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Dimanche 11 mai 2008
Le courage n'est pas le point, mais la tenue du point. Ce qui demande du courage est de se tenir dans une durée différente de la durée imposée par la loi du monde. La matière première du courage, c'est le temps [...] lorsqu'on reçoit un coup global, le courage qui y répond est local. C'est en un point que vous allez reconstruire la possibilité de vivre sans perdre votre âme dans les effets dépressifs du coup reçu. Ce qui nous conduit à une autre définition du courage, ou plutôt du sens de son action : le courage oriente localement dans la désorientation globale.


in Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?


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Lundi 21 avril 2008
"Il existe dans la gauche contestataire un plaisir narcissique à se sentir "anti-" qu'on retrouve étrangement depuis le samizdat PLPL jusqu'à l'aile gauche du PS. "Anti-capitaliste", "anti-libéral" sont des mots qu'on avance pour se dispenser de penser quelque chose de positif, de fort, de constructif - et en ce sens je suis très heureux que le mois dernier la revue Commune m'ait invité à écrire sur le socialisme, et non sur l' "anti-capitalisme [...] Il y a cette vieille idée nietzschéenne que celui qui se définit en s'opposant est faible. Et qu'il faut affirmer quelque chose - commencer par cela. L'affirmation manque terriblement à la gauche d'aujourd'hui [...]"

Chez Frédéric Delorca, un très bon blog


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Samedi 12 avril 2008
"[...] tu sais, j'avais toujours cru que l'antisémitisme allait de pair avec le nationalisme obtus comme, avant la révolution, chez les hommes de l'Union de l'Archange saint Michel. Mais maintenant, j'ai constaté que les hommes qui appellent à libérer la Russie des Juifs, sont aussi ceux qui s'humilient devant les Allemands, serviles et pitoyables, ces hommes sont prêts à vendre la Russie pour trente deniers allemands."

in Vassili Grossman, Vie et Destin


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Dimanche 6 avril 2008
A la tortue j'ai demandé :

- En quoi elle est ta carapace ?

- Elle est en peurs accumulées,

Il n'y a rien de plus tenace.



Chant de Bogoleïev, in Vie et Destin, de Vassili Grossman



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Samedi 29 mars 2008
Liss est un idéologue nazi, chef d'un camp de prisonniers de guerre, dans lequel est interné Mostovskoï, un bolchévique convaincu. C'est Liss qui parle.

"- Quand nous nous regardons, nous ne regardons pas seulement un visage haï, nous regardons dans un miroir . Là réside la tragédie de notre époque. Se peut-il que vous ne vous reconnaissiez pas en nous ? Que vous ne retrouviez pas votre volonté en nous ? Le monde n'est-il pas, pour nous, comme pour vous, volonté : y a-t-il quelque chose qui puisse vous faire hésiter ou vous arrêter ?

Liss approcha son visage de Mostovskoï :

- Vous me comprenez ? Je ne parle pas parfaitement russe, mais je voudrais tant que vous me compreniez. Vous croyez que vous nous haïssez, mais ce n'est qu'apparence : vous vous haïssez vous-même en nous. C'est horrible n'est-ce pas ? Vous me comprenez ?

Mikhaïl Sidorovitch [Mostovskoï] avait décidé de ne pas répondre, de ne pas se laisser entraîner dans la discussion.
"

in Vie et destin, de Vassili Grossman


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Samedi 15 mars 2008
Le mal que peut parfois apporter à la société, à une classe, une race, un Etat cette bonté insensée  pâlit en comparaison de la lumière qu'irradient les hommes qui en sont doués. Elle est, cette bonté folle, ce qu'il y a d'humain en l'homme, elle est ce qui définit l'homme, elle est le point le plus haut qu'ait atteint l'esprit humain.

La vie n'est pas le mal nous dit-elle.

Cette bonté n'a pas de discours et n'a pas de sens. Elle est instinctive et aveugle. Quand le christianisme lui donna une forme dans l'enseignement des Pères de l'Eglise elle se ternit, le grain se fit paille.

Elle est forte tant qu'elle  vit dans l'obscurité du coeur humain, tant qu'elle n'est pas l'instrument et la marchandise des prédicateurs,  tant que la pépite d'or ne sert pas à battre la monnaie de la sainteté.

Elle est simple comme la vie. Même l'enseignement du Christ l'a privée de sa force : sa force réside dans le silence du coeur de l'homme.


 Extrait de la lettre d'Ikonnikov à Mostovskoï, in Vie et destin, de Vassili Grossman

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Mardi 19 février 2008
Les nouvelles réalités économiques sont que chaque continent doit être ouvert à la concurrence globale ou être à la traîne; que chaque continent doit se focaliser sur sa compétitivité et sa flexibilité ou perdre de l'activité économique (business), des emplois, et de la richesse. Par suite […] l'Europe doit définitivement […] s'accorder sur le fait que la concurrence fiscale est la seule base sur laquelle elle peut faire concurrence au reste du monde tout en pouvant bénéficier d’un soutien national.


In Newsweek Spécial Davos 2003/2004.

C'est signé Gordon Brown.

(relevé dans un très bon papier de Philippe Van Parijs, cité par un très bon commentateur de l'un peu moins bon blog Coulisses de Bruxelles)
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Vendredi 15 février 2008
C'était un bel entretien avec Patrick Declerck dans Philosophie magazine de décembre/janvier. L'écrivain est atteint d'une tumeur au cerveau et n'a sans doute pas un temps très long devant lui. Ce qu'il dit est intéressant et peut finalement concerner pas mal de monde, puisqu'à plus ou moins long terme Patrick Declerck ne fait que nous ouvrir la voie. J'ai beaucoup aimé l'extrait suivant :


... je sais trop bien que le divertissement ne  tient jamais qu'un temps. Qu'au bout de la plus suave des blondes, on finit toujours par regarder sa montre. Qu'une semaine dans un palace subtropical c'est parfait. Que trois semaines, on n'en peut plus. Que trois mois, on est sous antidépresseurs.  Que trois ans, on est à enfermer... Et ainsi, par une espèce de courbe étonnante, on en revient en soupirant d'aise à se réinstaller devant son ordinateur. Parce qu'il n'y a pour un écrivain, tout simplement, rien d'autre à faire.



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Jeudi 7 février 2008
"Vous profiterez de la dissension qui surgit chez vos ennemis pour attirer les mécontents dans votre parti en ne leur ménageant ni les promesses, ni les dons, ni les récompenses".

Sun Tzu, l'Art de la guerre



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Mardi 5 février 2008
Il est facile de démissionner d'un club ou d'un parti ordinaire lorsque sa politique cesse de vous plaire ; avec le Parti communiste, avant-garde du prolétariat, incarnation de la volonté même de l'Histoire, c'était tout autre chose. Quiconque le quittait était rejeté extra muros et ne pouvait plus rien dire ni faire qui eût la moindre chance de l'influencer. La seule attitude conforme à la dialectique était de rester à l'intérieur, de la boucler, de ravaler sa bile et d'attendre le jour où, après la défaite de l'ennemi et la victoire de la Révolution mondiale, la Russie et le Komintern seraient disposés à devenir des institutions démocratiques.

Arthur Koestler, les Militants



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Dimanche 20 janvier 2008
Blog en grève

Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée.
Dieu acheva au septième jour son oeuvre, qu'il avait faite: et il se reposa au septième jour de toute son oeuvre, qu'il avait faite.
Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son oeuvre qu'il avait créée en la faisant.
Voici les origines des cieux et de la terre, quand ils furent créés.
 


Ils sont achevés, les ciels, la terre et toute leur milice.
Elohîms achève au jour septième son ouvrage qu’il avait fait.
Il chôme, le jour septième, de tout son ouvrage qu’il avait fait.
Elohîms bénit le jour septième, il le consacre:
oui, en lui il chôme de tout son ouvrage qu’Elohîms crée pour faire.
Voilà les enfantements des ciels et de la terre en leur création,
au jour de faire IHVH-Adonaï Elohîms terre et ciels.


Le ciel, la terre et tous leurs éléments furent achevés.
Dieu acheva au 7ème jour l'œuvre qu'il avait faite, il arrêta au 7ème jour toute l'œuvre qu'il faisait.

Dieu bénit le 7ème jour et le consacra car il avait alors arrêté toute l'œuvre que lui-même avait créée par son action.

Telle est la naissance du ciel et de la terre lors de leur création. Le jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel,






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Jeudi 3 janvier 2008
C'est justement l'attitude des humanistes à l'égard du peuple, leur insouciance des réalités qui a enlevé dès l'origine toute possibilité de durée à l'empire d'Erasme et qui a arrêté la force d'action de ses idées ; leur faute ce fut de vouloir instruire le peuple de haut, au lieu d'essayer de le comprendre et de se laisser enseigner par lui.

Ces idéalistes s'imaginaient déjà régner parce que dans tous les pays, dans toutes les cours, dans tous les couvents, diocèses et universités, ils avaient des ministres, des ambassadeurs et des légats, qui leur annonçaient fièrement les succès que l'eruditio et l'eloquentia remportaient dans des shères jusqu'alors rebelles; en fait leur empire était presque tout en surface, ses racines ne plongeaient guère dans le monde des réalités.

Lorsque des lettres de Bohême, de Hongrie et du Portugal lui apportaient chaque jour des nouvelles pleines d'enthousiasme, lorsque les rois, les empereurs et le Pape se disputaient sa faveur, Erasme, enfermé dans son cabinet, pouvait se figurer à certains moments que l'empire de la Raison reposait déjà sur des bases solides et durables. Mais ces épîtres en latin l'empêchaient de prêter attention à la rumeur de plus en plus grande qui montait des profondeurs insondables de la masse. C'est parce que le peuple n'était rien pour lui, c'est parce qu'il jugeait inélégant, indigne de briguer l'appui populaire et d'entrer en rapport avec des gens ignorants, des "barbares", que l'humanisme n'exista pas pour le peuple et ne fut une réalité que pour les happy few ; son platonique empire de l'humanité est resté un édifice construit dans les nuages, qui répandit sa douce clarté pendant un court instant sur notre monde troublé, une pure création de l'esprit en somme.

Mais cette oeuvre artificielle et froide ne pouvait pas résister à un véritable orage - déjà le ciel se couvre - et elle s'écroulera impuissante sous les coups de la destinée.


Stefan Zweig, Erasme, grandeur et décadence d'une idée

Toute ressemblance...


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Dimanche 9 décembre 2007
Plus de vertus naïves que de manières, tu es un rustre ; plus de manières que de vertus naïves, tu es un cuistre ; autant de manières que de vertus, voilà l'homme de qualité.

Confucius, cité dans La philosophie pour les Nuls (ouvrage fort recommandable)



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Jeudi 15 novembre 2007
Plus il y a d'Europe et moins il y a de démocratie
C'est de Raoul Marc Jennar, dans son ouvrage Europe, la trahison des élites.

Une autre citation ramassée dans l'ouvrage (en cours de lecture) illustre bien pourquoi il en est ainsi :

"L'action menée au niveau européen permet souvent d'éviter les pressions directes des cycles électoraux nationaux."

Romano Prodi, devant le Parlement européen, le 14 septembre 1999.


Depuis, l'adoption du Traité obscurci contre le référendum français est en passe de confirmer que l'Europe est une médiocratie, une politique d'alliance entre les sociaux démocrates les plus veules et les démocrates chrétiens les moins démocrates, pour mener des politiques platement conformistes. Pas une tyrannie brutale, non. Juste  de quoi déshabituer les populations à avoir un poids sur les politiques menées par leurs gouvernants.




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Dimanche 30 septembre 2007

« Je me demande si on n’est pas un peu sévère avec ce qui s’est passé en mai 68 en le réduisant à l’alternative d’une idéologie un peu archaïque, qui se manifestait dans la survalorisation du vocabulaire marxiste et une sorte de dimension festive. Il me semble que quelque chose d’autre a été important : la découverte ou l’émergence de nouveaux objets politiques, de toute une série de domaines de l’existence, de coins de la société, de recoins du vécu qui avaient été jusqu’alors tout à fait oubliés ou complètement disqualifiés par la pensée politique. »

Michel Foucault, cité par Didier Eribon,
D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française






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Jeudi 13 septembre 2007
« je n’ai pas l’impression que les partis politiques aient produit, dans l’ordre de la problématisation de la vie sociale, quoi que ce soit d’intéressant. On peut se demander si les partis politiques ne sont pas l’invention politique la plus stérilisante depuis le XIXème siècle.»

Michel Foucault, cité par Didier Eribon, in D'une révolution conservatrice...


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Samedi 8 septembre 2007
« de la même façon que Kerry aux Etats-Unis n’avait fait que proposer une sorte de bushisme à visage humain, ségolène royal aura été une sorte de sarkozy à visage féminin. »

Slavoj Zizek , le Nouvel Obs, 21-27 juin 2007



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Mercredi 29 août 2007

"Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté ou, tout au moins, tel qu’on nous le laisse connaître, est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle les problèmes. Dix années graves, tant de souffrances endurées, les faillites et le chômage périodique nous ont montré le caractère de cette théorie classique de résignation."

Pierre Mendès-France, OEuvres Complètes,Tome IV, Paris, Gallimard, 1987, p. 273

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Mardi 21 août 2007

« L’image qui se dégage de ces analyses est donc celle d’un Parti socialiste qui ne fonctionne plus guère que comme une machine électorale (et dont la vie s’organise uniquement autour des échéances électorales) destinée à fournir des places et des postes à des énarques.

Les formes d’engagements militants traditionnels (et notamment le dévouement à une cause, l’appartenance à une culture, les valeurs de solidarité et de fraternité, etc.) y ont peu à peu disparu – et sans doute paraissent-elles mêmes incongrues aux yeux des dirigeants nationaux, désormais insensibles aux problèmes et aspirations des catégories de la population auxquelles ils n’appartiennent pas
.

[...] le Parti socialiste, ayant largement perdu le contact qu’il entretenait avec les réseaux associatifs a fini par ne plus percevoir le monde social que comme un « électorat », c’est-à dire ne plus voir dans ses électeurs potentiels qu’un ensemble d’individus isolés dont on sollicite les suffrages mais dont les demandes ainsi rendues « individualistes », voire « égoïstes », paraissent déroutante à des énarques toujours prompts à déceler dans l’évocation des difficultés banales de la vie quotidienne le signe d’une perte du sentiment civique ou du sens de la politique. »

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Samedi 11 août 2007
"Méfiez-vous de ne pas avoir à regretter un acte que vous ne pourriez plus réparer... C'est la question de la vie ou de la mort de la France."

Edouard Herriot, 30 août 1954, appellant à refuser la Communauté européenne de défense,
avant le vote de rejet par l'Assemblée nationale.

in Eric Roussel, Pierre Mendès France
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