Sur le blog de Dani Rodrik, économiste américain,
professeur à Harvard, un petit graphique tiré d'une étude récente :
Pour faire simple, le résultat de cette étude est de montrer que plus un pays est ouvert sur l'extérieur, plus le poids des dépenses publiques y est faible. Tout se passe comme si, alors que
l'ouverture rend nécessaire une couverture sociale plus importante (pour compenser la plus forte volatilité), l'ouverture érodait ces moyens.
En attendant que notre bonne Union européenne se convertisse au toddisme, nous continuerons donc à assister à la lente attrition de nos système de protection sociale, avec les compliments du Parti
Socialiste.
(pour terminer sur Todd, je note qu'
Obama a attaqué la Chine bille en tête sur la dévaluation de sa
monnaie : le véritable protectionnisme intelligent consiste à réclamer de justes parités monétaires, pas des quotas ni des taxes).
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Dimanche 14 décembre 2008
Ayant entendu Emmanuel Todd sur Inter l'autre jour, et lu un billet chez Malakine consacré au jugement de Todd sur l'Allemagne, je ne peux m'empêcher d'être déçu par
l'extraordinaire légèreté du personnage.
Je suis en train de lire son dernier livre, que je commenterai plus longuement. Un ami que j'estime m'a assuré que ses bouquins, notamment sur les Etats-Unis, sont extralucides.
Je reconnais généralement dans ses arguments une certaine capacité à ne pas se laisser embobiner par la doxa néo-libérale.
Autant de raisons supplémentaires d'être déçu par le bonhomme.
1. Je ne le suis pas - surprise - sur sa conversion à l'Union européenne. Même s'il est vasouillant sur ce point, confessant chez Bayrou que la victoire du non l'a réjouit, il se dit maintenant supporteur de
l'euro.
Sur France Inter il a affirmé le ridicule de toute tentative d'instaurer un protectionnisme national, et comme le protectionnisme est son dada absolu, il faut maintenir l'Union européenne dans
l'attente qu'elle devienne protectionniste (pourquoi ne pas attendre la conversion de Benoit XVI au boudhisme, tant qu'à y être...)
En 2005, il expliquait qu'il fallait accepter le TCE parce qu'il y avait Bush à la tête des USA et qu'il fallait un contrepoids. On a vu en matière de contrepoids le ridicule absolu de sa prétention, et maintenant que Bush est parti l'argument tombe.
Sur l'Europe, Todd est dans une position proche du non sens.
2. Je trouve son idée protectionniste creuse, et pour tout dire, plus proche de l'invocation que du fruit d'une implacable analyse. Le protectionnisme à la Todd n'est pas défini. J'y reviendrai
plus longuement.
3. Sur l'euro aujourd'hui et la crise, Malakine feint de s'interroger en se demandant "qu'aurions-nous fait
sans l'euro dans la crise actuelle ?" Et Todd - et Malakine - de culpabiliser l'Allemagne qui refuse la grande solidarité européenne et ne veut pas cracher au bassinet pour des plans de
relance aussi massifs que mal conçus. Pour ma part, je ne blâme pas l'Allemagne. Elle vient d'accepter de fortes augmentations de salaires, qui constituent une autre forme de relance peut-être plus
appropriée dans la durée que le n'importe quoi brouillon qui consiste à annoncer des chèques pour des plans par encore définis.
Plus au fond, et si l'euro et l'Europe étaient non pas victimes mais causes partielles de la crise mondiale ? Et si l'argument américain selon lequel il manquait des relais de la croissance
mondiale dans les années 2000 avait une certaine consistance ? Car enfin, qui a comprimé la croissance de la zone euro jusqu'à en faire une zone de la planète parmi les moins performantes
économiquement ?
Malakine affirme que l'argument de l'euro fort et de la mauvaise gestion de la BCE est dépassé et fleure bon les années 90. Il est au contraire fort actuel. Certes, la BCE a sû lacher du lest
récemment - et dans le contexte d'une crise bancaire il faut s'en réjouir. Mais la Corée du Sud sait aussi baisser ses taux quand il le faut, et les a réduit d'un point entier la semaine dernière.
La BCE ne fait donc que suivre ce que font à peu près toutes les banques centrales de la planète, en plus modéré : elle lâche un peu de lest au moment où l'économie mondiale frôle la thrombose.
C'est bien le moins qu'elle puisse faire. Ce n'est cependant rien de plus, et ce n'est que sur moyenne période que l'on peut apprécier l'efficacité de l'action d'une banque centrale (contrairement
au commentaire politique, qui se compose de séquences inscrites dans un récit, pour reprendre une terminologie à la mode, l'économie se comprend et s'évalue sur moyenne période).
Bref, ce n'est pas parce que dans les deux derniers mois la BCE a été moins inerte que par le passé qu'il faut estimer que le monde est nouveau et que toutes les pendules sont remises à zéro. C'est
tomber dans le discours sarkozyste qui trompette que plus rien ne sera comme avant, tout en s'empressant de lancer des plans de financement où justement ce sont les amis qui sont servis les
premiers (promoteurs immobiliers, banques, constructeurs automobiles), sans garanties de retour pour le contribuable.
Voilà. Un petit coup de chaud pour avancer l'idée que le discours de Todd est devenu insipide. Jouant sur son aura critique, il rejoint des positions totalement dogmatiques (l'euro c'est bien parce
qu'à 27 on est plus forts que seuls) et recourt à des arguments bien légers. C'est d'autant plus dommage que sur des sujets comme le retour de l'autoritarisme il est fort intéressant.
Pour finir sur l'euro et l'europe, je rappelle que dans la tourmente, et pour en juger uniquement à l'aune de la stabilité de la monnaie, la zone euro, quinze pays et 320 millions d'habitants, ne
fait pas mieux que le Canada (33 millions d'habitants). Pour parler de façon carrée, qu'on arrête de raconter des sornettes avec la
supposée force de l'Union et le caractère inéluctable de cette dictature qui aurait définitivement fait ses preuves.
Ils étaient quinze aussi sur le radeau de la méduse, ce n'était pas pour autant un gage de solidité.
Et pour revenir enfin à Todd, il y aurait pourtant bien des choses à dire en faveur d'un certain protectionnisme, mais j'y reviendrai.
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Vendredi 12 décembre 2008
Magnifique téléscopage à deux jours d'intervalle dans le Monde.
Un papier de Philippe Askenazy titré la gauche capitaliste. Il appelle à
"assumer des fondamentaux de gauche rénovés"... Certains de ces fondamentaux sont de bon aloi (hausse du salaire minimum), d'autres plus discutables. Peu importe.
L'un des sujets est intéressant pour ce billet : "Durant le premier mandat de Zapatero, l'Espagne a régularisé massivement ses sans-papiers. Elle a ainsi récupéré des milliards d'euros d'impôts
et de cotisations sociales, désormais bien utiles pour bâtir un plan de relance à Madrid."
Je suis depuis longtemps dubitatif sur l'immigration vantée comme un moyen facile de remédier à tout ce que l'on a pas su faire tout
seuls (aligner les formations sur les besoins, assurer une formation continue, ne pas laisser des personnes dans un chômage durable déqualifiant...)
Et voilà que le Monde du lendemain explique toutes les difficultés de l'Espagne avec ses immigrés. Titre : les chômeurs immigrés incités au retour.
Donc la politique de l'immigration ouverte et décomplexée c'est faire entrer les gens quand ça va et les foutre dehors quand ça ne va plus. J'aimerais qu'on m'explique en quoi ça diffère de la
politique de licenciements boursiers ou du fonctionnement capitaliste normal le plus sauvage ? Peut-être serait-il utile que les économistes prennent en compte le coût humain de ces politiques de
va-et-vient où les hommes ne sont tolérés que pour leur force de travail et servent de variable d'ajustement face à des politiques économiques de laisser-faire absolu...
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Quelques lignes décousues sur ce que j'ai pu lire d'intéressant sur la crise récemment, en plus du papier
de Stephen Roach déjà commenté.
Sur les causes de la crise, il y a les explications macroéconomiques usuelles.
Causes macroéconomiques classique
La crise signale le climax d'un problème de répartition, dans lequel la distorsion croissante de la répartition des richesses en faveur des riches diminue le pouvoir d'achat disponible moyen. Les
riches ne prennent pas plus de trois repas par jour et thésaurisent, alors que les consommateurs appauvris ralentissent leurs dépenses.
Cette explication commande un remède simple : il faut relancer la demande, par des mesures visant à solvabiliser les ménages les plus démunis. Et il faudra les solvabiliser réellement, pas en les
encourageant à se surendetter...
Comme l'urgence est accordée au système bancaire, il est à craindre que lorsque les problèmes bancaires seront un peu résolus, plus personne ne se souciera des ménages.
Il faudrait pourtant qu'en Chine et aux USA, les ménages se remplument et pas seulement une hyper élite épargnante. Pour cela, l'Amérique devra sans doute se décider à produire chez elle les biens
qu'elle consomme, pour limiter son déficit commercial et la perte de substance économique qu'elle subit, depuis qu'elle accepte une délocalisation massive de son appareil de production.
Il y a cependant un facteur additionnel à la crise qui la rend spécifique, c'est la place de l'informatique.
L'informatique en question
Cette crise n'est pas la première crise financière. Mais ce qui la rend plus complexe c'est qu'elle est engendrée par le défaut d'un marché entièrement conceptuel : les subprimes, et les
produits encore plus sophistiqués (credit default swaps et autres produits dérivés complexes) sont des produits virtuels, dont la valeur est extrêmement difficile à estimer. Si difficile
en réalité que seuls des modèles mathématiques poussés permettent de définir des prix. Ces biens ont une valeur extrêmement incertaine mais un prix mathématiquement établi...
Modélisation aidant, donc, les banques ont créé une masse grandissante d'instruments financiers qui ne reposent que de façon lointaine sur des biens tangibles. Ceci n'a été rendu possible que par
l'informatique. C'est l'informatique qui gère les transactions, qui valorise les portefeuilles, qui pilote et permet une activité financière croissante.
Lire Michel Volle sur ce sujet, extraits :
l’informatique a permis de lancer d’un simple clic les opérations les plus compliquées, pour peu
qu’elles aient été programmées au préalable, et la simplicité de la manœuvre a masqué la complexité de l’opération. Par ailleurs les réseaux ont permis d’unifier le marché financier mondial. Il a
été dès lors possible de diluer le risque en logeant les placements les plus dangereux dans les actifs apparemment les plus sûrs.
[...]
Oui, c’est l’informatique qui a permis la création d’un espace financier
mondial où la distance géographique, les frontières, n’existent plus, et où tout acteur peut jouer sur toutes les « places » du monde, sur tous les
actifs.
Oui, c’est elle qui a permis de diversifier et complexifier les
outils, de mélanger les actifs, de telle sorte que la « toxicité », comme on le dit si bien, à pu contaminer l’ensemble des patrimoines – et de façon telle qu’il est devenu pratiquement
impossible d’évaluer la portée de la contamination.
Oui, c’est bien elle encore qui a fait de l’espace financier
mondial un bloc solidaire, contaminé dans sa masse même, qui ne peut tomber qu’en bloc ou pas du tout.
Dans le même sens, un article du New York Times titré l'ère des machines (The rise of the machines) contient une citation de George
Dyson : “Le problème commence, comme le montre la crise actuelle, lorsque la réplication incontrôlée [facilitée par l'informatique] est appliquée à la monnaie elle-même. Les produits financiers
extrêmement sophistiqués (les produits dérivés) sont issus, non de facteurs de production ou d'autres biens, mais découlent eux-même d'autres produits financiers".
L'informatique seule n'a pas suffi à provoquer la crise. Paul Craig Roberts rappelle qu'en 2004
c'est l'actuel secrétaire américain au Trésor, Henri Paulson, qui a obtenu de la SEC, l'autorité américaine de contrôle des marchés, d'assouplir les limites à l'utilisation des produits dérivés par
les banques d'affaires. Roberts rappelle que la chute du fonds spéculatif LTCM, en 1998, était aussi déjà un problème de valorisation des instruments financiers. L'article s'appelle "la fin de
l'hégémonie américaine"...
Il rappelle aussi que le budget du Pentagone est d'environ 700 milliards de dollars, ce qui correspond à un plan Paulson annuel - les Etats-Unis ont une défense qui leur coûte autant que toutes les
autres armées de la planète ; pour autant, elle ne résiste pas à l'enlisement dans les sables irakiens et afghans. Pour lui, les Etats-Unis ne s'en sortiront qu'en effectuant des choix
draconiens...
A suivre...
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Mercredi 24 septembre 2008
Braves gens, vous croyez vivre une crise du capitalisme, que nenni. Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut de Hautes Etudes Internationales et du
Développement de Genève, y voit au contraire une grande victoire des marchés :
Le nettoyage en cours à Wall Street signale le triomphe du capitalisme et annonce un système bancaire régénéré. Les banques qui s’étaient laissé aller à l’auto-complaisance
disparaissent. De nouvelles banques vont émerger, après avoir tiré les leçons des erreurs passées. Un jour, sans doute, elles aussi auront vieilli et feront de grosses erreurs, les mêmes,
peut-être, et elles disparaîtront. Un marché où seuls les bons survivent est un marché efficace. Wall Street va bientôt retrouver une nouvelle jeunesse.
Tout l'article est une caricature. Il réussit à ne pas évoquer les fonds publics versés à robinets ouverts pour soutenir des banques fragilisées. Et d'ailleurs, la crise est due non aux marchés,
mais aux agents des organismes de régulation (pensez, des fonctionnaires : "les superviseurs sont, en général, des gens infiniment moins bien payés que ceux qu’ils sont censés contrôler.
Forcément, les financiers les plus habiles ne sont pas attirés par cette profession. Dans le tête-à-tête contrôleur-contrôlé, la partie est inéquitable.")
Pour les lecteurs qui penseraient encore que Telos est un think tank progressiste...
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Dimanche 21 septembre 2008
Les Etats-Unis s'effondrent : je le savais !
Hum... Non, comme beaucoup, je savais que les Etats-Unis vivaient sur un endettement excessif. Et mon macroéconomiste préféré,
Stephen Roach, tirait depuis longtemps la sonnette d'alarme - sans parler de Paul Krugman ou de blogueurs avertis.
De là à imaginer la disparition de monstres sacrés de la finance internationale.
Bref, rien à écrire sauf à se demander, comme tout le monde, ce qui va bien se passer après. Ce qu'exprime très bien un commentateur brillant - et attentif -, pseudonommé JP, chez Radical Chic :
C'est bien écrit et intelligent comme un éditorial de la grande presse, mais ces éditoriaux n'ont au fond souvent pas plus d'intérêt que la rubrique des mots croisés. Parce que l'analyse, trop
motivée par l'envie de pontifier et dénoncer, ne s'attarde pas assez sur la phase de collecte et rumination des faits. Ce n'est pas que tu aies tort lorsque tu prédis que rien ne changera. En
effet, rien ne guérira le système. Tu es même en dessous de la réalité. En prétextant vouloir porter remède aux perversions du système, les requins situés en haut de la pyramide viennent de
franchir un nouveau degré dans l'escroquerie.
Car de quois'agit-il? Des chutes de 3% en une seule journée du Down Jones? Et alors? Rien de nouveau. Une banque qui disparait? Et alors? Rien de nouveau. Sauf que, voilà, Paulson décide de siffler
la fin du jeu de massacre en ce moment précis. Pourquoi maintenant? Que s'est-il donc passé de spécial hier et/ou avant-hier? Les cours des 2 denières banques d'investissement encore indépendantes
sont attaqués. Morgan Stanley est plus fortement attaquée, alors que ses résultats sont les meilleurs. Le cours baisse fortement, mais ne descend jamais en dessous d'un solide plancher à 18, comme
s'il y avait un consensus des marchés selon lequel MS vaut quand même au moins 18. Quant à Goldmann Sachs, les évènements sont nettement plus étranges. Le cours rencontre dans sa descente un
plancher bizarrement fixé à pile-poil 100$. Un si joli chiffre tout rond a peu de probabilité de correspondre à une estimation des marchés reposant sur les fondamentaux. C'est bien plus
vraisemblblement le chiffre arbitrairement choisi comme niveau pour soutenir le cours, par une entité possédant les moyens et l'intention de le faire. Bon, classiquement, les pactes d'actionnaire
pour soutenir un cours ne sont pas facile à mettre en place, on prend le risque d'être trahi, il est généralement plus prudent d'essayer d'être le premier à vendre. Mais ici, il y a un groupement
d'actionnaires, détenant 88% de Goldmann Sachs, et structurellement prédisposé à s'unir pour défendre. Ce groupe, c'est Goldmann sachs elle-même, ou plus exactement, ce sont les associés, les
ex-associés et une partie du personnel. Et en fixant le chiffre à 100$, ils veulent montrer qu'ils fixent le cours selon leur bon plaisir. Problème: Goldmann Sachs prouve ainsi qu'elle est encore
le caid de la place, mais justement, le caid a beaucoup d'ennemis. ( parcourez les forums de traders/boursicoters, vous y verrez souvent des cris d'encouragement dignes des parieurs de champ de
course commentant la performance de leur canasson: "Vas y, continue à monter à monter/baisser". Mais pour Goldmann Sachs quelques parieurs à la baisse éructaient - je traduis en francais chatié -
"Vas y, crève salope". Pourquoi tant de haine? Ce n'est pas par hasard si cette banque d'investissement était devenue la plus importante. Elle est probablement la plus dénuée de scrupules. La liste
exhaustive de leurs manipulations est vraisemblablement assez longue. Associée dans les années 80 à Robert Maxwell, le multi-milliardaire escroc opportunément mort par accident en 91. Associée
juste après aux privatisations mafieuses en Russie. Et dernièrement, aurait plus ou moins compensé ses pertes dans les subprimes sur le dos des confrères en étant le premier à vendre à découvert
ces titres addossés sur les crédits subprimes, précipitant ainsi leur perte de valeur.
Bref, mercredi et jeudi, on a vendu à découvert l'action Goldmann Sachs. Initialement il y fallait du culot pour s'attaquer au caid, le bénéfice n'était pas garanti, mais il y avait aussi l'envie
de crever le monstre.
Mercredi, 12h30, l'heure du sandwich , les vendeurs à découvert attaquent, le plancher à 100$ est percé, ca descend de quelques dollars, puis ca remonte à 100 en une minute. C'est raté! Mais, petit
1, ce plancher n'est donc pas invulnérable, et, petit 2, malgré qu'en fin de journée le cours remonte un peu car les vendeurs à découvert doivent couvrir leur position, le bilan de la journée est à
la baisse. Goldmann en sort quelque peu fragilisée..
Jeudi, seconde tentative, 12h30, l'heure du sandwich , les vendeurs à découvert attaquent plus fort que la veille, le plancher à 100$ est percé, ca descend jusque vers 85$, puis ca revient à 100.
Mais cette remontée ne sera pas évidente, il y faudra plus de 20 minutes. Caramba, encore raté! Mais, héhé, la prochaine tentative, le lendemain, risque sérieusement d'être la bonne, puisqu'il est
maintenant prouvé que mettre à mort Goldmann Sachs, ce n'est plus une idée de fou. Demain les attaquants seront donc logiquement renforcés par de nouveaux volontaires pour la curée. En revanche,
aucune aggravation des perspectives pour Morgan Stanley dont le plancher à 18$, plusieurs fois testé, se révèle infranchissable.
Jeudi, encore, deux heures après l'attaque repoussée, mais qui augure mal de la survie de GS, la rumeur circule que Paulson va prendre le contrôle du chaos général. Goldmann est sauvée, 24 heures
avant la mise à mort, par l'arbitre qui siffle inopinément la fin du match.
Problème, problème, très gros problème:
juste avant d'être secrétaire au trésor, Paulson était rien moins que le plus gros actionnaire de Goldmann Sachs.
Moralité: il ne faut pas lire les éditoriaux, et il ne faut pas chercher à les contredire, car on accepte alors leur problématique bidon telle que "le système va-t-il se réformer, oui, non". Il
faut accumuler les données,les faits, les connaissances historiques, et se demander "que se passe-t-il exactement? Quels sont les détails bizarres? que révèlent-ils?". Et ainsi, la problématique
devient "n'est-on pas surtout en train d'assister au passage à un degré encore plus élevé de corruption du système US ?"
@ X ou Y (flemme de vérifier qui a dit quoi)
- rentabilité décroissante du capital: mais évidemment! C'est Statler qui tient la bonne piste. Le système a accumulé plus de capital qu'il n'existe d'opportunités pour l'exploiter avec un taux de
rendement jouissif. L'attaque US commencée il y a presque 20 ans sur l'Iraq peut se concevoir avec Lénine: "impérialisme colonial, continuation logique du capitalisme" ou Proust "A la recherche du
rendement disparu", enfin bon, vous avez saisi le fond de l'idée.. Autre symptome, l'émission cyclique de bulles qui a remplacé le cycle des crises de surproduction (qui générait au moins
cycliquement du vrai rendement.). Mais je ne vois pas pourquoi on se dirigerait vers quelque chose de mieux que le merdier présent. Le système politique "démocratique" continuera à laisser les
décisions essentielles au capital financier, qui ne va pas s'emmerder à recréer un New Deal. ( Il n'y aura donc pas, contrairement à l'idée de Guillermo de "perpétuel cycle séculaire entre new deal
et dérégulation"). Rappellons que les économistes keynésiens (les vrais) n'ont plus le pouvoir d'imposer leurs idées au moyen d'arguments tels que: "Messieurs les banquiers/rentiers/gros plein de
sous, si vous ne vous laissez pas convaincre par nos idées, vous serez bientôt convertis - contre votre volonté - par celles des soviets. Au contraire, le capital va, premièrement verrouiller le
système autant qu'il faudra pour qu'aucune décision politique ne puisse porter atteinte aux rentes monopolistiques, c'est toujours ca de conservé, et deuxièmement, quant au gros tas de capital qui
restera inemployé, il faudra le déménager en Asie, de préférence en Inde plutot que la Chine (scandaleuse dictature où une bande de politiciens, technocrates et ingénieurs se permettent impunément,
et réussissent à, controler l'économie, et bafouer les Droits sacrés de l'Homme riche).
@Corto
Oula! Gros gloubiboulga dans tes souvenirs de la théorie et de l"expérience" que tu invoque: Le rendement décroissant de Ricardo n'est contesté par absolument aucun économiste, même le plus allumé
- il concerne le nombre de quintaux de patates récoltés à l'hectare, et sert à expliquer parfaitement la rente foncière agricole ou minière/pétrolière, bref, c'est hors-sujet -. Sinon, il existe
effectivement le rendement croissant, au sens de productivité (mesurée en quantité de biens produits) croissante du capital dans l'industrie. Mais il y a aussi la productivité décroissante du
capital (mesurée en quantité de pognon gagnée sans rien foutre) au fur et à mesure que le système en accumule (à moins d'innovation technologique) L'idée en remonte au moins à Marx, mais elle est
incluse aussi dans la TEG de Walras.
@Tous
Bande de neuneus, adhérents de la grande fraternité des lemmings, avez vous bien médité le sort des Lemmings Brothers? ( attention, super-gag).
Bref, un peu de recul historique vous a manqué pour prendre la dimension complète des évènemments. Ce n'est pas une crise classique. L'explication officielle a bon dos. Résumons; pendant chacune
des 2 années consécutives, 2% des hypothèques partent en sucette, en comptant très large. Mais on peut quand même bien récupérer au moins la moitié de la valeur du bien immobilier. Bref, le
rendement global des hypothèques est sucré de 1% par rapport aux prévisions. C'est comme si des hypothèques à taux fixes avaient subi les conséquences d'une inflation plsu élevée de 1% qu'anticipé.
Et on prétend que ce genre de perte, certes pas négligeable, mais pas non plus exceptionelle serait à l'origine de l'effondrement du système? Pourtant, cf la faillite des caisses d'épargne et LTCM,
le système en a vu des pires. La réalité est que les subprimes ne sont que la brindille ajoutée sur le chameau, mais qui a brisé son dos surchargé. Mais cette surcharge en dettes, l'excès de
leveraging, ne sont eux mêmes que les symptomes d'un système obligé de faire une sorte de cavalerie financière pour repousser le moment du retour au réel.
Estimé en proportion de la population, le capital industriel réel (pris au sens large, incluant aussi le capital humain et le goodWill de l'industrie) des états-unis est inférieur à celui des
francais, allemands ou japonais. Ce n'est pas de là que peuvent venir des profits suffisants à nourrir l'US, et cette situation s'agravera au fur et à mesure que le siphonnage des cerveaux
étrangers ralentira. Quant aux profits financiers, ils ne sont conséquents qu'à la condition que les US/UK restent les intermédiaires obligés entre préteurs et emprunteurs du monde entier. C'est de
moins en moins vrai. Dégradation similaire dans le domaine commercial. L'empire ne contrôle plus les flux économiques de la périphérie, (au sens de Braudel), dont les membres font maintenant
directement affaire entre eux. Juste trois exemples: le premier est un peu anecdotique, quoique, mais extra-frais pondu du jour : l'argentine et le brésil utilisaient le dollar pour leurs échanges
commerciaux jusqu'à la semaine dernière. Mais plus maintenant. L'autre exemple est moins neuf, mais général: la plupart des pays d'amérique du sud et d'afrique ne s'interdisent plsu de vendre
directement au pays consommateur leurs matières premières. Ah j'oubliais, les états du Golfe Persique vont réellement lancer leur monnaie unique. Bref, l'empire vivait en prélevant sa dime sur les
flux économiques de la planète, mais de moins en moins de monde continue de payer. Ah, les bourgeoisies des états clients de l'empire avaient un désir profond et sincère d'obéissance à l'empire,
lorsque l'ogre communiste rodait dans les bois et les maquis. Mais tout fout le camp.
Cette crise n'est pas la répétition de la crise de 29, mais elle n'est pas moins historique:
- Si elle entraine un New Deal, ce sera plutot en Chine, afin que la redistibution y soutienne la consommation (etc...), car l'Amérique cessera d'être le gros consommateur à crédit de la
planête.
- Si l'on considère l'évènement réellement déclencheur, il n'est peut-être pas aux USA dans les subprimes américins, mais dans les 60 % d'effondrement boursier à sanghai qui avaient précédé. Il y a
plusieurs exemples chez Braudel (cf Civilisation matérielle, etc..) de cela: la crise financière générale d'une économie-monde devrait logiquement démarrer dans le Centre. Si elle s'amorce en un
lieu de la périphérie mais réussit à contaminer le Centre au point de se généraliser ensuite à l'économie-monde, alors ce lieu de l'amorcage est aussi celui du futur Centre appellé à remplacer
l'ancien.
C'est historique. Il faut juste réaliser que la crise de 29 faisait la césure entre l'imperium britannique et l'américain, alors que la crise présente marque une première césure, avec l'imperium
chinois qui va apparaitre. Autrement dit, Guillermo aurait complètement raison de dire que la pièce qui commence aujourd'hui est la même celle qui commenca à être jouée en 29, s'il n'avait ignoré
que le rôle de l'UK est maintenant joué par l'US, dont l'ancien rôle est aujourd'hui tenu par la Chine.
Outre qu'il y a de quoi écrire un polar moderne, la conclusion de JP, est intéressante pour la gauche : il n'y a aucune raison d'imaginer que parce que la finance supposément de droite
s'est cassée la figure, le balancier va automatiquement revenir à gauche...
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