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Europe : stop !

Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 21:44

Il faut protéger le consommateur. C'est la conclusion d'un article de Paul Krugman.

Aujourd'hui, face à n'importe quel problème, la solution vient, inévitable : il nous faut plus d'Europe.

Sylvie Goulard proposait un système qui placerait la BCE au coeur de tous les controles : banques, assurances et marchés. L'avantage réel de ce système était de "faire avancer l'Europe", pas du tout d'améliorer la sécurité en matière financière.

Krugman ne se prononce pas sur ce point, mais explique qu'une agence ayant en charge la protection des consommateurs contre une finance trop spéculative doit être indépendante des autres autorités (we need an independent agency protecting financial consumers — again, something Canada did right — rather than leaving the job to agencies that have other priorities.)

Krugman explique que le Canada a mieux résisté à la crise parce qu'il avait des instances de régulation solides. Gageons que s'il y avait eu des "Etats-unis d'amérique et du canada réunis", le système américain l'aurait emporté, et par là même toute chance de comparer l'efficacité respective des différents systèmes.

Si l'Europe continue sa progression vers un gouvernement économique, nul doute que les règles les plus laxistes l'emporteront.

En matière de régulation, il faut croire que la "biodiversité législative" est tout aussi importante que la biodiversité naturelle. C'est un argument distinct du banal souverainisme qu'il importe aussi de prendre en considération. Il n'y a aucune raison, dans nombre de domaines, de croire qu'unis nous sommes plus forts. En réalité, uniformisés nous sommes stériles.

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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /2010 15:01

Le nouveau président du conseil européen s'est récemment fait agonir d'injures par Nigel Farage, leader du parti britannique UKIP (au Parlement européen) - cf. vidéo ci-dessous. Droit dans les yeux, Nigel Farage l'a trait successivement de serviette humide et de petit comptable de banque.  

 


Je suis mitigé sur cette intervention. Attaquer Van Rompuy sur son physique n'est pas un argument politique très digne - du Georges Frêche à la dimension européenne.
Il reste que cela ressemble à de la dissuasion du faible au fort. Pour le prix d'une amende de 2700 £, qui lui a été infligée après son discours - et à juste titre - Farage s'est offert un monumental coup de publicité. Il a multiplié par 10 le nombre de citations de son nom sur Internet :
farage.png
Il est exact que le Traité de Lisbonne ayant été adopté par des voies non démocratiques et par abus de droit, la légitimité politique de Van Rompuy est nulle.
J'ai eu la curiosité de lire un de ses discours récents, ayant trouvé un article dont j'ai perdu la référence, qui estimait qu'il avait prononcé des paroles mémorables. Bonne occasion de voir si, à défaut de légitimité, HVR saurait se créer une autorité.
Il s'agit donc d'un texte prononcé devant l'ENA européenne, le Collège de Bruges, intitulé les défis de l'Europe dans un monde changeant - en européen anglais dans le texte, of course.
C'est inintéressant au possible. Il y redit, comme tout eurocrate qui se respecte, qu'il convient de renforcer les pouvoirs de l'Union, d'aller vers un gouvernement économique etc... Toutes avancées parfaitement contraires aux volontés des peuples mais qui s'en soucie ?
Deux points à noter cependant :
1. s'il y avait besoin de confirmation : "The transatlantic link remains by far the strongest relationship in world affairs [...] The most appropriate partner in many fields remains the United States".
2. une citation qui ne déparerait pas dans un bêtisier : "Le FMI prédit [comme taux de croissance] : pour la Chine, 10% ; pour l'Inde, 7,7% ; pour les Etats-Unis, 2,7% ; pour l'Union européenne 1%. Ces chiffres doivent être nuancés bien sûr. Une croissance économique trop rapide pourrait causer des tensions monétaires, sociales ou politiques qui limiterait sa durabilité".
Voilà que M. Van Rompuy trace un chemin qu'il a toute chance de parcourir avec succès : une durable absence de croissance.
*
Maybe damp rag was appropriate after all...



*

Mise à jour : Nigel Farage s'excuse auprès des employés de banque qu'il aurait pu offenser (via Toute l'Europe)...


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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /2010 14:29

"L’Europe politique est morte à Lisbonne, et avec elle le rêve européen. De profundis !"


C'est ainsi que se conclut un article de Pierre Charasse, ancien ambassadeur de France, titré Le traité de Lisbonne ou la fin du rêve européen.


Quelques extraits intéressants, qui soulignent l'échec multidimensionnel de la construction européenne :


Echec idéologique du modèle social européen :


"Au fil des années, les gouvernements de droite ou de gauche ont accepté de se soumettre par conviction ou par renoncements successifs aux règles de plus en plus contraignantes et intrusives de l’économie libérale, présentées comme les seules viables après la disparition du socialisme."


Echec social :


"La crise financière de 2008-2009 qui a mis à mal les fonds de pension privés et ruiné de nombreux épargnants n’a pas servi de leçon et les gouvernements, aidés par les idéologues fondamentalistes de l’OCDE, continuent à affirmer, sans le démontrer, que le régime par répartition n’est plus soutenable."


Echec diplomatique :


"La participation européenne à la guerre en Afghanistan, l’acceptation de l’occupation de l’Irak, l’indépendance du Kosovo imposée par Washington, ont mis fin définitivement à l’émergence d’une Europe politique autonome."


Echec stratégique :


"Le traité de Lisbonne place d’ailleurs ouvertement la défense européenne sous le chapeau de l’OTAN, celle-ci devenant « le pilier européen » du dispositif transatlantique. [...] L’influence de Washington sur de nombreux gouvernements européens et sur la Commission Européenne est puissante. Les innombrables consultations transtlantiques officielles et officieuses permettent en permanence de « verrouiller » les positions sur les grands dossiers, la ligne rouge étant pour l’UE de ne jamais rien faire qui puisse aller contre les intérêts américains, même si c’est à son détriment."


Conclusion :


"Depuis la disparition du camp soviétique et encore plus depuis le 11 septembre 2001, il est clair que l’Europe a fait un choix stratégique et de long terme, celui d’être inconditionnellement aux côtés des Etats-Unis. En prenant ce chemin, elle devient un acteur de second plan dans la nouvelle architecture mondiale qui se met en place, comme elle l’a montré au sommet de Copenhague sur le changement climatique."


Pour ma part ces convictions sont les miennes depuis quelque temps. Il est évident qu'unis dans l'Europe des 27, nous, peuples européens, ne sommes pas plus forts, mais bien au contraire réduits à rien. La France serait plus forte en coopérant directement, et selon les thèmes, avec la Chine, le Brésil, l'Inde ou même des acteurs de deuxième rang comme le Canada, la Corée du Sud ou d'autres. C'est, chaque jour qui passe, une évidence.


*


Une seule question demeure après la conclusion logique de Pierre Charasse. Maintenant que l'Union européenne est enterrée comme projet, que faire ? Comment sortir proprement de cette nasse, comment habiller la chose, quel parti se charge d'ouvrir la voie ? Jouer les autruches en espérant que cela va s'arranger n'expose qu'à une chose : une explosion de l'Union dans la douleur, sous la pression des extrêmes et de population qui ont le sentiment de ne jamais être écoutées, même quand, par exemple, 69% des français disent regretter le Franc. Au moins le débat est-il ouvert.

 

 

 

 

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Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /2010 10:30

Encore Toute l'Europe qui signale fièrement que la baronne Ashton, qui représente les européens sur la scène internationale, souhaite la mise en place rapide d'une CIA européenne.

J'apprends par la même occasion que cette CIA était prévue par le Traité de Lisbonne, sous le nom de Service Européen pour l'action extérieure.

Vous avez voté oui à Lisbonne et ce n'est pas ce que vous aviez compris de ce traité simple et modeste qui n'était que Nice en mieux ? Vous n'aviez pas compris qu'il s'agissait de construire les organes d'un état européen tout aussi barbouzard que n'importe quelle "merde d'état nation" ? (je vise là Toni Négri et toute la gauche partisane d'une Europe matant les vieux états patriarcaux - Europe écologie en tête. Ces imbéciles auront la même chose que ce qu'ils détestent, en pire : moins contrôlé et plus lourd.)


Il n'est peut être pas encore trop tard pour réagir.

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /2010 09:56

C'est un article de l'un des centres de propagande français sur l'Union européenne, Toute l'Europe, qui met en avant le résultat d'un récent sondage IFOP : 69% des français souhaitent un retour au Franc (il faut savourer les commentaires des partisans de l'Union en dessous de l'article ("qui commande des sondages pareils ?", "du grand n'importe quoi" et celui d'une experte en économie monétaire, encore mieux : "si on avait eu le franc au moment de la crise, on pourrait aujourd'hui se servir de la monnaie nationale pour... jouer au monopoly".)


Ceux qui seraient tentés d'approuver cette dernière opinion avisée liront avec intérêt un article, paru dans les Echos, de Jean-Pierre Vesperini, professeur agrégé d'économie, membre du Conseil d'Analyse Economique, titré Le mythe de l'euro bouclier.


Après avoir montré que chômage et croissance ont baissé récemment de façon identique aux Etats-Unis et en Europe, ce qui prouve que l'euro n'a protégé personne de rien du tout, l'auteur continue...


Extrait :

On voit donc que l'euro n'a été en aucune manière un bouclier contre la dépression venue des Etats-Unis.

Mais cette simple observation ne suffit pas à décourager les tenants du mythe de l'euro bouclier. Pour vanter les vertus de l'euro, ils font appel non pas à l'économie réelle, mais à l'économie fiction, c'est-à-dire à ce qu'ils imaginent qu'il se serait passé si l'euro n'avait pas existé. Et d'affirmer que, en son absence, des tempêtes monétaires se seraient abattues sur l'Europe.

Que se serait-il passé ? Les monnaies européennes se seraient sans doute dépréciées vis-à-vis du dollar, mais dans une limite maximale de 20 %, ce qui les aurait ramenées à leur parité de pouvoir d'achat vis-à-vis du dollar. La livre, qui a perdu 20 % de sa valeur vis-à-vis du dollar au cours de la crise, a fixé la limite maximale de cette dépréciation pour au moins deux raisons : d'abord parce que le secteur financier y tient une place beaucoup plus importante que dans les autres pays européens, ensuite parce que les banques anglaises ont eu une gestion beaucoup plus aventureuse que celle de la plupart des banques européennes. Par ailleurs, sans aucun doute, nous aurions assisté à la dépréciation de toutes les monnaies européennes vis-à-vis du mark, dans la mesure où toutes les économies européennes ont laissé se creuser un écart de compétitivité considérable vis-à-vis de l'économie allemande.

Certes, il n'est jamais souhaitable de laisser sa monnaie se déprécier, puisque cela s'analyse comme une perte de pouvoir d'achat vis-à-vis de l'extérieur. Mais il n'est pas non plus souhaitable qu'une monnaie soit surévaluée, puisque cela entraîne une perte d'activité. Or notre monnaie, c'est-à-dire l'euro, considéré comme la monnaie actuelle de la France, est clairement surévaluée. Elle est surévaluée par rapport à la concurrence des produits allemands à laquelle nous nous heurtons partout en Europe. Et elle est surévaluée par rapport au dollar et aux monnaies qui lui sont liées.

Dans ces conditions, la crise, en l'absence de l'euro, loin de provoquer des catastrophes, aurait eu pour effet de rétablir notre compétitivité vis-à-vis de l'Allemagne et des pays extérieurs à l'Europe, avec les effets positifs qui en seraient résultés pour notre activité économique.


Il y a donc, contre l'Euro, à la fois une volonté populaire forte et des avis d'experts parfaitement autorisés. Ce sera la même chose pour l'Union européenne en général, et de plus en plus.

J'espère que cela donnera matière à réfléchir à certains de mes interlocuteurs sur la blogosphère, qui m'ont souvent expliqué que si leur candidat favori n'appelait pas à sortir de l'Union européenne et se contentait d'exiger, au choix, une Europe qui marche ou une autre Europe, c'était parce que le peuple n'y était pas prêt (juste pour les inviter à répondre, il s'agit de Laurent Pinsolle, de Malakine et de Christophe de l'Observatoire de l'Europe).


Je crois bien au contraire que le peuple est prêt, et n'attend que de rencontrer une offre politique à la hauteur de ses attentes.

*

Amusons-nous encore cinq minutes de la bêtise crasse de la réponse pro-europe à ce sondage. L'auteur du billet écrit, du haut de ses grandes connaissances en économie : "Une évidence : le retour au franc n'est pas envisageable, ni souhaitable." Le débat est donc clos.

Pour le centre de propagande officiel en matière de questions européennes, la solution passe par l'usage d'un billet de un euro. Selon Louis Giscard d'Estaing, cotoyer plus d'euros-papier réconcilierait le citoyen avec la monnaie inique.

Je crois surtout que M. Giscard d'Estaing junior étant député de Chamalières, où se trouve l'imprimerie de billets de la Banque de France, il serait ravi pour ses électeurs qui trouverait là de quoi remplir leur carnet de commande (Toute l'Europe épargne aux lecteurs ce détail sans importance). Pour finir, je ne veux pas de mal aux ouvriers de Chamalières, ils auront aussi du travail quand il faudra réimprimer des francs...






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Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /2010 15:33

Un grand papier du Monde la semaine dernière, fièrement titré "L'Europe doit réguler la finance".

C'est signé Sylvie Goulard, présidente du Mouvement européen, membre du Modem et députée européenne.

La dame a trouvé la solution miracle pour réguler la finance : inscrire la régulation au niveau européen, à travers un Comité européen du risque systémique (CERS, entité qui existe déjà mais qui ne demande qu'à s'épanouir).

Plein d'avantages à cela selon Mme goulard.

D'abord l'Europe enfin unie saura imposer des règles strictes au monde entier - unie derrière Jean-Claude Trichet, phare de la pensée économique, puisque la députée propose que le président de la Banque Centrale européenne soit président du CERS. Le CERS serait localisé à Francfort.

Elle propose, de façon générale, que les pouvoirs de différents comités Théodule de supervision européenne (banques, marchés financiers et assurances) soient renforcés, au détriment des autorités nationales de contrôle. Au passage, elle demande également que ces comités Théodule qui siègent aujourd'hui à Londres, Paris et Francfort soient tous regroupés à... Francfort.

Comme cela il sera plus facile le moment venu de tout fusionner en un super machin européen.

Tout le pathos sur la nécessaire unité de l'union est convoqué, dans un texte plein de bons sentiments ("nos enfants méritent mieux (sic)", il faut "un gouvernement planétaire des questions climatiques" (re-sic)).

Le problème est que pas une ligne de ce qui est écrit n'a la moindre chance d'être efficace.

Ce que propose Goulard c'est de favoriser la naissance de géants européens des marchés, de la banque et de l'assurance, controlés par un régulateur européen ("si nous n'organisons pas une supervision au niveau européen, les entreprises seront cloisonnées en filiales, le marché des services financiers se fragmentera, au détriment de la croissance et de l'emploi").

Hors, il ne faut entretenir aucune illusion à ce sujet, cette solution est exactement celle qui prévaut aux Etats-Unis, ou la double régulation de la Fed et de la SEC n'a en rien empêché les délires du monde de la finance.

Sylvie Goulard, jamais à court d'un argument tendance, mentionne les réformes bancaires menées par Obama et attend le jour où "l'UE gagnera le respect des Etats-unis [...] par son unité et son sérieux" (peut-être même aurons-nous droit à un susucre). On verra plus tard qu'en réalité Sylvie Goulard prend le chemin inverse des orientations d'Obama...

Parvenu à ce point, le lecteur peut trouver que mes récriminations permanentes contre les méfaits de l'Union ne peuvent compenser le savoir de l'excellente Madame Goulard. Et en effet, si je n'avais pas lu par hasard un excellent papier de Dani Rodrik le même jour que celui de notre vaillante députée Modem, j'aurais sans doute laissé tomber.

Mais il se trouve que Dani Rodrik, professeur d'économie à Harvard, a publié récemment un article titré : contre une coordination financière internationale.

Il explique fort bien comment Barack Obama a proposé, suivant en cela les conseils de Paul Volcker, de limiter la croissance des banques et de les empêcher de spéculer avec l'épargne de leurs clients. On reviendrait à une séparation entre banques de dépôts et banques d'affaires.

L'idée est notamment d'en finir avec des banques devenues des mastodontes incontrolables que les états sont obligés de refinancer en cas de faillite, qui plus est aveuglément faute d'être capables de démêler l'écheveau de leurs engagements internationaux.

Surprise : Dominique Strauss-Kahn est vent debout contre cette idée, de même que la plupart des acteurs européens, banquiers et régulateurs.

De fait, les pouvoirs publics européens sont déjà otages des géants européens de la finance, à la croissance desquels ils n'osent plus s'opposer.

Cela, Madame Goulard n'en dit évidemment pas un mot. Comme les européens qui sont au bord de l'orgasme à l'idée que la faillite grecque va permettre de mettre en place un gouvernement économique européen, elle n'a comme seul souci la construction de nouvelles autorités européennes, si possible centralisées à Francfort (on rappellera à ce sujet que le mouvement européen qu'elle préside est, contrairement à ses affirmations, un organisme de propagande financé par l'Union européenne).

Comme l'explique fort bien Dani Rodrik, le vrai sujet de la régulation de la finance internationale, ce n'est pas la régulation internationale de la finance ("Lorsque les règlementations financières sont conçues par une coterie de régulateurs mondiaux assis dans des bureaux localisés en différents lieus, ce sont les banquiers et les technocrates qui remportent la manche. Rendre ce processus aux états ferait basculer la balance du pouvoir en faveur de leurs législatures et des parties prenantes nationales".)

De fait, Sylvie Goulard est complètement à côté de la plaque et l'intérêt, pour l'avenir de nos enfants, n'est pas de construire un régulateur financier plus grand pour que nos banques soient plus grandes. C'est au contraire d'assurer un contrôle national des banques par un régulateur national. Si j'écris cela j'ai l'air ringard. Ecrit par un professeur de Harvard ça passera peut-être mieux pour les partisans de l'union européenne : "La diversité des règlementations serait en effet assez couteuse pour les banquiers, qui devront s’ajuster à différentes règlementations en traversant les frontières. Mais pour ce qui est du reste d’entre nous, nous souffrons d’un trop plein de mondialisation financière, et non le contraire. Une forme de segmentation financière n’est pas un prix trop cher à payer pour des règlementations plus fortes, solidement soutenues par les politiques intérieures."

Le grand marché européen est peut être d'ailleurs l'un des facteurs de la crise financière actuelle, et non pas la solution : la liberté de mouvement des capitaux au sein des 27 a sans doute fortement incité les banques allemandes et françaises à aller spieler l'argent des épargnants en Grèce et dans l'immobilier espagnol, plutôt que de s'en tenir à leurs marchés domestiques.

L'excellente Madame Goulard ne rappelle pas non plus que la libéralisation des marchés financiers à l'européenne a donné naissance aux dark pools.


*

On pourra juger qu'en matière financière au minimum, l'Union européenne est l'exemple même de ce qu'il ne faut pas faire. Je vois même dans ce sujet une sorte d'illustration parfaite des insuffisances de l'Union : la volonté de construire à tout prix une unité européenne, au prix du temps nécessaire à cela, et de la volonté des peuples, incite des gens qui se prétendent soucieux du sort de nos enfants, à leur construire des institutions en réalité inutiles, non démocratiques et qui plus est inefficaces. A quelques semaines d'élections régionales qui n'ont aucun intérêt, là réside le seul enjeu politique du moment : rien de politiquement signifiant ne peut être tenté dans le cadre de l'Union européenne - dans le domaine de la régulation financière comme dans les autres.

*

Sur Rodrik, l'Europe et la mondialisation, on relira avec intérêt mon billet sur le triangle d'impossibilité de l'économie mondiale.

 

 

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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 13:39

Les dark pools ce sont des marchés financiers informels où l'on s'échange des titres de gré à gré, sans passer par une bourse qui centralise les ordres et indique des prix de marché en permanence.

De plus en plus, les banques s'échangent ainsi des paquets d'actions en toute discrétion, à des cours inconnus du grand public. De là à imaginer que seule la veuve de Carpentras continuera à acheter ses actions au cours officiel, pendant que les banques établiront entre elle de "vrais" prix, il n'y a qu'un pas.

Une seule chose est sûre, avec cela, les marchés financiers - qui n'ont pourtant pas fait la preuve dernièrement de leur utilité - deviendront de plus en plus difficiles à contrôler.

Un article récent des Echos donne plus d'informations là dessus.

Les tenants de l'Union européenne qui nous rend plus forts seront en tout cas ravis d'une précision apportée par l'article. L'origine des dark pools : "une directive européenne de 2007, dite MIF (marchés d'instrument financiers), qui a cassé le monopole des Bourses au nom de la concurrence et autorisé ces nouveaux services boursiers à se défaire de la traditionnelle obligation de transparence avant l'exécution des ordres".


Décidemment, l'Europe, j'adore.

 

Post scriptum, le 24 février : Je me suis rendu compte par hasard qu'un blog très FN avait publié un billet au titre identique, avant moi. Je ne pense pas avoir vu ce titre avant d'avoir rédigé mon billet, ce n'est pas un blog que je fréquente, mais qui sait. peut-être l'avais-je vu sur un agrégateur type wikio ou autre, et l'ai-je repris sans m'en rendre compte...

Toujours est-il que ce billet, rédigé en cinq minutes, m'a valu un grand nombre de visites après quelques reprises par des gens très bien. D'autres billets sur lesquels j'ai passé bien plus de temps n'ont jamais eu autant de visites. C'est toujours déconcertant de voir ce qui "prend" et ce qui n'intéresse pas grand monde...

 

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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /2010 09:45
Selon l'article 18 de l'avant-projet de loi, un étranger en situation irrégulière sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français pourra faire l'objet d'une "interdiction de retour" de deux à cinq ans. En clair, il lui sera impossible d'obtenir un visa d'entrée en France, voire dans l'espace Schengen, pendant cette durée. Pire, l'article 73 prévoit que l'étranger qui braverait cette interdiction et "pénètrerait de nouveau sans autorisation en France sera(it) puni d'une peine de trois ans d'emprisonnement".

Ces derniers articles correspondent à la transcription en droit français de la directive européenne dite "retour", adoptée en juin 2008. Car la France n'est pas la seule à se transformer en forteresse : le durcissement des conditions d'entrée et de séjour des étrangers concerne toute l'Union européenne.

C'est signé Catherine Coroller, dans Libération ce matin.


 
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Mardi 16 février 2010 2 16 /02 /2010 17:21

"L'instrument que nous allons mettre en place sera un instrument de solidarité, pas de générosité."


C'est Jean-Claude Juncker qui expliquait ainsi sa conception toute mécanique de la solidarité.


Ce matin il renfonce le clou en expliquant que la Grèce doit faire davantage d'efforts.


On apprend dans le même entretien que les européens (les gentils du grand film qui se tourne depuis 1957) réfléchissent à placer la Grèce sous tutelle d'un commissaire politique financier :


"La radio allemande lui a également demandé si les ministres des Finances de la zone euro avaient discuté de la possibilité de fournir une aide à Athènes, éventuellement sous l'égide d'un commissaire financier qui surveillerait l'évolution économique du pays. "Nous avons assurément discuté de telles mesures", a-t-il répondu."


On rappellera que M. Juncker est à la tête d'un état qui vit principalement de la fraude fiscale (autre billet).


Bon ce n'est pas parce que M. Juncker est mal placé pour donner des cours de gestion qu'il faut considérer comme nul et non avenu son jugement sur la Grèce.


Pour cela je préfère me fier à Paul Krugman, dans sa colonne du New York Times, qui explique que la raison de l'échec de la Grèce est l'euro, pas le comportement certes irresponsable (mais aidé par Goldman Sachs) de son gouvernement.


Pour Krugman, prix nobel d'économie, il ne fallait pas faire l'euro : en période de croissance d'un pays, sa monnaie ne peut plus s'apprécier, ce qui entraîne une bulle (immobilier espagnol alimenté par l'epargne allemande par exemple) ; en période de récession sa monnaie ne se déprécie plus ce qui veut dire que ce sont les salaires qui doivent amortir les crises.


Je lui laisse la conclusion : "But it’s important to understand the nature of Europe’s fatal flaw. Yes, some governments were irresponsible; but the fundamental problem was hubris, the arrogant belief that Europe could make a single currency work despite strong reasons to believe that it wasn’t ready."


*


Heureusement, la "solidarité" européenne va sans doute nous sauver. Fortes hausse du chômage à prévoir, sur fond de réduction des acquis sociaux.







 

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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /2010 00:08

C'est pas bien grave, la Grèce de toute façon c'est qu'un tas de vieux cailloux...

 

Grands moments d'émotion donc en ce moment, enfin l'Union européenne construit son gouvernement économique et Van Rompuy prend du galon.

 

La gauche - le PS - ne dit rien, de peur de gâcher la grande fête européenne qui s'annonce.

 

  Il faut donc chercher du côté de la gauche américaine pour découvrir toute la bêtise du plan de sauvetage de la Grèce, arrêté par l'Union européenne.  

 

Par exemple le billet d'un économiste du New Deal 2.0, think tank dépendant du Franklin and Eleanor Roosevelt Institute (siège sur la très chic Lexington Avenue). New Deal 2.0 compte d'ailleurs Joseph Stiglitz parmi ses contributeurs.

 

Qu'écrit donc Marshall Auerback, spécialiste des marchés financiers ? Son billet est d'abord titré Greece signs its national suicide pact. Il compare le soulagement de la Grèce après le "plan de secours" européen à celui d'un passant qui voit s'éloigner le braqueur qui vient de lui soutirer son portefeuille un revolver à la main. Non pas que l'Union européenne ait volé de l'argent à la Grèce, mais bien qu'elle lui a imposé un plan de règlement absurde (the insanity of self-imposed constraints will be manifest to all soon enough).


De fait, pour Auerback, la Grèce vient de devenir une colonie franco-allemande, puisque ces deux pays ont tenu la plume du plan de règlement (au passage, on note qu'on peut parfaitement être nationaliste français et pro-européen : l'Europe comme moyen pour la France et l'Allemagne de mettre en coupe réglée 25 autres états).

 

L'auteur renvoie à un autre excellent billet, émanant d'un économiste australien qui a publié un ouvrage sur la politique économique européenne, le soin de mettre en pièces les règles imbéciles du pacte de stabilité, cadre de la politique budgétaire européenne (It is often said that the European economies are sclerotic, which is usually taken to mean that their labour markets are overly protected and their welfare systems are overly generous. However, the real European sclerosis is found in the inflexible macroeconomic policy regime that the Euro countries have chosen to contrive.) On notera au passage qu'il faut aller chercher aux Etats-Unis et en Australie des keynésiens censés et modérés qui osent écrire noir sur blanc tout le mal qu'il faut penser de la politique économique européenne. Les économistes européens sont sans doute paralysés à l'idée de paraître souverainistes.

 

Donc, il est demandé à la Grèce de réduire de 4% son déficit public en 2010. Auerback écrit tranquillement (je traduis pour l'occasion, c'est trop beau) : "c'est le genre de mesure qu'aucun pays souverain n'accepterait, mais la Grèce, comme le reste des pays membres de la zone euro, a délibérément choisi de s'asservir [enslave itself] à un paquet de règles sans aucun fondement théorique".

 

De fait, la Grèce n'ayant plus de politique budgétaire (sinon très fortement restrictive), ni de politique de change, ni de politique monétaire, va devoir comprimer ses salaires et écraser sa demande intérieure. Auerback : "c'est la recette pour un suicide national".

 

Conclusion fort intéressante de l'auteur : "le rejet arrogant de la part des technocrates européens de prendre en compte les inquiétudes de ceux qui se sentent menacés par l'engouement soudain pour une union politique et monétaire sans cesse plus étroite, sans aucun contrôle démocratique, ouvre la place à des politiciens populistes à la Jean-Marie le Pen, ainsi qu'à la montée des partis extrémistes dans toute l'Union européenne."

 

Voilà. Ce ne sont pas les Mélenchon qui préparent la voie à l'extrême-droite, ce sont les Jean-Claude Trichet, les Jean-Claude Juncker et toute la gauche qui va laisser la Grèce se faire étrangler sur l'autel de la construction européenne. Faut-il se réjouir à l'idée que grâce à l'Union européenne on pourra continuer longtemps à voir des ruines à Athènes ?


*


Post scriptum : Cherchant une référence de personnalités modérées se réjouissant de l'avancée européenne obtenue au prix de mesures profondément injustes et régressives pour la Grèce, je tombe sur la première phrase de l'édito du Monde : "...l'Histoire dira peut-être que ce fut une bonne journée pour l'Europe." C'est le même journal modéré qui est fan de Marine le Pen mais qui glosera encore régulièrement sur le populisme de x ou y.

 

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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /2010 21:48
L'Union européenne et les Etats-Unis sont au coeur des crises actuelles. L'Asie a continué à croître gaillardement en 2009, pendant que les Etats-Unis et l'Union européenne sont au bord du gouffre.

Sur l'Union européenne, les observateurs les plus inattentifs auront remarqué que l'euro est sous forte tension.Incidemment, Daniel Cohen faisait remarquer mardi matin que la crise grecque, qui touche toute la zone euro, avait été déclenchée par la BCE, qui avait averti qu'elle risquait de ne plus admettre de refinancer les titres de la dette grecque en cas de dégradation de la note du pays, plaçant ainsi la Grèce dans la main des spéculateurs.

Pour les Etats-Unis, leur sort est à peine meilleur mais l'achat de la dette américaine par la Chine et, moins connu, directement par la Réserve fédérale, conduit à une apparence de situation plus sereine. Niall Ferguson, spécialiste d'histoire financière internationale, dans le Financial Times de ce matin (A greek crisis is coming to America)  estime cependant que la crise ne tardera pas à s'étendre aux Etats-Unis. Les "fondamentaux" américains ne sont pas meilleurs que ceux de n'importe quel état européen.
Dans le New York Times du même jour il est fait état d'un rapport d'un groupe d'experts sur le déclin de la Silicon Valley.

Il y a des raisons économiques à ces situations. Mais on peut aussi considérer un point comment entre ces deux zones : ce sont deux états fédéraux qui ne fonctionnent pas.

Mais comment, s'écrieront les partisans de la construction européenne, l'Union européenne est si faible que l'on ne peut en aucun cas la comparer aux vénérables Etats-Unis !

Tout d'abord on notera qu'en matière économique, l'Union européenne a de nombreuses caractéristiques d'un état : une monnaie unique, une banque centrale, des règles budgétaires communes, etc... Un état américain est plus libre de fixer sa TVA que ne l'est un état européen membre de l'Union.


Et pourtant, les partisans de la construction européenne expliqueront qu'il suffirait de donner plus de pouvoirs à l'Union européenne, d'atteindre enfin le graal fédéral, pour que tout s'arrange : des transferts élevés de la part de Bruxelles feraient notamment de l'Union une zone monétaire optimale.

Nous ne serions donc qu'à une étape du bonheur fédéral.

Regardons plutôt l'exemple américain de plus près pour voir que nous sommes plutôt à quelques encablures de nous ensabler définitivement dans une prison fédérale inefficace.

On peut en effet se demander si ce n'est pas le propre des états fédéraux que d'être paralysés.

Deux articles récents ont attiré mon attention sur le caractère dramatique du blocage américain.

Le premier est de Paul Krugman, qui estimait lundi que l'Amérique n'est pas (encore) perdue.

Il comparait la situation américaine, où le Sénat bloque réforme après réforme, à celle de la Pologne des 17ème et 18ème siècles, où la régle d'unanimité conduisait la diète à la paralysie. Or, par bien des aspects, c'est le fédéralisme des Etats-Unis qui impose un blocage au Sénat : ce sont des états qui sont représentés au Sénat, pas les électeurs. Chaque état a droit à deux sénateurs, quel que soit son poids démographique. Le principe un homme, une voix ne joue pas.

C'est exactement la même situation au Parlement européen, où la voix d'un électeur de Malte pèse 13 fois celle d'un électeur allemand, et la situation est encore évidemment bien pire au sein du Conseil européen, où les états disposent d'un quasi-droit de véto. On oublie qu'il existe depuis la création des Etats-Unis un très fort mouvement anti-fédéral, qui estime que la légitilité réside dans les états, pas à Washington. Et l'on est frappé de voir à quel point les américains lorsqu'ils se rencontrent sont californiens tout autant qu'électeur des Etats-Unis d'Amérique. Le mouvement des Tea-parties vient rappeler cette longue tradition.

La paralysie des institutions démocratiques qui résultent d'un tel système fédéral conduit à laisser le champ libre aux administrations. C'est le deuxième article dramatisant la situation américaine, et il est signé cette fois-ci de Robert Reich (Our incredible shrinking democracy, 2 février 2010).

Reich est un économiste, il a été ministre du travail pour Clinton. Il écrit que faute de processus démocratique, le Congrès s'est défaussé sur la Réserve fédérale et sur le Trésor pour régler la crise financière, avec les soupçons de copinage qui en résultent aujourd'hui. Sur le climat, le Congrès s'est déchargé de son rôle auprès de l'Environmental Protection Agency. La réforme du système de santé, minime, a été gérée entre la Maison Blanche et les industriels de la santé - pharmaciens et assureurs.

Si l'Union européenne survit - ce que je ne souhaite pas -, nous allons tout droit vers le point de blocage où sont parvenus les Etats-Unis, alors même qu'ils disposent d'une langue commune et de presque 250 années de fédéralisme. Les agences européennes imposeront leurs lois à des élus fantoches, sélectionnés pour leur capacité à faire croire à leur utilité.

La crise de l'euro et de la Grèce met les partisans de l'Europe au bord du bonheur : enfin une occasion de faire un pas de plus vers le fédéralisme ! Enfin un gouvernement économique ! Encore moins de pouvoirs et de voix aux populations ! La raison fédérale va triompher des passions populaires et locales !

Parce que cependant le consentement populaire n'existe pas en Europe, encore moins qu'aux Etats-Unis où il est moins unanime que ce que l'on pourrait croire, il faut en finir définitivement avec les projets d'Europe fédérale. Ils ne nous mèneront qu'à la paralysie et au chaos. Espérons que la présidentielle de 2012 soit l'occasion de ce débat vital.




 



 
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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /2010 18:16
A l'heure où le gouvernement annonce redouter 40 à 50 000 licenciements chez les équipementiers automobile en 2010, le Worldwatch Institute publie un article (payant) sur l'évolution de la production d'automobiles dans différents pays. J'en extrais juste ce joli graphique.

light-vehicles.jpg
Rappelons que l'Union européenne a la compétence exclusive sur les questions de commerce international. De plus, la surévaluation de l'euro est sous l'absence de responsabilité de la Banque centrale européenne.


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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 15:48
La communauté nationale ne pourra prendre tout son sens et toute sa portée qu’au sein d’une communauté de nations. Une communauté de nations sera l’ensemble de plusieurs nations formant un tout géographique continu et limité, ayant des qualités ethniques similaires et un patrimoine commun, historique et spirituel à défendre.

La communauté des nations aura pour fonctions d’assurer la sécurité, la prospérité et l’épanouissement du bien commun. Cette conception, qui semble plus naturelle que celle d’un universalisme abstrait, tend à une division du monde en zones d’influences économiques. Ces zones peuvent permettre, le cas échéant, aux nations en communautés de vivre en autarcie aussi complète que possible, chacune des zones étant ordonnée au bien commun de sa communauté de nations.

 L’Europe est un ensemble de nations qui pourraient réaliser une communauté qui n’est aujourd’hui que virtuelle. Nous voulons lui donner ses institutions et ses moyens d’existence. Toute communauté comporte un ensemble d’obligations réciproques. Aussi les institutions dont il s’agit ne sont-elles viables que si les États constituant la communauté délèguent volontairement une part de leur souveraineté – non pas à un État qui exercerait une hégémonie – mais au profit d’un ordre communautaire concrétisé par des institutions fédérales. Celles-ci auront pour attributions de gérer chacun des éléments constituant la part de souveraineté déléguée.

Extrait de Vers la Révolution Communautaire, Paris, 1943


Il s'agit des actes d'un séminaire de réflexion sur l'identité nationale un ordre communautaire, réuni par le régime de Vichy.

J'ai trouvé cet extrait fort intéressant dans le livre de Bernard Bruneteau, Histoire de l'idée européenne à travers les textes.

Pas mal de choses y sont : le patrimoine spirituel de l'Europe (en 1943 on ajoutait "spirituel et ethnique", c'était plus clair ; en 2010 on se contente de vouloir renvoyer aux racines chrétiennes et de rejeter la Turquie).

Le rejet d'un universalisme abstrait, qui permet notamment d'inscrire la subordination à l'OTAN dans le texte du Traité de Lisbonne (l'universalisme abstrait devrait conduire à rejeter cette prise en compte abrupte et veule de la réalité de la supériorité américaine).

L'organisation du monde en zones d'influences économiques ressemble au protectionnisme économique qui n'est pas non plus universaliste, juste le cache-misère d'un sauve-qui-peut réactif.

Irai-je jusqu'à dire que l'Europe est un projet pétainiste ? Peut-être pas. Mais dans sa version technocrate et anti-démocratique, elle en est tout cas parfaitement compatible avec les idées du Maréchal et de sa clique modernisatrice. Ironie de l'histoire, et trop vaste sujet : sans doute écoeurés par la collaboration français au pétainisme (Uriage etc...), certains français d'aujourd'hui estiment-ils que l'Europe permet de rompre avec cet héritage funeste. Pas de bol, les pétainistes les ont précédés sur ce chemin...

Voulant me renseigner ensuite sur les participants à ces journées, je suis tombé sur un papier d'Antonin Cohen, "Vers la révolution communautaire, rencontres de la troisième voie au temps de l'ordre nouveau".

En voici la conclusion :

"bien que la cohérence des différentes positions et prises de position qui ont été les leurs ne puisse être comprise qu’au prix de la réinscription chronologique de leurs différentes significations dans leurs époques différentes, on remarquera néanmoins l’avenir improbable du cercle choisi de cette avant-garde qui transportera avec elle l’idée d’une Europe «communautaire» et « fédérale» du Mont-Dore à La Haye. Bon nombre des hommes qui ont ainsi pu se trouver dans le cercle restreint de ces sociétés de pensée qui prendront part aux différentes mobilisations en faveur d’une révolution nationale «communautaire», à la recherche d’une troisième voie, pourront en effet se compter parmi les premiers à se mobiliser à nouveauen faveur d’une «communauté européenne» au lendemain de l’Occupation, et notamment dans  le sillage du mouvement fédéraliste français La Fédération ou dans l’entourage de Jean Monnet."




Food for thought...



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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 20:58

Philippe Delmas (je suppute qu'il s'agit de l'ancien vice-président d'Airbus) écrit dans le Nouvel économiste tout le bien qu'il pense de la politique industrielle et commerciale de la Commission Européenne.

Les curieux liront l'intégralité de l'article, mais je souligne quelques bons morceaux :


"les grands Etats industriels de l’Union sont [...] réduits au statut de contrebandier pour continuer vaille que vaille à soutenir leur industrie dans le monde étriqué de l’économie réelle."


"La question n’est pas de savoir si la Commission est capable de faire la police mais si elle capable de faire la guerre. Tout indique que non. Ainsi voit-on la commissaire à la Concurrence exiger que le bénéfice de 50 ans d’investissement d’EdF dans le nucléaire devienne accessible à tous ses concurrents au nom du libre accès aux marchés. Ainsi voit-on la commissaire au Commerce et son directeur général traiter le contentieux entre Airbus et Boeing comme une querelle de voisinage qui se réglera par les bons sentiments – nous sommes amis n’est-ce pas ? – et surtout en ne s’en occupant pas. L’OMC est là pour ça et c’est, elle aussi, une organisation idéale à l’abri de toute influence. Que les conclusions de Boeing accablant Airbus aient été déposées juste avant le début du marché du siècle pour le renouvellement des avions ravitailleurs américains et que celles d’Airbus contre Boeing soient repoussées juste après la conclusion de cet appel d’offre n’est que coïncidence."


"Que les banques régionales allemandes, la caisse italienne de l’industrie ou le fonds souverain français se mettent à vouloir parier sur le très long terme, que leurs critères s’éloignent de ceux d’un fonds d’investissement ou d’une banque – tous acteurs dont l’intérêt pour l’industrie et le long terme est notoire – et les voilà cloués au pilori en attendant d’être condamné pour le plus effroyable péché : l’aide d’Etat. Le mot seul fait frémir. Un Etat qui aide son industrie ! Abomination de la désolation ! Nulle caricature. Tous les industriels européens savent que telle est la réalité. Bruxelles vit dans le monde imaginaire des livres d’économie et nos concurrents dans le monde réel des parts de marché grignotées une à une."


Heureusement qu'unis dans l'Union européenne nous sommes plus forts...


Sont-il idiots à Bruxelles ? Certainement pas. Mais ils sont comme tous les fonctionnaires ou stratèges politiques : occupés à avancer leur pouvoir. Et le principal pouvoir que les traités leur donne c'est la politique de la concurrence et du règne du marché. Je ne doute pas que si l'Europe avait été fondée sur des bases sociales, ils se battraient tous les jours pour faire avancer la place de l'état.


Mais ce n'est pas le cas. Bruxelles s'acharne donc tous les jours à défaire ce que les politiques publiques ont bâti depuis l'après-guerre. On ne peut refaire l'histoire et ce qui constitue encore aujourd'hui le coeur inamovible des traités européens, c'est la libre concurrence.

Voilà pourquoi, tôt ou tard, et le plus tôt sera le mieux, l'Union européenne, nous devrons en sortir...


 




 

 

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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 12:19
Un ami euromorose me signale une interview décoiffante de Jean Quatremer, le journaliste de gauche Libération qui couvre les questions européennes.

Désolé pour les écolos-gentils et les doux rêveurs qui s'imaginent encore que l'Union européenne est un grand truc sympa où les jeunes se tendent les mains par delà les frontières.

Interrogé sur Copenhague, Jean Quatremer se réjouit que la peur du réchauffement climatique ait suscité un début de mobilisation européenne. il prolonge ainsi son raisonnement :

Sans cette peur immédiate, chaque Etat aurait fait prévaloir ses intérêts immédiats. On peut pousser ce raisonnement un peu plus loin : je pense que ce n’est que lorsqu’un conflit armé sera à nos portes ou qu’une menace directe contre l’Europe se manifestera que nous créerons une défense européenne commune, expression de la puissance européenne. La paix est en effet un moteur devenu insuffisant de l’intégration communautaire : elle l’a certes justifié à ses débuts, mais déjà la menace soviétique a servi d’aiguillon. Depuis la chute du communisme, il y a une véritable perte de sens que les référendums négatifs ont manifesté : « pourquoi faire l’Europe alors que la paix semble acquise ? » ont semblé se demander les citoyens. Je constate donc à regret que les conditions de formation d’un Etat-nation semblent indépassables : une identité commune ne semble pouvoir se forger que dans le fer, le feu et le sang, que dans l’opposition à l’autre.

Bientôt la gentille Union européenne qui nous rend si forts passera des appels d'offre pour chercher le meilleur ennemi commun : le russe ? Ennuyeux, ils ont des armes atomiques, ça pourrait mal tourner. Le chinois ? Pareil mais en pire, et en plus pour le moment le chinois tient la tutelle américaine entre ses mains, à travers un gros matelas de t-bonds. L'arabe et le musulman ? Parfait !

Dézinguer du bronzé, ça va nous faire de bons européens... A ce compte là, Eric Besson et Nicolas Sarkozy ne sont pas des épiphénomènes, ce sont juste des bastions avancés de la barbarie européenne qui vient... Et les scanners aux aéroports, les Hadopi et autres atteintes à la liberté ne sont que des zakouskys par rapport à ce qui nous attend - avec les compliments de Libération.

On peut balayer ces foutaise d'un revers de la main en retenant que Jean Quatremer n'engage que lui. Venant cependant d'un homme qui a reçu le prix Louise Weiss du journalisme européen en 2006 et le prix grec du journalisme européen en 2009, on peut tout à fait penser que ces avis barbares ne font que refléter l'opinion de la classe bruxelloise, avide de contrats de défense privatisés. Charmant.



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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 18:45

La Banque Centrale Européenne publie sur son site un avis juridique consacré à la question de l'expulsion ou du retrait d'un pays membre de l'Union européenne et de la zone euro. Très délicatement, cette note est signée Phoebus Attanassiou, vraisemblablement grec (ou chypriote ?).


Télécharger la note, intitulée "Withdrawal and expulsion from the EU and EMU: some reflections" (note à M. Raffarin : tout le site de la BCE est en anglais).


Peu importe. Il s'agit dans cette note (que je n'ai parcourue qu'en diagonale, elle fait 50 pages denses), d'étudier ce qui se passe en cas de sortie de l'eurozone par un pays membre.


Quelques idées relevées dans ce papier :


1. Très clairement, d'après M. Attanassiou, donc d'après la BCE, un retrait de l'Union européenne avant le Traité de Lisbonne était impossible. L'Union européenne est un état, de facto, dont les régions que sont l'Allemagne, l'Italie, la France et autres survivances folkloriques ont perdu assez vite le droit de se retirer (the lack, until recently, of a formal exit clause in Community primary law must have been intentional, testifying to the Member States’ lasting commitment to the EU’s objectives and to the irreversibility of the European unification process, which is irreconcilable with a unilateral right of withdrawal).


Il ne s'agit pas d'une simple position de juriste international considérant qu'un état ne peut se dédire d'un traité. L'auteur assimile l'Union européenne à un état en devenir et démarque bien cette institution liberticide d'un simple traité (it would be to disregard the sui generis constitutional nature of the Community legal order and the ECJ’s well-established interpretation of the treaties as being permanently binding on the Member States.)

L'auteur renvoie ceux qui prétendraient que les états membres de l'union européenne ont conservé leur souveraineté à leur ringardise : "it would be to subscribe to an extreme and largely obsolete concept of sovereignty".

Comme le Traité de Lisbonne prévoit une clause de retrait explicite - assimilée à une énorme faute de goût par M. Attanassiou (a recently enacted exit clause is, prima facie, not in harmony with the rationale of the European unification project and is otherwise problematic, mainly from a legal perspective), il faut se féliciter du passage en force du Traité de Lisbonne.


2. on trouve confirmation du fait qu'entre européens on ne mache pas ses mots. Alors que les européens nous rebattent les oreilles de la faiblesse de la pauvre Union européenne (on nous a refait le coup récemment avec Copenhague), notre juriste note que l'Union voit sans cesse s'accroître ses pouvoirs souverains, à mesure que les états en sont dépouillés (The Union’s slow but continuing progress towards a more advanced level of integration, involving closer political and economic ties between its Member States and the transfer of an ever-increasing share of their essential sovereignty to the supranational European institutions).


3. Pour la BCE, la sortie d'un membre de l'eurozone est une possibilité non nulle (however remote,  the risk of a non-compliant Member State being expelled from the EU or EMU is still conceivable).


4. Un état qui sortirait de la zone euro actuellement devrait également quitter l'Union européenne. Mais l'auteur ajoute qu'un état qui quitterait l'Union européenne pourrait continuer à utiliser l'euro.


5. Une province d'un état-membre qui déclarerait son indépendance n'aurait pas de droit automatique à une place dans l'Union européenne (the assumption that the EU would treat both the rump Member State and the seceding entity as Member States would not hold true, as the rump Member State could veto the accession of the seceding entity under Article 49 TEU [...]. Moreover, it cannot be in the EU’s interest to have an ever increasing number of veto-wielding members, as this would make its business more difficult to manage).


6. Question soulevée par Attanassiou : si, grâce au Traité de Lisbonne, les états disposent indéniablement d'un droit unilatéral de sortie de l'Union, ont-ils pour autant le droit de sortir de l'euro ? L'auteur conclut que ce n'est pas très clair en l'état du traité. Les états ayant le droit de sortir de l'Union doivent a fortiori avoir le droit de sortir de l'euro, mais autant la sortie de l'Union est organisée par les textes, autant il y a silence sur la sortie de l'euro - puisqu'au contraire l'entrée dans l'euro est explicitement désignée comme "irrévocable". L'auteur en conclut qu'il faudrait amender le traité de Lisbonne (good luck my dear fellow !)

 Il rappelle aussi que la politique peut faire des miracles : le Groenland a quitté l'Union européenne en 1982-1984, dans le silence des textes et contre l'interprétation des traités que défend l'auteur.


7. Non content de constater que la sortie unilatérale de l'euro sans quitter l'Union pose un cas juridique complexe, l'auteur se demande si, puisque les états peuvent sortir de l'Union, l'Union ne pourrait pas, réciproquement, en mettre quelques-uns dehors ? La question se pose d'ailleurs aussi bien pour l'Union que pour l'euro d'après lui. Pour mettre un état en dehors de l'Union, la question est complexe et juridiquement difficile. Mais son propos n'est pas l'Union en général, le représentant de la BCE s'intéresse plus particulièrement à une question : peut-on sortir un état de la zone euro ? L'auteur ne répond pas sur ce point, qu'il trouve juridiquement très peu justifiable, mais s'attarde longuement sur un fait : il serait possible que les états membres de l'Union ayant évacué un pays membre, concède à celui-ci la possibilité d'utiliser l'euro comme monnaie domestique (euroisation concédée). L'auteur cite San Marin, le Vatican et monaco comme exemples.


Que conclure de ce papier ?


1. Il est brillant et fort intéressant. Nul doute que l'auteur a traité le problème à tous les niveaux, depuis les principes du droit public jusqu'aux détails techniques.


2. On peut le lire comme un avertissement à la Grèce : la BCE et l'Union européenne se préparent à votre départ. Ce qui est envisagé c'est de vous mettre à la porte de l'euro et de l'Union (c'est indissociable pour l'auteur) et de vous laisser utiliser l'euro sans participer à sa gestion (comme cela l'Union ne sera pas accusée d'ingratitude).


3. On notera avec beaucoup d'intérêt que dans le secret des notes obscures et techniques publiées en anglais, les juristes du système européen se lâchent : bien sûr que l'Union européenne est un état, bien sûr qu'elle grignote les pouvoirs souverains les uns après les autres et bien évidemment il est inconcevable que ce système soit défait - même si une clause de sortie de l'Union chagrine beaucoup les doctes et trouble l'harmonieuse marche en avant sans issue de secours que dessinaient jusque là les traités.


4. Le mieux : il est de moins en moins irréaliste d'évoquer, de demander et de préparer la sortie de la France de l'Union européenne. Puisque déjà, officiellement, la Banque Centrale Européenne s'y prépare.


*

Merci à la presse française et à Jean Quatremer de ne pas perturber la tranquillité des français en les ennuyant avec de tels papiers (Quatremer est occupé à commenter Miss Flandre).







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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /2010 14:45
C'est un article du Monde (Swift et son mystère inquiétant sur la protection des données) qui rappelait ce petit fait amusant.

Swift traite les transactions entre banques. Cette société européenne est officiellement écoutée par les Etats-Unis, qui ont accès à l'ensemble des transactions bancaires de l'Union européenne, ce contrepoids aux USA qui nous rend plus forts...

La Suède, présidente en exercice, et M. Barrot, commissaire en charge de ce dossier, ont validé cet état de fait fin 2009.

Jean-Louis Bruguière, défenseur bien connu des libertés publiques, après un voyage aux Etats-Unis a assuré tout le monde qu'il n'y avait aucun souci à se faire. Nous sommes donc pleinement rassurés.
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 17:15

Monsieur Nicolas Sarkozy, citoyen de la république française, a convié Carlos Ghosn,patron de Renault, à prendre un thé en sa résidence de l'Elysée samedi prochain.


Il avait cru intéressant de faire annoncer par Christian Estrosi, chargé d'étude à l'industrie pour le compte de la Commission européenne, que Renault ne serait pas autorisé à construire sa Clio IV en Turquie.


Messieurs Sarkozy et Estrosi ont été rappelés aux dures réalités par Madame Kroes, ministre de l'industrie de la technocrature européenne : Renault doit pouvoir construire en Turquie ou en Chine, il en va de la "préservation des chances d'un redémarrage économique".


Messieurs Sarkozy et Estrosi, qui s'imaginent élus par un peuple qui aurait encore un quelconque pouvoir, devraient savoir qu'il convient de s'incliner devant les compétences de Mme Kroes, qui a l'avantage de n'avoir été élue par personne.


On se sent certains jours très fiers d'être européens et j'espère que les salariés de Flins en ont bien conscience. Oh, j'oubliais : comme on dit au PS, vive l'Europe sociale !

 

 

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Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 18:50

J'ai sorti les rochers Ferrero : un ambassadeur a laissé un commentaire sur le site.


C'est peut être une blague de Juju, l'ado du 91, mais peu importe.


Pierre Charasse, puisque c'est lui, laisse en commentaire d'un billet consacré à la vraie nature du Traité de Lisbonne, l'adresse d'un site où il exprime sa conception de l'Union européenne.


Allons tout de suite à la conclusion ; la construction européenne, pour lui c'est fini :


"L’image d’un Parlement Européen-Tour de Babel me paraît assez pertinente, elle exprime bien une réalité, la difficulté de communiquer. Dans la Genèse, en détruisant la Tour de Babel Dieu avait puni la vanité des hommes qui voulaient s’élever jusqu’à lui. Soyons rassurés : avec des institutions aussi confuses et un président aussi falot, Dieu ne risque rien et laissera les européens s’épuiser en débats abscons et stériles et sans impact sur la marche du monde !".


A tous ceux qui s'impatientent de nous voir englués dans les politiques stériles de l'Union, Pierre Charasse redonne espoir :


"Je crois en effet que l’Europe politique est à l’agonie. Elle est au moins en état de mort cérébrale, même si le corps fonctionne encore. C’est la fin d’un beau projet, mais qui n’était plus partagé par une majorité d’Européens. Il faut bien voir que pour tous les nouveaux membres d’Europe centrale et orientale, l’entrée dans l’UE représentait une sorte « d’assurance sur la vie », entre autres sur le plan économique, l’essentiel pour eux étant la sécurité offerte par les Etats-Unis via l’OTAN face à une Russie toujours considérée comme une menace."


J'aime beaucoup que Pierre Charasse valide un point que j'avais souligné encore récemment mais que personne n'a vraiment évoqué au moment du Traité de Lisbonne ; point pourtant crucial :


L’UE est par conséquent le volet économique européen d’un ensemble politico-militaire regroupé au sein de l’OTAN. Le Traité de Lisbonne officialise ce rapprochement puisqu’il spécifie dans son art. 28 A que « les engagements et la coopération dans ce domaine (la politique européenne de défense et de sécurité) demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre." Ceci veut dire l’UE renonce à une défense européenne autonome. Le retour de la France dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN ne fait que parachever cette imbrication UE-OTAN. Que ce soit sur l’Afghanistan sur l’Iran ou sur le conflit israélo-palestinien, l’Europe n’est ainsi, de facto, plus perçue comme un acteur autonome.


De fait le Traité de Lisbonne place la défense européenne sous la tutelle de l'OTAN. Vous avez lu une seule fois un partisan du traité vous l'expliquer ? Leur seule excuse c'est que les défenseurs du non sont également rares à s'en être aperçus. C'est tellement gros que personne n'est prêt à l'accepter - même mécanisme que pour l'aveuglement sur les excès du stalinisme.


Donc le Traité de Lisbonne est en place et on va découvrir ses potentialités, parfois pas encore écrites, que la pratique fera évoluer à partir d'un cadre entièrement atlantiste et libéral.


Un scoop chez Pierre Charasse :


"Les compétences des uns et des autres ne sont pas claires, le service diplomatique européen verra difficilement le jour et d’ailleurs risque d’être en concurrence avec les délégations de la Commission dans le monde."


Donc non seulement l'Union emploie déjà 5000 personnes à l'étranger, mais en plus elle va redoubler ce service d'un service diplomatique ? Ce serait invraisemblable, ça a donc toute chance de se produire.


Finalement, revenons aux préliminaires de M. Charasse :


"Je pense que la construction européenne a atteint son point culminant. La mise au point de cette architecture a été particulièrement laborieuse et est restée entre les mains de technocrates passablement déconnectés des préoccupations des citoyens."


*


Je remercie M. Charasse pour son passage. Je suis en tous points d'accord avec lui sur les constats. J'aimerais néanmoins qu'il me rejoigne sur une conclusion : l'impéritie de la construction européenne n'est pas seulement navrante. Elle nous empêche d'adopter les politiques qui s'imposeraient face à la crise.

Il ne suffit donc plus de constater le blocage de ce système. Il faut vouloir sa fin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /2009 21:38

On ose à peine y croire...


Vous vous souvenez sans doute que les partisans du oui, souvent parmi les partisans du oui de gauche d'ailleurs, appellaient à un vote résigné en faveur du Traité de Lisbonne, qui ne faisait qu'apporter quelques modifications positives au Traité de Nice, notamment un rôle accru du Parlement...


Maintenant que les institutions du Traité de Lisbonne se mettent en place, c'est autre chose que l'on voit apparaître.


Ainsi, comme l'explique Jean Quatremer, les ministres des affaires étrangères des états membres ont-ils découvert qu'ils ne participent plus aux discussions des conseils européens.


Pour justifier cette évolution, Carl Bildt, ministre des affaires étrangères suédois (la Suède préside l'Union en ce moment) a expliqué qu'avec le Traité de Lisbonne : "les relations avec les autres pays de l’Union ne sont plus considérées comme des affaires étrangères".


Ah, mais ça veut dire que nous sommes passés de l'Union-organisation de coopération internationale à un état fédéral, ou confédéral ? L'Union européenne aurait changé de nature fondamentale et on ne nous aurait rien dit ? Nous aurions fait un pas de plus vers des états membres placés au rang de régions, au profit d'un état européen unitaire ? Et ceci dans la plus parfaite opacité ?


Je ne peux pas y croire. Et vous ?



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