La lettre volée, politique, lectures, Europe et humeurs diverses

Après le projet de Bayrou, celui de Royal...

Comme elle ne l'a pas fini - elle consulte les électeurs d'avenir -, je m'en remets à un membre de son équipe.

Eric Besson a donc quitté le PS pour protester contre le fait que sa femme le trompait (c'est du moins ce qu'a tenté de faire accroire le PS un moment, avant sans doute de se rendre compte que si les tromperies devaient faire déserter, le secrétariat national serait en quête de membres).

Plus sérieusement, il m'importe assez peu que Besson prouve le côté dangereux de Ségolène : la simple lecture de la presse a achevé de m'en convaincre il y a déjà quelques mois. En revanche, ce qui est intéressant est d'abord que Besson éclaire le fonctionnement du PS, revient sur ses problèmes depuis 2000, et qu'enfin son livre vient combler un vide qui aurait dû depuis longtemps être rempli par la presse.

Sur les problèmes du PS depuis 2000, Besson ne s'y attarde pas, mais, au fil des pages, on retient que la position sur la Corse de Jospin (cet espèce de statut particulier idiot qui a entraîné le départ de Chevènement), puis les baisses d'impôts octroyées à Fabius en cadeau de retour en 2001, la déconnexion du PS vis-à-vis du monde réel enfin, ont causé la défaite de 2002.

Malheureusement, pour Besson, la victoire de 2004 aux régionales a permis au PS de faire l'économie de définir un projet viable : des conventions thématiques qui devaient y être consacrées ont été annulées.

Voilà, pour faire vite, l'origine des problèmes : vide cérébral.

Là dessus arrive Ségolène, qui se satisfait fort bien de cette situation : le cerveau c'est elle, et le cerveau de Ségolène a une particularité tératoïde, il est comme frère siamois de celui des français.

Un lien magique relie Ségo au peuple, qui lui permet de ne pas donner même le numéro de téléphone de son QG aux membres du PS en charge de sa campagne. Ce lien permet aussi à Ségo de s'asseoir tranquillement sur le programme du PS chaque fois que cela l'intéresse : elle peut ainsi remplacer un porte-avions par des écoles le vendredi et revenir sur cette idée le samedi - ou l'inverse si ça lui chante. Elle peut aussi, ce qui a choqué Besson, décider de rompre avec le nucléaire en France pour plaire aux Verts.

On pourrait se louer de cette liberté de la candidate PS, qui lui permet de défier la pesante doxa socialiste. On peut aussi constater qu'elle dépend en réalité non du PS mais d'une Cour qu'elle s'est constituée, à laquelle appartient le fameux Bruno Rebelle, ex Greenpeace, cour qui tient déjà la dragée haute aux socialos qui n'en sont pas.

J'imagine, même si Besson ne le décrit pas (et pour cause, il n'y a pas eu accès), que cette Cour est alimentée en continu de sondages quali(tatif)s testant les propositions de la candidate, via des "amis" comme la présidente d'Ogilvy.

Voilà pourquoi notre candidate vend de la bouillie pour chats intellectuelle : le programme est improvisé la veille pour le lendemain, en fonction des humeurs de madame (on sait sa propension à reporter, annuler, renvoyer les interviews ou rendez-vous qui l'ennuient).

Troisième point, plus ennuyeux : que fait la presse ?

Car enfin, quand Ségo annonce que les énergies renouvelables doivent faire 50% de la consommation française en 2020, puis revient aux 20% du programme du PS, on peut penser - comme je l'avais fait avant de lire Besson -, qu'il s'agit d'une bourde. Point du tout : c'est le résultat d'un bras de fer entre Besson et les "réalistes" du PS, contre le Bruno Rebelle nouvellement débarqué - et sans doute les sondages qualis.

Pourquoi les journalistes n'ont-ils pas relevé ? Au lieu de suivre la candidate se faire photographier avec des rugbymen, pour recuillir le bon mot du jour, que n'ont-ils interrogé le PS, les proches de Ségo, pour comprendre comment la politique énergétique de la France à 20 ans se jouait sur un coup de tête et des rapports de force miteux.

Pour être honnête enfin, je dois relever que sur cette histoire d'énergie, l'affaire remonte à plus loin ,et que c'est Fabius qui a entamé le festival de démagogie, pour plaire aux Verts, en 2002.

Ce qui, pour finir, me fait conclure sur un point : le PS est un parti politique. Il a eu cinq ans, depuis 2002, pour reconstruire un programme politique, il ne l'a pas fait.

Pourquoi ? Parce que la course à la présidentielle pourrit absolument tout depuis 2002. Il conviendrait donc, pour rendre au parti sa raison d'être, de convenir que le candidat du PS à la présidentielle est le Premier secrétaire, point. Qu'il soit désigné suffisamment à l'avance, avec des primaires ouvertes même s'il le faut, mais qu'il arrive au moins à l'échéance avec un vrai programme. Aujourd'hui on fait semblant de débattre pendant cinq ans d'un programme dont on sait que l'élu n'aura qu'envie de s'en débarasser au plus vite.

Voilà, ce bouquin, vite lu, fait mieux comprendre la crise actuelle du PS, au delà des quelques phrases assassines pour Ségo - et justifiées - que la presse a relevées.



Comme j'aime beaucoup relever des citations, un passage décalé :

"Aujourd'hui encore, je ne suis jamais plus heureux que quand on monte en famille dans un avion pour aller loin. Il n'y a pas de plus grand bonheur pour moi que celui-là."

Je partage !

Réplique immédiate du journaliste (le livre est un entretien) :

"Et votre "empreinte carbone" alors ?"

On vit une époque formidable !
Ven 23 mar 2007 6 commentaires
++ Pourquoi ? Parce que la course à la présidentielle pourrit absolument tout depuis 2002. ++

Il faudra un jour que tu m'expliques un jour comment tu concilies ce diagnostic et celui sur l'aspect "gadget" selon toi de la sixième république de Montebourg.
jmfayard - le 23/03/2007 à 23h42
Ben, c'est simple. Il me semble tout dans la posture et c'est tout.

Il était déjà tartignole, planplan, Flanby quasiment, en ralliant Ségolène :

 http://www.lalettrevolee.net/article-3902143.html

Il avait fait du boulot sur les tribunaux de commerce, s'était fait mousser puis avait laissé tomber.

Il a eu un air absolument fat pour dire que le pire défaut de ségo c'était son compagnon.

Salonard.

Voilà, en vrac.

Je sais, c''est épidermique. ça compte aussi !
Edgar
Il me semble qu'Eric Besson était Président de la Fondation Vivendi du temps de Messier. On sait ce qu'il est advenu à ce dernier. Que faisait Besson au PS ? Il allait à la soupe ?
thot - le 24/03/2007 à 08h37
Besson en parle dans son bouquin. Cette présidence m'ennuyait effectivement, j'avais l'impression que Messier s'était offert un député. En fait, Besson était  président de cette fondation avant d'être député, ce qui est légèrement différent.

Et puis Yves Duel me dit que Besson faisait du bon boulot dans cette fondation.

Et puis quand bien même Besson serait-il un horrible personnage, ce qu'il écrit reste valide, sauf à imaginer que le PS découvre un mois avant le premier tour que son  responsable des questions économiques est un affreux.

Bref, rien dans son passé ne me paraît de nature à disqualifier Besson si c'est ce que tu entendais impliquer !

Edgar
Bonsoir,

en ce qui me concerne mon vote sera justement déterminé par l'engagement du candidat à renoncer au nucléaire.

Ceci parce que d'une part, après un guignol qui prétendait que les nuages s'arrêtaient à la frontière, je ne vois pas comment on peut croire des guignols disant qu'ils contrôlent la situation (on devrait faire le parallèle avec l'aveuglement des Américains qui n'envisageaient même pas dans leurs cauchemars les plus fous qu'une attaque étrangère en Amérique même soit possible). D'autre part, un candidat qui a le courage politique d'affronter tout le lobby nucléaire et de le mettre au pas devrait être capable de faire d'autres réformes intéressantes.

Ceci dit, sauf erreur de ma part, SR n'a pris aucun engagement sur le nucléaire, elle a juste dit qu'il fallait un moratoire sur l'EPR. Bayrou idem, et NS pense que c'est non négociable car bon pour la France.
Tagada - le 25/03/2007 à 22h20
Si c'est le déterminant de votre vote vous pourriez vous intéresser à Voynet pour commencer, ou Bové. Non ?
Edgar
"De Frêche à Besson, le Parti Socialiste est parfois le refuge trop accueillant de personnages dont la promotion est assurée du simple fait de leur médiocrité insigne."
http://francoismitterrand2007.hautetfort.com/archive/2007/03/17/journalistes.html
antennerelais - le 26/03/2007 à 01h26
D'abord, si Besson était si médiocre, il faudrait retenir à charge contre le PS d'en avoir fait son secrétaire à l'économie jusqu'à il y a 10 jours.

Ensuite, FM2007 avait d'abord écrit Frèches, confondant ainsi l'ex conseiller audiovisuel de Chirac avec le maire de Montpellier.

Egalement, FM2007 a une plume acérée, mais n'a gardé de Mitterrand que la suffisance, la morgue et le dédain si caractéritique du personnage, sans ses autres qualités.

Enfin, j'aurais apprécié un commentaire portant sur le fond, non un coup bas téléguidé (puisque vous vous nommez vous-même "antenne relais" (de la rue de Solférino)) ?

Allez, ne soyez ni médiocre, ni insignifiant, exprimez-vous, sur le fond.
Edgar
"Allez, ne soyez ni médiocre, ni insignifiant, exprimez-vous, sur le fond."

***

Besson ne votera pas Ségolène et craindrait pour ses enfants si Ségolène était élue présidente. Personnellement, à choisir entre Ségolène comme maman ou Besson comme papa, il ne pourrait y avoir d'alternative : celui qui, après avoir écrit un texte anti-sarko pour le PS, s'est empressé d'envoyer une lettre de plates excuses à Sarkozy ; celui qui, manifestement en mal de reconnaissance et après sa démission du PS, s'est trouvé froissé par une phrase de Ségolène ("qui connaît Eric Besson") ; celui qui, amoureux en secret de Ségolène peut-être, attendait d'elle un geste, un signe, un regard : cet être (j'allais dire ce petit garçon) dont la face dévoile la frustration intérieure (il s'agit manifestement d'un ambitieux ou d'un amoureux déçu, un être digne de pitié donc), cet être ne peut atteindre qu'au qualificatif de ridicule : tout comme sa dernière démarche, si sournoise, si pleine de traîtrise par rapport à ses engagements passés. Cette conduite lamentable, si emplie de petitesse, contraste si fort avec le rayonnement toujours plus manifeste de Ségolène, que cette basse péripétie de campagne se retournera je pense contre son auteur et contre celui qui serait censé en tirer profit. Car Sarkozy et Besson puisent à la même eau : ce sont êtres petits et revanchards. Et ceci les gens le sentent (Ségolène a entièrement raison de parler d'"intelligence collective des français").
http://antennerelais.canalblog.com/archives/2007/03/16/4326596.html


Personne n'y a cru à cet épisode Bayrou à part quelques égarés, c'était juste un petit intermède pour se divertir un peu...


Ségolène l'avait bien dit : les français "jouent" un peu avec les sondages. Et dire que certains la prennent encore pour une truffe, tandis que d'autres se sont crus malins d'aller faire les jolis du côté de Bayrou...


La France rit sous cape actuellement, à propos de cette chute de Bayrou dans les sondages : sur le mode "faut pas nous prendre pour des débiles quand même." Sous-entendu : les idiots se trouvent du côté de ceux ayant pris cette "vague Bayrou" au sérieux, ayant embrayé là-dessus ; cela fait du monde (autre avantage de cet amusant divertissement - amusant pour tous ceux qui savaient que le soufflé n'allait pas tarder à retomber : avoir fait diversion, l'air de rien, au harcèlement anti-Ségolène et à l'intox Sarkozyste, jusque là trop complaisamment diffusés par les médias).


Bref, pour en revenir au béarnais, et comme disait l'excellent Antoine Clause :


"Bayrou va donc faire tapis pour le 1er tour avec une paire de deux en mains."


http://antennerelais.canalblog.com/archives/2007/03/23/4398229.html
antennerelais - le 28/03/2007 à 09h01
Nous n'avons pas vraiment la même conception d'un débat de fond. Vous savez, les programmes, les idées tout ça. Pas Ségo n'est pas une truffe ou Bayrou est un blaireau.

D'accord avec vous, le ralliement de Besson à Sarko est assez miteux. Son bouquin reste cependant intéressant.
Edgar

antennerelais : vous avez l'air soulagé, ou exprimant bruyamment votre soulagement. Auriez-vous eu peur pour vos intérêts idéologiques ?

olivier - le 28/03/2007 à 21h31