La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses
C'est un fait connu et bien établi : l'Europe travaille au bien de l'humanité et vaut donc que pour elle la jeunesse se mette à chanter (lire chez MC des commentaires plus virulents que les miens sur la vidéo assez hallucinante de jeunes fédéralistes).
C'est-à-dire que pour nous les européens, l'Europe c'est Erasmus, la paix éternelle et la poignée de main Mitterrand-Kohl.
Vu de l'extérieur c'est autre chose. Par exemple dans les années 70, l'Europe avait monté des politiques intelligentes qui permettaient le développement de pays extérieurs. Par exemple, au terme de ces accords dits ACP, les producteurs de coton africains se voyaient accorder des tarifs préférentiels pour exporter vers l'Europe, sans que des concessions similaires ne leur soient demandées.
Pour faire vite, bientôt ce sera fini. L'Union européenne ayant décidé de se plier aux règles de l'OMC, les pays pauvres qui voudront exporter vers l'Europe devront réciproquement accepter un libre-échange intégral. On leur accordera bien quelques subventions pour calmer le jeu, mais pas grand chose à voir avec les accords précédents. Il leur faudra donc, en échange de leur sucre, accepter les betteraves, les assurances, les poulets et tous les bien et services produits dans la douce Union. Pour ceux qui veulent aller plus loin sur ce sujet, le site d'Oxfam offre une synthèse plus précise et détaillée.
Le prétexte de ce billet c'est que je suis tombé sur une information qui illustre parfaitement le processus. On y voit des producteurs fidjiens de sucre fêter amèrement leur dernier grand contrat avec l'Europe (pour mémoire, Fiji c'est 5500 dollars par an de PIB par tête, contre 33000 pour la France. On est bien dans un pays pauvre, même s'il y a pire) :
"Un accord d'un milliard de dollars fidjiens
La Société sucrière fidjienne (Fiji Sugar Corporation) a décroché ce contrat de près de 70 milliards de F cfp dans le cadre d'un accès préférentiel du sucre fidjien en Europe.
Les îles Fidji ont été autorisées à exporter 300 000 tonnes de sucre brut par an pendant 7 ans en Europe. Les exportations se feront via l'acheteur du marché européen Tate & Lyle, qui compte les plus grandes installations de raffinage de sucre en Europe et qui est l'un des leaders mondiaux sur les marchés du sucre.
Selon le Fiji Times, ce contrat entre dans le cadre des Accords de partenariats économiques entre l'Union européenne et les pays membres du groupe ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) et en fonction de la réforme du régime sucrier européen adoptée par les ministres de l'agriculture de l'Union européenne en février 2006.
Plusieurs pays ACP sont hostiles à ce plan de réforme du sucre de l'Union européenne et qui rendra obsolète à partir d'octobre prochain le Protocole-Sucre signé en 1975 et qui permettait aux exportateurs ACP d'obtenir un prix garanti." Radio Australia (en français, apparemment la radio australienne maîtrise mieux cette langue que la Commission ...hum... européenne, ou que la Banque centrale.. hum... européenne)
Donc l'Europe ne sert en rien à adapter les règles du commerce international pour plus de justice. Elle sert à coopérer avec les USA pour affaiblir un peu plus les pays pauvres (pour citer Oxfam, encore : Le cycle de négociations commerciales de l’OMC – dit cycle de Doha pour le développement – est dans l’impasse, mais les pays les plus pauvres restent soumis à une pression visant à leur faire ouvrir leurs marchés, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Ces négociations avaient pour objectif affiché de rendre le commerce plus juste ; elles ont été bloquées par les Etats-Unis et l’UE qui ne souhaitaient pas corriger les règles biaisées et le système de deux poids deux mesures dont ils bénéficient.)
Donc l'Europe grâce à laquelle unis-nous-serons-plus-forts sert à être plus forts face aux pays pauvres ? Le savent-ils ces jeunes qui se trémoussent à l'idée d'une Europe fédérale ?
Pour le coup, l'argument imparable des pro-europe ne peut pas jouer : ce ne sont pas les gouvernements qui sont responsables de cette politique de fermeture. La politique commerciale est l'un des domaines qui sont maintenant à peu près complètement communautarisés, c'est-à-dire tombés sous la loi du marché la plus brutale (je ne vois pas bien d'ailleurs comment un Emmanuel Todd peut imaginer que les mêmes institutions pourraient demain servir à imposer une préférence comunautaire).
Mais comme cela se passe loin d'ici, les jeunes inconscients peuvent se trémousser encore un peu. Jusqu'à ce que leurs yeux s'ouvrent...
C'est-à-dire que pour nous les européens, l'Europe c'est Erasmus, la paix éternelle et la poignée de main Mitterrand-Kohl.
Vu de l'extérieur c'est autre chose. Par exemple dans les années 70, l'Europe avait monté des politiques intelligentes qui permettaient le développement de pays extérieurs. Par exemple, au terme de ces accords dits ACP, les producteurs de coton africains se voyaient accorder des tarifs préférentiels pour exporter vers l'Europe, sans que des concessions similaires ne leur soient demandées.
Pour faire vite, bientôt ce sera fini. L'Union européenne ayant décidé de se plier aux règles de l'OMC, les pays pauvres qui voudront exporter vers l'Europe devront réciproquement accepter un libre-échange intégral. On leur accordera bien quelques subventions pour calmer le jeu, mais pas grand chose à voir avec les accords précédents. Il leur faudra donc, en échange de leur sucre, accepter les betteraves, les assurances, les poulets et tous les bien et services produits dans la douce Union. Pour ceux qui veulent aller plus loin sur ce sujet, le site d'Oxfam offre une synthèse plus précise et détaillée.
Le prétexte de ce billet c'est que je suis tombé sur une information qui illustre parfaitement le processus. On y voit des producteurs fidjiens de sucre fêter amèrement leur dernier grand contrat avec l'Europe (pour mémoire, Fiji c'est 5500 dollars par an de PIB par tête, contre 33000 pour la France. On est bien dans un pays pauvre, même s'il y a pire) :
"Un accord d'un milliard de dollars fidjiens
La Société sucrière fidjienne (Fiji Sugar Corporation) a décroché ce contrat de près de 70 milliards de F cfp dans le cadre d'un accès préférentiel du sucre fidjien en Europe.
Les îles Fidji ont été autorisées à exporter 300 000 tonnes de sucre brut par an pendant 7 ans en Europe. Les exportations se feront via l'acheteur du marché européen Tate & Lyle, qui compte les plus grandes installations de raffinage de sucre en Europe et qui est l'un des leaders mondiaux sur les marchés du sucre.
Selon le Fiji Times, ce contrat entre dans le cadre des Accords de partenariats économiques entre l'Union européenne et les pays membres du groupe ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) et en fonction de la réforme du régime sucrier européen adoptée par les ministres de l'agriculture de l'Union européenne en février 2006.
Plusieurs pays ACP sont hostiles à ce plan de réforme du sucre de l'Union européenne et qui rendra obsolète à partir d'octobre prochain le Protocole-Sucre signé en 1975 et qui permettait aux exportateurs ACP d'obtenir un prix garanti." Radio Australia (en français, apparemment la radio australienne maîtrise mieux cette langue que la Commission ...hum... européenne, ou que la Banque centrale.. hum... européenne)
Donc l'Europe ne sert en rien à adapter les règles du commerce international pour plus de justice. Elle sert à coopérer avec les USA pour affaiblir un peu plus les pays pauvres (pour citer Oxfam, encore : Le cycle de négociations commerciales de l’OMC – dit cycle de Doha pour le développement – est dans l’impasse, mais les pays les plus pauvres restent soumis à une pression visant à leur faire ouvrir leurs marchés, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Ces négociations avaient pour objectif affiché de rendre le commerce plus juste ; elles ont été bloquées par les Etats-Unis et l’UE qui ne souhaitaient pas corriger les règles biaisées et le système de deux poids deux mesures dont ils bénéficient.)
Donc l'Europe grâce à laquelle unis-nous-serons-plus-forts sert à être plus forts face aux pays pauvres ? Le savent-ils ces jeunes qui se trémoussent à l'idée d'une Europe fédérale ?
Pour le coup, l'argument imparable des pro-europe ne peut pas jouer : ce ne sont pas les gouvernements qui sont responsables de cette politique de fermeture. La politique commerciale est l'un des domaines qui sont maintenant à peu près complètement communautarisés, c'est-à-dire tombés sous la loi du marché la plus brutale (je ne vois pas bien d'ailleurs comment un Emmanuel Todd peut imaginer que les mêmes institutions pourraient demain servir à imposer une préférence comunautaire).
Mais comme cela se passe loin d'ici, les jeunes inconscients peuvent se trémousser encore un peu. Jusqu'à ce que leurs yeux s'ouvrent...
Ven 16 mai 2008
11 commentaires
Très juste (l'article, pas le commentaire de Valery...), j'aime me mettre en rogne comme ça de bon matin avant d'aller bosser.
On attend effectivement que Todd fasse un choix, mais ça devrait arrvier, j'ai beaucoup d'estime pour lui.
Concernant la chanson, le pire c'est qu'une fois écoutée, elle reste dans la tête pendant un moment!
On attend effectivement que Todd fasse un choix, mais ça devrait arrvier, j'ai beaucoup d'estime pour lui.
Concernant la chanson, le pire c'est qu'une fois écoutée, elle reste dans la tête pendant un moment!
maup - le 16/05/2008 à 07h55
Valéry, ne le prenez pas mal je vous en prie, dormiez-vous pendant vos cours d'économie au lycée ? En commerce international, celui qui s'enrichit, c'est celui qui *accepte* les importations (bon, d'accord, c'est un raccourci rapide...). Vérifiez auprès de l'étudiant de première année de sciences éco de votre choix : il devrait pouvoir vous faire la démonstration de la chose.
- le 16/05/2008 à 15h36
Heu, les APE, c'est pas franchement que l'Europe se soumet aux règles de l'OMC, c'est exactement l'inverse : ce sont des accords bilatéraux, entre l'UE et un petit groupe d'autres pays. Dans lesquelles l'Europe utilise son pouvoir de pression pour leur imposer des choses qu'elle n'obtiendrait pas à l'OMC, ou le cadre multilatéral permet à un pays de bloquer les accords s'il n'en est pas content.
alexandre delaigue - le 16/05/2008 à 16h16
J'ignorais que cela allait aussi loin : les officiels européens défendent toujours l'idée qu'il ne s'agit que de respecter les règles de l'OMC. J'imaginais bien volontiers qu'ils n'ont pas envie de violer l'OMC, mais pas qu'ils l'ont déjà fait pour obtenir des règles auxquelles ils prétendent se plier.
Je suis encore naïf.
Je suis encore naïf.
edgar - le 16/05/2008 à 16h26
Oui, les APE et le bilatéralisme, c'est pas joli joli. En gros, américains et européens ont constaté que les pays pauvres demandaient à l'OMC un abaissement de leur protectionnisme, notamment agricole, en échange de leur ouverture; ils y demandent aussi des exceptions à cette grosse arnaque (pour les pays pauvres) qu'ont été les accords TRIPS. Ils ont donc trouvé le moyen : contourner l'OMC par des accords bilatéraux ou il est plus facile de tordre des bras.
alexandre delaigue - le 16/05/2008 à 16h41
Magnifique article Edgar. Tout y est : le fond, le style, la verve, l'enthousiasme qui manque si souvent aux défenseurs de cette europe qui font de la politique avec leur corps plutôt qu'avec leur tête.
Je suis vraiment heureux de voir enfin de bons écrits sur toutes ces excellentes raisons réellement sociales, réellement de gauche, de chier à la gueule de ces technocrates hypocrites qui tiennent l'Union par les [biiiip][biiiiiip] et [biiip] aussi [biiip]
Je sens que je vais pouvoir bientôt prendre un peu de repos : avant les européennes ! La campagne démarrera bientôt !!!
Je suis vraiment heureux de voir enfin de bons écrits sur toutes ces excellentes raisons réellement sociales, réellement de gauche, de chier à la gueule de ces technocrates hypocrites qui tiennent l'Union par les [biiiip][biiiiiip] et [biiip] aussi [biiip]
Je sens que je vais pouvoir bientôt prendre un peu de repos : avant les européennes ! La campagne démarrera bientôt !!!
Gus - le 16/05/2008 à 16h59
Sans jouer au fana de la déconstruction, n'est-ce pas ainsi dans les coulisses que la construction européenne se montre pour ce qu'elle est : un super état de plus, sans l'opinion publique qui permet d'en contrebalancer la froideur excessive ?
edgar - le 16/05/2008 à 17h11
Intéressante question. M'est avis que l'Union recrutant ses bureaucrates dans les bureaucraties européennes selon des critères encore deloriens (voir les plaintes des polonais à ce sujet, qui, visiblement, peinent à se faire recruter par l'Union : étonnant, non ?), l'Union est une bureaucratie fondamentalement semblable aux bureaucraties hypocrites des grands (comprendre : vieux) pays d'europe.
Fondées au lendemain de la seconde guerre mondiale, les bureaucraties des vieux paus d'europe ont appris à se contrefoutre de l'opinion publique et mener la route qui leur semblait bonne sans se soucier d'une opinion publique qui, objectivement, a longtemps été fort mal informée : on se souviendra à ce sujet du fait que le collège n'est devenu obligatoire pour tous en France qu'en 1953.
Avec la crise des années 1970, les bureaucraties , contestées fin des sixties ont trouvé un nouveau rôle à jouer : nounous d'une opinion publique soit-disant traumatisée par "la crise". Rôle d'autant plus facile à jouer qu'il était très semblable à celui qu'essayait alors de jouer l'administration soviétique, dans une saine émulation entre européens. Quand on dit par exemple que des hordes colossales de fonctionnaires partiront en retraite entre maintenant et 2012, il est facile de claculer quand est-ce qu'elles auront été recrutées et par qui : et ce n'était pas la gauchee, d'ailleurs....
La réveil de la social démocratie, très postérieur à Epinay (Mitterrand n'aurait pas eu besoin d'Epinay si la socdem avait pris son envol) a permis de sédimenter le système bureaucratique : désormais installé dans une pratique consistant à peser très lourd dans l'économie au point d'en être indécrochables, les bureaucraties ont eu de plus en plus besoin de soutien politique dans une opinion de plus en plus éveillée au fur et à) mesure de la montée du niveau d'instruction : la social-démocratie et la collusion entre politique et administration, si magistralement incarnée par Giscard en France, imitée par Delors, Rocard, et Fabius plus tard ont permis de sédimenter l'alliance maudite : une classe politique toute vouée à servir l'administration sous couvert de démocratie et une administration toute puissante pour diriger, dans les états comme en Europe.
Le problème, c'est que, depuis l'enterrement par Delors et Mitterrand du projet Spinelli, plus personne ne s'est trop soucié de la suite du plan. Et comme il n'existe pas de classe politique européenne (à l'exception de trop rares Cohn-Bendit, Lipietz, Rocard, pour ne citer que des français) l'administration reine, l'administration européenne, a perdu le soutien dont elle avait vitalement besoin dans l'opinion pour Etre et Régir.
Et, pour l'essentiel, elle ne s'en est pas rendue compte. Avec l'aide il est vrai perverse des vrais libéraux qui, tout en reocnnaissant un rôle aux institutions, considèrent, certainement à juste titre, qu'on devrait pouvoir supprimmer 90% de l'existant et y gagner du point de vue du bien commun.
Revenons à votre question : oui, pour nous autres, européens des vieux pays, l'Europe est une bureaucratie hypocrite comme une autre. Dans les années 60, on pouvait objectivement croire faire le bien du monde ainsi, et ceux qui alors le faisaient seront sans doute pardonnés. De nos jours, on sait qu'agir ainsi, c'est faire du tort à tous : du tort aux plus miséreux de la terre, dont le destin devrait nous arracher les tripes tous les jours. Mais aussi : du tort à nous mêmes, à cet héritage que nos aînés nous ont laissé et pour lequel certains auront tant souffert. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me foudroie d'y penser. D'où, sinon, viendrait la rage d'en débattre, l'envie d'en découdre, et ce sentiment si particulier qu'on éprouve quand on voit, dans l'horizon de ses pensées, se dessinner la silouhette de l'Ennemi.
Ha, vous voyez, Edgar, votre article m'a mis en verve, donc, en joie : encore merci.
Fondées au lendemain de la seconde guerre mondiale, les bureaucraties des vieux paus d'europe ont appris à se contrefoutre de l'opinion publique et mener la route qui leur semblait bonne sans se soucier d'une opinion publique qui, objectivement, a longtemps été fort mal informée : on se souviendra à ce sujet du fait que le collège n'est devenu obligatoire pour tous en France qu'en 1953.
Avec la crise des années 1970, les bureaucraties , contestées fin des sixties ont trouvé un nouveau rôle à jouer : nounous d'une opinion publique soit-disant traumatisée par "la crise". Rôle d'autant plus facile à jouer qu'il était très semblable à celui qu'essayait alors de jouer l'administration soviétique, dans une saine émulation entre européens. Quand on dit par exemple que des hordes colossales de fonctionnaires partiront en retraite entre maintenant et 2012, il est facile de claculer quand est-ce qu'elles auront été recrutées et par qui : et ce n'était pas la gauchee, d'ailleurs....
La réveil de la social démocratie, très postérieur à Epinay (Mitterrand n'aurait pas eu besoin d'Epinay si la socdem avait pris son envol) a permis de sédimenter le système bureaucratique : désormais installé dans une pratique consistant à peser très lourd dans l'économie au point d'en être indécrochables, les bureaucraties ont eu de plus en plus besoin de soutien politique dans une opinion de plus en plus éveillée au fur et à) mesure de la montée du niveau d'instruction : la social-démocratie et la collusion entre politique et administration, si magistralement incarnée par Giscard en France, imitée par Delors, Rocard, et Fabius plus tard ont permis de sédimenter l'alliance maudite : une classe politique toute vouée à servir l'administration sous couvert de démocratie et une administration toute puissante pour diriger, dans les états comme en Europe.
Le problème, c'est que, depuis l'enterrement par Delors et Mitterrand du projet Spinelli, plus personne ne s'est trop soucié de la suite du plan. Et comme il n'existe pas de classe politique européenne (à l'exception de trop rares Cohn-Bendit, Lipietz, Rocard, pour ne citer que des français) l'administration reine, l'administration européenne, a perdu le soutien dont elle avait vitalement besoin dans l'opinion pour Etre et Régir.
Et, pour l'essentiel, elle ne s'en est pas rendue compte. Avec l'aide il est vrai perverse des vrais libéraux qui, tout en reocnnaissant un rôle aux institutions, considèrent, certainement à juste titre, qu'on devrait pouvoir supprimmer 90% de l'existant et y gagner du point de vue du bien commun.
Revenons à votre question : oui, pour nous autres, européens des vieux pays, l'Europe est une bureaucratie hypocrite comme une autre. Dans les années 60, on pouvait objectivement croire faire le bien du monde ainsi, et ceux qui alors le faisaient seront sans doute pardonnés. De nos jours, on sait qu'agir ainsi, c'est faire du tort à tous : du tort aux plus miséreux de la terre, dont le destin devrait nous arracher les tripes tous les jours. Mais aussi : du tort à nous mêmes, à cet héritage que nos aînés nous ont laissé et pour lequel certains auront tant souffert. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me foudroie d'y penser. D'où, sinon, viendrait la rage d'en débattre, l'envie d'en découdre, et ce sentiment si particulier qu'on éprouve quand on voit, dans l'horizon de ses pensées, se dessinner la silouhette de l'Ennemi.
Ha, vous voyez, Edgar, votre article m'a mis en verve, donc, en joie : encore merci.
Gus, Troll ceinture noire 2nd Dan - le 16/05/2008 à 17h59
Disons que jusqu'en 1983, on pouvait penser que le suffrage primait sur l'administration.
Depuis, et du fait de Bruxelles principalement, cette idée est exclue : un maximum de principes macro et micro économiques ont été "gravés dans le marbre", afin que nul n'y puisse.
L'Europe n'a fait ainsi que suivre l'air du temps, mais elle l'a fait avec ses moyens, qui sont grands et antidémocratiques. Au niveau national, nos technocrates sont sans doute aussi spontanément peu démocrates (convaincus de la supériorité de leur savoir) que des technocrates bruxellois, mais ils ont au moins une opinion publique plus forte.
Bruxelles peut habilement jouer sur le fait que ses décisions n'ont pas d'effet immédiat la plupart du temps (elles doivent être transposées par les gouvernements qui, de ce fait, doivent en partager la responsabilité). D'autre part, lorsque les effets s'en font sentir, c'est toujours la faute aux gouvernements nationaux qui ont si mal traduits les bonnes intentions européennes (cf. le livret A).
Donc oui, je suis enragé par ce hold up de la démocratie, perpétué avec l'assentiment de ceux-là même qui devraient la défendre (nos parlementaires le 4 février dernier, par exemple).
J'ai beaucoup de mal à rester aimable avec des tenants du oui qui m'expliquent que c'est très bien d'être passé en force le 4 février, car le texte est trop compliqué pour des électeurs ignares etc...
Beaucoup de mal aussi avec les Eolas qui défendent les droits de l'homme contre le méchant préfet mais qui ne se sont jamais penchés une seconde sur Frontex.
Donc oui, rage.
Depuis, et du fait de Bruxelles principalement, cette idée est exclue : un maximum de principes macro et micro économiques ont été "gravés dans le marbre", afin que nul n'y puisse.
L'Europe n'a fait ainsi que suivre l'air du temps, mais elle l'a fait avec ses moyens, qui sont grands et antidémocratiques. Au niveau national, nos technocrates sont sans doute aussi spontanément peu démocrates (convaincus de la supériorité de leur savoir) que des technocrates bruxellois, mais ils ont au moins une opinion publique plus forte.
Bruxelles peut habilement jouer sur le fait que ses décisions n'ont pas d'effet immédiat la plupart du temps (elles doivent être transposées par les gouvernements qui, de ce fait, doivent en partager la responsabilité). D'autre part, lorsque les effets s'en font sentir, c'est toujours la faute aux gouvernements nationaux qui ont si mal traduits les bonnes intentions européennes (cf. le livret A).
Donc oui, je suis enragé par ce hold up de la démocratie, perpétué avec l'assentiment de ceux-là même qui devraient la défendre (nos parlementaires le 4 février dernier, par exemple).
J'ai beaucoup de mal à rester aimable avec des tenants du oui qui m'expliquent que c'est très bien d'être passé en force le 4 février, car le texte est trop compliqué pour des électeurs ignares etc...
Beaucoup de mal aussi avec les Eolas qui défendent les droits de l'homme contre le méchant préfet mais qui ne se sont jamais penchés une seconde sur Frontex.
Donc oui, rage.
edgar - le 17/05/2008 à 15h39
c'est quand même la moindre des choses