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Citations

Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 21:37
"si un écrivain habile, possédant une conscience claire et une connaissance parfaite de l’opinion orthodoxe et de toutes ses ramifications, contredit subrepticement, et pour ainsi dire en passant, l’une des présuppositions ou des conséquences nécessaires de l’orthodoxie, qu’il admet explicitement et maintient partout ailleurs, nous pouvons raisonnablement soupçonner qu’il s’opposait au système orthodoxe en tant que tel, et nous devons étudier de nouveau tout son livre avec beaucoup plus de soin et beaucoup moins de naïveté que nous ne l’avons fait auparavant."

Léo Strauss, La persécution ou l'art d'écrire



J'avais adoré ce livre de Strauss, comme son Droit naturel et histoire. J'ai cette citation en tête chaque fois que dans un journal conformiste je lis une phrase, une remarque, une affirmation qui détonne. Par exemple quand je lis Jean-Paul Fitoussi c'est typique : j'ai l'impression que l'homme ne dit que la moitié de ce qu'il pense - sur les questions européennes notamment. On peut prendre ses désirs pour ses réalités, avec de telles grilles de lecture ; on peut aussi se dire qu'il suffit d'un rien pour que les verrous sautent : ce qui est tabou aujourd'hui deviendra évident demain, non pas parce que les gens auront vu la lumière, mais parce qu'un seuil aura été passé, un palier atteint, où ce que la plupart s'attachaient à taire, ils le diront.


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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 01:02

Mars 1943, Paris


"En approchant du café, je vois venir à moi, serrés l'un contre l'autre, un vieillard accompagné d'un jeune enfant. Leur pardessus est orné de l'étoile jaune. Je n'en ai jamais vu : elle n'existe pas en zone sud. Ce que j'ai pu lire en Angleterre ou en France sur son origine et son exploitation par les nazis ne m'a rien appris de la flétrissure que je ressens à cet instant : le choc de cette vision me plonge dans une honte insupportable. Ainsi les attaques contre les Juifs, auxquelles je participais avant la guerre, sont-elles l'origine de ce spectacle dégradant d'êtres humains marqués comme du bétail, désignés au mépris de la foule. Subitement : mon fanatisme aveugle m'accable : c'est donc ça l'antisémitisme !"


Daniel Cordier, Alias Caracalla

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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 00:49

Octobre 1942, Lyon

 

"Un orateur ouvrier, après avoir rappelé que la grève a toujours été un mode de libération de la classe ouvrière, a proclamé qu'elle était maintenant "l'instrument de la libération nationale". Les gardes mobiles ont enfoncé les portes de l'usine, mais, bien que menotté, l'orateur a continué : "Pour vous prouver que les temps ont changé, je demande aux gardes mobiles qui viennent d'arriver de se mettre au garde-à-vous pendant que vous, camarades, chanterez La Marseillaise. Ce qui fut fait sur commandement du capitaine des gardes mobiles.[...] Le préfet Angéli est venu sur place pour rechercher les meneurs. Un cri général lui a répondu : "il y a mille deux cent meneurs !".

 

Daniel Cordier, Alias Caracalla

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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 00:37

On a examiné la collaboration entre nos deux pays. J'en ai accepté les principes. C'est avec honneur et pour maintenir une unité de dix siècles dans le cadre d'une activité constructive de l'ordre européen nouveau que je m'engage aujourd'hui dans la voie de la collaboration.


Philippe Pétain, 30 octobre 1940. Cité par Daniel Cordier in Alias Caracalla.

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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 16:04
"Le gouvernement français a eu le courage de soumettre la ratification de la Constitution à référendum.

En tant qu'Allemand à qui la pusillanimité de son personnel politique a fait perdre toute illusion, j'envie la France.

Cette République française a encore au moins conscience des critères démocratiques qui font sa tradition et en deça desquels il convient de ne pas tomber [...] Les expressions de la volonté démocratique de la semaine dernière ne peuvent être éludées d'un revers de main hautain, ni stigmatisées comme comme pathologie.

Et il est tout aussi déplacé de s'en prendre aux plébiscites de manière générale. Les scrutins populaires sont un correctif salutaire, sinon nécesaire, face à des exécutifs qui attendent placidement l'alternance.

Dans la mesure où ils se sentaient sous-représentés, les électeurs avaient une bonne raison de s'opposer à Bruxelles, un régime sans opposition."


Jürgen Habermas, Sur l'Europe, Bayard, 2006


Il y a encore des partisans de l'Union européenne qui savent ce qu'implique la démocratie.

Je ne trouve le débat sur l'Europe intéressant qu'avec des partisans de l'Union qui ont au moins le même niveau de conscience démocratique que Habermas, qui ne réduisent pas les détracteurs de la construction européenne à des imbéciles. Force est de constater qu'il y en a peu (à commencer par le traducteur de Habermas, Christian Bouchindhomme, qui, dans un texte de conclusion, a du mal à se situer à un niveau de réflexion équivalent, et en reste aux jérémiades contre les méchants nonistes).


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Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /2009 22:48
« Au XIIIème siècle, l'Europe est unifiée par la foi chrétienne. Elle s'organise autour d'un centre de pouvoir, Rome, où siègent les successeurs de saint-Pierre. Elle s'articule autour d'un réseau d'églises, construites dans le même style architectural roman puis gothique, utilisant le même calendrier et la même liturgie, développant des routes de pélerinage sillonnant l'Europe. L'unité culturelle est notablement façonnée par le réseau d'universités qui lie les élites européennes : de Cracovie à Louvain, de la Sorbonne à Salamanque, le même corpus est enseigné (largement inspiré de l'aristotélisme), les mêmes méthodes d'enseignement sont utilisées (la dissertation, le débat contradictoire), les mêmes disciplines sont pratiquées (logique, rhétorique...), la même langue - le latin - est employée avec des grades valables dans toute l'Europe : c'est la licentia ubique docendi [droit d'enseigner en tout lieu]. La chrétienté est européenne par vocation, ainsi que l'exprimera le pape Pie II »

in Olivier Ferrand, l'Europe contre l'Europe

Les partisans de l'Union européenne ne pourront l'emporter qu'en tâchant de faire revivre deux éléments caractéristiques de cet empire européen dont ils sont nostalgiques : l'anglais comme langue unique et substitut du latin, et le catholicisme comme loi commune. Pas sûr qu'ils en soient tous conscients. Olivier Ferrand a le mérite de nous prévenir sur ce point.

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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 22:02
A travers le monde on abolit progressivement les visas d'entrée. Mais pas les contrôles d'identité. On a toujours besoin du passeport - et peut-être plus que jamais - pour démêler la confusion créée par l'abolition des visas : en séparant ceux pour le confort desquels le visa a été supprimé, de ceux qui auraient dû rester chez eux, qui n'auraient même pas dû songer à voyager. La situation actuelle, qui combine la suppression des visas d'entrée et le renforcement des contrôles d'immigration, a une signification hautement symbolique.

On peut y voir la métaphore de la nouvelle stratification qui est en train de se mettre en place. Elle met en lumière le fait que c'est l'"accès à la mobilité mondiale" qui constitue aujourd'hui le premier des facteurs de stratification. Elle révèle aussi la dimension mondiale de tout privilège et de tout désavantage, même au niveau local. Certains d'entre nous jouissent de la nouvelle liberté de se déplacer sans papiers. D'autres, pour les mêmes raisons, n'ont pas le droit de rester où ils sont.

Cette citation de Zygmunt Bauman, dans Le coût humain de la mondialisation, n'est pas liée à l'Union européenne.

Comment ne pas y voir pourtant une description parfaite de l'escroquerie européenne relative à la liberté de mouvements : le quidam est ravi de pouvoir aller "librement" à Rome, Berlin ou Madrid, sans papiers et sans opération de change. Il oublie d'une part qu'au nom de la lutte contre le terrorisme c'est la compagnie aérienne, s'il prend l'avion, qui lui demandera ses papiers. Il oublie d'autre part que la liberté dont il jouit est payée - par d'autres - d'une fermeture
renforcée des frontières, opérée de façon très discrète (qui connaît Frontex ?).


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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 21:52
Voici ce que proclame l'esprit de cette société : Si vous vous sentez mal, mangez !...

La condition consumériste est mélancolique, elle considère que se sentir mal c'est être vide, froid et plat, que c'est avoir besoin de se remplir de choses chaudes, riches et vitalisantes. Ces choses ne sont pas nécessairement de la nourriture, mais tout ce qui permet "de se sentir bien". Le chemin du salut passe par le fait de s'empiffrer - consomme et tu te sentiras bien !...

Comme autres symtômes on trouve également l'inquiétude, la manie des changements perpétuels, du mouvement, de la différence - être immobile c'est mourir... Le consumérisme est donc l'équivalent social de la psychopatologie de la dépression, et de ses deux symptômes contradictoires : la faiblesse générale et l'insomnie.

John Carroll, Ego and soul : a sociology of the modern west in the search of meaning

- Cité par Zygmunt Bauman, in Le coût humain de la mondialisation

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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 21:01
La pauvreté ne peut pas être "guérie", car elle n'est pas le symptôme de la maladie du capitalisme. C'est tout le contraire : elle est la preuve de sa bonne santé, l'aiguillon qui le pousse vers de nouveaux efforts, de nouvelles accumulations... Même les plus riches se plaignent de devoir renoncer à tant de choses... Même les privilégiés sont contraints d'être habités par la volonté de lutter pour acquérir encore plus...


Jeremy Seabrook, The race for riches : the human cost of wealth.
Cité par Zygmunt Bauman, in Le coût humain de la mondialisation

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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 00:05
Les cibles de l'antisémitisme possèdent de façon générale le statut sémantiquement déroutant et psychologiquement troublant d'étrangers à l'intérieur du pays, et se trouvant par là même à cheval sur une frontière vitale qui doit toujours être clairement définie et maintenue intacte, imprenable ; et l'intensité de l'antisémitisme risque fort de rester proportionnelle à l'urgence et à la violence du processus de délimitation et de définition des frontières. Très souvent, l'antisémitisme a été une manifestation de ce désir de veiller sur des frontières ainsi que des tensions émotionnelles et des préoccupations pratiques qui en découlent.

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste

De ce point de vue, la construction (d'un état) européen(ne) est une double poudrière : elle efface les frontières nationales tout en ne proposant aucune frontière extérieure stable.

Par ailleurs les inquiétudes ont l'air de se concentrer aujourd'hui sur la burqa plus que sur la kippa.
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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 00:00
"Des expressions telles que le caractère sacré de la vie humaine ou le devoir moral semblent aussi bizarres dans un séminaire de sociologie que dans les bureaux aseptisés et non-fumeurs d'une administration."

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste
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Samedi 4 juillet 2009 6 04 /07 /2009 18:42
"Le racisme se distingue par une pratique dont il fait partie et qu’il rationalise : une pratique qui combine les stratégies d’architecture et de jardinage avec celles de la médecine pour servir à l’élaboration d’un ordre social artificiel, et cela en éliminant les éléments de la réalité présente qui ne coïncident pas avec la réalité parfaite imaginée et ne peuvent être modifiés pour y parvenir. […] le racisme illustre parfaitement la conviction qu’une certaine catégorie d’êtres humains ne peut être incorporée dans l’ordre rationnel de la société."

Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste


Je trouve cette définition très féconde. On peut par exemple la mettre en parallèle avec les débats sur la burqua…

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Samedi 30 mai 2009 6 30 /05 /2009 17:35
"Les chefs d'entreprise français sont européens, parce qu'ils ont compris, à raison, que la remise en ordre et la "marchéisation" de l'économie française, si j'ose dire, se sont faites par l'Europe, grâce à l'Europe et à cause de l'Europe."

Pascal Lamy, "le modèle français vu d'Europe", Le Débat n°134, mars-avril 2005, p. 35
cité par F. Denord et A. Schwartz, in L'Europe sociale n'aura pas lieu


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Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /2009 12:11
"Après l'unité italienne, l'Italie du Sud a souffert beaucoup du contact et de la concurrence de la région du Centre et du Nord. Contrairement à ce que nous croyons trop souvent, l'Italie du Sud avait atteint, avant l'unité italienne, un degré d'industrialisation et de développement comparable et probablement même supérieur à celui du reste du pays. L'unité lui a porté un coup qui s'est traduit par une large émigration à l'intérieur de l'Italie unifiée et aussi vers l'extérieur, un coup que même les gens du Nord reconnaissent et auquel ils essayent maintenant de remédier. Pour obtenir le développement de la Sicile et de l'Italie du Sud, le gouvernement de Rome recrée précisément, depuis quelques années, un régime distinct qui supprime ou qui atténue le caractère absolu de l'intégration réalisée voici un siècle.

La situation est comparable dans d'autres pays.

Les États méridionaux des États-Unis se sont toujours plaints et se plaignent aujourd'hui encore d'avoir été défavorisés économiquement du fait de leur rattachement aux États du Nord.

En Allemagne même, qui a fait l'expérience d'un Zollverein, véritable précédent du Marché commun, bien que la Prusse, initiatrice et agent moteur de l'intégration, ait consenti de larges investissements en faveur des régions allemandes moins favorisées, les Wurtembergeois, les Bavarois ont dû émigrer en grand nombre vers les Amériques.

Au surplus, si, à l'échelle d'un siècle et en ne considérant que l'ensemble de l'économie allemande, le Sud et le Nord confondus, si le Zollverein a été un élément d'expansion, n'oublions pas qu'il a pu porter ses fruits parce qu'un État dominateur, principal bénéficiaire de la réforme, a fait la loi aux autres États dominés. En ce sens, c'est un précédent qui ne comporte pas que des aspects plaisants."

Pierre Mendès-France, 18 janvier 1957


Avant de devenir une sorte de papi gâteau révéré par tout ce qui pense bien, Mendès a été un politique de haut niveau intellectuel, qui savait poser les problèmes dans toutes leurs dimensions.  Ici, il justifie son vote Non au Traité de Rome, avec des arguments qui demeurent d'une criante actualité : n'entend-on pas partout qu'il faut accroître le budget européen pour sortir de la crise ?

L'Union  européenne ouvre la voie à une concentration de pouvoirs au bénéfice d'une institution qui privilégie systématiquement les grands groupes sur les opinions.



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Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 09:42
...Mitterrand avait cru trouver une échappatoire en jouant l'Europe : puisque le modèle français était condamné, il a voulu construire à un échelon européen une nouvelle synthèse du libéralisme et de l'Etat fort. Faire une Europe française en quelque sorte. Dans les années 80, le projet européen a été le grand espoir de la société française. Mais il se trouve que le projet a échoué : l'Europe telle qu'elle s'est développée n'est pas française, on peut même dire qu'elle est anti-française, tout simplement parce qu'elle reflète la réalité d'un monde qui va spontanément à rebours de notre héritage historique.

Le désenchantement qui s'en est suivi vis-à-vis de l'Europe a été spectaculaire. Depuis personne n'a fait l'effort de reprendre le problème à la racine. Jospin, qui semblait l'avoir compris, n'a pas osé. Ségolène Royal est pasée à côté...


Marcel Gauchet, interrogé par Libération aujourd'hui.


Message à tous les lecteurs-commentateurs qui m'ont glissé que "sortir de l'Europe j'en rêve, mais en secret", que les français "ne sont pas mûrs"... Sortir de l'Europe n'est pas une fin en soi, mais je n'imagine pas qu'un programme de sortie de crise puisse passer la barre des critères de Maastricht et du Traité de Lisbonne en général. Donc il faudra en sortir parce que les solutions à la crise - par exemple une taxe de libre échange - exigeront d'en passer par là.

Marcel Gauchet, encore : "il ne faut pas sous-estimer la prise de conscience par les individus des contradictions et de l'impasse dans laquelle ils sont. Les gens ne sont pas stupides, ils voient bien que quelque chose coince."

*

S'abstenir en juin prochain, c'est envoyer un message très clair : nous savons que l'Europe n'est pas une solution, c'est un problème, nous exigeons des solutions effectives, pas du bourrage de crâne et du pipeau.

Voter en juin c'est envoyer un message très clair : continuons sur la voie européenne à chercher des solutions - bidons.



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Dimanche 26 avril 2009 7 26 /04 /2009 15:02

"La démocratie libérale, vis-à-vis de l'économie capitaliste, est, du moins potentiellement, un Janus à deux visages : alors même qu'elle encode, reflète et légitime les relations sociales capitalistes, elle leur résiste, les contre et les tempère dans le même mouvement.

Plus simplement, la démocratie libérale a ouvert, au cours des deux derniers siècles, une modeste brèche éthique entre économie et politique. Même si la démocratie libérale fait siennes nombre de valeurs capitalistes (les droits de propriété, l'individualisme, les postulats hobbesiens qui sous-tendent tout contrat, etc.), la distinction formelle qu'elle établit entre les principes moraux et politiques d'une part et le système économique de l'autre a également servi de rempart contre l'horreur d'une vie intégralement régie par le marché et mesurée par ses valeurs."

 

Wendy Brown, Les habits neufs de la politique mondiale, néolibéralisme et néoconservatisme, Editions Les prairies ordinaires.

 

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Dimanche 26 avril 2009 7 26 /04 /2009 14:21
"Si la rationalité libérale met le marché au premier plan, elle n'est pas seulement - et n'est même pas d'abord - centrée sur l'économie ; elle consiste plutôt dans l'extension et la dissémination des valeurs du marché à la politique sociale et à toutes les institutions, même si le marché conserve sa singularité.

[...]

Le néolibéralisme est un projet constructiviste : pour lui, la stricte application de la rationalité économique à tous les domaines de la société n'est pas un donné ontologique ; il oeuvre donc, comme on va le voir, au développement, à la diffusion et à l'institutionnalisation de cette rationalité. [...] L'Etat ne doit pas seulement s'intéresser au marché, il doit penser et se conduire comme un acteur du marché, et ce dans toutes ses fonctions, y compris la fonction législative."


Wendy Brown, Les habits neufs de la politique mondiale, néolibéralisme et néoconservatisme, Editions Les prairies ordinaires.
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Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /2009 21:24

Il y a très très longtemps, j'avais vu le film Sacco et Vanzetti. Je me souviens d'une phrase que j'ai toujours en tête, de Sacco, extraite d'une de ses lettres :

"n'oublie jamais, mon fils, le bonheur simple des jeux d'enfant".

Elle m'a toujours parue magnifique de simplicité.

Cherchant à la retrouver, et n'ayant pas le film sous la main, je suis tombé sur un site universitaire qui contient l'intégralité des lettres des deux anarchistes condamnés à mort.

La phrase la plus proche que j'aie pu trouver, à coup de recherche par mots clés, est la suivante, plus complexe que la traduction simplifiée que j'ai en tête. Elle se trouve dans l'une de ses dernières lettres :

...remember always, Dante, in the play of happiness, don't you use all for yourself only, but down yourself just one step, at your side and help the weak ones that cry for help, help the prosecuted and the victim, because that are your better friends; they are the comrades that fight and fall as your father and Bartolo fought and fell yesterday for the conquest of the joy of freedom for all and the poor workers. In this struggle of life you will find more love and you will be loved.

Tentative de traduction :

"n'oublie jamais, Dante, au milieu du bonheur de tes jeux, de n'en pas tout conserver, de te pencher à tes côtés et d'y aider les plus faibles qui cherchent du soutien, d'aider les persécutés et les victimes, car ce sont tes meilleurs amis ; ce sont les camarades qui combattront et tomberont à tes côtés, comme ton père et Bartolo [Vanzetti] combattirent et tombèrent hier pour conquérir la joie et la liberté pour tous y compris les plus pauvres travailleurs. Au beau milieu de ce combat vital, tu trouveras plus d'amour et tu seras aimé."

 

 

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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /2009 05:51
"je suis le dernier des grands présidents...(...) Enfin, je veux dire le dernier dans la lignée des de Gaulle. Après moi, il n'y en aura plus d'autre en France... A cause de l'Europe..."

François Mitterrand, cité par Georges-Marc Benamou, in Le dernier Mitterrand


Amusant que dans son livre mal ficelé consacré à expliquer le mystère de la nullité sarkozyenne, Todd n'ait même pas évoqué cette explication toute bête : le président de la République française devient un personnage mineur, un bouffon structurel, car il est censé être souverain tout en étant dépossédé de tout instrument de politique monétaire, de politique de change, sa politique budgétaire est sous surveillance... Bref, il est condamné à divertir les foules et faire illusion, ce qui peut suffire à user n'importe qui.

Todd ne peut même pas évoquer cette explication, comment expliquerait-il à ses lecteurs qu'il a un projet protectionniste qui redonnerait au président de la république une épée en carton, alors qu'il avait auparavant toute une panoplie d'instruments dont l'Union l'a dépossédé. Allez Todd, lisez Benamou...
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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /2009 20:07
"La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. [...] Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort. Apparemment.

[...] Oui, ils sont très durs les américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde... Vous avez vu, après la guerre du Golfe, ils ont voulu tout contrôler dans cette région du monde. Ils n'ont rien laissé à leurs alliés. [...]

Il ne faut pas se laisser faire, il ne faut pas se laisser impressionner.
"

François Mitterrand, cité par Georges-Marc Benamou, in Le dernier Mitterrand


Pas bête Mitterrand, et certainement informé. N'a juste pas vu que l'une des formes les plus achevées de cette guerre invisible est l'Union européenne...
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