n'a jamais donné le moindre signe qu'elle pouvait servir à d'un possible rééquilibrage de la puissance américaine : elle n'intervient partout et toujours qu'en parfait supplétif des USA. Sur l'euro, il aurait fallu, pour donner du sens à cet outil, avertir bien plus tôt des dangers de la gestion américaine et de la nécessité d'une gestion des parités internationales. Le BCE et l'Europe ont raté leur première occasion majeure d'être utile à quoi que ce soit. En réalité, sur le sujet d'un monde multipolaire, les clivages entre pro-européens sont aussi forts qu'entre pro et anti européens (pardon, il n'y a pas d'anti Europe, que des alter...) Lire par exemple l'Euramérique, d'Hervé de Carmoy...

Et les USA sont partout présents dans le bastringue européen, encore aujourd'hui : regarde le Centre for European Reform, à Londres (avec Pascal Lamy dans son Board), rubrique rapport annuel, parmi les gentils financeurs : German Marshall Fund of the USA. Le GMF est un organisme public américain qui a été créé pour gérer les fonds du plan Marshall. Les autres financeurs sont aussi très largement américains : Accenture, Access Industries, APCO Worldwide, AstraZeneca, BAT, Barclays Bank, Berwin Leighton Paisner, The Boeing Company, BP p.l.c., British Bankers’ Association, BT, Citi, Chubb Investment Services, Clifford Chance, Daily Mail and General Trust, Deutsche Bank AG, EADS, EDS, The Economist, Euromoney, Finmeccanica, Fortis, Goldman Sachs, Group 4 Securicor, HBOS plc, JP Morgan, KPMG, Lehman Brothers, Lockheed Martin, Masterfoods, Merck, Merrill Lynch, Morgan Stanley, Rolls-Royce, Scottish & Newcastle, Shell, Telecom Italia, Tesco, Thales, The Royal Bank of Scotland, Time Warner Europe, UBS AG, Unilever and United Parcel Services.

Et le CER n'est pas 'importe quoi. Ils recevaient le gentil Barroso en mars dernier, pour évoquer la stratégie de Lisbonne.

Juste une question, SAV : tu crois que les USA se sont retirés du truc européen quand ?

Lis ce qu'écrivait il y a dix ans Brzezinski :
« l'Europe deviendrait, à terme, un des piliers vitaux d'une grande structure de sécurité et de coopération, placée sous l'égide américaine et s'étendant à toute l'Eurasie. [...] Si l'Europe s'élargissait, cela accroîtrait automatiquement l'influence directe des Etats-Unis.  [...] l'Europe de l'Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses Etats rappellent ce qu'étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires.» Et Sarkozy vient d'offrir à l'Ukraine un accord d'association, qui préfigure généralement une adhésion, cadrant ainsi parfaitement avec les prédictions/recommandations de Brzezinski : élargir pour affaiblir.

On peut hausser les épaules en arguant que Brzesinski, cet ancien conseiller de Carter, ne représente que lui-même. Il se trouve qu'il est conseiller pour les affaires étrangères de Barack Obama. On risque donc d'en entendre parler à nouveau.

Bref, vous êtes gentils les pro-européens, on dirait cependant bien souvent que vous avez des yeux mais que vous ne voyez pas...


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Mercredi 19 mars 2008
Cité par François Asselineau dans une interview radio à écouter, un article du Daily Telegraph révélait l'an dernier que les Etats-Unis avaient très largement financé le mouvement européen à sa naissance.

On sait qu'aujourd'hui encore, les USA s'épanouissent à leur aise dans ce cerclage des nations que représente l'Union européenne (laquelle a placé à la tête de sa diplomatie l'ancien secrétaire général de l'OTAN - bis repetita placent).

Pour les paresseux et les mauvais européens qui n'ont pas encore appris l'anglais, je traduis le papier du Daily Telegraph, la version originale s'intitule Euro-federalists financed by US spy chiefs
:

Le mouvement fédéral européen financé par l'espionnage américain
Ambrose Evans-Pritchard, Daily Telegraph, 19/6/2001

Des documents gouvernementaux américains déclassifiés montrent que la communauté du renseignement des États-Unis a mené une campagne dans les années cinquante et soixante visant à créer une dynamique pour une Europe unie. Cette communauté a financé et dirigé le mouvement fédéraliste européen.

Les documents confirment les soupçons, exprimés à l'époque, que l'Amérique travaillait très fort dans les coulisses pour pousser la Grande-Bretagne vers un État européen. Un mémorandum, daté du 26 juillet 1950, donne des instructions à une campagne de promotion en faveur de la création d'un Parlement européen. Ce document  est signé par le Général William Donovan, chef de l'American Office of Strategic Services (OSS), précurseur de la CIA.

Les documents ont été trouvés par Joshua Paul, chercheur à l'Université de Georgetown à Washington. Ils comprennent les fichiers mis à disposition par les US National Archives. Le principal outil créé par Washington pour façonner l'ordre du jour européen est le Comité américain pour une Europe unie, créé en 1948. Le président était Donovan, un ancien avocat.

Le vice-président était Allen Dulles, directeur de la CIA dans les années cinquante. Le conseil comprenait Walter Bedell Smith, le premier directeur de la CIA, et toute une liste de fonctionnaires et ex-fonctionnaires de l'OSS, qui se sont déplacés à l'intérieur et hors de la CIA. Les documents montrent que l'ACUE a financé le Mouvement européen, la plus importante organisation fédéraliste de l'après-guerre. En 1958, par exemple, il a fourni 53,5%  des fonds.

Le mouvement européen pour la jeunesse, filiale du Mouvement européen, a été entièrement financé et contrôlé par Washington. Le directeur belge, le Baron Boel, a reçu des paiements mensuels sur un compte spécial. Lorsque le chef du Mouvement européen, d'origine polonaise Joseph Retinger, gêné par ce haut degré de contrôle américain a tenté de recueillir de l'argent en Europe, il a rapidement été réprimandé .

Les dirigeants du Mouvement européen - Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l'ancien Premier ministre belge Paul-Henri Spaak - ont tous été considérés comme des hommes de main par leurs commanditaires américains. L'implication des Etats-Unis a été traitée comme une opération secrète. Le financement de l'ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller ainsi que de groupes ayant des liens étroits avec le gouvernement américain.

Le chef de la Fondation Ford, l'ex-officier de l'OSS Paul Hoffman, fût nomméà la tête de l'ACUE à la fin des années cinquante. Le Département d'État [Ndt : affaires étrangères] a également joué un rôle. Une note de service de la section européenne, en date du 11 juin 1965, conseille au vice-président de la Communauté économique européenne, Robert Marjolin, de poursuivre discrètement le chemin vers l'union monétaire.

La note recommande l'absence de débat jusqu'au moment où "l'adoption de ces propositions serait devenu pratiquement incontournable".
(traduction automatique Google affinée par mes soins)


Que dire en 2007 ? Constater d'abord que la méthode européenne telle qu'impulsée par les USA n'a pas changé : avancer dans la voie de l'Europe et placer ensuite les peuples devant le fait accompli (au besoin en s'asseyant sur leur avis).

Relever ensuite avec déléctation la liste des dirigeants du Mouvement européen d'aujourd'hui, dignes héritiers d'un mouvement conçu, créé et financé par la CIA : Pierre Moscovici, Dany Cohn Bendit, Gaëtan Gorce, Jean-Pierre Sueur... Sont-ce nos tibétains à nous ? Des gens pas forcément animés de convictions indignes mais dont l'action est soutenue au fur et à mesure des intérêts de leur financeur ?

On peut hausser les épaules et estimer que tout ça c'est de l'histoire ancienne.

Les exemples de la docilité européenne sont pourtant innombrables, par exemple, entre mille décisions semblables, l'accord donné aux USA pour qu'ils reçoivent automatiquement copie des transactions bancaires internationales du système SWIFT.




 
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Mardi 18 mars 2008
C'est la vision exposée par un rapport aux chefs d'Etat de l'Union, concernant les variations climatiques (cf. résumé ici). Le rapport a été remis par Javier Solana, le ministre des affaires étrangères de l'UE, ancien secrétaire général de l'OTAN.

Les Inrockuptibles, journal bobo pas vraiment révolutionnaire, interroge sur le contenu de ce rapport un professeur à Sciences Po, François Gemenne. Extraits :

"...je suis sceptique quand on agite le chiffre de plusieurs millions de migrants. Ces prévisions proviennent d'un vieux rapport publié dans les années 80. Il mettait l'accent sur la menace de l'invasion de migrants, pour convaincre les états d'agir sur la question du changement climatique.

De rapport en rapport, ces chiffres sont donnés sans qu'il y ait eu réellement d'études empiriques sur la manière dont les phénomènes de migration interagissaient avec le changement climatique.

Dans ce dernier rapport, le phénomène de migration est encore instrumentalisé pour forcer les états à agir contre le réchauffement, mais aussi pour continuer à mobiliser tous les moyens de réduire cette immigration.

Et ce, alors que toutes les études montrent que cette peur de l'invasion n'a aucune justification et que l'immigration est même nécessaire pour la croissance économique et démographique de l'Europe."

Rappelez-vous : unis dans l'Europe nous sommes censés être plus forts. N'empêche qu'une technocratie reste une technocratie, et que je préfère une technocratie qui fait des erreurs concernant 60 millions d'habitants qu'une  méga machine qui engage 450 millions de citoyens déresponsabilisés. Unis dans l'Europe nous sommes encore moins vigilants aux errements d'une administration réservée aux happy few qui y ont accès. Unis dans l'Europe nous sommes comme des veaux parqués dans un pré agrandi : les barrières ont été éloignées de nos yeux et nous sommes censés nous en sentir plus libres. C'est en réalité l'inverse : on ne voit plus les barrières et les garde-barrières s'affairent en toute liberté, et en notre nom...

La chasse aux immigrés sera donc accrue vraisemblablement, sans que ce soit la faute à Hortefeux mais bien celle de l'Union.






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Lundi 10 mars 2008
L'affaire de l'Union méditerranéenne est  passée à peu de choses près inaperçue.

La France a eu, l'espace d'un instant, l'idée qu'à côté de l'Union européenne, elle pouvait prétendre participer à une deuxième union d'états, avec ses voisins méditerranéens. Le projet excluait les pays non riverains de la Méditerranée, donc l'Allemagne, entre autres. Plus généralement, il s'agissait pour la France de construire autre chose, sans l'Union européenne.


L'Allemagne s'est fachée tout net, et Nicolas Sarkozy semble décidé à revenir sur son projet initial, pour accepter que participent à un machin supplémentaire les 27 pays de l'UE (encore que, il paraît caresser l'idée que seuls des pays riverains pourraient présider la structure à naître, encore indéfinie).

J'ai envie de revenir sur ce sujet, et d'exprimer le profond dégoût que je ressens après l'abandon de ce projet.

1. c'est un enjeu vital. Le Maghreb c'est bientôt 140 millions de francophones à quelques encablures de chez nous, avec les risques de troubles si le développement de ces pays échoue à comparer aux opportunités d'échanges mutuellement avantageux,

2. ce qui est fait actuellement pour le Maghreb et la Méditerranée, dans le cadre européen, est indigne : moins d'une dizaine de milliards d'euros pour les cinq années à venir, contre un financement du développement de l'Europe de l'Est d'environ 150 milliards d'euros pour 2007-2013.

3. La balance commerciale allemande est fortement excédentaire avec les pays d'Europe de l'Est et, de façon générale, les pays d'Europe de l'Est sont, pour l'Allemagne, un enjeu bien plus important que pour la France, pays méditerranéen.

4. Il y a donc une très forte logique à souhaiter renforcer de façon directe, sans passer par la moulinette bruxelloise, les liens entre la France et la Méditerranée. L'Union européenne n'est pas conçue pour cela et ne sera jamais efficace sur ce sujet, trop périphérique pour de trop nombreux pays membres.

5. Ce sont principalement les caprices allemands, qui ont vu là une atteinte au carcan européen, qui ont fait plier Nicolas Sarkozy, sous les applaudissements de  Jouyet et autres eurobéats. La Turquie aurait aussi vaguement protesté, car une entrée dans l'Union Méditerranéenne sauce initiale aurait pu lui être proposée en lieu et place d'une adhésion à l'Union européenne. Là encore, on est obligé de noter que l'intégration Turque dans l'UE intéresse bien plus l'Allemagne, qui accueille une forte communauté turque, que la France.

6. Voilà un preuve supplémentaire que l'Europe ne nous sert pas. Il est cependant devenu tabou de compter ce que l'Europe nous coûte, nous ne sommes tenus que de chanter les psaumes à la gloire des Pères fondateurs.

Bref, s'il y a bien un sujet sur lequel Sarkozy devrait être soutenu, c'est celui-ci.

Je pourrais m'arrêter là. Mais mes lectures actuelles, ma sensibilité, mon mauvais goût, ma mauvaise foi, bref, tout, me pousse à ajouter quelques idées déplacées :

1. il semble aujourd'hui admis que la culpabilité d'un homme puisse être très longue (période de rétention de sûreté etc...) En matière de culpabilité, une expiation de 20 ans semble à peine durer.

2. Une responsabilité pénale des personnes morales a été mise en place également, avec un casier judiciaire des personnes morales. Certaines collectivités ont un passé chargé et un casier judiciaire bien plein.

3. l'Allemagne, qui nous donne aujourd'hui des leçons d'Europe, nous regarde de haut et contraint notre politique étrangère dans ce qui n'en a pas encore été communautarisé, est un état qui, il y a 60 ans, faisait ceci :

Le 8 août 1941, une section du Sonderkommando , conduite par l'Obersturmführer SS August Häfner, arriva en ville. Entre le 8 et le 19 août, une compagnie de la Waffen SS attachée au Kommando exécuta tous les juifs de l'endroit-entre 800 et 900-, à l'exception d'un groupe d'enfants de moins de 5 ans. Ceux-ci furent abandonnés sans nourriture ni eau dans un bâtiment à la lisière de la ville, près des baraques de l'armée. Le 19 août, beaucoup furent évacués en camions et exécutés sur un champ de tir voisin ; 90 restèrent sur place, sous la garde d'une poignée d'Ukrainiens. Les hurlements de ces 90 enfants devinrent bientôt si insupportables que les soldats appelèrent deux aumôniers de campagne, un protestant et un catholique, pour leur administrer quelque « remède ». Les aumôniers découvrirent les enfants à moitié nus, couverts de mouches et gisant dans leurs excréments. Quelques-uns des plus âgés mangeaient le mortier des murs ; les plus petits étaient, pour la pl