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Dimanche 30 mars 2008
Il y a les livres que l'on lit le temps d'un trajet, les polars qu'on avale sans faim pour les oublier deux jours après les avoir dévorés, et puis il y a les livres qui marquent une étape.

Avec Un sac de billes, lu jeune, j'ai appris qu'on pouvait à dix ans se trouver seul au monde. Avec le Frédéric II de Benoist Méchin j'ai le souvenir d'avoir découvert l'histoire comme théatre d'affrontements mortels. Les débats métaphysiques et la place qu'ils peuvent tenir dans une vie, c'est la Montagne Magique qui m'en a donné l'idée. Le sentiment du tragique et de la contingence, c'est dans Camus, La Peste et la Chute.

Il y en a d'autres. Mais Vie et Destin s'ajoutera sans doute aux tous premiers rangs. Avec lui, j'enterre définitivement, je crois, l'idée qu'il y ait la possibilité quelconque d'un salut dans la politique.

Vassili Grossman offre, sur 1200 pages, une fresque extraordinaire autour de la bataille de Stalingrad. Un peu comme dans une série américaine (sic), il nous entraîne à suivre des personnages, tous unis de façon plus ou moins proche par des liens familiaux, qui sont détenus dans un camp allemand, ou engagés dans l'armée russe, ou civils essayant de survivre au jour le jour, ou bien physicien en vue en proie à des soupçons politiques, bref, une foison de personnages (on s'y perd parfois, et on peut presque lire le livre crayon en main pour se faire une topogaphie de qui est relié à qui).

Cette construction foisonnante est extrêmement maîtrisée et sert à mettre en scène une identité profonde entre les idéologies communiste et nazie. Non pas dans leurs buts, ouvertement agressifs dans le nazisme, plus positifs dans l'intention comuniste, mais dans leur fonctionnement concret.

Se limiter à cela serait cependant se fourvoyer à mon sens. Ce que Grosmman retient de sa vie, c'est sans doute la vanité absolue des idéologies et des théories politiques.

"- Ah, ça suffit ? reprit, sur un ton de menace plaisante, Madiarov. Non, cela ne suffit pas ! Tchekhov a fait entrer  dans nos consciences toute la Russie dans son énormité ; des hommes de toutes les classes, de toutes les couches sociales, de tous les âges... Mais ce n'est pas tout ! Il a introduit ces millions de gens en démocrate, comprenez-vous, en démocrate russe. Il a dit, comme personne ne l'avait dit avant lui, pas même Tolstoï, il a dit que nous sommes avant tout des êtres humains ; comprenez-vous : des êtres humains !
Il a dit que l'essentiel, c'était que les hommes sont des hommes et qu'ensuite seulement, ils sont évêques, russes, boutiquiers, tatares, ouvriers. Vous comprenez ? Les hommes sont bons ou mauvais non en tant que Tatares ou Ukrainiens, ouvriers ou évêques ; les hommes sont égaux parce qu'ils sont des hommes.
"

 Pas plus le christianisme, dévoyé en culte formel, que le communisme ou le nazisme ne trouvent grâce à ses yeux. Il rejette toute pensée qui ferait de l'homme une chose, une variable, un point comparable à une infinité d'autres points. Ce qu'il écrit sur le fascisme est valable à mon sens pour toute théorie de l'homme abstrait, y compris d'ailleurs le règne de l'homo economicus :

"Il y a une ressemblance hideuse entre entre les principes du fascisme et les principes de la physique moderne. Le fascisme a rejeté le concept d'individu, le concept d'homme et il opère par masses énormes. La physique moderne parle d'une plus ou moins grande probabilité des phénomènes dans tel ou tel ensemble d'individus physiques.

Le fascisme ne se fonde-t-il pas, dans sa terrifiante mécanique, sur les lois d'une politique quantique, sur une théorie des probabilités politiques ?

Le fascisme a décidé d'exterminer des couches entières de la population, d'ensembles nationaux ou raciaux , en partant de l'idée que la probabilité de conflits ouverts ou cahcés était plus grande dans ces ensembles que dans d'autres ensembles humains. La mécanique des probabilités et des ensembles humains.

Mais non, bien sûr ! Et le fascisme périra justement parce qu'il a cru pouvoir appliquer à l'homme les lois des atomes et des pavés."

Grossman est un penseur profondément humain, confiant en l'existence d'une bonté individuelle, inexpliquée, ne répondant à aucun discours, mais toujours présente. Sans doute cette confiance explique-t-elle qu'il confia lui-même le manuscrit de son roman à la censure en 1963, espérant sans doute une autorisation de paraître fort improbable en cette époque encore éloignée de la perestroika.

C'est un penseur et un romancier, un grand écrivain - la traduction est, à mon sens, excellente. C'est aussi un journaliste qui a accumulé une grande documentation sur son sujet : dès le milieu de la guerre, il a fait partie d'un groupe d'écrivains chargés de recueillir le témoignage des exactions nazies. Ceci explique qu'aussi bien dans les camps d'extermination allemands, dans les camps de prisonniers ou que dans un camp d'internement russe, l'ouvrage revêt un caractère documentaire impressionnant.

Le lecteur se souviendra longtemps de la maison 6b à Stalingrad, et de ses occupants marquants.

Il y a tout du grand roman dans Vie et Destin : une forme superbe, un fond poignant, une ampleur rare.

Je suggère aux futurs acheteurs de s'offrir peut-être directement ses Oeuvres, en collection Bouquins. A peine refermé j'ai acheté en effet ses notes de guerre et Tout Passe, c'est un auteur qu'on a du mal à quitter...

Un dernier extrait, dans un QG à Stalingrad, en plein coeur de la bataille :

"La jeune fille n'osait pas regarder
[le général] Zakharov , craignant une explosion de colère, son caractère difficile et emporté était connu de tous. Mais soudain elle s'écria, joyeuse :

- le voilà, je vous en prie, camarade général ; et elle lui tendit l'écouteur.

Au bout du fil se trouvait le chef d'état-major de la division. Tout comme la jeune fille, il prit peur en entendant la respiration haletante et la voix impérieuse du chef d'état-major du groupe d'armées.

- Alors, qu'est-ce qui se passe ? Rendez compte. Avez-vous une liaison avec Tchouïkov ?

Dans son rapport, le chef d'état major de la division relata l'incendie des réservoirs, le torrent de feu qui s'était jeté sur le Q.G. de l'armée ; il informa que la division n'avait aucune liaison avec Tchouïkov, que selon toute apparence il y avait des survivants, car on devinait, à travers les flammes et la fumée, la présence d'hommes sur un monticule au bord du fleuve ; mais on ne pouvait les approcher ni par la rive ni en barque, car la Volga était en feu. Batiouk était parti avec la section de défense rapprochée en direction de l'incendie, pour tenter de détourner le pétrole en flammes et d'aider les hommes sur la rive à se sortir du feu.

A la fin du rapport, Zakharov prononça :
- transmettez à Tchouïkov... Si vous le trouvez en vie, transmettez à Tchouïkov...
Zakharov se tut.

La jeune fille, étonnée par le long silence du général et s'attendant à des éclats de voix, jeta un regard craintif dans sa direction ; il essuyait ses larmes avec un mouchoir.

Cette nuit-là, quarante officiers de l'état-major périrent par le feu dans leurs abris effondrés.
"











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Jeudi 21 février 2008
catcher2.jpgMe voilà touché à mon tour. J'avais acheté ce livre après avoir lu plusieurs personnes qui expliquaient combien ce livre les avaient touchées.  J'ai aimé donc suivre  Holden Caulfield, cet ado de 16 ans en situation d'échec scolaire comme on dirait aujourd'hui. Il m'a rappelé un peu le Adrian Mole de Sue Townsend, l'enfant sage de Jean-Denis Bredin (ce qui est paradoxal car le personnage de Bredin est un excellent élève. Mais je leur ai trouvé la même difficulté à établir un rapport de confiance avec leurs proches).

On suit Holden dans un espace de temps très bref, mais qui permet de revenir sur pas mal d'épisodes de sa vie. Il y aurait de quoi écrire très longuement sur lui, et sur Salinger.  J'ai juste noté de très belles choses sur la  découverte du temps qui passe et la sortie de l'enfance comme éternel présent.

Je préfère, parce que j'adore, et faire de petites traductions et noter des citations, citer deux paragraphes que j'ai bien aimés :

"entre autres, tu découvriras que tu n'es pas la première personne à être perplexe, effrayée ou même écoeurée par l'humanité. Tu es très loin d'être seul dans cette situation, tu seras stimulé et excité de le découvrir.  Des tas de gens ont été perturbé moralement et spirituellement autant que tu l'es. Pour notre plus grande chance, certains ont témoigné de ces troubles. Si tu le veux, tu apprendras d'eux. Tout comme aujourd'hui, tu découvriras que si tu as quelque chose à offrir, cela pourra être enrichissant pour quelqu'un.  C'est un échange mutuellement enrichissant. Et ce n'est pas de l'éducation.  C'est l'histoire. C'est la poésie."


C'est marrant. On ne devrait jamais raconter ses souvenirs à quelqu'un. Dès qu'on le fait, on commence à regretter le temps passé.



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Lundi 18 février 2008
niais.jpgUn bon recueil de pastiches en un chapitre, par l'auteur du Gay Vinci Code. Le tout forme un pseudo-polar à l'intrigue prétexte.

Même si l'ensemble est un peu décousu, il y a quelques moments de franche rigolade - surtout pour les auteurs que j'ai vaguement lus. Les chapitres sur BHL et Fred Vargas sont excellents.

Par exemple, Denis-Henri Lévy, écrivain germanopratin, a franchi la Seine le temps du chapitre Barbès Vertigo. N'écoutant que son courage il prend une chambre d'hôtel pour enquêter sur les confins de la rive droite, en plein coeur de Barbès donc :

"A la réception, une énorme femme noire était en train d'assortir la couleur de ses ongles à celle de ses lèvres.
- Qu'est-ce qu'il me veut ? me demanda-t-elle en gonflant la bulle d'un impressionnant chewing-gum fluo.

Un bref instant, j'eus envie de la gifler au nom du respect dû aux explorateurs du possible. Mais je songeais à ce qu'aurait fait Althusser à ma place et je me retins.

- Une chambre, articulai-je humblement en signe d'amitié. [...]
Malgré tout ce qui nous séparait, je me sentais infiniment proche d'elle. Proche aussi de ses nombreux petits frères, ses brothers, condamnés à la chaise électrique dans les couloirs de la mort. Comme eux j'attendais dans un corridor mal éclairé, sans même un siège pour m'asseoir."

Plus loin, Adam Seberg, enquêteur tenace, flanqué de son adjoint Glandard, fait un voyage à la thanatonaute pour chercher une fille de milliardaire qui vient d'être écrasée. Il s'adresse donc à un archange :

"Clara McCullingham, vous l'avez dans vos listes ?

- la fille du scientifique milliardaire McCullingham demanda l'archange en levant enfin ses yeux bleux Volvic dans leur direction.

- Elle est morte il y a quelques heures, expliqua Glandard. Elle ne devrait pas être très loin dans la file.

- Vous êtes sûrs qu'elle est ici ? Vue la fortune de son père, elle peut très bien avoir choisi de mourir dans le privé...

- Comment ? s'exclama Glandard. Il existe une mort privée ?

- C'est l'Europe qui veut ça, expliqua l'archange gardien en hochant la tête. Dans les services, la concurrence doit être totale et non faussée...

- Quoique immensément riche, cette jeuene femme a toujours été attachée au service public, rectifia Seberg. Et elle lisait Politis alors je n'imagine pas une seconde qu'elle ait pu envisager de passer l'éternité avec les nantis."





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Vendredi 23 novembre 2007
fouquet-s.jpgD'habitude je n'écris rien sur les livres que je n'aime pas. Mais par charité chrétienne je voudrais éviter à mes lecteurs  de perdre trois quart d'heure à parcourir ces  quelques 122 pages écrites en gros caractères.

On a l'impression, au fil des pages, qu'il s'agit pour Chemin et Perrignon d'écoeurer le lecteur par une description des fastes de l'entourage sarkozyen.  C'est assez vain, car après tout les français ont élu le maire de Neuilly sur Seine comme président de la République, et décrire les invités d'une réception  abandonnant leur "flûte de champagne millésimé à demi pleine" sans attendre le "plateau de mignardises", ne dit rien du sarkozysme qui s'annonce. Surtout quand les auteures s'attardent à décrire les amies de Cécilia Sarkozy comme de "vraies" amatrices de luxe (est-ce une façon de leur conférer ainsi une légitimité grâce à des attributs "d'authenticité" ?)

Au milieu de tout cela, rien sur Sarkozy, et les trois heures de torture qu'il a passées après les résultats de l'élection en attendant Cécilia, qui sont le coeur du livre, finissent presque par nous le rendre sympathique. On apprend juste qu'il n'y a pas que de chouettes copains dans l'entourage de Nico, que Bouygues et Bolloré se détestent, et que Sarko a parlé de Parisot comme d'une "conne". Il aurait pourtant été amusant de creuser les liens de Sarko et de Paul Desmarais (administrateur de Suez, dont Sarkozy pilote le rapprochement avec EDF...) ou autres liaisons dangereuses.

Bref, un coup d'édition vite fait, sans doute commandé pour concurrencer le Reza, très dispensable... La seule chose qui me console c'est que je ne l'ai pas acheté, il m'a été prêté sans doute par un ami qui me voulait du mal !



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Mercredi 7 novembre 2007
iegor-.jpg
Chaque année, c’'est la même histoire : à fin août, l'’écrivain français est heureux. Le reste de l'’année, il a des phrases à écrire, des chapitres à boucler, mais là, à fin août, quand son roman de la rentrée est sur la rampe de lancement, pas encore chez les libraires mais déjà imprimé, il plastronne comme un Hercule, il scintille comme un miraculé. Bientôt il
moissonnera les articles qui parleront de son livre, car il en aura, son éditeur a des relations. Il ne pense pas au Goncourt, l’écrivain français, et il a tort. Il s'imagine que le Goncourt c'est pour les autres, jamais pour lui. Il se croit au-dessus du lot. Quel prétentieux !

Je lis trop peu de romans, mais celui-ci m'avait attiré par son style acide (cf. les premières lignes reproduites ci-dessus, on trouve même les trois premières pages sur le site d'un éditeur de livres numériques). On suit pendant deux mois les affres d'un écrivain qui redoute la croix du Goncourt, passeport vers l'oubli (les dix premiers lauréats : Nau, Frapié, Farrère, Leblond, Pergaud, Châteubriant, Tharaud, Savignon, Moselly, Elder, Miomandre, Benjamin... La liste de ceux qui ne l'ont pas eu est aussi impressionnante - Camus, Aragon, Gide, Giono, Claudel)

Iegor Gran n'est pas dans la dénonciation, il ne s'agit pas de révéler le dessous des cartes. On devine bien quelques personnages réels derrière ceux que l'on rencontre, mais ce n'est pas l'objet. C'est juste l'équivalent littéraire d'une vanité, avec beaucoup d'humour. En cette saison, à redécouvrir.



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Mardi 16 octobre 2007

volpi-copie-1.jpg

Ce livre est une oeuvre de fiction. Toute ressemblance avec la réalité est à imputer à celle-ci.
Un livre qui commence comme ça ne peut pas être mauvais.

Un petit voyage en mai 1968, et retour, dans ce livre sympathique donc, d'un auteur mexicain qui a vécu à Paris. On y suit les aventures d'Anibal Quevedo, psychiatre mexicain égaré chez nous, lors du printemps où les pavés ont volé.

On rencontre donc, à sa suite, Lacan, Barthes, Althusser et Michel Foucault, plus quelques étudiants excités. Cette première partie est bien menée et permet quelques retours historiques sur les surréalistes - les racines du mal, le contexte de 1968. C'est presque pédagogique parfois, mais bien fait, avec une alternance de phases de récit et de parenthèses didactiques. Volpi a dû recueillir une documentation considérable. Par exemple, à propos de Lacan, l'histoire de Didier Anzieu, psychiatre analysé par le maître, qui découvre par hasard que sa mère a fait l'objet du cas le plus célèbre dans la thèse de Lacan lui-même, est incluse dans deux ou trois pages bien enlevées.

Ensuite, Quevedo poursuit sa traversée de la révolution pour se rendre à Cuba et au Chili, début des années 70. Là c'est la vraie révolution, celle qui se joue les armes à la main. Pas de combat cependant, Quevedo n'est pas un militaire, ni un autre Che, il reste psychanalyste, reconnu même puisque le voilà analysant le lider maximo.

Fidel est un fauve, un lion dans une grande cage et son analyse est comique. Quevedo raconte :
"je vous dis de vous allonger". Il n'eut pas à me le répéter une troisième fois. Je me levai de la bergère qu'il m'avait destinée en début de séance et allai m'étendre sur l'alignement de sièges en osier. C'est là une variante inédite de la technique psychanalytique : pendant que le patient marche de long en large dans la pièce, l'analyste reste tranquillement couché sur un divan improvisé.
Le livre est ainsi souvent ironique, grinçant, drôle, et toujours sympathique avec ses personnages.

Progressivement, on bascule dans une deuxième partie. Les héros vieillissent, s'embourgeoisent et Quevedo devient un progressiste mexicain, opposant au parti unique. On découvre
(mea culpa) que le Mexique aussi a été et est encore l'objet de conflits politiques durs, que, presque seul, le nom du Chiapas ramène de temps à autre dans l'actualité.

Cette partie est peut-être un poil trop longue, ou parsemée de trop d'allusions à l'actualité mexicaine pour qu'on y prenne autant goût qu'à la première. Ca reste quand même bien écrit et intéressant.

Bref, Volpi a rempli son contrat avec "la fin de la folie". J'avais peut-être légèrement préféré "A la recherche de Klingsor". Celui-ci était consacré à la recherche d'un ancien nazi parmi les physiciens ayant travaillé à des recherches nucléaires pendant la deuxième guerre mondiale. Comme dans la Folie, l'intrigue était une invitation à découvrir des figures fortes, en entremêlant leur carrière, leurs idées, et leur quotidien le plus trivial.

Les deux bouquins restent à la fois très lisibles et brillants, stimulants.







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Lundi 17 septembre 2007
diner-fant--me.jpgUn rangement de chambre me permet de remettre la main sur les petits livres de Jacques Duquennoy (cf. article sur lui dans Lire).

Je ne saurais assez les conseiller à tous les parents, ceux qui ont un cadeau à faire à des 5-8 ans, ou même aux admirateurs de dessins pour enfants.

C'est très poétique et un peu loufoque à la fois, avec un léger suspense qui intrigue les enfants, vraiment, pour mieux les rassurer. Et c'est du coup un plaisir à raconter le soir - en plus pas trop long quand même...

Toutes les aventures d'Henri le fantôme et de ses compères sont à recommander.


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Vendredi 20 juillet 2007
Un très court roman, plutôt une nouvelle, intéressante, même 16 ans après sa parution.
Pour la forme, c'est une sorte de happening à la Stefan Zweig : une situation improbable (au sens propre), mais qui illustre un dilemme ou une situation de pensée délicate.

Ici, il s'agit de la rencontre, trente ans après, de deux anciens collègues de travail, un écrivain antifasciste et un antisémite forcené (recyclé dans le néolibéralisme).

Pilhes y défend, au fond, une position juste : on peut critiquer les excès d'Israël contre les palestiniens sans, pour autant, être antisémite.

L'intrigue est mince mais, comme c'est court, on ne s'ennuie pas. Ca pourrait même être un tantinet plus court si les multiples interludes destinés à faire "couleur locale" avaient été élagués. Tout y passe, le Lagavullin, les recettes provençales... Ca finit par lasser ces clichés...



(dernier billet sauvé de l'oubli)
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Jeudi 19 juillet 2007
goldin.jpgUn livre de photographies magnifiques.

Nan Golding a pris le parti de tout montrer : des enfants qui jouent, des amis qui s'enculent (pardon), un soir de lune.

Le tout avec une maîtrise technique qui n'écrase jamais l'essentiel des sentiments humains. Du coup on envie la force et la chaleur des sentiments qui transparaissent entre la photographe et ses sujets. On s'effraie aussi parfois de la place qu'elle occupe, directement dans la chambre à coucher ou la salle de bains. Intrigant et superbe...



(encore un billet rescapé de mon vieux blog)
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Samedi 11 novembre 2006
Suite à la lecture d'un Adrian Mole pas mal, j'ai lu number 10. Sue Townsend y pastiche un Tony Blair (rebaptisé Edward Clare) en fin de premier mandat, un peu désappointé par sa baisse de popularité (en 2003, déjà). Pour renouer avec le peuple, il passe une semaine incognito, accompagné d'un bobby désigné pour l'occasion et destiné à l'introduire aux soucis du commun des mortels.

Sans que la satire soit féroce - le ton, plutôt bienveillant, fait souvent penser à du David Lodge - les travers du blairisme sont maintes fois écorchés : souci du slogan avant tout, absence de corpus politique de référence menant à l'opportunisme, souci des statistiques et de l'efficacité sur le papier plutôt que prise en compte du quotidien des électeurs... Toute ressemblance avec des candidats français...

Autre élément bien vu : comme dans le livre de Jean-Denis Bredin, Un enfant sage, que j'avais beaucoup aimé, Sue Townsend invente un personnage dont le malheur est d'être un enfant grandi trop vite, autour de blessures fortes mal digérées (mort précoce de la mère pour Blair). Ces enfants, s'ils deviennet des politiques, passeraient ensuite leur vie à ne pas résoudre leurs problèmes tout en faisant semblant de résoudre les nôtres, sans vouloir jamais admettre que c'est peut-être eux qui auraient d'abord besoin de soins... Une idée à creuser...

Un bon bouquin , qui offre une promenade dans le Royaume-Uni d'aujourd'hui, à travers les hôpitaux saturés et les conseillers en com un peu allumés.

Un bouquin apparemment pas traduit en français, et c'est dommage car sans être un chef d'oeuvre, ça se lit avec grand plaisir.
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Vendredi 13 octobre 2006
Un grand bouquin, de petite taille, qui s'est d'ailleurs fort bien vendu puisque mon exemplaire fait déjà partie de la troisième édition.

Un livre décomplexant pour les amateurs de photo qui trouveront là un inventaire assez complet des travers de la photo pas réussie. Pas réussie parce qu'une photo n'est jamais vraiment ratée et les commentaires ironiques, dérisoires et tendres de l'auteur tendent à prouver que le premier défaut de tout photographe amateur est la complaisance, ou l'ardeur, qui lui fait aimer absolument toutes ses photos sans distinction.

C'est savoureux car l'auteur commente ses photos déplorables avec le même mélange de sérieux, de ridicule et de mauvaise foi, de Josyane Savigneau commentant le dernier ouvrage de Philippe Sollers. A ce sujet, ne pas offrir à un mauvais photographe se croyant bon et manquant d'humour, les dégâts seraient probablement irréparables.

Le manuel n'est pas cependant qu'une pochade, car il rappelle aussi qu'il y a un très grand nombre de façons de rater une photo. La photographie est donc bien un sport de combat, contre l'arrière plan inintéressant, la lumière mal répartie, le bougé, la dispersion, l'insignifiance...

C'est donc aussi a contrario un livre à la gloire de la photo réussie - très intelligement exclue totalement de l'ouvrage.

Pour l'occasion, j'offre une de mes photos ratées :



preuve que Thomas Lélu a raison, je l'aime bien finalement cette photo...

 

 

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Lundi 6 février 2006















Un livre titré Photographies de Personnalités Politiques, superbe. Aux antipodes des Partenariats Public-Privé qui sont la pointe de la modernité, il s'agit là d'hommes, de pouvoir, et de responsabilité individuelle - je ne sais pas si c'est un fait exprès, mais j'aime que ce PPP résonne comme un contrepoint à ces contrats de dissolution de la puissance publique.

Depardon a un génie du moment, de l'attitude révélatrice d'une personnalité, une fascination évidente pour les grands hommes. En plus, ses commentaires permettent de comprendre, à travers l'attitude du sujet politique face au photographe, la personnalité de l'homme politique : monarque lointain sous de Gaulle, sympathique voisin pour VGE, extraordinairement ambigü pour Mitterrand, insaisissable pour Chirac.

J'ai beaucoup aimé une photo en particulier. Mitterrand, dans un avion, est entouré de quatre admirateurs dont chacun semble pénétré de l'idée qu'il a un échange profond avec le Président. Lui, au milieu, a un sourire à la fois flatté et ironique, qui montre qu'il en faut plus pour l'impressionner que ces quatre conversations simultanées - à l'opposé, une photo avec Jospin le montre bien plus attentif.

Un superbe livre, magnifiquement maquetté.

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Jeudi 5 janvier 2006
J'avais lu quelques critiques du Number 10 de Sue townsend, très encourageantes, et faute de le trouver en librairie, j'ai commencé la série des Adrian Mole par le dernier tome paru (sur 7). Adrian, qui a commencé sa carrière littéraire à 13 ans ¾, a maintenant 35 ans, et pleins de problèmes : un fils qui part faire la guerre en Irak, une petite amie insupportable, des parents vieillissants...

Ca ressemble à un journal de Bridget Jones qui serait écrit au masculin (par une femme au passage), croisé d'un humour à la David Lodge. C'est donc tout à la fois drôle et plein d'empathie pour les personnages, touchant, parfois poignant, avec, à peine dissimulée, une critique du cynisme de l'Angleterre de Tony Blair.

Très recommandable donc !

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