La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses
Colloque à venir au Centre d'analyse Stratégique (CAS), ex Commissariat au Plan, sur la neuroloi.
Tout un programme. Voilà la présentation du CAS :
Aux États-Unis, la thématique de la « neuroloi » est l’objet d’un programme de coopération inter-universitaire et inter-administration sans précédent intitulé « The Law and Neuroscience Project ». En Inde, en juin 2008, pour la première fois des données d’imagerie cérébrale ont été utilisées comme preuve à charge pour condamner un individu dans une affaire de meurtre. Pris parmi d’autres, ces exemples montrent comment, dans les nations les plus technologiquement développées, le recours à la « neuroloi » est devenu une réalité qu’il convient de questionner dès à présent.
En effet, y'a intérêt à questionner. Et puis les Etats-Unis (bien frit votre condamné à mort ?) et l'Inde comme caution morale, c'est sûr, ça en jette.
Le programme détaillé, pas en ligne mais que votre serviteur s'est procuré, donne des conférences aux titres alléchants :
La responsabilité et la dangerosité à l'aune des neurosciences
Le libre arbitre et le regret
Plus savoureux :
Les mécanismes neuraux de la psychopathie et des comportements antisociaux
Encore mieux :
L'utilisation des techniques de neuroimagerie fonctionnelle dans le cadre des procédures judiciaires
Un petit coup de détecteur de mensonge pour faire passer le tout :
Les techniques de détection du mensonge et les biais de perception ou émotionnels des acteurs du procès
Si quelqu'un a envie de crier "au secours", heureusement une pause déontologique a été prévue :
Les enjeux éthiques de la « neuroloi »
Et pour rassurer tout à fait, le colloque sera clôturé par un homme au dessus de tout soupçon éthique, Alain Bauer lui-même (qui a successivement travaillé pour Rocard et Sarkozy, enseigne le droit en Chine et dont la nomination comme professeur de criminologie au CNAM a été saluée par plusieurs universitaires par la citation suivante : Les publications signées par M. Bauer sont contestées par tous les spécialistes reconnus, psychiatres, psychologues, juristes et sociologues de la déviance et des questions pénales. La liste des critiques est saisissante. Source Wikipedia).
Je ne sais rien des braves scientifiques de l'INSERM et autres savants qui interviendront ce jour là, mais de la même façon qu'il est difficile d'aller parler identité nationale avec un ministre de l'identité nationale et de l'immigration, il n'est sans doute pas anodin de participer à ce colloque organisé par le gouvernement d'un Président qui entendait détecter les délinquants dès trois ans.
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Il n'y a plus qu'à trouver le gêne de l'islamisme et on nagera dans le bonheur...
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2009/12/06/103-monsieur-le-president-devenez-camusien-par-michel-onfray#c3656
Vous semblez craindre l'utilisation de la neuro-imagerie dans les enquêtes criminelles, mais vous arrêtez les criminels... avant que le crime ne soit commis, comme Tom Cruise dans Minority Report !
Enfin, je rappelle pour mémoire que l'utilisation de l'identification génétique a suscité de très fortes réticences au départ. Elle est aujourd'hui monnaie courante et a permis de dévoiler bon nombre d'erreurs judiciaires ! En ce qui concerne la neuro-imagerie, je ne sais absolument pas si c'est utilisable, mais ça ne me choque pas qu'on en parle et qu'on y réfléchisse. On ne fera sûrement pas avancer ces questions en jettant des anathèmes comme vous venez de le faire.
Toute la difficulté en l'occurrence est de distinguer science et scientisme. S'il s'agit réellement d'un colloque scientifique destiné à faire avancer la science, avec des cas sérieux, je suis évidemment en tort.
Mais permettez-moi, Fabien, de croire que nous sommes ici dans un cas de scientisme, même si je n'ai en effet que mon intuition à l'appui de cette idée.
1. si les interactions et les liens entre la science, notamment mdéicale, et le droit, et spécialement le droit pénal, étaient lisibles, avérés et stables, ce colloque passerait comme une lettre à la poste. A ma connaissance cependant, de nombreuses tentatives d'expliquer les comportements criminels par des arguments scientifiques et médicaux se sont avérés être de la foutaise, à commencer par celles de Lombroso, jusqu'aux experts qui ont été mettre dans la tête de notre bien-aimé président que l'on pouvait détecter des pencahnts criminels chez les enfants de trois ans.
2. un colloque scientifique cloturé par Alain Bauer est déjà en soi un problème, comme le soulignait la citation que j'avais pris la peine de mentionner.
3. certains thèmes de ce colloque sont anodins (le libre arbitre et le regret, c'est très joli comme titre et on a fait des romans avec ça). pour d'autres excusez-moi mais j'ai de gros doutes : "Les mécanismes neuraux de la psychopathie et des comportements antisociaux". La seule expression de comportements antisociaux me laisse déjà songeur. Alors rechercher les traces neurales de phénomènes vagues me laisse carrément incrédule. Surtout que s'il y avait une abondante littérature scientifique sur le sujet, sans controverses, ça se saurait.
4. donc, à la rigueur, l'ensemble de ces discussions dans le cadre d'un institut de criminologie d'une fac de droit, pourquoi pas. Mais placé sous l'égide d'un organisme qui dépend du Premier ministre et qui peut donc paraître cautionner ce qui a une chance sur deux de n'être qu'élucubrations, je trouve cela pas loin de l'effrayant.
Maintenant, si vous avez de bonnes références à partager sur l'imagerie médicale appliquée aux sciences criminelles, je serai ravi d'apprendre, de manger mon chapeau et de la faire savoir à mes lecteurs lors d'un prochain billet. Promis.
Vous me permettrez, Edgar, de préférer des arguments.
" Surtout que s'il y avait une abondante littérature scientifique sur le sujet, sans controverses, ça se saurait. "
Il y a sûrement des controverses, mais taper "neural mecanisms psychopathy" dans google scholar donne plus de 6000 réponses, dont certains articles avec plus de 100 citations.
Voyez-vous, ce que je n'aime pas, c'est que certains débats soient rendus impossibles par des procédés de diabolisation et de procès en sorcellerie. C'est exactement ce qui se passe avec le nucléaire ou les OGM. La conséquence ? Tout ce fait dans le secret (ce qui pousse à certaines dérives, entretient la paranoïa, justifie a posteriori les procès d'intention, etc...).
Attention, je ne conteste en rien l'existence d'un sujet "neural mecanisms psychopathy", qui est même assez banal j'imagine. C'est l'association neural mecanisms + droit qui est beaucoup plus originale. Cherchez des citations là dessus, c'est plus dur (j'avais essayé legal use of medical imagery et judicial use of medical imagery, sans aucun succès. il y a des citations, mais pas pertinentes).
donc nous sommes sur un sujet pour le moins novateur et sur un terrain glissant, j'estime que le tout avec cloture de alain bauer dans une institution qui dépend du Premier ministre relève du confusionnisme. En gros, c'est trop tôt. Ma critique ne dit que cela, mais parfois time is of essence.
Il y a le texte et le contexte. Le texte est mal écrit et le contexte qui l'accueille encore moins solide à mon sens. Oui je crois à la science et au débat scientifique, mais dans la cité et soumis à ses règles.
Le détecteur de mensonges n'a jamais été reconnnu comme méthode scientifique et a pourtant été utilisé aux états-unis depuis longtemps (même si récemment la cour suprème a estimé que le verdict du détecteur de mensonge n'était qu'une opinion et n'avait pas de valeur scientifique - lire : http://en.wikipedia.org/wiki/Polygraph).
les USA sont aussi un pays où l'on peut continuer à écrire des articles délirants sur le QI des juifs (http://www.lalettrevolee.net/article-10380553.html), avec un vague vernis scientifique.
Je ne doute pas que les scientifiques invités à ce colloque ont recours à toutes les précautions méthodologiques imaginables. J'invite simplement à la plus grande prudence sur l'utilisation par notre bon gouvernement de ce qu'ils diront. Et frédéric, tu ne peux pas t'en tirer par une pirouette en disant que tu ne connais pas bauer. Je maintiens que le problème n'est pas le contenu scientifique des papiers qui seront prononcés là, c'est le contexte dans lequel ils sont insérés. et précisément, bauer est une part importante de ce contexte. si tu ne prends pas cinq minutes pour te renseigner, abstiens-toi de juger !
Vouloir estimer qu'on peut faire de la "science" partout, toujours et quelles que soient les conditions, je ne suis pas sûr que ce soit une position qui rende service à la science.