La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses
Et elle a bien
raison. Le n°8 de cette revue que j'ai déjà citée (ici et là) est
vraiment bon. Les premiers étaient très anglo-saxons dans leurs problématiques et références, ici on est bien chez nous avec des réflexions sur le PS et un entretien long avec Frédéric Lordon.Un bon papier aussi sur la récupération des éditeurs de bandes dessinées indépendants par les grandes maisons (ces derniers excellement appelés le Bedef !).
Sur le PS :
"le PS français, à la différence du PSOE de Zapatero ne fut même pas un parti libéral politique, c'est à dire progressiste s'agissant des questions que l'on dit "sociétales". Invoquera-t-on les lois Pasqua pour marquer la différence avec la droite ? Ces lois ne sont pour une bonne part que la traduction dans le droit français des dispositions adoptées par les socialistes à l'échelon européen. [...] il s'agit d'organiser le boycott du Parti socialiste à tous les niveaux de la représentation politique [...]"
Ils sont sortis avant le départ de Mélenchon, dommage. Le Congrès de Reims ne contredit en rien l'article...
Un article dense aussi, parcouru seulement, sur la Cour pénale internationale, par un professeur à Columbia, qui écrit "bientôt la CPI n'aura plusd'internationale que le nom, puisqu'elle est en train de devenir une cour occidentale chargée de juger des crimes africains contre l'humanité."
Le site de cette revue.
J'allais aux conférences de l'institut d'études lévinassiennes et j'y avais écouté BHL.
Je l'interrogeais sur le danger d'une justice qui n'en finirait pas de traquer le crime, partout et toujours, et j'avais évoqué la question de la compétence universelle, telle qu'elle s'est pratiquée en Belgique, mais aussi les accusations envers le Soudan.
J'opposais ces exemples à l'article de Lévinas sur les villes-refuges, commentaire du Talmud paru aux éditions de minuit. Il m'a semblé que BHL ne s'était pas trop intéressé à la question et à cet article, pourtant important de l'oeuvre de Lévinas.
Mon point est le suivant : le danger n'est pas que l'Occident juge des criminels africains, mais que tout le monde veuille toujours juger tout le monde.
De ce point de vue, il y a une très grande convergence entre l'extrême-gauche qui rêve de juger (casser) du sioniste, et la nébuleuse kouchnerienne qui veut traîner les tiers-mondistes devant les tribunaux internationaux. Il y a cette même absence de limites, cet universalisme des valeurs (qui se choquent entre elles) qui se traduirait par une universalité de la justice comme appareil, comme pratique, comme spectacle et comme sanction.
C'est comme si nous vivions un présent et un "ici" permanent, alors qu'il est "moralement" nécessaire (selon le concept des villes-refuges) qu'il y ait de l'ailleurs, du plus-tard.
La Justice, comme quête, impose à mon avis qu'on ne veuille pas faire justice de tout toujours.
Je suis à cet égard particulièrement heureux que la France, en tant que nation, ait fini par résister aux sirènes de l'Italie et ne veuille plus extrader des brigadistes.
Parce que c'était hier, parce que c'était ailleurs, et que c'est la vie qu'il "faut" choisir.
N'ayant jamais lu une ligne de Lévinas, je finis par me dire que ce doit être une erreur...
Lévinas, Du sacré au saint, Désacralisation et désensorcellement, p.107-108.
J'ai exprimé une idée qui s'est forgée à partir d'une lecture, attentive, et retravaillée, remachée, repensée. J'ai pris la peine de dire comment cette idée s'était forgée.
Il ne s'agit donc pas de faire le procès d'une école, d'un moment, d'un groupe, mais d'entendre cette idée,
quitte à s'en démarquer, l'infléchir, en montrer la limite, voire la réfuter.
Souffre, Frédéric, que je persiste dans ce que j'ai appris à être, et que ta modernité, définitive et triomphante, n'a pas encore tout à fait flingué.
Soit on considère que Lévinas quand il dit que "A=A" a perdu de sa validité dans le cadre moderne parce que cela relève du destin "historial" comme disait Heidegger de la modernité, et dans ce cas précisément il verse dans le relativisme postmoderne (ce qui le fondement même de son ontologie quand on y regarde de près)
Soit dans le contexte précis de ce texte il s'agit seulement d'une pensée qu'il prête aux "modernistes" et alors ce n'est que de la basse polémique de même niveau que ceux qu'ont fait nombre de journaleux contre les "philosophies du soupçon" (quand Lévinas descend des hautes sphères de l'ontologie pour la convertir en éthique,il y a souvent des énoncés assez triviaux - j'en avais par exemple noté un sur la pudeur des femmes dans "Le Temps et l'autre" comme il y a beaucoup de trivialités dans les remarques anthropologiques de Kant. L'art des philosophes continentaux a souvent été de mêler une ontologie absconse et prophétique à une anthropologie triviale, la première permettant d'absoudre la seconde...
Ou alors, si je suis moderne, je le suis dans le sens où l'ancien Homo sapiens trouva moderne de domestiquer le feu, et les habitants du bassin méditerranéen de constuire des portiques à la grecque. Mais mon plaidoyer pour la philosophie analytique est précisément à l'opposé des philosophies du soupçon; Si tu lisais mon lire dont Edgar a bien voulu faire la recension sur ce site, tu verrais par exemple que je n'aurais jamais pu m'engager dans le conflit yougoslave, sur la base d'une théorie du soupçon. Je me suis au contraire engagé sur la base du A=A et A ne pas être non A, un génocide est un génocide, et 4 000 morts en deux ans sont 4 000 morts en deux ans sur 1,5 millions d'habitants, et un génocide ne peut pas être 4 000 morts. Bref du raisonnement logique sans rapport avec les théories du soupçon (mais sans rapport non plus avec l'ontologie haideggerienne et ses descendants)
Non, Frédéric.
Au lieu de porter une appréciation sur ce que j'avais exprimé, tu es "monté" avec une attaque sur la seule évocation de Lévinas.
Un surgissement catégorique qui inter-dit d'entendre la chose pourtant simple qui se disait là.
Et toutes les pirouettes ne changeront pas ce qui s'est passé là, précisément.
--------- Tant que cela concerne plus d'un pays, cela mérite le nom d'international
Je ne sais pas si, comme le soutient Badie, nous vivons le crépuscule des Etats, mais le crépuscule de la justice internationale oui. Voyez non seulement comment les uSA ont flingué la CPI, mais aussi en ce moment comment le TPIYougo et le TPI Rwanda raclent leurs fonds de tiroirs de crimes de guerre, au point qu'ils seraient presque sur le pointd'inculper (enfin !) les amis de l'oncle sam (cf mon dernier billet). Si j'étais leur président j'irais me traîner aux pieds d'Obama en lui disant "vous au moins vous n'êtes pas un méchant nationaliste comme Bush, donc vous allez nous donner votre soutien, hein ?". Comparer notre époque avec 1998 : le temps où l'on arrêtait Pinochet et où il était "has been" au possible, voire stalino-hitlérien de critiquer le TPI-Yougoslavie...