La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses
J'avais polémiqué furtivement avec Cacambo, dans des commentaires, au sujet de la mobilité public/privé. Je pense
qu'un fonctionnaire partant dans le privé (j'exclus l'enseignant donnant épisodiquement un cours) devrait démissionner.
C'est une question d'équité : un cadre du privé ne peut changer d'entreprise sans démissionner, et le secteur public lui est interdit.
C'est une question de courage politique : personne ne peut taper sur les avantages indûs des cheminots/enseignants/salariés d'EDF (plus pour longtemps) si dans le même temps la haute fonction publique continue dans le mélange des genres permanents.
Une brève du Canard enchaîné (18/10/2006) m'incite à revenir sur ce sujet.
Madame Rose-Marie van Lerberghe part dans le privé, "à la tête du groupe Suren, spécialisé dans la prise en charge médicale des personnes âgées. Coïncidence : elle a oeuvré pour que l'Assistance publique [dont elle abandonne la direction générale] réduise le nombre de ses lits destinés à ce genre de population".
Comment ne pas se réjouir d'une telle mobilité ?
Moi ça me gêne. Et un papier de l'Express de novembre 2003, au moment de la nomination de madame Van Lerberghe, nous apprend qu'avant de prendre la direction générale de l'Assistance publique de Paris elle sortait de dix années chez BSN, comme DRH.
Ca ne disqualifie pas forcément pour diriger une administration hospitalière mais ça n'a pas forcément de rapport non plus.
Et le Canard nous apprend d'ailleurs que si madame Van Lerberghe quitte l'AP-HP avec des comptes équilibrés, ça n'est dû qu'à des injections de crédits dont le montant est inconnu puisque les sommes versées à l'AP-HP ne sont plus publiées.
Et quand madame Van Lerberghe sera lasse de du groupe Suren, elle pourra, puisque qu'elle est issue de l'Inspection générale des affaires sociales, prendre un poste de très haut niveau au ministère du travail, ou, pourquoi pas, à la Santé. Avant de retourner chez un assureur proposant des couvertures médicales par exemple.
A qui fera-t-on croire que ces carrières en zigzags mélangeant politique (j'oubliais un passage en cabinet avec Martine Aubry), affaires et administration sont propices à un partage clair des responsabilités ?
On ne peut justifier cela qu'au prix d'une vision extraordinairement élitiste, affirmant que le haut fonctionnaire, fort d'une éducation hors norme (agrég. de philo, normale-sup et ENA en l'espèce), saura résister à toutes les tentations.
Je crois pour ma part, que les fonctions d'encadrement régaliennes devraient être revalorisées dans leur rémunération, mais être assorties d'une obligation de démission en cas de départ dans le privé.
Et si on veut encourager une véritable mobilité on peut mettre à la tête d'agences publiques des dirigeants pourvus par recrutement ouvert, sur concours.
Qu'en penses-tu, ami lecteur ?
C'est une question d'équité : un cadre du privé ne peut changer d'entreprise sans démissionner, et le secteur public lui est interdit.
C'est une question de courage politique : personne ne peut taper sur les avantages indûs des cheminots/enseignants/salariés d'EDF (plus pour longtemps) si dans le même temps la haute fonction publique continue dans le mélange des genres permanents.
Une brève du Canard enchaîné (18/10/2006) m'incite à revenir sur ce sujet.
Madame Rose-Marie van Lerberghe part dans le privé, "à la tête du groupe Suren, spécialisé dans la prise en charge médicale des personnes âgées. Coïncidence : elle a oeuvré pour que l'Assistance publique [dont elle abandonne la direction générale] réduise le nombre de ses lits destinés à ce genre de population".
Comment ne pas se réjouir d'une telle mobilité ?
Moi ça me gêne. Et un papier de l'Express de novembre 2003, au moment de la nomination de madame Van Lerberghe, nous apprend qu'avant de prendre la direction générale de l'Assistance publique de Paris elle sortait de dix années chez BSN, comme DRH.
Ca ne disqualifie pas forcément pour diriger une administration hospitalière mais ça n'a pas forcément de rapport non plus.
Et le Canard nous apprend d'ailleurs que si madame Van Lerberghe quitte l'AP-HP avec des comptes équilibrés, ça n'est dû qu'à des injections de crédits dont le montant est inconnu puisque les sommes versées à l'AP-HP ne sont plus publiées.
Et quand madame Van Lerberghe sera lasse de du groupe Suren, elle pourra, puisque qu'elle est issue de l'Inspection générale des affaires sociales, prendre un poste de très haut niveau au ministère du travail, ou, pourquoi pas, à la Santé. Avant de retourner chez un assureur proposant des couvertures médicales par exemple.
A qui fera-t-on croire que ces carrières en zigzags mélangeant politique (j'oubliais un passage en cabinet avec Martine Aubry), affaires et administration sont propices à un partage clair des responsabilités ?
On ne peut justifier cela qu'au prix d'une vision extraordinairement élitiste, affirmant que le haut fonctionnaire, fort d'une éducation hors norme (agrég. de philo, normale-sup et ENA en l'espèce), saura résister à toutes les tentations.
Je crois pour ma part, que les fonctions d'encadrement régaliennes devraient être revalorisées dans leur rémunération, mais être assorties d'une obligation de démission en cas de départ dans le privé.
Et si on veut encourager une véritable mobilité on peut mettre à la tête d'agences publiques des dirigeants pourvus par recrutement ouvert, sur concours.
Qu'en penses-tu, ami lecteur ?
Ven 10 nov 2006
2 commentaires
Yves, plein de remarques bien vues dans ton commentaire, auxquelles je vais essayer de répondre non pour polémiquer mais pour essayer d'approfondir.
dans un pays aussi étatiste que le nôtre, on ne peut faire bouger les choses qu'en ayant un pied ici, un pied là. :
ce pays restera aussi étatiste tant que les hauts fonctionnaires pourront en effet avoir un pied ici et l'autre là en gardant toujours leur parachute ventral. RMVL n'en a peut-être plus besoin maintenant, mais elle en avait plus sûrement besoin pour sauter de l'IGAS à BSN. Sans parachute peut-être n'aurait-elle pas fait ce choix...
faire un lien entre réduire les lits longs séjour à l'AP et le boulot qu'elle prend maintenant ... c'est à peine digne de FO--et de ma part, ce n'est pas un compliment, sauf vot'respect) :
Je ne faisais que reproduire le papier du Canard. FO je ne suis pas fan (la CFDT non plus, surtout période Notat), mais ils ont parfois le mérite de parler concret quand on essaie de vendre de beaux principes. Et puis, c'est le fond du problème : avec ces va-et-vient incessants, toute décision prise en tant que fonctionnaire est entâchée de soupçon car interprétable en fonction des intérêts futurs supposés de la personne qui prend cette décision. On sait bien que les banques font aussi leur shopping à Bercy parmi les fonctionnaires soit qui leur sont acquis, soit qui menaceraient, en sens inverse, de vouloir introduire des réglementations défavorables au secteur.
Je ne connais pas RMVL et n'ai évidemment aucun grief contre elle. Je rejette juste un système par trop complaisant pour des gens qui, en plus, passent leur temps à pointer les privilèges de la piétaille (il faut avoir entendu un Conseiller d'Etat bien pensant de gauche ayant ouvert son cabinet de conseil, sans démissionner, vanter l'aventure de l'entreprise privée, pour comprendre à quel point le système est pervers).
Les personnes ne sont pas en cause, elle sont toutes globalement de qualité, et toutes honnêtes. Mon point est que le la haute fonction publique doit être insoupçonnable pour pouvoir mener des réformes, et que pour motiver les meilleurs il faut, non pas leur permettre d'alterner des périodes grasses dans le privé et des périodes maigres dans le public, mais bien revaloriser la prise de responsabilités. Il s'agit donc tout autant de demander une vraie réforme de la haute fonction publiuqe, plutôt que de laisser jouer le palliatif de l'escapade dans le privé comme remède à la démotivation.
bien à toi,
edgar
dans un pays aussi étatiste que le nôtre, on ne peut faire bouger les choses qu'en ayant un pied ici, un pied là. :
ce pays restera aussi étatiste tant que les hauts fonctionnaires pourront en effet avoir un pied ici et l'autre là en gardant toujours leur parachute ventral. RMVL n'en a peut-être plus besoin maintenant, mais elle en avait plus sûrement besoin pour sauter de l'IGAS à BSN. Sans parachute peut-être n'aurait-elle pas fait ce choix...
faire un lien entre réduire les lits longs séjour à l'AP et le boulot qu'elle prend maintenant ... c'est à peine digne de FO--et de ma part, ce n'est pas un compliment, sauf vot'respect) :
Je ne faisais que reproduire le papier du Canard. FO je ne suis pas fan (la CFDT non plus, surtout période Notat), mais ils ont parfois le mérite de parler concret quand on essaie de vendre de beaux principes. Et puis, c'est le fond du problème : avec ces va-et-vient incessants, toute décision prise en tant que fonctionnaire est entâchée de soupçon car interprétable en fonction des intérêts futurs supposés de la personne qui prend cette décision. On sait bien que les banques font aussi leur shopping à Bercy parmi les fonctionnaires soit qui leur sont acquis, soit qui menaceraient, en sens inverse, de vouloir introduire des réglementations défavorables au secteur.
Je ne connais pas RMVL et n'ai évidemment aucun grief contre elle. Je rejette juste un système par trop complaisant pour des gens qui, en plus, passent leur temps à pointer les privilèges de la piétaille (il faut avoir entendu un Conseiller d'Etat bien pensant de gauche ayant ouvert son cabinet de conseil, sans démissionner, vanter l'aventure de l'entreprise privée, pour comprendre à quel point le système est pervers).
Les personnes ne sont pas en cause, elle sont toutes globalement de qualité, et toutes honnêtes. Mon point est que le la haute fonction publique doit être insoupçonnable pour pouvoir mener des réformes, et que pour motiver les meilleurs il faut, non pas leur permettre d'alterner des périodes grasses dans le privé et des périodes maigres dans le public, mais bien revaloriser la prise de responsabilités. Il s'agit donc tout autant de demander une vraie réforme de la haute fonction publiuqe, plutôt que de laisser jouer le palliatif de l'escapade dans le privé comme remède à la démotivation.
bien à toi,
edgar
Edgar
Je crois qu'à l'époque où cette dame devint présidente de l'AP-HP, le Canard enchainé s'était fendu d'un billet sur les revenus de cette dame, a priori plus élevés que ceux d'un fonctionnaire à un pareil poste...
Ton billet montre hélàs qu'il y a des privilégiés qui savent très bien naviguer quel que soit le pouvoir en place... Ces gens-là savent toujours rebondir, même très bien rebondir même quand leur bilan est catastrophique...
Tout cela alimente un certain ressentiment, voire le populisme à une époque de fort chômage, de grande précarité sociale et de misère.
Ton billet montre hélàs qu'il y a des privilégiés qui savent très bien naviguer quel que soit le pouvoir en place... Ces gens-là savent toujours rebondir, même très bien rebondir même quand leur bilan est catastrophique...
Tout cela alimente un certain ressentiment, voire le populisme à une époque de fort chômage, de grande précarité sociale et de misère.
stefbac - le 10/11/2006 à 22h31
oui. et avec une parfaite bonne conscience de la part des acteurs de ces parcours multiples.
Edgar
je ne suis pas certain que le corporatisme suffise pour se faire une opinion sur ce genre de gags. Sur le principe, je suis farouchement pour l'obligation de démissionner pour les fonctionnaires qui pantouflent (bon courage pour la campagne ! ! !)
sur le cas d'espèce, Rose MVL a démontré qu'elle n'avait aucun besoin du "parchite ventral" que représenterait l'éventiualité de retourner dans le public. Mais il se trouve que dans un pays aussi étatiste que le nôtre, on ne peut faire bouger les choses qu'en ayant un pied ici, un pied là.
(par ailleurs, j'éprouve une certain admiration pour la personne elle-même : donc cela me brouille le jugement , bien entendu !)
(mais faire un lien entre réduire les lits longs séjour à l'AP et le boulot qu'elle prend maintenant ... c'est à peine digne de FO --et de ma part, ce n'est pas un compliment, sauf vot'respect)
;-)