La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses

Profitant d'une programmation permettant un rattrapage, j'ai donc pu voir en juillet Bienvenue chez les Ch'tis.
Point de vue cinéma, c'est moins bon que la Grande vadrouille, dans le genre, mais c'est visible (j'aurai du mal à oublier la scène avec Galabru).

Ce qui est étonnant c'est que ce film moyen ait fait un tel score, deuxième film le plus vu en France.

Remarquons d'abord que le premier film est le Titanic. A croire que les films catastrophe attirent les foules.

Quel navire coule donc dans Bienvenue chez les Ch'tis ?

C'est la France qu'on a aimé et qu'on risque de voir disparaître, celle de l'unité nationale et des services publics.

Le film joue sur des ressorts profonds de la vie sociale française, dont font partie les grands services publics. On peut en effet faire valoir que les quatre héros du film sont, dans l'ordre, la Poste, la SNCF, la gendarmerie et les autoroutes. Or, ces services sont en voie d'extinction. Avec la privatisation des autoroutes qui est achevée, celle, rampante de la Poste, celle de la SNCF qui suivra - pour la gendarmerie, ce sera plus long -, ils n'ont plus de service public que le nom.

Dans les Visiteurs, c'était la continuité historique du pays qui était en scène, de façon positive. Avec Bienvenue chez les Ch'tis, c'est un adieu à la continuité territoriale que l'on reçoit.

Comme en Belgique, et grâce à l'Europe, tout le monde sent bien que bientôt ce sera chacun pour soi et chacun chez soi : les Ch'tis au nord et ceux qui ont l'assent au sud, les kenavo à l'ouest et  les adichats à Bordeaux...

Comme dans Titanic, il y a quelques survivants à la fin. Les gars du Nord resteront entre eux, et les marseillais de même. Le roman national est fini, il restera de sympathiques régions où l'on sera entre soi (entendu une émission délirante il y a quelques mois sur France Inter, où des auditeurs du Nord se querellaient à propos des lieux de tournage du film, qui ne respectaient pas la vérité identitaire de la région...) Demeurera aussi comme une nostalgie pour un pays uni.

Le film n'exprime consciemment rien de cette situation de fracture nationale, il est donc difficile d'en faire une oeuvre militante. Je l'ai vu pourtant comme un film profondément attaché à une unité dans la diversité, française, déjà complexe à faire vivre au quotidien, et que Bruxelles prétend régenter depuis un point unique. Une sorte de chant du cygne, parfaitement reçu par les spectateurs.


Jeu 28 aoû 2008 13 commentaires

Denis et moi avions fait la même analyse : il y a bien une nostalgie et une mélancolie française, nées du saccage du commun rassembleur (la République, et ses "institutions", les plus modestes étant les plus présentes) et ce film parle à ce sentiment de perte et de viol.

olyvier - le 28/08/2008 à 08h51

Cette facilité à faire d'un rien un argument anti Europe ma fascine ! Quel talent !!!

:-) Bonne Journée à toi.

Seb - le 28/08/2008 à 10h07

Seb : vous n'êtes pas loin de l'argument anti-intellectuel, sur le mode "mais où vont-ils chercher tout ça ?",

comme si toute interprétation du monde, au lieu de vous interroger, de discuter, en bref "d'ouvrir des portes", vous mettait très vite en danger...

La haine de l'interprétation, c'est toujours la marque d'une position de pouvoir menacée et d'une idéologie déclinante.

olyvier - le 28/08/2008 à 12h02
Edgar, que vous soyez contre la privatisation des services publics peut se comprendre, mais n'imputez pas à tout bout de champ la responsabilité à l'Europe. Elle n'y est pour rien en ce qui concerne les autoroutes ou la poste.

Quand à la sncf, étant donné son scandaleux racket tarifaire, j'appelle de mes voeux l'ouverture du secteur à la concurrence, à condition que celle-ci soit encadrée par une bonne convention de service public.
sav - le 28/08/2008 à 13h21
Sav, sortez un peu le dimanche : si l'Union européenne n'est pour rien dans l'ouverture du marché postal je veux bien être pape ! (et pour un demi parpaillot c'est douloureux comme vocation).

Pour les autoroutes, l'Europe et le pacte de stabilité sont pour beaucoup dans la restriction des dépenses budgétaires, qui conduisent à des privatisations en masse (vente des bijoux de famille), ça ne vous a jamais effleuré comme lien ?

Seb : Olyvier a raison d'une part, d'autre part il serait étonnant que l'intégration européenne soit sans aucun effet sur ceux qui la subissent, y compris culturel (un char du défilé du 15 août, en vacances, portait un Oncle Picsou qui tenait des billets à la main : c'était des francs, pas des euros. Pour une bonne partie de la population, les vrais valeurs s'expriment en Francs.)

edgar - le 28/08/2008 à 15h28
Excellent billet ! J'aime beaucoup le coup du Titanic... :)
balmeyer - le 29/08/2008 à 14h40
Edgar,

L'UE a en effet poussé à l'ouverture du marché postal français, mais n'a en aucun cas imposé la privatisation de la Poste. Ce qui n'est quand même pas la même chose.

Concernant les autoroutes, le rapport avec le pacte de stabilité me parait un peu tiré par les cheveux ; il s'agissait surtout à mon sens d'une mesure destinée à faire baisser à court terme le déficit budgétaire et se faire bien voir des électeurs.

Pour le reste, je déteste autant que vous le pacte de stabilité mais qu'aviez vous voté à maastricht?

ps: il trouve que je suis également à  moitié parpaillot.
sav - le 29/08/2008 à 16h15
Une fois qu'on a imposé l'ouverture d'un marché, que les aides aux entreprises sont interdites, que le service universel est défini à un niveau faible, la privatisation s'impose quasiment.

Les expédients budgétaires type autoroutes sont fréquents et inévitables quand on s'est imposé une règle stupide de gestion (3% ou la mort).

A Maastricht j'avais voté oui, je le regrette et il n'est pas interdit de juger que ce traité était idiot - comme d'ailleurs le projet d'Union.
edgar - le 30/08/2008 à 09h33
Ici, un Bibi avait fait un copié/collé intégral de son article sur le film de Dany Boon. Je l'ai supprimé, les commentaires c'est fait pour commenter, par pour servir d'espace publicitaire.
Un trackback sert à ça, ou à la limite un lien...
edgar - le 01/09/2008 à 12h08
La réflexion européenne sur la bonne (et, par voie de conséquence, unique) méthode de gestion des industries de réseaux et de services (incluant donc des services manifestement marchands tels l'acheminement du courrier ou les réseaux routiers) est pourtant bien connue : et elle ne plaide guère pour une gestion de ces industries de réseaux et de services par les gouvernements des états-membres de l'Union.
Gus - le 01/09/2008 à 21h40