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Mardi 23 juin 2009
Certes, l'inventeur de la prime au retour n'est pas un homme de gauche, quoique ayant frayé avec le PS dans de grands émois d'ouverture.

Il publie régulièrement des papiers intéressants dans le domaine économique. Son dernier article, dans le Monde, n'a pas reçu l'écho qu'il méritait.

On y lit par exemple ceci :

les usines qui ferment tous les jours en France, en Europe et aux Etats-Unis ne sont en général pas victimes des subprimes, elles sont victimes des succès de la concurrence chinoise et indienne. Depuis son entrée dans l'OMC il y a moins de dix ans, l'Asie conquiert les marchés pour le plus grand bonheur des consommateurs et pour le plus grand malheur des travailleurs occidentaux.

Ou encore :

dans les cinq dernières années, la consommation des ménages a augmenté en France de 20 %, alors que la production n'a augmenté que de 6 % : ce sont les importations qui ont augmenté de 61 %. Les exportations chinoises mondiales ont triplé de 2004 à 2008, et leurs réserves de change sont les premières du monde, mettant les Etats-Unis à la merci de leur bonne volonté d'acheter leurs bons du Trésor. L'Inde est le numéro un mondial des médicaments génériques, domine une partie du marché mondial de l'informatique et des centres d'appels, la Chine détient 60 % du marché mondial des jouets, livre à Rungis des roses moins cher que celles d'Amsterdam, imprime les guides touristiques du Périgord en français, fabrique en vingt-quatre heures les prothèses dentaires commandées en PAO par nos dentistes, est numéro deux mondial de la production automobile, etc.

Le diagnostic est très clair, et, tout en rejetant le "protectionnisme", Stoleru questionne sérieusement le libre-échange.

Pour remettre un peu d'ordre dans cette concurrence déloyale entre nations, l'auteur suggère d'éviter les usines à gaz que recouvre généralement le terme de protectionnisme, pour préférer une solution simple : la régulation des taux de change.

C'est en effet la première arme commerciale entre les nations, plus mortelle pour nos emplois que bien d'autres.

Je me désole que le Parti Socialiste soit, là encore, à la remorque d'un secrétaire d'état autrefois giscardien, et tarde à réaliser que nos usines ne ferment pas par obsolescence naturelle.

Là où je me sépare nettement de Stoleru, c'est qu'il en appelle à une concertation entre la Chine, les Etats-Unis, l'Europe et l'Inde pour réguler les changes.

S'imaginer que l'Europe puisse jouer un quelconque rôle, distinct notamment des positions américaines (relire Almunia défendre le rôle de monnaie de réserve du dollar comme un larbin stipendié), est du plus haut comique. D'ailleurs l'article n'est pas dénué d'un autre aspect surréaliste (peut-être à lire au deuxième degré), lorsqu'il évoque la "lucidité" de Nicolas Sarkozy (c'était une semaine avant le remaniement)...

Bref, je retire de la lecture de cet article que mon idée de taxe de libre échange serait un grand pas pour nos usines, et pour nos emplois.






 
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Vendredi 27 mars 2009
Le fait que l'union européenne ait fermé la porte à tout débat sur la réforme du système international, proposée par la Chine et la Russie, soutenues par l'Inde et le Brésil, passe absolument inaperçu. Quelle occasion pourtant pour le PS, ou la gauche, de faire preuve d'un peu de vision.

Il est sans doute trop difficile d'expliquer tout à la fois que l'Europe est une grande idée, qu'il faut voter en juin, mais que les commissaires européens se montrent d'une servilité abyssale dans la défense du dollar. Une sorte de chloroforme semble donc empêcher toute réflexion dans l'Union. Comme Soeur Anne, en matière européenne, nous ne voyons toujours rien venir d'intelligent.

Ca n'empêche heureusement pas le reste du monde de s'intéresser à l'avenir de l'économie mondiale.

Un groupe d'experts des Nations Unies, présidé par Robert Stiglitz, vient de rendre des conclusions sur les remèdes à la crise financière (en français. Les documents de l'Union européenne-qui-nous-rend-plus-forts sont le plus souvent en anglais only ; c'est à l'ONU qu'on publie aussi en français).

Conclusion principale : "JOSEPH STIGLITZ, PROPOSE LA CRÉATION D’UNE NOUVELLE FACILITÉ DE CRÉDIT ET D’UN AUTRE SYSTÈME MONDIAL DE RÉSERVES POUR SURMONTER LA CRISE"

Quelques idées tirées du communiqué :

Les experts...ont défendu l’idée de constituer un conseil mondial de coordination des politiques économiques, plus inclusif que le G-20, mais assez réduit pour ne pas compromettre le processus de prise de décisions

...Aujourd’hui, a-t-il dénoncé, les pays en développement prêtent des sommes colossales aux pays riches, sans intérêts, parce qu’ils ont le sentiment qu’il est plus prudent de disposer de fonds de réserve que de les dépenser.  Le système mondial de réserves a été conçu pour des temps difficiles, mais le danger d’avoir un système reposant sur un seul pays est reconnu depuis longtemps, compte tenu de son impact sur la confiance et la stabilité, comme on le constate actuellement avec les fluctuations du dollar.  Par ailleurs, un système de deux ou trois pays vers lequel le monde semble vouloir s’acheminer comporterait les mêmes risques.  Un nouveau système est faisable rapidement et il peut être mis en place de façon à atténuer les pressions causées par l’asymétrie entre les surplus et les déficits des pays.

...La deuxième question sur laquelle le Président de la Commission d’experts a attiré l’attention est celle de la création d’un conseil mondial de coordination des politiques économiques, qui serait une bonne alternative au G-20


Voilà des analyses en plein dans le sujet. Voilà un enjeu qui pourrait aisément justifier que l'on y consente des abandons de souveraineté : une discussion ouverte sur le pilotage de l'économie globalisée, et la création d'un organisme de régulation mondiale.

Voilà qui nous changerait des imbécilités de la Commission européenne, dont le dernier exploit en date, après avoir balayé d'un revers de main la proposition chinoise, consiste à défendre la création d'un vin rosé fait d'un mélange de rouge et de blanc.


 


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Lundi 16 mars 2009
C'est dans le New York Times ce matin, il critique notamment la rigidité de la Banque Centrale Européenne.

N'oublions cependant pas que l'Union européenne nous protège de la crise...

Krugman pose une excellente question : Est-ce que la situation européenne montre que l'Europe a eu tort de se doter de politiques aussi intégrées ? En particulier, est-ce que la création de l'euro a été une erreur ? Peut-être.

Does all this mean that Europe was wrong to let itself become so tightly integrated? Does it mean, in particular, that the creation of the euro was a mistake? Maybe.


Pour lui un sursaut des politiques européens pourrait permettre de surmonter la crise. On verra bien. En attendant les nouveaux chômeurs devraient savoir qu'une partie de leur problèmes viennent de l'Union européenne et des politiques économiques stupides qu'elle a adoptées.

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Samedi 14 mars 2009
Il y a, dans les positions d'Emmanuel Todd et des partisans d'un protectionnisme européen, un argument fort : le libre échange dérégulé casse la croissance des salaires et la croissance tout court. Petit à petit, c'est le fondement de nos sociétés qui est menacé par une concurrence outrancière.

Il y a donc quelque chose à faire pour empêcher que le travail de salariés chinois mal payés serve à concurrencer celui de travailleurs protégés par des lois sociales généreuses (certes de moins en moins). Le travail clandestin, qui consiste à contourner, sur notre sol, les lois sociales, est interdit. Mais les patrons qui sous-traitent en Chine, autre moyen de contourner les lois sociales, sont vantés pour leur habileté. Seuls les imbéciles et ceux qui n'ont pas les moyens de délocaliser se font donc prendre au piège de l'Inspection du travail.

Globalement, cette course aux bas salaires se généralisant, un tandem Chine-USA s'est créé. Le patronat américain marche main dans la main avec le gouvernement chinois, pour faire produire en Chine un nombre toujours croissant de biens et services.

Le gouvernement chinois a deux moyens pour que ce jeu dure le plus longtemps possible : le premier consiste à n'accorder aucune couverture sociale aux travailleurs chinois, pour limiter la progression des coûts. Le deuxième consiste à faire en sorte que la monnaie chinoise reste sous-évaluée, malgré les excédents gigantesques accumulés (l'objectif du plan Keynes à Bretton Woods était d'imposer des mesures d'ajustement aussi bien aux pays ayants des déficits qu'à ceux ayant des excédents, cf. un passage de ce texte de Jacques Sapir par exemple.)

La principale idée aujourd'hui, pour protéger les salaires et le socle de nos systèmes de protection sociale, contre l'alliance USA/Chine, est celle du protectionnisme européen. Il faudrait freiner l'entrée de produits fabriqués dans des pays à bas salaires pour protéger notre secteur productif. L'objectif est louable, mais les moyens mal choisis (on laisse de côté le constat de l'incapacité des 27 à décider du contour d'un tel protectinnisme).

Dans le camp du laisser-faire, on pense que tout cela va s'arranger, les choses s'équilibrer (par la progression des salaires chinois, parce que l'OMC harmonisera les lois sociales). Dans le camp du laisser-faire, on a choisi de sacrifier deux ou trois générations de salariés en bas de l'échelle, on s'en fout, on vit dans les cieux, entre deux aéroports (et on vote européen). On a bien tort, dans le camp du laisser-faire, parce que l'OMC ne fera rien avant longtemps, et qu'il n'est pas légitime de sacrifier autrui sans même lui expliquer que c'est pour le plus grand bien de ses arrière-petits enfants...

Il faut donc bien faire quelque chose. Mais pas du protectionnisme, européen, ou pas. Pour plusieurs raisons :

1. Le protectionnisme repose sur des théories incertaines. Il sait ce qu'il faut combattre (la pression à la baisse sur les salaires, la déflation généralisée), mais ne sait pas très bien au nom de quoi. Pour Todd, il faut se référer à List. La difficulté est que List justifiait la protection des industries naissantes, et on aura du mal à me convaincre que la France, les USA, l'Allemagne, ont le devoir de se protéger contre une Chine qui serait en avance technologiquement. Ce sera peut-être vrai très prochainement dans certains secteurs, mais nous n'y sommes pas.

Pour Jean-Luc Gréau, dans son excellent livre, il faut se protéger parce que les pays à bas salaires nous livrent une concurrence déloyale. Je préfère cette explication, mais je trouve que Gréau n'enfonce pas assez le clou : ce qu'il faut, c'est un système qui rétablisse les conditions du libre-échange. Il ne s'agit pas de faire rêver à la mise en place d'une société nouvelle en brandissant un concept d'autant mal défini qu'il est destiné à remédier à toutes sortes de déceptions. Il faut prendre le marché au sérieux et remédier à l'une de ses plus profondes distorsions, la fixation arbitraire des taux de change - ce point sera discuté plus loin.

2. Cette incertitude théorique à justifier le protectionnisme se traduit par une difficulté pratique. Comme l'a écrit Philippe Martin dans Libération, "Ceux qui prônent des mesures protectionnistes sont incapables de préciser sur quels biens, quels pays et à quel taux les importations devraient être taxées." (je m'en veux de citer Martin, bien trop rapide, comme l'écrit Sapir, mais sa formule est ici imparable).

Déclarer un principe protectionniste ouvre la voie à une foire d'empoigne pour protéger en premier les fabricants de couteaux à lame pliable, ou les producteursd 'ampoules, ou les fabricants de moteurs de voitures mais pas ceux de train, etc, etc, etc. Sans compter évidemment que les partenaires commerciaux ne se priveront pas de rétorquer, invitant à une surenchère puisque, justement, il n'existe pas de niveau optimal de protection.

3. Le protectionnisme commercial fait l'impasse sur un point important, qui est celui de l'instabilité monétaire : à quoi sert de taxer les automobiles chinoises à 20% si le yuan est de toute-façon sous-évalué de 50% ? Et que faire si le dollar continue à dévisser mois aprés mois ?

Il y a une façon à mon sens relativement élégante (c'est à dire simple, compréhensible et justifiable) d'introduire une forme de juste échange qui ne se limite pas à des imprécations, tout en évitant d'ouvrir la boite de Pandore du protectionnisme. Elle consisterait à introduire une taxe de libre-échange, destinée à se rapprocher, autant que possible de l'idéal du libre échange.

Le pas le plus important, en suivant cette démarche, est le suivant : il s'agit d'accepter l'idée que le libre-échange ne fonctionne pas spontanément, mais qu'en revanche le libre échange est un objectif désirable.

On ne sait pas bien trouver d'autre idée pour définir des lois économiques universelles que celle du marché libre, fiction, mais fiction utile.

L'une des conséquences du marché et du libre échange est notamment que partout sur la planète, un bien identique doit avoir un seul et même prix. Nous en sommes fort loin. S'il est difficile d'établir une mesure des écarts de prix entre un même bien partout sur la planète, l'indice du prix du Mac Do peut donner une idée du problème. Dans un marché parfait, le Mac Do devrait coûter partout pareil. Or, si le prix américain doit servir de référence, le Mac Do était 50% trop cher en zone euro en juillet 2008 et sous-évalué de 50%  en Chine.

La solution à ce problème passe, pour les économistes, par une stabilisation des échanges monétaires (un Bretton-Woods bis). Toutes les idées de réforme du FMI tendent à imposer, par un ajustement du système monétaire global, un équilibrage automatique de ces écarts de valeur.

Une taxe de libre-échange prendrait acte du fait que personne n'est prêt aux concessions que cela implique (les USA veulent continuer à baisser le cours du dollar pour relancer leur économie quand ça leur chante, la Chine souhaite conserver une parité sous-évaluée, et l'Europe est ravie d'être le dindon de la farce à condition que les 27 soient plumés en même temps). Deux étapes suffisent pour mettre en place une taxe pour quilibrer les échanges :

1. construire un indice de parité fiable, plus subtil que l'indice du coût du Mac Do. On ne peut pas faire reposer une règle de stabilisation des échanges mondiaux sur la politique de prix d'une multinationale... Il s'agirait donc de  définir un panier de biens et services unique, d'en mesurer la valeur dans nos pays partenaires, et d'estimer que les taux de change "normaux" permettent de valoriser ce panier à un prix égal partout. Si le panier est, comme le Big Mac, 50% moins cher en Chine, c'est que le yuan est sous-estimé de 50%. On verra dans l'étape 2 ce que l'on fait de ce calcul théorique, il faut juste prévenir avant une objection : oui, il existe une part de subjectivité dans le choix d'un panier de biens, oui c'est compliqué et oui c'est ambitieux. Mais toutes ces difficultés existent pour la construction d'un indice des prix permettant de mesurer l'inflation, et on fait avec.

2. Une fois des écarts de prix anormaux constatés entre pays, et repérés les pays à la monnaies sous-évaluée, on peut définir une taxe frappant les importations en provenance de ces pays. Si la Chine a une monnaie sous-évaluée de 50%, on peut légitimement taxer les importations chinoises de 50% - on notera que selon l'indice Big Mac, on pourra aussi taxer les produits américains.

Quels sont les avantages de cette formule :

1. on sait enfin dire pourquoi, comment, et à quelle hauteur, on va taxer les importations de chacun de nos pays partenaires lorsqu'ils nous font une concurrence déloyale.

2. les taxes ainsi introduites étant justifiées par des régles transparentes, explicites et stables, les rétorsions sont plus complexes. La Chine ou les USA peuvent répliquer par des taxes, ils n'auront pas la même légitimité que dans une guerre commerciale "classique" (où rien ne justifiant le niveau des taxes, la montée aux extrêmes est facilitée). Par ailleurs, nos produits seraient également taxés en Suède, Norvège, de façon parfaitement admissible et justifiée. Nous pourrions même, pour faciliter l'adoption du système, verser nous-mêmes cette taxe aux pays nordiques, pour prouver l'universalité du système.

3. La mesure peut être techniquement adoptée à n'importe quel niveau géographique. Point n'est besoin d'attendre que l'OMC se préoccupe de législation sociale ou que les 27 s'accordent sur un protectionnisme efficace, la France peut décider demain matin d'appliquer ce système. (Juridiquement, cest un autre problème, Bruxelles pourrait un peu couiner. Who cares ? Et il serait plus difficile à Bruxelles et à l'OMC de protester contre une taxe basée sur un principe d'équilibre des marchés, que de contester des protections tarifaires injustifiées).


Dernier point : pourquoi faire reposer sur la parité des changes une mesure de rééquilibrage des échanges internationaux ? La proposition de Maurice Lauré d'un "protectionnisme altruiste" reposait plutôt sur les déséquilibres entre les lois sociales et consistait à taxer les importations des pays aux lois sociales faibles, tout en reversant ces taxes à des organisation chargées de les dépenser utilement. Ce système me paraît bien plus fragile, et incomplet.

In fine
, ce qui explique les écarts de prix entre biens échangés sur le marché mondial tient à ce que les travailleurs des pays les plus "compétitifs" sont les plus exploités. Cela peut-être tout autant par le fait que leur monnaie est sous-évaluée (ce qui les prive d'acheter des biens étrangers), que par des lois sociales insuffisantes. Mais si la monnaie était fixée à un prix d'équilibre, les excédents commerciaux dûs à ces lois sociales insuffisantes, à cette concurrence déloyale, ne tarderaient pas à faire grimper le taux de change, donc à limiter l'avantage indû. C'est aussi le blocage du taux de change, sa fixation à un niveau trop faible, qui permet de faire perdurer une insuffisance des lois sociales.

Disons qu'il peut être efficace de faire reposer des mesures visant à instaurer un juste échange sur des distorsions de législation sociale, mais on ne prend pas en compte les distorsions de change.  Alors qu'en taxant les distorsions de change, on limite les deux phénomènes. Et une taxe basée sur un calcul de juste parité des changes est sans doute plus facile à établir, sachant qu'il est sans doute plus aisé de définir un panier de bien universel (que l'on peut dériver des paniers de biens utilisés pour l'indice des prix), que de définir une législation sociale optimale, à l'heure où elles sont toutes critiquées comme des entraves au libre-échange.



















 













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Vendredi 13 mars 2009
La guerre des monnaies a-t-elle commencé, déclenchée par les suisses...

Je suis depuis très longtemps convaincu que le protectionnisme, européen ou pas, est un faux débat par rapport à la non régulation des parités monétaires.

On va en plein dans une période où cela risque de devenir évident.
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Samedi 7 mars 2009
Les promesses de renouveau et de moralisation du capitalisme ont fleuri il y a quelques semaines, au pic de la crise financière.

Plus jamais le règne des profits, de la rapacité et du court terme...

Il aurait fallu beaucoup de naïveté pour y croire...

Nombre d'indices montrent qu'il n'en sera, évidemment, rien.

Premier scandale : le versement de dividendes aux actionnaires de sociéts aidées par l'Etat. Que ce soit dans l'automobile ou dans la banque, seule Renault renoncera à verser des dividendes. Les actionnaires du CAC 40 recevront  à peine moins de la moitié des montants reçus l'an dernier. Ce sont les licenciements qui amortiront la crise, pas les profits.

Même d'un point de vue libéral, cette situation est scandaleuse, pour les sociétés aidées par l'Etat. Les actions sont en effet supposées pouvoir rapporter plus que des obligations, parce qu'elles sont plus risquées. Les intérêts d'une obligation doivent être versés quelle que soit la situation d'une entreprise. En échange, ils sont limités à un taux d'intérêt qui peut être élevé mais qui est fixe. Ceux qui croient dans les perspectives d'une entreprise, ou souhaitent investir dans la durée, et espèrent gagner plus, achètent des actions. Les années où les résultats sont bons, les gains sont supérieurs. En revanche, dans les années maigres, on fait ceinture...

C'est le schéma normal. Certaines sociétés peuvent préférer verser un dividende même lorsque cela va mal, pour fidéliser les investisseurs, ce qui est compréhensible. Ce qui l'est moins, c'est que des dividendes soient versés alors même que des groupes bénéficient du soutien du contribuable. C'est un véritable scandale. Philippe Manière, plat thuriféraire du libéralisme, s'en prend cette semaine dans Marianne aux grévistes qui font grève tout en étant payés. Gageons qu'il oubliera de s'en prendre aux sociétés qui versent un dividende tout frais  reçu du Trésor Public...

Deuxième scandale : le libéralisme ambiant nous a inculqués, à tous, une solide suspicion à l'égard de l'Etat. Dans les traités européens, une stricte limitation des déficits publics est inscrite. Elle interdit notamment à la Banque centrale d'acheter des titres publics directement auprès des états, de "faire tourner la planche à billets". On apprend par Jean Quatremer, qui n'y voit aucun inconvénient, que la BCE en revanche envisage d'aider directement les entreprises en leur achetant actions et obligations. Parions que pour l'occasion la Commission européenne n'engagera pas de procédure pour déficit excessif, seuls les états, ces inconséquents, y auront droit.

M. Trichet n'a qu'un déficit de croissance à son actif, mais peu importe, un technocrate, surtout européen, ne saurait faillir. Les gouvernements, soumis à l'opinion (beurk), pourraient, eux, se tromper.

Troisième scandale :
La BCE, et le FMI, dans le cadre de leurs programmes d'aide notamment aux pays d'Europe del'Est, imposent des baisses de salaires dans le secteur public. On notera que ces mesures déflationnistes sont imposées par DSK. Pas question de prendre des gants avec des gueux de fonctionnaires, on ne saurait les confondre avec des gens bien, rentiers ou oisifs...

*

Maintien des dividendes ici, baisse des salaires là, on cherche vainement les changements annoncés...

Les lecteurs noteront avec intérêt qu'au coeur de ces politiques de serrage de ceinture aux plus faibles et de préservation des bénéfices des puissants, on trouve le fleuron de la social démocratie moderne et les institutions européennes.

A chacun d'en tirer ses conclusions...






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Dimanche 22 février 2009
Après avoir résumé sobrement ses idées, quelques commentaires personnels...

Sur ses quatre principes :

1. Celui dont le rappel est le plus utile à mon sens est celui de subordination de la finance. Je le modèrerais cependant.

Il ne s'agit pas de subordonner la finance à "l'économie réelle", simplement de considérer que l'économie en général doit être régulée en fonction de finalités sociales.

Je n'adhère pas à l'idée que la finance serait moins noble que l'économie dite réelle : un banquier qui fait bien son travail est tout aussi utile à l'économie qu'un boucher, un producteur de voitures ou un centre d'appels...

2. Le constat que l'Europe est une zone approximativement autosuffisante en matière de financement est sans doute exact, nous pourrions fermer les frontières européennes à l'épargne étrangère, cela ne nous manquerait  pas.

Est-ce à dire pour autant que le bon niveau de réglementation en matière financière soit celui de l'Union européenne, comme Lordon le conclut ? Bien évidemment j'en doute.

La constitution d'un régulateur européen me semble surtout le prélude à une collusion Europe/Etats-Unis en matière de (non) régulation financière qui n'amènera rien de bon. Surtout que le régulateur américain est déjà unifié et a simplement montré qu'un gros marché unifié sur lequel le régulateur s'endort permet de former de grosses bulles.

Le régulateur unique européen aura inévitablement ses défaillances, on aura donc des bulles financières à taille européenne au lieu d'avoir des bulles de taille variable en fonction des spécificités ses systèmes financiers nationaux (crédit hypothécaire développé ou pas etc...) C'est sans doute l'absence d'unification des marchés financiers européens qui a limité la crise dans plusieurs pays européens et, en moyenne, dans l'Union. En un sens, les propositions de Lordon, si elles étaient appliquées, rendraient la prochaine crise financièr plus douloureuse, pas moins.

Par ailleurs, ma principale non pas critique mais remarque, consiste à dire que la crise n'est pas qu'une crise financière. Les solutions que propose Lordon sont restreintes à ce domaine, ce qui est oublier qu'il y a de nombreux facteurs au départ de la crise actuelle :

- la répartition croissante de la valeur ajoutée en faveur des profits et au détriment des salaires,
- les déséquilibres financiers mondiaux, au premier rang desquels les déficits américains,
- un libre échange déloyal, reposant sur l'exploitation massive des travailleurs chinois,
- la retraite par capitalisation, notamment aux USA, qui oblige à la formation de marchés d'actions surdimensionnés,
- la rente pétrolière, qui génère une masse de capitaux inemployés qui viennent abonder les placements à vocation spéculative. Corrélativement à cela, l'insuffisant développement des énergies renouvelables...

Les facteurs de déséquilibres ne manquent donc pas et bien peu sont d'origine purement financière.


Sur ses propositions :

De façon générale, il me semble que ses propositions sont parfois redondantes et s'apparentent à l'adoption généralisée de ceintures et bretelles en matière financière. Par exemple, obliger les banques à former des réserves plus importantes par rapport à leurs engagements risqués (proposition 3) peut aller de pair avec une pondération plus importante pour les engagements transitant par des paradis fiscaux ou des zones non régulées, ce qui éviterait de créer une interdiction totale d'échanger avec ces zones (proposition 9).

Pour le double taux d'intérêt aux banques (proposition 8), ça me paraît une idée intéressante. Je ne sais si elle est plus ou moins réaliste qu'un retour à l'encadrement du crédit, qui prévalait en France jusqu'au milieu des années 80, mais c'est à creuser. C'est cependant à mon avis totalement illusoire au niveau européen. S'il s'agit de limiter les opérations spéculatives, la proposition 3 suffit. A ajouter des propositions dont l'application est complexe, Lordon risque de porter moins qu'avec des propositions plus ciblées mais moins nombreuses. La proposition 3 a l'avantage de faire jouer un mécanisme prudentiel qui existe déjà, en ce sens elle est meilleure que d'autres.

La restriction des bonus des traders, avec l'introduction de bonus négatifs, me paraît une idée un peu gadget.

D'une part, elle est un peu démagogique et donne l'idée que quelques individus ont mis en danger un système qui serait sain par ailleurs. Tous les déséquilibres cités ci-dessus, qui contribuent largement à expliquer la crise économique et financière, expliquent bien plus ce qui se passe que l'action des salles de marché. Les traders ne sont pas tout seuls, ils répondent à l'appât du gain d'actionnaires et de dirigeants toujours plus voraces. Pourquoi les punir eux et pas les dirigeants gavés de stock options ?

D'autre part, je ne vois pas bien cela passer au niveau européen (ni français d'ailleurs). C'est une question de réalisme, dont Lordon fait preuve par exemple lorsqu'il explique qu'il ne faut pas complètement interdire la titrisation, mais la limiter : s'il faut garder les pieds sur la terre telle qu'elle est aujourd'hui, taper fortement sur les traders pour épargner la titrisation et autres excès me paraît relever d'une logique de bouc émissaire.

La restriction de la titrisation et l'interdiction de transactions sur produits dérivés de gré à gré, entre entreprises bancaires et non bancaires me paraissent relever d'une même logique : c'est aux banques de gérer le risque, elles ne doivent pas se défausser sur "les marchés" pour cela. Les acteurs non-banques n'ont pas, corrélativement, à effectuer des opérations financières complexes (swaps de taux d'intérêts etc..) C'est ce principe qui devrait être mis en évidence plus fortement.

Pour conclure trop brièvement, je dirais que ces propositions sont encore insuffisamment affinées. Le fait que Lordon prétende les réserver à une zone européenne, en une sorte de pendant à un protectionnisme européen à la Todd, me paraît surtout  relever d'une échapattoire. Je crois que des mesures plus claires, moins nombreuses, seraient susceptiles d'une adoption internationale, beaucoup plus intréessante que la bunkérisation européenne qui nous est, là encore, proposée.

Par exemple, trois principes :

1. les opérations bancaires et financières sont le monopole des banques, qui ont vocation à être toutes régulées, quel que soit leur emplacement (un rappel du métier),

2. les risques pris par les banques dans leurs opérations bancaires et financières devront être d'autant plus provisionnés par lesdites banques qu'ils seront encourus avec des acteurs et contreparties appartenant à des zones non régulées (des conditions durcies sur des bases déjà en place).

3. Dans l'adoption de standards internationaux, ce sont les standards nationaux les plus stricts qui serviront de point de départ. En l'absence d'adoption de règles internationales, les pays adoptant des réglementations nationales plus sévères auront le droit de préserver leurs banques d'acquisitions hostiles. Pas question de donner une prime aux états les moins exigeants (un principe d'équilibre entre l'intérêt d'une mondialisation et la préservation de standards nationaux exigeants).


D'une façon générale, je crois que la régulation économique internationale a intérêt à préserver un idéal de libre-échange. Ce qu'il faut faire de différent par rapport à la tendance actuelle c'est renforcer les clauses -valables pour tous - qui permettent la préservation des systèmes nationaux dans lesquels le principe de libre échange est concilié avec des règles prudentielles (et sociales) plus fortes. En matière commerciale, cela devrait conduire à l'adoption d'une taxe de libre-échange, j'y reviendrai plus tard...








 

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Mardi 17 février 2009
On me demande mon avis sur les idées de Frédéric Lordon. Je m'attarde donc sur ses Quatre principes et neuf propositions, publiés dans le Monde diplomatique en avril dernier.

J'en résume d'abord le contenu, à la hache. Il y a quatre principes, généraux, valables partout et toujours, et neuf propositions, à appliquer ici tout de suite, dans la lignée des quatre premiers principes.

Les principes :

I. Il faut prévenir les bulles avant leur formation, pas les combattre après éclatement.

II. Il faut se souvenir que la finance est au servicede l'économie réelle, non l'inverse.

III. L'harmonisation minimaliste de normes de surveillance financières qui ne touchent pas à l'essentiel (les paradis fiscaux par exemple), ça suffit.

IV. L'Europe est une zone d'activité financière autosuffisante (elle peut vivre en autarcie financière, sans faire appel à l'extérieur).

Les propositions :

1. Il faut que les traders subissent les conséquences financières de leurs pertes, autant qu'ils bénéficient de leurs gains (avec des bonus négatifs).

2. Il faut restreindre la titrisation : les banques doivent conserver dans leurs bilans les crédits qu'elles accordent,  sans se défausser sur d'autres financeurs moins avisés.

3. Il faut empêcher les établissements financiers d'abuser de leur possibilité de faire jouer un effet de levier, en prenant des risques disproportionnés par rapport à leurs fonds propres. Des ratios beaucoup plus sévères doivent être appliqués.

4. La même règle doit s'appliquer aux entités telles que hedge funds. Les banques doivent être empêchées de cacher leurs risques en contractant avec des entités qui échappent aux contrôles prudentiels renforcés.

5. Les marchés de produits dérivés (chambres de compensation) doivent imposer des appels de marges plus importants (les acteurs prenant des positions sur ces marchés devront geler des dépôts de garantie plus importants). C'est en réalité un corollaire de la proposition 3.

6. Il faut nationaliser les entreprises de bourse (chambres de compensation). Pour appliquer la règle 5, il ne faut pas compter sur autre chose que sur la puissance publique. Pour Lordon cela passe par une nationalisation (européenne).

7. Les transactions sur produits dérivés passeront toutes par des chambres de compensation. Les transactions de gré à gré seront interdites.

8. Il faut instaurer deux taux d'intérêts pour financer les banques. L'un, pour leurs prêts à l'économie réelle, sera faible et incitatif. L'autre, destiné à financer leurs opérations de marché spéculatives, sera beaucoup plus élevé et dissuasif.

9. Les transactions financières entre la zone régulée "à la Lordon" et le reste du monde seront encadrées. Elles seront d'une part limitées en montant, et d'autre part seront limitées aux organismes convenablement controlés.


Demain (ou après-demain...), je vous dirai ce que j'en pense, d'ici là, je suis preneur de vos commentaires.



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Jeudi 5 février 2009
Dani Rodrik est un professeur d'économie à Harvard, très orienté sur les problématiques de développement macroéconomique. J'avais commenté un de ses billets récent sur le poids de la mondialisation sur les systèmes sociaux.

Il lance sur son blog une idée intéressante.

On connaît le triangle d'incompatibilité de Mundell, selon lequel on ne peut pas avoir à la fois des changes fixes, la circulation des capitaux et une politique monétaire autonome.

Rodrik énonce l'idée suivante : on ne peut pas avoir à la fois la démocratie, la souveraineté nationale et accepter  la mondialisation (global economic integration).

L'idée principale est que, par nature, les états réglementent et sont donc une contrainte à la mondialisation. Ils doivent normalement, pour satisfaire leurs obejctifs internes, se doter d'outils qui sont autant de particularismes gênants pour les échanges mondiaux.

Ce préalable posé, essayons de prendre chaque paire de conditions du triangle de Rodrik, pour voir pourquoi la troisième ne peut pas être satisfaite.



1. Si l'on veut maintenir la mondialisation (deep economic integration) et la démocratie, il faut alors un gouvernment mondial ou un partage mondial de souverainetés (global federalism). Impossible dit-il, l'exemple européen montre déjà qu'à petite échelle c'est très complexe (Un commentateur ajoute - pas moi, promis : "jusqu'à maintenant, toutes les formes de fédéralisme global (comme l'Union européenne) sont des institutions plutôt non démocratiques". Dans le texte : Up to now, all the forms of global federalism (such as the UE) are rather undemocratic institutions.)

2. Autre paire de départ possible : que l'état national ait comme seul objectif de s'ajuster à la mondialisation (Golden Straightjacket). Cela ne peut être compatible durablement avec la démocratie, comme le montre l'effondrement de l'Argentine, qui avait décidé d'aligner son taux de change sur le dollar dans les années 90, subordonnant tout autre objectif interne à celui-ci.

3. Troisième paire : on garde la démocratie et l'état nation, il faut alors accepter une moindre mondialisation (Bretton Woods compromise) et donc, par exemple, un contrôle des mouvements de capitaux.

Parvenus à ce point, résumons la situation européenne et les choix européens à la lumière du triangle de Rodrik :

- l'Union européenne a fait le choix de la globalisation, c'est inscrit partout dans les traités européens. Le libre-échange doit être promu autant dans l'Union qu'avec les tiers ;

- l'Union européenne essaie de se doter des éléments caractéristiques de la souveraineté (défense, politique étrangère, justice) ;

- l'Union européenne ne PEUT PAS ETRE UNE DEMOCRATIE. Elle est obligée de mettre tous les moyens qu'elle arrache progressivement à ses états-membres, au service de la réduction des frottements dans le système commercial international (minima sociaux etc...) C'est la situation que Rodrik appelle la camisole dorée (golden straightjacket).

Le pari des européens intelligents est que l'Europe peut imposer aux USA un partage de leur souveraineté. Mais ces européens intelligents sont généralement fonctionnaires et ne sont pas au chômage en attendant que la raison vienne au reste de la planète - car les USA n'ont pas l'air touchés par la grâce, Obama ou pas.

On note par ailleurs que dès lors qu'un compromis à la Bretton Woods prévaudrait mondialement, l'Union européenne devient inutile puisque tous les états nations ont leur place dans le système, quelle que soit leur taille.

Autrement dit : l'imbécilité des abandons de souveraineté à un cadre européen, tels que consentis par la France, l'Allemagne et autres pays qui ont été contraints d'accepter ce fonctionnement pour pouvoir toucher les subsides du plan Marshall, c'est que de tels abandons de souveraineté ne servent à rien s'ils ne s'inscrivent pas dans un cadre mondial régulé.

S'il s'agit de consentir des abandons de souveraineté pour le bénéfice du globalisme, c'est tout simplement renoncer à la démocratie, y compris à un niveau européen. La démocratie perdue au niveau national n'est pas retrouvée à l'échelon européen parce que le pari globalisateur l'empêche (question au fond de la salle : mais alors une Europe démocratique non libre-échangiste c'est possible ? Réponse : oui, mais l'Union européenne est un traité de libre échange agrémenté de fioritures, donc d'abord on le déchire et après on voit).

*

Je trouve absolument délicieux, et décisif, et illustrateur de la noblesse de la macro-économie, qu'un raisonnement abstrait portant sur le système économique planétaire décrive parfaitement la situation européenne. La camisole dorée c'est en effet exactement ce que nous vivons tous les jours - toute une classe sociale vit fort bien de l'entretien de la camisole et protestera violemment, mais la réalité est là.

*

Voilà pourquoi il ne faut pas voter en juin prochain lorsqu'on se veut démocrate - sauf pour un parti qui entendrait explicitement mettre fin à l'Union européenne. Ceux qui entendent lutter contre le libre-échangisme au sein de l'Union européenne devraient comprendre que l'Union a été créée pour cela, et que renoncer au globalisme c'est la faire éclater. S'ils n'osent pas afficher la couleur c'est qu'ils ne sont pas prêts à renoncer réellement au globalisme ; ou alors qu'ils n'ont pas compris la nature de l'Union, ce qui les disqualifie pour être élus au Parlement européen ; ou enfin qu'ils mentent pour ne pas effrayer les électeurs, qu'ils prennent donc pour des gogos (ça c'est le triangle d'Edgar pour les européennes...)





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Mercredi 28 janvier 2009
Sur le blog de Dani Rodrik, économiste américain, professeur à Harvard, un petit graphique tiré d'une étude récente :


Pour faire simple, le résultat de cette étude est de montrer que plus un pays est ouvert sur l'extérieur, plus le poids des dépenses publiques y est faible. Tout se passe comme si, alors que l'ouverture rend nécessaire une couverture sociale plus importante (pour compenser la plus forte volatilité), l'ouverture érodait ces moyens.


En attendant que notre bonne Union européenne se convertisse au toddisme, nous continuerons donc à assister à la lente attrition de nos système de protection sociale, avec les compliments du Parti Socialiste.


(pour terminer sur Todd, je note qu'Obama a attaqué la Chine bille en tête sur la dévaluation de sa monnaie : le véritable protectionnisme intelligent consiste à réclamer de justes parités monétaires, pas des quotas ni des taxes).





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Lundi 19 janvier 2009
Une  brève du Financial Times informe les lecteurs d'un possible rachat de Chrysler par le constructeur automobile italien.

Il faut vraiment que les américains soient au plus mal pour accepter que l'un de leurs fleurons soit racheté par des macaronis (je m'explique sur ce terme juste après...)

Certes, Chrysler avait été racheté par Daimler, pour un mariage de courte durée. Mais c'était une société allemande prestigieuse, alors que Fiat avait dû encore récemment faire appel à Ford pour préserver son avenir.
Ici, il s'agirait pour Chrysler de sortir de la culture de la grosse voiture en produisant aux Etats-Unis des Fiat...



J'ironise un peu sur cette nouvelle parce que j'avais été soufflé par le racisme latent, à demi voilé, qui transparaissait d'un article, là encore, du Financial Times (4 nov. 2008). On y évoquait la complaisance supposée de l'Espagne et de l'Italie envers les rémunérations excessives des dirigeants de sociétés. Et l'Espagne et l'Italie étaient qualifiées de "Club Med countries".

L'expression est en réalité assez courante dans la presse anglo-saxonne (713 résultats google pour l'expression exacte, dans des revues très distinguées comme Foreign affairs, le Times, un papier pour le Comité monétaire du Parlement européen ou autres), pour qualifier d'un ton mi-dédaigneux mi-envieux les pays où l'on est censé travailler depuis la plage et les pieds dans l'eau.

Voilà pourquoi voir ces fainéants d'italiens racheter ainsi Chrysler est assez savoureux.

Vous verrez que bientôt les Etats-Unis découvriront les 35 heures pour réduire leur taux de chômage...




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Dimanche 14 décembre 2008
Ayant entendu Emmanuel Todd sur Inter l'autre jour, et lu un billet chez Malakine consacré au jugement de Todd sur l'Allemagne, je ne peux m'empêcher d'être déçu par l'extraordinaire légèreté du personnage.

Je suis en train de lire son dernier livre, que je commenterai plus longuement. Un ami que j'estime m'a assuré que ses bouquins, notamment sur les Etats-Unis, sont extralucides.

Je reconnais généralement dans ses arguments une certaine capacité à ne pas se laisser embobiner par la doxa néo-libérale.

Autant de raisons supplémentaires d'être déçu par le bonhomme.

1. Je ne le suis pas - surprise - sur sa conversion à l'Union européenne. Même s'il est vasouillant sur ce point, confessant chez Bayrou que la victoire du non l'a réjouit, il se dit maintenant supporteur de l'euro.

Sur France Inter il a affirmé le ridicule de toute tentative d'instaurer un protectionnisme national, et comme le protectionnisme est son dada absolu, il faut maintenir l'Union européenne dans l'attente qu'elle devienne protectionniste (pourquoi ne pas attendre la conversion de Benoit XVI au boudhisme, tant qu'à y être...)

En 2005, il expliquait qu'il fallait accepter le TCE parce qu'il y avait Bush à la tête des USA et qu'il fallait un contrepoids. On a vu en matière de contrepoids le ridicule absolu de sa prétention, et maintenant que Bush est parti l'argument tombe.

Sur l'Europe, Todd est dans une position proche du non sens.

2. Je trouve son idée protectionniste creuse, et pour tout dire, plus proche de l'invocation que du fruit d'une implacable analyse. Le protectionnisme à la Todd n'est pas défini. J'y reviendrai plus longuement.

3. Sur l'euro aujourd'hui et la crise, Malakine feint de s'interroger en se demandant "qu'aurions-nous fait sans l'euro dans la crise actuelle ?" Et Todd - et Malakine - de culpabiliser l'Allemagne qui refuse la grande solidarité européenne et ne veut pas cracher au bassinet pour des plans de relance aussi massifs que mal conçus. Pour ma part, je ne blâme pas l'Allemagne. Elle vient d'accepter de fortes augmentations de salaires, qui constituent une autre forme de relance peut-être plus appropriée dans la durée que le n'importe quoi brouillon qui consiste à annoncer des chèques pour des plans par encore définis.

Plus au fond, et si l'euro et l'Europe étaient non pas victimes mais causes partielles de la crise mondiale ? Et si l'argument américain selon lequel il manquait des relais de la croissance mondiale dans les années 2000 avait une certaine consistance ? Car enfin, qui a comprimé la croissance de la zone euro jusqu'à en faire une zone de la planète parmi les moins performantes économiquement ?

Malakine affirme que l'argument de l'euro fort et de la mauvaise gestion de la BCE est dépassé et fleure bon les années 90. Il est au contraire fort actuel. Certes, la BCE a sû lacher du lest récemment - et dans le contexte d'une crise bancaire il faut s'en réjouir. Mais la Corée du Sud sait aussi baisser ses taux quand il le faut, et les a réduit d'un point entier la semaine dernière.

La BCE ne fait donc que suivre ce que font à peu près toutes les banques centrales de la planète, en plus modéré : elle lâche un peu de lest au moment où l'économie mondiale frôle la thrombose. C'est bien le moins qu'elle puisse faire. Ce n'est cependant rien de plus, et ce n'est que sur moyenne période que l'on peut apprécier l'efficacité de l'action d'une banque centrale (contrairement au commentaire politique, qui se compose de séquences inscrites dans un récit, pour reprendre une terminologie à la mode, l'économie se comprend et s'évalue sur moyenne période).

Bref, ce n'est pas parce que dans les deux derniers mois la BCE a été moins inerte que par le passé qu'il faut estimer que le monde est nouveau et que toutes les pendules sont remises à zéro. C'est tomber dans le discours sarkozyste qui trompette que plus rien ne sera comme avant, tout en s'empressant de lancer des plans de financement où justement ce sont les amis qui sont servis les premiers (promoteurs immobiliers, banques, constructeurs automobiles), sans garanties de retour pour le contribuable.

Voilà. Un petit coup de chaud pour avancer l'idée que le discours de Todd est devenu insipide. Jouant sur son aura critique, il rejoint des positions totalement dogmatiques (l'euro c'est bien parce qu'à 27 on est plus forts que seuls) et recourt à des arguments bien légers. C'est d'autant plus dommage que sur des sujets comme le retour de l'autoritarisme il est fort intéressant.

Pour finir sur l'euro et l'europe, je rappelle que dans la tourmente, et pour en juger uniquement à l'aune de la stabilité de la monnaie, la zone euro, quinze pays et 320 millions d'habitants, ne fait pas mieux que le Canada (33 millions d'habitants). Pour parler de façon carrée, qu'on arrête de raconter des sornettes avec la supposée force de l'Union et le caractère inéluctable de cette dictature qui aurait définitivement fait ses preuves.

Ils étaient quinze aussi sur le radeau de la méduse, ce n'était pas pour autant un gage de solidité.

Et pour revenir enfin à Todd, il y aurait pourtant bien des choses à dire en faveur d'un certain protectionnisme, mais j'y reviendrai.












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Vendredi 12 décembre 2008
Magnifique téléscopage à deux jours d'intervalle dans le Monde.

Un papier de Philippe Askenazy titré la gauche capitaliste. Il appelle à "assumer des fondamentaux de gauche rénovés"... Certains de ces fondamentaux sont de bon aloi (hausse du salaire minimum), d'autres plus discutables. Peu importe.

L'un des sujets est intéressant pour ce billet : "Durant le premier mandat de Zapatero, l'Espagne a régularisé massivement ses sans-papiers. Elle a ainsi récupéré des milliards d'euros d'impôts et de cotisations sociales, désormais bien utiles pour bâtir un plan de relance à Madrid."

Je suis depuis longtemps dubitatif sur l'immigration vantée comme un moyen facile de remédier à tout ce que l'on a pas su faire tout seuls (aligner les formations sur les besoins, assurer une formation continue, ne pas laisser des personnes dans un chômage durable déqualifiant...)

Et voilà que le Monde du lendemain explique toutes les difficultés de l'Espagne avec ses immigrés. Titre : les chômeurs immigrés incités au retour.

Donc la politique de l'immigration ouverte et décomplexée c'est faire entrer les gens quand ça va et les foutre dehors quand ça ne va plus. J'aimerais qu'on m'explique en quoi ça diffère de la politique de licenciements boursiers ou du fonctionnement capitaliste normal le plus sauvage ? Peut-être serait-il utile que les économistes prennent en compte le coût humain de ces politiques de va-et-vient où les hommes ne sont tolérés que pour leur force de travail et servent de variable d'ajustement face à des politiques économiques de laisser-faire absolu...






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Vendredi 31 octobre 2008
S'il y a bien une action qu'il fallait acheter à la mi-octobre c'est du Bretton Woods...


Partout on lisait qu'il nous fallait un "nouveau Bretton Woods". Excellente occasion de se remémorer ce que furent les accords de Bretton Woods...

Il s'agissait d'un système de garantie des taux de change entre monnaies, fondé sur le principe que toute monnaie était convertible en dollars, lequel dollar était convertible en or. Les taux de change étaient ajustables mais l'essentiel est que Bretton Woods était un système visant à stabiliser les variations de change internationales.


Mais, contrairement à ce que pourraient laisser croire les injonctions à renouveler Bretton Woods, le système s'est arrêté en 1971, lorsque les USA ont refusé de convertir les dollars en or - formellement, c'est avec les accords de la Jamaïque, en 1976, que Bretton Woods fût enterré. C'est donc depuis 1976 que nous avons besoin d'un nouveau Bretton Woods...

En réalité, ce dont nous avons besoin c'est d'un Bretton Woods différent. Car le système de 1944 était entièrement bénéfique aux américains. Ils bénéficiaient du monopole de l'émission de la monnaie de référence du système international, et ne se privaient pas de jouer de cet avantage.

Le plan Keynes, rejeté lors de la conférence, était plus ambitieux que ce qui a été adopté. Il proposait de créer une monnaie internationale qui ne soit pas la monnaie d'un état membre : le bancor. C'est la première différence avec ce qui existe depuis 1944 (même si les droits de tirage spéciaux, peu utilisés, sont une forme de monnaie internationale qui n'a cours cependant qu'au sein du FMI, et qui reste liée aux quatre principales devises mondiales - dollar, livre, euro et yen.

Ensuite, le plan Keynes n'était pas que monétaire. Keynes avait conçu un système où les états connaissant des excédents commerciaux seraient invités aussi fermement que les états débiteurs à revenir vers l'équilibre.

En effet, contrairement à ce que ressassent les commentateurs, un excédent commercial est la plupart du temps obtenu au détriment des salariés, dont les salaires sont maintenus artificiellement trop bas (Allemagne), et/ou dont le pouvoir d'achat en devises étrangères est également maintenu trop bas par une parité de change artificiellement réduite (Chine). Les pays en excédent n'ont donc rien de "vertueux", ils réussissent juste plus que d'autres à exploiter leurs citoyens, au nom d'un goût de l'épargne, d'un avenir meilleur ou autre tropisme local.

Donc, un nouveau Bretton Woods aujourd'hui devrait :

1. inventer un système de gestion des parités qui ne repose pas sur la prépondérance d'une monnaie particulière mais d'un ensemble large de devises (incluant le franc français, l'euro ayant prouvé son inutilité), voire de matières premières ;

2. contrôler les excédents tout autant que les déficits commerciaux. Cela peut être l'occasion de glisser des règles sociales, via l'OMC, afin de limiter la concurrence déloyale, qui s'exerce par la surexploitation des salariés des pays excédentaires. Cela changerait des simples réprimandes adressées aux salariés qui bénéficient de systèmes sociaux plus généreux.

Autrement dire que nous n'y sommes pas tout à fait...

*

Je reviendrai sans doute sur ce thème. Juste un point. Certains se réjouissent du rôle stabilisateur de l'euro, en voyant que quelques pays attaqués aujourd'hui seraient fort aise de rejoindre l'Union monétaire. L'argument me semble de peu de poids.

Pour la France d'une part, malgré les affirmations répétées de ceux qui la voient (la souhaitent) en faillite, je ne crois pas que le Franc français, s'il existait encore aujourd'hui, soit dans des difficultés de même ampleur que la couronne islandaise.

D'autre part, les sacrifices liés à l'euro (rigidité des taux d'intérêt uniformes pour toute la zone, prime à la lutte contre l'inflation, déresponsabilisation des gouvernements nationaux) n'étaient souhaitables que si l'Europe avait porté un projet politique international ne reproduisant pas la primauté du dollar (ou de l'euro : je ne souhaite pas plus une Europe impériale qu'un empire américain.) Or l'Europe ne l'a jamais fait et ne semble pas devoir le faire avant fort longtemps. Inutile donc.
























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Lundi 13 octobre 2008
Quelques lignes décousues sur ce que j'ai pu lire d'intéressant sur la crise récemment, en plus du papier de Stephen Roach déjà commenté.

Sur les causes de la crise, il y a les explications macroéconomiques usuelles.

Causes macroéconomiques classique


La crise signale le climax d'un problème de répartition, dans lequel la distorsion croissante de la répartition des richesses en faveur des riches diminue le pouvoir d'achat disponible moyen. Les riches ne prennent pas plus de trois repas par jour et thésaurisent, alors que les consommateurs appauvris ralentissent leurs dépenses.

Cette explication commande un remède simple : il faut relancer la demande, par des mesures visant à solvabiliser les ménages les plus démunis. Et il faudra les solvabiliser réellement, pas en les encourageant à se surendetter...

Comme l'urgence est accordée au système bancaire, il est à craindre que lorsque les problèmes bancaires seront un peu résolus, plus personne ne se souciera des ménages.

Il faudrait pourtant qu'en Chine et aux USA, les ménages se remplument et pas seulement une hyper élite épargnante. Pour cela, l'Amérique devra sans doute se décider à produire chez elle les biens qu'elle consomme, pour limiter son déficit commercial et la perte de substance économique qu'elle subit, depuis qu'elle accepte une délocalisation massive de son appareil de production.

Il y a cependant un facteur additionnel à la crise qui la rend spécifique, c'est la place de l'informatique.

L'informatique en question


Cette crise n'est pas la première crise financière. Mais ce qui la rend plus complexe c'est qu'elle est engendrée par le défaut d'un marché entièrement conceptuel : les subprimes, et les produits encore plus sophistiqués (credit default swaps et autres produits dérivés complexes) sont des produits virtuels, dont la valeur est extrêmement difficile à estimer. Si difficile en réalité que seuls des modèles mathématiques poussés permettent de définir des prix. Ces biens ont une valeur extrêmement incertaine mais un prix mathématiquement établi...

Modélisation aidant, donc, les banques ont créé une masse grandissante d'instruments financiers qui ne reposent que de façon lointaine sur des biens tangibles. Ceci n'a été rendu possible que par l'informatique. C'est l'informatique qui gère les transactions, qui valorise les portefeuilles, qui pilote et permet une activité financière croissante.

Lire Michel Volle sur ce sujet, extraits :

l’informatique a permis de lancer d’un simple clic les opérations les plus compliquées, pour peu qu’elles aient été programmées au préalable, et la simplicité de la manœuvre a masqué la complexité de l’opération. Par ailleurs les réseaux ont permis d’unifier le marché financier mondial. Il a été dès lors possible de diluer le risque en logeant les placements les plus dangereux dans les actifs apparemment les plus sûrs.

[...]

Oui, c’est l’informatique qui a permis la création d’un espace financier mondial où la distance géographique, les frontières, n’existent plus, et où tout acteur peut jouer sur toutes les « places » du monde, sur tous les actifs.

Oui, c’est elle qui a permis de diversifier et complexifier les outils, de mélanger les actifs, de telle sorte que la « toxicité », comme on le dit si bien, à pu contaminer l’ensemble des patrimoines – et de façon telle qu’il est devenu pratiquement impossible d’évaluer la portée de la contamination.

Oui, c’est bien elle encore qui a fait de l’espace financier mondial un bloc solidaire, contaminé dans sa masse même, qui ne peut tomber qu’en bloc ou pas du tout.


Dans le même sens, un article du New York Times titré l'ère des machines (The rise of the machines) contient une citation de George Dyson : “Le problème commence, comme le montre la crise actuelle, lorsque la réplication incontrôlée [facilitée par l'informatique] est appliquée à la monnaie elle-même. Les produits financiers extrêmement sophistiqués (les produits dérivés) sont issus, non de facteurs de production ou d'autres biens, mais découlent eux-même d'autres produits financiers".

L'informatique seule n'a pas suffi à provoquer la crise. Paul Craig Roberts rappelle qu'en 2004 c'est l'actuel secrétaire américain au Trésor, Henri Paulson, qui a obtenu de la SEC, l'autorité américaine de contrôle des marchés, d'assouplir les limites à l'utilisation des produits dérivés par les banques d'affaires. Roberts rappelle que la chute du fonds spéculatif LTCM, en 1998, était aussi déjà un problème de valorisation des instruments financiers. L'article s'appelle "la fin de l'hégémonie américaine"...

Il rappelle aussi que le budget du Pentagone est d'environ 700 milliards de dollars, ce qui correspond à un plan Paulson annuel - les Etats-Unis ont une défense qui leur coûte autant que toutes les autres armées de la planète ; pour autant, elle ne résiste pas à l'enlisement dans les sables irakiens et afghans. Pour lui, les Etats-Unis ne s'en sortiront qu'en effectuant des choix draconiens...

A suivre...








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Mercredi 1 octobre 2008
C'est ce qu'écrit, en plus poli, Paul de Grauwe, dans le Financial Times de lundi. L'homme est membre du groupe de conseillers économiques réunis autour de la Commission.

Pour lui, les entreprises exportatrices de la zone euro ont été plus durement touchées par la hausse de l'euro que par le choc pétrolier.

Il demande donc à la Banque Centrale européenne de se soucier enfin de la parité de l'euro et pas seulement de la stabilité interne des prix. Nul doute que dans la tourmente financière actuelle, entendre la BCE se prononcer sur une parité acceptable €/$, contribuerait à fixer les esprits et à retrouver un peu de stabilité.

Post scriptum : entendant ce matin Bernard Guetta puis Jouyet demander un régulateur des marchés européens. Comme d'habitude, chaque problème économique n'est jamais la faute de l'Europe, toujours le prétexte à "plus d'Europe". Un régulateur européen n'aurait ni interdit les ventes à découvert, ni interdit aux banques européennes de s'impliquer dans le secteur des subprimes, ni tiré l'alarme sur les produits dérivés complexes... Un régulateur mondial serait bien plus intéressant, comme toujours. L'embryon existe déjà à la BRI. Bref, on entend beaucoup d'imbécilités sur le thème l'Europe face à la crise.

Ne vous faites pas attraper... L'Europe ne peut rien de particulier contre la crise, par rapport aux états nationaux. Au contraire, en France on ne s'endette pas à taux variable, ou pas beaucoup. Tout laisse penser qu'une harmonisation européenne aurait encouragé le taux variable. Résultat : il vaut mieux avoir des règles différentes et limiter les dégats en cas de crise dans les pays qui ont des règles adaptées, plutôt que de courir le risque de voir tout s'effondrer quand la crise arrive parce qu'on a choisi la mauvaise règle.  Réflexion finalement assez proche des écolos qui réclament la préservation de la bio-diversité...




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Lundi 29 septembre 2008
La crise financière se poursuit et atteint l'Europe. Comme chacun j'essaie de comprendre ce qui pourrait se passer. Et je suis tombé sur un bon papier de l'un des principaux conjoncturistes de Morgan Stanley, Stephen Roach (Pitfalls in a post-bubble world).

Assez pessimiste, comme à son habitude (il faut porter à son crédit le fait qu'il souligne depuis fort longtemps le caractère insoutenable des déficits américains.)

Quelques points clés de son raisonnement :

1. aux Etats-Unis, c'est la fin d'un modèle de croissance fondé sur l'endettement. De 1997 à 2007, l'endettement des ménages américains est passé de 93% à 133% de leur revenu disponible. Ceci leur a permis d'atteindre un taux de consommation de 72% du PIB contre 67% en moyenne sur les années 1975-2000 (il faut garder en tête que 5% de consommation en plus dans le PIB américain c'est environ 700 milliards de dollars).

2. Pour la Chine, qui connaît un taux de croissance des salaires de 15% par an, cela peut être le moment de ralentir la machine économique. Pour le Japon, l'impact du ralentissement américain sera plus dur. Pour l'Europe, il ne l'évoque pas, mais l'impact sera sans doute entre la situation chinoise et celle du Japon...

3. Les modalités de propagation de la crise seront en trois temps, et ce sera long. Et là c'est intéressant de conserver cela en tête, pour éviter d'annoncer la fin de la crise tous les jours pendant trois ans. Ce sont d'abord les sociétés financières qui sont touchées, et il estime au doigt mouillé que 65% de la crise est passée. Ensuite, ce seront les autres sociétés qui vont être heurtées. Et là, ça n'a pas vraiment commencé pour lui (80% est à venir, toujours au doigt mouillé). Enfin, la crise se fera sentir à l'extérieur des Etats-Unis (pour lui toujours, 90% reste à venir de ce côté)... En Europe, les effets sur le secteur financier sont déjà là, mais nul ne doit douter que le reste va arriver.

4. Dans les crises antérieures, lorsque l'économie américaine est touchée, on baisse les taux, le dollar baisse, l'export repart et tout va bien. La difficulté aujourd'hui, toujours selon Roach, est que les emplois qui sont partis en Chine et en Inde ne peuvent pas revenir (en ce sens, voir aussi Paul Craig Roberts, toujours). Ca va donc patiner au redémarrage bien plus longtemps...

5. Note finale : les réactions n'ont pas l'air à la hauteur des événements, pour lui. Les USA n'ont pas pris conscience de la nécessité de rééquilibrer leur modèle de croissance, et la Chine veut conserver son rythme de croissance à presque deux chiffres. Ca n'est pas conséquent, ni responsable, d'aucun côté.

Bon, note personnelle pour finir. Quid de l'Europe dans tout ça ?

Quatremer se réjouit du rôle stabilisateur de l'euro. C'est exact pour l'aspect monétaire de la crise. Mais ce n'est qu'un aspect particulier du problème. On constate d'abord que les marchés ne cessent pas d'évaluer séparément les politiques économiques de la zone euro, et que les différentiels de taux d'intérêt sur les dettes publiques, qui restent nationales, sont en forte hausse (avec l'Italie très touchée, la France au milieu et l'Allemagne en valeur refuge). C'est aussi un facteur potentiel d'éclatement de la zone euro...

La grande question, même si la zone euro reste unie, est de savoir si les états européens sauront assouplir les règles du pacte de stabilité face à la crise, ou s'ils s'entêteront dans des règles automatiques totalement inadaptées... Dans ce dernier cas, l'euro survivrait, mais pas forcément l'économie européenne...

 

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Mercredi 24 septembre 2008
Braves gens, vous croyez vivre une crise du capitalisme, que nenni. Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement de Genève, y voit au contraire une grande victoire des marchés :

Le nettoyage en cours à Wall Street signale le triomphe du capitalisme et annonce un système bancaire régénéré. Les banques qui s’étaient laissé aller à l’auto-complaisance disparaissent. De nouvelles banques vont émerger, après avoir tiré les leçons des erreurs passées. Un jour, sans doute, elles aussi auront vieilli et feront de grosses erreurs, les mêmes, peut-être, et elles disparaîtront. Un marché où seuls les bons survivent est un marché efficace. Wall Street va bientôt retrouver une nouvelle jeunesse.

Tout l'article est une caricature. Il réussit à ne pas évoquer les fonds publics versés à robinets ouverts pour soutenir des banques fragilisées. Et d'ailleurs, la crise est due non aux marchés, mais aux agents des organismes de régulation (pensez, des fonctionnaires : "les superviseurs sont, en général, des gens infiniment moins bien payés que ceux qu’ils sont censés contrôler. Forcément, les financiers les plus habiles ne sont pas attirés par cette profession. Dans le tête-à-tête contrôleur-contrôlé, la partie est inéquitable.")

Pour les lecteurs qui penseraient encore que Telos est un think tank progressiste...

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Dimanche 21 septembre 2008
Les Etats-Unis s'effondrent : je le savais !

Hum... Non, comme beaucoup, je savais que les Etats-Unis vivaient sur un endettement excessif. Et mon macroéconomiste préféré, Stephen Roach, tirait depuis longtemps la sonnette d'alarme - sans parler de Paul Krugman ou de blogueurs avertis.

De là à imaginer la disparition de monstres sacrés de la finance internationale.

Bref, rien à écrire sauf à se demander, comme tout le monde, ce qui va bien se passer après. Ce qu'exprime très bien un commentateur brillant - et attentif -, pseudonommé JP, chez Radical Chic :

C'est bien écrit et intelligent comme un éditorial de la grande presse, mais ces éditoriaux n'ont au fond souvent pas plus d'intérêt que la rubrique des mots croisés. Parce que l'analyse, trop motivée par l'envie de pontifier et dénoncer, ne s'attarde pas assez sur la phase de collecte et rumination des faits. Ce n'est pas que tu aies tort lorsque tu prédis que rien ne changera. En effet, rien ne guérira le système. Tu es même en dessous de la réalité. En prétextant vouloir porter remède aux perversions du système, les requins situés en haut de la pyramide viennent de franchir un nouveau degré dans l'escroquerie.

Car de quois'agit-il? Des chutes de 3% en une seule journée du Down Jones? Et alors? Rien de nouveau. Une banque qui disparait? Et alors? Rien de nouveau. Sauf que, voilà, Paulson décide de siffler la fin du jeu de massacre en ce moment précis. Pourquoi maintenant? Que s'est-il donc passé de spécial hier et/ou avant-hier? Les cours des 2 denières banques d'investissement encore indépendantes sont attaqués. Morgan Stanley est plus fortement attaquée, alors que ses résultats sont les meilleurs. Le cours baisse fortement, mais ne descend jamais en dessous d'un solide plancher à 18, comme s'il y avait un consensus des marchés selon lequel MS vaut quand même au moins 18. Quant à Goldmann Sachs, les évènements sont nettement plus étranges. Le cours rencontre dans sa descente un plancher bizarrement fixé à pile-poil 100$. Un si joli chiffre tout rond a peu de probabilité de correspondre à une estimation des marchés reposant sur les fondamentaux. C'est bien plus vraisemblblement le chiffre arbitrairement choisi comme niveau pour soutenir le cours, par une entité possédant les moyens et l'intention de le faire. Bon, classiquement, les pactes d'actionnaire pour soutenir un cours ne sont pas facile à mettre en place, on prend le risque d'être trahi, il est généralement plus prudent d'essayer d'être le premier à vendre. Mais ici, il y a un groupement d'actionnaires, détenant 88% de Goldmann Sachs, et structurellement prédisposé à s'unir pour défendre. Ce groupe, c'est Goldmann sachs elle-même, ou plus exactement, ce sont les associés, les ex-associés et une partie du personnel. Et en fixant le chiffre à 100$, ils veulent montrer qu'ils fixent le cours selon leur bon plaisir. Problème: Goldmann Sachs prouve ainsi qu'elle est encore le caid de la place, mais justement, le caid a beaucoup d'ennemis. ( parcourez les forums de traders/boursicoters, vous y verrez souvent des cris d'encouragement dignes des parieurs de champ de course commentant la performance de leur canasson: "Vas y, continue à monter à monter/baisser". Mais pour Goldmann Sachs quelques parieurs à la baisse éructaient - je traduis en francais chatié - "Vas y, crève salope". Pourquoi tant de haine? Ce n'est pas par hasard si cette banque d'investissement était devenue la plus importante. Elle est probablement la plus dénuée de scrupules. La liste exhaustive de leurs manipulations est vraisemblablement assez longue. Associée dans les années 80 à Robert Maxwell, le multi-milliardaire escroc opportunément mort par accident en 91. Associée juste après aux privatisations mafieuses en Russie. Et dernièrement, aurait plus ou moins compensé ses pertes dans les subprimes sur le dos des confrères en étant le premier à vendre à découvert ces titres addossés sur les crédits subprimes, précipitant ainsi leur perte de valeur.

Bref, mercredi et jeudi, on a vendu à découvert l'action Goldmann Sachs. Initialement il y fallait du culot pour s'attaquer au caid, le bénéfice n'était pas garanti, mais il y avait aussi l'envie de crever le monstre.
Mercredi, 12h30, l'heure du sandwich , les vendeurs à découvert attaquent, le plancher à 100$ est percé, ca descend de quelques dollars, puis ca remonte à 100 en une minute. C'est raté! Mais, petit 1, ce plancher n'est donc pas invulnérable, et, petit 2, malgré qu'en fin de journée le cours remonte un peu car les vendeurs à découvert doivent couvrir leur position, le bilan de la journée est à la baisse. Goldmann en sort quelque peu fragilisée..

Jeudi, seconde tentative, 12h30, l'heure du sandwich , les vendeurs à découvert attaquent plus fort que la veille, le plancher à 100$ est percé, ca descend jusque vers 85$, puis ca revient à 100. Mais cette remontée ne sera pas évidente, il y faudra plus de 20 minutes. Caramba, encore raté! Mais, héhé, la prochaine tentative, le lendemain, risque sérieusement d'être la bonne, puisqu'il est maintenant prouvé que mettre à mort Goldmann Sachs, ce n'est plus une idée de fou. Demain les attaquants seront donc logiquement renforcés par de nouveaux volontaires pour la curée. En revanche, aucune aggravation des perspectives pour Morgan Stanley dont le plancher à 18$, plusieurs fois testé, se révèle infranchissable.

Jeudi, encore, deux heures après l'attaque repoussée, mais qui augure mal de la survie de GS, la rumeur circule que Paulson va prendre le contrôle du chaos général. Goldmann est sauvée, 24 heures avant la mise à mort, par l'arbitre qui siffle inopinément la fin du match.

Problème, problème, très gros problème:
juste avant d'être secrétaire au trésor, Paulson était rien moins que le plus gros actionnaire de Goldmann Sachs.

Moralité: il ne faut pas lire les éditoriaux, et il ne faut pas chercher à les contredire, car on accepte alors leur problématique bidon telle que "le système va-t-il se réformer, oui, non". Il faut accumuler les données,les faits, les connaissances historiques, et se demander "que se passe-t-il exactement? Quels sont les détails bizarres? que révèlent-ils?". Et ainsi, la problématique devient "n'est-on pas surtout en train d'assister au passage à un degré encore plus élevé de corruption du système US ?"



@ X ou Y (flemme de vérifier qui a dit quoi)
- rentabilité décroissante du capital: mais évidemment! C'est Statler qui tient la bonne piste. Le système a accumulé plus de capital qu'il n'existe d'opportunités pour l'exploiter avec un taux de rendement jouissif. L'attaque US commencée il y a presque 20 ans sur l'Iraq peut se concevoir avec Lénine: "impérialisme colonial, continuation logique du capitalisme" ou Proust "A la recherche du rendement disparu", enfin bon, vous avez saisi le fond de l'idée.. Autre symptome, l'émission cyclique de bulles qui a remplacé le cycle des crises de surproduction (qui générait au moins cycliquement du vrai rendement.). Mais je ne vois pas pourquoi on se dirigerait vers quelque chose de mieux que le merdier présent. Le système politique "démocratique" continuera à laisser les décisions essentielles au capital financier, qui ne va pas s'emmerder à recréer un New Deal. ( Il n'y aura donc pas, contrairement à l'idée de Guillermo de "perpétuel cycle séculaire entre new deal et dérégulation"). Rappellons que les économistes keynésiens (les vrais) n'ont plus le pouvoir d'imposer leurs idées au moyen d'arguments tels que: "Messieurs les banquiers/rentiers/gros plein de sous, si vous ne vous laissez pas convaincre par nos idées, vous serez bientôt convertis - contre votre volonté - par celles des soviets. Au contraire, le capital va, premièrement verrouiller le système autant qu'il faudra pour qu'aucune décision politique ne puisse porter atteinte aux rentes monopolistiques, c'est toujours ca de conservé, et deuxièmement, quant au gros tas de capital qui restera inemployé, il faudra le déménager en Asie, de préférence en Inde plutot que la Chine (scandaleuse dictature où une bande de politiciens, technocrates et ingénieurs se permettent impunément, et réussissent à, controler l'économie, et bafouer les Droits sacrés de l'Homme riche).

@Corto
Oula! Gros gloubiboulga dans tes souvenirs de la théorie et de l"expérience" que tu invoque: Le rendement décroissant de Ricardo n'est contesté par absolument aucun économiste, même le plus allumé - il concerne le nombre de quintaux de patates récoltés à l'hectare, et sert à expliquer parfaitement la rente foncière agricole ou minière/pétrolière, bref, c'est hors-sujet -. Sinon, il existe effectivement le rendement croissant, au sens de productivité (mesurée en quantité de biens produits) croissante du capital dans l'industrie. Mais il y a aussi la productivité décroissante du capital (mesurée en quantité de pognon gagnée sans rien foutre) au fur et à mesure que le système en accumule (à moins d'innovation technologique) L'idée en remonte au moins à Marx, mais elle est incluse aussi dans la TEG de Walras.

@Tous
Bande de neuneus, adhérents de la grande fraternité des lemmings, avez vous bien médité le sort des Lemmings Brothers? ( attention, super-gag).
Bref, un peu de recul historique vous a manqué pour prendre la dimension complète des évènemments. Ce n'est pas une crise classique. L'explication officielle a bon dos. Résumons; pendant chacune des 2 années consécutives, 2% des hypothèques partent en sucette, en comptant très large. Mais on peut quand même bien récupérer au moins la moitié de la valeur du bien immobilier. Bref, le rendement global des hypothèques est sucré de 1% par rapport aux prévisions. C'est comme si des hypothèques à taux fixes avaient subi les conséquences d'une inflation plsu élevée de 1% qu'anticipé. Et on prétend que ce genre de perte, certes pas négligeable, mais pas non plus exceptionelle serait à l'origine de l'effondrement du système? Pourtant, cf la faillite des caisses d'épargne et LTCM, le système en a vu des pires. La réalité est que les subprimes ne sont que la brindille ajoutée sur le chameau, mais qui a brisé son dos surchargé. Mais cette surcharge en dettes, l'excès de leveraging, ne sont eux mêmes que les symptomes d'un système obligé de faire une sorte de cavalerie financière pour repousser le moment du retour au réel.

Estimé en proportion de la population, le capital industriel réel (pris au sens large, incluant aussi le capital humain et le goodWill de l'industrie) des états-unis est inférieur à celui des francais, allemands ou japonais. Ce n'est pas de là que peuvent venir des profits suffisants à nourrir l'US, et cette situation s'agravera au fur et à mesure que le siphonnage des cerveaux étrangers ralentira. Quant aux profits financiers, ils ne sont conséquents qu'à la condition que les US/UK restent les intermédiaires obligés entre préteurs et emprunteurs du monde entier. C'est de moins en moins vrai. Dégradation similaire dans le domaine commercial. L'empire ne contrôle plus les flux économiques de la périphérie, (au sens de Braudel), dont les membres font maintenant directement affaire entre eux. Juste trois exemples: le premier est un peu anecdotique, quoique, mais extra-frais pondu du jour : l'argentine et le brésil utilisaient le dollar pour leurs échanges commerciaux jusqu'à la semaine dernière. Mais plus maintenant. L'autre exemple est moins neuf, mais général: la plupart des pays d'amérique du sud et d'afrique ne s'interdisent plsu de vendre directement au pays consommateur leurs matières premières. Ah j'oubliais, les états du Golfe Persique vont réellement lancer leur monnaie unique. Bref, l'empire vivait en prélevant sa dime sur les flux économiques de la planète, mais de moins en moins de monde continue de payer. Ah, les bourgeoisies des états clients de l'empire avaient un désir profond et sincère d'obéissance à l'empire, lorsque l'ogre communiste rodait dans les bois et les maquis. Mais tout fout le camp.

Cette crise n'est pas la répétition de la crise de 29, mais elle n'est pas moins historique:
- Si elle entraine un New Deal, ce sera plutot en Chine, afin que la redistibution y soutienne la consommation (etc...), car l'Amérique cessera d'être le gros consommateur à crédit de la planête.
- Si l'on considère l'évènement réellement déclencheur, il n'est peut-être pas aux USA dans les subprimes américins, mais dans les 60 % d'effondrement boursier à sanghai qui avaient précédé. Il y a plusieurs exemples chez Braudel (cf Civilisation matérielle, etc..) de cela: la crise financière générale d'une économie-monde devrait logiquement démarrer dans le Centre. Si elle s'amorce en un lieu de la périphérie mais réussit à contaminer le Centre au point de se généraliser ensuite à l'économie-monde, alors ce lieu de l'amorcage est aussi celui du futur Centre appellé à remplacer l'ancien.

C'est historique. Il faut juste réaliser que la crise de 29 faisait la césure entre l'imperium britannique et l'américain, alors que la crise présente marque une première césure, avec l'imperium chinois qui va apparaitre. Autrement dit, Guillermo aurait complètement raison de dire que la pièce qui commence aujourd'hui est la même celle qui commenca à être jouée en 29, s'il n'avait ignoré que le rôle de l'UK est maintenant joué par l'US, dont l'ancien rôle est aujourd'hui tenu par la Chine.


Outre qu'il y a de quoi écrire un polar moderne, la conclusion de JP, est intéressante pour la gauche : il n'y a aucune raison d'imaginer que parce que la finance supposément de droite s'est cassée la figure, le balancier va automatiquement revenir à gauche...



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Vendredi 22 août 2008
Un billet intéressant chez Horizons, consacré aux dynamiques de l'emploi. Faut-il croire en la validité d'une économie à la Robert Reich, où les manipulateurs de symboles financent les emplois de services nécessaires à leur bien-être ?

Il y aurait beaucoup de choses à dire, notamment qu'il ne faut pas trop vitupérer les revenus de transfert : ce sont eux qui évitentla transformation de crises conjoncturelles en crises type 1929.

Les vraies questions soulevées par Malakine sont :

1. Peut-on accepter de laisser couler notre industrie par les délocalisations ?
2. Le protectionnisme est-il la meilleure réponse à la concurrence des PVD ?

 J'essaierai d'y revenir plus tard, mais il me semble que sur la question 1., nous souffrons effectivement d'une concurrence déloyale des PVD (nous acceptons qu'ils nous vendent des produits qui échappent à toutes les lois sociales que nous maintenons ici).

Sur la 2, je ne crois pas que le protectionnisme soit une bonne solution, je suis convaincu qu'un rééquilibrage de notre croissance (qui ne coule pas l'industrie) devra plus à une régulation des systèmes de change qu'à des droits de douane.

A quoi bon introduire des droits de douane d'une vingtaine de % si des pays peuvent conserver parfois durablement des monnaies sous-évaluées de 40%, 60% ou 80% ?

Si des droits de douane étaient introduits, peut-être faudrait-il les apprécier non par secteur et par bien, comme cela se pratique aujourd'hui, mais en fonction de minima sociaux et de critères de concurrence équitable...

Notes bien trop décousues pour contribuer cependant au débat lancé sur Horizons...

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