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Dimanche 5 juillet 2009
Les cibles de l'antisémitisme possèdent de façon générale le statut sémantiquement déroutant et psychologiquement troublant d'étrangers à l'intérieur du pays, et se trouvant par là même à cheval sur une frontière vitale qui doit toujours être clairement définie et maintenue intacte, imprenable ; et l'intensité de l'antisémitisme risque fort de rester proportionnelle à l'urgence et à la violence du processus de délimitation et de définition des frontières. Très souvent, l'antisémitisme a été une manifestation de ce désir de veiller sur des frontières ainsi que des tensions émotionnelles et des préoccupations pratiques qui en découlent.

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste

De ce point de vue, la construction (d'un état) européen(ne) est une double poudrière : elle efface les frontières nationales tout en ne proposant aucune frontière extérieure stable.

Par ailleurs les inquiétudes ont l'air de se concentrer aujourd'hui sur la burqa plus que sur la kippa.
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Dimanche 5 juillet 2009
"Des expressions telles que le caractère sacré de la vie humaine ou le devoir moral semblent aussi bizarres dans un séminaire de sociologie que dans les bureaux aseptisés et non-fumeurs d'une administration."

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste
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Samedi 4 juillet 2009
"Le racisme se distingue par une pratique dont il fait partie et qu’il rationalise : une pratique qui combine les stratégies d’architecture et de jardinage avec celles de la médecine pour servir à l’élaboration d’un ordre social artificiel, et cela en éliminant les éléments de la réalité présente qui ne coïncident pas avec la réalité parfaite imaginée et ne peuvent être modifiés pour y parvenir. […] le racisme illustre parfaitement la conviction qu’une certaine catégorie d’êtres humains ne peut être incorporée dans l’ordre rationnel de la société."

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste


Je trouve cette définition très féconde. On peut par exemple la mettre en parallèle avec les débats sur la burqua…

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Samedi 30 mai 2009
"Les chefs d'entreprise français sont européens, parce qu'ils ont compris, à raison, que la remise en ordre et la "marchéisation" de l'économie française, si j'ose dire, se sont faites par l'Europe, grâce à l'Europe et à cause de l'Europe."

Pascal Lamy, "le modèle français vu d'Europe", Le Débat n°134, mars-avril 2005, p. 35
cité par F. Denord et A. Schwartz, in L'Europe sociale n'aura pas lieu


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Vendredi 29 mai 2009
"Après l'unité italienne, l'Italie du Sud a souffert beaucoup du contact et de la concurrence de la région du Centre et du Nord. Contrairement à ce que nous croyons trop souvent, l'Italie du Sud avait atteint, avant l'unité italienne, un degré d'industrialisation et de développement comparable et probablement même supérieur à celui du reste du pays. L'unité lui a porté un coup qui s'est traduit par une large émigration à l'intérieur de l'Italie unifiée et aussi vers l'extérieur, un coup que même les gens du Nord reconnaissent et auquel ils essayent maintenant de remédier. Pour obtenir le développement de la Sicile et de l'Italie du Sud, le gouvernement de Rome recrée précisément, depuis quelques années, un régime distinct qui supprime ou qui atténue le caractère absolu de l'intégration réalisée voici un siècle.

La situation est comparable dans d'autres pays.

Les États méridionaux des États-Unis se sont toujours plaints et se plaignent aujourd'hui encore d'avoir été défavorisés économiquement du fait de leur rattachement aux États du Nord.

En Allemagne même, qui a fait l'expérience d'un Zollverein, véritable précédent du Marché commun, bien que la Prusse, initiatrice et agent moteur de l'intégration, ait consenti de larges investissements en faveur des régions allemandes moins favorisées, les Wurtembergeois, les Bavarois ont dû émigrer en grand nombre vers les Amériques.

Au surplus, si, à l'échelle d'un siècle et en ne considérant que l'ensemble de l'économie allemande, le Sud et le Nord confondus, si le Zollverein a été un élément d'expansion, n'oublions pas qu'il a pu porter ses fruits parce qu'un État dominateur, principal bénéficiaire de la réforme, a fait la loi aux autres États dominés. En ce sens, c'est un précédent qui ne comporte pas que des aspects plaisants."

Pierre Mendès-France, 18 janvier 1957


Avant de devenir une sorte de papi gâteau révéré par tout ce qui pense bien, Mendès a été un politique de haut niveau intellectuel, qui savait poser les problèmes dans toutes leurs dimensions.  Ici, il justifie son vote Non au Traité de Rome, avec des arguments qui demeurent d'une criante actualité : n'entend-on pas partout qu'il faut accroître le budget européen pour sortir de la crise ?

L'Union  européenne ouvre la voie à une concentration de pouvoirs au bénéfice d'une institution qui privilégie systématiquement les grands groupes sur les opinions.



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Mardi 28 avril 2009
...Mitterrand avait cru trouver une échappatoire en jouant l'Europe : puisque le modèle français était condamné, il a voulu construire à un échelon européen une nouvelle synthèse du libéralisme et de l'Etat fort. Faire une Europe française en quelque sorte. Dans les années 80, le projet européen a été le grand espoir de la société française. Mais il se trouve que le projet a échoué : l'Europe telle qu'elle s'est développée n'est pas française, on peut même dire qu'elle est anti-française, tout simplement parce qu'elle reflète la réalité d'un monde qui va spontanément à rebours de notre héritage historique.

Le désenchantement qui s'en est suivi vis-à-vis de l'Europe a été spectaculaire. Depuis personne n'a fait l'effort de reprendre le problème à la racine. Jospin, qui semblait l'avoir compris, n'a pas osé. Ségolène Royal est pasée à côté...


Marcel Gauchet, interrogé par Libération aujourd'hui.


Message à tous les lecteurs-commentateurs qui m'ont glissé que "sortir de l'Europe j'en rêve, mais en secret", que les français "ne sont pas mûrs"... Sortir de l'Europe n'est pas une fin en soi, mais je n'imagine pas qu'un programme de sortie de crise puisse passer la barre des critères de Maastricht et du Traité de Lisbonne en général. Donc il faudra en sortir parce que les solutions à la crise - par exemple une taxe de libre échange - exigeront d'en passer par là.

Marcel Gauchet, encore : "il ne faut pas sous-estimer la prise de conscience par les individus des contradictions et de l'impasse dans laquelle ils sont. Les gens ne sont pas stupides, ils voient bien que quelque chose coince."

*

S'abstenir en juin prochain, c'est envoyer un message très clair : nous savons que l'Europe n'est pas une solution, c'est un problème, nous exigeons des solutions effectives, pas du bourrage de crâne et du pipeau.

Voter en juin c'est envoyer un message très clair : continuons sur la voie européenne à chercher des solutions - bidons.



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Dimanche 26 avril 2009

"La démocratie libérale, vis-à-vis de l'économie capitaliste, est, du moins potentiellement, un Janus à deux visages : alors même qu'elle encode, reflète et légitime les relations sociales capitalistes, elle leur résiste, les contre et les tempère dans le même mouvement.

Plus simplement, la démocratie libérale a ouvert, au cours des deux derniers siècles, une modeste brèche éthique entre économie et politique. Même si la démocratie libérale fait siennes nombre de valeurs capitalistes (les droits de propriété, l'individualisme, les postulats hobbesiens qui sous-tendent tout contrat, etc.), la distinction formelle qu'elle établit entre les principes moraux et politiques d'une part et le système économique de l'autre a également servi de rempart contre l'horreur d'une vie intégralement régie par le marché et mesurée par ses valeurs."

 

Wendy Brown, Les habits neufs de la politique mondiale, néolibéralisme et néoconservatisme, Editions Les prairies ordinaires.

 

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Dimanche 26 avril 2009
"Si la rationalité libérale met le marché au premier plan, elle n'est pas seulement - et n'est même pas d'abord - centrée sur l'économie ; elle consiste plutôt dans l'extension et la dissémination des valeurs du marché à la politique sociale et à toutes les institutions, même si le marché conserve sa singularité.

[...]

Le néolibéralisme est un projet constructiviste : pour lui, la stricte application de la rationalité économique à tous les domaines de la société n'est pas un donné ontologique ; il oeuvre donc, comme on va le voir, au développement, à la diffusion et à l'institutionnalisation de cette rationalité. [...] L'Etat ne doit pas seulement s'intéresser au marché, il doit penser et se conduire comme un acteur du marché, et ce dans toutes ses fonctions, y compris la fonction législative."


Wendy Brown, Les habits neufs de la politique mondiale, néolibéralisme et néoconservatisme, Editions Les prairies ordinaires.
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Vendredi 24 avril 2009

Il y a très très longtemps, j'avais vu le film Sacco et Vanzetti. Je me souviens d'une phrase que j'ai toujours en tête, de Sacco, extraite d'une de ses lettres :

"n'oublie jamais, mon fils, le bonheur simple des jeux d'enfant".

Elle m'a toujours parue magnifique de simplicité.

Cherchant à la retrouver, et n'ayant pas le film sous la main, je suis tombé sur un site universitaire qui contient l'intégralité des lettres des deux anarchistes condamnés à mort.

La phrase la plus proche que j'aie pu trouver, à coup de recherche par mots clés, est la suivante, plus complexe que la traduction simplifiée que j'ai en tête. Elle se trouve dans l'une de ses dernières lettres :

...remember always, Dante, in the play of happiness, don't you use all for yourself only, but down yourself just one step, at your side and help the weak ones that cry for help, help the prosecuted and the victim, because that are your better friends; they are the comrades that fight and fall as your father and Bartolo fought and fell yesterday for the conquest of the joy of freedom for all and the poor workers. In this struggle of life you will find more love and you will be loved.

Tentative de traduction :

"n'oublie jamais, Dante, au milieu du bonheur de tes jeux, de n'en pas tout conserver, de te pencher à tes côtés et d'y aider les plus faibles qui cherchent du soutien, d'aider les persécutés et les victimes, car ce sont tes meilleurs amis ; ce sont les camarades qui combattront et tomberont à tes côtés, comme ton père et Bartolo [Vanzetti] combattirent et tombèrent hier pour conquérir la joie et la liberté pour tous y compris les plus pauvres travailleurs. Au beau milieu de ce combat vital, tu trouveras plus d'amour et tu seras aimé."

 

 

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Lundi 6 avril 2009
"je suis le dernier des grands présidents...(...) Enfin, je veux dire le dernier dans la lignée des de Gaulle. Après moi, il n'y en aura plus d'autre en France... A cause de l'Europe..."

François Mitterrand, cité par Georges-Marc Benamou, in Le dernier Mitterrand


Amusant que dans son livre mal ficelé consacré à expliquer le mystère de la nullité sarkozyenne, Todd n'ait même pas évoqué cette explication toute bête : le président de la République française devient un personnage mineur, un bouffon structurel, car il est censé être souverain tout en étant dépossédé de tout instrument de politique monétaire, de politique de change, sa politique budgétaire est sous surveillance... Bref, il est condamné à divertir les foules et faire illusion, ce qui peut suffire à user n'importe qui.

Todd ne peut même pas évoquer cette explication, comment expliquerait-il à ses lecteurs qu'il a un projet protectionniste qui redonnerait au président de la république une épée en carton, alors qu'il avait auparavant toute une panoplie d'instruments dont l'Union l'a dépossédé. Allez Todd, lisez Benamou...
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Dimanche 29 mars 2009
"La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. [...] Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort. Apparemment.

[...] Oui, ils sont très durs les américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde... Vous avez vu, après la guerre du Golfe, ils ont voulu tout contrôler dans cette région du monde. Ils n'ont rien laissé à leurs alliés. [...]

Il ne faut pas se laisser faire, il ne faut pas se laisser impressionner.
"

François Mitterrand, cité par Georges-Marc Benamou, in Le dernier Mitterrand


Pas bête Mitterrand, et certainement informé. N'a juste pas vu que l'une des formes les plus achevées de cette guerre invisible est l'Union européenne...
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Mercredi 18 mars 2009

13 mai 1964, Alain Peyrefitte parle avec De Gaulle au sujet du retrait des officiers de marine français de l’OTAN.


Alain Peyrefitte : « Attendez-vous quelque chose de la session de l’OTAN ?

De Gaulle. – Que voulez-vous que j’en attende ? L’OTAN ne sert à rien : il ne peut rien s’y passer ! Tout ça, c’est zéro, zéro, zéro. C’est fait pour faire vivre des fonctionnaires internationaux qui se font payer grassement à ne rien faire, sans verser d’impôt.

Alain Peyrefitte. – On ne reviendra pas sur le retrait de nos officiers de marine de l’OTAN ?

De Gaulle. – Pourquoi voulez-vous qu’on revienne là-dessus ? Il n’y avait aucune raison pour qu’ils y restent. C’était une anomalie qu’ils soient là. Bien sûr, ils se faisaient payer plus cher que s’ils étaient restés dans la marine française. Ces organismes internationaux sont bons pour y attraper la vérole. Nos représentants oublient le devoir d’obéissance à l’Etat. Ils y perdent le sentiment national.

Alain Peyrefitte. – La chose a été rendue publique à partir de l’Allemagne. Nous les avions prévenus de notre intention, dans le cadre des consultations prévues par le traité de l’Elysée ?

De Gaulle. – Non. Je ne crois pas. Pourquoi voulez-vous qu’on les prévienne ? Non. Il fallait bien que ça se sache un jour ou l’autre.

Alain Peyrefitte. – C’est le journal Die Welt qui a fait la fuite.

De Gaulle. – Les Anglais, qui sont des maîtres dans l’art de manipuler, ont colonisé la presse allemande. Adenauer était le premier à s’en plaindre. Les Allemands sont liés par leur presse aux mains des Anglo-Saxons.
Vous savez ce que ça veut dire, la supranationalité ? La domination des Américains. L’Europe supranationale, c’est l’Europe sous commandement américain. Les Allemands, les Italiens, les Belges, les Pays-Bas sont dominés par les Américains. Les Anglais aussi, mais d’une autre manière, parce qu’ils sont de la même famille. Alors, il n’y a que la France qui ne soit pas dominée. Pour la dominer aussi, on s’acharne à vouloir la faire entrer dans un machin supranational aux ordres de Washington. De Gaulle ne veut pas de ça. Alors, on n’est pas content, et on le dit à longueur de journée, on met la France en quarantaine. Mais plus on veut le faire, et plus la France devient un centre d’attraction. Vous nous voyez avaler la supranationalité, nous ? La supranationalité, c’était bon pour les Lecanuet !


(Alain Peyrefitte, C’était De Gaulle, Fayard, tome 2, page 216-217)

(merci à Xavier, qui a laissé cette excellente citation en commentaire. C'était de Gaulle est un grand livre.)

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Jeudi 12 mars 2009
L'Alliance atlantique a été conçue et sa mise en œuvre est préparée en vue d'une zone d'action éventuelle qui ne répond plus aux réalités politiques et stratégiques. Le monde étant ce qu'il est, on ne peut considérer comme adaptée à son objet une organisation telle que l'OTAN, qui se limite à la sécurité de l'Atlantique Nord, comme si ce qui se passe, par exemple au Moyen-Orient ou en Afrique, n'intéressait pas immédiatement et directement l'Europe, et comme si, les responsabilités indivisibles de la France ne s'étendaient pas à l'Afrique, à l'Océan indien et au Pacifique. [...]

La France ne saurait donc considérer que l'OTAN, sous sa forme actuelle, satisfasse aux conditions de la sécurité du monde libre et, notamment, de la sienne propre. Il lui paraît nécessaire qu'à l'échelon politique et stratégique mondial soit instituée une organisation dont elle fasse directement partie. Cette organisation aurait, d'une part, à prendre les décisions communes dans les questions politiques touchant à la sécurité mondiale, d'autre part à établir et, le cas échéant, à mettre en application les plans d'action stratégique, notamment en ce qui concerne l'emploi des armes nucléaires.

Courrier à Eisenhower, président des Etats-Unis, reproduit dans
 
La France, l'Europe, l'OTAN, une approche géoploitique de l'atlantisme français.

 
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Mardi 17 février 2009
it takes at least 10 times as much effort to get software to really work than it does to get it to sort of worksource)

J'étendrais ce constat très juste : il faut peu d'efforts pour avoir des idées sur la pluie et le beau temps. Les coucher sur un blog est dix fois plus complexe : on se rend compte des trous, des imprécisions, des contradictions. J'ai l'impression qu'écrire un livre serait dix fois plus compliqué encore : tenir la longueur impose en plus une concentration bien plus forte qui ne se conçoit qu'exercée à plein temps.

Certes, il ne manque pas d'essais mal ficelés qui tentent de montrer qu'on peut être au four et au moulin et publier deux mille pages. Je ne me sens pas d'ajouter à ces ébauches.

 
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Mercredi 11 février 2009
La France est le pays du milieu de l'Europe occidentale. Un pays à la géographie variée, ouvert à tous les orients, ayant reçu des influences venant de tous côtés, devenu un creuset où s'entrecroisent les contradictions et les complémentarités, d'où jaillit l'irrépressible besoin de tendre vers l'idéal de l'universalité.

in Le Dialogue, de François Cheng

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Samedi 22 novembre 2008
"C'est dans l'absence de bureaucratisme que celui-ci se manifeste le plus. Tout ce qui sert les grands intérêts de l'Etat se réalise à vitesse grand V ; le bureaucratisme porte en lui deux tendances contraires : il peut arrêter n'importe quel mouvement, ou l'accélerer de manière fantastique comme s'il échappait brusquement à l'attraction terrestre".

in Vie et Destin, de Vassili Grossman
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Vendredi 7 novembre 2008
"Le pouvoir est toujours crédité d'une bonne volonté universelle, et Le Monde lui présente noblement des remontrances qui voudraient l'améliorer".

in Debord ou la diffraction du temps, de Stéphane Zagdanski

Quarante années plus tard, ça n'a pas bougé.

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Lundi 27 octobre 2008
"La hausse des salaires opère sur le prix d'une marchandise comme l'intérêt simple dans l'accumulation d'une dette. La hausse des profits opère comme l'intérêt composé.

Nos marchands et nos maîtres manufacturiers se plaignent beaucoup des mauvais effets des hauts salaires, en ce que l'évolution des hauts salaires renchérit leurs marchandises, et par là en diminue le débit, tant à l'intérieur qu'à l'étranger ; ils ne parlent pas des mauvais effets des hauts profits, ils gardent le silence sur les conséquences fâcheuses de leurs propres gains ; ils ne se plaignent que de celles du gain des autres.
"

... Adam Smith, La Richesse des Nations, conclusion du chapitre IX...
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Mardi 21 octobre 2008
PMF étant universellement considéré comme gentil, son opposition au Traité de Rome est systématiquement oubliée, et le rejet de la CED ne lui est jamais imputé. PMF est, avec de Gaulle, le plus grand politique français du XXème siècle. On aime à s'y référer pour faire intelligent et moderne.

Terminant mes notes sur les Mémoires de Monnet, je retrouve ce passage où Monnet, écrivait, à propos de la situation en 1955, après la chute de Mendès : "le changement politique intervenu en France rendait possible une nouvelle initiative européenne qu'il fallait préparer avec soin"...

Plus tard, au moment de l'approbation du Traité de Rome par l'Assemblée nationale, Monnet écrit : "Le vote négatif de Mendès ne me surprit pas. Ne l'avais-je pas entendu dire dans un débat préliminaire : "Il ne faut pas que la France soit victime d'un traité. Une démocratie abdique en s'abandonnant à une dictature interne, mais aussi en déléguant ses pouvoirs à une autorité extérieure. L'Europe véritable ne peut se faire que par le redressement de la France".

Monnet a clairement été réjoui du départ de Mendès. On oubliera ce détail.



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Vendredi 26 septembre 2008
La psychologie politique de l'ancienne école, celle de Bentham et de Mill, nous enseigne que dans un état démocratique le corps gouvernemental ne voudrait jamais rien faire d'autre que ce qui sert l'intérêt des gouvernés.

Mais l'expérience a montré que ce point de vue est le comble de la naïveté. La psychologie politique pratique se résume principalement à une technique experte de la manipulation de masse, en vue de fins que les hommes ne discernent pas clairement, mais dont ils sont conduits à croire qu'elles sont pour eux de la plus haute importance.

Le dirigeant politique oublie cependant toujours que l'état de l'imaginaire public et de ses intérêts évolue, et que le moment vient où l'effet cumulatif de changements minimes est si important que le peuple ne peut être "manoeuvré" selon les vieilles recettes.


John Dewey, dans un article de la New Republic, consacré à la guerre de 1914-1918. Trouvé dans le très bon numéro Hors Série de Philosophie Magazine, XXème siècle, les philosophes face à l'actualité.



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