La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses
Quand j'étais enfant, Issanka c'était la fête. La fête annuelle du Parti communiste de l'Hérault. L'occasion de passer deux jours à déambuler avec mon frère, pendant
que les parents refaisaient le monde, entre les stands, quelques pièces en poche. C'était un grand espace ombragé, où, au milieu, coulait une rivière - authentique.
Sous le chapiteau des livres, j'ai descendu quelques piles de Mafalda, de Adèle Blanc Sec et autres BD jugées propres à éveiller les esprits critiques. Il y avait des réfugiés chiliens qu'on acclamait, des groupes de femmes algériennes qui venaient chanter, sous la pluie.
Mes parents étaient communistes. Je ne sais pas bien quand ça leur a passé. Peut-être qu'en 81 ils étaient finalement contents de l'élection de Mitterrand, alors que les cadres du parti étaient plutôt indifférents voire hostiles. Peut-être que de rouler en Lada fatigue, à la longue.
Mais, pour répondre à Gilles Questiaux, qui s'interrogeait il y a quelques jours sur des expressions supposément teintées d'anticommunisme employées ici : non, pas moi.
Quand je parle de Libé qui se transforme en Pravda pro-Ségolène, personne ne peut penser que la Pravda n'était pas avant tout un journal conforme à la ligne du parti. Et si je raille le centralisme démocratique c'est plus par méconnaissance de ce que cela était réellement.
Je n'ai jamais accroché à l'idée communiste. Je suis à l'inverse de Badiou : il prône le communisme et se raccroche, un peu par résignation, à l'exigence démocratique. Pour moi le communisme est une belle idée dont l'échec a été trop patent pour que l'on tente de le ressusciter. La démocratie reste un idéal valable, au contraire.
Pour cela, je suis toujours amusé et content quand des lecteurs communistes laissent des commentaires sympathiques ici. Je ne suis pas membre de la famille mais je me sens cousin. Pas envie du tout d'être membre - j'ai de toute façon le membership difficile, je suis assez individualiste -, mais content de recevoir un amical coucou.
Voilà, pour répondre à Gilles. En toute camaraderie.
Sous le chapiteau des livres, j'ai descendu quelques piles de Mafalda, de Adèle Blanc Sec et autres BD jugées propres à éveiller les esprits critiques. Il y avait des réfugiés chiliens qu'on acclamait, des groupes de femmes algériennes qui venaient chanter, sous la pluie.
Mes parents étaient communistes. Je ne sais pas bien quand ça leur a passé. Peut-être qu'en 81 ils étaient finalement contents de l'élection de Mitterrand, alors que les cadres du parti étaient plutôt indifférents voire hostiles. Peut-être que de rouler en Lada fatigue, à la longue.
Mais, pour répondre à Gilles Questiaux, qui s'interrogeait il y a quelques jours sur des expressions supposément teintées d'anticommunisme employées ici : non, pas moi.
Quand je parle de Libé qui se transforme en Pravda pro-Ségolène, personne ne peut penser que la Pravda n'était pas avant tout un journal conforme à la ligne du parti. Et si je raille le centralisme démocratique c'est plus par méconnaissance de ce que cela était réellement.
Je n'ai jamais accroché à l'idée communiste. Je suis à l'inverse de Badiou : il prône le communisme et se raccroche, un peu par résignation, à l'exigence démocratique. Pour moi le communisme est une belle idée dont l'échec a été trop patent pour que l'on tente de le ressusciter. La démocratie reste un idéal valable, au contraire.
Pour cela, je suis toujours amusé et content quand des lecteurs communistes laissent des commentaires sympathiques ici. Je ne suis pas membre de la famille mais je me sens cousin. Pas envie du tout d'être membre - j'ai de toute façon le membership difficile, je suis assez individualiste -, mais content de recevoir un amical coucou.
Voilà, pour répondre à Gilles. En toute camaraderie.
Jeu 8 mai 2008
2 commentaires
Bien d'accord avec toi. J'y reviendrai.
edgar - le 08/05/2008 à 11h37
Tu vas me dire, ça, ce sont les idées, les faits, c'est X millions de morts en Eurasie, un immense échec économique, etc...
On a déjà dû te la faire, mais je ne reconnais pas le caractère communiste de l'URSS, de la Chine, du Vietnam, ni d'aucun pays qui prétend appliquer le communisme sur un mode dictatorial. Car dans "dictature communiste", je dis qu'il y a contradiction entre les termes.
Le socialisme/communisme démocratique existe, a existé, existera encore.
Parenthèse: Je rappelle au passage que je ne fais pas de différence entre les termes "socialisme" et "communisme". D'une part parce que le parti qui porte le nom de socialiste n'a rien de socialiste (il n'est pas partisan de la collectivisation, même partielle, de l'appareil économique), et parce que le communisme annoncé comme l'étape ultime de la révolution (plus d'état, chacun selon ses besoins etc...) n'a pour moi pas de sens. Il ne reste donc que l'étape de l'économie collectivisée. Pas forcément planifiée (des entreprises publiques ou des coopératives peuvent très bien échanger sur un mode marchand et spontané). Et collectivisée ne signifie pas non plus d'état, il y a d'autres propriétaires possibles qui ne relèvent pas de la propriété privée (collectivités locales, mutuelles ou associations de travailleurs) et distincts du pouvoir central.
Fin de la parenthèse.
Pour revenir à ce que je disais sur le socialisme démocratique, nous le connaissons partiellement en France, et dans de nombreux autres pays. Un français sur 4 travaille pour l'état, les collectivités territoriales ou les entreprises publiques, et cette fraction était sans doute plus grande encore au temps de l'apogée des entreprises publiques, qui ont représenté jusqu'à 15% de notre économie vers 1985.
Le secteur public français répond tout à fait à la définition du socialisme/communisme: collectivisation des biens de production. Le terme collectivisation implique nécessairement un degré minimal de démocratie, sans quoi rien n'est collectif mais oligarchique. La France est socialiste à 25%, l'URSS n'a jamais dépassé 0% de par la nature même de son régime.
Je m'attends à ce que de fiers militants-de-gauche-mais-pas-du-tout-communistes-ô-grands-dieux-non me rétorquent qu'un secteur public n'a rien à voir avec du socialisme, que c'est juste une colonne vertébrale sociale nécessaire pour rendre vivable une société "libérale". C'est faux. Ce discours repose sur la confusion entre des services publics (nécessaires, même dans toute société capitaliste) et propriété publique. Le service public peut très bien se faire avec des structures privées sous contrat. On pourrait très bien avoir un service public de l'éducation avec une majorité d'écoles privées, d'hôpitaux privés (c'est d'ailleurs le cas en France, il y a plus d'hôpitaux privés que d'Etat, mais ils n'ont pas la majorité des personnels ni de l'activité), des distributeurs d'électricité privée, des compagnies ferroviaires privées. En faisant le choix de la propriété publique, la France (comme d'autres pays, dans des proportions diverses, la Grèce, l'Italie, le Portugal, etc...) n'ont pas simplement fait le choix du service public mais du socialisme, à niveau partiel.
Ce qui amène à deux questions:
1 - comment expliquer que ce secteur socialiste soit toujours resté minoritaire dans les pays démocratiques? Simple: parce que le ou les systèmes socialistes efficaces et viables n'ont pas encore été suffisemment développés. Rappelons que le socialisme mis en pratique dans des pays démocratiques reste un phénomène récent au regard de l'histoire humaine, nettement plus que le capitalisme. Pour ce qui est des solutions à proposer, je vous indique mon site, www.pourlecommunisme.com, lisible sous IE 6.0 et versions antérieures, que je mettrai à jour bientôt.
2- Comment expliquer le recul, au moins partiel, des secteurs publics dans quasiment tous les pays développés, dont la France? Pour faire court, sans même parler du rôle des institutions européennes, la dette publique a été très souvent invoquée pour vendre les bijoux de famille. Ce qui n'implique en rien que ce soient nécessairement ces entreprises publiques, de par leur nationalisations comme l'absorption de leurs pertes, qui aient le plus creusé cette dette. Elles l'ont sans doute moins créée que les multiples plans de relance -très distincts des principes socialistes, même quand il s'agit de relances "de gauche", "keynésiennes", plutôt que "de droite", par des baisses d'impôts- que nous avons connu depuis 1982 avec les succès que l'on sait.
En conclusion: si je suis communiste, ce n'est pas à cause de ce qui s'est passé "à l'Est" (même si l'histoire soviétique a aussi des épisodes glorieux), mais surtout en raison du socialisme qui existe en France. Quant aux militants "de gauche" qui crachent sur le communisme/socialisme (tout en prétendant être socialistes car ils ont la carte au PS...) mais qui défendent le secteur public au seul argument du service public, ils ont des problèmes de cohérence à règler...