<![CDATA[La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses]]> http://www.lalettrevolee.net/ fr over-blog.com RDF 1.0 Generator admin@over-blog.com 2009-07-10T01:30:05Z <![CDATA[Petit fait vrai]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33653420.html fr 2009-07-10T01:30:05Z <![CDATA[L'euro qui plombe nos exportations...]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33506603.html C'est un papier du Financial Times ce matin (exporters squeezed by euro strength). Un graphique éloquent est joint, qui met en parallèle la montée de l'euro et la baisse des exportations de la zone euro. En conséquence, nos exportateurs se battent pour ouvrir des usines directement dans la zone dollar, accueillis là bas par des aides publiques, ce qui est fort bien pour leurs comptes mais pas pour nos emplois (comme le rappelait Lionel Stoleru récemment). Dans le même temps, leurs usines en zone euro sont considérablement downsizées et restructurées. La BCE a peut-être réussi dans la crise (au sens où l'euro a tenu ?), en tout cas sa politique de non-gestion du taux de change de l'euro nous grille à petit feu, et vaut à la zone euro d'excellentes places dans tous les palmarès de la plus faible croissance économique. Y-a-t'il un économiste au PS qui prendra position sur ce sujet un jour ? L'Union européenne ne nous rend pas plus forts, elle nous englue... ]]> fr 2009-07-06T18:43:56Z <![CDATA[Sur le Honduras]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33464219.html fr 2009-07-05T16:12:02Z <![CDATA[Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33454137.html Ce livre défend une thèse que l'on peut ainsi simplifier : le mal nazi a été porté individuellement par des gens banals, et collectivement par une société très évoluée. Bauman, tirant une conclusion de ce constat, souhaite que la sociologie s'empare et se sente concernée, questionnée, par les crimes nazis : le mécanisme d'extermination mis en place par les nazis l'a été de façon rationnelle et planifiée, moderne, par des ingénieurs hautement qualifiés (voir le film de Costa-Gavras, Amen). Ce que Bauman veut mettre en évidence c'est que les « débordements » nazis sont une possibilité permanente, une bifurcation pas si improbable, de toute société qui a fait de la rationalité scientifique une valeur cardinale. Mieux, l'organisation même de la société moderne renforce les possibilités de telles horreurs : « c'est l'esprit de rationalité instrumentale, avec sa forme bureaucratique moderne institutionnelle, qui rendit les solutions de type Holocauste non seulement possibles mais éminemment raisonnables et augmenta la probabilité de leur choix. Cet accroissement de la probabilité a un lien plus que fortuit avec la capacité de la bureaucratie moderne à coordonner l'action d'un grand nombre d'individus d'une moralité irréprochable dans la poursuite de n'importe quel but, même immoral. » * Bauman conteste donc toute idéologie qui tendrait à établir que les atrocités nazies sont liées à une insuffisance de civilisation et de rationalité. C'est une sorte de pavé dans la mare de tout progressisme, quel qu'il soit (Bauman cite le marxisme, la psychanalyse, le rationalisme de Max Weber...) La plus grande partie de l'ouvrage illustre et reprend tous les points nécessaires à sa démonstration. Il convient selon lui d'éviter le double écueil consistant à faire des massacres de la période quelque chose de totalement exceptionnel et unique (lié à la germanité ou à la destinée du peuple juif), ou, en sens contraire une guerre parmi d'autres, simplement un peu plus violente. Il faut donc considérer, par exemple, que les agissements des nazis étaient compatibles avec une logique de l'honneur et de l'obéissance, du devoir bien rempli, qui pouvait permettre à des milliers de participants à des tâches plus ignobles les unes que les autres de poursuivre en toute bonne conscience. Notamment parce que la « participation » au projet d'extermination était souvent fort abstraite : comme l'écrit Raul Hillberg, cité par Bauman, la plupart des fonctionnaires nazis pouvaient « annihiler tout un peuple en restant assis à leur bureau ». De longs et intéressants développements sont consacrés à l'analyse de la bureaucratie et au processus de division des tâches qui font que l'ouvrier qui construisait des bombes au napalm au moment de la guerre du Vietnam n'avait pas conscience de participer à l'assassinat des bébés qui allaient mourir sous ces bombes - exemple donné par Bauman, qui étend ses analyses à d'autres périodes que le nazisme. Un autre point de l'argumentation consiste à établir que l'antisémitisme n'est pas la seule cause des exactions nazies - comme le montre également film Amen, les nazis ont très tôt testé les techniques de gazage sur des populations allemandes de handicapés. C'est un désir de perfection maladif, une sorte d'hubris du pouvoir qui est fondamentalement en cause à l'époque nazie, et reste une tentation permanente des sociétés modernes. Un long chapitre reprend de nombreux débats sur les origines de l'antisémitisme et ses formes multiples. Notamment l'une des formes modernes de l'antisémitisme, qui faisait du juif, à l'époque de la construction des nations européennes, un suspect, par son absence d'appartenance à une seule nation (Bauman : « comme la nationalité était devenue la base par excellence de la constitution de tout groupe, les juifs en vinrent à saper la plus fondamentale des différences : celle entre « eux » et « nous». [...] C'est ainsi que Toussenel les voyait comme les vecteurs du poison protestant antifrançais, tandis que Liesching, le célèbre critique de Das junge Deutschland, les accusait d'introduire clandestinement en Allemagne l'infect esprit latin. ») Le racisme est également longuement discuté, avec une présentation rapide des écrits de Taguieff par exemple. Bauman donne du racisme une définition très personnelle et féconde. * L'une des leçons à portée morale de ce livre, c'est d'apprendre à penser contre ce que l'on présente comme justifié en raison, techniquement désirable. Ce sur quoi veut insister Bauman c'est que « le processus de civilisation consiste, entre autres choses, à dépouiller l'utilisateur de la violence de tout calcul moral et à débarrasser tout désir de rationalité de toute interférence de normes éthiques ou d'inhibitions d'ordre moral ». Pour illustrer ce point, il rappelle l'ampleur de la participation des scientifiques à l'avènement du nazisme, ravis de voir financés des programmes de recherche, aussi étranges soient-ils pour certains d'entre eux (« un gouvernement qui tend aux scientifiques une main secourable et leur offre tout cela peut compter sur leur gratitude et leur coopération. La plupart des scientifiques seraient prêts, en échange, à se défaire de toute une liste de préceptes mineurs. Ils seraient prêts, par exemple, à supporter la disparition soudaine de leurs collègues affublés d'un nez ou d'un dossier biographique inacceptables. S'ils élèvent une objection c'est parce que la suppression simultanée de tous ces collègues risque de compromettre leur programme de recherche. ». J'ajoute qu'on peut lire Vie et destin, pour des chapitres très éclairants à ce sujet.) * Une question anthropologique. La portée morale des travaux de Bauman découle de son attitude presque philosophique, ou anthropologique. On peut considérer que l'homme est un loup pour l'homme, et que la civilisation, en éloignant l'homme de l'état de nature, le rend plus pacifique. C'est un point de vue « progressiste » et rationaliste classique. Dès lors, le nazisme est un simple accroc, une régression temporaire sur le chemin du progrès. Bauman préfère considérer, en sens inverse, que la civilisation technicienne est un concept qui permet le genre de crime à grande échelle qu'a commis le nazisme. L'homme nu, le sauvage et même le chef militaire du moyen-âge seraient incapables de crimes si importants. La position de Bauman est inconfortable pour les tenants de la modernité et les rationalisateurs. Elle est cependant extrêmement intéressante pour inciter à une vigilance qui ne se contente pas de rechercher le danger dans la résurgence d'un nazisme du XXIème siècle. Les futurs nazis, s'ils parviennent un jour au pouvoir, ne se pareront pas d'une croix gammée. Ils seront peut-être branchés sur Twitter et désireux de défendre l'Occident blanc contre la subversion islamiste, ou l'Union européenne contre les nationaux... Plus important encore, il s'agit d'identifier les points qui fragilisent les démocraties contre les tentations totalitaires - faute de mieux, je maintiens une distinction démocratie/totalitarisme que Bauman ne fait pas. * Impressions d'ensemble Je lis en amateur. Je ne rentrerai donc pas dans des détails techniques ou des débats historiographiques ou épistémologiques complexes. Je souhaite juste souligner quelques points retirés de cette lecture. Bauman est tout d'abord un sociologue qui écrit bien. Il a un talent rare pour décortiquer des points techniques complexes tout en restant lisible et en pointant les implications concrètes des thèmes débattus. Il est capable de multiplier les allers-retours entre la théorie et les enseignements historiques. Il est aussi apparemment grand lecteur et se réfère à des auteurs très divers (Hillberg, Ellul, Taguieff...) Même si, en postface, il lui est reproché de ne pas citer explicitement le concept de la banalité du mal tel que décrit par Arendt, ou de ne jamais citer Adorno, il a l'air assez sincère dans sa volonté de débattre les idées des autres. Les thèmes qu'il embrasse et évoque sont nombreux et je serais bien en peine d'en apprécier immédiatement la portée complète, au-delà des points énoncés en introduction. Quelques réticences cependant. Tout occupé à voir en l'état rationalisateur un ennemi, Bauman écrit ceci : « Au vu de la tendance actuelle à abandonner la gestion directe de nombreux secteurs de la vie sociale autrefois étatisés, et à se diriger vers des structures sociales soumises au marché et génératrices de pluralisme, il semble peu probable qu'une forme raciste d'antisémitisme soit de nouveau un jour utilisée pour mettre en œuvre un projet de vaste ingénierie sociale... » Comme si transférer la gestion de la sécu à Axa, AIG et Groupama pouvait faire reculer l'antisémitisme à tout jamais. Ce passage étonnant est d'une grande naïveté, qui contraste avec des argumentations autrement plus subtiles en général. Pas plus que l'état, et certainement moins, dans une conception française des services publics, des sociétés privées ne sont capables de faire primer les valeurs sur les notions d'efficacité technique. Et même si on peut trouver louable que les sociétés privées n'exercent qu'un pouvoir restreint à ce qui leur a été attribué par l'état, sans cumuler leur pouvoir avec des fonctions régaliennes, il reste que l'état peut parfaitement manipuler des sociétés privées pour qu'elles ne soient qu'un prolongement de son action. Je suis bien plus convaincu par les passages où Bauman impute à un affaiblissement des structures sociales et des frontières l'installation du nazisme au pouvoir. * Pour conclure, un lien possible avec l'affaire européenne. Bauman insiste sur le fait que la rationalité technique est un danger, et que la tentation de « jardiner » les sociétés humaines est d'autant plus dangereuse qu'elle repose sur un état fort. La construction européenne, en ce sens, devrait alarmer tous ceux qui prendront Bauman au sérieux : - l'état européen, but ultime de la « construction européenne », serait potentiellement le plus riche du monde. Ses partisans veulent le doter d'une police, d'une armée, d'une politique extérieure. A bien des égards, cet état, peut-être plus ou moins fusionné avec les Etats-Unis, en matière militaire par exemple, deviendra ou restera le plus puissant de la planète pour un petit moment - cet état européen se construit avec un déficit démocratique persistant, que d'ailleurs ses partisans ne nient pas ; - les transferts de pouvoir des états-nations autrefois efficaces vers un pouvoir central européen au fonctionnement extrêmement lourd et inefficace créent une situation de vide propice à toutes les tentations de se tourner vers un chef suprême (Bauman sur les fragilités de la démocratie « c'est dans les périodes de profondes dislocations sociales que s'affirme vraiment ce remarquable trait de la modernité. A aucun autre moment la société ne paraît aussi amorphe, « inachevée », indéfinie et malléable, littéralement dans l'attente de la vision d'un habile et ingénieux concepteur pour lui donner forme. A aucun autre moment la société ne paraît aussi dénuée de forces et de tendances propres, incapable par ailleurs de résister au jardinier et toute prête à prendre n'importe quel aspect entre ses mains. Le mélange de malléabilité et d'impuissance constitue un attrait auquel bien peu de visionnaires hardis et aventureux sauraient résister. Il crée lui-même une situation dans laquelle on ne peut leur résister. ») Nous sommes donc dans une situation à risque, et le projet européen est une cause de grands périls. Est-il bon de s'obstiner à vouloir construire un grand jardin européen ? Redonnons la conclusion à Bauman : « Nombreuses sont les tâches que les dirigeants de cette planète pourraient et devraient accomplir. Mais concevoir un ordre mondial parfait n'en fait pas partie. Le grand jardin mondial a éclaté en une multitude de petits jardinets, chacun avec son petit ordre à lui. Dans un monde peuplé de jardiniers compétents et extrêmement mobiles, il semble ne plus y avoir de place pour le jardinier suprême, le jardinier des jardiniers. [...] Quelle qu'en soit la raison, je serais tenté de dire que ce délabrement est une bonne nouvelle à un grand nombre d'égards. » ]]> fr 2009-07-05T01:27:46Z <![CDATA[Ne pas jouer avec les frontières]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33454708.html fr 2009-07-05T01:25:35Z <![CDATA[Valeurs]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33437104.html fr 2009-07-05T00:53:18Z <![CDATA[Racisme]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33445227.html fr 2009-07-04T18:50:09Z <![CDATA[Grippe à la gare de Lyon]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33435436.html fr 2009-07-04T13:48:19Z <![CDATA[La feuille de vigne de la Banque Centrale européenne]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33310441.html Quelques jours de repos au pays des cabines téléphoniques rouges et du gazon vert m'ont amené à lire le Times, par curiosité. J'y suis tombé sur un article signé Anatole Kaletsky, tout à fait irrespectueux envers la Banque Centrale Européenne (How the ECB's fig leaf has completely withered away). Un beau graphique y montre le niveau des liquidités injectées par la BCE et par la Fed américaine (le graphique est introuvable en ligne, mais ne reculant devant aucun sacrifice j'ai scanné la chose) : Donc la BCE, qui nous a sauvés dans la crise mondiale selon les bons esprits, l'a fait en injectant beaucoup plus de liquidités que sa consoeur américaine (Selon les calculs de Kaletsky, compte tenu d'un PIB plus faible de 12% pour la zone euro que pour les Etats-Unis, la BCE a injecté 50% de plus de liquidités que la FED. J'ajoute que tout ça pour obtenir une croissance comme d'habitude toujours plus faible dans la zone euro que partout ailleurs - UK, USA notamment). Savoir si tout cela est très sain est difficile, ce qui est sûr c'est qu'en plus les contreparties acceptés par la BCE en échange de ses interventions ne sont pas de meilleure qualité que celles de la Fed. Ce graphique n'est pas en effet le seul enseignement de ce bon papier. Une des caractéristiques du système économique européen totalement absurde est qu'il interdit à la BCE de "monétiser" la dette des états. Alors que la Fed vient d'acheter massivement des bons du Trésor directement auprès du Trésor américain, la Banque Centrale Européenne, vertueuse, refuse cette horreur. De la dette étatique ? Fi donc ! Il n'y aura d'état qu'européen, et d'ici là tous les états existants sont des escrocs. Comme, crise aidant, il a tout de même bien fallu injecter des liquidités pour soutenir l'économie, la BCE accepte de refinancer des titres de plus en plus merdiques à la signature d'une qualité de plus en plus faible. Interdit donc de refinancer les vilains états, mais les gentilles entreprises, on peut. L'entreprise, c'est bien, c'est sain, et parler à des actionnaires est plus simple que d'avoir à écouter des électeurs. Le plus drôle dans cette opération c'est que les banques européennes ainsi renflouées à coup de liquidités, accordées par la BCE, en contrepartie de titres de très mauvaise qualité, achètent à leur tour des titres de leurs trésors publics nationaux... Voilà donc que réapparaît par le bas - les banques nationales - le mistigri que l'on ne voulait pas voir en haut - à la BCE. La feuille de vigne qui consiste à la BCE d'interdire le financement des états européens a donc disparu aux yeux des spécialistes. Non contente de nous infliger une politique de change imbécile, la BCE mène donc une politique monétaire finalement plus interventionniste que celle de la Fed, mais de façon totalement opaque et illisible. Tout ça n'empêchera pas naturellement, les idéologues européens d'expliquer combien l'Union nous a rendus plus forts face à la crise. On en reparlera quand la poussière finira par déborder de sous le tapis... ]]> fr 2009-07-01T09:50:49Z <![CDATA[Philippe Val, de Gringoire à Georges Bush]]> http://www.lalettrevolee.net/article-33088063.html fr 2009-06-25T16:10:56Z