La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses

Pour les européens, la cause est entendue : le nonisme est une maladie, qu'il convient d'analyser pour mieux la combattre (sans donc écouter les arguments des nonistes, ces malades à rééduquer).

On a donc Reynié qui trouve que les nonistes sentent le social-nationalisme, Minc qui parle de trahison des petites élites, Moscovici ravi de trouver là un "danger de droite" - tout content de se trouver enfin à gauche de quelqu'un...  Tous ces gens, l'oeil rivé au microscope, regardent grouiller le monde noniste et s'efforcent de trouver des remèdes à la prolifération.

J'ai voulu placer moi aussi l'oeil au microscope, et renverser la situation, en regardant un peu ces familles ouistes s'agiter dans leur diversité - car l'un des secrets bien gardés des ouistes c'est qu'ils sont, en réalité, tout aussi divisés que leurs adversaires. Ben, le milieu ouiste, regardé d'un peu près, c'est pas forcément mieux, et ça grouille aussi de sentiments et de ressentiments pas toujours très clairs...

Examinons donc les sept familles ouistes :

- Première famille, les "Occident toujours". Ceux là étaient fachos en 68 et cassaient du rouge, et continuent quarante ans après. Ils sont atlantistes, fans des Etats-Unis, militants d'une OTAN toujours agrandie. Pour cette dernière raison, ils sont prêts à accepter avec joie la Turquie dans l'Union européenne, 80 millions de chair à canon, ça ne se refuse pas. Alain Madelin et Pierre Lellouche iraient bien là dedans ;

- Les anciens maos : après avoir tapé sur la gueule des précédents, ils sont tombés dans leurs bras quarante ans après. Finalement, une adoration commune des Etats-Unis, protecteurs de l'Occident contre le communisme autoritaire, puis l'Islam grondant, les unit dans une même communion. Dany Cohn Bendit se place bien ici, à côté de Glucksmann ou de Barroso (par parenthèse, Barroso après sa période mao, a été formé, à 42 ans, à la Edmund Walsh school of Foreign Service, qui
dixit Wikipedia "a été créée pour fournir aux Etats-Unis les cadres capables d'assurer son rayonnement international. Huit années après il devenait Président de la Commission).

- La famille Europe catholique est gentille. Elle est très contente de cette Europe si charitable qu'elle déverse ses fonds structurels sur des pays qui se dépêchent de mettre leur impôt sur les sociétés à 10%, pour se relever encore plus vite, quitte à provoquer quelques secousses chez les pays donateurs. L'essentiel est d'être charitable et de s'oublier soi-même - quitte à ce que se soit surtout le populo qu'on oublie au passage. La famille Europe catholique a souvent des désaccords avec les Occident, voire les Maos, au sens où elle trouve que les voisins américains sont un peu vulgaires, et que si on pouvait faire un peu plus sans eux, ce serait pas plus mal. Et la gentille famille catholique ne l'est pas au point d'admettre en son sein les voisins turcs, qui comme on le sait, ne sont pas des gens comme nous, les lettons/français/portugais/slovènes... Dans ce camp, on trouve Rémi Brague et son "Europe, la voie romaine", Bayrou, Jouyet, VGE, un grand nombre de polonais adeptes des origines chrétiennes de l'Europe, Sylvie Goulard...

- Les We are the World : ils sont jeunes, contents de faire des études Erasmus et d'abolir les frontières. Ne se sont pas encore rendus compte que
Frontex nous en prépare une de belle de frontière, et que dans sa négociation des accords ACP avec les pays en voie de développement, l'Europe se comporte comme une organisation d'affameurs du peuple. Il faut attendre qu'ils grandissent, ils ne sont pas encore très connus mes We are the World, mais on pourrait y inclure quelqu'un comme le gentil Tony Blair (la variante Sciences-Po des WaW est, en plus, ravie d'avoir, avec l'Europe, de longues heures de cours byzantins à assimiler - la MOC, c'est livré avec combien d'alka-setzer ?) Certains des WaW deviendront nonistes en grandissant, ne désespérons pas.

- Les nazis recyclés : ceux-là sont ravis d'une Europe qui réhabilite la notion d'ethnie, se dote d'une belle agence
pour inciter les bronzés à rester chez eux, et s'asseoit sur le résultat des élections en une sorte d'incendie du Reichstag modernisé. En plus l'Europe affaiblit les nations et redécouvre ses régions, ce qui permet d'opposer  Flamands et Wallons, Cht'is contre parisiens, bientôt basques contre castillans, bretons contre francs etc... Un vrai festival identitaire permanent, comme ils les aiment. L'Europe est pour eux un avenir de rêve et ils aiment à se souvenir de l'affection qu'avait Robert Schumann pour Otto Strasser, ce nazi de la première heure, adepte d'une Europe des régions. A l'extrême droite, on va trouver Bruno Mégret, qui se veut partisan d'une Europe puissance...

- Les On m'la fera pas deux fois : ceux là ont eu des parents communistes, ou socialistes, et leur rêve s'est effondré en 1989, après avoir été ébranlé en 1983 avec le tournant de la rigueur. Comme ils ont conservé de leur éducation un profond besoin de croire, et qu'on leur a dit que le communisme c'est fini, ils sont bien décidés à ne pas se faire voler leur idéal une deuxième fois. Ils défendront l'Europe même après que le dernier Barroso sera parti prendre sa retraite en Floride. Ca c'est un peu ma famille d'origine, je les aime bien, mais parfois ce sont les pires idéologues de la chose, comme nombre de nouveaux convertis (je vois bien Quatremer là dedans, genre plus converti au libéralisme que moi tu meurs).

- Les Mencheviks, ou les malgré-nous : ceux-là sont de la grande famille des nonistes, au fond de leur coeur. Mais ça leur paraît quand même gênant d'être confondus avec les agités du nonisme et de ne plus être conviés aux réceptions de l'ambassadeur (on pourrait les appeler les "rochers Ferrero ?"...) Ils sont donc juste à la frontière, mais côté oui, on ne sait jamais. C'est le marais du ouisme, celui dont l'évolution décidera du futur de ce projet délétère. On peut mettre ici Hubert Védrine comme archétype du Menchevik à gauche, ou François Fillon à droite.


 *


Voilà. Bref compte rendu de ce qui s'agite sous mon microscope. Ces gens-là ne sont pas plus unis que la famille noniste, et quoique moins nombreux, ils sont mieux placés. Les possibles dérives de leurs idéaux sont tout aussi nombreuses que celles que l'on pointe à l'envi chez les nonistes, et leur grand dessein européen pas toujours dépourvu d'arrières-pensées inquiétantes.

Ami ouiste, choisis en tout cas, grâce à cette carte, ta famille. Comme d'habitude, l'exercice comporte une part d'arbitraire, et tu peux te retrouver dans plusieurs familles sus-citées, ou avoir été oublié. En attendant, ne désespère pas, sache bien qu'il y a à ta maladie, dans chacune de ses variantes, des médications adaptées.

Toi aussi, tu retrouveras la lumière et le droit chemin de l'unité démocratique, républicaine et internationale (car comment faire de l'internationalisme sans nations ?...) Les sept familles nonistes te tendent les bras !









Lun 7 avr 2008 16 commentaires
Bien décrit les sept familles "oui-ouiistes" !
Les plus dangereuses d'entre elles est la famille social-libérale, le PS, Libération et le Nouvel Obs' qui captent des sentiments de paix, de droits de l'homme, de liberté, pour faire avaler au petit peuple la politique européenne chère à Europe Busines, du baron Seillières.
Et qui entretiennent un climat de guerre psychologique contre Cuba, la Chine, la Russie, au nom de la liberté ! 
Amitiés.
JL
Jean LEVY - le 07/04/2008 à 11h04
Excellente description des 7 familles ouiouistes!

Peut-on rattacher les environnementalistes ouiouistes (qui sont nombreux) à la famille "we are the world"?
René Jacquot - le 07/04/2008 à 11h59

Hors-sujet mais c'est trop bon : je me suis rappelé ce matin le slogan des socialistes aux dernières européennes :

Et maintenant, l'Europe sociale !

Dans la famille trop chou (de Bruxelles), je voudrais le maire d'Evry...

olyvier - le 07/04/2008 à 12h08
Vous mettriez Lamy, Delors, Rocard et leurs nombreux élèves au PS et chez les verts où, là dedans ?
Gus - le 07/04/2008 à 13h33
Je ne retrouve pas la famille de tous ceux qui n'ont pas voulu casser la dynamique d'intégration parce qu'ils restent attachés à l'idée d'une europe puissance, capable de reprendre le leadership aux américains et de réguler la mondialisation libre échangiste. On peut être Français et ne pas supporter Sarkozy, comme on peut être européen sans approuver les orientations philosophiques de la construction communautaire.

Peut-être cette famille s'inscrit-elle dans le "marais" ?
Malakine - le 07/04/2008 à 14h20
Lamy, Delors et Rocard sont entre les cathos et les we are the world. Il y a un aspect religieux évident chez Delors, et un détournement de l'idée généreuse de mondialisation chez Lamy qui l'apparente à Blair. Les WAW exploitent cyniquement le besoin d'ouverture au monde des masses peu informées de la conception très particulière de l'ouverture que déploie l'Europe au quotidien.

Pour ce qui est de l'Europe puissance, c'est un thème de Mégret, mais je sais bien que ce n'est pas, Malakine, là que tu te classes. Il y a une volonté d'existence propre et indépendant de l'Europe chez les cathos par exemple, contrebalancée assez exactement par la volonté d'alignement des "maos" et des "occident".

De toute façon, en étant français, on est forcément européen, ne serait-ce qu'au sens géographique du terme. C'est assez idiot à dire, mais personne ne peut être, en ce sens le plus faible, "opposé à l'Europe". On est européens parce qu'on est né dans cette zone. Ensuite que cette zone veuille se constituer comme une entité politique est une autre affaire.

Sur l'idée que l'Europe pourrait servir à quelque chose, je crois que le temps montre assez qu'il n'en est rien, dans aucun domaine.

Notamment, sur l'idée de Todd que l'Europe pourrait assurer un protectionnisme intelligent, je n'y crois pas une seconde.

D'abord parce que les intérêts nationaux sont divergents par rapport à cette question, ensuite parce que cela ne sert à rien de se battre pour des droits de douane de 10% quand les taux de change peuvent varier de plus ou moins 100% en quelques années. Par principeje suis assez opposé au protectionnisme, qui a vite fait d'être contré par des mesures de rétorsion, et qui ouvre ensuite une course à l'échalotte entre les divers secteurs économiques pour pouvoir se ranger parmi les "protégés" (et en ce sens je suis un libéral).



edgar - le 07/04/2008 à 14h36
C'est étrange, bien que ouiiste, je n'arrive pas à trouver ma place dans ce classement.

Par ailleurs, je ne vois pas bien ce que Michel Rocard a de catholique pour que vous le rangiez à proximité de la famille Europe Catholique. Pour le reste, du fait de son ONG Afrique initiative et de ses fréquents déplacement dans la région, il est quand même assez au fait des enjeux de la région. Vous ne pourvez donc pas l'accuser d'être un waw comme les autres.

Pour ma part, je reconnais bien entendu le problème posé par la fin des accords ACP.
Bien plus grave pour l'Afrique -notamment francophone- est le lien du CFA à l'euro, qui, surtout lorsque l'euro monte, empêche tous les pays concernés d'être compétitifs sur le marché international. Résultat, aucune entreprise d'Afrique francophone ne peut être compétitive sur le marché international. Même les tissus africains traditionnels sont fabriqués en Hollande ou en Chine.
Nombre de spécialistes du développement militent pour un décrochage du CFA et de l'Euro, en échange d'accord de convertibilité - il faut à ces pays une monnaie qu'il puissent dévaluer mais qui reste facilement convertible.
sav - le 07/04/2008 à 16h25
je n'ai aucune intention de raviver les guerres de religion, et l'appellation catholique vise l'ensemble de la famille chrétienne bienveillante en gros et oublieuse dans le détail.

Que Rocard soit conscient des insuffisances de l'Europe, je n'en doute pas. Qu'il exprime insuffisamment son opinion à cet égard est un autre sujet.

Que l'euro soit surévalué (ou, position un poil plus complexe, que l'euro ait laissé la zone dollar s'effondrer sans rien dire, signant son inutilité, est une autre chose).

Si SAV ne trouve pas sa place je peux créer la famille SAV mais je n'en connais pas les signes distinctifs !

edgar - le 07/04/2008 à 17h07
sav: Libre à vous de l'affirmer.

Pour avoir personnellement pendant pas moins de trois ans travaillé à tenter de convaincre Savary puis Rocard, rédiger des argumentaires et chercher des documents pour établir la justesse de la position de l'industrie africaine du logiciel sur la directive brevets logiciels en Europe, je me permets de vous assurer penser l'exact contraire de ce que vous affirmez, surtout si on considère qu'au final, Rocard s'est effectivement, et brillamment je l'admets, rallié aux points de vue défendus.

C'est d'ailleurs à cette occasion que, comme sans doute la très grande majorité des militants impliqués dans l'analyse et le commentaire de la révision des accords de Munich sur la P.I., je suis devenu critique de cette construction européenne faite par de vieux blancs chrétiens refoulés, formés à l'école de l'anticomunisme primaire et surtout, incompétents et inconscients du décalage entre la réalité de leur époque et les représentations qu'ils s'en font.
Gus - le 07/04/2008 à 17h07
Attendez, Gus, ça m'interesse : j'avais dans l'idée que Rocard s'était défendu bec et ongle pour empècher la brevetabilité du logiciel et vous m'afirmez le contraire?
Pouvez-vous développer ou m'indiquer un lien pour plus d'informations?

Edgar  : pourquoi pas la famille "qui estime que le traité de Lisbonne constitue une avancée et qui croit possible l'amélioration de l'Union européenne... à condition notamment que les politiques français traitent le sujet avec un peu mpoins de jemenfoutisme". ;)
sav - le 07/04/2008 à 18h49